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DE l'École
DES HAUTES ÉTUDES
PUHLIEB dOUB L
DU MINISTERE DE L'INSTHUCTION PUBLIQUE
SCIENCES PHILOLOGIQUES ET HISTORIQUES
CEHT'UHIEHE FASCICULE
^TL'D£ SL'K U VIE ET LE llÈCNE l)E LOUIS Vlll (l[87-122b)
PAH Cil. l'ETIT-HUTAIIJ.If;
PARIS
LIBRAIRE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR
67, RUE RICHELIEU, D7
1894
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ÉTUDE
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LA VIE ET LE RÈGNE
DR
LOUIS VIII
(1187-1226)
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CBARTRKS. — IMPRIMKRIB DURAHD, %VE PILBERT.
ÉTUDE
LA VIE ET LE RÈGNE
LOUIS VIII
(1187-1226)
Ch. petit-dutaillis
PARIS
LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR
67, RUE HICHELIED, 67
1894
lou dniu rtMrf4i
A MBS MAITRES
MM. E. LAVISSE ET A. GIRY
A LA MÉMOIRE DE MON AMI
ANDRÉ RÉVILLE
INTRODUCTION
KTUDE SUR LES SOURCES DELA VIE DE LOUIS VIII
I.
LES DOCUMENTS d'aRGHIVES
de France.
iVous avons entrepris d'exposer la biographie complète d'an
prince qui a tenu, pendant une quinzaine d'années, une place
considérable dfins les annales de la France et de l'Angleterre, Ce
sont donc quelques chapitres d'histoire générale que nous avons
essayé d'écrire ^ en épuisant autant que possible toutes les sources.
C'est dire que nous avons eu à employer des documents extrême-
ment divers et d'inégale Vtileur ; l'objet de cette introduction est
de les décrire et de les critiquer brièvement. Nous ferons d'abord
une revue rapide des documents d'archives.
Le Catalojjue des actes de Philippe- Auguste, que M, Delisle a A«iet de loo»
dressé avec tant d'érudition, a été une de nos plus précieuses
sources d'informations pour la première partie de notre étude. Ce
recueil ne nous faisait pas connaître les chartes de Louis relatives
à l'Artois; Ilennebcrt en analyse un bon nombre, mais sans grand
soin^ ; les excellents inventaires dressés par Godefroy, au siècle
dernier, ne citent que les actes conservés dans les archives des
anciens comtes d'Artois et de Flandre et ne sauraient d'ailleurs
suppléer aux textes eux-mêmes ; nous avons donc consulté avec
fruit aux Archives départementales du Pas-de-Calais et du Nord
les pièces originales des séries A et B, les cartu^ires des abbayes
l. Voy. Van Drivai, Études sur les historiens de l'Artois, dans Mèm,
de rAcad. d'Arras, 2o série, VIII, 241 et suiv. L'auteur de cet article
conclut en disant avec raison : « En somme, nous n'avons pas d'histoire
<c d'Artois. » Cependant, il est encore trop indulgent pour Hennebert.
a.
do Louis VIII.
X INTRODUCTION
de cette région et enfin le « Premier Carlulaire d* Artois )>> où cer-
taines chartes de Louis ont été transcrites sur l'ordre des comtes
d' Artois, ses descendants *.
En joignant ces textes à ceux que nous avons trouvés dans les
collections de la Bibliothèque nationale^ nous pensons avoir à peu
près complété les renseignements que fournissent les publications
de MM. Tailliar^ Guesnon et Giry et celles de fa Société des Anti-
quaires de Morinie. Nous n'avons pas cru nécessaire de visiter les
Archives communales d'Artois; M. Guesnon a dépouillé celles
d'Arras et M. Giry celles de Saint-Omer ; les inventaires des
autres dépôts municipaux ont paru pour la plupart. D'ailleurs^ ce
dépouillement avait été fait en grande partie, il y a longtemps
déjà, pour le compte d'Augustin Thierry, et les résultats en ont
été consignés dans des fiches qui sont conservées aujourd'hui à la
Bibliothèque nationale dans le fonds des Nouvelles acquisitions
françaises; et que nous avons consultées.
▲etM On trouvera en appendice, à la fin de cet ouvrage, le Catalogue
des actes de Louis VIII , de 1223 à 1226. Les éditeurs du tome
XIX des Historiens de France assurent que « les chartes et les
« ordonnances de Louis VIII ne sont pas nombreuses ». //
flou* suffira de faire remarquer que notre Catalogue comprend
463 numéros ; les actes de ce règne de quarante mois sont donc
proportionnellement beaucoup plus nombreux que ceux du règne
de Philippe- Auguste^. La source la plus abondante où nous ayons
puisé est naturellement le Trésor des chartes. Pour Vépoque qui
nous occupe, on sait que les pièces des layettes, sauf celles du sup-
plément, ont été publiées par Teulet. C'est le registre E de Phi-
lippe-Auguste (JJ. 26 des Arch. nat.) qui a été employé par les
clercs de Louis VIII; certains feuillets perdus peuvent être recons-
titués à Vaide du registre F (9778 du Fonds latin) qui est une
copie de E; le registre JJ. 31^ compilation faite sur l'ordre de saint
Louis, nous a été très utile aussi. Le 33. 30a et le JJ. Tlb sont des
recueils d'actes relatifs au Midi; il faut y joindre le Manuscrit
additionnel 17308 du British Muséum, registre du commencement
du XIV® siècle, contenant des documents relatifs à Vancien comté
1. Le « Premier Cartulaire d'Artois » est le registre B. 1593 des
Archives du Nord. Quant au Deuxième Cartulaire (B. 1594), il est très
mutilé et ne contient plus les chartes de Louis de France que signale
Godefroy.
2. M. Delislc a recueilli 2262 actes de Philippe-Auguste, qui a régne
quarante-quatre ans. Ajoutons que, pour le choix des actes dont se
compose notre Catalogue, nous avons adopté la méthode qui a été suivie
par cet érudit, et qui nous a semblé légitime et profitable.
INTROtlUCTIO.N XI
de Toahase; les pabUcalions de textes f&Uen dan» la nouvelle
édition de THistoire du Languedoc ne rendent pas complètement
inalile le dépoaillement de ces recueils. Quantaus autres registres
du Trésor, ils ne contiennent que peu d'actes de Louis VlII.
Nous avons compuUé également avec profil une partie des séries
H, K, L, M, P, Rets des Archives nationales, les recueils d'ori-
ginaux on de copies el les cartutaires des Fonds lalin el français de
la Bibliothèque nationale, ainsiqae lesgrandes collections des wn'
el xvtu* siècles: celles g n'ont formées Baluze, Doal et dom Grenier,
celle* ij ai portent les noms de Brienne el de Moreau nous ont été
particulièrement précieuses^. Il y a aussi des actes de Louis VI II
dans les Archives di5 parte m en ta tes du Nord, da Pas-de-Calais, de
l'Aisne, tans compter les dépôts gue M. Delislea visités pour for-
mer son Cartulaire normand. Quelques inventaires t/'Archives
communales e( hospilalièrea (i4ni/en.T, Douai, Senlis, elc-, Hôtel-
Dieu de Paris, Sainl-Jean de Pont-Audemer), contiennent égale-
ment des mentions d'actes de Louis VIII. Quant aux collections
} de Fonteneau (à la Bibliothèque de Poitiers) et d'Afforly {à celle
de Senlis], elles ne nous ont presque rien fourni de neuf, non plus
[ que Us manuscrils du Britisb Muséum.
La diplomatique de Louit VI 11 est trop sensiblement identique
' k celle de Philippe-Auguste pour qu'il soit utile d'en retracer
les régies, après les tr.ivaux de M. Delisle. La seule différence
grave est dans la manière de compter les années du règne. « Phi-
Il lippe-Auguste fainaîl partir du Jour da sacre les années de son
• régne, nous dit M. Delisle; c'était le système que suivait saint
I Louis, el nous en retrouvons l'emploi constant, non seulement
• à la chancellerie des papes, mais encore à la chancellerie
i des rois d'. Angleterre', a Nous crayons que la chancellerie
de Louis VI II n'a pas suivi cette règle. Considérons, en effet,
; le n° 203 de notre Catalogue; c'est un acte par lequel Louis
VIII approuve les décisions de l'évèque de Sentis relatives
au règlement de l'abbaye de l» Victoire. Cet acte, dont nous
n'avons pas l'original, est cerluinemenl authentique el il n'y a pas
lieu de se défier de la date, qui est la même dans le Cartulaire de
' Saint-Victor, dans les copies d' A fforty faites d'après l'original,
1. \oua rappelons ici une fois pour toutes que l'abbè Dccamps a fait
n Cartulaire du n'-^ne de Louis VlII, ne contonantque desactes faciles
[ à retrouver autre part. {Uih. nul.. Culleci. Drcamm, vol. ai). Ce car-
^ tul^re est reproduit dans les volumes 37 et 38 de la Collection Fon-
I laniea. Nous avons jugé inutile de citer ces Cartulairos dann noire
Calaloftue.
". Cal'il. (le." nclfs de l'/iil.-.\u;/., Inti-ml., u.W.
Xn INTRODUCTION
et dans le GalUa christiana. Cette date est : Donné à Paris, Tan
de rincarnation 1225, la 3" année de notre règne. Si la première
année du règne de Louis VIII commence le jour de son sacre,
c'est-à-dire le 6 août 1223, l'acte en question est au plus tôt du
6 août 1225. Mais le même Cartulaire de Saint-Victor donne :
V l'acte de Vévêque de Sentis, daté du mois de juillet 1225, ce qui
permet déjà de supposer que la charte de Louis VIII, expédiée
manifestement en même temps, est aussi du mois de juillet; 2° un
acte de l'abbé de la Victoire, daté également du mois de juillet, et
qui mentionne clairement et expressément la charte royale *. Nous
pouvons donc dire que les années du règne de Louis VII f com-
mençaient le lA juillet, date de son avènement. Si nous n'avons
qu'un acte qui le prouve, en revanche il n'y en a point qui
démontre le contraire. Il est d'ailleurs tout naturel que le système
adopté par la chancellerie de Philippe- Auguste ait été modifié en
1223. On sait, en effet, que Philippe- Auguste a été sacré le l"/jot'.
1179, du vivant de son père, et selon M. Delisle il a commencé à
expédier des actes comme roi de France avant le 18 sept. 1180,
date de la mort de Louis VII. Louis VIII na été ni sacré ni cou-
ronné du vivant de son père; au contraire, après son avènement,
il a attendu plus de trois semaines avant de se faire sacrer ; il
n'avait pas besoin de se hâter : la transmission du pouvoir royal
s'était faite sans aucune difficulté. Louis VIII commença à régner
dès que Philippe-Auguste eut expiré. Voilà pourquoi la première
année de Philippe-Auguste commence à son sacre et pourquoi Ui
première année de Louis VIII commence à son avènement.
Nous avons rejeté un certain nombre d'actes indûment attribués
au temps de Louis VIII par les auteurs de la Table des diplômes,
par Decamps, dans son Cartulaire manuscrit, par des érudils
comme Chantereau-Lefehvre, Laurière, etc. Le plus important de
ces actes est une prétendue « Tresve pour trois ans entre les roys
« Loys huictiesme et Henry d'Angleterre en juin 1225^». Cette
trêve est de juin 1228.
Nous avons pu joindre en somme bon nombre d'actes inédits
intéressants aux chartes de Louis VIII publiées déjà dans les
divers recueils d'érudition, et qui n'avaient pas toujours été elles-
mêmes examinées de près. Dans notre Catalogue figurent seuls les
diplômes, lettres, mandements et notices émanant de la chancel-
lerie royale ou constatant des engagements pris envers le roi. Bien
entendu, les sources précédemment énumérées nous ont fourni
1. j\rrh. nal., LL. 1450a, f«» 207 et 208.
2. Du Tillet, liecueil des Traitez d'entre la France et V Angleterre, 22.
INTRODUCTION XIII
aussi d^ autres documents très utiles; par exemple des enquêtes, Enquêtât, comptef,
que nous avons énumérées dans un cataloque spécial; un compte *****
de 1226; la liste des gîtes royaux ; des chartes intéressant indi-
rectement notre sujet. Les Scripta de Feodis édités dans le tome
XXI II des Historiens de France, les Jugements de l'Échiquier de
Normandie, publiés pfir M. Delisle, etc. nous ont fourni aussi
de précieuses indications.
Les documents pontificaux ont été pour nous une véritable mine Documenu poniifi-
de renseignements sur la politique générale. Malheureusement le ***"*'
registre d'Innocent III relatif à Van X^W est perdu , et les registres
des années 1215-1216 ne nous sont connus que par un inventaire^ .
Les actes d" Ilonorius III, sans parler du regeste de Potthast, ont
été Vobjet de deux publications considérables, mais sujettes a
caution : l'abbé Pressutti a fait un regeste qui s'arrête actuellement
au mois de juillet 1221, et Iloroq a édité in extenso, d'après di-
verses sources^ et particulièrement d'après les copies de La Porte
du Theilj un grand nombre de bulles de 1216 à 1226. Ces travaux
ne nous dispensaient pas de recourir aux manuscrits, ou du moins
aux copies du British Muséum et delà Bibliothèque nationale. On
trouvera parmi nos pièces inédites une lettre adressée par Ilono-
rius III à Louis VIII au sujet de sa politique extérieure.
Le fils de Philippe- Auguste a entretenu avec l'empereur des Documenu aile-
relations amicales, que nous fait connaître le grand recueil publié mand» «t angiaif.
par M. Huillard-Dréholles. Il a été surtout en relations belli-
queuses presque constantes avec les Plantagenets, et il a dominé
pendant plus d'un an sur une grande partie de l'Angleterre. Les
documents anglais ont donc été pour nous d'une extrême impor-
tance.
Pour l'époque oii a vécu Louis VIII, la Record Commission a
publié il y a longtemps déjà, outre une édition considérablement
augmentée des Fœdera de liymer, les Rotuli hundredorum, les
Rotuli chartarum, les Rotuli litterarum clausarum, etc.; elle a
édité aussi les Rotuli litterarum patentium du règne de Jean sans
Terre. Nous avons dépouillé au Record Office les rôles de Lettres
patentes des dix premières années de Henri III, ainsi que les Pipe-
rolls [comptes des revenus royaux) pouvant nous renseigner sur
l'expédition de 1216, le Red-bookof Kxchequer, enfin les Royal-
letters, collection de lettres missives du plus haut intérêt^.
1. Voyez l'article de M. Delisle dans la Bib. Ec. Ch., XXXIV, 398 et
suiv.
2. La publication des Koynl lelters il/uslrative of the reign of
Henry III par Shirley n'est pas intégrale.
Xnr INTRODJ^CTION
Les autres fonds du Record Office que nous avons pu consulter
ne nous ont rien fourni. Nos recherches au British Muséum et
dans les diverses bibliothèques d^Oxford et de Cambridge n'ont
pas été très fructueuses. ^
A côté des pièces d'archives, il faut rappeler aussi l'existence
des documents diplomatiques importants que nous ont conservés
les chroniques anglaises; tel, par exemple, le long exposé des pré-
tentions de Louis de France à la couronne d'Angleterre, fait par
les agents qu'il avait envoyés à Rome, et que Roger de Wendover
a conservé presque certainement sous sa forme authentique, Si-
gnalons aussi ce curieux Bradons Note-book, découvert par
M. Vinogradoff et édité par M, Maitland; qu'il s'agisse ou non
du propre cahier dénotes du jurisconsulte Bracton, ce recueil
nous renseigne sur les plaids des premières années de Henri III y
que nous ne connaissons pas autrement.
Nous devons une mention particulière au Catalogue ou plutôt à
l'ensemble de Catalogues publié par Ayloffe en 1774; nous y
avons trouvé l'indication d'actes très importants de Louis de
France, des rois d'Angleterre et d'Ecosse et des barons anglais^
actes qui étaient déposés les uns à Berwick, les autres à Chapter-
Ilouse, et qui ont disparu.
Nous ne pouvons malheureusement pas certifier qu'on ne puisse
trouver après nous, au sujet de l'expédition de 1*205, d'importants
documents inédits. Il y a quelques années, M, Ch. V. Langlois a
mis par hasard la main, au Record Office^ sur une liasse de pièces
originales où il a trouvé un document qui intéresse l'histoire de
Louis de France. Mais quand nous sommes arrivé à Londres , on ne
laissait plus les travailleurs examiner en liberté ces innombrables
parchemins de la Chancellerie^ (jrui ne sont pas même estampillés ;
eussions-nous eu l'autorisation d'en prendre connaissance, l'ab-
sence d'inventaire et de classement quelconque nous aurait con-
damné à des recherches pour ainsi dire infinies. Subsiste-t-il
d'ailleurs beaucoup de chartes de Louis de France en Angle-
terre? N'a-t-on pas eu soin au contraire de les supprimer presque
partout, après Véchec final de ses prétentions? Nous inclinons à
admettre cette dernière hypothèse, vu sa vraisemblance et vu
l'extrême rareté de ces actes dans les collections du British Mu-
séum et des diverses bibliothèques que nous avons visitées.
Importance £•;, pésumé, Ics documcuts diplomatiques relatifs à l'histoire
d'arehiTes. du fils de Philippe- Augustc sont aussi nombreux que dispersés.
Ils sont non seulement les plus sûrs de tous, mais souvent aussi
les plus importants. Ce sont eux seuls qui nous permettent d'ap-
précier le rôle joué par Louis de France à la cour de son père et
INTRODUCTION XV
en Artois, et de connaître Vétai des institutions monarchiques au
moment ou saint Louis va monter sur le trône. Ce sont eux qui
nous dévoilent la politique complexe du Saint-Siège et la situa-
tion exacte du Midi pendant les croisades en Albigeois, Ce sont
eux enfin qui nous montrent les causes des revers et des succès de
Louis dans les diverses phases de sa lutte avec les Plantagenets ;
ils nous renseignent d*une façon particulièrement précise et claire
sur les rapports de la France et de V Angleterre de 1223 à 1226.
Nous aurions voulu que les archives d'outre-mer nous donnassent
plus de pièces relatives à r expédition de 1216, si spécialement
attrayante pour notre curiosité ^ en compensation, ce grand événe-
ment a été très copieusement raconté dans des chroniques souvent
de premier ordre.
II.
LES CHRONIQUEURS.
Si le xiii" siècle a vu naître en France V historiographie offi-
cielle, il n'est pas certain que dès le règne de Philippe- Auguste
les moines de Saint-Denis aient commencé à recueillir des notes
sur les événements qui intéressaient l'histoire monarchique, et
rien ne permet de supposer qu'ils l'aient fait sous le règne de Louis
VIII. Malgré tout, avec l'œuvre de Bigord commence une série de
chroniques dont les auteurs étaient évidemment en relations
étroites avec la royauté et dont il nous faut parler d'abord.
Bigord a dédié la seconde rédaction de ses Gcsta Philippi a chroniqnei
Louis de France \ il s'est montré cependant bien avare de détails ** ^^'^'^^J^" '^**^*'
sur la jeunesse de V héritier royal. On sait qu'il a cessé d'écrire
au moment oii ce dernier arrivait à l'âge d'homme. Guillaume le
Breton^ au contraire, a vécu au moins jusqu'en \22i; la Conclusïo
exhorlativa qu'il adressa à Louis, en terminant sa Philippide,
a été évidemment composée au moment de la campagne de Poitou.
Le vieux chapelain n'a pas entrepris de raconter le règne de
Louis VIII, il s'est donné seulement la facile satisfaction
d'en prédire après coup la gloire ; mais sa Chronique et sa Phi-
lippide nous donnent de précieux détails sur le rôle joué par
Louis de France pendant la lutte qui se termina au pont de
Bouvines et à la Boche-au-Moine. Son récit des expéditions d'Al-
bigeois et d'Angleterre est écourté et insignifiant; Philippe-Au-
guste s' étant désintéressé, au moins en apparence, de ces cam-
XVI INTRODUCTION
pagnes j son fidèle historiographe Va imité ^, Des œuvres de Rigord
et de Guillaume le Breton^ il faut rapprocher /'Historia regum
Francorum gui s'arrête en 1214; V auteur de cette bonne chro-
nique était un chaud partisan de la royauté et vivait sans doute à
Paris ^,
Nous ne connaissons qu'une seule œuvre consacrée exclusive-
ment au règne de Louis VIII par un contemporain. Ce sont les
Gesta Ludovici VIII, poème épique composé vers 1228 par
Nicolas de Brai, qui était probablement doyen de Véglise de
Brai'Sur Seine ^. La valeur historique de ce poème ne peut être
comparée à celle de la Philippide. Il est court et incomplet, au
moins sous sa forme actuelle. De plus, Nicolas de Brai ne nous
renseigne guère que sur les sièges de La Rochelle et d'Avignon.
Il omet complètement des faits très importants. Enfin, il a des
prétentions littéraires. Il est nourri de la lecture des poètes
classiques, surtout d'Ovide, et il a le talent poétique que pouvait
avoir un bon élève de rhétorique, au temps oit les élèves de
rhétorique faisaient des vers latins. Son œuvre est attifée
d'oripeaux mythologiques tout à fait ridicules. Dès le moment
où le christianisme eut triomphé du paganisme, nous trou-
vons chez les poètes les plus orthodoxes cette manie de puiser
à pleines poignées d'hexamètres dans la collection défraîchie
des souvenirs classiques. Mais il y a des degrés dans toute manie.
Guillaume le Breton use sobrement des fictions traditionnelles.
Nicolas de Brai s'en enivre. Non seulement des personnages allé-
goriques comme la Discorde et la Trahison, mais Louis VIII
lui-même et ses conseillers font à chaque instant d'interminables
« discours latins » où il s'agit d'Hercule^ de Charybde et de
Scylla. Le pape s'exprime comme s'il était grand prêtre de Ju-
piter ; au moment d'envoyer en France un nouveau légal, il lui
adresse un bien étrange discours ^ Tisiphone, Alecto, Mégère et
Érinnys régnent sur la Provence, dit-il, et il ajoute :
Unde necessc foret ut Jupiter Amphilryonis
In thalamis rumus geminaret tempora noctis,
1. Pour plus de détails, nous renvoyons à la notice que M. Dela-
borde a placée en tète du tome II de son édition de Rigord et de Guil-
laume le Breton.
2. Notice de M. Molinier, Monum. Germ., Script.^ XXVI, 394.
3. Notice de Holder-Egger, Af. G., XXVI, 479. Voyez dans .4 rc/*.
hist. du Poitotty IX, 361-362, une lettre adressée par Besly aux frères
S*« Marthe en 1642. Besly, collaborateur d'André Duchesne, avait pré-
Êaré la première édition des Gesta. C'est à la négligence de François
(uchesne qu'est probablement due la perte des manuscrits dont Besly
s'était servi.
INTRODUCTION
nribu
Uptm
tût monstra fugaret
S grave, c'esl que celle préoccupation constante d
e épopée virgilienne et de peindre Louis VII! sous les mêmes
traits r/a'un héros anlîtjue, ôteau poôme de .Wicolas toute coateur,
mte précision, toute apparence de vérité. Les écrivains du xvii'
ïcte se représentaient les guerriers d'Homère sous ta figure de
princes valeureux el charmants ; le grossier iVéoploléme devient
odans les vers de Racine le galant Pyrrhus. H se passe dans
iprit de iVicolas de Brat un phénomène inverse; il prête aux
•nmes el aux choses de son temps la forme classique dont Védu-
) revêtu ses conceptions, el Louis VIII devient dans son
lagination an « magnus Alexander «.
"aut-il donc, avec Brial' et les auteurs de /'Histoire littéraire
de la France", dénier toute valeur à cette ceavre? Tel n'est pas
notreavis. Nicolas a déformé les événements qu'il raconte, mais
il les a vus. Il a assisté en personne au siège d'Avignon et la
^^•narralion qu'il en fait contient g uelgues passages vraiment in-
^^fliressants, malgré l'absence complète de précision dans l'expres-
^^B-n'on. Enfin, çà el là se manifestent des sentiments personnels à
^^HTaateur et d'une sincérité évidente. Nous n'avons donc point né-
^^^ffligè cette source de l'histoire de Louis VIII.
^^B* Quant aux Geata Ludovici octavi en prose, ouvrage anonyme
^^Bflu'oR cite encore parfois comme la principale narration du régne
^^M^e Louis VIII, c'esl une compilation sans valeur et sans utilité.
^^Ptfonf Waitz a renversé la réputation usurpée*. Ce savant a voulu
^^^ établir que les Gesta avaient été composés par Guillaume de
Nangis pour combler le vide que son Histoire de S. Louis et la
Chronique de Gaillaume le Breton laissaient entre elles. Celte
^^ supposition est évidemment très contestable, mais Waitz a démon-
^^ÊJté solidement ses deux autres propositions: l' LesGesla sont une
^^meompitation très postérieure au temps de Louis VIII. ^^ Leur
^^Ktafeur » connu el utilisé le Spéculum faistoriale de Vincent de
Beauvais. Waitz aurait dû apercevoir aussi les rapports étroits
qui existent entre les Gesla el la Chronique de Tours. Pour notre
pari, l'étude comparative de ces trois textes nous a amené aux
, i. Vers 1000 à 1009.
3. H. F., XVII, pri<face. vu.
a. Tome XVI, 192-3.
>. Neues Archiv, V, 106 et suiv. Dom Brial avait dèiâ remarqué
B lès Getta étaient en partis copiés sur la Chronique de Tours {H. F.,
jEVni, pn-face, xii).
Cil. PrriT-DuTAiLLW. I\^gne de Louis Ytll,
XVllI
conclusions s
INTRODUCTION
livanles : l'auteur des Gesta n'est certainement pat
mtemporain de Louis VII f; lorsqu'il lui arrive de changer
le texte iju'il copie, il trahit lui-même l'époijae où il écrit; il rem-
placera par exemple le mot contilîum i/a'emploie le chroniqueur
de Tours, par le mol parlamenlum, qui n'était pas encore d'usage
an temps de Louis VIII pour désigner les assemblées royales.
Pour les années V2'2i, 1224, Ï22j, le compilateur a copié, abrégé,
ou déformé la Chronique de Tours; Ha seulement emprunté àV in-
cent de Deauvais queb/aes détails sur la généalogie de Louis VIII,
sur les événements d'Albigeois et de Poitou en 1224. Pour l'année
1226, ('( cesse d'utiliser la Chronique de Tours et copie le récit de
Vincent, en omettant quelques détails. Bref les Gesta Ludovic!
VIII n'auraient de valeur que si nous avions perdu les deux autre»
textes. '
La Chronique de Tours a pour auteur an chanoine de Saint'
MartindeTours;sansdouteétait-cele chanoine PéanGAtineau, déjà
connu pour d'autres ouvrages. Depuis les premières années da
xm° siècle jusqu'en 1220, les mentions originales de celte chronique
ne concernent que l'histoire locale ; le reste est emprunté à Robert
d'Auxerre. Depuis 1221, c'est une chronique entièrement origi-
nale et du plus haut intérêt. L'étude des manuscrits montre que
l'auteur a interrompu son travail en 1223'. C'est évidemment
cette première partie qui a servi au compilateur des Gesla. La
chronique a été ensuite poursuivie Jusqu'en 1227, probablement
par le même auteur. Ce chanoine de Tours était un homme intel-
ligent et consciencieux; Ua vu Louis VlIIde très près à plusieurs
reprises et était parfaitement au courant des affaires monarchiques.
Son œuvre est bien supérieure aux autres chroniques françaises
de la même époque.
Le Spéculum hîsloriale de Vincent de Beauvais n'a pas de va-
leur originale Jusqu'en 1223. Pour les trente premiers mois da
1. M. Delaborde a voulu réfuter (empiétement en 1880 les conclu-
sions de Waiti (fltW. de l'Éc. des Charles, XLI, 68 et suiv.). 11 a parfei-
tement montré que l'attribution des Gesla h Guillaume do Nangis est
peu plausible; mais il ajoutait que cet opuscule était tout simplement
le recueil des notes prises au jour le jour par les moines de Saint-l)enig
pendant le règne de Louis Vlll ; les bévues que contiennent les Gesla
rendent cette hypothèse inadmissible; M. Delaborde y a du reste
renoncé dans ses Noies sur GuMiume de Nangis^ oii il suppose que
les Gtsta ont été fabriqués en 1286-1287 (Bib. lie. Ch., Xl.lV, 192 et
suiv.). Sur le ms, latin 5925, qui contient les Gesla, voy. un art. de
M. Delisle, Mém. Soe. Hist. Paris. IV, 208-212.
S. André Salmon, Notice placée en tête de son édition des Chro-
niques de Tovraine, xvi et suiv.
INTRODUCTION XIX
¥• régne de Louis V/II, Vincent a évidemment abrégé la première
W/tArtie de la Chronique de Tours, mait il y a ajoaté des détails
loavenl intéressants. Enfin, nous croyons i/u'il a raconté les évé-
s de 1326 d'après ses notes personnelles, peu abondantes,
tais 1res précises. Bien qu'il n'ait publié son Spéculum bistoriale
qu'en 1244, Vincent était déjà un homme fait sous le règne de
Louis Vl/f ', et pouvait prendre intérêt à noter les grands évé-
nements. On n'a pas accordé jusqu'ici assez d'attention A l'œavre
\ historique de Vincent de Beaavais, qui était en honneur au xiu'
fnécle '.
Les chroniqueurs que nous venons d'énumérer vivaient aux côtés
Ide Philippe-Auguste et de Louis VIII ou tout aa moins ont dû
lavoir sur l'histoire monarchique des informations puisées aux
lionnes sources, grâce à leur situation parlicu Hère, à leurs rela-
lHons, à la proximité de certaines résidences aimées des Capétiens ;
s vivaient dans l'atmosphère royale. Avec U Chronique da cha-
toinede Laon, qui s'arrête en 1219, nous nous éloignons déjà;
fies erreurs qu'on trouve dans celle isavre suffisent A nous en
^avertir. Cependant le chanoine de Laon, étant d'origine anglaise,
i quelques renseignements très intéressants sur l'expédition de
' 1216. Son œuvre a été ulilisée et augmentée par liobcrt d'Auxerre
et ses continuateurs " . C'est dans l'Est aussi qu'a été composée la
Chronique d'Auhri de Trois fontaines. Aubri était champenois et
vtn fEUvre a été interpolée par un moine de Hui prés de Liège*.
Si nous avani;ons maintenant vers le Nord, nous rencontrons en
^Artois el en Flandre des œuvres d'une haute importance. Voici
li'gbord nii^toire des ducs de Normandie cL des rois d'Angleterre
i la Chronique de l'Anonyme de Béthune. Nous nous contenterons
e résumer ici l'étude que nous avons faite ailleurs de ces deux
feavre» écrites l'une et l'autre en langue vulgaire, originaires
toutes deux d'Artois et si étroitement apparentées qu'on peut les
■ffn'j6uer à on même auteur^.
i. Voy. la Notice de Daunou dans Vlfistoire Littéraire, XVIII, 449
H suiv., et un article do Natalis de Wailly, Bib. Èe. Ch., !■ série, 1,
189 et suiv.
S. C'est d'après Vincent de Beauvais (|ue le compilateur connu sous
's nom de Ménestrel d'Alfonse de PoitLCfï^ a raconté en langue vulgaire
8 r6gno de Louis VIII; la traduction e^t à peu prés textuelle. En re-
nncne, ce sont les Gestn Ludoviei VIll qui sont traduits dans les
Sriindet Chroniques de Saint-Denis.
3. M. G-, XXVI, 219 (Notice de Holder-Egger sur Robert d'.^uierre),
rt m (Notice de Waitz sur la Chronique de Laon).
i. M. C, XXIII, 631 i 673, notice de P. SchefFer-Boichorst.
B. Hewe historique, sept. -octobre 1892, 63 et suiv.
:X INTRODUCTION
La Chronique de l'Anonyme de Bélhone, inédite encore et con*^
nue par un seal mAnuncrit qui a éléacqais en 1891 pour ta Bi-
bliolhèque nationale, esl originale et indépendante des aulrt
chroniques connues depuii 1185 juiqa'en 1199. A partir dt
ravénement de Jean sans Terre juqu'en février 1217, date où elié]
s'interrompt brusquement dans notre manuscrit, elle offre di
ressemblances manifestes avec /'Histoire des ducsdeNormandieetj
des rois d'Angleterre. Ce dernier ouvrage, publié dés 1840 et
peu utilisé jusqu'ici par les historiens, est an des plus intérêt-
sanis qu'on paisse lire sur les vingt premières années du iiii'
siècle. Depuis 1199, date où il devient original, jusqu'en 1216, t(
nous donne les plus curieui détailssur la vie de Jean sans Terrt
et spécialement sur ses rapports avec les Flamands. L'aulear
était certainement un familier de Hoberl de Béthune, pauvre cadeti
de famille venu d'Artois pour se mettre au service du roi Jean.
Au moment où ce prince apprit l'heureux débarquement de Louit
k Sandwich et s'enfuit vers Douvres (22 mai 1216), il est probable
que Robert de Béthune fit comme beaucoup d'autres et passa du
côté du plus fort; dés lors jusqu'à la paix de Lambeth en 1217,
son familier ne s'occupe plus qu'indirectement des Planfagenett,
et raconte minutieusement, souvent jour par jour, les gestes da
parti français. Après la paix, Robert et les siens se rêconciliéreal^
avec la dynastie angevine et la chronique reprit son premier
caractère. La différence capitale qui distingue celte Hîsloire de*
ducs de Normandie et des rois d'Angleterre de l'œuvre récemment
entrée à la Bibliothèque nationale esl que la première omet le*
événements qui ne concernent point l'Angleterre, tandis que J!»
seconde esl une Hisloire des rois de France. Pour citer seulemetU
des faits qui intéressent notre Élude, l'Anonyme de Béthane dannt
sur l'entrée en chevalerie de Louis de France, sur la réunion dt
l'Artois au domaine capétien et sur la guerre de dévastation qui
ruina les pays flamands en 1213-1214, des détails qu'on cherche-
rait vainement dans ^Histoire des rois d'.Angloterre. En revanche^
comme les rapports entre Jean sans Terre et Philippe-Auguste
ont été incessants, des pages entières de l'œuvre imprimée se
retrouvent dans l'œuvre inédite, sous une forme seulement plut
concise. Lorsque l'Anonyme de Béthune en vient à narrer I» cam~
pagne de 121B, il n'a plus qu'A résumer l' Histoire des rois d'An-
(Çleterre; il se contente d'ajouter A son abrégé quelques
gnements, concernant par exemple les chevaliers d'Artoia qui'
accompagnèrent Louis outre Manche.
Ces deux chroniques sont écrites d'un style très vif en mém*\
I
INTRODUCTION XXI
Ûmpa que précis et en mainls passages elles af/eclent msni/esle-
e caractère d'un témoignage direct. Nous crot/ons qu'elles
ont été componées foules deux par an ménestrel attaché au service
de Boherl de Béthane; U a fait d'abord, vers 1220, son Hisloire
des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre ; puis il a eu l'idée
d'élever un monument analogue aux rois de France et a écrit pe a
md ouvrage. Quoiqu'iten soit, ces deux chroniques
tont les plus précieuses que nous ayons pu consulter sur la jeu-
~ nesse de Louis de France.
Nous rapprocherons de ces œuvres importantes quelquespages
en langue vulgaire, dignes d'être un jour publiées, que nous avons
trouvées dans le vol. 49 Je la Golleclion Duchesne; Duchesne les a
tirée» d'an « cahier en parchemin de ta Bibliothèque collégiale de
Saint-Quentin « et les a intitulées Fragment de l'hisloire de Philippe-
Auguste. Ce fragment commence au milieu du récit de la bataille
de Bouvines et s'arrête au moment où Louis de France lève le siège
de Douvres en 1216; il semble avoir été écrit dans la région
flamingo-artésienne, probablement dans le Calaisis. L'auteur s'in-
téresse comme l'Anonyme de Béthiine aux chevaliers du Nord. Il
noa» fait an exposé très circonslanciéde l'embarquement des troupes
^^françaises à Calais en mai 12l(» et les détails donnés sur les péri-
^^^élies de la traversée doivent provenir d'un témoin oculaire. La
^^pUrrafion de la bataille de Bouvines est également très développée.
^^P C'eslaussien tangue vulgaire que le Touraaisicn Philippe Mous-
^^ lui, contemporainde Philippe- Auguste, de lAiuisV 1 1 1 elde S.Louis
^m*'* écrit sa longue et filandreuse Chronique rimée'. Bien que
■ Ia dernière partie de son œuvre ne soit pas aussi originale qu'on
l'a prétendu, elle ne laisse pas de nous avoir été utile; c'est ainsi
que dans les quinze cents vers consacrés au siège d'Avignon en
J22ti, Moasket ne craint pas de citer beaucoup de noms propres
4 de donner des rcnseignement-i précis. La critique à laquelle on
feul taumettre ses assertions ne lui est point défavorable. C'wl
n pauvre poète, qui a du moins ce grand mérite à nos yeux de ne
rifier le fond à h forme; an ne peut retourner contre
î la déclaration de ce contemporain, qui, dans le Prologue
lé d'une Histoire de Philippe-Auguste et de Louis VIII aujour-
, Sur Mousket, ToyotdeprèrérencBàlanolicede M. do ReilTenberg:
le études de 11, C. Un Mortier, parues dans les Comptes rendus lirs
t de la CoMjmss. royale Hhisi. de lidniqw, IX, 112-115, et X.
6-48: la Prffnce du tome XXII des Historiens de France; les notices
a Tobler e\ de Iloldcr-Egger, M. G.. XXVI, 718 et euiv.; un article
• H. Paul Meycr dans les Notices et extraits des maaiucrîts, XXXU,
^ p&rUe, 56, 63 et suiv.
XXn INTRODUCTION
d'hui perdue, s'engage à quitter les vers pour la prose, une fois
que son Prologue sera terminé :
Quar anviz puest estre rimée
Estoire ou n'ait ajostée
Manconge por fere la rime*.
Les bonnes chroniques d'origine septentrionale sont nombreuses
à Vépoque de Philippe- Au g us le. Signalons encore la Chronique
de Hainaut écrite par Gilbert de Mons, qui a malheureusement
interrompu son travail en 1195; la continuation de la Flandria
generosa faite par un moine de Clairmarais en 1214 et 1226 ; enfin
la Chronique d'Andres et les Continuations de Sigebert de Gem-
bloux.
Ciiroûqnef mért- Arrivons aux chroniqueurs qui vivaient dans le Midi et qui ont
"" *** assisté aux croisades d'Albigeois, Le « pèlerinage » de Louis de
France en 1215 nous a été raconté par Pierre de Vaux-Cernai, le
champion de l'orthodoxie, le fanatique apologiste de Simon de
Montfort. L'hérétique non moins fougueux qui a continué la
Chanson de Guillaume de Tudèle avec une verve si tragique men-
tionne à peine cet événement ; en revanche il nous décrit avec
force les débuts sanglants de la campagne entreprise en 121^ par
le fils de Philippe- Auguste, et il termine son poème en excitant
au courage les Toulousains assiégés. Nous voudrions avoir un té-
moignage de ce genre pour la croisade de 1226; nous n'avons mal-
heureusement que les relations des chroniqueurs du Nord, les
narrations fantaisistes des historiens anglais, enfin le récit de
Maître Guillaume de Puilaurent, qui a écrit une Histoire de la
France méridionale jusqu'en 1272; Guillaume de Puilaurent, qui
a eu peu ou point de renseignements sur les deux campagnes entre-
prises par Louis du vivant de son père, a peut-être assisté à celle
de 1226; son récit est exact ; mais sec et incolore. Quant à /'His-
toire de la guerre des Albigeois en prose, on sait qu'il ne faut voir
là qu'une méchante paraphrase de la Chanson; cette composition,
écrite au xv* siècle, n'a aucune valeur historique^.
chroniqaei «n- Lcs sourccs étrangères nous ont peu servi, si nous exceptons les
*■*•••• chroniques anglaises, qui sont nombreuses à cette époque et par-
fois remarquables. En général, elles racontent peu exactement les
affaires du continent, mais elles sont pleines de précieux rensei-
1. Romania, VI, 498, vers 105-107.
2. Sur les divers chroniqueurs méridionaux, voyez surtout ï Intro-
duction à la Chanson de la Croisade^ par M. l^aul Meyer.
m
INTRODUCTION XXUI
lementa tar l'expédition de 1216 et forment an fieareuar compté'
tenl à /'Hialoire des ducs de Normandie.
Le* excellentes Chroniques de Roger de Hoveden et de Baaul de
Hcet s'arrêtent en 1201 e( donnent seulement quelques détails
iir U paix da Goulet et le marinqe de Louis. Pour len années qui
■uivenl, les œuvres les plus importantes .^onl celles da Chanoine
Barnwell, de Raoul de Cogqesfiallel de Roijer de Wendover.
Ia première, qui semble oriqinale de 1202 à 1225, a été écrite
vers l'an 1227 dans le monastère de Barnwell, près de Cambridge,
par un homme qui avait assisté aux grands éoéitements du règne
de Jean sans Terre sans se décider à prendre bien franchement
tarti, et qaî expose ses souvenirs avec clarté et modération'. Le
Ihronicon unglicanum de I0G6 à 1227, composé au mo)iastère de
'oggeshall, a été conçu dans le même esprit. H. Stevenson, gui a
publié cet oavrage dans les Rolls séries, ne s'est point donné ta
peine d'en déterminer sérieusement l'origine ni la valeur. D'après
des mentions pourtant fort claires, la partie importante de la
chronique^ depuis lï?i1 Jusqu'en 1227, a été composée par Raoul,
qui est devenu abbé de Coggeshall en 1207 et a. donné sa démis-
tion en 1218*. Malgré un manque de proportions tout à fait ex-
tessif et étrange, malgré quelques contes à dormir debout, cette
que a une grande valeur. Particulièrement pour l'époque
fui précède immédiatement le débarquement de Louis en Angle-
irre, elle donne des détails très précis, en remarquable confor-
t/ue fournit /'Hiiitoire des ducs de Normandie.
Le premier grand chroniqueur de Saint-Alban, Roger de
idover, que l'éclatante personnalité de Mathieu de Paris
mvril si longtemps de son ombre, a fait depuis cinquante ans
'objet de maintes études, qui n'ont pas éclairci complètement
obscurités de sa vie ni exactement déterminé la valeur de son
i. La Chronique de Barnwell, copiée dans un Metnoriale de In fin
la XEii* siècle, a été i)ubliéB par Stubbs dans l'éditiDn gu'il a donnée
Me ce Memoriale, attribué par lui. sans raison péremptoire. à Gautier
*Te Coventry.
2, Voyeep. 162-16aetp. 1B7.
3. Voy, la/'r^/'a« écrite en 18'i2par Coxe pourle t. IV de son édition
{^EnglUh historié. saeiety)\ Duffus-llardy, Descript. calai,, Inirod. du
I. 111; Luard, édition de VBistorîa major de Mathieu de Paris, Préf.
du l. Il: surtout Liebcrmann, Préfnee d'une édition fragmentaire,
M. G., XXVlIt, H et suiv. L'édition de Roger de Wendovcr publiée par
Hewlett (K. S., n' 84) est très médiocre et ce ou'elle ajoute au texte
contenu dans le Mathieu de Paria de I.uard est insi^iGant; les volumes
de Coxe étant peu répandus en France, nous citerons l'édition de
_Loard.
k.
XXIV ISTRODCCTION
Roger de Wendover était moine de Sainl-Alban ; il fal priear
de Belvoir depuis la (in de l'2l7 Jusqu'en 1219 ; il revint ensaite
à Saint-Alban et y mourut le fi mai 1236'. Sa chronique, qui
s'arrête en 1235, prend de la valeur à partir des premières années
da xm' siècle. Il est fort probable cependant qu'elle n'est entiè-
rement originale que depuis !21tJ, el la dernière partie elle-même
n'a certainement pas été écrite au Jour le Joar, car on y remarque
de grosses erreurs de faits et de graves incertitudes chronolo-
giques. En revanche, Rager de Wendover a pu consulter aux
riches archives de son abbaye de nombreux textes officiels ; il a
pu voir lui-même Jean sans Terre et Louis de France à Saint-
Alban el il a mis évidemment à profit lex relations écrites oo
orales des auteurs el des victimes du drame de 121G, Hostile aux
excommuniés qui veulent renverser Jean sans Terre, il ne se fait
point cependant l'apologiste du Plantagenel el rapporte éqaila-
blemenl les pillages el les massacres commis par les deux partis.
Pour la connaissance de cette guerre, c'est une source très abon-
dante, sinon toujours sûre.
Les chroniqueurs de Barnwell et de Coggeshnll et Roger de
Wendover ont composé leurs œuvres dans le môme esprit de
réserve et d'impartialité expectante. Ils écrivaient à une époque
où Von ne pouvait savoir si l'ingérence du Saint-Siège dans
gouvernement anglais était plus redoutable que celle de la n
blesse. Ces doutes n'existent plus guand Mathieu de Paris reprend
et continue l'œuvre de Roger de Wendover. C'est encore un con-
temporain de Louis, puisqu'il a revêtu l'habit monacal à Saint
Alhan le 21 janvier 1217; mais il a pris la plume au milieu du
mil' siècle, lorsque l'alliance du roi et du pape et le mépris de la
Grande Charte ont porté tous leurs fruits, et fait naître dans les
cerveaux anglais l'horreur de l'arbitraire. C'est dans ces senti-
ments qu'il écrit ses Chronica majora, oii H reproduit d'abord ta
narration de Roger de Wendover, en y faisant de nombi
additions, animées d'une véritable haine des rois. Jean sans Terre
et Louis de France ne sont pas épargnés l'un plus que l'autre et
les racontars calomnieux semés contre Blanche de CastilU sont
relatés avec complaisance. Ces additions sont pour ta plupart des
phrase* déclamatoires, des réminiscences cUssiques ou biblig.
qui nous renseignent sur l'état d'âme du chroniqueur plutôt que
sur le» faits de l'biitoire; quelques-unes cependant modifii
gravement le récit de Roger de Wendover. et la situation de
i. Liebermann, foc. cit., 9-10.
INTRODUCTIOM IXV
Mathieu de Paris, moine eurieiix et mondain, leur donne parfois
de l'aatorité. Mathieu a résumé ses Grandes Chroniques dans son
liistoria minor ou Historia Anglorum, qui a un caractère un peu
différent; ici le moine de Sainl-Alban ménage Henri IJI, le
flatte même et accuse Louis V/Il de tous le» malheurs qui ont
fonda sur l'Angleterre. Les Gesla abbalum Sancli Albiini et la
Vie d'Élienne (le I.an^ton, dus au même auteur, n'ont eu pour
nous que peu d'importance.
Beaucoup d'annales monastiques, composées en Angleterre au
xm* tiède, ont été publiées dans les RoUb Séries cl dans l'excellent
recueil de Sources anglo-normandes de Liebermann'. Les plus
intéressantes pour notre époque sont celles de Dunslaple el de
Waverleq. Jusqu'en 1241, les Annales de Dunstaple ont été ré-
digées par le prieur liicbard de Marins ' ; ce religieux- assista au
Concile de Latmn de 1215 et à son retour il séjourna A Paris
pendant toute l'année ISUi; aussi beaucoup de faits de l'histoire
anglaise à celte époque sont-ils ignorés -ou mal connus de lui ;
mAi» il a recueilli sur quelques points des informations da plus
haul intérêt. Les Annales de Waverley sont une œuvre collective
et anonyme, composée de mentions brèves mais très précises,
L rédigées évidemment au Jour le jour, et qui viennent souvent
confirmer /Histoire des ducs de Normandie.
Parmi Us chroniques monastiques inédiles connues de nous.
' ta seule qui vaille ta peine d'être citée ici est U Chronique de
Merlon, dont nous publions an feuillet parmi nos Pièces juslifi-
■ catives. Celte chronique est contenue dans le manuscrit 59 de la
I bibliothèque du Corpus -ChrisLi Collège, h Cambridge, etif occupe
I les /*• 157 t;" à 179. Copiée à la fin du xm' siècle par un scrihe
I ignorant, elle nous semble avoir été à peu prés complètement
I négligée jusqu'ici; Daffus-Hardy en dit à peine quelques mots'.
Elle s'étend de 1066 à 1242. Z.a partie que nous avons eu à exa-
I miner spécialement ne saurait être l'œuvre d'un simple compi-
I Uteur; le récit est exact, très précis, rempli de dates de mois et
\ de jour; comme dans la plupart des annales rédigées année par
i année, on y trouve signalés les phénomènes naturels qui avaient
\ frappé an instant l'esprit da rédacteur^. Ainsi que l'avait déjà
f établi Nasmith dans son catalogue des manuxcrils de Coi-pus-
t. Liebermann (Annlonnrntanniseht: GeschichUqHcUen, 17:i et suiv
I aèludië les rapports de filiation de quel sues -un ex rie ces uhronique
3. Notice de Luard, Préface du tome itl den Annate» monastict.
3. Dtscripi. fatal.. 111, n» 197.
4. Par exemple, f"- 173 et 179.
INTRODUCTION
ï
Christi, !ei mention» trén fréquente' relatives au couvent de
Merlan prouvent que l'auteur en faisait partie. Ce monaitère était
sitaé toat prés de Londres. Le chroniqueur a suivi de près les
péripéties de h guerre de 1216 et a vu à Merton même la famille
rojfale. le légat, Louis de France et les siens ; son récit revêt donc
ici une réelle importance.
La Chronique de Merton s'accorde parfaitement sur quelques
points avec les renseignements que nous fournil le Liber de
antiquis legîbus ; ce recueil, si intéressant paar l'histoire muni-
cipale de Londres, contient, en effet, une chronique anglaise de
1135 à 1223, où Vexpédilinn de l"21(j est racontée avec précision.
Le roi d'Ecosse et les chefs Gallois ont été partisans de Louis.
La Chronique de Maiiros et la Chronique de Lanercosl sont bien
avares de renseignements sur les rapporta d'Alexandre II et des
Français; on trouve cependant dans ces compilations quelques
passages écrits certainement par des contemporains. L'histoire
du pays de Galles à cette époque n'est pas non plus bien éclaircie
par le Brut y Tywysogion ni les Annales de Cambrie, œuvres
rédigées toutes deux au monastère d'Y/ffradflar '.
Enfin, grttce à l'obligeance deM. Paul Metjer, qui noas a prêté
sa copie, nous avons pu utiliser /'JlisLoire de Guillaume le Maré-
chal, poème inconnu que ce savant a découvert dans la bihlio-
Ikéqae de sir Thomas Phillipps à Cheltenham, Ce remarquable
ouvrage a été sans doute composé vers 1224-122,'ï par un héraut
attaché aalrefois à la personne du Maréchal, et fidèle comme lui
à la dynastie angevine *. L'auteur a consacré environ deux mille
sept cents vers à la lutte des Plantagenets contre (ei •• ribauts »
de Louis de France; il nous donne des renseignements particu-
lièrement intéressants sur l'organisation de la régence après Ia
mort de Jean sans Terre, sur la bataille de Lincoln cl la bataille
navale de Douvres, enfin sur les négociations qui ont terminé la
gaerre. Le récit du désastre subi par le parti français à Lincoln
occupe prés de neuf cents vers; cette narration est malheureusement
fort obscure et le poète lui-même déclare se trouver en présence
de traditions discordantes. Un tel aveu, ajouté à bien d'autre*
preuves, démontre du moins que l'auteur a voulu faire œuvre
1. Voy. les Notices He Liehennann, ,V. C, XXVII. 442 el 4't5.
3. Bomania, XI, 22 et suiv. Au inonmnt oi: nous corrigeons les
épreuves de cette Inlruiluciion, M. Paul Meyer vient d'achever la pu-
blicHlion du teWe de V Histoire dr Guillaume Ir Uarécltal pur la sor.
ifhisl. de l'r.
INTRODUCTION
XXVll
d'hiatorien et que son poème ne doit, pas être ran<fé parmi les
documents tiltéraires dont H nous reste à parler.
Telles sont les sources narratives contemporaines où nous avons
principalement paiséK Nous n'aoona ithordè qu'avec méfiance les
œuvres postérieures à la première moilié du xiii" siècle. Lorsque
nous avons cité des oaorai/es de ce genre, c'est pour ('une ou l'autre
des deux raisons suivantes : 1° Certains de ces chroniqueurs
postérieurs ont puisa à des sources aujourd'hui perdues et nous
donnent des renseignements nouveaux très probablement exacts;
tel, par exemple, ce Ménestrel de lieims. qui nous raconte l'en-
trevue de Philippe-Auguste et de Blanche de Castilte en 1217 et
les embarras causés à l'archevêque de Heims par le sacre de
Lou'is VIII; — 2" d'autres sont intéressants parce qu'ils nous
révèlent l'impression que les événements ont laissée dans l'intelli-
gence populaire et la façon dont les faits se sont transformés en
légendes, aussi fertiles en conséquences que la vérité même;
c'est ainsi que, déformée par les récits des vieillards, entourée de
prodiges et de miracles par l'imagination des moines, dépeinte
sous des couleurs fantastiques par des chroniqueurs comme
Gautier de Hemingbargh ou Henri Knîgblon, l'invasion fran-
çaise de 1216 s'est conservée longtemps dans le souvenir des
Anglais et a contribué à développer leur orgueil national.
DOCL'MBNTS LITT^flAIBES.
Les documents littéraires qui iltuslrenl la vie de Louis VIII
sont des lettre.^ comme celle* d'Etienne de Tournai et de Robert
Grosseteste; des Vies de saints comme la biographie de saint
Hugue; des recueils d'nnecdotei comme celui du dominicain
Etienne de Bourbon; des poèmes de circonstance inspirés par la
bataille de Lincoln, par le .^acre de Louis VIII, par la prise de
la Rochelle: désœuvré» d'imagination comme le Roman d'Eus-
lachfl le Moino ; ce sont enfin deux livres didactiques, composés
par Gilles de Parts et par le Gallois Giraud de Barri et qui
doivent fixer un instant noire attention.
1. Nous avons juçé inutile d'éntiméror ici toutes les }>etites annales
mnnistinues françaises ou élrangères qui nous ont fourni accidenlelle-
inent quelques intbrmations.
XXVIir INTRODUCTION
Gilles de Paris, chanoine de l'églite Sniiil-MArcel et ami de
Gaillaame te Breton, a compose pour l'imlructioii de Louis un
poème en cinq livres, le Carolinus, Son œuore a été commencée
Avanl 1198, finie dans le courant de l'an !2(M> el présentée le
3 septembre de cette même année au fil» de PhiUppe-Aujugle^ ,
Dans len quatre premiers livres, l'auteur montre comment Char-
te ma tj ne a pratiqué les quatre vertus cardinale-i et présente la vie
passablement agitée da grand conquérant comme un sujet de
réflexions édifiantes. Dans le cinquième livre, il examine assez
librement si Philippe-Auguste s'est conformé à ce modèle et juge
sans indulgence son divorce et ta dureté de son gouvernement.
Ce poème prouve bien clairement la force nouvelle qu'avait prise
alors ta légende carolingienne, élit a laissé une empreinte durable
dans l'esprit de Louis de France.
Giraud de Barri descendait par sa mère d'un prince Gallois,
et le mépris des Anglais pour leurs sauvages voisins rejaillit sur
lai; il ne put jamais devenir évéque'. Il se fit pamphlétaire et
publia peu après l'invasion française son De principis iiislruc-
lione liber, gui est an violent réquisitoire contre la dynastie
angevine el une chaude apologie da gouvernement capétien.
C'est l'unigue document où se reflète nettement l'état J'esprîl des
partisans de Louis de France.
Un certain nombre des documents que nous venons d'énumérer
avaient été étudiés avant nous par des érudits comme Le IVaîn de
Tillemont , PauU, les auteurs et nouveaux éditeurs de CHisloire du
l,an};;ucdoc, dont les travaux ont rendu notre tâche plus aisée. JVoua
avons enfin A remercier bien vivement tous ceux gai ont guidé
et facilité nos recherches, c'est-à-dire nos maîtres de l'École des
Charles, de V École des Hautes Eludes et de la Sorbonne, ainsi que
le» archivistes et bibliothécaires des dépôts oii nous avons travaillé.
Qtt'i'i nous soit permis de nommer particulièrement MM. Léopold
Delisle, Paul Mcyer, A. Giry, Luchaire et Ch.-V. Langlois ;
1. Ainsi que lo prouvent les v. 30'i et suiv., I2:etsuiv., 1Î2 #1siiiv.,
636 et suiv, du lîvrf V [nibliù |uir Duin Uriiil. I.e [>oétrir entier se trouve
dans 1g manuscrit latin 6191.
2. V. la Notice de Pauli, M. G.. XXVII, 395, et les difrérentes Prë-
facei de réditioii des œuvres de Giraud, parue dans les fiolls Seriea.
INTRODUCTION XXDC
MM. Legrand, Elle Berger et Stein, des Archives Nationales ;
M. Finoty archiviste du département du Nord; M. E. Salisbury,
du Record Office. Enfin nos anciens camarades de VEcole des
Charles, et surtout MM. Sœhnée, Labande, Poète, Lot et Vernier,
ont songé à nous au milieu de leurs propres travaux et nous ont
fourni maints témoignages d'excellente confraternité scientifique.
Nous espérons quà la lecture de cet ouvrage on ne nous repro-
chera ni le choix de notre sujet ni Vahondance avec laquelle nous
l'avons traité. La vie du fils de Philippe- Auguste n'a pas été un
ensemble incohérent de faits peu significatifs, mais au contraire
une série d'efforts continus et logiques vers un but aisé à distin-
guer. Cette question pouvait et devait être étudiée et exposée en
détail, non seulement parce que tous les sujets d'histoire du
moyen âge exigent une analyse patiente et minutieuse, mais
aussi parce que celui-ci se rattache au développement de la mo-
narchie française et à l'une des périodes les plus brillantes de ce
développement. A de bien rares moments, en effet, la royauté
capétienne a gravi avec plus d'énergie et de rapidité le chemin
montant de ses destinées.
TABLE OES RÉFÉRENCES'
t:HRONlQUES ET RECUEILS DE DOCUMENTS.
Abbreviationet geiloittm Franciw reguin. Recueil des historiens de
France (H. K.).loniéXVll.
Annalex Je Bermondiey. ICdiL. II. R. Luard, dans : Annales monastici,
tome III. Rerum brilannicanim medii a.'vi scriptures ou Rolls
séries (R. S.), n- 3G.
Annalei de Burton. Ann. inonaslici, I.
Annale» de Cambrie. Edil. J. W. ab Ilhej. R. S., n» 20.
Annalai de Cologne (,\nna.\es Cnhnwnses maximii. Edil. Karl Pertï.
Monumcnla Ccrmania) historica, Scriptores (M. G.), XVII.
Annales de Dutulapte. Ann. nionatilici, III.
Annales de Lagni. Edit. Elle Derger. Bibl. de l'Ec. des Charles,
XXXVRI.
AnnaUt de Marsan. \nn. monaslici, I.
. Annales de Muuston (Annales Mosoiiiagenses). Edit. Peitz. M. G., III.
Annales de SainlDentt. Bibl. de l'Ec. des Charles, XL.
I. Nous avons trouvé avantageux de traduire le plus souvent les
titres des chroniques latines. Le lecteur peut, en cfTet, ne point se
[ rappeler immédiatement nue la Coniinuatia Aquieinclina provient
du monastère d'Anchin, et il n'est pas sans intérêt de le savoir. Parfois
, même nous avons changé complètement le titre donné dans l'édition
emploj'ée, lorsqu'il nous paraissait défectueux; ainsi Richard Rowlett
I & publié aous le nom de Canlinuatio ckroniei Wi/letmi de Novoburgo
1 anouvraeeque, dans l'édition fragmentaire des Monumenta Gertnaniii',
i on a intitulé avec raison Annales de Stanleg; on trouvera donc ce
dernier titre dans nos références. — Nous avons laissé seulement en
latin quelques litres très connus sous cette forme, ou bien qu'il n'y
avait aucun intérêt à modiSer. — Nous avons classé par noms d'au-
teurs les Cartulaires factices, comme le Cartulaire normand de M.
Delisle. — Enfin, pour ne pas allonger démesurément cette table,
nous n'y citons point les recueils très connus, comme les Ordonnances
ou VAmplissima eolleclio de Marténe, non plus que certains vieux
ouvra^ contenant des actes de Louis Vlll et indiqués dans la Table
de$ diplômée.
XXXII TABLE DES REFERENCES
Annales de Saint-Edmond (Annales S. Edmundi). Edit. F. Lieber-
mann, dans : Ungedruckte anglo-normannische Geschichtsquellen,
Strasbourg, 1879, in-8.
Annales de Saint-Victor de Marseille (Annales S. Victoris Massilien-
sis). Edit. Pertz. M. G., XXIIl.
Annales de Stade (Annales Stadenses). Edit. Lappenberg. M. G., XVI.
Annales de Stanley (Continuatio chronici Willelmi de Novoburgo).
Edit. Richard Howlett, dans : Chronicles of Ihe reigns of Ste-
phen, etc., 11. R. S., n<» 82.
Annales de Tewkesbury. Ann. monastici, l.
Annales de Waverley. Ibidem, II.
Annales de Winchester, Ibidem.
Annales Wtn/on-Waver/ey* (Annales Wintonienses in monasterio Wa-
verley adaucti). Edit. Liebermann, op. cit.
Annales de Worcester. Ann. nionast., IV.
Annual report of the deputy keeper of the public Records (the twenty
sixth). Londres, 1865, in-8.
Anonyme de Béthunk. Chronique, Bib. nat.. Fonds fr. des nouv.
acquisit., n» 6295.
AuBAis (M'* d') et Ménard. Pièces fugitives pour servir à Vhistoire de
France. Paris, 1759^ 3 vol. in-4.
AuBRi DE Troisfontaines (Chronica Albrici monachi Trium Fontium
a monacho novi monasieifi Hoiensis interpolata). Edit. Scheffer-
Boichorst. M. G., XXIII.
Ayloffe. Calendar of the ancient charters^ etc, Londres, 1774, in-4.
Baluze. Miscellanea. Paris, 1675 à 1715, 7 vol. in-8.
Barnwell (Chanoine de). Chronique, Edit. W. Stubbs, dans le
tome II de: The historical Collections of Walter of Goventry. R. S.,
n» 58.
Barthélémy (Edouard de). Recueil des chartes de l'abbaye royale de
Montmartre, Paris, 1883, in-8.
Baudouin d'Avesnes (Chronicon Hanoniense quod dicitur Balduini
Avennensis). Edit. Heller. M. G., XXV.
Baudouin de Ninove (Balduini Ninovensis chronicon). Edit. Holder-
Egger. M. G., XXV.
Beaumanoir. Les Coutumes de Beauvoisis. Edit. Beugnot. Public, de
la Société d^Histoire de France (Soc. H. F.). Paris, 1842, 2 vol. in-8.
Beauvillé (V. de). Documents inédits concernant la Picardie^ tomes ï
à V. Paris, 1860-1882, in-4.
Bémont (Ch.). Chartes des libertés anglaises (1100-1305). Recueil de
textes pour servir à l'enseignement de l'histoire. Paris, 1892, in-8.
Benoît de Peterborough (Gesta Henrici II et Ricardi I or Chronicle
of the reigns of Henry II and Richard I, known under the name of
Benedict of Peterborough). Edit. W. Stubbs. R. S., n» 49.
1. Abréviation adoptée par Liebermann.
TABLE DES REFERENCES XXXUt
I Bernard Itibb. Chronique. Ëdit. Duplès-Agier, ddns : Chroniques
de SainUMarMal de Limoges. Sof. H. F. Paris, lB7'i, in-B.
Bossm (Th.). Carlulaire de Louvieri. ETreux-Paris.lBJO 1B71,2¥, in-4,
BouTARic. Aclen du Parlement de Paris. Culleclion des ïnvenlaires
p[ doo.umeiils. Paris, 1863-1867, 2 vol. in-4.
Bracton's note-bouk. Edit. Mnitlaiii), Londres, 1887, 3 vol. in-8.
L Brut y Tywysogion or Chronicle of the prince». EdiL J.-W, ah Ithel.
[ R. S., n- 17.
r Carlulaire du prieuré de la Chari té ttir- Loire. Edit. R. de Lespinasse,
Nevera-Paris, 1887, in-8.
Cartutaire de VHàltl-Dieu de Pontoise. Edit. J. Dcpoin. Docuin. publiés
par la Soc. bisloriiiue du Vexin. Ponloîse, 18S6, m-k.
Carlulaire de Louviers. Voy. Bonnin.
r Carlulaire normand. Voy. Deusle,
1 Carhiltiire de l'abbaye royale de Notre-Dame de Bon-Port. Edil. .1. An-
drteux. Evreux, 1862, in-4.
I Carlulaire de Noire-Dame de Chnriret. Edil. E, de Lépinois el Lucien
Merlet. Charlrrs, 1862-1865, a vol. in-4.
' Carlulaire de f'abhaye de Notre-Dame d'Ouncamp. Edit. Peîgné-Dela-
court. Extrait des Mémoires de la Soc. des antiq. de Picardie, docuin.
inéd-, tome Vt. Amiens, 1865, in-4,
Carlulaire de Noire-Dame de Paria. Edil. Guérard. Collection des
Documents Inédits. Paris, 1850, 4 vol. in-4.
I Cartutaire de l'abbaye de Notre-Dame de* Vaux de-Cernay. Edit. Luc.
Merlet et Aug. Moutié. Paris, 1857-1858, 2 vol. in-1.
1 Carlulaire des Mires de ftays. Voy. Maecheoay.
[ Carlulaire sénonais de Batthatar Taveau. Edit. G. Julliol. Sens, 1B84,
in-4.
^ Catalogue analytique des Archives de M. te baron de JoursanvauU.
Paris, 18:18, 2 vol. in-S.
Cbahpoli.Ion-Figeac. Lettres de rois, reines, etc., tirées des Archives
de Londres par Bréquipiy. Docum. inéd. Paris, 1839-1847, S vol. in-4.
- Mélanges historiques ou Documents historiques inédits, etc. Docum.
inéd. Paris, 184I-1B73, 4 vol. in-4.
I Chanoine dk Laon (Ex Chronico anonymi Laudunensis canonici]. H.
" , XVIII.
I Chanson de ta croisade contre les Albigeois. Edil. Paul Meyer. Sot".
H. F. Paris, 1875-1879, 2 vol, in-8,
L Charlitlarium instgnis ecclesite Ccnonianentis quoddicilur Liber albiis
capituli. Inslilul des provinces de France, série II, tonjc II. Le
Mans, 1869. in-'i.
Ckrtmigue d'André» (Willeliiii clironica Andrcusis). Edit. llcUer.
M. G,, KXIV.
^^L Chronique d'Asti (Clironicon Asiensc exlrarluni e chronicis Aslen*
^^M sibus edilis per Ogerium Alferiuin). Miiratnri, XI.
^^M C^onit/ue de Lanei-cott. Edit. Arch. Campbell, Collection du Maîlland
^H Qub. Edimbourg, 1839, in-4.
^^H C>. PiTrr-DuTAiLLis. Ri/jne de laiiii VIII. e
I
c
I
I
XXXIV TABLE DES REFERENCES
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Edimbourg, 1835, in-'i,
Chraniqtte de MeUa (Chronica inonasleriî de Melsa). Edil. Edward
A. Bond. R. S., n" 43.
Chronique de Merlon. Cambridge, Gorpiis-Chrisli Collège, nis, 59. Noua
[jublions le fragrnenl relalif à l'expédition de 1216 (Pièces justiBc,
n. III).
Chronique de Houen (Ex C.hronico Uotomagensi). H. h'., XVIII.
Chronique de SainlAubin d'Angert (Chronicon S. Albin! Aodegs-
vcnsis). Edit. Marchegay et Mabille, dans : C.hron. des égl. d'Anjou.
Soc. H. F. Paris, 1869, in-8.
Chronique de Sainl-I'lorenl de Saumur (Brève chronicon S. Florenlji
Salmurensis). Ibidem.
Chronique de Sainl-Médard de Soistoni (Chronicon S. Medardi Sues-
sionensis). H. F., XVIIl.
Chronique de Sainl-Serge ((Mrtjerj (Chronicon S. Sergii Andegavensïs).
Edil. Marchegay el Mabille, dans : Chroniques des églises d'Anjot
Chronique de Tour» (Ex Chronlco Turonensi auclore anonyino S. Mar-
tini Turonensis canonico). H. F., XVIU'.
CooGESHALL (Badulphi de Coggesball chronicon anglicanum). Edit.
J. Stevenson. R. S., n" 66.
Ckino-V de Laumanse (Cononis prœposili Lausannensis no(œ). M. G,,
XXIV.
ConlinualioH d'Anchin (Sigeberti continuatiu Aquicinclina). Edil.
Bulhmann. M. C, VI.
Cronicques de Normandie. Brilish Muséum, nis. addit. 20S11. (Une
rédaction souvent moins complète a été éditée par Guillaume U
Talleur, Rouen, 1847, in-4).
De anliquit legibus iiber. Edit. Th. Slapletun. Coll. de la Cainden
Society. Londres, 1846, in-8.
Dsajstx.(lÀopo\i).Carlutaire normand de Philipjie-AugusIe.LouitVItl,
taini Louis el l'hUippe le Hardi. (Mémoires de la Soc. des Anliq.
de Normandie, lome XVI, ou 2" série, t. VI.). Caen, 1852, in-4.
— Calalogue des aclet de Phili/ipe-Augusle. Paris, 1856, in-8.
— Becueil de jugemeiils de l'Echiquier de Normandie au XIII' tiiele.
(Exlr. du t. XX, 2' pari., des Notices el e^draîts des manuscrits, el
du t. X\.IV, 2° pari., des Mém. de l'.^cad. des Inscr.). Paris, 1864, in-4.
Delpit, Collection générale des documents français qui se trouvent en
Angleterre. Paris, 1847, in-4.
Demav. Inventaire des sceaux de l'Artois et de la Picardie. Paris, 1877,
Descriptio généalogie comitum Ceslrie. Corpiis-Christi Collège, ms. 369.
DicET (Radulphi de Dicclo opéra hislorica). Edil. W. Stubbs. R. S.,
1
TABLE DES REFERENCES XXXV
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Epitome Andrtie SUvii priori» Marchianerui» de gexUa et succemione
regum Francorum. H. F., XVIII.
Etibkne de Tournai, tetires. Edit. Jules Desilve. Valcnciennes-Paris,
1893, Jn-a.
Eulogium (hiitoriarvm tiva lemporis), Chronicon... a monacho çuo-
dam Malmetburiensi exaralum. Edit. Ilaydon. R. S., n" 9.
^Bxcerpta e rolutis linium...Ueiirico III rege. Edit- Ch. RoberU.
Londres, 1836, 2 vol. in-S.
Ftûret hittoriarum. Edil. Luard. R. S., n" 95.
Fragment de chronique anglaite en français de i2\3 à 1272. Bib. nal.,
Nouv. acq. fr. 4267.2" partie.
Fragment de Chisioire de Philippe-Auguste. Bib. nal., coll. Duchesne,
vol. 49.
[fragrnenlum kittoriie brevis comiliim Andegnvensium, dans: Chro-
niques des comtes d'Anjou, recueillies par MM. Marchcgay et Sal-
mon. Soc. il. F. Paris, 1856-1871, in-8.
Gautieiide IIemisgbubbh. (Walleri de Heminghurgh vulgo Ilenûng-
ford chronicon). Edil. H. C. Hamillon. English hisLoric. SocieLy.
Londres, 1S48.1849, 2 vol. in-8.
Genealogia regum Franciie tertiœ stirpis. H. P., XVII.
Généalogie dfs comte* de Flandre (Flanmia gencrosa). Edil. Belh-
mann. M. G., IX.
iEBVAie DK Cantorbéby (Gervasii Cantuariensis opéra hislorica),
Edil. W. Slubbs. R. S., n- 73, 2 vol. in-B. Le tome U contient les
Gtifa regum conlinuata.
t(a Ludovici VIII. li. F., XVII.
regum continuatn. Voy. Gervaih de Cantohbbby.
tiLBERT DE MoNs (Gislebccli chronicon Hanoniense), Edit. Arndt.
M. G., XXI-
nixES DE Paris (^gidii Parisiensis Carolinus, sive De gcstis Caroli
magni camicn hexamelrum, ad inrormationem Ludovici lllii Phi-
lippi Augusti ; lihcr quintus). H. F., XVII.
RACD DE Babri (Ciraldi Cambi-ensia opéra). Kdit. J- S. Brewer.
J. F. Dimock et G. F- Warner. Le Deprincipis imlruclione liber est
daiu le toDie VlII. édité par Warner. R. S.. n° 21.
,Y (Arthur). Doevmenls sur les relations de la royauté avec ie« villes
en France de 1180 à 1314. Recueil de lexles pour servir àTenseigne-
menlite l'hisloire. Paris, 1S85, in-S.
rDEssos. Invrntaire ehronolor/ique des chartes de la ville d'Arrat.
Arras, 1863, in-4 (Ouvrage non publié),
iciLLADHE LE Brf.ton. C/ironi^ite (Oesla Philippi Augusti), dans le
tome I des « (£uvres de fUgord et de Guillaume le Breton n, i^Uit.
Oclaborde. Soc. H. F. Paris. 1882-1885, 2 vol. in-8.
Pkilippide, dans le tome II du même, ouvrage.
iciLLAtntB GuiART. Branche des roynrw lignages, dans : Ritchon,
XXXVI TABLE DES REFERENCES
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Paris, 1828, in-8.
Guillaume de Puilauhent (Guillelmi de Podio Laurentii Historia
Albigensium). H. F., XIX.
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Henri KmGHTON (Chronicon Henrici Knighton monachi Leycestren-
sis). Edit. J. Rawson Lumby. R. S., n» 92.
Histoire des ducs de Normandie et des rois d^ Angleterre. Edit. Fr. Mi-
chel. Soc. H. F. Paris, 1840, in-S.
Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke,
régent d'Angleterre. Bibl. de sir Th. Phillipps à Cheltenham; copie
communiquée par M. Paul Meyer.
Historia et Cartularium monasterii Sancti Pétri Gloucestriœ. Edit.
W. H. Hart R. S., no 33, 3 vol. in-8.
Historiaregum Francorum ab origine gentis ad annum 1214. H. F., XVII.
Historié and municipal documents of Ireland. Edit. J. T. Gilbert.
R. S., no 53.
HoNORii 111 opéra omnia, dans : Horoy, Medii aevi bibliotheca patris-
tica. Paris, 1879-1880, 4 vol. in-8.
Hoveden (Chronica Rogeri de Hovedene). Edit. Stubbs. R. S-, n*» 51»
4 vol. in-8.
Huillard-Bréholles. Historia diplomatica Frederici secundi. Paris,
1859-1861. 12 vol. in-4. ^
Inventaire des archives de la ville de Poitiers, dressé par Redet,
publié par Richard et Barbier, dans : Mém. de la Soc. des Antiq. de
VOuest; 2« série, t. V, an. 1882.
Inventaire des chartes d'Arras. Voy. Guesnon.
Inventaire des titres de Nevers. Voy. Marolles.
Istore et croniques de Flandres. Edit. Kervyn de Lettenhove. Collect.
de chron. belges. Bruxelles, 1879, *2 vol. in-4.
Itinerary of John, par Th. Duffus Hardy, à la suite de l'Introd. aux
Rotuli lifter, patent. Voy. au mot : Litterœ patentes.
Jacques de Dînant. De translatione béate Genovefe. H. F., XXIU.
Jacques de Guyse. Histoire de Hainaut. Edit. et traduct. du M*» de
Fortia. Paris, 1826 et suiv., 15 vol. in-8.
Jacques Mkyer. Commentarii sive annales rerum Flandricarum.
Anvers, 1561, in-fol.
Jaffé. Regesta pontificum Romanorum ad annum 1198. Nouv. édit.
Leipzig, 1885-1888, 2 vol. in-4.
Jean de Tayster. Chronique (sous le titre défectueux de : Gontinuatio
chronici Florentii Wigorniensis), dans le t. Il de : Florentii Wigor-
niensis chronicon. Edit. B. Thorpe. Coll. de TEnglish historical
Society. Londres, 1849, in-8.
Jean le Long. Chronique de Saint-Bertin (Ex Joannis Iperii chronico
Sylhicnsi Sancti Bertini). H. F., XVUl.
Joinviixe. Histoire de saint Louis. Edit. et traduct. Natalis de Wailly.
Paris, 1874, in-4; 2» édit.
I
TABLE DES REFERENCES XXXVII
JooB8AKV\tn,T. Voy. Catnhgue.
Lanolois (Ch. V.). Textes relatifs à l'histoire du Parlimenl de Paris.
Recueil de textes pour servir à l'enseignement de l'histoîi'o. Paris.
1888, in-8.
Layettes du trésor des chartes. Tonies I ot 11 publiés par Teulct, tame
m publié par J. de Laborde. Collect. des Inveni.. et docuin, Paiia,
I863-187S. in-4.
Lëchaudë d'Anisy. ExtraUt des charte* et autres actes normands ou
anglo-normands qui se trouvent dans les Archives du Calvados.
Coen, 1834. 2 vol. in-8.
— Grands nilen des Echiquiers de Normandie (Mtin. de la Soc, des
Anliq. de Normandie, t. XV). Itouen, 1816. in-4.
Lbcoy de l\ Mabchb. Anecdotes historiques, légendes et apologues
tirés du recueil inédit d'Etienne de Bourbon, dominicain du
xiii* siècle. Soc. H. F. Paris. 1877, in-8.
Le Prévost. Mélanges et notes pour servir d l'histoire du déparle-
ment de l'Eure, publiés par MM. L. Delisle et L. Passy. lilvreuit,
1862-1869,3 vol. in-8.
tiUerte elausœ (Rotuli litteranim clauîiarum in turrî Londineni^i
asservali). Edit. Th. Duirus-Hardy. Londres, 1833-1844, a vol. in-fol.
Litterie patentes (Rotuli litlerarum palenlium, etc.). Edit. Th. DufTus-
Hardy. Londres, 1835. in-fol., tome 1, part, i (seul vol. paru).
Mahtl. Cartulaire et archives des communes de Cancien diocèse cl de
rnrrondissement administratif de Cnrcassonne. Paris, 1B57-18H2.
6 vol. in-4.
Hassi. Sttcrorum concitiomm nova coUeclio. Vnntse, 1759-1788, 31 vol.
in-fol.
Mjlhchegay. Cartulaire des sires de Hays, choix de documents. Paris-
Nantes, 1857, in-8.
Nabolles (Abbé de). Inventaire des litres de Nevert, publié par le
C'« de Soultrait Nevers, 187,1, in-1.
Hathiecj dk Paris. Chronique (Matha'i Parisiensis... chronica ma-
jora). Kdit. H. R. Luard. R. S., n" 57, 7 vol. in-8.
— Gesta abbatitm. Mathieu de Paris est l'auteur de la 1" partie des
Gesta abbnlum monaslerii Sancti Albani a Thoma Walsingham corn-
pilata. Edit. Riley. Tome I de» Chronica monasterii SancH Albani.
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PREMIÈRE PARTIE
LOUIS DE FRANGE
Ch. Petit- Dl-tai lus. lirffne tic Louis Vltl.
CHAPITRE I.
BNFANCE BT ÉDUCATION DE LOUIS DE FRANCE. LA MONARCHIE
CAPÉTIENNE VERS l'AN 1209.
En Tannée 1180, quelques mois avant la mort du roi Louis
VII, le jeune Philippe-Auguste épousa Isabelle, fille de
Baudouin V, comte de Hainaut. L'auteur de ce mariage était
Toncle maternel d'Isabelle, le puissant comte de Flandre
Philippe d'Alsace, qui exerçait alors le plus complet empire
sur l'esprit de l'héritier royal. De purs intérêts politiques
avaient présidé à l'union de cette petite Flamande de dix
ans et du bouillant Philippe- Auguste, précoce adolescent qui
rêvait déjà gloire et batailles. Isabelle connut vite le mal-
heur. La mère et les oncles du jeune roi avaient été très irri-
tés de voir s'accomplir malgré eux un mariage qui semblait
consolider à leur détriment l'influence de Philippe d'Alsace
et la petite reine vécut au milieu des haines et des intrigues.
Philippe-Auguste lui-même était trop impatient pour sup-
porter le joug d'un tuteur ; dès 1181 il se brouilla avec le
comte de Flandre. En 1184, comme Baudouin de Hainaut sou-
tenait la cause de son beau-frère, Isabelle faillit être répudiée.
Elle finit à dix-neuf ans sa triste vie. Les chroniqueurs par-
lent en termes assez touchants de son humilité et de sa dévo- .V!"
tion profonde; l'un d'eux raconte que Dieu fit un miracle en l' '
son honneur, au moment où pour la première fois elle res-
sentit dans ses flancs les tressaillements de la maternité*. '.'•
Peu d'années avant sa mort, pendant une réconciliation --:
momentanée du roi et du comte de Hainaut, elle avait vu son
1. Robert du Mont, 529. — Gilb. de Mons, 518-519, 529, 537, 569. —
Conlin, d'Anchin, 418, 422. — GénèaL des comtes de Flandre, 327-
329. — Gerv. de Cantorbery, [, 294. — Mousket, v. 19328, 19332-19333.
— Philippide, 1. XH, v. 865-882. — Anon. de Béthuncf» 46. — Voyez
Al. CarteUieri, L'avènement de PhiL-Aug., dans Bev. histor., LUI,
262 et saiv.
,• •
• ■
• • ■
* •••
4 ENFANCE ET EDUCATION DE LOUIS
mari se rapprocher d'elle ; elle avait seize ans et Philippe-
Auguste en avait vingt et un lorsque Louis fut conçu. Il na-
quit à Paris le 5 septembre 1187 '. Philippe-Auguste envoya
aussitôt des courriers annoncer au loin la bonne nouvelle, et
pendant une semaine les Parisiens furent en fètc jour et nuit.
Mais la santé de Tenfant inspira bientôt des craintes ; il était
né de parents trop jeunes et il n'avait que deux ans quand la
mort d'Isabelle le priva des soins maternels. En 1191 il pensa
mourir do dysenterie : le médecin Rigord raconte comment
on obtint sa guérison en faisant une belle procession dans
Paris et en traçant avec des reliques le signe de la croix sur
le ventre de Tenfant. En 1206 Louis fut de nouveau malade* ;
il semble être resté toute sa vie peu vigoureux.
Nous avons quelques renseignements sur l'éducation de
Louis. Philippe- Auguste tint à munir son fils d'une instruc-
tion qu'il regrettait sans doute de n'avoir pas reçue lui-même.
Il lui choisit pour parrain le célèbre Etienne de Tournai,
théologien, juriste et poète ; nous avons encore une lettre de
ce prélat, dans laquelle il encourage son jeune filleul aux
•.V* travaux intellectuels \ L'enfant était d'ailleurs d'un caractère
studieux; le biographe do Saint-IIugue nous raconte une
entrevue que l'aimable et savant évêquc de Lincoln eut avec
Louis en Tan 1200, et il nous montre l'héritier de Philippc-
•I t Auguste écoutant avec gravité et docilité les conseils du
vieillard*. Par une singulière fortune, celui* qui devait mar-
cher trois fois contre les hérétiques reçut les leçons d'un hé-
résiarque fameux. L'Université de Paris avait alors parmi
ses plus illustres maîtres Amauri de Bène ou de Chartres,
qui y enseignait une doctrine théologique inspirée par la phi-
losophie panthéiste de Scot Erigènc ; l'Eglise mit très long-
temps à suspecter l'orthodoxie de ce subtil docteur, qui maniait
•t
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1. Rigord. îJ 54. — Cf. Benoit de Peterborough, II, 9 et Annales de
Lngni, 481. Les indications très précises de Rigord doivent sans doute
^tre préférées, malgré la i)ctite erreur qu'a relevée M. Delaborde. —
Cf. \V. Walker, On Ihe increase of royal power in France nnder PhiL'
Aug.. 19, n. 2.
2. Rigord, §S 54, 77, \\1,
3. Gilles de Paris, I. V, v. 8 et 9. ~ Lettres d'Etienne de Tournai,
367. — Notice sur Etienne de Tournai dans Hist. Htt. de la Fr., XV,
52'» et suiv.
4 . Vie de Sa in t- II u g ue, 305.
ARTUR DE BRETAGNE ET LOUIS DE FRANCE. 5
à merveille la dialectique et le paradoxe ; « on le laissa avec
« le seigneur Louis, fils aîné du roi de France, nous dit un
« contemporain, parce qu'on le croyait un homme de bonne
« fréquentation et d'opinions saines ». Rien du reste n'autorise
à penser que les doctrines d'Amauri aient eu quelque influence
sur le développement intellectuel de son élève \
Quant aux compagnons d'enfance de Louis, ce ne furent
point ses frères Philippe Hurepel et Pierre Chariot, ni Thi-
baud de Champagne, qui resta plus de quatre ans à la cour de
Philippe- Auguste; ils étaient tous trois beaucoup plus jeunes que
lui. Ce fut d'abord le neveu de Jean sans Terre, Artur, qui était
du même âge que le fils du roi de France. On sait qu'Artur,
à la mort de Richard Cœur de Lion, prétendit lui succéder
dans ses possessions françaises, par représentation de son
père Geofiroi de Bretagne, frère aîné de Jean, et que Philippe-
Auguste fut rame de cette intrigue. Ce roi prit en garde
l'adolescent, le fiança à sa fille Marie et le donna pour com-
pagnon d'études à son fils. Depuis le mois d'août 1199 jus-
qu'à sa capture au siège de Mirebeau trois ans pbis tard,
Artur vécut à la cour avec Louis, et les deux amis reçurent
ensemble en 12001a visite de saint Hugue, qui ne put réussir
à calmer l'horreur ressentie par le jeune comte de Bretagne
pour son oncle Jean sans Terre. Lbuis apprit ainsi de bonne
heure à haïr et à mépriser le roi d'Angleterre*.
Ce fut pourtant une nièce de Jean qui partagea avec Artur
les premières afi'ections de Louis. Blanche de Castille, qu'il
épousa sans avoir encore accompli sa quatorzième année, fut sa
compagne d'enfance avant d'être sa femme. En 1195, pendant
des négociations entamées pour la paix entre Philippe-Auguste
et Richard Cœur de Lion, on avait proposé de faire épouser
à Louis la sœur d'Artur ; mais les deux adversaires ne purent
1. Chanoine de Laon, 715. — Lichtenberger, Encyclop. des Se.
relig., I, 224.
2. Hoveden, IV, 87. — Dicet, II, 167. — Rigord, § 129. — Philip-
pide, 1. V, V. 163-165. — Anon. de Béthune, f. 52. — Mousket, v. 20572-
20590. — Vie de S. Hugue, 305. — Dict. of nation. Biof/rap/iy, II,
129 et suiv. — Sur Philippe Hurepel, voy. Art de vér. h$ dates, Comtes
de Clermont ; SUT Pierre Chariot, une note de M. Delaborde, éd. de
la Philippide, p. 4 ; sur le séjour de Thibaud de Champagne à la
cour, D'Arbois d!e Jubainville, llist. des comtes de Champ., IV, i*"© part.,
108.
6 MARIAGE DE LOUIS.
s'entendre et recommencèrent à batailler. En 1199, ils négo-
cièrent de nouveau ; cette fois on décida que Louis épouserait
Blanche, fille du roi de Castille et d'Aliéner d'Angleterre ;
mais la conclusion de la paix fut ajournée, Richard périt peu
de temps après et Jean sans Terre ne put s'accorder avec
Philippe-Auguste. L'année suivante, vers le milieu du mois
de janvier, les deux rois eurent une nouvelle entrevue près
de Gaillon ; les bases de la paix furent enfin posées et l'union
de Louis et de Blanche décidée. L'accord définitif fut conclu
le 22 mai, au Goulet, entre Vernon et les Andelis. Les chroni-
queurs et à leur suite certains historiens modernes rapportent
inexactement les clauses de ce traité, dont le texte oflSciel nous
est parvenu. Jean sans Terre accorda à Louis de France la
main de sa nièce et lui donna à Toccasion de ce mariage les
fiefs d'Issoudun, de Grarai, et la suzeraineté des terres sises
en Berri qu'André de Chauvigni avait tenues jusque-là du roi
d'Angleterre ; parmi ces fiefs figuraient ceux de Châteauroux
et de Sainte-Sévère. Pour ce qui concerne Evreux et autres
terres cédées par Jean, et la somme de 20,000 marcs d'argent
mentionnée dans l'acte, le traité les accordait à Philippe-
Auguste et non pas à Louis. En outre le roi de France avait
eu soin de faire stipuler qu'il retiendrait toute sa vie durant
les fiefs constitués en dot aux deux jeunes gens.
Le lendemain de la conclusion du traité eut lieu la céré-
monie du mariage ; après la conférence de Gaillon, Jean avait
chargé sa mère, la vieille reine Aliénor d'Aquitaine, d'aller
chercher Blanche en Espagne, et la fille d'Alfonse de Castille
était arrivée en Normandie vers le commencement de mai.
Comme la terre de Philippe-Auguste était frappée d'interdit
à cause de son union avec Agnès de Méranie, le mariage de
Louis de France et de Blanche de Castille fut célébré en
terre anglaise, à Port-Mort; pour satisfaire aux prudentes
exigences de Philippe-Auguste « se mist li rois Jehans
(( en hostages pour le fill le roi Philippe qui estoit entre la
« gent le roi Jehan ». Ce fut l'archevêque de Bordeaux qui
donna la bénédiction nuptiale, devant une brillante assistance
de barons et de prélats. La cérémonie finie, Louis et sa
femme revinrent à Paris ainsi que les deux rois ; Jean reçut
une hospitalité magnifii^uo dans les palais de Paris et de Fon-
BLANCHE DE CASTILLE. 7
tainebleau. On put croire un instant que ce mariage avait
scellé la réconciliation des deux monarchies \
Blanche avait quelques mois do moins que son jeune mari^
Un chroniqueur dit qu'elle était d'une beauté remarquable,
et Guillaume le Breton la déclare blanche et candide comme
son nom. Dès 1205 elle eut de Louis une fille ^. Une anecdote
rapportée par le fidèle biographe de saint Hugue constitue à
peu près tout ce que nous savons sur les premières années de
ce ménage d'enfants. Saint Hugue, après avoir assisté à la
conclusion de la paix et à la cérémonie de Port-Mort, était
venu passer quelque temps à Paris. Louis de France Talla
voir et le pria de rendre visite à sa jeune épouse. « Il accepta
« avec bonté et se rendit à pied au palais du roi, qui était pro-
« che. Il trouva la petite Blanche tout affligée par je ne sais
1. Hoveden, III, 302 et suiv. ; IV, 80-81, 94-95, 106-107, 114-115. —
Rigord, § 132. — Jlist. ries dvrs dr Norm., 91 et Anon. de B^Mh., f. 50
v»; on trouve dans ces chronitjues de curieuses anecdotes sur le sé-
jour de Jean en F'rance. — Coggeshall, 100-101. — Wendover, II, 457,
461 et suiv. — Teulet, I, 218. — II. F., XVIII, 88, note g. — liin,
of John. — Selon un passage de la Chron. d'Alfonse le Sage (cité
par P. Paris, Romancero franc. ^ 170, n. 1), Phil. Aug. aurait en-
voyé en Castille des ambassadeurs chargés de choisir entre les
infantes une épouse pour Louis et ils auraient préféré Blanche à sa
sœur l'rraque parce que ce dernier nom était trop désagréable
à prononcer. L'anecdote est au moins curieuse. Le Nain de Tillemont
{Eut. de S. Louis, I, 6), qui la cite d'après Nostradamus, a cru que
c'était ot un conte fait par les nouveaux Espagnols pour se moc(|uer
« des PYançois ». — La comparaison des textes ma amené à adopter
pour la conclusion du traité du Goulet la date du 22 mai donnée par
Koger de Hoveden, bien qu'il ait établi une fausse concordance entre
cette date et la fête de la Nativ. de S. Jenn-Haptisto. — La description
fleurie des fêtes de noce, que donne M. Lecointre-Dupont dans son
fCssni sur les dern. années de la domin. des Plantngenets dans rOiwst
de la France y p. 123, me semble être une simple })roduction d'imagi-
nation ; on ne voit nulle part que Louis ait été blessé dans un tournoi;
M. Lecointre Dupont ne cite aucun texte et a de bonnes raisons pour
cela. — Selon l'usage, un douaire dut être constitué immédiatement
à Blanche. Il comprenait Hesdin, Bapaume et Lens. (.'es terres faisant
partie de IWrtois, domaine particulier du prince Louis, Blanche les
reçut évidemment en douaire avant l'avènement de son mari (voy.
d'ailleurs l'acte de confirmation de 1 22'i- 1225. Catal. di's actes de L. VllI,
n<» 219). D'après des documents du mois de février 1212 (I)elisle, n°''
1353, 1356, 1359, 1350), il faut peut-être admettre (pie des modifications
eurent lieu, car il semble qu'en 1212 Blanche avait pour douaire Saint-
Oiner et Bapaume.
2. Note communiquée par M. Elie Berger, qui prépare une Histoire
de Blanche de Castille.
3. IlUt. reg. Franc, ab orif/ine ad annum 1214. p. 426. — Philip-
pide, L VI, V. 28-29.
8 BLANCHE I)K CASTILLE.
« quoi récont événement, mais il sut civec quelques paroles si
« bien Togayer qu'aussitôt oubliant la tristesse qu'elle res-
w sentait depuis quelques jours, elle eut le cœur joyeux ainsi
« que lo visage' ».
Devenue femme, toile que nous la connaissons par ses actes
et par les rapports des contemporains, Blanche fut une prin-
cesse énergique et une politique habile. i< Femme par le sexe,
« dit Mathieu de Paris, elle fut virile dans le conseil et justi-
ce ment comparable» à Sémiramis. » Elle semble avoir été d'une
piété assez sèche et sans tendresse expansive, mais on ne
peut oublier qu'elle fut l'éducatrice de l'admirable saint Louis*.
Sans m'at tarder à discuter les commérages manifestement
calomnieux que les chroniqueurs anglais rapportent sur sa
conduite pendant son veuvage ^ je voudrais pouvoir déter-
miner quelle a pu être son influence sur lesprit de son mari.
On en est à peu près réduit là-dessus à des hypothèses.
Philippe-Augusto, en écartant les femmes du gouvernement,
rompit une des traditions de la monarchie capétienne * ; son
fils ne Timita probablement point à cet égard ; mais aucun
document contemporain ne dévoile avec clarté la part que prit
Blanche dans les conseils de son mari. On voit Innocent III
et Honorius III lui écrire, le premier pour lui recommander
un nouveau légat en 1213, lo second pour lui demander d'in-
tercéder auprès de son époux devenu roi afin qu'il envoie des
secours à l'empereur de Constantinopie"' ; mais nous ne con-
naissons point les résultats de la démarche d'Innocent III et
Ton 'sait que Louis VIII ne s'est pas occupé des affaires
1. Vie ffe sfif'nt llugue. 298, :J05. — Les comptes de 1202-1203
donnent do nombreux d(Hails sur los sommes dôponsées pour l'entre-
tien (le Louis et de Hlanchi» et particulièrement pour leur nabillement.
Les .somnïes sont nssii^nées sur le haillia^e-prévntt^ de Paris, ce qui
prouve que les jeunes éjMuix y liabitaient presque constamment.
(Brussel, Usaf/r (hs /it'fs, II, n. ciAii, CLXXiv, riA.wni, clxxxïx, cci).
2. Math, de Paris. Chron., V, ;{5'j. Sur le caractère de Blanche, voy.
Joinville, Jiï} 606 à 608.
:l Wenduver, IlL 116.— Math, de Paris, Chron.. 111, 119 et 169. —
Voy. Paulin Paris, art. paru dans le Cab. hfstor., IV. l""** part., 129, et
luimancero FrnnruU, 165 et suiv. Voy. aussi dWrbois de Jubainville,
up. cit.. IV, l""- })art., 'J09 et suiv.
'i. M. Luchaire. ItWil. monnrch., 1. liT et suiv., a montré (^u'au
xr et au xir siècle les reines de Krance avaient souvent participé
etiectivenient au i:ouvernement.
5. Potthast, n"'4:i2 et n" 7258.
BLANCHE DE CASTILLE. 9
d'Orient. Sans doute l'activité que Blanche a déployée pendant
l'expédition de Louis en Angleterre permet de croire qu'il
trouvait en elle un constant auxiliaire, et selon toute vraisem-
blance une femme d'un tempérament aussi autoritaire et
énergique avait un grand ascendant sur ce prince de caractère
doux ; j'en aperçois déjà une preuve dans ce fait qu'ils
vécurent très-unis, on un temps où, malgré les honneurs
accordés à la femme par la religion et la poésie, on voyait
des reines maltraitées ou répudiées par leurs époux, et le père
de Louis de Franco donnant lui-même l'exemple. Si Ton ne
peut guère se fier au dire de Mathieu de Paris, qui, dans un
passage rédigé sur un ton de diatribe acrimonieuse, accuse
Louis VIII de s'être laissé mener par sa femme, on ne sau-
rait refuser crédit aux paroles de Philippe Mousket, chroni-
queur impartial et bien informé, qui assure que Blanche
possédait complètement le cœur de son mari :
N'onqes mais roïne n ama
Son signor tant, ne reclama,
Ne tant ses enfants autrcsi.
Et 11 rois les ama aussi
Quar ils s'entramoient si fort
Que tous ièrent a i acort. *
Sans croire que Blanche ait gouverné sous le nom de son
mari, on peut donc admettre qu'elle eut sur lui un grand
ascendant; mais en quelle mesure et dans quelles spé-
ciales circonstances cet ascendant a-t-il pu s'exercer, c'est ce
qu'il est impossible de dire.
Tels furent les compagnons de jeunesse, telle fut l'éduca-
tion de Louis ^e France. Nous n'avons point de détails sur
son instruction chevaleresque. Sans doute Philippe-Auguste
en confia-t-il le soin à son fidèle maréchal Henri Clément,
« un petit chevalier qui molt ert bien de lui, car molt l'avait
u bien servi en ses guerres ». La famille de ce maréchal était
depuis longtemps attachée au service de la dynastie capé-
tienne et jusqu'à sa moi't il semble avoir toujours accom-
1. Math, de Paris, I/ist. Anglor., If, 259. — Mousket, v. 27145 et
suiv.
10 RNTRKE I)K LOTIS EN CHKVALERrE.
pagné Louis dans ses campapnes*. Louis fit évidemment de
bonne heure son apprenlissago {guerrier, comme tous les
jeunes barons de ce tonips. Il dul assister aux campagnes de
Poitou et de Normandie. I'ik* fonuulo do charte nous informe
qu'en 1206 il accompagna Philippe-Auguste dans une courte
expédition en Bretagne ■.
Le 5 septembre 1208 Louis VIII entra dans sa vingt-
deuxième aunoe. A quinze ans Philippe-Auguste avait été
associé à la couronne. Mais ce prince était trop jjiloux de son
autorité pour donner à son héritier de précoces tentations
d'indépendance. Quand Philipp(»-Auguste mourut en 1223, son
fils, qui avait trente-cinq ans, n'avait pas encore reçu la
couronne. Cet abandon d'une tradition toujours respectée
jusque-là par les Capétiens était sans doute un signe des pro-
grès du pouvoir monarchique, une preuve de la confiance que
Philippe-Auguslo avait en sou (puvre ; mais c'était aussi un
effet de sa prudence ombrageuse» ; il no voulait point se voir
traité par son fils comme il avait traité lui-même ses parents
après son premier couronnement. Ou voit même que le plus
longtemps possible il retarda rtMitrée de s^m héritier dans la
chevalerie ; loin d'v étn» admis avant Tàgo légal comme son
ami Artur', Louis d(î Franc»» dut attendre la fin do son
année de majorité ; il aurait pu. selon les usages du temps,
être fait chevalier à la Noi'l do Tan 12()cS, ou bien aux fét<*s
suivantes (le Pâques ou do TAscension ; il \w. le fut qu'à la
Pent(u'ôt<*. Kncoro Philippe-Auguste exigea-t-il de lui toutes
sortes (le serments ; avant do recevoir l'adoubement, Louis
dut s'(»ngag(»r à n'omplover à son s(»rvic(» ni chovalier ni ser-
g(Mit (pli n'eût juré fidélité au roi ; il promit aussi de ne jamais
fairo violonce aux communes et aux bourgooks de Philippe-
Augusto pour «)i)ionir d'(»ux un prêt, (»t nuMU^' de ne rien
recevoir qui lour appartint, sans l'auiorisation paternelle.
1. Anoii. (lo hj'tlMiiK*, f. 5'!. — ///.s/, tirs fiurs (fc Xorni., 120.
2. I»eli>l«' M"î»9;^ — Sur (M»ttP cxjuMliiion, v(»yi'/.: f'hron. (USaint-Anhin
d'Auffcrs, r/i-ô;') : — (inill- \o hrrttin, (Jhrun., ^ loS: — Kifrord, î^ 147 ;
— Anuii. »lr {^(^llinnc. f. 52 v*».
;{. Selon llt»vi'(l(*ii (IV, '.<!), ilont \o \riwi\i:ua\zni^ ost acor'pti> ]»ar la
\nliiitiiil /linf/nrpht/ (II. 12'.M, rr fut VM I 1 '.•*.» (jiit» P}iili]»]M'-Aiigust*» tit
Artiir rhrv.'ilirr rî rrr-iii >nn lioinina;:*'. M:ii> r:i«;te »rii(>niniu^'t^ ost de
1202 (I»elisle, n"- 7;il"-::î2).
ENTRKE DE LOUIS EX CHEVALERIE. 11
Enfin, comme la vie d'un héritier présomptif est chose pré-
cieuse, il jura de ne jamais prendre part à un tournoi; il
devait se contenter de se rendre à ceux qui auraient lieu près
de sa résidence, et d y assister en simple curieux, revêtu
seulement d'un haubergeon et d'un chapeau de fer, pour qu'il
ne lui prît pas envie de descendre dans la lice. Moyennant
ces promesses, qui furent consignées sur les registres de la
chancellerie, Philippe-Auguste livra à son fils les revenus do
Poissi, Lorris, Château-Landon, Fai, Vitri-aux-Loges et
Boiscommun, pour son entretien et celui de Blanche; encore le
roi se réserva-t-il le ressort de ces terres et le droit de révo-
quer sa donation \
L'adoubement eut lieu le 17 mai 1209, à Compiègne. Les
cérémonies de ce genre comptaient parmi les plus impor-
tantes du moyen «^ge. Si de préférence on choisissait pour
date une des grandes fêtes de l'année, c'était pour attirer un
public plus nombreux et plus joyeux. Philippe- Auguste ne
voulut le céder en magnificence à aucun baron. Le saint jour
de la Pentecôte, dit Guillaume le Breton, a Louis reçut de la
« main de son père le baudrier de chevalier, avec une telle
w solennité, parmi un tel concours de grands du royaume et
« une si considérable multitude d'hommes, au milieu d'une si
« copieuse abondance de vivres et de présents, que jamais
« jusqu'à ce jour on n'avait vu chose pareille». L'Anonyme de
Béthune nous donne quelques détails sur la fête. Il y eut un
grand festin auquel assistèrent maints hauts barons qui
avaient pris la croix contre les hérétiques et qui se rendirent
immédiatement après en Albigeois; les deux premiers mets
furent servis par Gui de ïhouars, comte de Bretagne; les
deux suivants par le comte Robert de Dreux, dont les deux
fils Robert et Pierre avaient été faits chevaliers aussi ce
jour-là; les derniers plats furent servis par Renaud de Dam-
martin, comte de Boulogne ; enfin Pierre, comte d'Auxerre,
trancha devant monseigneur Louis ^
1. Delialo, n® 1137. — Sur Tusa^e des associations à la couronne, voy.
Luchaire, Instii. monarch., I, Wt ; sur l'âge de rentrée en chevalerie,
Léon Gautier, La Chevalerie, 240 et suiv., et Luchaire, Manuel des
Instit. franc. ^ 468.
2. Guill. le Bret., Chron.y § 149. — Anon. de Bétli., f. 53 v". — Jean
12 PORTRAIT DE LOUIS DE FRANCE.
L'entrée en chevalerie faisait dalo dans Thistoire d'un
homme du moyen Age; alors la vie active et personnelle
commençait vraiment pour lui. Voici Louis de France che-
valier; le voici, au moins en théorie, hors de la puissance
paternelle, puisqu'il est majeur. Essayons de nous représentei
quel homme il était.
J'ai dit qu'à la suite de son enfance débile il resta sans
doute assez faible de santé. D'après le portrait que son con-
temporain le chanoine de Tours nous trace de sa personne
et que confirment les croquis pris par Tarchéologue Alexandre
Lenoir en 179:5, il était de taille petite et bien prise; soi
visage pâle et maigre respirait l'austérité *. Il est assea
difficile de savoir si Louis VIII eut une intelligence déliée;
mais il est possible de déterminer quelle influence son édu-
cation a pu exercer sm- la direction de ses idées et de sa
volonté. Les chroniqueurs du temps s'accordent à louer son
savoir et son goût pour les lettres ; qualité d'autant plus
remarquable, dit son apologiste Giraud de Barri, qu'elle es<
plus rare aujourd'hui chez les princes, véritables « ânes
couronnés ». Rigord déclare qu'il dédie ses Gesla Philippi-
Aiigusti k Louis de France, parce qu'il cultive et aime les
belles-lettres. Guillaume le Breton lui dédia aussi sa PhU
lippide^. On voulait voir en lui un futur protecteur des choses
de l'esprit, comme l'avait été Charlemagne ; ne prétendait-on
pas qu'Isabelle de Hainaut descendait en ligne directe de
Charles de Lorraine, le Carolingien dépossédé par Hugue
Capot' ? Les souvenirs de la révolution du x*-' siècle avaient
le Loii^. 003. le chanoine de IJarinvell, 201, et Rog. do Wendover, II,
52i, disent (iiie cent autres jeunes gens furent faits chevaliers ce
jour-lîi.
2. Chron. fhj Tours. 317. — Abhn'v. f/est. Franc, regum, 433. —
(lirautl (le Barri, />/• Princ. instnicf., 5 à 7. — Ri/zord, 1 à 4.
— P/iilippidr, I et siiiv.
3. On fli>ait (jiflsabelle descendait dllermengarde, fille de Charles
LA LÉGENDE CAROLINGIENNE. 13
si bien persisté, le principe de la légitimité carolingienne
avait eu tant de force, que cette généalogie prit une grande
importance. On avait pu voir encore au xii** siècle le chro-
niqueur Richard le Poitevin soutenir gravement que Hugue
Capet n'avait jamais osé porter la couronne. Les historiens
de Louis VIII proclameront qu'à son avènement la couronne
a fait retour à la lignée carolingienne ^ Sans doute était-ce
déjà Topinion des contemporains de son père, et certainement
Philippe-Auguste les laissait dire : cet esprit si positif et si
pratique était malgré tout hanté par de grandes chimères; il
rêvait d'égaler Charlemagne, de même que Charlemagne
avait rêvé d'égaler les empereurs romains. Il songea à établir
en Occident la suprématie de sa dynastie. Il eut un instant
la pensée de supplanter Otton de Brunswick, et deux fois il
crut être sur le point d'unir les couronnes de France et
d'Angleterre. L'idée do Tempire universel a persisté à tra-
vers tout le moyen âge, mais elle a eu en ce temps une au-
torité particulière. Gilles de Paris composa pour Louis de
France un long poème intitulé Carolinus, afin de lui proposer
pour modèle le grand empereur qui était son ancêtre *.L'édu-
de lorraine et épouse du premier comte de Namur. Les comtes de \a-
mur sont déjà rattachés aux (Carolingiens dans une généaloj^ie de la fin
du XI" siècle. Mais Charles de Lorraine n'a pas «mi de fille nommée
Hermenganle et tout fait penser (jue ces génêalDjLrios sont trompeuses.
Quant au récit de l'apparition de Saint Valéri, seIo!i laquelle lo saint
aurait prédit à Hugucî Capot que ses descendants seraient rois jusqu'à
la septième génération (c. à d. jusqu'à celle de Philippe-Auguste), les
sceptiques seront tentés de croire (jue c'est là une prophétie faite après
coup, et attribuée au saint i)ar des contemporains de Louis Vlll, puis-
qu'au moment de l'avènement de ce roi la dynastie carolingienne fut
censée remonter sur le trône. Cependant la légende de l'apparition de
S. Valéri s'est formée dés les premières années du xi« siècle. (Voyez
Chron. Ceninleme. II. F., VIII. 275et llelaiio S. UV(/eriVï,H.F.,lX,ri7. —
F. Lot, Lea derniers CaroL. 285-287, 381-382.) Il est vrai que Vincent
de Beauvais, en rapportant cette prophétie, fait une remarcpie qui
en affaiblit singulièrement la valeur ; il nous dit: « In nonnullis tainen
libris, ubi diximus aeptimnm, invenitur sempilornam, » {Spendum
hisloriale, 1276). Une étude et une critique attentive des manuscrits
seraient nécessaires pour résoudre ce p(îtit problème.
1. Vincent de Beauvais. 1275.1276. — Guill. Guiart, v. 7233 à 7873.
V. La quenlion de la légitim. à Vavèn. de Ihignes Capct, par Paul \'iol-
let: Mi'm. Acad. Inscr., XXXIV, 272 et suiv.
2. Guizot, Civiiia. en France, IV, 135.— Scheffer Roichorst, DetUsch-
land und Phil. Il Aug., particulièrement j). ^i70, 520. — Ga.^t. Paris.
I/ist. potit. de Charletnagne, 93, 106-107. etc.. — Leroux, La /loyauté
Franc, et le Saint- Empire, dans Ilev. histor., XLIX. 250 et suiv. —
Voy. dans le CaroUnus le liv. V, vers 1 à '±0, 399 à 'i25, etc..
14 LOUIS DE FRANCE ET PHILIPPE- AUGUSTE.
cation intellectuelle du jeune prince eut manifestement parmi
ses fondements la légende carolingienne. Je rappelle aussi que
parmi ses maîtres figura un disciple de Scot Érigèno; les en-
seignements des philosophes scolastiques n'étaient point faits
on général pour donner le sens de la réalité, et Âmauri de
Bène était entre tous un rêveur. Pour ces raisons diverses,
on ne s'étonnera point que Louis VIII ait eu Tesprit plus chimé-
rique encore que son père, et que toute sa vie il ait gardé la
tentation de prendre la couronne des Plantagenets ; on ne
s'étonnera pas qu'on dépit de sa débilité, de sa douceur et de
sa sainteté, il ait été un conquérant et que dans la série des
Capétiens il rappelle par ses actes son père Philippe- Auguste,
plutôt qu'il n'annonce son fils Saint Louis.
Il est nécessaire de recourir à ces inductions psycholo-
giques pour expliquer certaines contradictions apparentes :
ce continuateur si fidèle de la politique de Philippe-Auguste
ne ressemblait en rien à Philippe- Auguste'. Intellectuellement,
il fut probablement moins intelligent que son père; au phy-
sique, quoi de commun entre ce roi bon vivant, au teint
fleuri, de santé vigoureuse, et son fils, jeune homme pale et
chétif ? Do mt^me, au moral, Philippe-Auguste n a pas été un
parangon de vertu ; il était dévot comme presque tous les
hommes de ce temps, mais fourbe, emporté, dur jusqu'à la
cruauté, amateur de bonne chère et de bon vin, jovial et
sensuel; on sait qu'il se consola très vite avec Agnès de
Méranie et une « demoiselle d'Arras », des répugnances que
lui causait Ingohurge. Une curieuse légende qui se forma dans
sa famille même, au moment où il mourut, veut qu'il ait été
à grand'peine sauvé de l'enfer". Louis au contraire eut la
réputation d'un saint'. Il était de tempérament calme et
1. Math, (le Paris, Chnm.. III. 82: « Cui sucrcssit Lodovicus filius
« ejus ; sed iniiltiiin dis>imilos liic vir et ille. » ("est ^^méralemont sur
ces quelques mots (pie les historiens modernes o!it fondé leur appré-
ciation du caractèn^ de Louis VIII, (jifils reJ)roi^entent à tort comme in-
dolent et ;ï moitié^ imbécile.
2. Chron. de Toum, 30». — Leroy de la Marche, Anccd. if Etienne
de Ihmrhnn^ \v* 32;^ ; voy. aussi n" 290 et la note et n" 291. — Les rela-
tions de l'hilippe-Au^nis'te avec In;:ehur^^e nous montrent son inlmma-
iMté et sa grossièreté; voy. surtout une lettre dMn;r(d)urge dans H. F.,
XIX, 428. — Sur la dririniselle dWrrus, voy. Mousket, v. 20722 el suiv.
3. « \ béate meniorie Lodovico. rege l-Yancorum, filio Phi-
LOUIS « LE LION ». 15
d'humeur vertueuse. Le chanoine de Tours nous dit que loin
de ressembler à son père, qui était « facile à émouvoir et
« facile à apaiser », ce prince était do caractère froid, « diflScile
« à émouvoir et difficile à apaiser ». Il ajouie que Louis aimait
la sincérité et la justice. Pierre de Vaux-Cernai assure de
son côté qu'il était d'un caractère bénin et facile ; assurément
nous le verrons inhumain, impitoyable dans la guerre, mais
chez les hommes du moyen âge la férocité belliqueuse n'ex-
cluait nullement la douceur dans le commerce habituel de la
vie. Enfin nous savons que Louis était sobre et qu'il était très
chaste, à tel point que les singuliers savants de ce temps
purent attribuer sa mort à son excessive continence*.
Sans doute il avait hérité de sa mère flamande un sang
moins vif et moins chaud que celui de ses ancêtres capétiens.
Il ne leur ressemble guère. Tout au plus, par certains traits
de son caractère, rappoUe-t-il son aïeul Louis VII. Mais son
éducation intellectuelle et chevaleresque fit de lui un guerrier
ambitieux, alors qu'il semblait né pour être un moine. Il fut
« moult preu », « il revêtit la cuirasse comme Judas Machabée...
if et combattit avec joie le combat du seigneur )>-; l'histoire
lui a laissé le surnom de Lion que lui décernait Nicolas de
Brai ^. Toutes les grandes questions qui intéressaient l'avenir
de la monarchie, il a travaillé en somme avec vaillance et
persévérance à les résoudre au profit de sa dynastie.
Les questions dont Louis de France, avant comme pendant
« lippi régis » (Lecoy de la Marche, Anecd., n" 318). — Cf. Vincent de
Beauvais, 1277.
1. Chron. de Tours, 317. — Pierre de Vaux-Cernai, 78, 102. — Sur
la mort de I/)uis VIII, voici l'anecdote que raconte Guillaume de Pui-
laurent, p. 217 : Au retour de Ja croisade en Albigeois, le roi toml)a
malade en Auvergne; on disait <juil pourrait guérir si! voyait une
femme ; son iidôle compagnon Archaml)aud do Bourbon choisit une
belle jeune fille et la fit entrer dans le lit du roi pendant son sommeil;
à son réveil, le roi lui demanda pourquoi elle se trouvait là; elle ré-
pondit qu'elle venait l'aider à se guérir. Le roi la remercia et refusa le
remède, pour ne point commettre de péché mortel. — Selon (iiraud de
Barri, Louis aurait montré la même chasteté en Angleterre en 1216 (Dr
Princip. instrnrt.. 133). J'ajoute que le même auteur raconte une anec-
dote exactement semblable à l'honneur de Louis Vil {ihid., 131-132).
2. Mousket. v. 1932U. — Jacques de Dînant, Detrnnalat. beat, (ienor.^
139. — Chr, de Mailros, l'iO.
3. Nicolas de Brai, v. 424 et suiv., etc....
16 LA MONARCHIE CAPKTIENNE VERS 1209.
son règne, allait contribuer à précipiter la solution, étaient
déjà nettement posées au moment où sa vie politique com-
mença. En 1209, — point de repère chronologique auquel nous
ne pourrons d'ailleurs nous tenir rigoureusement dans Texposé
qui va suivre, — les plans que Philippe-Auguste avait
conçus, et qui furent aussi ceux de son fils, se distinguent
avec clarté, et quelques-uns ont été même en grande partie
exécutés.
A la mort de Louis VII, la royauté capétienne était déjà
assez forte pour former de vastes projets; dès ce moment
elle apparaît v munie des organes nécessaires à sa croissance,
(( soutenue par les alliés avec qui elle devra combattre le
« régime féodal, déjà même engagée dans la lutte et suffisam-
« ment armée pour la conquête* ». On sait quelle énergie per-
sévérante et quelle adresse déploya Philippe-Auguste afin
d'améliorer l'administration de ses domaines et de développer
encore la prérogative monarchique. L'œuvre était fort
avancée à Tépoque où nous nous plaçons ; il suffit pour s'en
convaincre d'examiner le catalogue d'actes dressé par M. De-
lisle. Philippe-Auguste était assez confiant en ses forces pour
ne pas se contenter de cette extension interne du pouvoir
royal, et pour avoir une politique extérieure ambitieuse et
compliquée. Un contemporain a dit de lui : « Il pensait qu'un
u seul homme suffît pour régner sur le monde" ».
Les rois de France ont le l)ras long, dit Guillaume le
Breton '. Ils ne l'avaient cependant pas assez long pour
atteindre la fnmtière de l'ancienne Gaule, et c'était d'abord
jusque-là qu'ils devaient s'eff'orcor de l'étendre. A l'avéne-
ment de Philippe- Auguste, nou seulement toute la région qui
formait le royaume d'Arles et de IJourgogne était en théorie
comme en pratique hors des limites du royaume de France,
mais encore une énorme partie de ce royaume échappait à
l'autorité monarchique; los principaux de ces fiefs indé-
pendants étaient la Flandre, le comté du Toulouse et les pos-
sessions ccmlinentales des Plantagenets.
1. Luchaire, Inatit. monnrch., II. :i06.
2. Ilistar. reginn Francor.. 426.
y. PhiUppiiU, 1. X. V. 2U.
Lk FLANDRE ET LE TRANSPORT d' ARTOIS. 17
Philippe d'Alsace, quand il avait donné sa nièce en ma-
riage au roi de France, avait traité avec lui d'égal à égal.
C'était un souverain puissant et il n'avait mémo pas besoin
de l'amitié des Capétiens. Il avait ailleurs dos alliés : la
Flandre, qui déjà était le centre du commerce du nord-ouest,
entretenait des relations économiques beaucoup plus actives
avec l'Angleterre ot l'Allemagne qu'avec la France. On sait
du reste qu'au xi" siècle les comtes de Flandre, primitivement
soumis à la seule suzeraineté du roi de France, étaient deve-
nus vassaux de l'empire pour un vaste territoire. Placés dans
cette position équivoque, ils avaient établi en fait leur indé-
pendance et ils avaient pour les soutenir dans cette prétention
des sujets riches et belliqueux, que Guillaume le Breton nous
représente comme des adversaires acharnés de l'ambition
capétienne V
Mais Philippe d'Alsace n'avait pas d'enfant, et il porta
lui-môme le premier coup à la puissance de sa dynastie en
démembrant son héritage. Suivant les conventions de 1180,
après sa mort devait revenir à Philippe- Auguste toute la
partie du comté sise à l'ouest d'une ligne qui suivait d'abord la
rivière d'Aa, puis le Fossé-Neuf, la Lis et entin la Scarpe;
c'est le territoire qu'on appelle déjà TArtois; Arras, Saint-
Omer, Aire, Hesdin, Bapaume et Lens étaient les principales
villes qui devaient entrer ainsi dans le domaine direct des
Capétiens; les comtés de Boulogne, de Guines et de Saint-
Pol et quelques autres seigneuries deviendraient en même
temps fiefs immédiats de la couronne. Ces terres étaient
attribuées non à Philippe-Auguste personnellement, mais à
sa femme Isabelle et à ses hoirs. Si Isabelle décédait sans
enfant ou si son enfant mourait sans postérité, l'Artois
devait revenir au comte et à la comtesse de Hainaut, dési-
gnés pour hériter le reste du comté de Flandre ^
1. Wamkônig et Gheldolf, Jlist. de Flandre, II. 52-53, 77 et suiv.,
179 et suiv.
2. Gilb. de Mons, 529. — Génêal des comies de Flandre, :i29. — Lo
terme géographique Artois se trouve dans la (.hronique de IWnonyme
de Béthnne et dans Vlfistoîre des durs de \or7nandie et des rois
d'Angleterre, — Pour la description des limites do TArtois, voy. (.'. d»^
Laroiore, Bech. sur la Uni. de la Flandre cl de r Artois, dans Ann. du
Com. flam, de France. IV, 192 et suiv., et Cartellieri, art. cité. Revue
histor..U\\, 264-265.
Ch. Prtit-Dutaiu.i8. Règne de Louis VI IL 2
18 TRAITÉS DE 1192 ET DE 1196.
Philippe d'Alsace mourut en 1191, tandis qu'il se trouvait
avec le roi de Franco en Terre Sainte ; Isabelle était morte,
mais Louis de Franco, la représentait dans ses droits. Une
grande confusion régna alors, parce que Philippe d'Alsace,
ayant épousé en 1184 Matliilde, sœur du roi de Portugal, lui
avait constitué en douaire une partie des terres qu'il avait
promises au roi de France et au comte de Hainaut. Philippe-
Auguste ne perdit pas un instant. Je doute fort qu'il ait voulu
alors s'emparer de tout le comté de Flandre, mais il fit saisir
par l'archevêque de Reims, régent du royaume, le territoire
qui devait revenir à son fils. Après diverses péripéties, les
parties intéressées se mirent d'accord. Dans une assem-
blée tenue à Péronne, au mois do février 1192, les droits de
Louis de France furent reconnus par son grand-père Bau-
douin, maintenant comte do Flandre, tels que les avait établis
la convention do 1 180. 11 semble cependant que certaines
questions do mouvance de fiefs durent rester on contestation.
Quant à Mathilde, dès le mois d'octobre précédent, elle
avait renoncé à l'usufruit do Saint-Omer ot d'Aire, que Phi-
lippe d'Alsace lui avait accordé au mépris do ses engagements
envers Philippe-Auguste*.
Peu d'années après, le roi de France profita de la mort du
comte et do la comtesse <le Flandre pour tenter d'assujettir
plus étroitement ce fief à la couronne. En 1190, il obligea le
jeune Baudouin IX à lui prêter l'hommage lige et à se sou-
mettre d'avance à l'excommunication en cas d'infidélité. Le
nouveau comte abandonna également toutes les prétentions
qu'il pouvait avoir sur les fiefs du Boulonnais, de Guines et
d'Oisif Mais l'ambition de Philippe-Auguste parut insuppor-
table aux Flamands, et il faillit perdre tout ce qu'il avait
gagné. La guerre ne Uiwhi pas :i éclater; les bourgeois d'Ar-
tois, s'il faut on croire Gilbert de Muns, n'avaient passé qu'à
contre-cœur sous la domination du roi de Franco'; ceux
1. Gill). do Mons, 5il, 5:'i. :>:&, 578-579. — Contin. frAnchiti, 427.
— (jthv'iil. des comtes de llandre^ H29. — Chanoine do Laon, 709. —
Delisle, n**» 340, 3i7. — Voyez le récit de ces faits diins les Hist, de
Flandre de Warnkiinig (I, 204) et de Kervyn de F.ettenhove (FI, 103 et
suiv.).
2. Delisle, n" 497.
M, (iilb. de Mons, 574.
HUMILIATION ET REVANCHE DE PHILIPPE-AUGUSTE. 19
d'Aire se rendirent immédiatement au comte Baudouin, et ceux
de Saint-Omer lui ouvrirent leurs portes au bout de six
semaines. Philippe- Auguste, en lutte incessante avec les
Plantagenets, dut ajourner sa vengeance. Par le traité de
Péronne, signé le 2 janvier 1200, il abandonna au comte de
Flandre la partie septentrionale de TArtois : Aire et Saint-
Omer et leurs territoires, les fiefs de Guines, d'Ardres, de
Lillers, de Richebourg, de la Gorgue et Tavouerie de
Béthune. Philippe- Auguste s'engagea à faire accepler par
Louis de France ce traité qui lui enlevait une bonne part de
Théritage maternel \
Mais sur ces entrefaites Baudouin IX partit pour l'Orient et
monta sur le trône de Constantinople. Le régent de Flandre,
Philippe de Namur, était à peu près à la discrétion de
Philippe-Auguste, qui, plus tard, fit de lui son gendre. Le roi
de France le décida à lui confier la garde de ses nièces
Jeanne et Marguerite, seuls enfants de Baudouin IX (sept.
1208) ^ Trois ans après, lorsque la mort de ce dernier fut un
fait avéré, le roi donna la main de Jeanne à Ferrand, fils du
roi de Portugal. Les noces furent célébrées dans la chapelle
du roi, à Paris, en janvier 1212. Philippe-Auguste tira bon
profit de ce mariage : d'une main il accepta les livres parisis
oflFertes parMathildede Portugal, instigatrice do ce mariage
qui donnait à son neveu Ferrand le comté de Flandre, et de
Tautre main il reprit ce qu'il avait perdu douze ans aupa-
ravant. Non seulement en effet le nouveau comte prêta
Thommage lige et laissa ses barons et ses communes jurer
qu'en cas d'infidélité de sa part ils serviraient le roi contre
lui, mais encore il se vit bientôt enlever les territoires que
le traité de Péronne avait rendus à la Flandre. L'annaliste
Jacques Meyer et à sa suite M. Kervyn de Lettenhove ont
pensé qu'avant d'être admis à prêter Thommage, Ferrand dut
promettre à Philippe-Auguste de restituer Saint-Omer et
Aire à Louis de France. Mais, d'après les textes du temps,
on voit au contraire qu'il en fut dépouillé par surprise. Louis
1. Delisle, n<> 579. — Contin. d'Aîichin, 435-436. — Jean le Long,
597 et 600.
2. Delisle, n« 1091. — Anon. de Béthune, f. 53. — Voy. Walker, op.
n't,^ 29 et suiv.
20 LOUIS PREND SAINT-OMER ET AIRE.
de France, selon l'Anonj^me de Béthune, avait été très cour-
roucé du mariage de l'héritière de Flandre ; peut-être con-
voitait-il sa main pour un de ses fidèles. En tout cas il ne
voulut point laisser cet étranger devenir maître d'Aire et de
Saint-Omer; sans attendre que les nouveaux époux eussent
quitté Paris, il partit en toute hâte pour l'Artois. Robert de
Dreux et tout son lignage étaient alors en guerre avec le
comte de Ponthieu et ravageaient son fief; Louis réconcilia les
adversaires et les emmena avec lui ainsi que le comte de
Saint-Pol. Il se présenta avec une bonne armée et des ma-
chines de guerre devant la ville d'Aire et somma les habitants
de lui rendre cette place qui lui appartenait du chef de sa
mère. Les bourgeois répondirent qu'ils se rendraient dès que
Saint-Omer ouvrirait ses portes ; ils espéraient un long répit,
car Saint-Omor avait do solides fortifications et ses intérêts
commerciaux la poussaient ù accepter les avances des Plan-
tagenets et à repousser celle des Capétiens'. Mais les Audo-
marois, effrayés par les menaces de Louis, se rendirent dès le
lendemain. Sur ces entrefaites, Ferrand arriva en Flandre
avec sa femme; « lor covint sofl'rir cel afaire come cels qui
« amender ne le porent », et le 25 février 1212, entre Lens et
Pont-à-Wendin, ils signèrent un traité qui abandonnait à
Louis Aire et Saint-Omer et tous les autres domaines et fiefs
dont il devait jouir en raison de la dut de sa mère, moyen-
nant quoi le fils du roi de France promettait de ne rien
réclamer dans le reste du comté de Flandre. Bref le traité
de Péroune était annule. Moyennant rengagement vague de
1. Voy. dans Champollion-Figeac, Lettre» de Hois^ etc.... I, 24, un
acte non daté par lequel la eomniune de Saint-Omer fait alliance avec
Jean sans Terre contre Philippe-Auguste. Bréquigny (ColL Moreau,
vol. 685, f. 1) et à sa suite Champoilion-Kigeac et M.Giry [IlUtoire
de Saint-Omer, 72), ont daté cet acte de 1214. Mais le fait que Louis
n'est pas nommé dans ce texte, et surtout la formule « salvo jure he-
« redum Klandrie » qui a trait évidemment au droit des tilles mineures
de l'einpereur de Constantinople et n'a pas puôtre écrite après le ma-
riage de Jeanne (?t de Ferrand, prouvent f^ue cette alliance est anté-
rieure à 1212 ; j'ajoute <iue, selon une mention écrite à la suite par le
scribe, un traité identicjue fut conclu en même temps avec le roi
d'Angleterre par la ville de Douai; or en 1214 Douai s'était ouverte-
ment déclarée en faveur de Philippe-Auguste. Donc Jean sans Terre a
conclu une alliance avec les habitants de Saint-Omer et de Douai dans
la période j^ui a précédé immédiatement le mariage de Jeanne,
PRÉCAUTIONS DE PHILIPPE-AUGUSTE. 21
ne plus inquiéter le comte de Flandre, Louis reprenait défini-
tivement la propriété ou le ressort des terres situées en deçà
de la rivière d'Aa et du Fossé-Neuf. Du reste, dans les fiefs
abandonnés à la Flandre on 1200, Tinfluence française avait
sans doute recommencé à dominer depuis plusieurs années.
Les héritières de Flandre étant entre leurs mains, Philippe-
Auguste et son fils étaient évidemment libres d'agir comme
ils l'entendaient. Une charte de 1210 nous montre que Louis
de France entretenait à cette époque avec le comte de Guines
les mêmes rapports que s'il était resté son suzerain \
Louis ne revint en Franco* qu'après avoir consolidé sa
conquête. Saint-Omer, dont il fallait à tout prix s'assurer
l'attachement, fixa particulièrement son attention ; il combla
de faveurs les bourgeois et il augmenta les fortifications de
la ville. En même temps Philippe- Auguste, selon son habitude,
prenait des précautions contre son propre fils. Louis donna à
son père toutes sortes de garanties; sur son mandement, les
échevins et les communes d'Aire et de Saint-Omer ainsi que
les châtelains de ces deux villes jurèrent à Philippe-Auguste
de l'aider contre son héritier s'il venait à être infidèle. Le roi
1. Génml, des comtes de Flandre, 330-331. — Philippide, 1. IX, v.
249 et suiv. — Anon. de Béthune f. 5'i. — I/ist. des ducs de Norm.y
127. — Chanoine de Laon, 714. — Mousket, v. 20795 et suiv. — De-
lisle, no» 1323, 1349, et suiv. — Kervyn de Lettenhove, op. cit., FI, 169.
— Je ne sais comment certains historiens ont pu admettre, sur la seule
autorité de chroniqueurs très postérieurs comme Baudouin d'Avesnes
(p. 449), Jacques de Guyse (t. XIV, 10) et Jacques Meyer (f. 64 v»-
65), que Louis fit enfermer le comte et la comtesse de Flandre dans la
forteresse de Péronne et les délivra seulement après s'être assuré de
Saint-Omer et d^Aire. Le texte de l'Anonyme de Béthune, auquel est
conforme la version que j'adopte, est clair et formel. — Sur la ques-
tion des rapports de Louis et dWrnoul de Guines, voy. la charte de
1210 éditée par Tailliar, Recueil d'actes, p. 31 : Louis confirme un ac-
cord entre ses « amés et feels Renaus cuens de Boulogne et Yde sa
sage de la Chron, d'Andres (p. 755), qu'Arnoul de Guines avait brisé le
lien de vassalité qui le retenait à la Flandre pour jurer fidélité à Ix)uis
de France ; le chroniqueur se trompe ; dans racte cité cindessus, Louis
déclare qu'Arnoul et sa femme sont liés par l'hommage lige à « leur
« seigneur de Flandres » . Le comte de Gumes ne redevint formellement
le vassal de Louis f^u'en 1212.
2. Nous n'emploierons ce terme, comme désignation géographique
précise, que dans le sens restreint où l'entendaient les écrivains du
temps.
22 L AFFAIRE D ALBIGEOIS.
profita de Toccasion pour exiger même serment des bourgeois
de Hesdin et de Bapaume, et de plusieurs autres seigneurs
du pays'.
Cette campagne de Louis fut sans doute la première qu'il
dirigea lui-même. Elle eut pour résultat la mainmise de la
dynastie capétienne sur TArtois pour de longues années.
Mais nous verrons qu'elle eut un autre effet, qui faillit être
funeste au roi de France. Ferrandne pardonna pas à Philippe-
Auguste de lui avoir imposé ses conditions. Au moment où
Louis de France commença sa carrière politique, la Flandre
était démembrée et vaincue, non point soumise. La monarchie
capétienne n'allait point sans peine l'assujettir.
Jusqu'en 1215, Taffaire d'Albigeois se traite sans que la
royauté intervienne. Pourtant la proie était bien tentante.
Le comte de Toulouse était au commencement du xiii* siècle
le plus puissant vassal du roi de France après le roi d'Angle-
terre. Sa domination s'étendait depuis le Rhône jusqu'au
delà de la Garonne. Le comté et les baronnies avoisinantes
composaient une véritable nation distincte, caractérisée par
la splendeur des cours seigneuriales et le raffinement de la
civilisation intellectuelle, en môme temps que par le déve-
loppement de la vie municipale et la prospérité économique*.
A la faveur de ces progrès de l'esprit, s'étaient formées
dans le Midi des traditions de libéralisme et de tolérance qui
semblaient devoir protéger cette région contre les malheurs
des guerres religieuses ; la frivolité brillante qui régnait dans
la société ecclésiastique comme dans la société laïque parais-
sait être une garantie de plus. Mais le contraire de ce qu'on
pouvait attendre se produisit. Une doctrine religieuse peut-
être originaire des pays slaves de l'Europe orientale, là
doctrine des Cathares, s'était propagée dès la fin du xi* siècle
dans le midi de la Gaule. Née au sein du christianisme, elle
avait revêtu certaines formes catholiques et prétendait être
la véritable interprétation des Evangiles; en réalité c'était
1. Giry, llist, de Saint-Omer, preuves. 'i04 et suiv. — GénéaL des
coyntrs de Flandre, '.loi. — I)elisl(% n"- 1352 et suiv.
2. Voy. sur l'état ciu Midi à cetto 6j)0']uo un art. <lo M. Paul Meyer
dans la Romanin, V, 26J-26i, et Cli. Molinier, InquisiL dans le Midi
delal'r., 'i59.
L HÉRÉSIE CATHARE. 23
presque une religion nouvelle : les Cathares croyaient en effet
à la coexistence d'un Dieu bon, créateur du monde spirituel,
et dim Dieu mauvais, créateur du monde matériel; ils ad-
mettaient le dogme païen de la transmigration des âmes,
et Jésus n'était pour eux que le plus élevé des anges. Grâce à
l'esprit de tolérance de la société méridionale, cette secte put
se développer et s'organiser dans toute la Guyenne et la
Provence et dans une grande partie de la Gascogne. A la fin
du XII* siècle, les Cathares avaient dans le Midi entier des
communautés pourvues de ministres, des espèces de sémi-
naires, des couvents de femmes ; ils avaient des évoques à
Toulouse, à Albi, à Carcassonne et à Agen; ils prêchaient en
public leur doctrines et avaient des cimetières particuliers.
La frivolité des mœurs ne servit qu'à la propagation de
Thérésie. Beaucoup d'àmes religieuses se sentirent en effet
attirées vers le catharisme, cette doctrine de la pureté, qui
flétrissait les désordres tolérés par l'église méridionale dégé-
nérée, et prêchait le retour à la simplicité austère du primitif
christianisme. Autant on affichait de mépris pour le clergé
catholique, autant on honorait les vertus des parfaits. Cette
indiscutable pureté de mœurs des hérétiques fut sans doute
la cause éminentede leurs progrès. Elle leur valut de compter
dans leurs rangs presque tous les barons du Midi : le comte
de Toulouse, qui avait certainement adopté le catharisme ;
les comtes do Foix, de Comminges, d'Armagnac; les vicomtes
de Béziers et de Béarn. Le succès extraordinaire d'une telle
doctrine allait nécessairement attirer sur le Midi les foudres
de la papauté : comment tolérer les progrès d'une secte qui
avait des croyances païennes, et qui rejetait l'autorité
pontificale? Il était impossible qu'une guerre religieuse
n'éclatât point*.
t. Schmidtf ilUl. de la secte et de la doctr. des Cathares ou Albi-
geois, I, J à 200, et II, 5 à 110. — Ch. Moliiiier, op. cit., Introd., p. xiv,
note. — Voy. la critique de l'ouvrage de Schmidt par Gucheval-Clari-
gn^ dans Bib. L'c. Ch., î^" série, t. III, 80 et suiv ; Cucheval-Glarigny
voit dans le Catharisme français une hérésie indigène et non pas im-
portée d*Orient à travers ritâlie. Assurément aucun texte ne prouve
(jue l'hérésie ait suivi le chemin indiqué par Schniidt : voy. Plister,
Robert le Pieux, p. 326-327. Cette hypothèse reste cependant sédui-
sante et, comme M. Tabbé Vacandard, dans son étude sur « Les ori-
gines de rhérésie Albigeoise » (Bev. des Qiiest. histor., n« du 1 janvier
24 INNOCENT m.
Les efforts des papes du xii® siècle ne réussirent pas à arrêter
les progrès du catharisme, qui, selon Schmidt, s'était propagé
plus ou moins dans toute TEurope. L'Église romaine était mena-
cée dans son existence même lorsque Innocent III monta sur le
trône pontifical. Le nouveau pape était dans la force de Tage;
c'était un homme méthodique et actif. Tel que nous le fait con-
naître son traité Dumépris duinonde, il était de tempérament
pessimiste et d'esprit sec et précis, très pénétré de ses droits
comme de ses devoirs. Il avait la conviction que les hommes
ne pouvaient trouver leur salut que dans Tobéissance à l'Église
dont il était le chef, et il passa sa vie à combattre pour le
triomphe des idées théocratiques. Un tel homme devait con-
sidérer comme son plus impérieux devoir l'extermination des
hérétiques, »< ces scorpions dont la morsure donne la mort
éternelle »*. Pendant dix ans il poursuivit sans se lasser la
tâche do convertir les cathares; il ne réussit pas. En 1207, il
se décida à menacer le comte de Toulouse de déchaîner
contre lui les princes orthodoxc^s; Raimond VI, prêta s'humi-
lier, ne put cependant supporter l'arrogance de Pierre de
Castelnau, et l'on sait que le légat, ayant quitté la cour du
comte, périt assassiné le 15 janvier lt?08; ce fut le signal de
la croisade. Innocent III manda à tous les barons et cheva-
liers du royaume de France de venger l'injure faite à l'Eglise,
et son appel fut entendu ^
Depuis plusieurs années du reste, le pape avait le dessein
de recourir ii la force et il projetait de confier au roi de
France le soin d'exterminer l'hérésie albigeoise. Philippe-
Auguste n'était-il pas rentnnmé pour son orthodoxie? L'année
do son avènement, il avait fait brûler uiie bande d'hérétiques'*.
De plus il devait, être désireux do saisir cette occasion pour
189'i. p. oO). nous lirsituns à la roi)Ousser. — Los Anecdotes historiques
(CF.tii'nne t/c liuurbon contionnent do curieux détalU sur les Albigeois ;
Ktienno do Bourbon ne met pas en doute que la corruption du cler^jé
catholique dan>> le Midi nait été uno d(\s grancios causes de la propa-
i^ation do Ihôrésie (Ancrtfute n*» 251). Voy. Vacandard, art. cité., p.
65 ot suiv.
1. Schmidt, oft. cit., I, 7»'» et suiv.. et ///>/. f/e V Eglise d'fkcident,
102-10;{. — IIurttîF. Ilist. d'Innucmt III, I, 52 et suiv., et 111. 480 et
suiv. -- Koccjuain. l.a Papautr au moj/t'n ôge^ 171)- 180, 190.
2. Jlist. du Langut'dor. \L 222 et suiv.
:{. Phifippide, liv. 1, v. 407 et suiv.
PHILIPPE-AUGUSTE ET LA CROISADE. 25
se montrer dans le Midi, où Louis VII avait déjà fait un
voyage fructueux pour la royauté'. Mais Philippe-Auguste
avait en tête d'autres soucis. Dès 1201, Innocent 111 le pria
de prendre personnellement la direction de la croisade, ou de
la confier à son fils Louis. En 1205, il réitéra sa demande.
En 1207, deux mois avant le meurtre de Pierre de Castelnan,
il adressa de nouvelles exhortations à Philippe-Auguste ; le
roi lui déclara qu'il ne pourrait se rendre à son désir que si
une trêve solide lui était ménagée avec son adversaire Jean
sans Terre, et si le clergé et les barons de France contri-
buaient aux dépenses de la croisade. Après l'assassinat du
légat, Philippe-Auguste refusa de nouveau de s'engager si on
ne lui donnait point de garanties contre le roi d'Angleterre.
En 1209, au mois de mai, Tabbé de Cîteaux et le légat Milon
essayèrent encore une fois d'obtenir qu'au moins il envoyât
son fils en Albigeois; la réponse fut la même.
Le 18 juin de cette même année, Raimond VI faisait solen-
nellement soumission à l'Église, et se laissait humblement
frapper de verges par le légat. Le 22 juillet, Béziors était
détruite; puis Carcassonne tombait et les croisés choisis-
saient Simon de Monfort, vieillard ambitieux et actif, pour
seigneur des pays conquis ou à coniiuérir sur les hérétiques.
Philippe-Auguste ne laissait point d'être mécontent devoir des
vassaux s'attribuer de si riches dépouilles. Il avait essayé au
début d'enrayer le mouvement qui emportait vers le Midi les
chevaliers du Nord. Maintenant il protestait que seul il avait
le droit de disposer des terres albigeoises; mais on ne
récoutait guère ^
A l'époque où nous nous plaçons, il semblait donc que la
conquête des pays hérétiques allait s'opérer sans le concours
de la royauté et sans lui rapporter aucun avantage. Supposer
que dès cette époque Philippe-Auguste prévoyait la ruine de
la famille de Montfort et comptait achever un jour, à peu de
risques et à peude frais, l'œuvre si laborieusement commencée
,par d'autres, c'est lui attribuer gratuitement une clairvoyance
1. Voy. Luchaire, Instil. monnrch.. Il, 295 et suiv.
2. Nùt. du Languedoc, VI, 261 et suiv. — Lettres du pape: Potthast,
n"* 2225, 2229, 2'i04, 3223, 3353, 3512, 3638. — Lettres de Pliil.-Aug.:
Delisle, n«» 1069, 1085 et Ilist. du Lang., VIII, pr., 563.
26 LA LUTTE CONTRE LES PLANT AGENETS.
bien extraordinaire. Il est plus naturel de croire à la sincérité
des déclarations qu'il faisait au pape: de trop puissants
ennemis le menaçaient pour qu'il pût s'engager dans une
croisade.
Le plus dangereux de ces ennemis qui Tinquiétaient si fort
vers 1209 était le roi d'Angleterre. On sait quel énorme
héritage Henri Plantagenet avait laissé à ses fils ; le domaine
continental des rois d'Angleterre était beaucoup plus grand
que celui des rois de France. « Li rois Richars estoit trop
« riches et de terre et d'avoir, asés plus que li rois de France
« n'estoit. » Il fallait que le roi do France chassât ce rival trop
puissant, sinon il courait incessamment le risque d'être lui-
même dépossédé; la vie côte à côte était chose impossible:
« Voirs est que on dist que ja dui orgueilleus ne chevauceront
« bien unasne »*. On sait d'ailleurs que l'espérance d'expulser
les Anglais de France ne contentait pas Philippe-Auguste; ce
prince qui pensait qu'un seul homme peut gouverner le monde
avait des projets plus ambitieux encore. Lorsqu'il avait épousé
Ingeburge, il avait demandé au roi de Danemark de lui céder
« les vieux droits des Danois sur l'Angleterre » et de lui
prêter sa flotte pour les faire valoir quand l'occasion s'en
présenterait*.
La lutte contre les Plantagenets fut la préoccupation cons-
tante de Philippe-Auguste, celle qui domina de très haut
toutes les autres. Richard sut défendre son patrimoine, mais
avec Jean Philippe-Auguste eut la partie belle. Le portrait
de Jean a été tracé bien des fois'; c'est une physionomie
curieuse, et dont les traits semblent possibles à déterminer,
bien qu'elle soit beaucoup plus compliquée que les autres
figures de ce temps, et qu'elle ait été déformée par la légende.
Jean était un homme assez intelligent et instruit; on louait
sa générosité. « De grant despcns estoit, » nous dit un con-
temporain qui l'a certainement approché de près ; « moult dou-
ce noit à mangier et larghoment et volontiers ». Mais il était
1. Anon. de B(Hhune, f. 49 v».
2. DavidsoJin. Phil. An{/. uwl InijeborQ^ 21.
3. Vov. j)ar ex. Pauli. (ie^rhichte. von Eiujland, III, '»72 et suiv. ;
Stubbs, l'ref. à l'é»!. de Walter de Covcîiitry (dans l(»s Rer. Brit. Srn'fU.)
t. II, p. XI et suiv. : Green, Ilist. du peuple anylais, I, Ul et suiv.
JEAN SANS TERRE ET PHILIPPE- AUGUSTE. 27
« plains de maies teces » ; sa méchanceté est restée prover-
biale: « Crueus estoit sor toz homes; ses barons melloit
« ensamble quanques il pooit; moult estoit liés quand il veoit
« haine entre els ». Insolent et fourbe, il mêlait au respect
superstitieux de certaines formes religieuses le cynisme
parfois le plus impie. Mais le vice qui lui attira le plus de
haine et lui coûta le plus cher fut sa lubricité: « De bieles
« femes estoit trop convoiteus; mainte honte en fist as
« haus homes de la tierre: par coi il fu moult haïs ». Comme
roi il fut un type de tyran à la manière antique, s'entourant
de mercenaires étrangers pour opprimer ses sujets*. Il ne
manquait point d'habileté comme général et comme politique;
encore ne faut-il pas exagérer ses capacités. L'historien
Green, mû par ses sentiments do protestant vertueux, a voulu
voir dans ce roi un prince doué de tous les talents, qui n'a
échoué en ses entreprises que parce qu'il était méchant et
parce qu'il voulait s'opposer à la marche de l'Angleterre vers
la liberté. 11 serait pourtant facile de montrer que Jean a
compromis à chaque instant sa position par défaut do prudence
ou d'activité; son indolence et son goût de la volupté lui
rendaient insupportables les longues patiences de la politique
et les fatigues de la guerre, et il mérita souvent les moqueries
injurieuses du fils de Bertran de Born^
On sait avec quelle rapidité Philippe-Auguste, profilant
des fautes et de l'apathie de son adversaire, lui enleva une
bonne partie de son héritage. La Normandie fut soumise en
quelques mois ; Philippe-Auguste confisqua les terres appar-
tenant aux chevaliers anglais, pour les réunir au domaine
ou les inféoder à ses fidèles. L'Anjou et la Touraine furent
aussi de durables conquêtes \ En Poitou, le roi de France eut
affaire à une féodalité remuante et difficile à maintenir sous
1. HUt. des ducs de Normandie, 105. — Giraud de Barri, De Princ.
Inslruct., 310-311. — Mousket, v. 22'j77-22'i81. — Math, de Paris,
Chron., II, 562-563.
2. Kaynouard, Poésies des Troubadours, IV, 199 et suiv. Voy. Clôdat,
Bertrand de Born, 94. — Cf. Anon. de Bùthune, f. 53, à propos de l'ex-
pédition de 1206 : a La parut bien la coardisc le roi d'Engleterre ».
3. Delisle, n«» 887, 891 a, 901, 907, etc.. — Voy. sur ces conquêtes
le mémoire déjà cité de Lecointre-Dupont. L'auteur y a exposé toute
l'histoire des rapports de la France et ae l'Angleterre de 1199 à 1205.
Malheureusement il a l'imagination trop féconde.
28 JEAN SANS TERRE ET PHILIPPE-AUGUSTE.
le joug ; rinconstance des Poitevins était chose proverbiale
au xiii® siècle, comme la foi punique dans Tantiquité*. D'ail-
leurs, outre que l'Aunis et le littoral de la Saintonge ne
purent jamais être soumis, Jean sans Terre fit en 1206 une
campagne qui semble avoir détruit en partie le résultat des
efforts tentés par le roi de France pour assujettir cette région.
Un certain nombre de châteaux situés surtout dans le nord du
pays, quelques villes telles que Poitiers, et par intermit-
tences certains seigneurs las de servir le roi d'Angleterre
subirent seuls la domination de Philippe- Auguste *.
Jean sans Terre aurait bien voulu reconquérir tout ce qu'il
avait perdu. A la fin de 1207, il reprit les armes*. Mais il
fut bientôt absorbé par d'autres soins ; il était alors en conflit
avec le pape à propos do l'élection d'Etienne de Langton
au siège de Cantorbéry. Le 23 mars de Tannée suivante,
TAnglotcrre fut mise en interdit, et en 1209 Jean fut
excommunié. Il fit peser dès lors sur ses sujets un régime
de vexations et do terreur qui allait bientôt porter pour lui
des fruits amers. Philippe-Auguste, qui mérita bien sa répu-
tation de semeur de discordes, était prêt à profiter de toutes
les fautes de son adversaire. Une lettre confidentielle adressée
par lui vers cotte époque à Jean do Lassi montre qu'il nour-
rissait Tespérance de provoquer une guerre civile en Angle-
terre *.
Ce n'était pas seulement chez eux que les deux rois se
combattaient ; rAllemagne, déchirée par la rivalité des
Guelfes et des Gibelins, était pour eux un autre terrain de
lutte. L'Angleterre était en rapports économiques très suivis
avec le nord de TAUemiigno et la vallée du Rhin, c'est-à-
dire avec les pays guelfes, et Otton de Brunswick était
neveu de Jean sans Terre ; les Plant agenets devaient donc
nécossairemont appuyer les adversaires des Staufen. Philippe-
1. Philivpfde, 1. IX, v. 202 ; l. X, v. 24.
2. Wenduver, II, 49i-'i95. — I/ist. des ducs de .Vorw., 108-109. —
Anon. do Béth., f. 52 v» et 53. — Cronictjues de Xorm. (Brit. Mus., ms
addit. 2081!). f. 87, col. I. — Dclisle. iv>^ 1140à 116G. 1182. — Lecointre-
Dupont, op. cit. — (jirv, Etabl. de Rouen, 1. 2'iO et suiv., 295, 358.
3. Deli.slo, n" lOfiî).
4. Stubbs. Constit. Historn, I. 559. — Arc h. des missions, 3« série,
VI, 3i4, édition de la minute cancelléo de la lettre do Philippe-Auguste
à Jean de Lassi.
AFFAIRES D'ALLEMAGNE. 29
Auguste, non sans de longues hésitations, avait fini par se
rapprocher de Frédéric Barberousse ; après la mort de
Henri VI, il soutint Philippe de Souabe contre Otton : mais
Philippe de Souabe mourut en 1208, et le duc de Brabant,
que le roi de France pensionnait et voulait maintenant mettre
à la tête du parti gibelin, ne tarda pas à abandonner la lutte.
Le 4 octobre 1209, Otton resté sans rival entrait dans Rome,
et Innocent III posait sur son front la couronne impériale.
La partie semblait de ce côté perdue pour le roi de France ;
mais Otton de Brunswick, par son impolitique brutalité, com-
promit sa situation ; à peine couronné, il prétendit saisir le
domaine temporel du pape. Tout fut remis en question ;
Innocent III fit appel à Philippe-Auguste et au parti gibelin.
Il est probable que le roi de France songea en ce moment à
prendre lui-même le sceptre impérial, et que le pape s'y
opposa. En tout cas, ils finirent par choisir de concert le
jeune Frédéric, fils de Henri VI, pour en faire le compétiteur
d'Otton. De nouveau, vers le commencement do Tan 1211,
une sorte d'équilibre se trouva établi entre les Plantagenets
et les Guelfes, d'une part, les Capétiens et les Staufen, de
l'autre. Mais il fallait bien que l'un des deux partis allemands
vainquît l'autre, et cette inévitable conflagration semblait
menacer tout l'Occident*.
Telle était la situation au moment où commença la carrière
politique de Louis de France. 11 s'agissait en somme de
savoir si les Capétiens sauraient garder et augmenter leurs
domaines septentrionaux, malgré les eff'orts concertés de
l'Angleterre, de la Flandre et du parti guelfe ; s'ils pour-
raient intervenir dans la croisade albigeoise et prendre leur
part dans les dépouilles des hérétiques ; s'ils parviendraient,
en créant ou en développant do nouveaux procédés adminis-
tratifs, à organiser définitivement la puissance monarchique
aux dépens des souverainetés locales. Enfin, on pouvait se
demander s'ils n'auraient pas de plus vastes ambitions et si,
hantés par la chimère de la domination universelle, ils ne se
croiraient point le front assez fort pour porter de nouvelles
couronnes.
1. Schcffer Boichorst, op, cît.^ 471 à 535. — Vournier, Le royaume
d'Arles, 60 et suiv.
CHAPITRE II.
PREMIER PROJET DE DESCENTE EN ANGLETERRE. — LOUIS DE FRANCE
ET LA COALITION ANGLO-GERMANIQUE.
1212-121 i.
Les années 1212, 1213, 1214, comptent parmi les plus
importantes du règne de Philippe-Auguste et de l'histoire de
France. Bouvines et la Roche-au-Moine ont été des événe-
ments décisifs ; ils ont préservé peut-être de la ruine la
dynastie capétienne, et en tout cas ils lui ont assuré la con-
servation des conquêtes qui l'avaient mise hors de pair dans
le royaume. La môme époque a vu aussi éclore pour la pre-
mière fois le projet d'une réunion des deux couronnes an-
glaise et française. Nous avons à exposer le rôle de Louis de
France en cette période ; mais nous ne nous bornerons pas
à une simple relation de ses gestes, qui serait forcément sèche
et obscure, ot nous nous croyons en droit de chercher dans
l'histoire générale un cadre pour ce récit.
Nous avons dit qu'une hostilité généralement sourde,
parfois déclarée, n'avait point cessé de régner entre Jean
sans Terre ot Philippe-Auguste, depuis la conquête de la
Normandie et des provinces de la Loire \ L'un voulait
reprendre le bien perdu, Tautre garder et augmenter son
gain. Lequel des deux allait ouvrir Tattaquo ? Ce fut la
papauté qui décida.
En 1211, Innocent III délia les Anglais du serment de
fidélité qu'ils avaient fait à leur roi. Au commencement
de Tannée suivante, ayant appris de la bouche d'Etienne de
Langlon et des évêques de Londres et d'Ely les persécu-
tions que l'église anglaise avait subies depuis quatre ans, le
1. Voy. par ex. les n*»" 1302 à 1304 de Oelisle, prouvant que dès le
mois de septembre de rannée 1211, Philippe-Aupuste s'assurait des
appuis contro Jean sans Terre et Ottoii de Brunswick.
PROJET DE DESCENTE EN ANGLETERRE. 31
pape somma Jean sans Terrre de donner satisfaction avant le
1'' juin aux prélats opprimés. Il était décidé, si Jean persis-
tait en sa désobéissance, h. charger Philippe- Auguste de
diriger une croisade contre le rebelle et à laisser le roi de
France monter sur le trône des Plantagenets \ Jean répondit
à ces menaces en s'alliant avec Renaud de Dammartin,
comte de Boulogne, qui s'était brouillé avec Philippe-Au-
guste en 1211 ; le 4 mai 1212, Renaud prêtait hommage au
roi d'Angleterre et promettait de ne faire sans son consen-
tement ni paix ni trêve avec le roi de France ou Louis son
héritier. En même temps Jean réunissait des mercenaires ^
Ce fut probablement après le V^ juin, une fois Tobstination
de Jean devenue manifeste, que le pape envoya en France le
légat Pandolphe pour faire part de ses intentions à Philippe-
Auguste. Aux mois de juillet et d'août, Jean sans Terre fit de
plus en plus activement des préparatifs de défense contre
une invasion et il envoya des émissaires auprès d'Otton de
Brunswick et des princes allemands. Vers le mois d'août,
Louis de France fut assez heureux pour s'emparer de la per-
sonne d'un de ces agents, qui se rendait auprès du duc de
Louvain, et qui fut probablement pris au moment où il tra-
versait ^Artois^ A la même époque Philippe-Auguste avait
entamé des négociations avec le parti gibelin.
Le jeune Frédéric de Staufen, élu roi en septembre 1211
par un certain nombre de seigneurs allemands, avait quitté la
Sicile et gagné Rome au mois de mars 1212; il passa bientôt
les Alpes et arriva dans la vallée du Rhin. Son principal
conseiller, le chancelier Conrad, évéquc de Spire et de Metz,
entra alors en négocialions avec Philippe-Auguste. Le roi de
France se mit en route pour voir Frédéric ; mais il s'arrêta à
Chalons, je ne sais pour quel motif, et chargea son fils de le
représenter. La mission n'avait d'ailleurs rien d'épineux ; il
s'agissait seulement de confirmer au jeune Staufen un appui
i. Wendover, II, 532, 535-536. — Potthast, n«« 4392, 4395. —Cf.
Stubbs, Préf. de Téd. de \V. de Coventrv, t. II, p. lviii, note 4.
2. Delisle, n« 1299 et suiv. — nolùl. Chart., 186 — Litt. clans.,
I, 129. — LîU, pat., 93.
3. Wendover, II. 536. — LUI. pat., 94. — Litt. clans., I, 119 ''. —
Annales de S, Edmond, 151-152.
32 LOUIS DE FRANCE A VAUCOULEURS.
dont il avait besoin et qu'on était bien aise do lui prêter, et
d'obtenir do lui en écbangc quelques garanties. Louis, accom-
pagné do « beaucoup de grands du royaume », rencontra
Frédéric à Vaucoulours et une alliance fut immédiatement
conclue. Le seul témoignagne officiel qui nous en reste est un
acte fait à Toul le 19 novembre et suscrit par Frédéric.
Louis ny est pas mentionné. Frédéric s'engagea par ce
traité à ne fain» aucune paix avec Otton, Jean et leurs
adhérents manifestes, sans Tassentiment de Philippe -
Auguste ; il promit d'expulser de ses terres, partout où il
le pourrait, les adversaires de son allié. Aucune charte ne
nous indique quels engagements furent pris par Louis au
nom de son père ; mais nous savons que le roi de France
envoya aussitôt son palatin Hugue d'Alhies et un clerc pour
faire procéder à Télection définitive do Frédéric. Il est fort
probable (^uo ces doux émissaires arrivèrent avec la bourse
bien garnie. Un chroni(iueur prétend que Philippe -Auguste
donna à Frédéric 20,000 marcs d'argent, pour qu'il pût se
concilier les esprits au moyen de magniriques libéralités. Les
princes allemands, tout d(^ suite; persuadés parles arguments
de Philippe-Auguste, s'assemblèronl en présence de ses
envoyés et élurent Frédéric pour roi le 5 décembre ; ils s'en-
gagèrent, au cîis où le jeune homme mourrait, à no jamais
accepter Otton comme empereur'.
Enfin le roi de France» avait outre Manche de secrètes
intelligences.
En cette même année 1212, les Gallois étaient sortis de
leurs montagnes pour venir dévaster rAngleterre. C'était
pour Jean de redoutables ennemis ; januiis ses prédécesseurs
n'étaieiit parvenus à les dompter ; il esl vrai que l'élection
des évoques gallois était soumise à la ratification des rois
d'Angleterre et que la consécration de ces prélats avait lieu
à Cantorbéry ; mais c'était à peu près la seule marque de
l'autorité des souverains normands. Il régnait alors dans le
pays de Galles une étrange barbarie ; les Bretons quiThabi-
1. Guill. le Breton, Chron.,^ 159. — Chanoine de Laon, 7)6. —
Huillard-Hréliolles, Ilist. t/iplom. FrctI. II, Introd.^ p. ccLXXXlx et
suiv., et tome 1, 227. — Sclirn'er-Hoicliorst. op. cit., 539 et suiv. —
Zcller, L'Iymp. FrM. II, 12 i et suiv.
NEGOCIATIONS AVEC LES GALLOIS. 33
taient, bouviers vêtus de peaux de bêtes, avaient des mœurs
de peuple primitif. Giraud do Barri nous les montre vivant
en clans et passant leur temps à se battre pour régler de
vieilles querelles de famille ; mais ils savaient s*unir pour
aller piller leurs voisins, et dans leurs montagnes brumeuses
s'était développée spontanément une admirable po(^sie lyrique,
qui, souvent fantaisiste et ailée, connaissait aussi dos accents
ardents et belliqueux. Le plus puissant des princes gallois,
Llewelyn ap Jowerth, qui commandait à la partie septentrio-
nale du pays, avait à peu près réussi à faire reconnaître sa
suprématie par les autres chefs et était Tennemi acharné du
roi Jean. Les bardes prédisaient qu*il était le grand César
destiné à assurer le triomphe de la race celtique. Llewelyn
sera l'allié de Louis de France contre Jean sans Terre ; dès
l'époque où nous sommes arrivés, il était en relations d'amitié
avec les Capétiens. On a attribué avec vraisemblance à
l'année 1212 une pièce originale du Trésor des Chartes qui
atteste ces relations ; dans cet acte, Llewelvn remercie Phi-
lippe- Auguste de la lettre munie d'un sceau d'or que celui-ci
lui a envoyée, en témoignage de l'alliance qui unit le royaume
de France et le pays de Galles ; il ajoute que tous les chefs
du pays sont décidés à soutenir Philippe- Auguste contre Jean
sans Terre. Rien n'empêche de supposer que ce fut le roi de
France qui donna le signal des incursions dont j'ai parlé plus
haut. Malheureusement les Gallois étaient incapables de faire
la guerre avec quelque suite et quelque méthode, et ni Phi-
lippe-Auguste, ni plus tard son fils ne tirèrent grand profit de
leur alliance*.
Ce n'était pas seulement avec les ennemis séculaires des
rois d'Angleterre, c'était aussi avec les sujets mêmes de Jean
que Philippe- Auguste avait engagé des négociations. « 11 y avait
« alors en Angleterre, dit un chroniqueur, beaucoup de nobles
« dont le roi avait, à leur grande indignation, déshonoré les
« épouses et lesflUes; d'autres qu'il avait réduits à la dernière
1. Wendover, 11, 534. — La lettre do Llewelyn (Delisle. n» l'»16) est
dans Teulet, n« 1032. — Green, dans son Hist. du peuple anglais, I,
185 et suiv., a résumé d'une façon vive et intéressante; les notions qu on
possède sur Tétat du pays de Calles à cette époque. Voy. aussi Stiibbs,
Constit. history, I, 594-595.
Ch. Pbtit-Dutaillis. B^ffne fie Louis MU, 3
34 NÉGOCIATIONS AVEC LES BARONS ANGLAIS.
« misère par ses injustes exactions; quelques-uns dont il avait
« exilé les parents pour s'approprier leurs biens ; il en résulta
« que ce roi eut presque autant d'ennemis qu'il avait de
« barons \ » D'après une affirmation de l'annaliste de Duns-
taple, qu'il convient d'ailleurs de n'accepter que sous réserve,
dès 1210, les barons songèrent à renverser Jean et à lui
substituer Simon de Montfort*. En tout cas il est certain
qu'en 1212 Jean sans Terre fut obligé de renoncer à punir
les incursions des Gallois, par crainte qu'une révolte n'éclatât
derrière lui, et dut revenir à Londres pour tenir les barons
en respect ; quelques-uns furent emprisonnés ; un autre,
Robert Fils-Gautier, se réfugia auprès de Philippe-Auguste ;
ce baron était un ennemi personnel de Jean sans Terre, qui
convoitait sa fille et ses richesses, et plus tard il devait être
un des principaux chefs de la grande rébellion et l'un des
plus siirs appuis do Louis ^ Il ne fut évidemment pas le seul
à invoquer en 1212 le secours de Philippe-Auguste. Roger
de Wendover dit que « si Ton en croit la renommée », les
barons anglais envoyèrent C(»lte année-là au roi de France
une charte munie de leurs sceaux pour lui promettre la cou-
ronne s'il venait la cherclior. Le léjrat Pandolphe, lorsque
l'année suivante il vint trouver Jean pour lui démontrer la
nécessité de se soumettre, n'oublia pas de lui dire que le roi
de France se vantait d'avoir reçu des promesses écrites de
fidélité de presque tous les grands d'Angleterre*. Quant au
peuple, il était indécis et en somme prêt à se ranger sous la
loi du plus fort^
On voit que Philippe Auguste pouvait, sans excès de con-
fiance, espérer voir bientôt flotter dans Londres l'étendard
1. Wendover, II, 535.
2. Ann. de DunslaplCy XI.
3. Wendover, II, 53'i. — Barnwell, 207. — Hist. des ducs de Norm.^
115-125.
4. Wendover, H, 535,540; voy. aussi p. 541. — Il est étrange qu'au-
cun(î des jiromesses des barons anglais ne nous ait été conservée dans
le Trésor dos rhartos. Mais ce n'est point un argument suflîsant j)our
suspecter la véracité de Koger de Wendover: son dire est fort vrai-
semblable et est confirmé par d'antres chroniqueurs: Contin. Il de
lîobert d'Auxerre, 279; — Annales de \Vorce.Kter, 'j02. Du reste, après
la soumission de Jean en 1213, les barons démentirent les bruits que
IMiilippe-Auguste avait répandus à ce sujet; voy. Barnwell, 211.
5. Barnwell, 209.
SENTENCE d'iNNOCENT III. 35
fleurdelisé. Par les actes de rassemblée tenue à Soissons en
1213, nous savons qu'il destinait cette nouvelle couronne à
son lîls aîné. Rien ne prouve du reste qu'il jugeât impossible
la réunion des deux royaumes ; il n'était point de tempé-
rament si timide. On peut deviner aisément le motif qui le
déterminait à refuser pour lui-même le trône d'Angleterre :
Louis avait épousé la nièce de Jean sans Terre et si les
juristes de la cour capétienne n'avaient pas dès cette époque
accumulé les arguments qu'on fera valoir en 1216, au moins
pouvait-on déjà arguer des droits de Blanche de Gastille pour
justifier en partie l'usurpation rêvée. Du reste, quand on
examine les promesses faites par Louis à l'assemblée de
Soissons, on voit qu'il ne renonçait en aucune façon à ses
droits sur l'héritage paternel, et sans doute Philippe- Au-
guste comptait bien qu'après sa mort les deux couronnes
seraient réunies sur la tête de son fils. En attendant, Louis
régnerait dans l'île sous sa surveillance et le domaine capé-
tien s'arrondirait des possessions que Jean avait gardées sur
le continent V
En janvier 1213, les trois prélats anglais revinrent de
Rome et selon les instructions d'Innocent III promulguèrent
solennellement en France la sentence de déposition de Jean
sans Terre. Ensuite ils enjoignirent de la part du pape au roi
de France et à ses sujets, de se rendre pour la rémission de
leurs péchés en Angleterre et d'enlever à Jean sans Terre sa
couronne, pour la donner, de par l'autorité apostolique, à
un homme qui en fût digne ^ Innocent III admit probable-
ment sans objection la candidature de Louis. Les chevaliers
de France ne demandaient pas mieux que de prendre part à
une expédition qui pouvait être fort fructueuse pour eux.
Philippe- Auguste de son côté fit de grands eff'orts pour avoir
une armée nombreuse en même temps que ])ion munie. Au
moment où il comptait partir, ses dépenses dépassaient
soixante mille livres. Il n'ignorait pas que Jean faisait de
1. Delislc, n° 1437 : id. n'' 1391, traité ontre Phil -Aiijlt. et Savari de
Mauléon [juillet 1212] : « Concediinus etiam eidcm Savarico. i\\iod si
« Rupeliacapi potcrit, erit ipsius propria, et ipsamde nobis lenebit. Si-
« militer eiaem conccdimus Coignac etc.... » (Martènc, CoUectio, I,
1088.)
2. Wendovep, II, 537.
36 ASSEMBLEE DE SOISSONS.
redoutables préparatifs de résistance. Ce prince avait re
trouvé toute son activité, il assemblait une flol te imposante e
cherchait des alliés en Allemagne, en Flandre, en Hollande
peut-être même jusqu'en Maroc*.
Ce fut le 8 avril 1213, dans une assemblée solennell
tenue i Soissons, que Philippe-Auguste demanda à se
barons leur assentiment définitif et régla le plan de la cam
pagne. Tous les grands du royaume étaient présents, dit ave
une manifeste exagération Guillaume le Breton. Ils pro
mirent au roi de raccompagner en personne. Dans la mêm
assemblée, le défiant Philippe- Auguste dicta à son fils le
conditions auxquelles il lui abandonnait l'honneur de rem
placer Jean sans Terre sur le trône. Louis de France jura ;
son père de remplir, s'il était couronné roi d'Angleterre, le
engagements suivants : en premier lieu, du vivant de Phi
lippe-Auguste, il ne réclamerait aucun des biens paternels
aucune partie du royaume do France. Cette clause avaî
é^ idemment pour principal ol)jet Taunexion définitive du Poito
et de l'Aquitaine au domaine du roi de Franco ; Philippe- Au
gusto voulait que d'avance son fils ronouràt à ces provinces
Louis conserverait ses droits sur l'Artois; cependant soi
péro aurait la faculté do disposer d'une partie de cotte terr
en faveur du comte de Flandre, pour obtenir de lui aide e
service ^ et Louis s'engageait à ratifier cette donation un
fois couronné en Angleterre. En second lieu, Louis exigerai
de SCS nouveaux sujets, avant de recevoir leur hommage, 1
serment de ne pas porter préjudice au roi de France et à soi
royaume ; le même serment serait prêté par les hommes di
comte de I^oulogne\ En troisième lieu, Louis se conXor
merait aux conseils de son père, quand il rendrait aux barons
ch(îvali(Ts et à toutes autres personnes ayant aidé à la con
quête de l'Angleterre, les fiefs et les terres auxquels ils avaien
droit en ce pays. (On peut rapproclier de cette promesse di
1. Anon. (\o Béth., f. 5'i v. — ///.</. tloxducs fh Xonn., 123-124. -
Wcndover. II. 538-53U, 5 1:. — Hafiuvoll. 209. — Math, de Paris, Chron.
11. ôoO et suiv. — liof. ihnrtar., 190 ''.
2. Lo comte 'lo riaiitlro avait rcl'usi'. seul parmi tous les barons, à
prendre part à l'expédition. Voyez plus loin p. 'lO.
3. 1,0 roMité do lîouloj^^ne était déjà en avril 1213 aux mains de Louis
Voyez j)lus loin j). 210.
PREPARATIFS D UNE DESCENTE. 37
Louis le traité conclu par Philippe-Auguste avec Henri, duc
de Brabant, en cette même assemblée de Soissons; le duc
devait épouser la fille de Philippe-Auguste le 22 avril, et
accompagner le roi en Angleterre ; ce dernier s'engagea de
son côté, si Texpédition réussissait, à mettre Henri en pos-
session des biens qui lui appartenaient outre Manche.) Enfin
Louis jura de laisser son père disposer de la personne et des
biens meubles du roi Jean au cas où on s'en emparerait, et
récompenser à son gré ceux qui l'auraient suivi à la guerre,
au moyen de terres anglaises ne faisant point partie du domaine
de la couronne. On voit qu'en somme Philippe-Auguste
voulait garder la direction de l'expédition, et s'assurer pour
l'avenir la haute main dans les afi^aires d'Angleterre *.
Philippe-Auguste avait fixé la date du 22 avril pour la
réunion de la flotte sur les côtes du comté de Boulogne. Il
envoya Louis surveiller les derniers préparatifs. On avait
réuni plus do 1,500 nefs. Jean semblait perdu. Or, pendant
que sous l'œil de Louis de France « les os s'assambloient
durement » pour la conquête de l'Angleterre, Pandolphe,
légat du pape, s'embarquait à Wissant et quelques jours
après, par son entremise, Jean sans Terre allait se réconcilier
avec le pape'.
Innocent III ne se souciait nullement de donner une cou-
ronne nouvelle à l'héritier do Philippe- Auguste ; il entendait
trop bien les intérêts de la théocratie pour accroître inutile-
lement la puissance des rois. En outre, l'une dos principales
préoccupations de la papauté était de reconquérir la Terre
Sainte ; or cette grande œuvre ne se pouvait accomplir que
si la paix régnait dans la chrétienté et particulièrement
dans les deux royaumes de France et d'Angleterre, qui avaient
tant contribué au succès des croisades*. Telles furent, semble-
1. Guill. le Breton, Chron., S 165. — Philippvh, 1. FX, v. 160-230.
— Delisle, n" 1437 à 1439.
2. Philippide, 1. IX, v. 234 et suiv. — Barnwell, 209. — IlUt. des
ducs de Norm.^ 123.
3. Voy. là-dessus Roc^uain, Papauté au moyen âge, 195 çt suiv.
M. Rocr^uaîn n'a pas remarqué qu'Innocent III, en dirigeant presque
tous se» efforts vers ce but, ne faisait que continuer une tradition pon-
tificale, qui sera suivie aussi par ses successeurs. Voyez par ex. une
lettre adressée par Urbain III à Philippe-Auguste, où ce pape se plaint de
voir « Francorum et Anglorum régna inter se dimicarc,.... cum omnes
38 JEAN SE SOUMET AU PAPE.
t-il, les raisons du revirement d'Innocent III, revirement
concerté du reste depuis longtemps. Ce pontife n'avait fait
de belles promesses à Philippe- Auguste que pour épouvanter
Jean sans Terre et l'amener à composition ; dès 1212 il avait
réglé avec Pandolphe les conditions auxquelles le rebelle
pourrait rentrer en grâce \
On sait comment, sur les représentations de Pandolphe,
Jean fit le 13 mai 1213 sa soumission au pape et lui prêta
hommage lige pour les royaumes d'Angleterre et d'Irlande.
Philippe-Auguste arriva le 22 mai à Gravelines, sur
la limite de T Artois et de la Flandre. Là était le rendez-vous
définitif ^ Mais Pandolphe ordonna aux sujets de Jean sans
Terre do tenir fidèlement pour lui contre le roi de France
et tous autres, et l'archevêque de Cantorbéry lui-même,
accompagné de plusieurs évoques, fut obligé d'aller trouver
Philippe-Auguste et ses barons pour leur défendre, sous
peine d'excommunication, d'envahir le royaume d'Angleterre,
Jean sans Terre étant devenu par la grâce de Dieu « un
H autre homme, puisqu'il avait adopté pour mère la sainte
« Église romaine'».
Quel compte le roi de France allait-il tenir de cette injonc-
tion? Philippe- Auguste n'était pas d'humeur docile; il avait
maintes fois, et en particulier à propos de ses rapports avec
l'Angleterre, affirmé son indépendance à l'égard de la pa-
pauté*. Il fut évidemment très irrité en voyant qu'Innocent III
s'était joué de hii', mais il se calma subitement et fit
contre mauvaise fortune bon cœur ® ; l'historiographe officiel
« contra Christi inimicos unanimiter tirmari debuerint ». (Jaffe, n®
1592 'i). Voy. «aussi le Jlegeste d'iionorius III par Pressuti, et en particulier
les premières bulles.
1. Wendover. 11,536.
2. Guill. le Bret., Chron.. § 169.
3. Ryiner, I, part, l, p. 112: « Etjam dominas rexmisitper archîepis-
« copum (.'antuariensem et episcopos nostros, per delegatum et aîios
« nuncios, et ipsi iti(îm pergunt ad regoni Francie etc.. ». Cf. Wendo-
ver, II. 547 et VIfisl. des ffucs de Normaudie, 12 'i ; les doux chroni-
queurs attribuent cette mission à Pandolphe, mais leurs assertions ne
peuvent prévaloir contre un document ofticiel. L'Anon. de Béth. (f. 54
V") ne mentionne pas Pandolphe.
4. Voy. Delisle, n"^ 762, 770 et suiv.
5. Wendover, II, 547.
6. D'après Guill. le Bret. (Chron. S 167) il semble que Philippe-
SATISFACTION DES ANGLAIS. 39
Guillaumo le Breton place ces paroles dans la bouche du roi :
ce Je triomphe, puisque c'est grâce à moi que Rome a
« soumis le royaume d'Angleterre^ ». Eii réalité Philippe-
Auguste s'était certainement réglé d'après les informations
qu'on lui donnait sur l'état des esprits au delà du détroit. Il
aurait sans doute faitfi des menaces d'Innocent III si, à la nou-
velle de la soumission de Jean sans Terre, les Anglais avaient
manifesté leur mécontentement, ou s'ils avaient simplement
persisté dans la sourde hostilité qui les animait précédem-
ment contre leur roi. Mais le contraire était arrivé. C'est
une erreur de croire qu'en prêtant hommage au pape, Jean
sans Terre excita l'indignation de ses sujets. Nous aurons
plus d'une fois l'occasion de remarquer combien on a tort
d'attribuer à la génération qui vivait alors en Angleterre les
sentiments qui animeront les contemporains de Mathieu de
Paris. En 1213 les Anglais n'avaient point de haine pour la
papauté, et la soumission de Jean ne parut sans doute hon-
teuse à personne ; l'hommage n'était pas chose dégradante et
lorsqu'ils avaient conquis l'Italie méridionale les Normands
n'avaient pas cru s'humilier en acceptant la suzeraineté de
Léon IX. Loin de s'indigner, les Anglais ont du pousser un
soupir de soulagement en apprenant ce qui s'était passé le
13 mai ; jusque-là, on sait quelles persécutions continuelles
les clercs avaient à subir ; les laïques eux-mêmes supportaient
avec peine l'interdit qui les privait des sacrements, et ils
étaient atteints dans leurs intérêts par les mesures violentes
que Jean prenait pour empêcher son clergé de correspondre
avec la cour de Rome*. Il suffit du reste de lire les chro-
niques contemporaines pour voir que la soumission du roi
n'irrita pas ses sujets. Le chanoine de Barnwell déclare que
Jean fut en cette occasion « inspiré, à ce que l'on croit, par
« celui qui dispose du cœur des rois ». Philippe-Auguste
n'avait donc plus à compter sur un bon accueil de la part des
Anglais. Jean sans Terre, selon le môme chroniqueur, avait
Auguste n^abandonna pas tout de suite son projet de voyage en Angle-
terre ; il y renonça en tout cas après le désastre de Damrae.
1. PhiUppide, I. IX, v. 569-570.
2. Par exemple en 1211 Jean avait ordonné la fermeture de tous les
ports d'Angleterre {Annales de Waverley, 266).
40 BROUILLE AVEC FERRAND.
à peu près regagné le cœur de son peuple, et ses barons
envoyèrent au roi de France des lettres qui ôtaient tout espoir
en leur appui '.
C'est ainsi que Louis de France acquit et perdit une pre-
mière fois Tespérance de régner en Angleterre. Il ne fut du
reste en toute cette affaire qu'un instrument aux mains de son
père. Si j*ai exposé avec détails les rapports entretenus à
cette époque par Philippe-Auguste avec TAngleterre, c'est
surtout parce qu'il est nécessaire d'en avoir l'intelligence
pour comprendre les événements postérieurs où Louis joua
le rôle principal.
Philippe-Auguste ne rentra point pacifiquement en son
palais. Il avait un autre ennemi à vaincre. Depuis que Fer-
rand avait épousé l'héritière de Flandre, Jean sans Terre
n'avait cessé de faire effort pour l'attirer dans son parti*. Le
comte de Flandre n'osa point embrasser ouvertement son
alliance ; mais, excité par lui, il refusa, lors de l'assemblée
de Soissons, de fournir le service d'ost à Philippe-Auguste,
si Louis de France ne lui rendait Saint-Omer et Aire. Le roi
lui aurait volontiers donné une partie de l'Artois pour obtenir
son appui, et nous avons vu qu'il se concerta à ce sujet avec
Louis ; mais, soit qu'il trouvât exagérées les prétentions de
Ferrand, soit qu'il lui déplût de paraître céder à une somma-
tion, il refusa d'abandonner Aire et Saint-Omer. Le comte de
Flandre quitta l'assemblée*, et nous voyons, parune lettre du
roi aux nobles du Poitou, que Phi lippe- Auguste résolut de
soumettre le comte de Flandre avant de s'embarquer pour
l'Angleterre*. Une nouvelle conférence eut lieu à Arques,
1. Rarnwell, 210, 21 1. — Voy. aussi les diverses Ânnaleê monastiques
éditées par Luard, a^f anniwi 1213. — Stubbs, quand il présente la
soumission de Jean oomine une action déj^radantc et honteuse, parle
en son nom, et ne cite aucun document de ce temps où pareille opi-
nion soit exprimée (Constit. I/istorij, 1, 561).
2. Annales de S. Edmond, 152-153. — Rymer, I, part. I, 105. — LiU.
pat., 93 » et »».
3. Mousket, v. 20895-20901. — Guill. le Breton, Chronique, § 165.
— Anonyme de liéth., f. 54 v^.
4. « p'errandum primo volumus expugnare, nec non in .\ngliam, in
« quamconjuravinius, jiostmodum transmonre ». Cet acte, (juine figure
pas dans le Catal. de M. Dclisle, date évidemment de la fin d'avril ou
du commencement de mai 1213. 11 a été conservé, un peu mutilé et
défiguré, dans un formulaire (liibl. Nat., Coll. haluz.e, t. 279, f. 207).
Le fonds en semble très authentique.
CAMPAGNE DE FLANDRE. 41
près de Saint-Omer ; Philippe- Auguste ne put encore s'en-
tendre avec Ferrand ; selon l'Anonyme de Béthune, il le
somma de se rendre à Gravelines à jour fixe « et bien li dist
« que se il là ne venoit aprestés de son service faire, qu'il le
a defGioit d'iluec en avant ». Ferrand, au jour dit, ne se pré-
senta point. Sur ces entrefaites, arriva la nouvelle de la
réconciliation du roi d'Angleterre et du pape. Philippe-Au-
guste résolut de tirer un autre profit des préparatifs qu'il
avait faits et de conquérir la Flandre. Pour commencer, il
donna à son fils la riche cité de Gravelines où il se trouvait
alors*.
La Flandre, chose fort rare alors en Europe, comptait plu-
sieurs cités très importantes par leur population et leur
richesse. Philippe-Auguste, accompagné certainement de son
fils, s'occupa d'abord de soumettre ces villes. Pendant ce
temps, sa flotte se rendit à Damme, port situé près de Bruges
et aujourd'hui comblé ^ Ferrand terrifié s'était décidé à
implorer l'aide du roi d'Angleterre, qui lui envoya immé-
diatement des secours commandés par son frère Guillaume
Longespée, comte de Salisbury^
Tandis que Philippe-Auguste était occupé au siège de
Gand, Guillaume Longespée, accompagné de plusieurs autres
capitaines anglais, de Renaud de Dammartin, et du fameux
routier Hugue de Bovos, attaqua le 30 mai une partie de la
flotte française, dispersée à l'entrée du port de Damme et mal
gardée. Les Blavotins et les Isangrins, factions flamandes
ennemies de Philippe-Auguste, les gens de Furne et enfin les
habitants de Damme que les Français s'étaient rendus hostiles
en mettant le port au pillage, s'uniront aux troupes anglaises,
qui semblent avoir été peu nombreuses. Quatre cents nefs
furent prises. Philippe-Auguste, averti du désastre, se hâta
d'accourir. Le P''juin, les Anglais, que Ferrand avait rejoints,
voulurent s'emparer du reste des nefs et de la ville de Damme.
1. Guill. le Bret., Chron., § 169 ; Philippide, 1. IX, v. 351-356. —
Anon. de Béth., f. 54 v«. — Mousket, v. 20956 à 20981. — Wendover,
II, 547-548. — Jean le Long, 603-60'f.
2. Guill. le Bret., Chron., § 169. — Gènéal. des comtes de Flandre^
331. — Philippide, 1. IX, v. 290 et suiv. — Warnkoriig et Gheldolf,
op. et/., II, 37.
3. JJist. des ducs de Norm., 126 et suiv. — Lût. pat., 99 .
42 LOUIS DE FRANCE EN FLANDRE.
Maïs, comme ils approchaient, ils furent surpris par les arba-
létriers de Philippe-Auguste, puis chargés par les chevaliers
que conduisaient Louis de France et le vaillant Guillaume des
Barres. Au coucher du soleil, Louis était vainqueur; vingt-
deux chevaliers ennemis furent pris et le reste s'enfuit. Mais
la flotte anglaise resta on observation près de l'île de Wal-
cheren, et, craignant de voir le reste de ses nefs pris par les
ennemis, Philippe- Auguste ordomia de les brûler. C'en était
fait décidément du projet de desconte en Angleterre \
Peut-ôti'e aussi Philippe-Auguste ahandonna-t-il en même
temps Tespoir de conquérir la Flandre. L'échec qu'il venait de
subir n'anéantissait point seulement le fruit de longs et coûteux
préparatifs ; c'était là évidemment un fait de grande portée
morale. Découragé, le roi se contenta d'exiger des otages des
principales villes flamandes, afin de pouvoir les rançonner
ensuite, puis il revint on France, laissant derrière lui son
héritier. Le seul résultat do cette campagne fut l'annexion
de Douai, (jui désirait passer sous la domination française et
que Philippe-Auguste céda à son fils ; par un acte de juin
1213, Louis maintint les bourgeois de Douai dans la posses-
sion de leurs coutumes et promit de ne pas conclure la paix
avec le comte de Flandre sans leur participation*.
Louis était resté en Flandre avec le maréchal Henri
Clément, le comte de Saint-Pol et une armée assez nombreuse.
Il s'établit à Lille. Ayant appris que les partisans de Ferrand
étaient rentrés à Court rai, il rassembla son conseil et ron
décida d'aller détruire cette ville. Après avoir tenté un instant
de résister, les ennemis abandonnèrent la malheureuse cité,
qui fut pillée et incendiée. Lorsque Ferrand et Renaud de
Dammartin arrivèrent, les Français étaient partis et la ville
1. Le meilleur récit do cet événement se trouve dans i7/f«/. des ducs
t/f* \orm., 130-134. — Guill. le Breton (Philipp., 1. IX, v. 426et8uiv.)
parle seul de rintervention de Louis de France. — Voy. aussi Wen-
dover, II, 5'i8-5i9, etc..
2. C.uill. le Breton, Chron.. § 170. — Philippide, L LK, v. 571 et
suiv. — Mouskct vers 21039 et suiv. — Inventaire des Archives com-
munales do Douais série .1.1, p. \. — Cf. Delislo, n" 1451, et un acte
de Ferrand daté de \1'1^\ dans Tailliar, fier l'e il d'actes, b06: « Nosremi-
« simus omnem iracundiani t?t onintMn nialani voliintatem, si qua fuit,
« burircnsiljus Duairensibus. eo (juod. in j^iierra habita inter illustrem
i< regem Fr.nicuruni.... et nos, fuerunt ex parte dicti régis ».
LOUIS DE FRANCE EN FLANDRE. 43
était en flammes. Louis revint à Lille avec son butin, mais
repartit presque aussitôt pour aller narrer un si bel exploit
à son père. Cette guerre de destruction dura pendant près
d'un an, menée des deux côtés avec la même rage, et sans
amener aucun résultat décisif. Louis de France se chargea
pour son compte, au commencement do Tannée 1214, de
détruire Nieuport, Steenvorde, Bailleul, Hazebrouck et Cassel,
sans compter un certain nombre de châteaux. Chaque ville
était livrée au pillage, puis incendiée ; Ton emportait le butin
sur des chariots et on emmenait prisonniers les habitants.
Le chroniqueur anonyme de Béthune, qui raconte cette cam-
pagne avec la précision d'un témoin oculaire, nous dit qu'à
Bailleul les incendiaires travaillèrent de si bon cœur qu ils
faillirent être brûlés vifs eux-mêmes. La nuit était tombée et
les rues étroites, déjà embrasées, étaient si pleines de gens
et si encombrées par les chariots, que Louis et ses compagnons
eurent grand'peine à gagner les portes : « Si voz di bien qu'il
« n'i ot si hardi, ne fil de roi ne autrui, qui n'eust paor de soi ».
Il fallait bien payer à ce prix les plaisirs sauvages que
l'Anonyme nous décrit naïvement. Une fois qu'on avait quitté
la ville, on la regardait flamber et Ton faisait des bons mots.
Tandis que brûlait Steenvorde [FManforl dans le français du
temps), frère Guérin, le futur chancelier de Louis VI II, qui
se trouvait dans l'armée, appela les chevaliers pour leur faire
un calembour : jouant sur le double sens du mot Estanfort,
qui désignait la ville et un drap célèbre qu'on y fabriquait,
il s'écria : « Seigneurs, écoutez : regardez si jamais vous
« vîtes aucun estanfort mieux t(îint en écarlate ! » L'écarlate,
c'était les flammes rouges qui dévoraient la cité. Les Fran-
çais du moyen âge n'étaient pas difficiles sur les plaisanteries;
celle-ci parut excellente et fit beaucoup rire, bien que d'aucuns
la jugeassent déplacée dans la bouche d'un homme d'église.
L'Artois, en revanche, ne fut pas épargné par les ennemis.
Dans les derniers jours de l'an 1213, Renaud de Dammartin
vint assiéger Calais. Malgré la résistance de la garnison,
malgré la neige et la golée, il décida do continuer le siège.
Au commencement du mois de janvier 1214, Louis de France
arriva avec une grande armée et força le comte de Boulogne
à déguerpir. Mais le fils de Philippe- Auguste revint ensuite
44 LA COALITION ANGLO-CiERMANIQUE.
en France, laissant la garde de rArtois au vicomte de Melun.
Ferrand, qui s'était décidé lors de TafiFaire de Damme à reje-
ter formellement la suzeraineté do Philippe- Auguste et à signer
avec Jean sans Terre un traité d'alliance contre le roi de
France et son fils, revint à ce moment-là d'Angleterre, où il
avait passé le début de l'hiver. Accompagné du comte de
Salisbury et do Hugue de Boves, il fit en Artois plusieurs che-
vauchées dévastatrices. Pendant le carême, il mit à feu et à
sang la terre de Guines, pour punir le comte Amoul d*avoir
suivi le parti de Louis. Après Pâques, ce comté fut encore
une fois dévasté. Le domaine direct de Louis semble avoir
moins soufi*ert; Aire fut assiégé en vain ; cependant la petite
ville de Souchez, près d'Arras, fut incendiée ainsi que celle
de Houdain*.
Pendant ce temps l'ennemi personnel de Philippe- Auguste,
Renaud de Dammartin, avait réussi à nouer contre lui une
coalition formidable, où se trouvaient réunis Jean sans Terre,
qui désirait reprendre ses provinces perdues et poursuivait en
Philippe-Auguste son « capitalis inimicus », Otton et ses
partisans qui voulaient briser le principal appui de Frédéric II,
enfin les barons du nord, tels que les comtes de Flandre et de
Hollande, qui voyaient ou pressentaient leur indépendance en
danger. S'il faut en croire le poète Guillaume le Breton, on
avait d'avance escompté la victoire et l'on partageait le
royaume de Philippe-Auguste avant de l'avoir conquis '.
Le plan des coalisés n'était pas malhabile. Jean devait débar-
quer à la Rochelle, pendant que les troupes flamingo-germa-
1. Anon. de Réth., f. 55-56. — Hist, des dues de IVorm., 136-141. —
Mousket, V. 21073 et suiv. — Chron. d'Andres, 755. — GénéaL de*
comtes de Flandre, 332. — W'endover, II, 572. — Jean le Long, 605. —
Cron. de iVormandie, f. 88. — Rot. chart,, 197. Le procureur de
Louis à l'assemblée de Melun (en 1216) déclara que les Anglais avaient
à cette époque détruit Rouchain et brùlé en grande partie la ville d'Aire
(Wendover, II, 652). Mais Louis et ses agents se montrèrent en 1216
si peu scrupuleux dans leurs assertions qu'on ne doit pas se fier à
celle-ci. — .M. Girv, dans son Etude sur les châtelains de Saint-Omer
(liih. Ec. Ch., Xa.WL 1^3), dit que selon la Chronique (f Andrée
^D'Acliery, Spictl., éd. in-fol., II, 853 : ou éd. cit. 755), Saint-Omer
lut pillé par Ferrand. Le chroniqueur rapporte simplement que le comte
de Flandre passa près de la ville et dévasta certaines possessions de son
abbaye. L'Anonyme de Béthune donne la même version.
2. Philippide, 1. X. v. 582 et suiv. — Scheffer-Boichorst, op. cit.,
535 et suiv.
JEAN SANS TERRE EN POITOU. 45
niques se réuniraient au nord ; les deux armées alliées marche-
raient chacune de leur côté vers Paris, et la puissance capé-
tienne serait anéantie *. Je n'ai à exposer ici que la campagne
du Poitou, Louis de France ayant été chargé par son père d'ar-
rêter les troupes anglaises et n'ayant point figuré à Bouvines.
Depuis qu'il était délivré de la crainte d'une invasion, Jean
sans Terre projetait une descente en Poitou. Il arriva dès le
15 février 1214 à la Rochelle avec des forces considérables.
Il avait sans doute gardé sur pied l'armée de mercenaires
qu'il avait levée en 1213 pour résister à Philippe-Auguste.
Quant aux barons anglais, pou leur importait que Jean
reconquît ou non le Poitou ; l'année précédente ils avaient
absolument refuse leur concours à une expédition de ce genre.
La bonne entente du roi et de ses vassaux était évidem-
ment chose fragile. Jean n'insista pas et le gros de l'armée
qu'il emmena en 1214 était bien probablement formé de mer-
cenaires *. Comment allait-il être accueilli par les Poitevins ?
C'était pour lui une grave question. Deux motifs l'avaient
déterminé à débarquer à la Rochelle ; d'abord, sans aucun
doute, il espérait achever Toeuvre qu'il avait commencée en
1206 et reconquérir le bien perdu; de plus, comme jo l'ai
dit, il voulait prendre à revers le roi de Franco, et pour y
réussir il lui fallait passer par l'Aunis, puisque les ports de
Normandie et de Bretagne lui étaient fermés. Alors même
qu'il n'aurait pas songé à rétablir définitivement sa domina-
tion en Poitou, il devait donc s'y assurer un chemin pour
gagner le nord et pour battre en retraite en cas de défaite.
Or depuis dix-huit mois Philippe- Auguste s'efi*or(;ait d'étendre
en cette région son cercle d'influence. 11 avait successivement
gagné Savari de Mauléon, le comte de Périgord, le fameux
Bertrand de Born, Guillaume de Chauvigni, les habitants de
Limoges*. Après l'assemblée de Soissons en avril 1213 il avait
1. Dans une lettre écrite du 25 au 28 mai, Jean explique bien que
tel était son plan : « Nunc autem gratia Dei data est nobis opportunitas
« ut extra Pictaviam in capitalem inimicum nostrum regem Francorum
« insurgamus ». (Wendover, II, 573. — Cf. Itin. of John).
2. Barnweli, 211-212. — Wendover, II, 551, 572. — Litt. pat., 118 '».
La date de l'arrivée de Jean est fournie i)ar sa lettre du 8 mars (Ry-
mer, I, part. I, 118) et par son Itinéraire.
3. Delisle, n«» 1391, 1409, 1426, 1431.
46 JEAN SANS TERRE EN POITOU.
requis Taide de tous les nobles Poitevins pour soumettre le
comte de Flandre rebelle et pour passer en Angleterre. Dans
la flotte qu'il emmena en Flandre, il y avait une troupe de
Poitevins habiles dans V « ars piratica))\ Du reste la plu-
part des nobles du pays lui refusèrent le service sous prétexte
que pendant leur absence les Anglais auraient pu débarquer
à la Rochelle et occuper toute la province '. La vérité, c'est
qu'il n'y avait nul fonds à faire sur cette féodalité remuante;
ceux qui s'engageaient par de beaux serments n'étaient pas
plus sîirs que ceux qui se dérobaient. Manifestement, ils cher-
chaient à maintenir leur indépendance tout en tirant profit de
la rivalité des deux rois ; ils se vendaient aujourd'hui au plus
offrant et restaient prêts à le trahir demain. Jean ne comp-
tait guère en arrivant que sur la fidélité de la maison de
Tliouars', et sur celle de Savari de Mauléon qui, après avoir si
mal défendu la flotte française à Damme, était revenu à son ser-
vice*; mais à la nouvelle de son débarquement, beaucoup d'au-
tres Poitevins se présentèrent pour lui jurer fidélité. En quel-
ques semaines, Jean fit accepter sa domination dans toute la
région de la Chai'onte \ Philippe- Auguste, inquiet de progrès si
rapides, tenta un coup hardi; laissant une partie de ses forces
sur la frontière de la Flandre, il accourut avec son fils vers
la Loire, probablement dans les derniers jours de mars, alors
que Jean s'était enfoncé dans le comté de la Marche pour
obtenir la soumission des Lusignan. Après avoir reçu de
quelques seigneurs du Maine et de la Tuuraine des garanties
de fidélité, le roi do ?>ance passa la Loire et se dirigea vers
TAunis; il comptait couper à son adversaire toute retraite
vers la mer. Jean sans Terre quitta précipitamment le comté
1. Lettre déjii citée (Baluze, t. 279. f. 207). — Philippide, 1. L\,
v. 290 et suiv.
2. : w Vobis bona fido consulimus quatinus remanere nos in Picta-
a viapermittatis, quiaiiisicaute pruviderinius, inimici régie majestatis
« Kupello portai poterunt aplicaro necnon absentia nostrâtotam Picta-
« viainoccu})are ». (I{ôj)onse dos Poitevins à Phil.-Aug., Baluze, t. Î79,
f. 207-207 V").
{\. Voy. Hymer, I, part. 1, lO'i et 108.
\. \. Chilhaiid-Dumaino, Savari de. MaulèoHj dans PosU, de thèses
des élèves de lllr. des (Ih., année 1877, }). 25.
5. Wendover. Il, 572. — Hyinor, I, part. 1, 118. — Itin. of Johiij
février et mars 121 'i.
LOUIS DE FRANCE A CHINON. 47
de la Marche, et le 8 avril il était à Saintes ; puis il s'enfuit
jusqu'à la Réole (13 avril). On ne pouvait plus longtemps
poursuivre cet insaisissable ennemi ; c'est à ce moment-là
que les Flamands ravageaient l'Artois. Philippe-Auguste reprit
le chemin du Nord, en dévastant sui* son passage les domaines
des inconstants Poitevins. Il s'arrêta à CliAteauroux pour
délibérer avec ses fidèles. On décida que Louis resterait dans
le pays pour tenir tête à Jean sans Terre, tandis que le roi de
France irait guerroyer en Flandre \
Il est probable que Louis de France alla tout de suite
s'établir à Chinon, place forte très importante qui comman-
dait le chemin de Tours et de Paris. A coté de lui ou dans
la région, Louis avait des auxiliaires de fidélité éprouvée : le
maréchal Henri Clément, « petit do corps et grand de cœur»,
que Philippe-Auguste avait laissé avec son fils ; le puissant
sénéchal d'Anjou Guillaum(> des Roches et son gendre Amauri
de Craon, que le roi de France avait su s'attacher par les
liens solides de l'intérêt ; enfin le nouveau comte de Bretagne
Pierre Mauclerc et son frère Robert de Dreux, cousins de
Louis, qui défendaient Tentréo de la Bretagne ^ Il s'agissait
avant tout d'empêcher la jonction de Jean sans Terre et des
autres coaUsés. Louis resta d'abord en observation. Jean
sans Terre, à l'expiration d'une trêve qu'il avait accordée à
Hugue de Lusignan, comte de la Marche, et à Raoul d'Exou-
dun, comte d'Eu, attaqua le frère de Hugue de Lusignan,
Geofiroi, qui avait des chnteaux près do la Rochelle ; il prit
d'assaut Mervent le 17 mai, et le lendemain alla assiéger
Vouvent où Geofi*roi de Lusignan s'était enfermé avec ses
deux fils. Geoffroi se rendit à discrétion le 21 mai et le 25 il
se résigna à faire hommage au roi d'Angleterre, ainsi que le
t. Quelques vers de Guillaume le Breton (Philipnfffej 1. X, v. 99 à
139) et des renseignements fournis par les sources aiplomatiques (De-
lisle, n*»* 1490, 1496. — Ilin. of John)^ nous ont permis de recons-
tituer l'histoire de cette campagne. M. Delabordo dit qu'elle semble
ignorée des autres chroniqueurs? Pour nous, c'est coite mOme chevau-
chée que mentionne Mousket (v. 21373-21388), mais il la place à tort
en 1213.
2. Philippide^ 1. X, v. 224 et suiv. — Chron. de (iuill. le Breton,
§ 173. Sur Guillaume des Roches et Amauri de Craon, voy. Delisle,
n«» 848, 852, 859-860, 997, 1016, 1123, 1339, etc..
48 TA ROCHE-AU-MOINE.
comte (le la Marche et le comte d*Eu K La fille de Jean fat
fiancée au fils de Hugue de Lusignan. Aussitôt qu'il connat la
reddition de Vouvent, Louis de France déclara la guerre aux
Lusignan et alla assiéger le château de Montcontour, à l'en-
trée de la Touraine. Il est probable que Jean sans Terre le
forra à lever le siège *.
L'intention de Jean était maintenant d'aller attaquer le roi
do France. Il fallait passer la Loire. Jean songea d'abord à
traverser le fleuve à Nantes ; il arriva dans les premiers jours
de juin devant la ville, qui était défendue par Robert de
Dreux. Quand Robert vit arriver les Anglais, il sortit de la
ville, passa la Loire et attaqua témérairement Tennemi; il
fut fait prisonnier avec une vingtaine de chevaliers; mais
Jean renonça à prendre Nantes. Il passa la Loire plus haut et
vint occuper Anconis le II juin; Oudon reçut aussi une gar*
nison. Le 17 il arriva à Angers ; cette riche cité n*avait pas
d'enceinte et ne pouvait résister. Jean sans Terre y mit une
garnison et fit construire des remparts. Ses troupes occu-
pèrent aussi Boaufort-en- Vallée ^
Pour achever d'établir sa domination sur les rives ange-
vines de la Loire et se ménager ainsi une retraite facile vers
le Poitou, Jean sans Terre devait maintenant s'emparer du
château do la Rocho-au-Moine. Le sénéchal Guillaume des
Roches avait récemment bâti ce château sur une éminence
qui domine la Loire à trois lioues environ en aval d'Angers;
son intention était d'assurer ainsi la sécurité du chemin de
Nantes, jusqu'alors inf(ïsté par le chevalier brigand Paien
de Rocliefort, qui avait son repaire sur l'autre rive du fleuve.
Le siège de la Ruche-au-Moine commença le 19 juin ; Paien
1. Sur Raoul d'Kxouilun. voy. un art. de M. Delislc, Bib, Éc. Ch,^
sér. IV, t. II, 5'i6 et siiiv. —'il va un tableau généalogique de la
famille de Lusignan dans les Mém. de la Soc. des Antiq. de VOuest,
2« sér., t. IV, 18H1, appendice.
2. Lettre érrite par Jean entre le 25 et le 28 mai, rapportée juir Wen-
dover. II, 573. — Hol. chart., 197. — Le 23 mai Jean se réconcilia aussi
avec Chalon de Rochefort (Hot. chart.^ 198).
3. Guill. le Bret , Chron., ^i 172, 178. — Phih'ppide, 1. X, v. 71 et
suiv. — I/ist. des ducs de S'orm., l'fJ. — Wendover, 11, 577. — Chron,
de S. Seroe dWnf/frs, 152. — Khi. of John. — Sur l'état dWngers
à cette épo(|ue, cf. les dcscri])tiuns de (luill. Le Breton et du chanoine
de Tours, (]ui du reste est mal informé sur toute cotte campagne {Chron.
de Tours, 298).
LA ROCHE-AU-MOINE. 49
de Rochefort vint avec sa bande se joindre aux troupes du roi
d'Angleterre. Philippe-Auguste avait mis dans le château
une bonne garnison qui se défendit vaillamment. Mais elle
devait infailliblement succomber si on no la secourait pas^
Louis allait-il risquer une bataille définitive ? Selon 17//.s-
toire des ducs de Normandie, il envoya demander les ordres
de Philippe-Auguste; le roi, qui était probablement alors en
Picardie, répondit qu'il fallait attaquer les Anglais. Cette
version explique bien pourquoi Louis attendit deux semaines
avant do quitter Chinon. L'Anonyme de Béthune dit qu'il se
décida à attaquer sur le seul conseil de Henri Clément. Quoi
qu'il en soit, Louis partit de Chinon après avoir rassemblé
une armée considérable et se dirigea à grandes allures vers la
Roche -au-Moine ; son maréchal dirigeait Tavant-garde et
avait en fait le commandement suprême. En bon chevalier,
l'héritier royal avait envoyé un défi à Jean sans Terre; il
craignait, nous dit l'auteur de la Philippide, que s'il ne pré-
venait pas son adversaire, sa victoire fût attribuée à la ruse et
non au courage. Cependant il y avait lieu pour lui de n'être
point si confiant. Son père lui avait laissé 800 chevaliers,
2,000 sergents à cheval et 7,000 hommes de pied ; au dernier
moment, Guillaume des Roches et Amauri de Craon se joigni-
rent à lui avec 4,000 hommes. Mais Jean « ot molt grant ost
« que de cels qu'il amena que de cols qu'il trova en Poitou » ;
les chroniqueurs anglais et français s'accordent à dire que son
armée était plus nombreuse que celle de Louis^
Le roi d'Angleterre, informé par ses éclaireurs de Tinfério-
1. Guill. le Bret., 8 178. — Frngm. hist. brev. comit. Andeg., 369.
— Mousket V. 22229 et suiv. — //iw. of John. — La Rochc-au-Moine
est aujourd'hui un hameau d'une dizaine d*habitants. Le Dictionnaire
des Postes a adopté l'orthographe fautivcî de La Roche-aux-Moinen. Le
nom latin est Rupe^ monachi ; évidemment il y avait eu là un ermi-
tage.
2. Philippide, 1. X, v. 132, 202 et suiv. — Ilisl. des durs de \orm.,
143-li'». — Anon. de Béth., f. 56 v>. — Mousket, v. 2r»8l ot suiv..
22241 et suiv. — Fragm. hisl. brev. comit. Andeg., 370. — Si l'on
excepte Henri Clément, Guillaume des Koclios et Amauri de Craon,
nous ne savons pas les noms des principaux chevaliers qui accompa-
gnaient Louis. En tout cas il n*avait pas avec lui ses vassaux d'Artois,
carTAnon. de Béth. nous dit qu'à la bataille de Bouvines Sauraient à
côté du vicomte de Melun « 11 quens de Pontieu et li cuens de Ghisnes
« et tôt cil del fief Looys, le fil le roi ». (Pragm. publié par M. Delisle,
JVoi. et Extr. des Mss., t. XXXI V, 390).
Ch. Petit-Dotaii.ms. Rrgnp de Louis VUL \
50 LA ROCIIE-AU-MOINE.
rite des forces ennemies, avait accepté le défi de Louis. Hais
au dernier moment se manifesta Tinconstance égoïste des
Poitevins. Ils déclarèrent qu'ils n'étaient pas prêts à livrer
une bataille rangée ; Tauleur de la Philippide prête au vi-
comte de Thouars un discours où il dit au roi que les
Anglais vont connaître à leurs dépens la valeur des Français,
et que, pour lui, il préfère se retirer prudemment dans ses
terres. Guillaume Guiart place les mêmes paroles dans la
bouche de Savari de Mauléon. Soit que les Poitevins aient en
effet quitté l'armée, soit que Jean craignît seulement de se
voir abandonné par eux, il est certain que le roi d'Angleterre
leva le siège de la Roche-au-Moine au moment où le château
allait se rendre, et déguerpit « vilainement » dès qu'on lui
signala rapproche de Tunnemi. Abandonnjmt pierrières,
mangonneaux, pavillons et autres meubles de guerre, il
se mit à fuir vers le sud ; telle était la panique, que beaucoup
de ses gens périrent en passant la Loire. Les chroniqueurs
français décrivent avec satisfaction cette course éperdue par
monts et par vaux; les troupes de Louis arrivèrent à temps
pour huer les Anglais et massacrer bon nombre de traînards
(2 juillet 1214)'.
Jean s'enfuit si rapidement qu'on ne put l'atteindre. Le
surlendemain, il était arrivé à Saint-Maixont, qui est à une
trentaine de lieues au sud. Selon un chroni(iueur, il avait été
pris d'une telle terreur qu'il écrivit à Otton d'attaquer sans
plus larder Philippe- Auguste, car ce roi ne pouvait avoir avec
lui que des chevaliers sans valeur, Louis de France ayant
réuni sous sa bannière toute la jeunesse de la Gaule. Il n'osa
plus approcher de la Loire et passa les mois de juillet et
d'auiit dans le Poitou méridional, l'Angoumois et le Limousin*.
1. (iuill. le Breton, Tliron. jî 179. •— PhUippvh, 1. X, v. 247 et suiv.
— Hist. des ducs de Xorm., \\\. — Anon. de B6th., f. 56 v». — Mous-
kct. V. 22248 et suiv. — Frafpn. hist. hrev. comit. Andcff., 370. —
dhron. de S. Auhin d'Angers, 58. — Chron. de S. Florent de Saumvr,
ly'i. — (Juill. (iuiarl, v. 64:i8-r,4i.iO. — l.e récit de Wendover (II,
577). systrinatiquomcnt hostile ii Louis de Franco, n*a pas été accepté
])ar l'auteur des l-fures histon'arum (t. II. 152). qui généralement suit
j)as à pas ce clironiiiu^Mir. — La date du 2 juillet est fournie par Tlti-
néraire de Jean sans Terre, .le ne sais uù M. Zeller (^Frédéric II, 142),
a pris que Jean leva le Mrge le 24 juin et rembarqua en juillet.
2. Itin. ofJnhn, — llistor. retj. Francor. c/c..., 427.
TREVE DE CHINON. 51
Pendant ce temps, Louis de France replaçait aisément
l'Anjou sous la domination capétienne. Il réduisit en captivité
ceux qui avaient pris parti pour Jean sans Terre, et exigea
des autres des promesses de fidélité. Les places conquises au
mois de juin par les Anglais lui furent rendues. Il détruisit
les remparts dont on venait d'entourer Angers et rasa le
château de Beaufort-en- Vallée. Des garnisons occupèrent tous
les points stratégiques importants. 11 n'avait point à s'occu-
per de la Touraine, qui n'avait pas été entamée par l'ennemi.
Restait à réduire les Poitevins. Mais Louis ne conçut sans
doute pas la prétention de soumettre un pays aussi étendu, où
il aurait trouvé pour adversaires non seulement le roi d'An-
gleterre, mais de puissants barons et de riches communes. II
se contenta de faire une incursion dans la région avoisinant
l'Anjou et la Touraine. Il dévasta les terres du vicomte de
Thouars et rasa le château de Montcontour, qu'il n'avait pu
prendre au mois de mai^
Sur ces entrefaites, arriva la nouvelle de la victoire de
Bouvines (27 juillet). A peine débarrassé de ses ennemis du
nord, Philippe-Auguste se mit en route avec son armée pour
rejoindre son fils. Il arriva à Loudun à l'époque où Jean
séjournait à Parthenai, c'est-à-dire à la fin d'août ou au
commencement de septembre. Jean sans Terre, sur le point de
subir le sort de son allié de Flandre, implora l'intervention
de Robert de Courçon, légat du pape en France. Robert de
Courçon, Anglais de naissance, était tout disposé à suivre en
cette circonstance les plans d'Innocent III, qui regardait Jean
comme son protégé, et, comme je l'ai dit, voulait voir régner
la paix dans la chrétienté. Le légat réussit à apaiser Philippe-
Auguste; le bruit courut qu'une bonne quantité do livres
sterling contribuèrent à ce résultat autant que l'éloquence du
prélat. Une trêve de cinq ans fut signée à Ghinon le 18 sep-
tembre ; elle était accordée au roi d'Angleterre et à tous ses
i. Fragm. hisL hrev, comtt.Andeg.y 370. — Guill. le Hreton, Chron.^
g 179. — Philippide, 1. X, v. 320-331. — Je ne sais pourquoi M. Dela-
borde, Texcellent éditeur de Guill. le Breton, refuse d'admettre que
la destruction de Montcontour soit postérieure à Taifaire de la Kochc-
au-Moine. Le fait n'a rien d'invraisemblable et est confirmé par la
Chronique des comtes d'Anjou citée ci-dessus.
52 IMPORTANCE DE CETTE CAMPA(îNE.
partisans et consacrait ainsi rindépcndance de la majorité des
Poitevins à l'égard du roi do France\
Le plus grand danger qu'avait jamais couru la dynastie
capétienne était conjuré ; Bouvinos avait assuré le triomphe
du parti gibelin, Tassujetlissoment des comtés de Flandre
ot de Boulogne. L'affaire de la Roche-au-Moine eut certes
une importance moindre; Louis avait été vainqueur sans
combat, et au sud do la Loire le cercle de l'influence capé-
tienne ne s'élendit pas plus loin qu'auparavant; cette
campagne ne coûta rien à Jean sans Terre, fors Tlionnenr.
Cependant la nouvelles de la déroute des Anglais excita beau-
coup d'enthousiasme parmi les fidèles du roi de France, qui
témoigna sa satisfaction à son fils : « Sachiés que ce fu une
« chose dont ses pères fu molt liés et dont il li sot molt boen
c( gré^ »; en 1222, Philippe-Auguste jeta les fondements d'une
abbaye qu'il appela la Victoire^ pour commémorer à jamais le
double triomphe de l'année 1214\ Mathieu do Paris nous
dit : " Sachez que les Français se réjouissaient moins de la
« victoire remportée ensuite à Bouvines que de la déroute
c( infligée au roi (rAngleterrro par Louis, parce qu'ils conce-
rt valent l'espoir d'avoir en lui un souverain vaillant qui con-
« fondrait ce même roi*. )> Un motif plus simple justifie
l'importance qu'on attacha à cette déroute : elle eut lieu au
moment où le chAteau do la Roche-au-Moine allait tomber
aux mains de Jean ; s'il l'avait pris, assuré désormais de sa
retraite, il se serait hâté de rejoindre ses alliés et il serait
arrivé sans doute à temps pour prendre part à la bataille
de Bouvines. Tout le cours de l'histoire du moyen Tige en eut
peut-être été changé.
L'année 1214 clôt la carrière guerrière de Philippe-Auguste,
(c Puis no fu qui guerre li osast movoir; ains vesqui puis en
1. (iuill. le Bret., Chron.. § 20'i. — Hist. reg. Franc, etc.,, \'2B. —
Wondover, II, 581-582. — Coggeshall, IG9-170. — Flores histnr., II,
152. — bclisle. ii'^ 1506. — Ilin. of John. — Sur la politique d'Inno-
cent 111 en 121'!, voy. uno lettre qu'il adressa le 22 avril à Jean : Pot-
tliast n" 'lOl'j. — Sur Ilobcrt de Courron, il v a un long travail de La
Porte du Theil dans le t. VI des \ot. etF.vtr. dea Mss., 130-222, 567-616.
2. Anon. «le lUHh., f. 56 v".
o. f'Jiron. de (iuill. lo Hn^on, Cnnlin. ffc Paria^ ^ 1.
4. I/ist. Ang forum. M, 150.
l»HILIPPE-Ai:(4USTE VIT KN PAIX. 5i3
« graut pais' ». Los campagnes qui auront lieu pendant les
neuf dernières années de son règne, ce sera Louis de France
qui les dirigera.
1. Anon. do Bcthune. f. 58 v°.
CHAPITRE III.
L'Al»PEL DES BARONS ANGUIS.
La défaite de la coalition anglo-germanique à Bouvines et
à la Roche-au-Moine n'eut point pour seul résultat raffer-
missement des Capétiens et des Staufon; elle fut la cause
occasionnelle de la grande rébellion anglaise, et par là faillit
avoir pour suite la réunion do TAngleterre et de la France.
Jean sans Terre aborda le 15 octobre 1214 en Angleterre,
vaincu et humilié; à peine une année s'était-elle écoulée qu'il
avait dû accorder la Grande Charte et que, sur son refus de
Texécuter, sa couronne était offerte à Louis de France.
Les causes internes de cette révolution ont été souvent
décrites; il est impossible cependant de ne pas les rappeler,
alors qu'on se propose d'étudier Tune des phases de la lutte.
D'ailleurs ces causes, qui sont d'une part l'état do la société
anglaise, et d'autre part le caractère de Jean sans Terre,
servent aussi à expliquer en partie l'échec de l'invasion fran-
çaise. L'Angleterre et la France étaient alors comme aujour-
d'hui, mais pour d'autres raisons, des pays très dissemblables.
C'est surtout en vertu de motifs économiques et religieux
que maintenant les doux contrées n'ont pas le même aspect,
et que les deux peuples n'ont point le même esprit; or, au
commencement du xiu*" siècle, l'Angleterre était comme la
France un i)ays agricole, et était comme elle catholique. Mais
les deux peuples étaient de caractère bien différent. A vrai
dire il n'y avait point do peuple français : en fait d'idées
capables de contribuer à la formation du sentiment national,
il n'y avait guère de commun entre le Breton et le Toulousain,
voire mémo entre l'Artésieu et le bourgeois de Paris, que la
notion plus ou moins i)ré(*ise du re.v Franc orum. Les Anglais
formaient au contraire une nation relativement homogène,
L'ANGLETERRE AU DEBUT DU Xll° SIECLE. 55
d'esprit assez vif et aiguisé, à ce qu'il semble*, et do mœurs
probablement moins rudes et belliqueuses que les nôtres,
puisque les guerres privées constituaient Texception. La perte
de la Normandie fut sans doute heureuse pour le peuple
anglais ; en lui donnant une mer pour frontière, cet événe-
ment acheva de le rendre, selon l'expression de Stubbs,
« distinctement conscient de son unité et de son identité
« personnelle »*; mais déjà au xii* siècle les races étaient
fondues, un sentiment de solidarité existait entre les Anglais.
Cette unité, facilitée d'ailleurs par Tétendue restreinte du
royaume, avait son origine principale dans le caractère
qu'avait affecté la conquête de 1066 : grâce au régime créé de
toutes pièces par Guillaume le Bâtard, il n'y avait point de
provinces distinctes, les comtés n'étaient que des divisions
administratives et la loi commune s'étendit rapidement par-
tout, identique partout. Guillaume avait fait en même temps
de son pouvoir un pouvoir absohi, si bien qu'au point de vue
politique comme au point de vue social la France et l'Angle-
terre étaient très dissemblables. Il y avait au delà de la
Manche des seigneurs fort riches; mais ils étaient réduits à
l'impuissance par la dispersion do leurs domaines et l'incapa-
cité où ils étaient, soit d'exercer les droits régaliens, soit do
prendre part au gouvernement par l'organe précis d'une
assemblée indépendante ; plusieurs portaient le titre de comte;
mais ce n'était qu'un vain mot. En face do ce baronnage
faible, s'élevait une royauté très forte et n'usant généralement
de son pouvoir que pour opprimer'.
Henri II et Richard Cœur de Lion s'étaient déjà fait beaucoup
d'ennemis, particulièrement par l'abusif usage des droits de
relief, de garde et de mariage. Le gouvernement de Jean
sans Terre fit déborder toutes les colères. Ce prince ne
mérite assurément à aucun degré Tépithète de « souverain
moderne » qu'on a accordé à tant de monarques du moyen
âge; jamais il ne voila sa tyrannie sous aucun beau prétexte
et ne chercha à se faire pardonner ses vices ; il avait le dcs-
1. Voy. les Political songs édités par Wright.
2. Préf. à l'éd. de W. de'Coventry, t. II, p. xxxvii.
3. Voy. Tadmirabie livre d'E. Doutmy, Le Drvdopp. de la Constit.
ei de la Soc, politique en Anglete/Te^ p. 13 et suiv.
56 LA GRANDE CHARTE.
potisino insolent des rois nègres. Les taxes arbitraires, les
rapts, et pour les rebelles la saisie des châteaux, la capture
des enfants emmenés comme otages, Texil, parfois les sup-
plices, voilà ce que ses sujets pouvaient chaque jour attendre
do lui ; les favcui\s accordées aux étrangers qui le servaient
mettaient le comble à Toxaspération des barons \ Cependant
sa lubricité cl sa cupidité avaient un frein : la peur du plus
fort. Il n'était point de ceux qui aiment mieux périr que céder.
Satisfaire ses passions tant qu'il le pouvait, s'humilier quand
il so voyait le plus faible, ce fut là toute sa politique.
La menace de l'invasion française en 1213 Tavait déter-
miné a faire dos concessions. Il avait promis d'observer les
lois de Henri I. Mais (juand il eut obtenu la trêve de Chinon en
1214, il se montra plus exigeant que jamais et réclama le droit
d'écuage aux barons du Nord ou Norois* ^ qui avaient refusé
de l'accompagner en Poitou. Les Norois ne voulurent pas obéir
au vaincu de la Rochc-au-Moine et de Bouvines ; s'unissant à
d'autres barons, ils sommèrent le roi de confirmer la charte
de Henri I. Jean obtint un délai et implora Taide du pape; les
barons, de leur côté, demandèrent à Innocent III d'intervenir
en leur faveur. Les événements postérieurs devaient démon-
trer combien les deux partis avaient raison d'attacher une
grande importance à l'appui de la cour de Rome. Pour mieux
mériter les bonnes grâces du pape, son suzerain, Jean prit la
croix pour la Terre Sainte; Innocent III, touché, ordonna aux
barons de se soumettre. Les barons répondirent en prenant
les armes, et les habitants de Londres les reçurent dans la
Cité. Jean sans Terre abandonné par presque tous ses partisans
accorda la Grande Charte (15 juin 1215)'.
1. c( Munificus et liberalis in exteros, scd suorum depredator. »
(Barnwell, 232.)
Proprios indigenas nimis dcprimebat,
Hiiroaros rutarios illis pra'ponebat.
(Poème sur la guerre de 1215, inséré dans la Ckron. de Mailros, 118).
Sur les taxes arbitraires exi>j:ées par Jean sans Terre, voy. Stubbs,
Constff. hist., I, 5G1 et suiv. — Voy. aussi les textes cités dans notre
oliap. I, p. 27.
2. T(»rme employé par Tauteur de Vllist. des ducs de Normandie,
3. Banuvell, 21*7 et suiv. — Wendover, H, 582 et suiv. — Rymer»
I. part. 1. 120. — Potthast, iio" 'i960, 4965. — Voy. le résumé d»
Stuubs, ConsUt. hisl., 1, 565 et suiv.
ATTITUDE DU ROI JEAN. O/
C'est un récit purement légendaire qui nous montre Jean
sans Terre se retirant dans l'Ile de Wight après la concession
de la Charte, et, en proie à une espèce de délire furieux, se
préparant immédiatement à dompter ses ennemis \ On a aisé-
ment démontré que Jean ne s'est pas retiré à Tîle de Wight*.
Nous avons des actes nous prouvant que d*abord il s'occupa
d'assurer l'exécution de ses engagements ^ L'intéressante
Histoire des ducs de Normandie et des rois d'A?ig le terre,
que par un étrange oubli l'on a jusqu'ici à peu près négligé
d'utiliser, jette une grande lumière sur cette période de la
crise : on y voit que Jean sans Terre se brouilla avec les
chevaliers flamands, qui comptaientjusqu'alors parmi ses plus
fidèles serviteurs. « Grant ire orent li Flamenc quant il oïrent
« les nouvieles de la vilaine pais que li rois avoit faite ».
Il leur ferma sa bourse, et cette « granto vilonnie » les dé-
cida à le quitter : « Il fist une grant masse de son trésor ester
« fors de la tour, si le fist porter en ses chambres, voiant les
« ielx as chevaliers do Flandres, ne onques riens ne lor en
« donna! Apriès celé vilenie que li rois fist, prisent li Flamenc
« congié à lui, si s'en repairièrent en Flandres »*. Jean était
sans doute décidé en toute bonne foi à vivre d'accord avec
ses barons ; il pouvait croire que dans la pratique ses conces-
sions lui coûteraient peu; il n'avait guère fait que confirmer
les promesses faites par ses prédécesseurs et violées par eux;
assurément il n'avait nulle conscience de l'importance extraor-
dinaire que la Charte du 15 juin devait prendre dans l'histoire
de son peuple.
Les barons ne se doutaient pas non plus qu'on les appelle-
rait un jour les fondateurs des libertés anglaises. Le patrio-
tisme des historiens d'outre-Manche a singulièrement déna-
turé le caractère de cette crise ; ils exaltent la « noble simpli-
cité » avec laquelle le peuple soutenait ses droits". Mais les
auteurs de la Grande Charte n'avaient point de théories ni
1. Voy. le récit de Wendover, II, 613 et suiv.
2. D. Hardy, IJtt.pal., Introd.^v. xxix.
3. LitL claus., I, 215 à 217. — LiU. pat., 143 et 144. — Rymer, I,
part. I, 134.
4. Ifist. des ducs de Norm., 149 à 151.
5. Voy. Stubbs, op. cit., I, 559 : « The great majority of people, noble
as well as shnple etc.. ».
58 ATTITUDE DES BARONS.
dMdécs générales. Ils étaient guidés par une foule de petits
motifs très pratiques quand ils imposèrent à Jean sans Terre
cet acte de garantie, et lorsque ensuite il se brouillèrent de
nouveau avec lui, ce fut aussi pour de petits motifs. Us ne se
montrèrent pas plus accommodants que le roi et abusèrent de
leur victoire pour blesser son orgueil ; telle est du moins la
version de l'auteur de V Histoire des ducs de Normandie^ qui
a assisté à toute cette crise et la raconte impartialement. Les
vingt-cinq barons chargés de veiller à l'exécution de la charte
déployaient la morgue la plus insupportable : « Un jor furent
« venu li xxv baron en la court le roi por i jugement faire. Lî
« rois se gisoit en cho point malades en son lit, de ses pies,
« si qu'il no pooit venir ne aler ; si manda as xxv que il
« venissont en sa^ cambre le jugement rendre, car il ne pooit
« aler à eus. Il li remandercnt que ils n'iroient pas, car che
« seroit encontre lor droiture ; mais, s'il ne pooit aler, si se
« fesist aporter. Li rois, qui amender ne le pot, se fist porter
« devant les xxv la u il estoient, qui pas ne se drecerent
« encontre lui ; car che fu lor dis que, se il drecié se fussent,
« il euussent fait encontre lor droiture. De tous orgheus et
<( do teus outrages li faisoient-il a grant plentéV »
Le chanoine de Barnwell, dans son excellente chronique,
attribue aussi aux barons la responsabilité de la rupture : il
nous dit que, malgré la proclamation de la paix, les Norois,
refusant de se fier à Jean sans Terre, fortifièrent leurs châ-
teaux et maltraitèrent les officiers royaux^. U est probable
du reste que Jean no fit rien pour calmer cette excitation ; si
les Flamands n'étaient plus là pour lui donner de mauvais
conseils, son entourage immédiat était toujours formé de
gens qui étaient restés à ses cotés pendant les jours de malheur
et avaient tout à gagner au retour du despotisme ancien ; tels
étaient le Poitevin Pierre dos Roches, le Normand Fauquet
de Bréauté, qui sans doute attisaitmt ses rancunes \ Il y avait
déjà on Angleterre un parti national et un parti des étrangers
(jui se faisaient sourdement la guerre.
1. /h'st. des duc.^ de iWarm., 151.
2. liMi'nwfill 222.
3. Cf. Matii.*de Paris, Chron., Il, 611.
LA RUPTURE. 59
En de telles conditions, une crise était inévitable. L'inter-
vention pontificale la fit éclater. Jean sans Terre avait
adressé au pape, dès le 29 mai, une longue lettre où il
racontait à sa manière les démêlés qu'il avait avec ses barons.
Après l'octroi de la Charte, lorsque l'attitude des Norois lui
fit regretter ses concessions, il envoya à Rome son chancelier
Richard de Marais'. Celui-ci obtint tout ce qu'il voulut. Inno-
cent III cassa la Grande Charte, qu'il qualifia « d'accord non
<c seulement vil et honteux, mais même illicite et inique », et
somma les barons d'envoyer leurs procureurs à Rome, où le
différend serait jugé en dernier ressort (24 août 1215). La
parole du prophète Pierre de Pontefract, que Jean avait fait
pendre quelques années auparavant, se trouvait réalisée : le
pape régnait en Angleterre*.
La pluralité des barons, tenant Jean sans Terre pour
dépose, convoqua le reste des grands, afin qu'un nouveau
roi fût élu ; mais cet appel ne fut point entendu partout ; une
minorité fidèle refusa de déposer un prince qui se déclarait
prêt à respecter la paix. Les deux partis furent dès lors à
pou près constitués tels que les trouva Louis de France
à son arrivée quelques mois plus tard^.
A la tcte des rebelles étaient les Norois, tels qu'Eustache
de Vesci, Richard de Pcrci, Guillaume de Montbrai, Jean
de Lassi, connétable de Chester. La révolution avait com-
mencé par leur initiative ; jusqu'au règne de Jean sans Terre
ils avaient servi fidèlement les princes normands, par
exemple dans les guerres avec l'Ecosse ; les exactions de
Jean sans Terre les jetèrent dans l'opposition, et leurs des-
cendants devaient être aux xiv° et xv' siècles les champions
des libertés anglaises *. Parmi les autres barons qui riUaient
élire Louis de France, on trouvait Sehier de Quinci, comte
1. Rymer, I, part. 1, 129. — Barnwell, 222. Nous n'admettons pas les
conclusions que M. Hémont a tirées de ces textes. (Chartes des lit.
antjL; Introd.^ p. xxi et xxiv).
2. Wendover, II, 615 et suiv. La bulle d'Innocent III (Potthast n»
4990) a été éditée par M. Bômont, op. cit., 41. — Sur la propliétie de
Pierre de Pontefract, voy. Chron. de Lanercost, 13, et Ilxst. des ducs
de JVonn., 125-126; cf. Wendover, II, 535, 546-547.
3. BarnwelK 224-225.
4. Stubbs, Const, hist., I, 564.
60 LE PARTI RKVOLIJTIONNAIRK.
de Winchester ; Roger Bigot, comte de Suffolk et de Noi
folk, et son fils, représentants d'une famille qui s*était depui
longtemps signalée par son insubordination ; Richard d
Clare, comte de Hertford, qui n'avait cessé d'être en lutt
sourd(? avec Jean sans Terre ; Geoffroi de Mandeville, comi
d'Essex, qui avait épousé Hawisia, la femme répudiée d
roi ; Robert de Ver, comte d'Oxford; Henri de Bohon, comi
de Hereford ; David, comte de Huntingdon ; Robert Fils-Gai
tier, dont nous avons rapporté les démêlés avec Jean sai
Terre ; Guillaume le Maréchal le jeune, fils du comte à
Peml)roko ; Guillaume de Huntingfield ; Osbert Giffard, fil
naturel de Jean sans Terre, etc.*. Bien que les chron:
qiieurs ne donnent pas de chiffres précis, il est hors de doui
que l'immense majorité des grands était dans le parti qi
réclamait un changement de dynastie.
A C()té des seigneurs laïques, la faction révolutionnali
comptait une partie du clergé. C'était sur l'Église, bien pli
encore que sur le baronnage, ({ue s'était appesantie la mai
brutale et avide de Jean sans Terre'' ; si l'on réfléchit e
outre que les clercs étaient plus cultivés et plus intelligem
en général que les laïques, on ne s'étonnera point qu'ils aiei
joué un si grand rôh.» dans cette crise ; a la vérité, ce fut !
clergé anglais qui obtint la Grande Charte, de même que pli
tard il fut le plus ferme appui de Simon de Leicester. I
21 novembre 1214, Jean sans Terre avait essayé dc.rompi
l'union du clergé et des laïques en établissant la liberté d(
élections ecclésiastiques ; mais par là il affaiblit son aulorii
sans atteindre le but visé. L'action solidaire paraissait à toi
si clairement nécessaire que le clergé resta dans Toppositic
et, loin d'être une dernière concession, l'acte Ut libère sh
electionf'S ne fut qu'une espèce de» première esquisse incoa
plète de la Grande Charte "*. A la tète de cette opposition clc
1. Voy. les listes données dans la ('hron. de Barnwell, 225. et dai
les biillos d'ext'ommunicjilion rapijortées par Wendover, II, 643
suiv. Voy. la liste des enfants naturels de Jean dansPauli, op. cit., 11
'i75.
2. Pour les exactions et les violences de ,Tean sans Terre à l'égard c
son clerpé, particulièrement en 1207, en 1208. en 1213, voy. Wendove
II, 511, Math, de Paris. Chron.. II. '}'.)7, Annofrs ilo \Vnverh*if, 260.
:i. Stubhs. Selfct Clwrtt^rs. 279. —Cf. les réflexions dê'Shirle;
Hoijnl f.elters, Intrud., p. .wvi et suiv.
LE PARTI RKVOLUTIONNAIRE. 61
ricale était le fameux Etienne de Langton, dont Tavénement
au siège de Cantorbéry avait déchaîné tant d^orages ; il semble
avoir été un homme remarquable : « Boins clers ert et de
haute clergie » ; c'est lui qui, le 25 août 1213, avait donné
lecture de la charte de Henri I dans rassemblée des barons
à Saint-PauP ; mais Innocent III sut débarrasser Jean sans
Terre de cet adversaire ; vers lo mois de septembre 1215,
Etienne de Langton fut suspendu de ses fonctions archiépis-
copales pour avoir désobéi au pape et au roi et communiqué
avec les rebelles, et il fut appelé à Rome ; il y resta jusqu'en
1218 ^ Trois clercs furent excommuniés nominativement par
Innocent III, quelque temps après: Gautier, archidiacre de
Hereford, le chapelain de Robert Fils-Gautier et maître Ger-
vais de Hobruges, doyen de Saint-Paul, qui était regardé comme
spécialement dangereux'. Mais beaucoup d'autres membres du
clergé avaient dû se prononcer immédiatement contre la vio-
lation de la Grande Charte. Gilles de Briouse, évêque de Here-
ford, dont la famille avait été atrocement persécutée par
Jean sans Terre, est cité parmi les adversaires du roi*; cer-
tainement d autres prélats agirent de mémo ou du moins se
déclarèrent plus tard pour Louis de France, comme nous le
démontrerons dans la suite.
Les hautes classes n'étaient pas seules désireuses d'assurer
le maintien de la Grande Charte ; les garanties contre les
taxes arbitraires, la limitation des pouvoirs des sheriffs, la
reconnaissance du droit d'être jugé par ses pairs, intéres-
saient aussi les bourgeois et les francs tenanciers ; certains
articles les concernaient spécialement, par exemple ceux qui
confirmaient les libertés des villes et qui déclaraient insaisis-
1. Ilist. des ducs de A'orm,, 110. — Wendover, II, 552. — Ilook,
Lîves of the Archbish. of Canterh., IL 657 et suiv.
2. Barnwell, 225 et 240. — La suspension d'Etienne de Langton fut
confirmée par le pape le 4 novembre 1215 (F^ottliast, n®" 5005-5006). —
Cf. Vie d' Etienne ae Langton, par Math, de Paris, 326-327; Annales
de Dunstaple^ 'i5.
3. Bulle du 16 décembre 1215(Pottliast, n® 501:^), rapportée par Wen-
dover, II, 642 et suiv. : « Magistrum... Gervasium, Londoniarum can-
« celiarium, qui... régis et suorum manifestissimus extitit persecutor,
« excommunicatum publiée denuncietis ac suspensum, graviori ctiam
« psna, nisi congrue satisfeccrit, punienduni ».
4. Barnwell, 225.
02 LE PARTI RÉVOLUTIONNAIRE.
sables les marchandises et les instruments aratoires. Mal-
hcureusoment nous ne savons à peu près rien du rôle qu'ils
jouèrent dans la crise. Ayloffe mentionne un appel adressé
par les barons à tous les tenanciers de Nortliumberland, de
Cumberland et de Westmoreland ' ; nous ignorons quelle
réponse y fut faite. Les seuls renseignements précis que nous
possédions concernent Londres, qui, depuis la violation de la
Grande Charte jusqu'au triomphe de Henri III, fut le quar-
tier général des rebelles et de Louis de France. Londres
avait progressé rapidement après la conquête. Guillaume le
Conquérant et Henri I avaient octroyé des chartes à cette
cilé, qui fut organisée comme un comté et eut des sheriffs.
En mai 1215, Jean lui donna lo droit d'élire annuellement son
maire. Sa population, qu'un contemporain de Henri II esti-
mait à 40,000 habitants, s'accrut rapidement au xiii* siècle.
La classe dominante était la classe marchande, ainsi que
rindique le nom mémo dos maires ; c'était du reste une espèce
d'aristocratie, et ses contingents avaient figuré dans les croi-
sades au côté des chevaliers. Bien qu'elle comptât beaucoup
do familles d'origine étrangère, italienne par exemple, cette
bourgeoisie avait joué dès le xii*^ siècle un rôle politique
important ; c'était elle qui avait enlevé la couronne à ïetn-
press Mathilde pour la donner à Etienne ^ Malgré les faveurs
do Jean sans Terre, elle ouvrit ses portes aux barons, le
17 mai 1215 \ Ht confirinor ses libertés par un article spécial
de la Graude Charte et lo maire Série le Mercier figura dans
le conseil des Vingt-cinq. l)'apr»!ïs une convention conclue
entre Jean et les « comtes, barons et hommes libres de tout
le royaume », Londres fut livrée en bail aux barons jusqu'à
complète exécution de la Charte ; la tour restait sous la
garde d'Etienne de Langton et lo roi ny pouvait mettre
garnison. Lorsque Jean sans Terre eut fait annuler ses
1. Ayloffe, CaUndar of the anrimt Charters, 328. Cette charte a
été perdue; voy. notre Intrculuction.
2. Voy. les résumés de Stubl)s, Constit. hiat., I, '#39 et suiv., 673 et
smv. ; lùicyclop. hrHann., t. XIV, art. London, partie, p. 820. —
Vlliatoni of hmfJon d(^ Maitlaud, ]>ul)liée en 1739, est confuse et
vieillie. Le réeeiit livre de Lot'lie est une ceuvro de vulgarisation.
3. Hymer, I, part, i, 121.
LE PARTI RÉVOLUTIONNAIRE. 63
engagements par le pape, les barons conclurent de nouveau
une solennelle alliance avec les Londoniens*.
Le parti révolutionnaire trouva aussi des adeptes parmi
les Irlandais, les Gallois et les Écossais. L'autorité des rois
d'Angleterre en Irlande était à peu près nominale. Sans doute
les récits que les chroniqueurs nous ont faits du voyage de
Jean sans Terre dans cette île, en 1210, nous montrent que les
« petits rois » du pays étaient en assez bons termes avec
lui*, et un acte rédigé vers cette époque prouve qu'ils pri-
rent parti pour lui dans Taffaire de Tinterdit'. Mais on ne
pouvait compter sur la constance d'un peuple à demi sauvage.
D'après une bulle d'Innocent III, dont malheureusement nous
connaissons seulement l'analyse, nous savons que malgré les
libertés accordées le 3 juillet 1215 à la ville de Dublin, il y
eut en Irlande « des conspirations et des conjurations »
contre Jean, soit à la fin de Tan 1215, soit au commencement
de l'expédition de Louis de France *. Je n'ai trouvé du reste
aucune trace d'alliance entre les rois indigènes et le fils de
Philippe-Auguste.
Les Gallois étaient des ennemis acharnés des Plantagenets ;
leurs chefs, et surtout Llewelyn, ne cessaient depuis 1212
d'inquiéter Jean sans Terre, et en 1215 ils firent alliance avec
les rebelles. Ils furent les derniers à poser les armes. Mais
nous n'aurons presque pas occasion de parler d'eux, car les
Annales de Cambrie ne nous donnent aucun détail sur leurs
relations avec Louis de Franco ; ils se contentèrent probable-
ment d'assiéger quelques châteaux anglais des frontières. On
voit même que Jean sans Terre avait dos archers gallois
dans ses troupes \
Le roi d'Ecosse pouvait être un allié plus sérieux. Les rois
d'Angleterre et d'Ecosse étaient depuis longtemps en inces-
1. Rymer, I, part, r, 133. — Aiin, de Wnverley^ 283.
2. Wendover, II, 530 et suiv. — Ilist. des ducs de Norm.^ 112 et
suiv.
3. Record office. Red-book of Exchequer, f. 180.
^. Potthast, n» 5239. — Voy. la charte de Dublin dans Rymer, I,
part. I, 135.
5. Annales de Cambrie, 67 à 74. — I/Anon. de BiMh. dit que pendant
le siège de Windsor en 1216 « par nuit vindrent H Galois traire eri l'ost
a et démenèrent molt grant noise et molt laide, de qoi li Franrois
« orent grant paor » (f. 61).
64 I#: PARTI DU ROI JEAN.
santcs querelles pour des questions rrhommage. Le jeune
Alexandre II, avant son avènement et d'après des conventions
acceptées par son père le roi Guillaume, avait reçu des fiefs
do Jean sans Terre et lui avait fait hommage ; en même
temps, ses deux sœurs avaient été fiancées aux deux fils du
Plantagenet. Les jeunes filles et quelques otages furent livrés
au roi d'Angleterre ; mais celui-ci n'exécuta point le traité et
ajourna indéfiniment la conclusion des noces. Alexandre II
succéda à son père, le 6 décembre 1214, à Tâge de seize
ans ; il s'allia probablement tout de suite aux barons révoltés;
en tout cas il fit stipuler dans la Grande Charte qu'on lui ren-
drait ses sœurs et les otages et que justice lui serait faite
sur tous ses griefs. Après Tannulation de la Charte, il fit
alliance avec les barons rebelles et les Londoniens. Son but
était évidemment de se rendre indépendant et de mettre la
main sur Carlisle et le comté de Northumberland *.
Contre cette formidal)le coalition, toute prête à provoquer
et à appuyer une invasion française, quels alliés restaient
à Jean sans Terre ? D'abord le pape lui prêtait son soutien
moral. Puis il avait pour lui un certain nombre de barons;
tel était son frère naturel Guillaume Longespée, comte de
Salisburv ; tels aussi Renouf Blondeville, comte de Ches-
ter, qui (lisputait à Gilbert de Gant le comté de Lincoln et
espérait tirer bon profit de sa fidélité ; les comtes d'Arundel,
d'Aumale, de Derbv, de Warwick et Guillaume de Va-
renne". A côté de ces barons figuraient quelques hommes
d'église, principalement le Poitevin Pierre des Roches,
évèque de Winchester ; ce singulier prélat, que le chroni-
queur de Lanercost (jualifio de « vir vanus et mundanus » et
qui semble avoir excité beaucoup do haines \ était un de
1. Aylolfe, Calemiar, 327-328 : v Charta baronum Anglie missa régi
« Scolio contra .lohaniiein regem Aiiirlie >^; « charta baronum Anglie
« et civiuni Londinonsium niissîi tcj^î Scotorura contra Joliannem regem
« Anglie »: « Littera inajoris vX civium Londinensium missa régi
« Scotoruni contra Johannem rogem An;^'lie ». — Xalion. Hiography^
1, 2G1 et suiv.
2. Barnwell, 225. — Sur le comto de Chestcr, voy. dans les Mem,
illuatr. of Ihe h ht. nntf Anliq. of Ihe c. and c. of Lincoln^ un art. de
John Gough Nichols : Thedesccnt of the earldom of Lincoln, p. 269 et
suiv.
3. Chron. de Lanerroat, 23. — Hubert de Rourg, luttant on 1223
LE PARTI DU ROI JEAN. 65
ceux qui avaient conseillé à Jean sans Terre la résistance
aux volontés pontificales dans l'affaire du siège de Cantor-
béry* ; maintenant, par suite du revirement de la politique
romaine, Pierre des Roches était un des porte-paroles d*In-
nocent III, et c'est lui qui excommuniera Louis de France,
quelques jours après son débarquement; il jouera un grand
riMe dans les années 121f)-1217, et maniera au besoin ^épée^
L'évêque de Winchester avait du reste gouverné TAiigle-
terre pendant l'absence de Jean, en 1214', et on peut le
placer parmi les hauts officiers de la royauté, à côté de
Guillaume le Maréchal, de Hubert de Bourg, de Philippe
d'Aubigné, etc.
Guillaume le Maréchal, comte de Pembroke et de Striguil,
est une des plus curieuses figures chevaleresques du moyen
âge. Il avait été le compagnon de prédilection du « jeune
roi » Henri, et le loyal soutien du vieil Henri II contre
Richard Cœur de Lion révolté et contre Philippe-Auguste; il
occupa les plus hauts emplois sous les règnes do Richard et
de Jean. En 1215 il se rangea au dernier moment parmi les
partisans de la Grande Charte; mais après l'annulation de cet
acte et la révolte des barons, il offrit son épéo au roi. L'au-
teur du long poème composé en son honneur lo loue de ce
loyalisme, d'autant plus méritant, dit-il, que Jean lui avait
maintes fois fait tort*. Comme il nous apparaît dans cette
biographie, le comte de Pembroke était un rude chevalier,
vaillant et fougueux, un do ces héros à l'âme simple qui
règlent leur vie d'après deux ou trois idées; tel il resta jus-
contre une cabale qui voulait lui ôter le pouvoir, accusa Pierre des
Roches de trahison « et omnia mala que evenerant régi» Johannis et
« régis Henrici temporibus asseruit per cjus malitiain esse patrata ».
(.4nn. de Dunstaple, 84).
1. Wendover, II, 533.
2. L auteur de V Histoire de Guill. le Maréchal dit dans son récit de
la bataille de Lincoln, v. 16997 à 17002 :
Li buens evesque de Wincestre
Pierres des Hoches, qui fu mestre
Gel gor de conscillier nos genz,
Ne fu pas perechos ne lenz,
Et d'armes aidier se saveit,
0 la bone gent qu'il aveit.
3. Litt. paL, 110.
4. Wendover, II, 587. — Barnwell, 225. — IliAt. de Guill. le Mnr.,
T. 15122 à 15142.
Ch. PiTiT-DuTAiLLis. flè/fnf de Louvt YUL :»
06 LE PARTI DU ROI JEAN.
qu'à sa dernière heure, et, tout près qu'il fut de ses quatre-
vingts ans, Louis de France trouva en lui son plus redoutable
adversaire dans les combats*. Hubert de Bourg, qui devait
survivre au comte de Pombroke et gouverner TÂngleterre
pendant le règne de Louis VIII, était à la fois un guerrier et
un administrateur. II était grand justicier depuis le mois de
juin 1215, et Jean sans Teire lui confia les comtés de Kent,
do Hereford, de Norfolk et de Suffolk-,il eut particulièrement
la garde do l'important château de Douvres, et sut le rendre
imprenable*. Philippe d*Aubigné, « uns riches hom d'Engle-
" terre qui devers le roi Johan se tenoit», joua aussi un grand
rôle dans la lutte contre les rebelles excommuniés, et il est
qualifié dans une lettre patente de 1217 du nom de « chef de
« Tarmée du Christ' ».
Il faut enfin signaler ces étrangers, ces chefs de routiers
dont Jean aimait à s'entourer et qui rappellent singulièrement
certains types fameux du xiv' et du xv* siècle. Les plus
connus sont le Normand Fauquot de Bréauté et le Poitevin
Savari do Mauléon, dont nous aurons souvent à citer les
noms jusqu'en 1220. Jean s'était attaché Fauquot do Bréauté
vers 1211 et avait fait de lui un de ses principaux conseillers.
Dans le texte falsifié que Roger de Wendover donne de la
(irande Charte, Fauquc^t figure parmi les étrangers que le roi
aurait juré de chasser*. Il était justement détesté des An-
glais : cet aventurier, qui « potis fu de cors mais moult fu
« vaillans • », avait commencé sa carrière en gardant les fron-
tières du pays de Galles et s'était signalé dès lors par ses
rapines et ses violences, ce qui, dit naïvement Raoul de
Coggeshall, « d'infime qu'il était, le rendit très renommé
1. ]\ Movor, art. publié daus la Bomania, t. XI, 25 et suiv.
2. Lia. pat.. \\^^\ ri.'), 149»», 150 —Nation. Bingr.^Wh 315 et suiv.
3. Anon. do IU'*th., t". 62. — /?^»c. Of/'.j Pat. /. Henry ///, membr. 18
ilorso : « Diix. niilicio Christi ». Du^aalo et les historiens anglais ap-
pellent ce ])ersonnaj:e Philippe d'Albini. MM. Clermont-Ganneau et
.1. Ilavetont montré qu'il était de la famille bretonne des d*Aubipné
(Rt'v. crit'ujue, 1870. 'l"- semestre. 206 et :Jî)8). Malgré le prand rôle
qu'il a joué, son nom ne fipure pas dans la Nation liioffr. Il fut ^rdien
(les lies normandos d<' 1212 à 1220, partit pour la Terre-Samte en
1222 et y mourut. Voy. J. Havet, art. dans liih. A'c. Ch., XXXVII, 190,
et dans Ih'v. rrit., vol. cit., 173.
'i. Wendover, H, ()04.
5. I/isl. ties thtrs ffe \orm.^ 173.
LE PARTI DU ROI JEAN. 67
« parmi les serviteurs du roi ». Il eut en 1216 la garde des
comtés d'Oxford, de Cambridge, de Huntingdon et en profita
pour commettre avec ses routiers toutes sortes do brigan-
dages et de cruautés V Par sa témérité brutale, sa féroce
énergie, sa haute fortune et aussi par la mort misérable qui
devait terminer sa carrière, Fauquet de Bréauté évoque invin-
ciblement le souvenir de ces chefs de bandes de la guerre de
Cent ans dont Quichcrat, Chérest et Siméon Luce ont retracé la
vie. Quant à Savari de Mauléon, nous Tavons vu abandonner
en 1212 le service de Jean sans Terre, puis y revenir; ce
baron, qui était le petit-fils de Guide Thouars, eut une exis-
tence fort agitée ; il combattit tour à tour pour les hérétiques
Albigeois et contre les infidèles de Syrie; et Ton sait qu'il
joignit à la gloire guerrière une certaine célébrité de poète*.
Il arriva en Angleterre en 1215, sur Tappel de Jean sans
Terre'.
Lorsqu'il eut provoqué le soulèvement dés barons par
l'annulation de la Charte, le roi d'Angleterre envoya en effet
quérir des chevaliers et des sergents sur le continent. A partir
du mois de septembre on vit arriver des bandes de Bral)an-
çons et de Flamands, dont les services étaient payés soit en
argent, soit en fiefs. Il vint aussi des gens do la Gascogne,
du Poitou et de FAngoumois. On dit que Jean réunit plus
de 15,000 mercenaires qui « ne craignaient ni Dieu, ni
« les hommes* ».
Telle était la situation des partis après Tannulation de la
Grande Charte. Comme en toute guerre civile, beaucoup do
gens, particulièrement parmi les bourgeois et les paysans,
durent éviter de se prononcer. Ceux qui offrirent leur bras au
1. Coggpshall, 204. — Utt. Pat., 159 »', 169 ^. — Notion, htogr.,
VI, 247 et suiv.
2. Hist. litl. de la Fr,, XVIII. 672 et suiv. — Savari de Maidéon,
par de la Fontenelle, dans Rev. Anglo-Fr., 2<»s(^r. H., 309 et siiiv., et
par ChiJhaud-Dumaiiie, dans Posit. de Thèses des êi. de l'/Hc. des 67t.,
ann. 1877, p. 25 et suiv.
3. Wendover, II, 622.
4. IMt. pat., 156 ■ et'», 158, 160. — Utt. rlaus., 1, 2;U, 238. —
Jlist. des durs de Norm., 152 et suiv. — Wendover, II, 613, 635 et
«uîv. — Mousket, v. 22503 et suiv. — Ann. de Stanley, 521. — Le bio-
graphe de Guillaume le Maréchal, qui est cependant hostile au parti
des barons, qualifie de « malveisc gent » les mercenaires flamands et
blâme Jean sans Terre de les avoir appelés (v. 15081 a 15094).
68 L APPEL A LOria DE FRANCE.
roi furent évidoniniont 1res peu nombreux. Mais Jean avait de
bonnes troupes qui s'augmentaient sîlns cesse, et Tappui du
pape, qui vers le mois de septembre 1215 excommunia gêné-
ralemcMit tnus les rebelles'.
Les barons déclarèrent qu'il n'v avait aucun compte à tenir
d'une sentence (]ui ne spécifiait pas les noms des condamnés'.
Mais la situation était grave, et puisqu'on était déterminé à
se débarrasser de Jean sans Terre, il importait d'organiser
immédiatement la révolte et d'en confier la direction à on
personnage puissant. D'ailleurs l'idée de se passer de roi ne
pouvait naître dans le cerveau des Anglais du xiii* siècle.
Celle de susciter un rival au souverain régnant devait au con-
traire se présenter tout naturellement à leur esprit. C'était
presijue une tradition cliez eux; on avait vu sous Henri I
un parti se former en faveur de son fils et de son neveu; plus
tard Ktionn(î réus^^it à renverser Matbilde; Henri II eut à
lutter contre les révoltés (jue menaient ses fils et pendant le
rècrne de Richard Cieur de Linn la couronne faillit être ravie
par Jean. Les barons résolurent donc d'offrir la couronne à
Louis d(» France. RogcT do Wendover dit que la raison de ce
choix fut l'espuir de provoquer ainsi la défection des merce-
naires de Jean, (|ui étaient pres(|ue tous vassaux de Philippe-
Auguste"'. Mais il n'est j»as besoin de chercher d'explication
d»^ ce genre. Louis était le seul compétiteur qu'on pût opposer
au lMantag(Miet. Les fils (h» Jean étaient des enfants au
pouvoir (le leur père. Parmi les descendants de Henri II dans
la ligue féminine, il n'en était aucun qui |)ut prendre la
direction dt» la lutlo; ni Otton de Hrunswick, ni Raimond de
T«)ul()use n'en étaient capables. Il ne pouvait être question
non plus d'appeler le roi de Castille. La candidature de Louis
no soulevait d'ailleurs aucune répugnance. Nous avons vu
(|u'en rjl.') un pr«»j(»t identique avait été bien accueilli du
baronnage anglais. L'annexion de l'Angleterre à la France
semblait à désiier plus (ju'à craindre ; ainsi se trouverait ter-
I. Potthast. Il" \\^\i'l. — lÎ0Lr«T (]<' Wendover place cette oxcommuni-
raiioii il l.'i Tiièiiie rpoiiuo (^ue Tonvul d'une bulle datée du 13 septembre
(t. Il, r.28-»i2îO-
•J. \Vpn«lover. 11. r,:;0.
y. Weudover. 11. dkl.
l/ APPEL A LOUIS DE FRANCE. 69
minée réternelle querelle des rois normands ot des Capétiens ;
sans doute Louis ne résiderait pas souvent dans Tile, mais
n'était-on pas habitué à être gouverné de loin? Les prédé-
cesseurs de Jean sans Terre avaient passé la plus grande
partie de leur vie sur le continent; Jean sans Terre avait
adopté un système opposé, mais il s'était montré un odieux
despote, et Ton pouvait penser que Vabsefiféisfuc des souve-
rains était la condition d'un gouvernement tolérable \ Nous
avons le droit de croire que la réunion de TAngleterrc et de
la France ne pouvait être qu'une œuvre fragile et éphémère,
mais les hommes du xiii® siècle ne devaient pas pousser si
loin la réflexion.
Depuis plusieurs mois, des négociations étaient engagées
entre la cour de France et les barons. Peu de temps avant
l'assemblée de Runnymead, Jean sans Terre avait vainement
essayé de gagner Philippe-Auguste-; à la même époque, ce
dernier offrait des secours aux rebelles et envovait le cor-
saire Eustache le Moine leur porter des machines de guerre ;
cette attitude du roi de France contribua à la concession de
la Grande Charte'. Lorsque l'annulation de la Charte eut
amené un second soulèvement, Philippe-Auguste recommença
ses secrètes menées et entretint des intelligences avec
Etienne de Langton ; Jean sans Tern? échoua encore dans ses
tentatives pour se concilier le roi de France*.
Il est impossible de déterminer à quel moment précis eut
lieu rappel à Louis de France. Les récits des chroniqueurs
sont très vagues. Le biographe de Guillaume le Maréchal
nous fait savoir que ce fut dans une assemblée tenue à
Londres que les barons élurent pour roi le fils de Philippe-
Auguste, mais selon son habitude il ne drjnne aucune indica-
tion chronologique \ Selon le chanoine de Barnwell, dont le
1. Voy. les réflexions très justes de Shirlcy, Hoy. LetUrs^ 1. 1, Introd.y
p. xvi-xvn.
2. Rymer, I, part. i. 120.
3. Coggeshall, 172; confirmé parune lottredu 18 septembre ou Jean
parle du débarquement d'Eustache le Moine à P^olkestone {Lilt, pat.,
155 »>.)
'j. Barnwell, 222 et 225. — Lettres de Jean à Phil.-Au;.^ du 21 juillet,
du 9 et du 13 sept. : LUt. claus., I, 221 »»; Lia, pnt., 15'i '» ot 153 —
Cf. une bulle du 27 avril 1218 et sa rubrique, dans II. F., XIX, 658.
5. HisL deGuill. le Mar.y v. 15061 à 15069.
70 l'appkl a louis de frange.
récit semble beaucoup plus exact que celui de Roger de Wen-
dover, il y eut pendant les mois de septembre et d'octobre 1215
des allées et venues continuelles de messagers qui passaient
et repassaient la Manche pour établir les conditions de
Talliance et assurer do mutuelles garanties S II est probable
que les barons et le roi de Franco ne pouvaient parvenir à
s'entendre.
Les succès do Jean sans Terre allaient rendre les barons
plus accommodants. Il déploya une grande activité. Il fortifia
ses châteaux, envoya des troupes délivrer Northampton et
Oxford, que les barons cherchaient à prendre, et le 13 octobre
commen(;a le siège de Rochester qui était tombé entre leurs
mains. En même temps il offrait Tamnistie à ceux qui se
soumettraient ; le 21 octobre, Gilles de Briouse, évéque de
Hercford, fut reçu en grâce. Le 26, les barons quittèrent
Londres pour aller délivn^r Rochester, mais en route lo cœur
leur manqua et ils revinrent sur leurs pas*. Alors ils envoyè-
rent des ambassadeurs offrir en termes définitifs et solennels
la couronne d'Angleterre à Louis de France.
Dans cette ambassade figuraient Sehier de Quinci, comte
de Winchester, Henri de Bohon, comte de Hereford, Robert
Fils-Gautier et peut-ôtre Eustache de Vesci et Geoffroi
Fils-Pierre, fils du célèbre justicier mort en 1213^. Sehier
de Quinci avait probablement la direction des négociations ;
il était le boau-frèro de ce Simon de Montfort auquel Louis
de France venait de témoigner tant d'amitié pendant son
expédition en Albigeois*. Sohier réussit à lever les derniers
obstacles, il anuonra que les barons avaient juré surTÉvaugile
(le ne jamais t(.»nir aucun tief de Jean sans Terre, et il fît
1. Barinvcll, 226. Selon le l'rafftn. dr l'ftisl. de PhiL-Auff,, f. 166.
Kiistachi' l(î Moiiu' >orvit d'intermédiaire entre Louis et les baiinis.
2. IJariiwi'll. 226 et siiiv. — Wendover. 11. 622 et suiv. — Litt. pal,,
ir>6 • et •' et 157. — Ilinfr. of John.
:j. « Hobei-t (Jauliier le lilz, (iietVroy le filsc Pierre, Eustache de
« Neucy (sir). Solder de (Jiiincy ». (i^oii. de Xorm., f. 88 v" col. 1 ; la
rédaction éditée par (luillaunie le Talleur cite seulement « quatre crans
« barons d'Kn^'leterre », sans les nonnner). Le justicier Geoffroi Fils
Pierre on Kitz Peter avait laissé un lîls portant le même nom (Xation,
inof/r., \L\, r.'ii). Les autres chn»nif|ues ne mentionnent pas ce bamn
non plus «lu'Hustaclic do Veaci. Voy. Ilist. des duca de A'onn,, 160;
WendiA'cr, II, ô'iS.
4. (iirauil (le iJarri, IV, 17 1.
l'appel a louis de FRANCE. 71
hommage ainsi que ses compagnons à Louis do France. A ce
moment, à la surprise générale, Philippe-Auguste reçut une
lettre portant les suscriptions et les sceaux des principaux
barons, et annonçant que le roi Jean avait conclu un accord
avec eux; il était inutile que Louis se dérangeât ; du reste, on
l'indemniserait des dépenses qu*il avait pu faire. Ce message
fut lu en audience royale, devant le comte de Winchester.
Phi lippe- Auguste, emporté par la fureur, Taccusade trahison.
Mais Sehier n'eut pas de peine à prouver que la lettre et les
sceaux étaient de la fabrication de Jean sans Terre. Ce prince
n*avait point de scrupules chevaleresques ; il avait envoyé
des lettres de même teneur, soi-disant suscrites par Robert
Fils-Gautier et d'autres seigneurs du sud, aux barons norois,
pour les déterminer à rester chez eux. Cette fraude ne fut pas
sans résultat : elle fit renaître les défiances de Philippe-
Auguste, qui exigea la remise d'au moins vingt-quatre otages ;
la condition fut acceptée, et un certain nombre de nobles
anglais envoyèrent leurs fils, qui furent tenus sous bonne
garde à Compiègne. Louis s'engagea de son côté à expédier
le plus vite possible des secours aux révoltés et à s'em-
barquer lui-môme aussitôt qu'il serait prètV
1. Coggeshall, 176-177. — Hiat, des duca de Norm., 160. — Barn-
well, 226-227. — Wendover, H, 648. — Ann. de Waverley, 283. —
Ann. de Dunstaple, 45. — 11 faut noter qu'en effet Jean et les barons
avaient entamé des négociations pour la paix, le 9 novembre. (Litt.
pat.^ 158).
CHAPITRE IV.
LES PRÉPARATIFS DE L^EXPI^lUTION. — LES DROITS DE LOUIS
DE FRANGE A LA COURONNE D'ANGLETERRE.
Tandis que rhéritier royal commençait ses armements, les
clercs de Philippe-Auguste préparaient sa défense théorique.
C'était une coutume assez répandue au moyen âge d*invoqaer
solennellement son bon droit au moment d'attaquer autrui.
Louis de France avait d'ailleurs des motifs spéciaux qui le
poussaient à justifier sa conduite; il fallait vaincre les scru-
pules des Anglais qui hésitaient à abandonner leur roi ;
surtout il fallait entraver par la complexité d'une habile
chicane la marche du procès qui s'instruisait en cour de
Rome. En effet la papauté était décidée plus fermement que
jamais à empocher une révolution dynastique en Angleterre.
Jean avait su lier sa cause à celle d'Innocent III ; le prestige
(le ce dernier serait affaibli aux yeux de tous, si Louis de
France réussissait à s'ai)proprier un royaume qui « apparte-
« liait au siège apostolique* ». Un autre motif également puis-
sant déterminait Tattitudo du pape : il fallait forcer les
princes à oublier leurs querelles intestines pour reconquérir
la T(îrre Sainte. Lo principal but que se proposait Innocent III
en réunissant le concile de Latran était l'organisation de la
1. Voy. la lettre du 13 septcmbro 1215, où Jean accrédite des ambas-
sadeurs auprès du ])apc. Il feint de croire que la seule cause de la
rébellion est son act(î d'hommage de 1213. « Cum comités et barones
« Anglie nobis dovoti essent antequam nos et nostram terram dominio
V vestro subicere curassemus, ex tune in nos specialiter ob hoc, sicut
« pupliccdicunt. violenter insurgunt. » Les mensonges coûtaient peu à
Jean sans Terre : les barons n'agitèrent jamais à cette éjwque la ques-
tion de la suzeraineté pontificale; beaucoup d'autres affaires les préoc-
cupaient plus directement. Jean ajoutait dans cette lettre : « Nos vero
« ])Ost Dcum vos specialcm dominum et patronum habentes^ defensîo-
« neni nostram et tocius re;rni quod vestrum c»st, esse credinius. »
Le pape écrivait de son côté dans une lettre du 30 janvier 1216 que les
barons voulaient « dissipare ipsum regnum (juod est sedis apostolice
« spéciale ». (Litt. pat.. 182, — Potthast, n» 5057.)
LE PAPE SOUTIENT JEAN SANS TERRE. 73
croisade, et dans un grand discours qu'il prononça devant les
prélats « sur l'affaire du Crucifix » il appela tous les chrétiens
aux armes*. Cette idée le hantait évidemment jour et nuit'.
Aussi, durant ce concile, prit-il d'impitoyables décisions à
l'égard des barons anglais, sourds à ses exhortations, et
révoltés contre « leur seigneur le chevalier du Christ, qui,
« ayant revêtu le signe de la croix, se préparait si magnifi-
« quement et si puissamment à secourir la Terre Sainte' ».
Il refusa d'entendre leurs procureurs, et le 16 décembre 1215
il excommunia, non plus généralement mais « nommément
« et en espèce », les barons rebelles et les citoyens de Lon-
dres*. En même temps il envoyait lettres sur lettres à Louis
de France, à Philippe-Auguste, au clergé de Londres, aux
prélats de France et d'Angleterre, au duc de Bourgogne et
même à des évêques de l'Empire pour qu'ils abandonnassent
le parti des rebelles ou qu'ils aidassent à les confondre \
Les excommuniés déclarèrent qu'ils ne tiendraient aucun
compte d'une sentence prononcée sur les rapports menson-
gers de Jean sans Terre ; il n'appartenait point d'ailleurs au
pape de se mêler des affaires des laïques ^ Tandis qu'ils s'obs-
tinaient en leur rébellion, le pape recevait de mauvaises
nouvelles d'Orient ; les Sarrasins gagnaient du terrain. Alors
il résolut d'envoyer un légat en Angleterre ' ; il songea môme
un instant à appeler les chrétiens au secours du roi Jean et à
donner pour prélude à la croisade en Palestine une croisade
contre ces excommuniés, <f ennemis pires que les Sarrasins,
« car ces hommes revêtus du signe du Christ sont des
1. Voy. la bibliographie de ce concile dans Potthast, ï, p. 437. Le dis-
cours dlnnocent ITI est dans Mansi, Concilia, XXII, ii59-1067.
2. Il devait mourir à la peine : ce Innocentius papa, cum inter Januen-
a ses et Pisanos pro sublevatione terre sancte pacem intenderet refor-
« mare, in itinere constitutus moritur Perusii ». (Trevet, 195).
3. Potthast, n» 5057.
4. Bamwell, 228. — Potthast, n» 5013.
5. Potthast, m* 5128 et suiv. D'après le chanoine de Bamwell,
p. 228, ces lettres furent envoyées pendant le concile.
6. Wendover, 11, S45. — Coggeshall, 179. — Jean sans Terre avait
envoyé à Rome Tabbé de Beaulieu et deux chevaliers, au moment de
l'ouverture du concile. (Wendover, H, 633.)
7. Voy. le texte publié par Ch. V. Langlois, Préparatifs rie Vexjyi'd.
de Louis de Fr. en AngL, dans Rev. hisL, XXXVII, 321-322. — Cf. la
mention d'une lettre annonçant à Jean sans Terre l'envoi d'un légat :
PoUhast, n» 5132.
74 EXPOSÉ DES DROITS DE LOUIS.
(( apostats, puisqu'ils s'efforcent de remplir les scoliaits
(( des païens en mettant obstacle à la délivrance de la Terre
« Sainte* ».
On voit que Louis de France allait trouver dans Innocent III
un adversaire acharné de ses projets ambitieux. Les chevaliers
qu'il envoya pendant Thiver au secours des barons furent en
effet excommuniés vers le mois de mars 1216% et il sera
frappé de même quand il abordera en Angleterre. A ces
moyens d'attaque tout spirituels, on ne pouvait répondre que
par une défense théorique. Examinons les arguments
qu^amassaient les clercs de Philippe-Auguste, tandis que
l'héritier royal réunissait des armes et des machines de
guerre.
La justification des prétentions de Louis fut présentée pour
la première fois à l'assemblée de Melun le 24 et le 25 avril
1216 lorsque le légat du pape pressait Philippe- Auguste et
son fils de renoncer à l'expédition '. Peu de temps après, le
10 mai, ces prétentions firent Tobjet d'une discussion entre
Innocent III et les agents que le prince avait envoyés à Rome,
dans Tintention de modifier les sentiments du pape à l'aide
de toutes les ressources de la chicane \ Enfin Louis exposa
1. Lettre du 30 janvier 1216: Potthast, n» 5057.
2. Wendover, II, 648-650.
3. Wendover, II, 650 et suiv. Il est possible que certains détails du
compte rendu présenté par Koger de Wendover soient de son inven-
tion ; mais le fond doit être vrai. — M. Bérnonta établi que cette assem-
blée se tint non à Lyon, comme le dit le chroninueur, ni à Laon, selon
la correction proposée par D. Brial, mais à Melun. (De la condamn.
de Jean s. T. par la cour des pairs en 1202. dans Bev. hist.y XXXII ;
p. 49 n. 2.) Nous aurons beaucoup à emprunter au savant et ingénieux
travail de M. Bémont, qui a critiqué attentivement la plupart des ar-
guments de Louis de France.
4. Wendover, 11, 657 et suiv. La date du 10 mai est indiquée dans
une leltre écrite par les agents de Louis (id., 656). Voy. la note de l'édi-
teur Luard, p. 657, et Bémont, op. cit.^ p. 57 et note 2 de la même
page. M. Bémont croit que les Objectiones Lodowici et baronum Anglie
contra regem Johannem, que le chroniqueur donne à la suite d'une
lettre des agents de Louis, faisaient partie de cette lettre. Le fait que
les Objectiones n'ont été insérées qu'après coup dans un des manus-
crits semble prouver le contraire. La chose est d'ailleurs sans impor^
tance : le principal est que ce document, par le contrôle qu'on en peut
faire à l'aide d'un manifeste de Louis dont nous allons parler, paraît
offrir toute garantie d'authenticité. Le texte de la lettre des envoyés
français et des Objectiones a été transcrit dans un magnifique manus-
crit du XV" siècle (Brit. mus., fonds Cotion, Claud, E. VIlI, f. 3 v«).
EXPOSÉ DES DROITS DE LOUIS. 75
ses droits à la couronne d^Ângleterre dans un manifeste
adressé à l'abbé et au couvent de Saint-Augustin de Cantor-
béry, au commencement du mois de juin 1216, alors que le
légat, débarqué en Angleterre presque en nierae temps que
Louis, se disposait à ^excommunier^ Ce manifeste avait
pour but de détourner Tabbé de Saint-Augustin de promul-
guer la sentence du légat, et nous a été conservé par le
moine Guillaume Thorne, qui Ta inséré dans sa continuation
des Gesta abbatum Sancti Augustini Cantuariensts*. Le texte
authentique de ce manifeste, le compte rendu de l'assemblée
de Melun fourni par Roger de Wendover et la discussion des
agents français avec le pape [Objectiones Lodowici et baro-
num Anglie contra regem Johannem) que ce même chroniqueur
nous expose d'après une source certainement oflScielle, nous
donnent le moyen de reconstituer toute la justification théo-
rique de l'expédition entreprise par Louis de France pour
détrôner les Plantagenets. Il convient d'en faire l'examen,
d'autant mieux que les débats de ce genre au moyen âge
nous sont rarement connus d'une façon aussi complète. Cette
argumentation peut se diviser en cinq parties. Dans les trois
premières on cherche à établir que Jean est déchu du trône,
pour trois motifs différents. Dans la quatrième, Louis de
France est présenté comme l'héritier légitime de cette succes-
sion vacante. Dans la cinquième, on veut montrer que le pape
n'a pas le droit d'intervenir'.
I. « Sachez, écrit Louis dans son manifeste, qu'à cause
« d'une trahison notoire que Jean, autrefois roi d'AngleteiTe,
Sauf quelques légers changements, cette copie reproduit le texte du
manuscrit de Wendover que Luard désigne par la lettre 0.
1. Le manifeste porte cette rubrique : « He littere misse sunt statim
« post ingressum domini Ludovici in Angliain » et Louis y dit. en par-
lant du légat: « Nunc, in Angliain ingressus,... nos et nostros, ut audi-
« vimus, per prelatos et offîciales ecclesiarum intendit gravare ». (Manif.
de Louis, édité par M. Bémont en appendice à sa thèse latine : l)e Jo-
hanne cognomine sine Terra etc.,., p. 65. Ce texte ne Hgure pas dans
la traduction française de la thèse, publiée dans la JRevue historique.)
2. Col. 1868 à 1870. — Nous croyons avec M. Bémont que l'authen-
ticité de cette lettre n'est pas douteuse; voy. Bémont, op. cit.^ 61-62, et
Ihèise latine, 61-64.
3. Il y a trois objectiones dans le document rapporté par Wendover,
p. 657 et suiv. ; mais la seconde objection se lie à la première, et
en revanche la troisième doit se subdiviser en plusieurs parties très
distinctes.
76 EXPOSÉ DES DROITS DE LOUIS.
« commit contre son frère le roi Richard, alors en Terre Sainte,
« il fut, au retour de ce même frère, légalement ajourné,
« accusé, mis en jugement devant ses pairs et condamné léga-
« lement par eux comme traître ; laquelle sentence fut solennel-
« lement promulguée par Hugue de Puiset, évêque de Durham. »
En conséquence il perdit tout droit au trône ; c'est pourquoi
« Hubert, archevêque de Cantorbéry, dit publiquement au
« couronnement du roi Jean qu'il le couronnait roi par droit
« d'élection et non par droit de succession ». Cette élection et
ce couronnement obtenus « par la violence » n'avaient d'ail-
leurs aucune valeur*.
L'assertion concernant la condamnation de Jean en 1194
est exacte en partie seulement : Jean fut menacé de perdre ses
droits à la couronne, mais il se réconcilia évidemment avec
son frère avant la promulgation de la sentence. En tout cas
Richard Cœur do Lion, peu de temps avant sa mort, le dési-
gna pour son successeur, fait que naturellement Louis de
France néglige de rappeler*. Quant à la fameuse déclaration
de Tarchevêque de Cantorbéry en 1199, est-elle bien authen-
tique ? Je n'aperçois pas que les chroniqueurs contemporains,
ni môme Roger de Wendover, j aient fait allusion ; il faut
peut-être voir là une légende qui s'est formée après coup et à
laquelle on n'ajoutait encore guère créance au temps de
Roger de Wendover ; elle figure dans une interpolation de
Mathieu de ParivS, mais celui-ci écrivait un demi-siècle après
Tavénement de Jean\ A supposer d'ailleurs que cette décla-
ration ait été jamais prononcée, il faudrait la considérer, ainsi
que le remarque M. Bémont, non pas comme une preuve de la
déchéance antérieure de Jean, mais comme t< une affirmation
« du droit auquel prélendaient les prélats et les barons anglais
« d'élire leur souverain » ou comme « une fin de non-recevoir
« opposée (l'avance k toute réclamation, non seulement
« d'Aliéner de Castille, fille de Henri II, mais encore et sur-
1. Texte du manifeste édité par Bémont, thf'se latine, p. 65-66. — La
condamnation de Jean en IIO'i fut ra})pcl^e aussi par Philippe-Auguste
à l'assemblée de Melun. (Wendover, II, 051.)
2. Bémont, dans Hev. hist., 62 à 6'i.
3. Math, de Paris, Chron,, II, 45'j-'i55.
EXPOSÉ DES DROITS DE LOUIS. 77
« tout d'Artur de Bretagne * ». Louis ajoute que Télection
et le couronnement de Jean furent l'œuvre de la violence.
Cette allégation n'est confirmée par aucun document digne de
foi*.
II. « En outre, écrit Louis de France, il est bien connu que
« Jean fut ajourné par ses pairs au sujet du meurtre d'Artur
« son neveu, dans la cour de notre cher seigneur le roi de
« France, et qu'enfin il fut légalement condamné par ces mê-
« mes pairs. . . ; par cette condamnation, il a été déchu, selon la
« coutume, de tous ses biens, où qu'ils fussent et d'où qu'il les
« tînt' ». Le procureur de Louis à l'assemblée de Melun dit de
même au roi de France : « C'est une chose très connue de
ce tous que Jean, dit roi d'Angleterre, a été condamné à mort
(c en votre cour par jugement de ses pairs, pour avoir tué de
« ses propres mains son neveu Artur ». Philippe- Auguste
lui-même, dans cette assemblée, et les agents envoyés en
cour de Rome firent des déclarations analogues *.
A coup sûr, si le premier argument, appuyé sur la condam-
nation de 1194, n'était pas valable, celui-ci était suffisant pour
démontrer que le trône d'Angleterre était un trône à prendre;
reste à savoir s'il avait des bases sérieuses. Jusqu'à nos jours,
on ne s'était pas permis de mettre en doute l'assertion de
l'héritier royal ; on la citait comme une preuve formelle de la
condamnation de Jean sans Terre. LeNain de Tillemont s'était
contenté de remarquer que ni Rigord, ni Guillaume le
Breton, ni Robert de Torigni, ni Mathieu de Paris, ni
même Walsingham et Trevet « ne disent rien des poursuites
« que fit Philippe -Auguste, au sujet de la mort d'Artur* ».
Bernardi et Pardessus allèrent plus loin, et montrèrent que
des six pairs laïques un seul aurait pu assister au prétendu
1. Bémont, op. cit., 04.
2. L*annaliste de Margan, p. 24, déclare que Jean fut couronné
malgré la sentence de 1194, « willelmo de Brausc cum fautoribus suis
« ad ejus coronationem vehementius instante. » Mais ces Annales ne mé-
ritent aucune créance ; voy. Bémont, op. cit., 59. En Angleterre comme
en France, les droits de Jean furent sans doute contestés ; mais on ne
voit pas qu'au moment du couronnement aucune opposition se soit ma-
nife.stée; voy. Pauli, Geschichle von England, III, 295 et suiv.
3. Mnnif. de Louis, p. 66.
4. Wendover, II, 651-652, 657.
5. Hist, de saint Louis, IV, 154.
/8 EXPOSE DES DROITS DE LOUIS.
procès de 1203 \ Mais Pardessus se contenta d'en conclure
que Jean sans Terre avait été condamné par d'autres vassaux
de Philippe-Auguste, et Bernardi, tout en révoquant en doute
Texistence de la condamnation, n'approfondit pas la question
et ne se prononça point sur la nature des allégations de Louis
de France. Quant à Stubbs, il nota seulement que la plus
ancienne mention de cette fameuse condamnation se trouvait
dans le manifeste de Louis*. C'est M. Bémont qui le premier
a traité à fond ce sujet si épineux ; la solution qu'il a trouvée
n'est qu'une hypothèse en apparence très hasardée, mais elle
est en réalité si prudemment établie qu'elle nous semble inat-
taquable, à moins qu'on ne découvre quelque document nouveau
qui la réduise à néant. Encore ce document serait-il difficile-
ment conciliable avec d'autres témoignages ; tout, dans cette
question, est obscur et étrange, si l'on s'en tient à l'opinion
traditionnelle ; tout devient relativement clair et naturel si
l'on admet les conclusions de M. Bémont.
Cet historien' remarque d'abord qu'on n'a aucun témoi-
gnage officiel de la condamnation de Jean sans Terre pour le
meurtre d'Artur. Beugnot avait dcVjà dit dans son Mémoire
sur VarrH de la cour des Pairs de Fraîice qui condamna
Jean sans Terre : « On sera sans doute étonné qu'un arrêt
(( qui frappait une tête couronnée n'ait pas été précieuse-
(^ ment conservé » ; mais Beugnot n'a vu en cette absence
de tout document authentique a aucune preuve contre l'exis-
« tence de cet arrêt * ». 11 déclare même, fort à la légère, qu'au
temps de du Tillet, « il existait au trésor des Chartes une
« certification do l'arrêt de la cour des pairs, donnée par
« Louis VIII » ; nous avons retrouvé et publié dans nos pièces
justificatives la charte mentionnée par du Tillet et dont Beugnot
et M. Bémont n'ont pas connu le texte; Ton peut voir que
« les termes mêmes de l'arrêt » n'y sont pas du tout repro-
1. Mèm. de l\Ac. des Jnscr., X, 642-r)4.S. — lU'b. Kc. Ch,^ 2» série,
t. IV, 301. — Cette démonstration n'a j)as d'ailleurs grande importance,
car Louis et ses partisans ne disaient point que Jean avait été con-
damné par les douze pairs de France, mais simplement par ses pairx,
c'est-à-dire les barons de Phil.-Aug. en ^^énéral.
2. Préf. à l éd. de W. de Coventrv, t. II, p. xxxii, note 3.
3. Rev. hist., XXXII, 36 et suiv. '
4. nih. Ec. Cit., 2« série, t. V, 9.
EXPOSE DES DROITS DE LOUIS. 79
duîts comme le suppose Beugnot ; cet acte, qui est une lettre
adressée en mai 1224 à la commune de Limoges, n'a pas
plus d'autorité que le manifeste envoyé aux moines de Cantor-
béry \ M. Bémont a également montré qu'à l'époque où cette
prétendue condamnation aurait été prononcée, la correspon-
dance pontificale est muette sur ce sujet si grave. Les
chroniques rédigées antérieurement à 1216 ne mentionnent
pas non plus de condamnation prononcée contre Jean sans
Terre à propos du meurtre d'Artur. Parmi les chroniques
rédigées dans les vingt années qui suivirent Texpédition de
Louis de France, la plus importante est celle de Roger de
Wendover ; or, quand il fait l'histoire des premières années
du xiTi* siècle, il ne parle point de ce procès ; arrivé à l'an-
née 1216 il se contente d'insérer sans commentaires les argu-
ments de Louis de France *. Des chroniqueurs de la seconde
moitié du xiii"* siècle ne manqueront pas sans doute d'accepter
les assertions du fils de Philippe-Auguste. Mais on n'a pas le
droit de se montrer aussi crédule qu'eux. Tout porte à penser
que ce fameux procès est une invention due à l'ingéniosité peu
scrupuleuse de Louis ou de son entourage.
Si étrange que cela paraisse au premier abord, les agents
de Louis de France pouvaient sans peine en imposer à Inno-
cent m et lui faire admettre cette fallacieuse invention, bien
que ce pontife régnât déjà sur la chrétienté au moment de la
mort d'Artur. La crédulité du pape s'explique aisément si l'on
songe aux conditions de la vie au moyen /\gc, aux diflScultés
des communications et à la pauvreté des informations.
M. Bémont a montré que la mort d'Artur resta longtemps igno-
rée. On voit aussi par une bulle de 1205 qu'Innocent III ne con-
naissait point encore à ce moment-là les détails du jugement
prononcé en 1202 contre Jean sans Terre sur l'appel des
1. Pièce juitifk, n» 6.
2. Quant à son interpolatcur Mathieu de Paris, il admet parfaitement
la condamnation, quoi qu'en dise M. IJcmont (op. cit., 58). La phrase
« non judicialiter sed violenter spoliatus » signifie, comme le prouve
le contexte, non pas que la sentence ne fut point prononcée, mais
qu'elle fut irrégulière, par suite de l'absence du cou])able; Math, de
Paris dit plus loin : « Magnâtes tamen Francie nihilominus processe-
« runt aa judicium, quod rite non debuerunt facere. » (CVirow.,
II, 658.)
80 EXPOSE DES DROITS DE LOUIS.
barons poitevins, après Tenlèvement d'Isabelle d'Angoulême*.
On ne doit donc pas s'étonner qu'en 1216 des gens adroits et
audacieux aient pu lui persuader que le roi d'Angleterre avait
été condamné à mort en 1203 pour le meurtre d'Artur ; Inno-
cent avait conscience que ce fait avait pu se produire à son.
insu.
Une prouve nouvelle de la fausseté des allégations de Louis
est leur manque de précision. Dans son manifeste il déclare
qu'après le meurtre d'Artur, Jean fut « légalement condamné »
et que par suite a il fut déchu de ses biens »*. Il estimait
sans doute prudent de ne pas préciser davantage; il eût été
bien embairassé de dire de quel droit et par quelle sorte de
sentence les vassaux de Philippe-Auguste, qui ne pouvaient
juger Jean que comme duc de Normandie, l'auraient dépouillé
du royaume d'Angleterre ; ils avaient seulement le droit de le
déclarer déchu des fiefs qu'il tenait de Philippe- Auguste; c'est ce
qu'ils avaient déjà fait après Tenlèvement d'Isabelle d'Angou-
lême. Mais Louis de France, ayant besoin de faire croire que
Jean avait perdu tout droit au trône, invente une seconde
condamnation par laquelle Jean aurait perdu « ses biens »
en général. Il espérait que les destinataires du manifeste, étant
fort ignorants des coutumes de France, des « usitate consue-
« tudines », ne chercheraient pas à voir clair dans ces termes
équivoques.
Dans la discussion de ses agents avec le pape, le mensonge
devient plus précis. Ici on ne pouvait se contenter de dire que
Jean avait été condamné ; le pape, avec lequel on discutait
oralement, aurait demandé qu'on rapportât la sentence d'une
façon moins vague; on déclara donc, comme Philippe-Auguste
1. Voy. Polthast, iv» 2*34. Dans cotte lettre de 1205, le pape dit que
Philippe-Auguste assure avoir contiuis la .Normandie «justitia preeunte »;
le j)a|)e ajoute : « Causam, modum et ordinem aliasques circumstancias
« ignoramus ». .M. Bémont,qui cite ce passage (p. 40-41), aurait dû noter
Sue l'allusion peut s'appliquer fort bien au procès intenté sur lappel
es Poitevins, procès dont l'existence n'est pas contestable. M. Bémont
expose lui-même (p. 302 et suiv.). que d'après la sentence alors pronon-
cée par la cour de Philippe-Auguste, probablement en avril 1202, Jean
était déchu de tous .ses nefs de P'rance, y compris la Normandie.
2. « Per eosdem pares tandem fuit légitime condempnatus, per quam
« condompnationembonasua, ubicunqueesscnt aut undecunque ea hâ-
te béret, per usitatas consuetudines forisfecit. » (Afani/., 66.)
EXPOSÉ DES DROITS DE LOUIS. 81
l'avait fait à Melun devant le légat^ que Jean avait été con-
damné à mort. Il était évident que le trône d'Angleterre était
vacant, si depuis 1203 Jean avait légalement cessé de vivre.
Mais avait-il légalement cessé de vivre? Le pape admit,
comme nous Tavons dit, que la condamnation avait été
prononcée ; mais une telle sentence était-elle régulière ? C'est
ce qu'il niait. Il dit d'abord qu'un roi consacré-ne pouvait être
condamné à mort par des barons ; les agents de Louis répon-
dirent que Jean avait été condamné à mort comme homme
lige du roi de France'. Alors le pape objecta qu'on ne pouvait,
selon le droit canon, condamner à mort un absent; les
agents répondirent que la chose était possible « selon la cou-
ce tume de France »*. On voit combien cette discussion était
confuse; elle ne pouvait aboutir; le pape invoquait le droit
canon, et les agents de Louis la coutume de France. Ils
pouvaient d'ailleurs interpréter de la façon la plus fantaisiste
cette « coutume de France », qui probablement n'avait
encore rien de fixe et que le pape ignorait certainement*. Il
est à croire qu'ils donnèrent sans scrupule un libre cours à
leur imagination \
Les mensonges ne leur coûtaient rien. Le pape ayant
remarqué avec beaucoup de bon sens qu'après ce fameux pro-
cès de 1203 Philippe-Auguste et Louis avaient, comme par
le passé, qualifié Jean sans Terrede ro/,et lui avaient accordé des
trêves en le traitant comme roi (rAngleterrfij les envoyés de
1. Wendover, 11,657.
2. a Incivile videtur et contra caiiones esse in hominem absciitem, non
« vocatum, nonconvictura, ncc confessum, mortis ferre sontentiam ».
(Wendover, H, 657.) « Nuncii responderunt : consuetiido est in regno
« Franciequodexquo aliquisaccusatur coram suo judicc de tani crudeli
m honiicidioquo<lmi/n//*M//ïappellatiiret illeciuiaccusatur non veiiit nec
« modo légitime se excusât, pro convicto halKîtur, et tanquam convictus
« per umnia judicatur, etetiam ad rnortoin, ac si pnr.MMis esset. » (Wen-
dover, II, 659.) Il est remanjuable que les onvoyôs de Louis ne pré-
tendent point oue Jean ait confessé son crime, commt^ Louis ratlirme
dans son manifeste (p. 66i.
3. Dans la lettre de 1*205 citée plus haut, le pape déclare n'étro pas
au fait des coutumes de France.
4. Nous ne pouvons critiquer les assortions appuyées sur la « crui-
« suetudo in regno Francie », n'ayant pas de rensoi^nenients sur les
lois appliquées par la cour du roi au temps de Phil.-Aufr. Mais ces as-
sertions sont au moins bizarres : voy. les réflexions de M. Bémont, Rn\
histor.j p. 65 et suiv.
Cil. Petit -DuTAi LUS. Rf^f/ne 'le Louis VIII,
•;
82 EXPOSK DKS DROITS DE LOUIS.
Louis affirmèrent lo contraire : Jamais, dirent-ils, depuis cette
sentence, Jean sans Terre n'a été qualifié de roi; on Ta appelé
« roi déposé, comme on dit abbé déposé » \ Cette allégation est
absolument fausse : dans tous les actes émanés de Philippe-
Auguste do 12C)3 H 1216, Jean est appelé « rex Anglio' »; on ne
lo voit qualifié de « roi déposé » dans aucun document diplo-
maticjue antérieur a 1216, non pas même dans Tacte d'avril
1213 où Louis indiquait les engagements qu'il remplirait s'il
était couronné roi d'Angleterre et où il promettait à son père
de le laisser disposer à son gré de la personne du « roi Jean »'.
Le pape avait également raison de soutenir qu'à plusieurs re-
prises Philippe-Auguste avait traité avec Jean sans Terre
comme un roi traite avec un roi : les trêves de 1206 et de 1214
dont nous avons le texte en sont la preuve*. Dans son manifeste,
Louis essaye bien de faire croire que personnellement il
n'avait point participé à ces trêves, et que depuis la condam-
nation do 120o il a été sans cesse en guen*e avec Jean^. Mais
c'est là encore une urrour voulue : les trêves de 12()6 et de
1214 s'appli(iuaient à i< tous les hommes » du roi de France
et par consé(iuent à son héritier".
On voit que toute cette partie d(» la défense de Louis est un
tissu d'arguments mensongers et se contredisant parfois les
uns les autres.
III. « Alors que ledit Jean, déclare Louis de France, avait
I. Wendover, II, 6r)2-r>63.
•J. Delisle, n"^ 780, lOGy, 1085, 1299, 1391, 1506.
:». « Si voro re^^oin .An^^lie capi contiprerit, otc... » (Delisle. n" 1437.)
I. IMi.slo, IV'' lOnO et 15or,.
5. « Kxtiinc eidom J»)hanni ^rwerram movimus, quam contra ipsum
a continuaviinus absqin» oinni internii)tioiic, pare vel treuga, usque
« a<l di».^s istos. »> ( 3/^ni //*. . (iii.) Notons (ni<\ loin de produire la môme
alU\i:atinii devant le pape, les a^u'ents de Louis soutinrent qu'il était
en K'i^'ï'i'f* avo<' Jean parce <pie celui-ci avait fait dévaster r.Vrtois en
1213. (Wendover, II. »',r,l).
r». « Onines honiines et terre repris Franeie scilicet et nostri enmt in
c( tnîuga ista o. (Delisle, n" lOOri, acte de .l(?an notiliant la trêve de
12im;; nous n'avons jkis l'airte correspondant de Phil.-Autr.). « Noveritis
« fpiod nos .loanni re_ij:i Anirlio... dedinnis rectas treugas de nobis et ho-
« niniibiis et iniprisiis nostris qui ai)erte ^^uerraverunt. » (Delisle,
rr» 150G, actr* de Phil. Au.ir. notiliant la trêve de 1214.) I/assertiou des
aiTfMils de Lnuis a trouvé créance auprès de l'auteur du Fragm, tie
r/n'Mf. //'' P/iii.'Auf/., fjui ])arle de la trêve de 121'* en ces termes:
« Les t rives furent ilonées a V ans. ensi que Loeys li fiex le roi et
« 0:lies leniperere et l'enfés d(* Puille furent fors des trives » (f. 164).
EXPOSÉ DKS DROITS DE LOUIS. 83
« juré solonnellement à son couronnement, selon Tusage, qu'il
« conserverait les droits et coutumes de TÉglise et du royaume
« d'Angleterre, contre ce serment et sans le conseil ou Tassen-
« timent de ses barons, il a rendu autant qu'il Ta pu sujet et
« tributaire du pape ce royaume qui toujours fut libre ; il a dé-
« truit les bonnes coutumes, en a introduit de mauvaises et
« s'est eflForcé par de multiples oppressions et de toutes les
« manières de réduire en esclavage TÉglise et le royaume...
« Pour ces motifs, après beaucoup de réclamations, les barons
« prirent les armes contre lui, et enfin il fut convenu entre
«« autres choses, et sur l'assentiment exprès de Jean, que s'il
« renouvelait ses anciennes violences, les barons seraient à
« jamais déliés de leur foi envers lui ; au bout do peu de jours il
« se montra plus pervers qu'auparavant, voulant exterminer
« ses barons au lieu de les opprimer comme autrefois ; alors
« ceux-ci, d'après le commun conseil et la commune approbation
« du royaume, l'ont jugé indigne de régner et nous ont élu pour
« roi et pour seigneur. * » Le procureur do Louis présenta les
mêmes ai*gumcnts à l'assemblée de Melun, mais d'une faron
plus subtile. Non seulement Jean s'est rendu indigne de
régner, mais il a de sa propre volonté résigné la couronne ;
il a abandonné, en effet, le royaume d'Angleterre pour le
donner au seigneur pape et le recevoir ensuite de sa main
moyennant tribut ; il n'avait pas le droit de donner son royaume
à personne, mais il avait le droit de l'abandonner; lorsque
l'abandon eut été accompli, le trône fut vacant et les barons
ont été dans leur droit en y appelant l'héritier légitime^
Il est inutile de relever les exagérai i(ms que présente cet
argument; le fond en est solide. Une fois par hasard Louis de
France dit la vérité ; en mélangeant ainsi des assortions exactes
et des assertions fausses, il pouvait espérer avec assez de
raison faire admettre les secondes, grnce aux premières.
C'était chose légitime de considérer Jean comme déchu du
trône. Ainsi que l'a dit un historien moderne', la Grande
Charte était un véritable traité entre Jean sans Terre et la
i. Manif,, 67.
2. Wendover, II, 652.
3. Stubbs, Constii, hist., I, 5G9-570.
84 EXPOSÉ DES DROITS DE LOUIS.
nâtioii; en violant le pacte conclu, ce prince s*était exposé à
de justes représailles.
IV. Mais Louis était-il Théritier légitime du roi déchu?
Innocent III le contestait. Selon lui, le jeune Henri, fils aîné
de Jean, n'avait pas perdu ses droits au trône puisque Jean
n*avait point commis do crime do lèse-majesté ou d'hérésie et
que seuls ces crimes empochent le fils d*hériter du père
coupable. Les envoyés français déclarèrent timidement qu'il
en était autrement dans la coutume de France, lorsque Tenfant
avait été engendré après la condamnation, « mais ils ne
« voulurent pas discuter sur ce point n\ En admettant même,
ajouta lo pape, que Henri III n'ait nul droit à la couronne, la
seconde Aliénor, fille de Goofi'roi, frère aîné de Jean, et
Otton de Brunswick, fils do Mathilde, sœur aînée de Jean,
seraient plus proches héritiers que Blanche de CastiUe, fille
de la première Aliénor, sœur cadette de Mathilde et de Geof-
froi^ Les envoyés fran(;ais répondirent que seule Aliénor de
Castillo vivait au moment où Jean fut condamné; elle hérita
donc de lui ; quant à Geoffroi et à Mathilde, ils étaient morts
et par cunséquont ils ne pouvaient hériter ni transmettre
de succession à leurs onfants. Ainsi les agents de Louis niaient
lo droit do roprés(3nlation, par lequel roiifant peut hériter à la
place de ses parents défunts^ Il est vrai que le droit de
roprésiîntation était très contesté à cotte époque, mais Phi-
lippe-Auguste ne s'en était-il pas fait hî champion, alors qu'il
1. Wendovor, H, 659-r)(i0. — Ici los hésitations des agents de I/)ai$
se conijH'oiincnt encore moins (|iie leur ordinaire aisance à mentir.
Uuoi qu'en dise M. \iémoui(Iki\hisfor., 67),J'exhérédation des enfants
nés après la forfaiture du père semble avoir été une coutume admise à
cette ('"1)0^1 ue. I.ouis dit dans son manifeste (p. 66) : « Nobis tanquam vero
« lioredi cessit jus rej^ni Anglie, maxime cum a<lhuc de carne sua he-
" rcdem non haberet. » Lors(|ue pendant son régne Louis VIII rendit
une i)artie du Ponthieu à la femme et aux enfants du traître Simon de
Dammartin, il eut soin de déclarer que les enfants tif's après tn for-
l'ai turf de Simon «li'vaient la restitution de leur héritage à la l)ien-
veillance royale, émue j)ar les sui)plications de leur mère. {Catal. des
artf's fit' L/VI/I, n" 26o).
2. Voy. h; tableau génèalog. des enfants de Henri II, Appendice /i» If.
W. Tne légende rai)j)oriée i)ar la chron. de Lanercost veut que Henri IH,
sentant à l'heure de sa mort (jue scdon la justice la sa'ur dWrtur au-
rait dû régner à sa place, remit la couronne à sa cousine, oui, après
l'avoir ganlée trois j»»urs, en Ht don au jeune Kdouard. {thron. de
iMnerrosL 11-12.) -- Sur la f|uestioM des droits d'Artur, voy. DufTus
Hardv, Introd. aux Litt. claus.. I. p. wxv-xxwi.
EXPOSÉ DES DROITS DE LOUIS. 85
soutenait les prétentions d'Artur*? Lo pape se contenta do
répondre qu'en tout cas le roi de Castillo, au nom de sa femme
Aliéner, et la reine de Léon, Bérengère. sœuraînée de Blanche,
avaient plus de droits que Blanche. Los agents déclarèrent
alors que si ces héritiers élevaient quelque prétention à la
succession, Louis saurait « faire ce qu'il devait », mais qu'en
attendant il réclamait l'héritage vacant*.
Le point important à retenir, c'est que, malgré toute leur
habileté et leur mauvaise foi, les agents de Louis ne purent
prouver la supériorité de ses droits sur ceux du jeune Henri.
Ils avaient beau entasser et agencer subtilement les pièces de
leur échafaudage, la poutre principale manquait.
V. Louis déclarait avec emphase que, soit par droit de suc-
cession, soit par droit d'élection, il pouvait légitimement
aspirer au trône d'Angleterre'*. Mais, selon le pape, ces préten-
tions auraient-elles eu vraiment un fondement solide, Louis ne
devait cependant point prendre les armes contre le roi Jean,
pour quatre raisons : 1° Le concile général de Latran avait
établi que dans toute la chrétienté on ferait paix ou trêve
pendant quatre ans, afin de faciliter la délivrance de la Terre
Sainte. La réponse des envoyés français fut, qu'avant de
partir pour l'Angleterre, Louis n'avait pas été requis de faire
paix ou trêve*. Cette assertion fut émise au hasard, pour les
besoins de la cause. La discussion que nous analysons ici
eut lieu le 10 mai et à cette époque Louis n'avait pas encore
quitté la France. De plus, les agents français étaient partis
pour Rome, Louis le dit formellement dans son manifeste,
avant l'arrivée de Galon en France et ce légat, dans l'assemblée
tenue à Melun en avril, interdit précisément à Louis, au nom
des décrets du concile de Latran, d'entrer en guerre contre
le roi Jean*. — 2** Jean avait pris la croix en 1215 et nul chré-
i. Voy. Pauli, Geschichte von England, IIÏ, 29'i et suiv.
2. Wendover, 11, 660. — Dans son manifeste (p. 66), loin de dire
qu'il n'e^st héritier qu'éventuellement, Louis déclare que la reine de
Castille et ses héritiers lui ont libéralement abandonné tout droit
sur la couronne d'Angleterre, dès l'époque de la mort de Richard. Ce
n'est point la seule contradiction à remarquer entre le manifeste de
Louis et les assertions de ses agents.
3. J/ani/., 67.
4. Wendover, II, 662.
5. Manifeste, 67-68. — Wendover, II, 652.
86 EXPOSÉ DES DROITS DE LOUIS.
tien ne doit attaquer un croisé. Louis réfuta cet argument
dans son manifeste en disant que, depuis la condamnation de
son adversaire en 1203, il n'avait fait avec lui ni paix ni trêve
et qu'en conséquence la prise de croix accomplie en 1215 ne
pouvait garantir Jean sans Terre'. Le procureur de Louis a
l'assemblée de Melun et les envovés en cour de Rome firent
remarquer aussi que Jean avait dévasté l'Artois en 1213,
avant de se croiser, et que Louis avait le droit de représailles ;
ils ajoutèrent que Jean avait toujours refusé depuis ce temps
de faire paix ou trêve*. Nous avons déjà démontré la fausseté
de ces assertions. Louis était compris dans les trêves de 1206
et de 1214. Nous verrons en outre qu'avant le débarquement
de ce prince en Angleterre, Jean n'avait rien négligé pour se
réconcilier avec lui. — 3° Le roi d'Angleterre est le vassal du
pape pour son royaume ; on n'a pas le droit d'attaquer le
vassal sans avoir d'abord porté ses réclamations au suzerain.
Sur ce point, la discussion fut très confuse. Je note seulement
les trois arguments principaux de la défense : Jean, ne possé-
dant pas légalement la couronne, ne pouvait pas en disposer ;
d'ailleurs, il n'avait pas le droit de donner son royaume au
pape sans l'assentiment de ses barons; par conséquent, il
n'est point légalement le vassal du Saint-Siège; alors même
qu'il le serait, Louis pourrait à bon droit lui faire la guerre,
car Jean a ravagé ses terres et la ccnitunie autorise à se défen-
dre sans porter plainte au suzerain de celui qui vous a attaqué*.
— 4" Les barons rebelles ont été excommuniés solennellement
pendant la tenue du concile de Latran; Louis ne doit point
les secourir. Les envoyés français prétendirent que Louis
n'avait pas à s'occuper de la décision flu concile ; il ne se-
courait pas les barons anglais, il voulait simplement faire
valoir ses droits et personne ne pouvait l'en empêcher ; Tex-
C(Mnmunication lancée contre les complices des rebelles ne
l'atteignait pas, ayant été prononcée avant que l'on connût à
RouK» ses droits au trône d'Angleterre*. Cos beaux raisonne-
ments n'expliquaient pas pourquoi Louis avait attendu la ré-
1. Manifeste^ 66-67.
2. WfMKiover, II, 652, 662.
a. //>iV/., 651-652, 661-662.
4. IhitI . 662.
EXPOSK DES DROITS DE LOUIS. 8/
bellion des barons pour revendiquer uue succession soi-disant
vacante depuis treize ans.
Tel fut l'exposé des droits de Louis de France à la cou-
ronne d'Angleterre. On voit que les diplomates du moyen
Age n'avaient rien à envier aux modernes en fait de finasserie
et de mauvaise foi. Le minutieux examen auquel nous nous
sommes livré ne laisse guère subsister de toute cette défense
qu'un argument : Jean avait violé ses engagements, et c'est
justement que les barons appelaient l'étranger à leur secours.
Peut-être Louis par ses mensonges réussit-il à faire admettre
aussi que Jean avait depuis longtemps perdu tout droit au
trône ; en tout cas il ne put parvenir à faire croire qu'il était
l'héritier naturel de cette succession vacante. Lorsqu'en 1213
il s'apprêtait à envahir rAngleterrc aux côtés de son père,
c'était pour obéir au pape qui l'invitait à détrôner un excom-
munié ; il ne songeait même point alors à parler de ses
droits. S'il passa la Manche en 1210, ce fut pour répondre à
l'appel des barons, qui avaient besoin de lui pour se débar-
rasser d'un mauvais prince. La supériorité des droits du jeune
Henri ne faisait de doute pour personne ; mais on était
obligé de recourir à un prince qui pût réunir beaucoup de
chevaliers et beaucoup d'argent pour écraser l'armée de mer-
cenaires de Jean sans Terre ; on s'adressa tout de suite au
fils du puissant Philippe-Auguste, sans rechercher s'il avait
plus de droits qu'Otton de Brunswick ou Raimond de Saint-
Gilles et quitte peut-être à s'aviser plus tard que Henri Plan-
tagenet était le légitime héritier du trône '.
Louis de France, au moment où il commenra ses prépa-
ratifs de guerre, comptait passer la Manche vers le milieu de
janvier au plus tard*. Il usa de tous les mc^yens pour se
1. Stubbs (Constit. hist., II, l'j) a rapproché les prétentions do
IjOuIk de France de celles do (inillaiime le Conf|iiérant à la couronne
d'Angleterre comme héritier d'Edouard, et de colles d'Kdouard III à la
couronne de France comme représentant de Charles IV. 11 aurait pu
ajouter que les prétentions d'Ildonard III étaient certainement heau-
coup plus fondées que celles do Louis.
2. Lettre d*un seigneur anglais écrite vers le 7 janvier 1216, publiée
à la suite de la Chron. de Iloveden, IV, IDO, note (Li Itéra cujusffam
88 PRKPARATIFS DE LOUIS.
munir du meilleur dos arguments, la raison du plus fort.
D'abord il exigea le service d'ost de ses vassaux d'Artois. Il
se rendit en son château de Hesdin et requit les seigneurs du
pays de lui fournir des chevaliers ; quelques-uns s'engagèrent
au service personnel V Pour obtenir l'appui des autres barons
du royaume, il imita Guillaume le Conquérant et promit des
terres en Angleterre à ceux qui raccompagneraient. Au mois
de janvier il avait déjà Tacquiescement des ducs de Bar, de
Ncvors, de Brabant, des comtes de Bretagne et de Saint-Pol,
du vicomte de Molun, des célèbres chevaliers Guillaume des
Roches et Guillaume des Barres, et « d'une si grande mul-
« titude de personnes, écrivait un contemporain, que le roi
« Jean ne pourra probablement pas résister et qu'on doit
« craindre de voir la teiTe anglaise totalement saccagée ' ».
Enfin Louis usa d'intimidation ; il était le fils d'un puissant
roi et, comme nous le verrons, nul ne pouvait mettre en doute
qu'en cette occasion son père fût d'accord avec lui. Dans une
lettre du 27 juin 1217, le pape nous expose les menées de
Louis en Bourgogne : Eude, duc de Bourgogne, fut à plusieurs
reprises requis par Louis de l'accompagner personnellement
en Angleterre ou de lui fournir des chevaliers ; Eude s'y
refusa ; alors Louis lui demanda un prêt de mille marcs d'ar-
d'argent. Le duc, qui allait partir pour la Terre-Sainte, conçut
des craintes pour lui-mome, pour son fils encore enfant, pour
sa terre et finit par fournir la somme demandée par l'héritier
royal, qui était « presque son seigneur'* ». Le comte de
Rouci, vassal de la maison do Champagne, passa en An-
gleterre « contraint et forcé* ». La comtesse de Cham-
pagne ollo-môme dut subir les exigences de Louis ; bien plus
encore que h» duc de Bourgogne, elle devait ménager les
Capétiens. La mort de Thibaud III en 1201 avait véritable-
ment livré la Champagne à la royauté. Blanche de Navarre,
toute jeune, entourée d'ennemis, confia à Philippe-Auguste le
magna lia ad quendain maf/natem amicnm suum in principio guerre
inter... Johannem... t't haronns).
1. Iliat. des durs de Norm., IGO.
2. I A Itéra rujifsdam magna tis^ foc. rit.
3. Pressiiti, n" 635.
'i. Pressuti, n" 125.
PRÉI»ARATIFS DE LOUIS. 89
sort du fils posthume de Thibaud ; les prétentions d'Erard de
Brienno h la succession de Cliampagne redoublèrent les
craintes de la comtesse et sa docilité à Tégard du roi, qui en
profita pour lui extorquer des sommes énormes. Louis de
France suivit l'exemple de son père. Si en mars 1215 il
écrivit au roi de Jérusalem que les réclamations d'Erard de
Brienne ne feraient point objet de litige ii la cour de France
pendant la minorité de Thibaud IV \ il montra bientôt qu'il
entendait comme Philippe-Auguste se faire payer son appui.
A la fin de Tan 1215, il réclama de la comtesse aide et
subside pour l'expédition quMl préparait. Blanche de Na-
varre répondit qu'elle ne pouvait fournir des secours contre un
prince croisé. Quelques jours après, tandis qu'elle était ta
table avec le jeune Thibaud, une troupe de chevaliers et
de sergents entrèrent dans son palais, armés jusqu'aux dents,
et la défièrent, ainsi que son fils, de la part de Louis de
France ; la comtesse terrifiée s'enfuit dans sa chambre. Tou-
tefois, sur son ordre, les envoyés de Louis furent faits pri-
sonniers et Philippe-Auguste se montra très irrité contre son
fils, qui avait agi sans le consulter ; il cria bien haut qu'il
pensait être le seul roi en France et ordonna de retenir en
captivité les audacieux qui avaient provo([ué Blanche*. Nous ne
savons point les suites de cette curieuse aff*aire. En tout cas,
soit par les menées do Louis de Franco, soit par l'influence
de son père, qui au fond de son C(eur désirait la réussite de
Toxpédition, de nombreux chevaliers se préparèrent à passer
la mer*.
Pour apaiser l'impatience des Anglais, Louis de France
leur envoya à deux reprises des secours, avant do partir lui-
même. Dès les premiers jours de décembre 1215, il se rendit à
Calais et y fit embarquer pour l'Angleterre cent quarante
chevaliers, entre autres les châtelains de Sainl-Omer, d'Arras
1. D'Arbois de Jubainville, Co)nt. de Champ., IV, l** part., 101 etsuiv.
L'acte de Louis est dans Teiilet, n" 1100. — Cf. Delislo, n*» 1502.
2. Lettre écrite à Jean sans Terre, en janvier 1216, par ses apronts
en cour de Rome. publ. par Ch.-V. Langlois, /^eu. Ais/or., XXXVll,
320-321.
3. Il est évident cependant que Mathieu de Paris exagère, quand il
fait dire à Phil.-Aug. au sujet de son fils, lors de rassemblée do Melun:
« Favorem tolius regni mei o]>tinet ». {llist. Anylur.. II, 177.)
\M\ SKCOURS ENVOYKS AUX HARONS.
ot do Beaumetz, et Guillaume de Bt»auniont Pied-de-Rat. Le
total do celte promièro armée de secours s'élevait à sept
millo hoinmos. Los Franijais débarquèrent heureusement à
Harwell*. Une secundo armée avant à sa tète le maréchal
liautier de Nemours, et composéo de plus de cent chevaliers,
do quarante arbalétriers à cheval, de cent arbalétriers à pied,
sans c*>uiptor do nombreux sergents, fut amenée un mois plus
tard par le comte do Winchester: les quarante et une nefs qui
ponaiont ces troupes rom^mtèrent la Tamise jusqu'à Londres,
où ollos arrivèrent le 7 janvier lilt)*.
Il était urgent d'arrêter les progrès du roi d'Angleterre.
Le^ bannis Tavaiont laissé prendre Rochester 6 décembre);
il soumit oiisuito Winchester. »-t. c«»ntiant une partie de ses
morconairos à liuillaurao L mi jospée. il se dirigea avec une
autre anuoo vers le nor 1. Le '21 décembre 1215. il arriva
à N>rihanipion, «v uiiO .riierr»* de «iévastation commença;
Us domouri s ouiion: luceii l:»*f'». K-s habitants torturés et
rani-oîiiio-i : le< ch:\:e!;i:r.s ^*»-:ii'!iir>:ir. oi Jean établit des
iTurnis »ns -iaii^ toui le pavs. Pui< il continua sa course vers
lo nord: :i v.>'.;laii se vor-jin* «in roi d'Ecosse et de cer-
:a::> lu:\'!:s n 'rv> ;u: :iv.i-.- n: fait hommage à ce prince. Au
•:;?:> >^ M:i\:o:* V2\'\ :. >.vasm .r^- : ::i:es d'York. de Durham
v: î:^ N. ::::;!:i:m\,\:: : ; : ■.::■> '-•< :\a;v< :>mîi.^rent outre ses
::;a::;> : ::;.i s '.'. :: i- : .i>-:i ; ::' !:-- fr :;::-res d'Kcosse et se
■ v.'.:\:.\ :-; li-i.-^r ;>o:".v. ;.•'<. rv..< .1 r-. via: ver< le sud: en
:u.i:< :. < u::/: '- < o: s :'r!<--:\ : ::. • ::m;:. il coucha à Walt-
!•..■-.. .1 :.:.'. ::.li-.< :-; l. :. ir- s. r-.:: i:ir.: oi- temps, l'autre
f V ^ • • • * %• • ' \ • -^ " . • * l . • o ^-i* V f* r» j f ^Q V*"*
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.i . .... 5 .
PKOGRKS DE JEAN SANS TERRE. 91
armée, commandée par Guillaume Longespée, Savari de
Mauléon et Fauquet de Brëauté, saccageait les comtés de
Cambridge, de Huntingdon, d'Essox, de Hertford et de
Middlesex ; ils mirent même le feu au faubourg de Londres,
où les barons restaient bloqués'.
Los rebelles et les chevaliers envoyés par Louis rivalisaient
d'indolence et d'inertie. Giraud de Barri dit que les barons
auraient été écrasés s'ils n'avaient été secourus par les Fran-
çais. Mais ce fut seulement Louis qui leur apporta une aide
efficace. Les chevaliers dont il s'était fait précéder étaient mé-
contents, parce que le régime de nourriture ne leur convenait
pas et que Louis les laissait sans argent. Ils se consolaient en
faisant des tournois avec les Anglais et Irouvaient moyen de
« mener moult belle vie ». Mais ils ne songeaient guère à se
battre. Un certain nombre d'entre eux s'étaient joints à la
garnison anglaise do Colchestor ; le roi vint assiéger cette
place le 14 mars 1216 et les Français rendirent la ville. Tandis
que Jean retenait en captivité leurs compagnons anglais, ils
rentrèrent dans Londres. En les voyant revenir seuls, on cria
à la trahison et on les emprisonnai
Les combats qui eurent lieu avant l'arrivée" de Louis furent
insignifiants. On n'osait point affronter les terribles routiers
du roi, qui mettaient l'Angleterre à feu et à sang et établis-
saient leurs écuries dans les églises'. Jean semblait près
d'atteindre son but ; Londres était à peu près la seule place
importante qu'il n'eût pas en sa puissance. Impitoyable envers
ceux qui refusaient de se soumettre, il ravageait leurs do-
maines ou les donnait en cadeaux à ses fidèles ; c'est ainsi
que Savari de Mauléon reçut les terres de GeofFroi de Man-
deville et le Flamand Gérard de Sotteghom celles du comte
David. Depuis le mois de décembre 121.") jusqu'en février
1216 beaucoup de rebelles demandèrent à rentrer en grâce
1. Hist. des duca de Norm., 163 et suiv. — Barnwell, 227-'229. —
Wendovfir, II, 625-626, 635 ot suiv. — (\>ggeshall, 177 et suiv. —
Chrori. de Mailros^ 121-122. — ïtinerarij ofJu/m.
2. Giraud de Barri, De Pn'nc. instr.,'^\\. — Wendover, II, 637. —
Anon. de Béth., f. 59 v®. — Fragm. de Ihiat, de Phil.-Auf/.y f. 166. —
//ist. des ducs de Norm., 161 et 16'i. — Coggeshall, 179-180.
3. Coggeshall, 176 et suiv.
92 i»orRQroi Loris retarde son départ.
et pavèrent souvent des sommes considérables pour obtenir
la « paix du roi » ; tels furent Robert de Ver, comte d'Ox-
ford, Jean de Lassi, connétable de Chester, Roger do Mont-
begon, les habitants de Lexîngton, de Redford, etc.. Tou-
tefois le nombre de ces soumissions décrut sensiblement en
mars et en avril, et certains barons qui avaient abandonné
la lutte no tardèrent pas à reprendre les armes*. C'est qu*on
annonçait comme prochaine Tarrivée de Louis de France
accompagné d'une armée formidable.
Dans une lettre qui fut probablement écrite en février ou
en mars, et qui est adressée à « tous ses fidèles et amis de
«* Londres », Louis promettait en effet de s'embarquer à Calais
le dimanche de Pâques 10 avril ^ Mais il ne partira qu'à la fin
de mai : les vents seront longtemps défavorables ; or la tra-
versée de la Manche était périlleuse et Ton se rappelait que
Tannée précédente une tempête avait anéanti une flotte por-
tant des mercenaires tlamands appelés par le roi d'Angle-
terre *. Co nnnif suttit pour expliquer les retards de Louis ;
on tout cas Philippe-Auguste ne mit certainement pas obstacle
à si>n tlépart. Co n'est pas que Jean sans Terre eût rien
négligé pour se concilier los bonnos grâces du roi de France.
Celui-ci prétendait ijuo Joan avait violé la trêve de Chinon en
prenant (îOaXX^ marcs aux marchands frani;ais * : Jean donna
dos ordres pour 4U*«>n leur rendît ce qu'on leur avait pris
et protesta do snn dé^ir de respecter la trêve. Au mois
do mars il envoya unt' :imba<saile on France ; plus tard
Tévéquo do Winchostor ot Guillaume le Maréchal vinrent eux-
mômos auprès do Philipj'O-Augusto. Mais de même que des
l. / »::. /"'.'.. {*}*) et >i;iv. ; .iaus nm^ loître du 2 juin 1216, le roi
d'Arî^Ieît'rri' tvrît :i Jo;i:i \o Mai-tvhal a M:iniiamus vobis quod... admit-
- t3T;<tvsad paooiu !io>tr:i:ii. pro''i{^n*''s ^^uod securiores sîtis de eis
•^'■■.■r fîf^'':'r " î'i'".< îcrri'r'/i^. .j-U'7m fni<ti< 'fa l'UU quo< prius ad
/ p'i--'»fn «..<:/••.•'.»( 'ifm'S'.<i'<. ' ;['>>'.. 185/i — LUI. rltuu., I. 2 §5 et
>u;v. - - /?..''/• ;> . '.'ii''< ''.' rfn';* *. 5»jS o' <u:v. — ffi<t. de* ducs de
:. \Ve!il.noî\ 11. M.-^o.
■i. \\.\vn\\'?\\, l'I^ : j^ ..Vi':i:r.<i;n: i^^:v :r.u['inu remporis ei contrarias
« î :.: r' r- 1 : > ^ li v ! a t oui po v^ ■ l o \'l\o. \ o y . /fi.<t. » (es 'tue^ de Sorm . . 1 5 ^ et
> » • -
» l.'ftf'''i '^njfjsi'm ri ij'i!'is, y. IV*0.
ATTITUDE DE PHIÎJPPE-AUGUSTE 93
démarches analogues faites auprès de Louis en avril, ces
tentatives n'eurent aucun succès *.
Il n y a donc pas lieu d'accepter le témoignage de Guil-
laume le Breton. Selon ce chroniqueur, Philippe-Auguste,
craignant avant tout d'offenser le Saint-Siège, aurait refusé
de favoriser les projets de son fils ; c'est malgré lui que Louis
de France aurait envoyé par rieux fois dos secours aux
barons et au moment du départ définitif le roi aurait confisqué
les terres de son héritier et des barons qui l'accompagnaient
et ofiert « d'appesantir sur eux sa main », si l'Eglise le
jugeait bon. Il est possible que Philippe-Auguste, qui aimait
la politique tortueuse et n'avait nullement horreur du men-
songe, ait essayé de tromper le pape par de feintes protes-
tations. Mais on no saurait élever de doutes sur les véritables
sentiments qui l'animaient; les autres chroniqueurs, qui
n'avaient point les scrupules d'un historiographe officiel,
disent ou laissent entendre que le père et le fils étaient d'ac-
cord. Innocent III d'ailleurs ne se laissa point duper, et
Guillaume le Breton lui-même nous dit que peu de temps
avant sa mort ce pape excommunia Philippe- Auguste ^
L'attitude du roi de France au moment de l'assemblée de
Melun nous éclaire parfaitement sur le rôle qu'il joua en
toute cette aff^aire. Le cardinal Galon de Beccaria, qui était
déjà venu en France huit ans auparavant pour réconcilier
Philippe- Auguste avec Ingeburge\ était chargé en 1216 de
1. LUI. pat, ^ 172 '», 173 • et '•, 179. « Rex Lodovico primogenito filio
« régis Francie, salutcm. Mittimus ad vos priorem Coventriensem et
« \. camerarium Kadingensein por quos vobis significavimus quod, si
a erga vos forisfecimus, ii vobis emendari facicmiis. »(/A>W., 17r>. Marne
pfige, une lettre adressée à Galon et annonçant cette ambassade est
datée du 12 avril \2U\.)— Litt. rfaus,, I, 189, 260 »», 2GI. — Coggeshall,
180-181 : « Hex intérim... transmisit in Franciam ad regem Philippuni
« episcopum Wintoniensem, Willelmum Marescalluiii seniorem et
« quosdam alios, tentans si quo modo per eos înducoret euin ut cohi-
« béret iilium suum a tali proposito; sed inexauditi sunt revcrsi. »
2. Guill. le Bret., Chron., §S '^1^, 218 et suiv. ; PhUippide. 1. X,
V. 302-305. — Cf. Anon. de Béth., f. 59-59 v<' : « Ses pères faisoit
« semblant en apert qu'il ne s'en voloit mesler por la triowe qu'il avoit
ce donée, mais a privé quidoit on bien qu'il meist son conseil. » Voyez
dans Mém. Soc. Dunkerquoise, XII, 197, les plaintes des Artésiens.
mis à contribution par Louis « ex parte domini régis ». Ouant au récit
des Istore et Cron. de Flandre (I, 122), il n'y a pas à en tenir comj)to.
3. Voy. Davidsobn, op. cit., 229 et suiv. — Sur Galon, voy. une
notice de VIfisf. litt. de la Fr.^ XVIII, 30 et suiv.
94 ATTITUDE DE PHILIPPE-AUGUSTE.
le décider à mettre obstacle au départ de son fils. La course
réunit à Melun le 24 avril. Philippe-Auguste*, comme nous
l'avons vu, déclara au légat que le trône d'Angleterre était
vacant et que le pape n'avait pas le droit d'intervenir. Le
lendemain, rassemblée se réunit de nouveau; sur Tordre du
roi, Louis de France vint prendre place à côté de lui. Le
légat, qui était un homme hautain et impérieux, afiecta
d'abord la modération et adressa à l'un et à l'autre de nou-
velles objurgations. Cette fois Philippe- Auguste répondit :
(( J'ai toujours été dévoué et fidèle à l'Église romaine; cène
« sera point par mon conseil ni par mon aide que mon fils
« Louis entreprendra rien contre elle. Cependant, s'il a
« quelque prétention sur la couronne d'Angleterre, qu'il soit
« entendu et que justice lui soit faite. » A ces mots, un che-
valier que Louis avait choisi pour avocat se leva et exposa
les droits de l'iiéritier royal au trône dos Plantagenets, et
ses griefs contre Jean sans Terre. Le légat, loin de se
laisser convaincre, haussa le ton et défendit à Louis d'envahir
TAngleteiTe et à Philippe-Auguste do l'y autoriser, le tout
sous peinte «l'exconimunication. Alors Louis dit à son père :
«' Sire, je suis votre homme lige pour le fief que vous m'avez
«« donné en dorù de la mer, mais il ne vous appartient pas de
« décider quoi que ce soit au sujet du royaume d'Angleterre.
« Je vous prie de ne vous point opposer à la résolution que
« j'ai prise d'user de mes droits, car je combattrai pour l'hé-
« ritage de ma femme jusqu'à la mort, si cela est néces-
« saire. » Là-dessus il se retira avec les siens. (lalon, voyant
ses sollicilalions inutiles, annonça qu'il îiUait s'embarquer
pour rAngleterre et demanda au roi un sauf-conduit jusqu'à
la lïH'v. Philii^pe-Augusle lui en acconla un et ajouta ces
paroles ir^juiques (jui provoquèrent la colère du légal : « Si
« par hasaid vous tombez enln^ 1rs mains d'Eustache le
«' Moine ou des aulnes hommes de Louis qui gardent les sen-
•< tiers de la mer et s'il vous arrive malheur, vous ne direz
« point que c'est ma faute. » Roger de W'endover, qui a
probablenuMÙ puisé â des sourvies authentiques l'exposé si
détaillé qu'il nous a laissé de ces faits, ajoute que le jour
suivant Louis de France vint trouver son père et, les larmes
aux yrux, le >upplia; il avait juré de porter secours aux
LA SITUATION EN MAI 1210. 95
barons» et il aimait mieux encourir une excommunication
temporaire que le reproche de déloyauté; Philippe- Auguste
Tautorisa à partir et lui donna sa bénédiction ^
Telle est très probablement la vérité. Que Philippe-Auguste,
au dernier moment, ait essayé ou non de tromper le Saint-
Siège en séquestrant les biens de son héritier, cela importe
peu. Loin de croire avec M. Delaborde* que ce roi céda seule-
ment aux instances réitérées de son fils et qu'il jugeait Texpédi-
tion d'Angleterre intempestive, nous pensons qu'il approuvait
les plans de Louis, qu'il en fut peut-être le principal auteur et
que secrètement il aida à les exécuter. Jamais plus magni-
fique occasion ne s'était, présentée pour annexer l'Angleterre
au royaume capétien. Tout fait croire que d'abord Philippe-
Auguste crut la conquête aisée.
Galon avait quitté Melun sans prononcer d'excommuni-
cation. Louis lui avait en effet demandé de ne point statuer
avant que le pape eût entendu les agents chargés de présenter
sa défense et eût pris une décision définitive \ On se fit
longtemps illusion à la cour de France sur les sentiments du
Saint-Siège; on ne pouvait croire que pour défendre un
homme comme Jean sans Terre le pape jetterait l'anathème
sur un prince capétien ; au commencement de l'année, Phi-
lippe-Auguste estimait encore avoir pour lui les cardinaux et
Innocent III lui-même*. Cependant les menaces de Galon
affaiblirent ces espérances ; au mois de mai, au moment de
s'embarquer, Louis promettait à ses bourgeois d'Arras de
les protéger, eux et leurs biuns, contre les effets d'une excom-
munication éventuelle".
1. Wendover, II, 650-653. Louis fait allusion à rassemblée de Melun
dans son manifeste, éd. cit,, p. 68. Guillaume le Breton parle seule-
ment du sauf-conduit ac<;ordè par Phil.-Aug. (Chi'on., ^ 217). Le récit
de Math, de Paris dans son Jlist. Anylor., II, 176-177, n'est évidem-
ment qu*une amplification oratoire. — Le chanoine de Laon, p. 719,
signale l'intervention de Simon de .Moiitfort dans la discussion; ce bon
apôtre appuya Galon de lieccaria « ot pro bono pacis multum labo-
« ravit. »
2. Œuvres de Rigord et dp GuilL le Bret., I, 307, note.
3. Manifeste, 67-68: « Ipse autem cardinalis tune contra nos in
« nullo processit nec visus est velle procederc. »
4. Litlera cujusdam magnatis, p. 190: « Crédit habere totum consi-
«r lium romanum et ipsum ipapam| pencs se. »
5. Guesnon, Invent, des Cnarles d Arras^ p. 16.
96 LA SITUATION EN MAI 1216.
Cependant Jean sans Terre, voyant ses offres de paix
repoussées, se préparait à tenir tête à rinvasion. Il envoya
des munilious dans les principaux châteaux, fortifia les côtes,
contraignit les barons des Cinq-Ports* à lui prêter serment
et à fournir des otages ; il équipa une flotte formidable et
décida de venir au devant de Tennemi et de livrer dès le
premier jour une bataille navale ^
C'était \^^e situation grave et étrange que celle de TAngle-
teiTc au mois de mai 1216. Les Anglais attendaient avec
méfiance un sauveur. Ils étaient habitués à la domination des
rois normands ; mais Jean sans Terre était un tyran insup-
portable ; ils étaient habitués à écouter respectueusement les
avis du Saint-Siège, mais le Saint-Siège défendait ce tyran
et autorisait ses plus détestables excès : on voyait, au nom
des intérêts de l'Eglise, dos routiers piller les couvents, per-
sécuter les clercs et faire orgie sur des autels consacrés; il
fallait donc appeler Tétranger; mais comment Louis de
France allait-il se conduire? Saurait-il ménager ses nouveaux
sujets? Serait-il heureux enfin, et comme Guillaume le Con-
quérant foulerait-il en vainqueur le sol de l'orgueilleuse
(f Angleterre, ce champ dont la mer est la haie, ce boulevard
V muré d'eau, abrité et sauvegardé à jamais contre les projets
(( de Tétrangor?^ ».
1. 11 n'est pas inutile de dire ici en quelques mots ce qu'il faut en-
tendre par les Cinq-Ports^ cette expression revenant très souvent dans
les textes et les marins anglais ayant joué un rôle fort important dans
la période que nous étudions. Ilâstings, Sandwich, Douvres, Romney,
Mythe, avaient formé avant la conquête une confédération privilégiée,
à laquelle les invasions danoises avaient donné un caractère militaire.
Placés sous la surveillance d'un ofHcior du roi, les Cinq-Ports devaient
fournir des navires en teaips de guerre. Il est prohable que les rois
normands changèrent peu cettr* f>rganisation. Henri II introduisit seu-
lement dans la confédération Winchclsea et Kye, qui. sous le nomd\4»i-
tiqutr viU(t\ jouirent exactement des mêmes privilèges que les Cinq-
Povt^. Puis, pendant le règne de Jean, qui coïncida avec une période
de grand développement puur la marine anglaise, un certain nombre
de ports sadjoignirent à la confédération sous le nom de membres des
Cinq-Ports. Au moment de Tinvasion française, le mot Cinq-Ports
désigne à vrai dire tous les ports de la Confédération ; en 1226 il y en
avait plu.N (h^ vingt. Ouant au mot hfirnn th's Cinq-Ports^ on doit lui
donner la signilication primitive de haro, c'est-à-dire d'homme libre.
(Voy. Samuel .leake. Charters of'the Cittque Ports, et Burrows, Cinque
Ports.)
-• ("«>ggeshall. 181. — llist. des ducs dr AWm., IG7. — Litt. c/ntM.,
I, 1%.
3. Shakespi^are. Lr l\oi Jean, scène il.
CHAPITRE V.
L'EXPÉDITION EN ANGLETERRE, DEPUIS L'ARRIVÉE DE LOUIS
DE FRANCE JUSQU'A LA MORT DE JEAN SANS TErtRE.
Le départ du cardinal Galon pour l'Angleterre força
Louis de France à précipiter ses derniers préparatifs. Il ne
fallait point laisser au légat le temps de désagréger le parti
des rebelles. Pendant la première quinzaine de mai 1216, les
troupes se rassemblèrent à Wissant, à Gravelines, à Boulogne
et à Calais. Pour le transport on avait réuni près de
huit cents nefs*. L'Anonyme de Béthune et l'auteur de V His-
toire des ducs de Normandie nous donnent un dénombrement
des compagnons de Louis. Il y avait bien douze cents cheva-
iierSy nombre très considérable pour l'époque. C'étaient
d'abord les vassaux artésiens et quelques seigneui's flamands,
tels que le comte de Guines, l'avoué de Béthune, le châtelain
de Lens, Raoul de Nesle; ils amenaient avec eux quelques
chevaliers. Les hauts barons de France avaient une plus
brillante escorte; ainsi Hervé de Donzi, comte de Nevers,
d'Auxerre et de Tonnerre, s'était fait accompagner de cent
chevaliers. Cet Hervé de Donzi était un personnage assez
louche. En 1214, il avait conclu avec Jean sans Terre une
alliance d'après laquelle Agnès, sa fille unique, devait épouser
le fils du roi d'Angleterre. Après la trêve de Chinon, il rentra
en grâce auprès de Philippe-Auguste, qui tenait à ne point
laisser le comté de Nevers tomber dans le domaine des Plan-
tagenets; d'après un traité conclu en juillet 1215, la main
d*Agnès fut accordée à Philippe, fils aîné de Louis de France.
Mais le comtede Nevers allait jouer dans l'expédition de 1216
un rôle équivoque, et laisser en Angleterre une réputation
1. Ntst. des dues de Norm,, 165 et 167. — Wendover, II, 653. —
Cpggeshall, 181.
Ch. Petit-Dutailliî. Bègne de Louis VIIL 1
98 LES COMPAGNONS DE LOUIS
souillée; le biographe de Guillaume le Maréchal le qualifie
d' « orguilos e pervers » et Roger de Wendover l'appelle
c( un descendant du traître Ganelon »/. Avec une escorte plus
ou moins nombreuse étaient arrivés aussi Enguerran de Couci,
Jean de Montmirail, Robert de Dreux, Guichard de Beaujeu,
Raimond IV, vicomte de Turenne, Etienne deSancerre, Robert
de Courtenai, Gérard la Truie, le comte de Rouci, etc.. Quant
au vaillant comte du Perche, il ne passa la Manche qu'à la
fin de l'été, ainsi que le comte de Bretagne, Pierre Mauclerc,
qui espérait conquérir en Angleterre le comté de Richmond*.
Aux barons français, s'était joint Guillaume, comte de Hol-
lande ; il convient de rappeler qu'un allié de Jean sans Terre,
le comte de Loos, avait des prétentions sur le comté de Hollande'.
Outre quelques intimes comme le vicomte deMelun et le cham-
bellan Ours de la Chapelle, Louis eut pour compagnons dans
sa nef Simon de Langton et Eustache le Moine*. Simon de
Langton était frère de l'archevêque de Cantorbéry et partageait
sahaine du despotisme royal; en 1214, il était allé à Rome pour
protester auprès du pape contre la connivence de Jean sans
Terre et du légat Nicolas, qui s'entendaient pour opprimer
rÉglise anglicane; l'année suivante, élevé par le chapitre
d'York à la dignité archiépiscopale, il avait vu son élection
cassée par le pape sur la demande de Jean. Dès lors le roi
d'Angleterre n'eut pas d'ennemi plus acharné ^ Quant à
Eustache le Moine, c'était un des hommes de guerre les plus
1. Philippide, 1. X, v. 95 et suiv. — Delisle, n® 1584. — //«/. dt
Guill. le Maréchal, v. 16079. — Wendover, II, 665. — Philippe de
France étant mort trois ou quatre ans après, sa veuve épousa Gui de
C'hîUillon, comte de Saint-Pol. (Aubri de Troisfontaines, 902; voy. René
de Lespinasse, J/ervr de iJonzy, 51 et suiv.).
2. Pierre Mauclerc avait des droits sur ce comté par sa femme, sœur
utérine d'Artur. Le 12 août 1215, Jean sans Terre lui avait promis de
lui donner tout ce qui lui appartenait en Angleterre, s'il se mettait à
son service {Litt. pat., 152 ^'). Mais le comte de Bretagne était alors de
trop fraîche date l'obligé de Philippe-Auguste pour songer à le trahir.
3. Hymer, I. part, i, lil.
4. Tons ces renseignements sont fournis par TA non. deBéth., f. 60 et
!'///>/. des ducs de Novm.^ 1G5 et suiv. et 179. — La liste de TAnonyme
est à peu près reproduite dans les Islorc et rron. de Flandre^ 122-123.
— Ours de la ('hapelle, chambellan de Philippe-Auguste, était parti-
culièrement attaché au service de Louis; il porte dans une charte le
titre do « domini Ludovici domini régis primogeniti cambellanus. »
(Bib. AV//., collect. Mnreau, vol. 130, f. 154).
5. I/i'st. des ducs de \orm., 167. — Wendover, II, 572, 628-629, 634.
DÉPART POUR L'ANGLETERRE 99
redoutés de ce temps ; né d'une famille noble de l'Artois, il
était entré au monastère de Saint- Vulraer ; il jeta bientôt le
froc aux orties et devint sénéchal du comte de Boulogne ; mais
il se brouilla avec son maître et alla offrir son bras à Jean
sans Terre; puis, vers 1213, il abandonna le roi d'Angleterre
pour passer au service de Philippe-Auguste. Ce pirata fortis-
simusy par la terreur qu'il sema dans la Manche pendant de
longues années, acquit une célébrité qui dura jusqu'à la fin
du XIII® siècle; pour expliquer son audace et ses hauts faits,
on disait qu'il avait été instruit dans la sorcellerie par les
Maures d'Espagne, et le roman qu'on a composé sur sa vie est
une énumération d'exploits magiques*. Pendant tout le cours
de l'expédition de Louis de France il eut avec ses frères la
direction des opérations navales ; « si s'estoit molt penés de
« cel afaire; maintes fois en ot la mer passée, comme chil qui
« moult en savoit » *.
Le départ fut fixé au vendredi 20 mai 1216, à 9 heures du
soir*. Les nefs étaient réunies dans le port de Calais. A l'heure
dite, Louis « fist ses trompes soner et comanda à sigler ».
La nuit fut mauvaise; un vent violent s'était levé du nord-
est et la traversée menaçait d'être laborieuse. Plusieurs che-
valiers se noyèrent et déjà l'on parlait de retour. Louis, « qui
« trop hardis estoit », voulut continuer son voyage. Un certain
nombre de ses compagnons, entre autres Enguerran de Couci,
Tabandonnèrent alors et reprirent le chemin de Calais, où ils
retrouvèrent le comte de Nevers, qui, parti en retard au milieu
de la nuit et de la tourmente, avait vainement essayé de rejoin-
dre la flotte. Ces chevaliers ne trahirent point leur devoir et
prirent la mer dès que le calme fut revenu, fort inquiets du sort
1. Voy. le Roman (TEustache le Moine, édit. Foerster. Les exploits
du fameux pirate devaient exciter le patriotisme local des historiens
boulonnais. On trouvera dans la Revue du Nord (1893, 1*^' sem., p. 15,
41, 82, 117) une longue étude de M. Malo sur Eustache le Moine. La
notice de M. Deseille, dans Mèm, Soc. Acad. de Boulogne-sur- Mer, IX,
408, est très brève; cet auteur, sous le titre d'o Eustache le Moine,
« Chronique boulonnaise » (Boulogne-sur-Mer, 1878, in-4), a composé
an roman historique regrettable. *
2. ffisl, des ducs de Norm.^ 167. — Les frères d'Eustache le Moine
sont nommés dans le texte de la paix de 1217.
3. Chron, du chanoine de Laon, 719. — Hist. des ducs de Norm.,
168. — Cf. Fragm, de Vhist. de PhiL-Aug., f. 166 v®. La flotte anglaise
venait d'être dispersée par la tempête dans la nuit du 18 au 19 et Louis
voulait profiter ae Toccasion.
100 ARRIVEE DE LOUIS
de rhéritier royal '. Celui-ci n'avait que sept nefs avec lui lors-
qu'il arriva le 21 mai en vue du cap Northforeland. Il pouvait
débarquer soit à Sandwich, soit à Stonor, dans Tile de
Thanet: c'étaient là les deux ports de Londres*. Averti sans
doute que Sandwich était gardé, Louis cingla vers Stonor.
Il tint à débarquer le premier. De la foule qui l'attendait sur
le rivage, un prêtre se détacha, portant un crucifix; Louis
voulut sauter à terre, mais il tomba dans l'eau; il baisa le
crucifix et planta enfin sa lance sur le sol anglais ^
Guillaume le Breton prétend que Jean sans Terre atten-
dait Louis de France, mais que celui-ci, malgré les fatigues
du voyage et Tinfériorité momentanée de ses forces, ordonna
l'attaque et força son adversaire à fuir*. C'est une erreur.
Jean sans Terre avait réuni à Douvres une belle flotte très
supérieure à celle de Louis, et comptait bloquer et incendier
les nefs françaises dans le port de Calais. Mais dans la nuit
du 18 au 19 mai, une tempête s'éleva et dispersa sa flotte;
découragé, il se retira le 20 à Cantorbéry. Il apprit le lende-
main que les nefs ennemies étaient signalées. Il partit le 22
pour Sandwich et de cette ville il put voir les voiles fran-
çaises à Stonor. L'occasion de surprendre son adversaire
était déjà perdue ; car le comte de Nevers et la plupart des
autres retardataires venaient de rejoindre le fils de Philippe-
Auguste. D'ailleurs Jean n'avait pas confiance dans ses mer-
cenaires et le vieux Guillaume le Maréchal lui-même lui
conseilla de ne point tenter l'attaque. Après avoir chevauché
quelque temps sur la côte, désespéré, le roi d'Angleterre
éperonna son destrier et prit la fuite vers Douvres, sans vou-
loir parler à personne. Le 28 il arriva à Winchester. Il prit
quelques mesures de défense, fit demander des vaisseaux à la
commune de Bayonne ; mais d'autres lettres montrent qu'il
était complètement découragé \
1. Fragm. de Ihist. de PhiL-Aug., f. 166 vo-167. — Coggeshall, 18t.
2. Burrows, Citigue Ports, 31-32. Le détroit oui séparait autrefois
Tîle de Thanet du comté de Kent est maintenant aessécné.
3. Fragm. de Vht'st. de Phil.-Aug., f. 167. — Ann, de Dunstaph, 45.
— Wendover, II, 653. — J/ist. des ducs de Norm., 168.
4. CAron., §221.
5. I/ist. des ducs de Norm., 167 et suiv. — Fragm, de Vhisi, de
Phil.-Aug., f. 167. — Anon. de Béth., f. 60. -- Coggeshall, 181. —
ARRIVEE DE LOUIS 101
Dès le 23 mai, Louis était passé à Sandwich, « où il
a adressa une allocution bienveillante aux Anglais qui étaient
« venus à sa rencontre ». On trouva dans la ville beaucoup de
vivres et de marchandises. Louis s'empara des nefs du roi
d'Angleterre, les joignit aux siennes et renvoya toute la flotte
en Artois; c'était une façon de brûler ses vaisseaux*. Guil-
laume le Conquérant, une fois débarqué et victorieux, avait
marché rapidement sur Douvres et n'était entré à Londres
qu'après avoir mis la main sur cette « clef de l'Angleterre ».
Mais Louis de France avait hâte de se montrer aux barons
qui Tattendaient depuis six mois ; or le siège de Douvres
menaçait d'être long. On se dirigea donc immédiatement vers
Londres. Le château de Cantorbéry fut rendu sans résistance';
il est probable que Louis reçut bon accueil des moines de
l'Église du Christ, qui avaient eu autrefois recours à Philippe-
Auguste, dans leur lutte contre les archevêques'*; en revanche
il ne put fléchir Alexandre, abbé de Saint- Augustin. Ce prélat
était le frère de lait et l'ami de Jean sans Terre ; au moment
où il apprit l'approche des Français, il avait à sa table Galon
de Beccaria, qui dut s'enfuir précipitamment. Malgré la lettre
que Louis lui avait envoyée et dont nous avons donné plus
haut l'analyse, en dépit des promesses et des menaces, l'abbé
Alexandre « comme un autre Alexandre le Grand le Magna-
« nime » refusa de désobéir au Saint-Siège, qui lui ordonnait
d'excommunier les ennemis de Jean. Louis de France se con-
tenta de mettre dans la ville une bonne garnison ; puis, ayant
été rejoint par les chevaliers français de Londres et un grand
nombre d'Anglais, il continua saroute\ Le 30 mai Rochester
fut pris. Beaucoup de barons vinrent dès ce moment faire
Barnwell, 229. — Ann. de Dumtaple, 46. — Ann. de Winchesier^ 82.
— Jean de Tayster, H, 172. — Rymer, I, part, i, 141-142. — Lia.
elaus.j I, 273 *». — Lia. pat,, 186, 188. — Itiner. ofJohn,
\. Afin, de Duns tapie, 45. — Anon de Béth., f. 60. — Jlist. des ducs
deNorm,, 170.
2. Ann. de Dunstaple, 46. — Hist. des ducs de Norm., 171. — Fragm.
de Vhist. de Phil.-Aug., f. 167 vo.
3. Epistolœ Cantuarienses, 10, 86, 146, 155, 222, etc.. Voy. aussi
V Introduction de Stubbs.
4. Thorne, Gesta abbalum, etc., col. 1864-1865 et 1868-1870. —
Dugdale, Monasticon anglicanum, I, 122. — Cf. Pressuti, n» 50. —
Ann. de Dunstaple, 46. — Barnwell, 230. — Mousket, v. 22565 et
8ufv.
102 LOUIS DE FRANCE A LONDRES
hommage au fils de Philippe-Auguste. Tels furent les comtes
de Winchester, de Hcrtford, d'Essex, d'Oxford, Robert Fils-
Gautier, Guillaume le Maréchal le jeune, etc.. *.
Après avoir reçu la soumission des autres châteaux qu'il
trouva sur sa route, Louis entra à Londres, le 2 juin. « Li
« bourgois de la ville alerent encontre lui, qui grant joie orent
« de sa venue. » 11 alla prier à Saint-Paul, au milieu d'un
grand concours de peuple, et le clergé fit une procession en
son honneur. Cependant, même en ce premier jour d'allé-
gresse, le triomphe des fleurs de lis ne fut point complet. Les
gens qui tenaient la tour de Londres au nom de l'archeTéque
de Cantorbéry refusèrent de la rendre : ils ne devaient s'y
résigner que le 6 novembre suivant ; enfin l'abbé de West-
minster refusa de recevoir les Français. Le lendemain, au
palais de Westminster, Louis reçut les hommages d'un certain
nombre de barons ; Guillaume Hardel, maire de Londres, et
un grand nombre de bourgeois lui jurèrent fidélité dans le
cimetière de l'église Saint-Paul ; de son côté il fit serment
sur les évangiles do rendre à tous les bonnes lois et à chacun
son héritage*. Puis il envoya des lettres au roi d'Ecosse ainsi
qu'aux barons qui ne lui avaient point encore fait hommage,
pour les sommer de se soumettre^.
Mais son adversaire ne faiblissait point. Je veux parler de
Galon de Beccaria, et non pas de Jean sans Terre ; comme le
dit le continuateur de Robert d'Auxerre, « le roi, au milieu
« de tous les malheurs qui l'accablaient, n'avait plus de nerfs
« pour agir; en son lieu et place, le cardinal combattit
<( comme il put, tirant du fourreau le seul glaive dont il dis-
« posât, le glaive de Pierre* ». Cette fois encore on vit une
1. Hist. des ducs de Xorm.f 171. — Chron. de Merion (pièce justifie,
n» ni). — Afin, de Waveriey, 285. — Chron. de Melsa, I, 396.
2. Nist. des ducs de Sorm., 171-172. — Coggeshall, 181, — Bam-
well, 230. — Chron. de Merion (pièce justifie, n® III). — Ann. de Wa-
verley, 285-286. — .Iww. de Stanley, 523. — De Antiq. leg. liber, append.y
202. — Wendover, 11,654: « Ille vero, tactis sacrosanctis Evangiliis,
« iuravit quod singulis eorum bonas leges redderet, simul et amissas
« nereditates ». — Brut y Tywysogion, 293, trad. angl. : « Began toaward
« to ail of them their légal daims. » — Même mention dans le Fragm.
de Vhist. de Ph.-Aug.. f. 167 v".
3. Wendover, II, 654. — Ayloffe, Calendar, p. 327.
4. Robert d'Auxerre, Contin. 11, 281.
INNOCENT III ET LE LEGAT GALON 103
grave question politique tranchée par riniliative d'un légat.
Innocent III pour sa part était encore hésitant ; c'est ce que
montre fort bien la lettre envoyée vers le 10 mai à Louis de
France par les trois agents qu'il avait dépêchés auprès du
Saint-Siège. Ils avaient vu le pape une première fois le 8 mai.
« Quand nous entrâmes, disent-ils, il était gai, mais il devint
« triste en nous voyant. Nous lui présentons nos lettres et le
« prions d'agréer vos salutations. Il nous répond: votre sei-
« gneur n'est point digne de notre salut. » Cependant il se
déclara prêt à entendre leurs raisons, et le 10 eut lieu la dis-
cussion que nous avons exposée. A la fin le pape s'écria en se
frappant la poitrine avec de grands soupirs : « Hélas ! En
« cette affaire TÉglise de Dieu ne peut échapper à la confu-
a sion. Si le roi d'Angleterre est vaincu, nous sommes
« confondu par sa propre confusion, car il est notre vassal
« et nous sommes tenu de le défendre. Si le seigneur Louis
« est vaincu, ce qu'à Dieu ne plaise, l'Église romaine est
« frappée par le coup qui le frappe, et nous regardons comme
« nôtre sa blessure. Nous l'avons toujours considéré et le
a considérons encore comme le bras, la consolation et le
« refuge de l'Eglise romaine dans toutes les occurrences, dans
« l'infortune, dans la persécution. » Et il ajouta qu'il aime-
rait mieux mourir que de voir en cotte circonstance arriver
malheur au fils de Philippe-Auguste. 11 congédia les trois
envoyés sans avoir rien résolu. Sur le conseil de quelques
cardinaux, les agents de Louis prirent patience, espérant
qu'Innocent III se prononcerait le jour de T Ascension \ Nous ne
savons pas ce qui eut lieu ensuite à Rome ; mais dès le len-
demain de l'Ascension, c'est-à-dire le 20 mai, le légat débar-
qua à Romney, « pour aidier et conforter le roi et por faire
ce justice de cels qui encontre lui estoient ne seroient ». Jean
sans Terre vint le recevoir avec de grandes démonstrations
de joie et d'amitié. Comme tous les légats qui passaient la mer.
Galon portait le même costume que le souverain pontife et
chevauchait sur un palefroi blanc ■ ; ne se conduisait-il point
du reste en véritable pape ? Tandis qu'Innocent III se lamcn-
1. Wendover, II, 656-657.
2. Hist. des ducs de Norm.^ 168 1G9.
104 LOUIS DE FRANCE EST EXCOMMUNIE
tait, son légat agissait. Lors du débarquement des Français,
Jean sans Terre s'était enfui à Winchester; Galon vint le
rejoindre e( sur son ordre, au son des cloches et à la lumière
des cierges, Tévèque Pierre des Roches excommunia solennel-
lement Louis de France et ses complices et défendit de célé-
brer loffice divin en leur présence * (29 mai). On voit par les
documents pontificaux que cette sentence frappait non seule-
ment les Français et les Anglais qui avaient pris les armes
contre Jean, mais tous ceux qui avaient favorisé d'une façon
quelconque les projets de Louis*. Le christianisme ne connais-
sait point ici-bas de peine" plus terrible que celle-là. « Lorsque
« le pécheur est excommunié, dit Honorius III dans un de ses
c( sermons, c'est comme une feuille qui est arrachée de la
« moisson du seigneur' ». Sur un ton moins noble, le frère
prêcheur Gilles de Liège s'écriait : « J'aimerais mieux avoir
c( en ma compagnie dix mille diables qu'un seul excommu-
« nié ». Cependant Toffet des sentences ecclésiastiques était
bien affaibli à cette époque : on vit Erard de Brienne rester
fort longtemps excommunié sans qu'il en parût gêné et trouver
des partisans même parmi les gens d'église. Comme l'a re-
marqué M. Hauréau, il y avait déjà, si grande que fût encore
l'influence de l'Église, une opinion publique qui ne ratifiait
pas toutes les sentences des prélats \ Il est vrai qu'à la nou-
velle du châtiment qui les frappait, certains compagnons de
Louis rentrèrent en France: nous savons qu'il en fut ainsi
pour le comte de Rouci*; mais ce seigneur s'était embarqué à
contre-cœur, et de sa part l'obéissance aux décrets du légat
pouvait n'être qu'un prétexte. En tout cas il n'y eut que
cinq églises à Londres où l'on respectât l'interdit ; sur
l'ordre du doyen Gervais de Hobruges, les chants religieux
continuèrent à retentir dans Saint-Paul et le chapelain de
1. Barnwell, 230. — Ann. de Winchester, 82. — Annales Winlon-
Waverley, 187-188. — Ilisl. des ducs de Norm,^ 169. — Wendover, II,
654.
2. Pressuti, n» 1615.
3. Opéra omin'a, t. I, sermon xx, c. 810.
4. Art. de M. Hauréau sur un poème attribué à Walter Mapcs. \oL
et Extr, des Mss., XXIX, 273-274. — D'Arbois de Jubainvillc. op. cit..
IV, part. I, 182.
5. Lettre de l'abbé de Prémontré à Innocent III, écrite entre le 29 mai
et le 16 juillet 1216, dans H. F., XIX, 605. — Pressuti, n« 125.
LE ROI JEAN EST ABANDONNÉ 105
Louis ainsi que ceux des barons célébcgrent la messe dans
les camps. Simon de Langlon et le doyen de Saint-Paul, pour
justifier cette rébellion, disaient que Louis en avait appelé du
pape mal informé au pape mieux informé et qu'en atten-
dant la décision définitive du pontife, toute sentence de ce
genre était vaine*.
Les foudres du légat ne ramenèrent personne dans le parti
des Plantagenets et n'empêchèrent même point de nouvelles
défections. Le roi d'Ecosse vint au mois d'août faire hom-
mage au rival de Jean sans Terre ; Louis, qui essayait alors
de prendre Douvres, se porta à sa rencontre jusqu'à Cantor-
béry et revint avec lui devant la ville assiégée ; Alexandre II
lui fit hommage sous la même forme que les barons, pour la
terre de Lennox. Louis jura en retour do ne point conclure de
paix sans être d'accord avec lui. Le jeune roi reprit ensuite
le chemin du nord *. Enfin Jean sans Terre voyait peu à peu
déserter ses fidèles ; les comtes de Varenne, d'Oxford,
d'Aumale, d'Arundel, le comte de Salisbury lui-môme et
beaucoup d'autres étaient venus dès le mois de juin faire
hommage à Louise Parmi les hauts barons anglais, si l'on
met à part ceux qui tenaient les grands offices de la couronne,
le comte de Chester resta à peu près seul fidèle au Plantagenet*.
Les seigneurs qui abandonnaient si tardivement un prince
depuis si longtemps détestable n'agissaient point sans doute
pour des motifs politiques ; il y en avait que Jean sans Terre
s'était aliénés pour des raisons intimes ; tel était Guillaume
Longespée, qui avait soudain été informé des relations inces-
tueuses entretenues par sa femme avec le roi*. Beaucoup
d'autres durent faire défection pour un motif moins noble.
Jean n'avait plus d'argent ; les Rôles de la pipe ne furent
dressés cette année-là pour aucun comté, ce qui prouve que
1. Iltst. des ducs de Norm., 171-172. — Wendover, II, 655.
2. Hist. des ducs de Norm., 179 : c» Lendemain fist li rois son hou-
« mage a Looys de la tierre de Loonnois. » Francisque Michel suppose
qu*il s'agit de la terre de Lennox. — Chron. de Mailros, 123-124. —
Wendover, IL 666.
3. Hist, des ducs de Norm., 174. — Barnwell, 231. — Coggcshall, 182.
4. Afin, de Worcester^ 406.
5. Guill. le Bret., Chron., § 222.
106 succès DE LOUIS DE FRANCE
nulle rente n'arrivait plus au trésor royal. Or, comme le
constate le biographe de Guillaume le Maréchal :
Or fait bien isi à saveir
Quant li reis n'ont plus de Faveir,
Qu'ove lui remest poi de gent *.
Cetait là pour Louis de France un puissant motif de
succès. Si Jean avait pu conserver les quinze mille merce-
naires qu'il avait engagés, ses ennemis seraient peut-être
restés bloqués dans Londres. Mais la débandade avait com-
mencé avant l'arrivée de Louis ; nous avons un acte du
17 mars 1216 par lequel Jean sans Terre promet à une centaine
de chevaliers étrangers de les rapatrier, à moins qu'ils ne
veuillent rester à son service sans gages, « pour l'amour de
lui' ». Lorsque Louis eut débarqué, la plupart des merce-
naires abandonnèrent le roi d'Angleterre ; les uns rentrèrent
dans leurs foyers, les autres passèrent au service du fils du
roi de France, leur seigneur naturel ; parmi ces derniers on
peut citer l'auteur de ï Histoire des ducs de Normandie et des
rois d'Anglelerre, qui était probablement un ménestrel des
environs de Béthuno^
Louis de France commença immédiatement la campagne de
conquête. 11 partit do Londres le G juin ; le 7 il reçut la sou-
mission du château do Rogate, en Sussex; le 8 celle de Guild-
fort, en Surrey ; le 11 celle de Farnham. Puis il se dirigea
vers Winchester, où se trouvait son adversaire. Jean avait
manifesté l'intention de se défendre et belliqueusement arboré
le dragon comme insigne de guerre ; mais à l'approche de
Tennemi il s'empressa do fuir avec Pierre des Roches, lais-
sant Winchester à la garde de Savari de Mauléon, qui mit le
feu aux faubourgs. Les habitants éteignirent Tincendie et se
rendirent à Louis de France (14 juin). Après avoir essayé
pendant une semaine et demie de défendre le château du roi et
1. V. 15117-15119.
2. Bot. Chart.. 221 •» —222 ^ et K
3. Barnwell, 230. — Wendover, 11,655. — Reincri Annales, 674. —
Mousket, V. 25583 et suiv. — Sur l'auteur de Vllist. de^ducs de Aorm.,
voy. notre Introduction.
CONQUÊTE DE l' ANGLETERRE ORIENTALE 107
celui de Tévêque, Savari de Mauléon capitula et alla rejoindre
Jean. Les Français assiégèrent ensuite le château d'Odi-
ham, qui appartenait aussi à 1 evêque de Winchester et était
gardé par trois chevaliers et dix sergents ; la petite garnison
se rendit au bout de trois jours (9 juillet). Louis reçut là un
message de Hugue do Neuville, qui avait été chargé de garder
le château de Marlborough et se déclarait prêt à le rendre*.
Enfin les barons des Cinq-Ports jurèrent fidélité à Louis ; le
comte de Varenne, auquel Jean sans Terre avait confié la
défense des côtes, était, comme nous Tavons vu, passé dans
le camp des rebelles*. Les comtés du sud-est furent en somme
très facilement soumis ; Douvres seul restait imprenable.
Pendant ce temps Tarmée des barons, sous la conduite de
Robert Fils-Gautier, de Guillaume de Huntingfield et de
Guillaume de Mandeville, réduisait TEssex, le Sufi'olk et le
Norfolk. Gilbert de Gant fut envoyé aussi dans le nord pour
s'opposer aux sorties des garnisons que Jean avait placées à
Nottingham et à Newark afin de dévaster dans cette région
les domaines des barons ; tout le Lincolnshire, sauf le châ-
teau du chef-lieu, tomba entre les mainâ de Gilbert, qui avait
reçu de Louis l'investiture du comté. Enfin Richard de Perci
et d'autres barons soumirent la province d'York, tandis que
m _
le roi d'Ecosse conquérait le Northumberland. Guillaume le
Maréchal le jeune occupa aussi Worcester au nom de Louis ;
mais cette ville fut reprise le 17 juillet par le comte de Ches-
ter et Fauquet de Bréauté ; Exeter et Ely, qui formait alors un
îlot au milieu des marécages, ne purent non plus être soumis'.
On voit que vers la fin de juillet Louis avait en somme
sous sa puissance la plus grande partie de TAngleterre orien-
tale. Dans cette région, trois fortes places seulement étaient
restées inexpugnables et servaient" à l'ennemi de centres
d'opération : Lincoln, Windsor et Douvres. Un assez grand
1. Ilisi. des ducs de Norm., 172etsuiv. — Ann. de Waverley, 285. —
Ann. de Winchester, 82. — Ann. Winton-Waverley, 188. — Coggeshall,
182. — Wendover, II, 655. — Mousket, v. 22574 et suiv. — Chronique
de 1157 à 1245 (Brit. Mus. ms. Sloane n° 18*6), f« 134.
2. Lilt. Pai., 184 — Rymer, I, part, i, 143 (Cf. Duffus Hardy, Syllabu^s,
III, XII).
3. Wendover, II, 655-656, 663. — Ilist. des ducs de Norm., 172. —
Ann, de Worcester y 406-407. — Ann, de Dunstaple, M et suiv.
108 PREMIER SIÈGE DE DOUVRES
nombre d'autres châteaux n'avaient point capitulé, mais on
avait conclu des trêves avec les châtelains ^ Quant à Jean
sans Terre, depuis qu'il avait quitté Winchester, il errait
dans les comtés de Touest, le Dorsetshire, le Wiltshire et le
Gloucestershire ; il avait fortifié Corfe, Wallingford, Warham,
Bristol et Devize ; mais ses deux ennemis Louis de France
et Llewelyn le Gallois le tenaient enserré*.
Avant de s'enfoncer vers l'ouest, Louis jugeait prudent de
s'emparer de Douvres, pour « rendre libre Taccès de l'Angle-
terre ^» et aussi pour mettre fin aux sorties meurtrières de la
garnison. Après de vaines négociations de paix avec le légat,
il alla mettre le siège devant cette place, le 25 juillet. Jean y
avait laissé, sous le commandement de Hubert de Bourg et de
Gérard de Sotteghem, une bonne garnison de Flamands et
de Poitevins, où l'on comptait cent quarante chevaliers en-
viron et (le nombreux sergents ; le château était solidement
fortifié et bien approvisionné. C'était le château qu'il s'agis-
sait de prendre. Quant à la ville, Louis s'en rendit aisément
maître. Il s'y logea dans un prieuré; ses troupes s'établirent,
qui dans les maisons, 'qui sous des tentes; pour montrer aux
assiégés qu'on était décidé à rester là tant qu'il le faudrait, on
construisit à l'entrée de la ville des huttes, des cabarets, qui
donnèrent à ce lieu l'aspect d'une foire. Une flotte bloquait
la place par mer. Bref tout espoir semblait perdu pour les
assiégés. Mais ils défendaient vaillamment leur vie : Louis
n'avait-il pas juré de les pendre tous ? A la porte du nord-est, il
y avait une barbacane par laquelle ils faisaient des sorties
audacieuses. Un jour, Louis résolut un grand assaut; il laissa
quelques troupes dans la ville et monta avec le reste de ses
gens sur une hauteur, c'est-à-dire évidemment sur le plateau
qui s'étend au nord du château. Là, il fit dresser ses pier-
rières et ses mangonneaux pour battre les murailles, et ses
mineurs, abrités par un chat y sorte de château roulant,
1. Coggeshall, 182.
2. Wendover, II, 656. — Iliner. of John.
3. « ... Introitum Anglie liberare » (Guill. le Bret., Chron., § 222).
Selon une addition de Mathieu de Paris, ce fut Philippe-Auguste qui
engagea Louis à s'assurer de cette place : « Reprehensus a pâtre, tiui-
ff quam nescius werre, eo quod relicto Castro Dovere progrederetar...»
(^Chron., H, 66'i).
PREMIER SIEGE DE LINCOLN 109
entrèrent dans le fossé et se mirent à pratiquer une excava-
tion dans les remparts ; en même temps les chevaliers atta-
quèrent la barbacane, qu'ils réussirent à prendre. Les mineurs
parvinrent à faire crouler une des deux tours ; une partie de
Tarmée française entra par la brèche, mais les asssiégés
repoussèrent victorieusement cette attaque et comblèrent le
trou avec des poutres et des troncs de chêne. Des deux côtés
on était épuisé. Louis accorda une trêve à Hubert de Bourg
pour lui laisser le temps d'envoyer un message à Jean sans
Terre ; il fut convenu que si Jean n'envoyait aucun secours,
Hubert capitulerait, puis l'armée française se retira à Londres
(14 octobre)*.
Pendant ce siège, Louis avait été rejoint par deux armées
de barons. La première, composée de Norois, arriva à Douvres
au mois d'août en même temps que le roi d'Ecosse; elle venait
de faire une tentative sur Lincoln; une vieille femme qui avait
été chargée par Jean sans Terre de garder le château de Lin-
coln et qui jusqu'à la fin de la guerre s'acquitta de sa tâche
avec vaillance et habileté, dame Nicole de la Haie, s'était dé-
barrassée des Norois en leur donnant de l'argent*. Quant à la
seconde armée, elle était formée des barons de Londres com-
mandés par le comte de Nevers et Robert de Dreux; après le
départ de Louis,ils avaient pris Cambridge et mis le siège devant
1. Litt, Clans. ^ I, 275. — Hist, des ducs de Norm.^ 170, 176 et suiv.
— Anon. de Béth., f. 61. — Mousket, v. 22598 et suiv. — Guili. le
Bret., Chron. § 222. — Coggeshall, 182. — Barnwell, 232. — De
Ant. leg, liber, append.^ 202. — Ann. de Waverley, 285. — Ann, de
Dunstaple, 46-47. — D'après le Fragm. de Vhist, de PhiL-Aug., f. 168,
Louis serait allé ensuite secourir le roi d'Ecosse assiégé dans un de ses
châteaux par le roi d'Angleterre. Au contraire, selon Roger de Wen-
dover (II, 664, III, 4-5), le siège de Douvres n'aurait fini qu'après
la mort de Jean sans Terre. A la nouvelle de cet événement, Louis
aurait demandé une entrevue à Hubert de Bourg et lui aurait fait les
offres les plus brillantes pour le déterminer à se rendre et à passer
dans son parti; Hubert de Bourg aurait refusé. L'anecdote est racontée
d'une façon plus détaillée dans une addition de Math, de Paris {Chron.,
m, 3-4)', écrite sur un ton d'évidente partialité en faveur de Hubert.
Tous ces récits sont manifestement erronés. Les chroniqueurs les
mieux informés indiquent après la levée du siège de Douvres le retour
de Louis à Londres, puis la mort de Jean sans Terre.
2. Barnweil, 230. Cf. le récit certainement erroné de Roger de Wen-
dover, p. 665. Je ne sais s'il faut identifier cette armée de Norois avec
celle de Gilbert de Gant, oui, nous l'avons vu, envahit le Lincolnshire
en juin ou juillet. — Sur Nicole de la Haie, voy. le mémoire que nous
avons publié dans les Mélanges Julien Havet,
110 MORT DE JEAN SANS TERRE
Windsor. C'est à cette occasion que pour la première fois Jean
sans Terre prit l'offensive. Pendant le mois d'août, il commença
à secouer sa torpeur, fit une incursion dans le pays de Galles
et incendia quelques châteaux*. Sachant Windsor bloqué et
les assiégeants peu nombreux, il dégarnit ses places pour
réunir une armée et le 6 septembre il arrivait à Reading;
mais à la nouvelle que l'ennemi se préparait à la bataille, le
cœur lui manqua encore une fois et il alla ravager l'Essex et
le Suffolk. Les barons quittèrent alors Windsor sous prétexte
de le poursuivre ; certains chroniqueurs accusent le comte de
Nevers de connivence avec le châtelain de la place assiégée,
qui aurait acheté son départ ; le fait est assez vraisemblable,
car le comte do Nevers ne fit pas grand effort pour atteindre
Jean et revint presque immédiatement à Londres pour aller
de là à Douvres'.
Cette fin d'été n'avait pas été très fertile en succès. Louis
de France avait réussi seulement à désarmer pour quelque
temps le redoutable Hubert de Bourg; ceux qui devaient
réduire Lincoln et Windsor s'étaient résignés à un échec
lucratif. Un hasard, fort malheureux en dépit des apparences,
allait compromettre plus gravement encore le succès de
l'invasion. Après avoir continué sa course dévastatrice dans
les comtés de Norfolk, de Cambridge, de Lincoln et de
Nottingham, Jean arriva le 12 octobre 1216 à l'abbaye de
Swineshead; là il tomba malade, pris probablement de
dysenterie pour avoir bu trop de cidre, et il mourut le 19 du
même mois à Lafford^.
Maintenant que Thomme « plus souillé que l'enfer* » avait
1. Brut y Tywysogion^ 292. — Ann. de Dunstaple, 47. — //m. ofjohn,
2. Les meilleurs récits de cette campagne de Windsor sont ceux de
VUist. des ducs de Norm., 177 et suiv., de Goggeshall, 182-183, et de
Barnwell, 230-231. Voy. aussi Ann. de Dunstaple, 47, et Itiner. ofjohn.
Le récit de Wendover, II, 664 et suiv., est plein d^inexactitudes.
3. Barnwell, 231. — Goggeshall, 183-184. — • Wendover, II, 667-668.
— Itiner, of John. — Les chroniques postérieures (Th. Wykes, 59;
Ann. de Bermondsey, 453; Eulog. historiar.^ 109 et suiv.; Gautier de
Hemingburgh, I, 252 et suiv.), contiennent sur la mort de Jean une
légende plus ou moins amplifiée qui n'a aucun fondement. Voy. Tart.
de S. Pegge dans YArchœologia^ IV, 29 et suiv. ; et Notes and Querieê^
2« série, I, 57.
4. « Sordida fœdatur fœdante Johanne gehenna » (Math, de Paris,
Chron.y II, 669).
MORT DE JEAN SANS TERRE 111
disparu, le peuple anglais persisterait-il à vouloir changer de
dynastie? 11 convient d'examiner comment la domination
capétienne s'était établie et comment elle avait été accueillie.
CHAPITRE VI.
f:TAT DE L'ANGLETERRE A LA MORT DU ROI JEAN.
LE GOUVERNEMENT DE LOUIS DE FRANCE.
« Li rois Jehans », écrit l'auteur de V Histoire des ducs de
Normandie et des rois d'Angleterre, « moru deshiretés de la
« plus grant partie d'Engletierre \ » Le chanoine de Barnwell
nous fait un tableau bien différent de la situation. Selon lui,
au moment de la mort du Plantagenet, Louis de France
avait conscience de Timminence d*un échec définitif et restait
sur la côte afin de pouvoir rembarquer au premier malheur
qui surviendrait. Jean possédait des châteaux nombreux et
bien fortifiés par lesquels il dominait presque tout le royaume ;
le roi d'Ecosse et les Norois étaient traqués ; les barons
voyaient partout leurs terres dévastées et incendiées ; quant
à Tarméo française, elle n'était pas assez considérable pour
conquérir un tel royaume. Enfin les Anglais commençaient
à se lasser de subir tant d'épreuves au profit d'un étranger*.
Malgré l'extrême pauvreté de nos informations, il est utile
et possible de discuter la valeur de telles assertions ; le cha-
noine de Barnwell a vu les événements de 1216, mais il les a
vus de son couvent et Ton peut croire qu'en somme il n'était
pas beaucoup mieux renseigné que nous.
Pour ce qui regarde l'étendue de la domination respective
des deux rivaux, la question est impossible à résoudre avec
précision. D'une faron générale, Jean maintenait sous son
pouvoir l'Angleterre du sud-ouest (Shropshire, Herefordshire,
Gloucestershire, Somersetshire, Dorsestshire et une partie
du Wiltshiro; nous ne savons rien sur le Devonshire et la
Cornouaille). Il disputait encore à son rival les comtés du
1. P. 145.
2. Barnwell, 232-233.
SITUATION DES DEUX PARTIS 113
centre et conservait dans l'est quelques places fortes. Mais
les inquiétudes que le chanoine de Barnwell prête à Louis
de France paraissent bien invraisemblables ; la balance pen-
chait certainement en sa faveur. Les comtés du sud-est
(Hampshire, Sussex, Surrey, Kent, Middlesex, Essex, Suffolk,
Norfolk) et tous ceux du nord, depuis le Nottinghamshire
et le Lincolnshire jusqu'à la frontière de l'Ecosse, reconnais-
saient presque entièrement sa domination ; le pays de Galles
tenait pour lui ; Jean sans Terre avait sans cesse perdu du ter-
rain. Sans doute, pendant les mois de septembre et d'octobre,
ce prince fit une campagne dévastatrice dans le centre et le
nord du royaume ; mais il n'osa pas aborder l'ennemi. La
situation ne pouvait lui devenir favorable que si les révoltés
demandaient à rentrer en grâce. Naturellement il prit des
mesures pour les y induire. La politique à suivre était tout
indiquée. Jean avait des espions, chargés de prendre exacte-
ment les noms des chevaliers et même des simples sergents
qui s'étaient déclarés pour Louis de France * . Quand on pou-
vait saisir les domaines de ces rebelles, on les distribuait à
des fidèles ; par exemple, Nicole de la Haie reçut en don les
terres que Guillaume de Huntingfield possédait dans le Lin-
colnshire*. Mais à ceux qui manifestaient du repentir ou qu'on
croyait capables de tourner casaque, l'on se montrait plein
de miséricorde et de bon vouloir. C'est ainsi que les barons
des Cinq-Ports furent invités le 2 septembre à quitter le
service de Louis de France : qu'ils considèrent comme nul le
serment qu'on leur a arraché, écrivait Jean sans Terre ; que,
loin de craindre une punition, ils espèrent tout de leur roi'.
Des lettres patentes étaient expédiées aux rebelles afin de
leur apprendre quelles personnes avaient mission officielle,
dans chaque région, pour leur accorder grâce ; Galon, Pierre
des Roches, Nicole de la Haie, par exemple, servaient d'in-
termédiaires ; on pouvait conférer avec eux sous les garan-
ties d'un sauf-conduit et en cas d'entente on était immédia-
1. Voy. le rapport d'un certain Geoffroi de Ferland : Rymer, I,
part. I, 114.
2. LiU. Clans. j I, 272 — Voy. aussi Rymer I, part, i, 143; — Excerp-
ta e rotul fin,, 1, 1 ; — Pressuti, n» 37.
3. Rymer, I, part, i, 143..
Cb. Petit-Dutaillis. Règne de Louis VllL 8
114 DITHYRAMBE DE GIRAUD DE BARRI.
tement absous de rexcommunication \ Mais en dépit de
d'efforts, les documents officiels et narratifs mentionnem
nombre insignifiant de soumissions. Celle du comte d'Âui
mérite seule d'être notée '.
Le chanoine de Barnwell prétend que les sentiments
Anglais commençaient à changer à l'égard de Louis
France. Cette seconde assertion est plus difficile encore à <
trôler. Nous n'avons guère qu'une seule œuvre où se rej
l'état d'esprit d'un partisan de Louis, c'est celle de Giraui
Barri ^ A partir du moment où le fougueux prélat eut p(
tout espoir d'obtenir de Jean sans Teire le siège épiscopa
Saint David, il devint un ennemi acharné des Plantagenets
haine héréditaire dos Gallois pour les rois Angevins se c
pliqua chez lui d'une inimitié personnelle et intéressée. Ia
principis inslructione, au moins dans sa dernière rédact
est un dithyrambe en l'honneur des Capétiens : au liei
produire des tyrans comme la Bretagne, la terre de France
fertile en bons rois ; ils sont pieux, modestes, chastes, et,
de se conduire envers leurs sujets comme des lions envers
ours, ils sont d'accès facile et pleins de courtoisie ; or
voit point sur leurs armes dos animaux féroces, tels que
léopards et des lions, mais des fleurs ; le parfum du lis si
pour mettre on fuite les bètes sauvages, et ces pieux ]
acquièrent à juste titre les biens des tyrans*. Dans
poésie do son SyinboUim elecforwn, Giraud témoigne
joie plus manifeste encore des premiers succès de Loui
décrit ainsi le bonheur dont jouit l'Angleterre : « Apre:
« nuit pluvieuse, toutes les perspectives se dévoilent au ma
« le jour charmant ignore les nuages et les nuées. L'obscu
<f disparaît, tandis que s'enfuit l'auteur des ténèbres, e
« soleil nouveau répand une nouvelle lumière. Déjà cesse
« fureur servile ; lo temps de la liberté est venu, les nue
« anglaises sont délivrées du joug. Qu'elle se réjouisse, la i
(( anglaise, sur laquelle la Bienveillance suprême a jeté e
« un regard favoral)Io. Qu'elle se réjouisse et que, tendani
1. Ibid., 142-143. — Lia. pat., 185 et suiv.
2. J/ist. des durs de Norm., 179.
3. Voy. notre Introduction,
4. Dcprinc, instrucf., 76, 318-322; voy. aussi tout le chap. XVI
GOUVERNEMENT DE LOUIS. 115
« COU toujours docile, elle sache servir celui qui lui a procuré
« ce bonheur *. » Il s'agit de savoir si les sentiments de Giraud
étaient partagés par beaucoup d'insulaires.
Louis ne s'était point présenté en conquérant. Comme
Guillaume le Bâtard, il prétendait être le souverain légitime.
Mais Guillaume, dès son entrée à Londres, s'était fait sacrer
sommairement par Tarchevêque de Cantorbéry. Louis ne
porta jamais la couronne, et c'est une erreur de croire qu'il
a avait, d'après le vœu des barons, pris le titre de roi
« d'Angleterre* ». Une charte donnée le 21 novembre 1216, en
faveur de Guillaume de Huntiugfield, porte cette suscription:
« Louis, fils aîné de Monseigneur le roi de France'* ». Il est
probable que la sentence d'excommunication et Tabsenco
d'Etienne de Langton lui semblaient des obstacles momenta-
nément insurmontables ; il se ferait sacrer plus tard, après le
triomphe définitif. Il n'eut pas le temps non plus d'organiser
un gouvernement. Quand il habitait Londres, il logeait dans
le palais de Lambeth, qui appartenait à l'archevêque de Can-
torbéry ; dans la suite, pour être mieux en sûreté, il se
transporta dans la Tour*. La plupart des historiens ont né-
gligé de se demander si le fils de Philippe-Auguste confirma
la Grande Charte. Hurter etPauli déclarent qu'il n'en tint nul
compte ^ C'est une erreur ; par une mention très sèche d'un
ancien catalogue, nous savons que Louis confirma la charte
de 1215*. Mais il est probable qu'en ce temps de troubles et
de guerre, aucun article de la Charte ne put recevoir exé-
cution. Nous n'avons pas de texte nous montrant que lès
vingt-cinq barons, élus en 1215 selon l'article 01, aient joué un
rôle spécial pendant le séjour de Louis en Angleterre. On se
contenta de créer à la hâte les organes indispensables à tout
1. Œuvres, IV, 374. Les mêmes idées sont exprimées dans la con-
clusion du De princ, instruct., 328-329.
2. Aug. Thierry, Conquête de V Angleterre ^ IV, 274.
3. Voy. pièce justifie, n» I. — Le sceau, qui est à moitié détruit, a
pour légende : Sigill[um Lud]ovici p[rimogeniti régis Franci]e. C'est
un sceau de cire verte pendant sur lacs de soie rouge et verte.
4. Hisi. des ducsde Norm., 171, 199.
5. Hurter, Hist. d'Inn, III^ t. III, 461. — Pauli, Geschichte von
England, III, 459.
6. « Littera Ludovici filii régis Francie de confirmatione chartae
« baronum Anglie ». (Ayloffe.Ca/^naf. of the anc. charters^ 3'ii).
116 GOUVERNEMENT DE LOUIS.
gouvernement. Louis prit pour chancelier Simon de Lang-
ton* ; Gui d'Athies, qui expédiait ses actes en France,
l'avait accompagné en Angleterre ; Ours, chambellan de Phi-
lippe-Auguste et do Louis, avait également passé la mer ; ces
trois personnages et quelques autres souscrivirent la charte
accordée à Guillaume de Huntingfîeld, dans Tordre suivant :
le comte de Winchester ; Robert Fils-Gautier ; Ours, cham-
brier ; le vicomte de Melun ; maître Simon de Langton ; Gui
d'Athies ; Olivier de Vaux ; Maurice de Gant, « et beaucoup
d'autres ». Les formules de cette charte ne sont point celles
d'un acte royal. Elles prouvent seulement que Louis avait une
cour et des familiers, ce qui ne pouvait manquer d*être. De
môme, comme il était nécessaire d'avoir des tribunaux et
que les tribunaux anglais étaient désorganisés, Louis établit
des « justiciarii ». On voit dans un Coram rege de 1235
qu'un certain Robert Bardolf et une abbesse du diocèse de
Rennes, étant en contestation au sujet du droit de présenta-
tion à l'église de Halstow, portèrent leur querelle devant les
justiciers de Louis*. Quant au régime financier, en un temps
aussi troublé, il ne pouvait être que très irrégulier. Louis
imposa un tribut à certaines provinces, telles que l'Essex, le
Norfolk et le Suffolk, où il avait probablement trouvé une
population hostile *\ On vivait au jour le jour, avec un gou-
vernement improvise et provisoire. Il semble que les formes
encore vagues et grossières qu'avait revêtues le pouvoir nou-
veau ne devaient provoquer chez les Anglais ni satisfaction
ni appréhension précise. La question des rapports de Louis
avec les diverses classes est bien plus importante. Nous
venons de rechercher s'il avait créé des organes de gouver-
nement. Comment en fait traita-t-il ses nouveaux sujets ?
Nous avons dit que Louis de France confirma la Grande
Charte. Ne s'était-il point présenté comme le sauveur des li-
bertés anglaises ? Il prétendait être un continuateur des bons
rois, renouer les vieilles traditions, dont l'acte de 1215 don-
1. Wendover. II, 65'*.
2. liracton's Note Book, III, n^ 1163.
3. Wendover, II, 663.
GOUVERNEMENT DE LOUIS. 117
naît l'expression précise *. Les garanties obtenues par TÉglise,
les grands et les hommes libres ne pouvaient d'ailleurs le
choquer, car en limitant la prérogative de la couronne, elles
ne faisaient que diminuer les différences si marquées jus-
qu'alors entre la puissante monarchie anglaise et la royauté
française ; sinon dans la théorie, du moins dans la réalité,
les Capétiens avaient encore singulièrement à compter chez
eux avec leurs adversaires les barons ; l'Eglise et la bour-
geoisie étaient encore pour eux des alliées, plutôt que des
sujettes. Si glorieux et hautains que pussent être ses rêves,
Louis de France n'était pas habitué à identifier la royauté et
le pouvoir pratiquement absolu.
Il serait singulier qu'après avoir confirmé la Grande Charte,
Louis eût traité l'Angleterre en pays conquis ^ On a cru trop
facilement sur parole des compilateurs tels que l'auteur des
Flores Historiarum, qui, très longtemps après les événements,
écrivait : « Louis avait pris envers tous les Anglais une
« attitude superbe et odieuse' ».
C'est surtout à l'égard des nobles que Louis aurait montré
une arrogance et une injustice maladroites. A son arrivée,
disent Henri Knighton et Gautier de Hemingburgh, il se
comporta envers les barons « comme un agneau très doux » ;
mais il ne tarda pas à les écraser de son mépris, à s'appro-
prier ou à saccager leurs domaines *. Il est à peine besoin de
récuser le témoignage de ces chroHiqueurs, qui vivaient au
xiv* siècle et qui font d'ailleurs de l'expédition de 1216 un
récit incohérent. L'autorité de Roger de Wendover et de
Mathieu de Paris est assurément plus grande. Selon eux,
vers le mois d'août ou de septembre 1216, le vicomte de Melun,
étant malade à Londres et sentant la mort prochaine, appela
auprès de lui les barons anglais qui gardaient la ville, et leur
fit la déclaration suivante: Louis de France avait juré que s'il
était couronné roi d'Angleterre, tous les Anglais qui lui avaient
1. « Ad libertatem regni Anglie veninms » {Manif, de Louis, éd.
Bémont, 68).
2. C'est ce que prétendent par exemple Henri Martin {Jfisl. de
France^ IV, 94), W. Walker (fin the increase of roy. power in France,
18).
3. Flores historiarum, II, 162.
4. Knighton., I, 197. — Hemingburgh, I, 251-252.
lis LOUIS ET LES BARONS ANGLAIS.
prêté appui contre Jean sans Terre seraient exilés comme traî-
tres envers leur seigneur; seize barons français, entre autres le
vicomte de Mclun lui-même, avaient prêté le même serment. A
peine cette révélation faite, le vicomte expira, laissant les
barons anglais très perplexes ; ils étaient las de Tinsolence des
Français ; beaucoup d'entre eux envoyèrent des lettres à Jean
sans Terre pour solliciter son pardon ; mais Jean sans Terre
était mourant lorsque les messages lui parvinrent. Mathieu
de Paris rapporte gravement, dans son Historia Anglorum,
cette étrange confession d*un des plus fidèles amis de Louis
de France et brode avec beaucoup d'imagination sur le ca-
nevas qu'on lui fournit*. L'authenticité de Tanecdote me
paraît plus que contestable ; le prétendu serment de Louis de
France est aussi invraisemblable que la confession du
vicomte ; aucun autre chroniqueur contemporain des événe-
nements ne mentionne pareil fait ; enfin il n'est pas vrai que
le vicomte do Melun ait précédé Jean sans Terre dans la
tombe ; nous avons vu que sa souscription figure dans une
charte du 21 novembre 1216, et que Jean était mort le 19
octobre. Faut-il se lier davantage aux assertions du prieur
de Dunstaple ? Il nous dit dans ses Annales que le parti de
Louis s'affaiblit avant la mort do Jean sans Terre, parce que
les Français se montraient d'une morgue insupportable, accu-
saient les barons rebelles de trahison et s'appropriaient leurs
biens*. Ces annales ont été écrites, il est vrai, à l'époque de
l'expédition et nous sont sur certains points fort précieuses ;
néanmoins elles présentent trop d'erreurs manifestes et d'in-
certitudes, particulièrement dans la partie où se trouve cette
appréciation, pour qu'un pareil témoignage soit définitif. Il
faut encore plus de prudence quand on cite le biographe de
Guillaume le Maréchal'. C'est un poète et un panégyriste,
1. Wendover, II, 666 et suiv. ; Math, de Paris, Hiêt. Anglor.j If,
192-193, 202, 224. — Shakespeare a mis en scène la confession du
vicomte de Melun dans le Boi Jean, scène XI.
2. Ann. de Dwvt tapie, 47.
3. A propos des premières conquêtes de Louis, il nous dit(v. 15100-
15108).
Si prisl Ferneham et Vincestre,
E Poreceslre et Siivhnntiine;
Maint bel tonel et mainte tone
LOUIS ET LES BARONS ANGLAIS. 119
qui peint sous les couleurs les plus sombres les adversaires
de son héros.
Tous les griefs énoncés par ces auteurs peuvent on somme se
réunir sous deux chefs : Louis aurait favorisé aux dépens des
barons anglais ses compagnons de France, en leur distribuant
de riches domaines ; par son arrogance injurieuse, il aurait
achevé de s'attirer la haine de ceux qui l'avaient appelé. La
justesse de cette seconde accusation est malaisée à apprécier.
Je me contente de remarquer que les écrivains qui la formulent
sont assez suspects ; Tauteur de Y Histoire des ducs de Norman-
dicy l'Anonyme de Béthune, le chanoine de Barnwell, Raoul de
Coggeshall, dont l'autorité a beaucoup plus de poids, n'arti-
culent rien de précis sur ce point. Il est possible que certains
chevaliers français se soient rendus insupportables par leur
outrecuidance ; mais comment croire que le fils de Philippe-
Auguste n'ait point ménagé l'orgueil des barons qui l'avaient
élu et dont l'appui était sa seule chance de succès * ?
Quant aux faveurs accordées par Louis à ses compagnons,
les barons anglais ne pouvaient en bonne justice lui en savoir
mauvais gré. Il n'avait point de grandes ressources person-
nelles et son père dut lui mesurer de plus en plus parcimo-
nieusement ses secours ; or, de bonne heure des défections
s'étaient produites : une partie des Artésiens et le comte de
I burenl li ribaul de France,
Qui si erent plein de vantance
Qu'il disoient que Englelerre
Erl lor, e voidassent la terre
Engleis, quer nul dreit n'i aveient :
Franceis a lor oes la tendreient.
1. Mathieu de Paris dit en parlant du comte de Nevers : « Et jam in
«t cgntumelias contemptu planas contra barones, vorbis ampullosis cum
« juramentishorribiliousprorumpebat; PYancosin militiaetaudacitate
« pompose extollendo, et aiios parvipcndendo, immo potius vilipenden-
« do. » Le chroniqueur attribue cette attitude si contraire aux intérêts de
Louis à une entente entre le comte de Nevers et Jean sans Terre {Hist,
Anglorum^ II, 185). Il n'y a pas lieu du reste d'attacher une grande
importance aux assertions de Mathieu de Paris ou m(^mc de Roger de
Wendover sur ce sujet. Ce dernier raconte par exemple (t. III, 5-6)
au'aprés la prise de Hertford, qui suivit de quelques semaines la mort
e Jean, Robert Fils-Gautier réclama la garde du château, à laquelle il
avait des droits ; Louis aurait consulté les Français, qui auraient déclaré
qu'on ne pouvait confier ce château à un baron traître envers son roi,
et Louis aurait adopté cet avis. Or l'auteur si bien renseigné de Vllist.
des ducs de Normandie (p. 182) nous dit formellement que Hertford
fut livré à Robert Fils-Gautier.
120 LOUIS ET LES BARONS ANGLAIS.
Hollande étaient partis dès le mois do juillet'; pour retenir
les chevaliers d'outre-mer, il fallait leur donner des terres.
Le comte de Nevers reçut pour sa part Winchester, Porches-
ter et Southampton ; Robert de Courtenai eut le château de
Rogatc * ; Pierre Mauclerc fut investi des domaines qui lui
appartenaient du chef de sa femme ' ; Gilles de Melun eut
toutes les terres d'un baron anglais, homonyme de Robert
de Courtenai et ennemi de Louis * ; Robert de Dreux eut le
château de Marlborough ^ ; le comte du Perche reçut peut-
être avant la mort de Jean sans Terre les trois manoirs
d'Aldbourne, de Newbury et de Toddington*. Après la mort
de Jean, Louis continua à payer de même ses fidèles ;
Raoul Ploket obtint le château de Berkhampstead et Simon
de Poissi eut Cambridge'. En revanche certains barons
anglais recurent aussi des terres. Robert Fils-Gautier, qui
avait des droits sur le château de Hertford, en fut saisi
dès qu'on l'eut pris ; Louis rendit également à Robert de
Ver et à Guillaume de Mandeville des terres qui leur apparte-
naient' ; il donna en fief à Guillaume de Huntingfield le ma-
noir de Grimsby'; ces divers dons sont postérieurs de quel-
ques semaines à la mort de Jean ; mais manifestement Louis
de France suivit dès le début la même politique : l'auteur
de y Histoire des ducs de Normandie nous raconte en effet
qu'au mois de juin, pendant le siège de Winchester, Guil-
laume le Maréchal le jeune, s'étant courroucé de voir le
Français Adam de Beaumont exercer l'office de maréchal, siu*
1. Anon. de Béthune, fo 60 v«.
2. Ilist. des ducs de JVorm., 172, 174. — Anon. de Béthune, fo60v«.
3. Harnwell 233.
4. Charte de Louis, datée de sept. 1216, dans Bib. Ec, Ch,y XXXVIII,
375. Il s'agit d*un membre de la famille anglaise de Courtenai, que
Dugdalo fait descendre d'un certain P^Iorus, Dis de Louis le Gros (voy-
Dugdale, liaronaf/e, I, 634). Ce Florus n'a jamais existé. Morerl
(Dict. fnstor., art. Courtenai) fait descendre les Courtenai d'Angleterre
de l'ancienne maison de Courtenai qui existait avant le mariage dc^
la dernière héritière de ce nom avec Pierre, fils de Louis VI. — Sur'
Robert de Courtenai, qui était en 1216 shériff de l'Oxfordshire et gou-
verneur du château d'Oxford, voy. Dugdale, 635-636.
5. I/fst. des durs de Aon/i., 175.
6. Lût. claus., I, 311 K
7. Jlist. des ducs de Norm.^ 182.
8. Ibid.
9. Pièce justifie, n» I.
LOUIS ET L EGLISE ANGLAISE. 121
lequel la famille de Guillaume avait en Angleterre des droits
héréditaires, Louis céda et lui restitua la maréchalerie, parce
qu'il craignait de « pierdre moult durement les cuers as
« Englois * ». Naturellement il ne put satisfaire tous les désirs ;
c'est ainsi qu'il donna Marlborough à Robert de Dreux,
malgré les réclamations de ce même Guillaume le Maréchal.
Les mécontentements étaient impossibles à éviter. Mais cer-
tainement il n'y eut pas de spoliation méthodique.
J'ai dit ailleurs quel grand rôle l'Église anglaise était
appelée à jouer dans cette crise. Dans le manifeste adressé
aux moines de Cantorbéry, Louis de France se présentait
comme le défenseur des libertés ecclésiastiques qui avaient
été reconnues dans la Grande Charte et maintenant n'étaient
plus garanties*. Les registres et les cartulaires publiés ou
inédits que nous avons pu examiner ne contiennent malheu-
reusement aucune trace des rapports entretenus par Louis
avecTÉglise anglaise; quant aux chroniques monastiques, qui
ont été rédigées ou remaniées après le triomphe final des
Plantagenets, elles sont écrites sur un ton d'impersonnalité
prudente qui ne saurait nous éclairer. Mais il n'est pas dou-
teux qu'une grande partie de la société ecclésiastique tenait
pour Louis de France. Du vivant de Jean sans Terre, Galon ne
réussit qu'à exaspérer davantage les gens d'église : pendant
l'été de 1216, il ordonna la levée d'une procuration de cin-
quante sous sur chaque cathédrale et chaque couvent du
royaume. La peine de la confiscation des bénéfices prononcée
par lui contre les clercs et les religieux rebelles no dut avoir
d'autre effet que de les mieux rattacher à la cause du prince
français*. Les condamnations plus efficaces rendues en grand
nombre après la paix de 1217 prouvent que jusqu'à la fin
Louis compta beaucoup de partisans dans l'Église.
Il y avait alors dans l'Angleterre proprement dite deux
archevêchés et quinze évêchés; le pays de Galles comptait
quatre évêchés. Nous n'avons pas à parler d'Etienne de
Langton, qui était retenu à Rome. Quelle fut l'attitude des
vingt autres prélats ? Gautier de Graie, qui avait été élu au
1. Hùt, des ducs de Norm,^ 174.
2. « Ad libertatem ecclesie venimus » (Edition Bémont, 68).
3. Wendover, II, 663.
122 LOUIS ET L EGLISE ANGLAISE.
siège d'York après la déposition de Simon de Langton, était
une créature de Jean sans Terre*. Pierre des Roches, évêque
de Winchester, Pandolphe, élu de Norwich, les évêques
de Worcester, d'Exeter, de Chichester et de Bath lui étaient
également dévoués*. Robert d'York, élu d'Ely, était au con-
traire un partisan déclaré de Louis de France et eut maille
à partir avec Fauquet de Bréauté, qui finit par le chasser de
la cité épiscopale ; la mort de Jean sans Terre ne changea pas
ses dispositions; il avait d'ailleurs un compétiteur et ne
pouvait conserver son siège que si Louis triomphait'. Parmi
les douze autres évêques, onze étaient ennemis de Jean sans
Terre, car Tannaliste de Waverley , qui rapporte avec précision
les actes du concile tenu à Bristol après Tavénement de Henri
III, le 11 novembre 1216, nous dit que le légat y obtint la
soumission d'« onze évêques d'Angleterre et du pays de Galles,
« qui étaient présents » *. C'étaient des prélats qui avaient eu
à subir les persécutions de Jean et que sa disparition seule
pouvait désarmer ; tels par exemple les évêques de Londres
et de Lincoln. Reste donc un seul évêque dont l'attitude ne
nous est pas connue et fut sans doute hésitante : peut-être
était-ce le prélat qui avait remplacé Gilles de Briouse dans
le diocèse de Hereford. On a vu que Gilles de Briouse s'était
1. Ibid,, 634-635.
2. On a vu le rôle joué par Pandolphe en 1213. Les évêques de Wor-
cester et d'Exeter assistaient au couronnement de Henri III (Ann, de
Dunêtaple, 48), ainsi que celui de Bath (Ann. de Wawerley^ 286).
L'évoque de Chichester est désigné par Jean sans Terre dans son testa-
ment pour servir de conseiller a son fils (Rymer, I, part. 1, 144).
3 « Falco miles et alii ministri carissimi in Christo nlii nostri... régis
« Anglie illustris fautores et complices Lodovici ab ecclesia et civitate
« deicerant Elyensi » (Bulle du 25 oct. 1217, Pressuti n» 846. Cet acte est
transcrit dans le ms. addit. n» 15351 du Brit. Mtuf,^ f® 128). Parmi ces
« fautores et complices Lodovici » était Robert d'Vork; l'archidiacre de
Norwich, qui avait été son compétiteur pour le siège d'Ely, prétendait
être lui-môme le véritable élu, et la querelle avait été portée devant
Innocent III. Honorius nomma des commissaires pour juger la question.
Mais l'enquête traîna probablement en longueur : Henri III, dans une
lettre du 24 juill. 1219, demande au pape de chasser du siège d'Ely ce
Robert « qui se gerit pro Eliensi electo » ; il rappelle que ce prélat
avait pris parti contre son père et contre lui et il ajoute : « Certum est
« quod civitas Elyensis est optima munitio regni nostri, et quod dictas
« Robertus ibi extitit praeintrusus, ut, sicut res se habuit, reciperetur ibi
« dominus Lodovicus ». (Rymer, I,part. 1, 155). — Voy. aussi Monachi
EUensis hisloria EUensis, dans Wnarton, Anglia sacra^ pars /, 634.
4. Ann, de Waverley. 286.
LOUIS ET l'église ANGLAISE. 123
soumis à Jean sans Terre le 21 octobre 1215; il mourut peu
après. Le chapitre de Hereford choisit pour lui succéder
Hugue de « Mapenore*». Jean, dont le pouvoir était reconnu
dans le Herefordshire, refusa de confirmer cette élection,
faite par un chapitre qui avait eu communication avec le
défunt évêque avant sa soumission; dans une lettre d'août
1216, Honorius III prescrivit à Galon une enquête, tout en
déclarant qu'il n'admettait point l'argumentation du roi d'An-
gleterre* ; nous pouvons donc croire que le nouvel évêque
n'était ni un favori du roi, ni un adversaire avéré et acharné
des Plantagenets et du Saint-Siège. Ajoutons que deux mois
après la mort de Jean, Télection fut approuvée par la régence'.
En somme, on voit qu'au moment de la mort de Jean sans
Terre, sur vingt évoques il y en avait douze qui avaient
embrassé le parti des rebelles ; sept seulement apparaissent
dans les textes comme résolument hostiles à Louis de France.
Louis montra une grande modération envers les églises et
les couvents. Le chanoine de Laon nous dit que, malgré les
désirs cupides et l'humeur destructive de ses barons, il épar-
gna les églises et les domaines religieux*. Aussi les foudres
pontificales avaient-elles peu d'effet ; les gens d'église étaient
les premiers à en proclamer l'inanité. A Londres, près d'une
croix qui ornait le parvis de Saint-Paul, Gervais de Hobru-
ges, doyen de l'église, ou Simon deLangton,oubien quelque
autre clerc, venaient haranguer le peuple pour lui expli-
quer que Louis de France et ses compagnons étaient de
bonnes gens et que les véritables excommuniés étaient les
partisans des Plantagenets*. 11 semble que deux couvents
seulement eurent de mauvais rapports avec les Français à
répoque où nous nous plaçons : Saint- Augustin de Cantor-
béry et Westminster. On a vu que les abbés de ces deux mai-
1. La forme Mapenore, Mapenoure, Mapenorum se trouve dans la
plupart des Chroniques et a été adoptée dans les statistiques ecclé-
siastiques, telles que le Begistrum sacrum antjUcanum de Stubbs.
Math, de Paris (Chron,, III, 56) donne la forme Maneport. Je n*ai pas
trouvé d'identification satisfaisante.
2. Pressuti, n<> 28. Cet acte est dans le ms. addit. 15351, ^ 16.
3. Rec. Off,, Patent I Henry III, membr. 15.
4. Chanoine de Laon, 719.
5. liist. des ducs de Norm ^ 197.
124 LOUIS ET j/ÉGLISE ANOLAISE.
sons avaient refusé de recevoir Louis à son arrivée. Aussi les
Français firent-ils main basse sur les blés, les vivres, les
bestiaux qu'ils trouvèrent dans les manoirs dépendant de
Saint-Augustin; ils envahirent l'église de Westminster de la
part de Louis, brisèrent les portes de la trésorerie du roi
d' Angleterre et emportèrent tout ce qu'ils y trouvèrent*. Ce
sont là dos faits isolés, par suite peu significatifs. Dans la
courte campagne qu'il fit avant sa mort, Jean causa de bien
pires dommages aux églises. Il incendia complètement les
possessions de Tabbaye de Peterborough; il chargea Savari
de Mauléon de se rendre au monastère de Croyland, qui avait
pour abbo un de ses ennemis, et de détruire non seulement
l'établissement religieux, mais toute la ville ; Savari envahit
le monastère avec une bande de cavaliers et de piétons qui
allèrent chercher les habitants de la ville jusqu'au pied de
l'autel où on célébrait la messe ; ces malheureux furent faits
prisonniers, sous prétexte qu'ils ne voulaient pas servir Jean
sans Terre ; cependant les moines formèrent une procession,
et pieds uns, portant devant eux une image de la Vierge, vin-
rent trouver Savari pour implorer sa clémence; le routier se
laissa toucher» il se contenta de mettre le couvent à rançon et
d'onuuener ohargè^i de chaînes les habitants qu'il avait pu
trouver; mais Jean lui reprocha durement sa faiblesse et
avant deso rotiivr mit le fou de sa propre main aux moissons
du domaine abbatial : tous les blés furent brûlés (30 septembre
rJU> M«e plus souvent du reste les chefs de bandes que le
roi avait à sa solde uo lui cédaient point en brutalité; le
17 juillet, le comte de Chester otFauquet de Bréauté arrivè-
rtMït i^ Woivostor; cette ville sVtait soumise aux partisans de
l.vMiis et les moines avaient oelebivla messe en leur présence;
eu Ov^nse.|uence reciise tuî îv.iso au pillage et les moines
durcuï p.nor ;hMî:.;uvs\ l.'aVK^de Saini-Alban était un ami
vîo Jean s,u,s lVn\^; Maîhi-vU ie l\\r:s, si hostile à Louis de
l V w ;* v\»^. tS",'' l ,n : >;:^.*-. . ^Î5. — Les auteurs du
V V v ^ i- .',:\j^-. V. • . > .-; i v:y;c vient aussi que Louis
V ...s / *v.,^"Av.;':v .:.* >.'. •'; :\;.".* .: ;• rÀrixrri : "i France le corps du
vi ^: v^ ^ \* ir'.' :x.^ '.viN .1'^ r.*, • .i:' *;' X .\v'< .->- >^."!t> conTemporaîns.
LOUIS ET LES CLASSES POPULAIRES. 125
France, est cependant obligé d'avouer que son abbaye eut à
subir les pires traitements de la part de Fauquet de Bréauté
et des autres mercenaires des Plantagenets*.
Louis de France trouva certainement moins de partisans
parmi les simples hommes libres que parmi les barons et les
gens d'église. On ne voit guère que les habitants de Londres
et des Cinq-Ports qui se soient franchement prononcés pour
lui. Guillaume Hardel, qui avait remplacé Série le Mercier
comme maire de Londres, avait été un des premiers à jurer
fidélité à Louis *. Les barons des Cinq-Ports, comme nous
l'avons vu, abandonnèrent également Jean sans Terre. Ce
prince les avait très durement opprimés; d'ailleurs leurs rela-
tions commerciales avec la France étaient devenues fort
actives et l'avènement d'un Capétien en Angleterre aurait
singulièrement favorisé leurs intérêts. Ils ne devaient se décider
que tardivement à trahir le serment qu'ils avaient fait à
Louis \ Mais, hormis ces deux exceptions, je crois qu'en
général les hommes libres, petits chevaliers, bourgeois, francs
tenanciers, ne prirent point parti pour Louis de France non
plus que pour personne. Le chanoine de Barnwell parle de
chevaliers et de sergents qui se cachaient pour ne pas servir
Jean sans Terre*. Ils devaient se cacher aussi pour ne pas
servir Louis de France. Ce n'étaient pas eux qui avaient appelé
cet étranger.
Assurément la tyrannie de Jean sans Terre leur avait été
odieuse. Mais ce n'était point une raison pour qu'ils se jetas-
sent dans le camp des barons rebelles et du prince français.
La Grande Charte, a-t-on dit avec justesse, eut avant tout
une force sentimentale; elle fut une première manifestation
1. Math, de Paris, Gesta abbalum monast. Sancti Albant, U 259;
voy. 296 et suiv., le compte des pertes subies par l'abbaye pendant la
guerre ; le passif s*éleva à plusieurs milliers de livres. — Voy. aussi
les lamentations de Giraua de Barri sur la situation des églises à
l'époque de la paix de Lambeth. (De Princ. Insiruct., 328).
2. Chron. de Merlon {pièce justifie, n*»III.) — Sur les maires de Lon-
dres, voy. le De antiquis legib. liber, 4, 175-176.
3. Voy. une bulle du 17 janv. 1217, où Honorius III les conjure de
rentrer dans la bonne voie (Pressuti, n" 245). Sur les torts causés par
Jean aux barons des Cinq-Ports, voy. Ilist. de GuilL le Maréch., v.
17167 et suiv. — Cf. Burrows, Cinque Porls, 80, 94-95 ; cet écrivain
soutient à tort que les Cinq-Ports étaient restés fidèles à Jean.
4. Barnwell, 232.
126 LOUIS ET ij:s classes populaires.
de Tunion des classes contre le despotisme royal^ Mais cette
alliance n*était pas encore solide ; les grands mettront bien
longtemps à gagner la confiance publique. Jusqu'au xm* siè-
cle, les petites gens n'avaient vu dans le baronnage anglais
qu'une coalition d*égoïsmes redoutables ; mieux valait encore
un seul roi puissant qu'une foule de petits rois, libres d'op-
primer à leur guise. C'est pourquoi, en dépit des garanties
que les barons avaient obtenues en 1215 pour le peuple, le
peuple se défiait encore des barons. Quant à Louis, il venait
d'un pays où la féodalité était à son apogée de précision
théorique. Avec lui était arrivée une bande de seigneurs
français dont il faudrait récompenser les services et qui
auraient part au gouvernement nouveau ; ils ne se soucieraient
évidemment que de satisfaire leurs appétits. Telles étaient
les réflexions que pouvaient se faire ceux qui étaient capables
de penser; les autres se laissaient guider par leur instinct, et
en Angleterre plus que partout ailleurs Tinstinct populaire
portait à se méfier de l'étranger.
Comment la rébellion des seigneurs et l'invasion française
auraient-elles pu satisfaire les bourgeois et les ruraux ? Elles
avaient eu pour conséquence une eflfroyable guerre de dévas-
tation, dont les classes populaires eurent évidemment bien
plus à souffrir que les barons, armés pour se défendre, et
même que les gens d'église. Les horreurs de cette lutte, qui
commença au lendemain de la Grande Charte et menaçait de
se prolonger indéfiniment, nous ont été décrites par les chro-
niqueurs anglais en des termes certainement véridiques;
ceux-là même qui, comme Roger de Wendover, ont rédigé
leur œuvre quelques années après les événements, avaient
pu évidemment en garder une impression nette. De tels
témoignages ne peuvent être révoqués en doute : à travers
les amplifications de la rhétorique cléricale, on perçoit Tac-
cent sincère de celui qui a vu et souffert. Tous les maux de
la guerre civile fondirent sur l'Angleterre. Les pires instincts
étaient déchaînés. On était trahi par son concitoyen, son
frère, son père. Mais les excès les plus odieux eurent pour
auteurs les routiers de tous pays que, dès le début de sa
1. Boutmy, op, cit., 58 et suiv.
SOUFFRANCES DU PEUPLE. 127
lutte contre les barons, Jean sans Terre avait recrutés sur le
continent. II dut par la suite en rapatrier un certain nombre,
faute d*argent pour les payer. Mais à l'époque de sa mort il
avait encore une armée de mercenaires assez considérable;
évidemment on les avait autorisés à « vivre sur l'habitant »,
et ils usèrent de la permission. Ce fut, dit Roger de Wen-
dover, comme une nuée de sauterelles qui s'abattit sur TAn-
gleterre. Ces bandits, placés en garnison dans les châteaux,
sortaient de leurs repaires pour faire des incursions dans les
environs, ou bien, ayant à leur tête des gens tels que Fauquet
de Bréauté et le Brabançon Gautier Bucc, ou le roi Jean lui-
même, ils partaient en campagne et allaient mettre à feu et
à sang des comtés tout entiers sous prétexte de les soumet-
tre. Tout était pillé; les paysans osaient à peine cultiver leurs
champs, les foires et les marchés avaient cessé de se tenir;
on cachait les objets précieux et Ton vendait les denrées
dans les cimetières, lieux réputés inviolables. Mais souvent
les églises mêmes étaient profanées. Les bandes parcou-
raient villes et villages, Tépée à la main, n'épargnant ni les
femmes, ni les enfants. Pour forcer leurs victimes à payer ran-
çon, les routiers avaient des supplices variés; on attachait le
patient à la queue d'un cheval qu'on lançait ensuite au galop;
d'autres étaient pendus par les pieds ou par les mains, ou
bien par les parties génitales, quelquefois jusqu'à complet
arrachement des chairs, et on leur jetait dans les yeux du sel
imbibé de vinaigre; d'autres, attachés à des trépieds ou à
des rôtissoires, étaient exposés sur les charbons ardents et on
ne les délivrait que pour les jeter dans l'eau froide. Beau-
coup de gens mouraient dans ces supplices : « Partout », dit
l'annaliste de Waverley, « retentissaient les gémissements de
« douleur et les plaintes de deuil* ». « Jean sans Terre », s'écrie
Mathieu de Paris, « comme un fou, plongeait le fer dans ses
a propres entrailles »*. Ici le chroniqueur s'abuse. La cruauté
1. Wendover, II, 639 et suiv. — Ann. de Waverley, II, 283-28'*. — -
Ann, de Stanley y 520. — Math, de Paris, Gesta abbatum, I, 258, 269.
Les expropriations violentes qui furent accomplies à cette époque par
les deux partis sont signalées parfois dans les textes officiels {Becord
Office, Pipe RoU 62, an. 2 Henry III, feuille 3, membr. 1 ; Patent 2 e/ 3
Henry III . passim. — Bradons Note Book, n"» 48, 1303, 1304).
2. Math, de Paris, Chron., II, 185.
128 SOUFFRANCES DU PEUPLE.
du roi était l'effet d'un calcul très juste : il arrivait ainsi à
terrifier ses ennemis ; quant aux indifférents, ils s'habituaient
peut-être à penser qu'on avait tort de résister, puisque les effets
de la guerre étaient bien plus affreux que ceux du despotisme.
D'ailleurs le parti de Louis de France n'avait point une con-
duite assez modérée pour gagner, grâce au contraste, le cœur
des amis de la paix. Giraud de Barri est obligé lui-même
d'avouer que l'Angleterre eut beaucoup à souffrir de la bru-
talité des Français ^ Avant d'aller assiéger Douvres, Louis
avait parcouru l'Essex, le Suffolk et le Norfolk, et imposé aux
habitants de lourds tributs; les citoyens de Lynn fureni
réduits en captivité et obligés de payer rançon. Quand Gilbert
de Gant occupa le Lincolnshire, il força aussi les habitants
à payer un cens annuel. Pendant le siège de Douvres, le
Norfolk et le Suffolk furent de nouveau ravagés par les
barons, plusieurs villes furent mises à rançon et les églises
mêmes ne furent pas toujours épargnées*. Le comte de
Nevers se fit détester pour sa tyrannie dans les comtés de
Winchester et de Sussex, qui lui avaient été donnés par
Louis'. Le souvenir do Tinvasion française resta longtemps
odieux*.
Les excès commis par les bandes de Jean sans Terre furent
certainement plus nombreux et plus épouvantables. Mais quels
que fussent les auteurs de ces atrocités, elles devaient avoir
pour résultat de provoquer dans les âmes populaires le regret
du passé meilleur et par suite la haine de l'étranger ; pour
despote que se fut montré Jean sans Terre, sa tyrannie
ancienne pouvait paraître douce et désirable au prix des mal-
heurs de l'invasion. Pendant la guerre de Cent ans, les
Français eurent à leur tour à subir la domination brutale des
bandes de routiers ; les grandes compagnies avaient souvent
servi le roi de France ; l'imagination populaire mit cependant
leurs méfaits sur le compte des Anglais et Thorreur de l'étran-
ger devint un sentiment assez fort pour produire une héroïne.
1. a Tarn régis exercitus quam Francorum cœdibus et incendiis
« atque rapinis regnum destruxerunt. » {De princ, inslr,, 311).
2. Wendover, II, 663-664.
3. Ann. de Dunstaple, 46.
4. Voy. Math, de Paris, Chron., IV, 313, V, 594.
INCERTITUDE DE L'aVENIR. 129
L'invasion française eut évidemment des effets analogues en
Angleterre ; les chroniqueurs nous parlent d'une bande d'ha-
bitants du Sussex qui avaient à leur tête un jeune homme
nommé Wilkin ; cachés dans les montagnes boisées du pays,
ils en sortaient pour courir sus aux Français et ils en exter-
minèrent bon nombre ^ Dans une lettre du 3 septembre, Jean
remercie cette ligue des gens de Sussex de ses bons services ;
selon cet acte, des confédérations analogues s'étaient formées
dans les comtés de Kent, de Surrey et de Southampton*. Il
ne semble pas que ces ligues populaires aient joué un rôle
important, ni exercé une influence notable sur la marche de la
guerre. Mais au moins sont-elles un symptôme curieux de
Télat d'esprit qu'avait créé l'invasion. Bien qu'il apparût en
libérateur, Louis ne pouvait espérer de la partie la plus nom-
breuse de la population qu'une neutralité peu sympathique.
Au moment où Jean sans Terre mourut, la fortune n'était
pas encore contraire à Louis de France. Le fils de Philippe-
Auguste avait conquis la plus grande partie de l'Angleterre.
Il n'avait pas eu le temps d'organiser un gouvernement et ne
portait pas encore la couronne ; mais le baronnage et la majo-
rité du clergé lui étaient fidèles, ainsi que la population de
Londres et .des ports, et quelques tentatives locales ne suffi-
saient point pour faire craindre un véritable soulèvement
national contre l'étranger. Mais d'autre part il est manifeste
que Jean sans Terre n'était point dans une situation absolument
désespérée. Ce n'était plus le prince indolent qui dormait,
jouait et buvait tandis qu'on lui prenait la Normandie : la peur
avait développé en lui l'énergie sauvage de l'homme qui est
traqué par son ennemi, qui veut et qui sait se défendre.
D'ailleurs il avait pour lui des amis fidèles ; il avait l'appui du
1. Wendover, II, 655. — Ann. de Dunstaple, 46. — Le biographe de
Guillaume le Maréchal (v. 15116), TAnon. de Béthune (f° 62), l'auteur
de VHisL des ducs de Norm, (p. 181), nous parlent aussi de WiUekin
de Vanz et des Vandois. D'après ces textes, les Wans désignent une
terre du Sussex. Dans une lettre de Henri III (Bec. o/f., Pat. I Henry III,
membr. 13) on trouve aussi cette phrase: a Eodem modo scribitur...
« omnibus fidelibus tam de Waldts ouam aliis terris Sussexie. » Ces
Wans ou Waldi désignent donc évidemment le Weald ou Andreds-
weald, grande vallée entre les Southdowns et les Surrey Hills. Là
8*étendait autrefois une immense forêt.
2. Rymer, I, part. I, 142.
Ch. Pbtit-Dutaillis. Uègne de Louis VIII. 0
130 INCERTITUDE DE l' AVENIR.
pape; enfin rirritâtion causée par les maux de rinvasion
tendait à eflfacer le souvenir de la tyrannie qui avait pesé pen-
dant quinze ans sur le pays. L*issue finale de la lutte était
donc bien énigmalique et de longues années de guerre
semblaient se préparer pour l'Angleterre. Mais voici que
Jean sans Terre est mort. Le problème va recevoir une
plus prompte solution ; cette solution dépendra surtout de la
politique adoptée par les défenseurs du nouveau roi ; les
hasards de la guerre décideront en dernier ressort.
CHAPITRE VII.
COURONNEMENT DE HENRI IIF. PREMIER RETOUR DE LOUIS EN FRANCE.
« Quand le roi meurt, la paix meurt avec lui », disait un
adage anglais. Le principe que le roi ne meurt jamais n'était
pas encore établi outre Manche et chaque souverain nouveau
ne devait compter que sur son énergie pour s'assurer de la
couronne ; or le fils aîné de Jean sans Terre, Henri, venait
d'accomplir sa neuvième année* et jamais héritier mineur ne
s'était vu appelé à recueillir une succession plus probléma-
tique. A la nouvelle de la mort de Jean, les barons jurèrent
sur l'Évangile de ne jamais reconnaître comme souverain aucun
des rejetons du défunt, « parce qu'ils ne jugeaient pas un
« enfant digne du nom de roi » ; ils ne parlaient point de la
légitimité à laquelle prétendait Louis de France ; mais Louis
se contenta de ce serment : il ne doutait plus du succès ^
A son lit de mort Jean sans Terre avait réuni ceux de ses
fidèles qui se trouvaient alors avec lui et leur avait dicté ses
dernières volontés. Il désigna un conseil de régence formé de
treize personnes, parmi lesquelles figuraient naturellement le
cardinal légat, Guillaume le Maréchal, le comte de Chester,
Savari de Mauléon, Fauqaet de Bréauté. Enfin il écrivit
au pape une longue lettre pour le supplier de prendre sous
sa protection le jeune Henri ^ Tout faisait croire que l'appui
du Saint-Siège était assuré au fils de Jean. Mais pour procéder
au sacre de l'enfant il n'était pas possible d'attendre les
ordres de Rome. Puisque, malgré la force du principe d'héré-
dité, on ne devenait roi que le jour où l'on était couronné*,
*
1. Wendover, II, 520.
2. Barnwell, II, 233.
3. Hi$t. de Guill. le Maréch.^ v. 15154 et suiv. — Rymer, I, part, i,
144. — Raynaldus, XX, 397.
4. Le règne de Henri III commença non pas le 19 oct.. jour de la
mort de son père, mais le 28, jour de son sacre. (Duffus Hardy, Litt,
Claus,, I, Introd,^ p. xxxiv-xxxv).
VA2 COURONNEMENT I>E HENRI ÏH.
il était important que le jeune Henri le fut tout de soiie.
Après les obsèques de son père, ses fidèles forent convoqués
à Gloucester par les soins du légat ; Tenfant fat amené dans
cette ville et fait chevalier par Guillaume le Maréchal: puis
on le revêtit des habits royaux et on le conduisit à Téplise
Saint-Pierre où il ceignit la couronne d'Angleterre : il reçut
immédiatement les hommages de ses principaux panisaiis.
(28 octobre 1210/. Ce n'était point là un couronnement
définitif; une cérémonie do ce genre ne devait s'accomplir
qu'à Westminster, et par les soins de l'archevêque deCantor-
béry. Mais en de telles circonstances il ne fallait poiDl se
montrer difficile et Galon excommunia sans autre forme de
procès Tabbé de Westminster et le prieur de Cantorbénr, qui
avaient protesté contre les irrégularités du sacre*.
Le jeune Henri III une fois intronisé, ses partisans offrirent
la régence au comte do Pembroke ; le vieux maréchal n*était
guère en faveur à la fin du dernier règne et son biographe
passe presque sous silence cette période effacée de sa vie;
tenu à l'écart par Jean sans Terre, il ne se trouvait pas an
chevet du roi mourant ; mais au dernier moment Jean se
repentit, voulut qu'on demandât au maréchal de lui pardonner
ses torts et qu'on le sollicitât de prendre Henri sous sa garde.
Après s'être longtemps fait prier, Guillaume finit par accepter
la régence '. Il eut les titres de « rector régis et regni » et de
grand justicier* et scella de son sceau la plupart des actes
officiels. Il prit la direction des opérations militaires, tandis
que révoque de Winchester se chargeait plus spécialement de
1. Le biographe do Guill. le Maréclial, v. 15229 à 15332, raconte avec
beaucoup de détails tous ces faits; cf. le compte-rendu officiel dans
Hyiner, I, part, i, l'«5, et les récits plus ou moins exacts des chroni-
(luours : Ihaloria vwnast. S. Pétri Glouceslr.^ I, 24; — Uni. des dua
(if Norm., 181; — Harnwell, 2X1; — Coggeshall. 184; — Wendover,
III, 1-2, etc.. Le Pipe- Hall 62, ann. H Henry III ^ f. 4, membr. 1
(iorso {Hec. Office), contient un compte relatif à cette cérémonie som--
maire.
2. Chron. do Mai/ros, 12'i-125. — ^Ilcnri III fut couronné solennelle-
inent en 1220 sur Tordre du pape. (Barnwell, 244). Voy. la légendi
rapport<^e par Th. Wykes, 60.
:l //ist. do Guill. le Mar., v. 15167 à 15190, 15373 à 15610. — //i8 /.
dea durs de i\onn . , 180-181.
4. /it'c off\. Pat. I Henri/ III, membr. 16 : « W. Marescalli rectoi
nostri et regni nostri. « — « \V. Marescalli iusticiarii nostri Ânglie ^. »
Peu après le titre de justicier fut rendu à Hubert de Rourg(t6t^., m. *^).
ASSEMBLÉE DE BRISTOL. 133
la garde du roi. Chaque fidèle reçut sa mission particulière*.
L'organisation de la régence ne se fit point sans embarras ; il
yeutpendant tout ce début de minorité des mécontentements et
des résistances ; le comte de Chester essaya de se faire asso-
cier à Guillaume le Maréchal sous prétexte que celui-ci
était trop vieux*. Les intrigues de palais qui devaient rem-
plir le règne de Henri III commençaient déjà. Mais le légat
était là pour contenir les ambitions et tout diriger. Galon
fut le véritable roi pendant la minorité de Henri III ; sa sus-
cription et son sceau figurent souvent dans les actes offi-
ciels et précèdent ceux du Maréchal \ Dans un Coram rege
de 1237 on le qualifie de « quasi tutor domini régis et
« custos ^ ». C'était avec lui et avec le comte de Pembroke que
Louis allait avoir maintenant à compter.
Pour dégager la responsabilité de l'enfiint, qui ne devait
point payer les fautes de son père, et pour ôtor tout motif à
la rébellion, Galon convoqua une grande assemblée, où le
nouveau roi devait par de justes concessions « faire revenir
« les jours gracieux de ses nobles ancêtres » et apaiser la que-
relle qui s'était élevée, « il ne savait si c'était avec ou sans
« raison », entre son père et certains barons. Le 11 novembre,
« tous les prélats, comtes et barons d'Angleterre », nous est-
il dit dans le procès-verbal officiel, se réunirent à Bristol et
jurèrent fidélité au roi. Cette formule redondante est singu-
lièrement inexacte. A vrai dire aucun baron de marque
n'abandonna Louis, bien qu'en cette assemblée de Bristol
Henri III eût solennellement confirmé un grand nombre des
articles de la Charte de 1215*. En revanche onze évéques
1. Voy. Hiêl, des ducs de Norm,, 180-181.
2. Shirley, Royal letters, n" 5. — Pressuti, n" 65.3. — Bec. O/jT., Pat. I
Henry III, membr. 16, 5 et 4, lettres mentionnant des faits d'insubor-
dination dans le parti môme de Henri III.
3. Voy. par ex. Litt. Clam., I, 335*»; — Bec. off.. Pat. I Henry III,
membr. 16.
4. Braclon's Note book, n° 1219.
5. Lettre du roi au justicier d'Irlande, dans Rymer, I, part, i, l'i5.
— Ann. de Waverlei/, 286. — Barnwell, 234. — Voyez la charte du 12
nov. 1216, dans Select Charters, p. .329. La charte identique accordée
à l'Irlande est dans Historié and munie, doc. of Iretand, 65. Voy. là-
dessus Stubbs, Constit, llist., II. 21. Blackstone(Grea/ Charter, Introd.,
xxi.x à xxxi) énumère en détail toutes les différences que présentent
les chartes de 1215 et de 1216; c'est ainsi que les articles de 1215
131 DÉFECTIONS DANS LE CLERGE.
vinrent faire leur soumission et Télu du siège d'Ely fut Tunique
membre de Tépiscopat anglais qui restât dans le parti de
Louis. C'était là déjà un résultat d'importance. Louis s'efforça
en vain de retenir par des mesures violentes ceux qui voulaient
le quitter. Il dépouilla de leurs biens les gens d'église qui
l'avaient abandonné, tenta de contraindre certains prélats à lui
prêter hommage ; mais la plupart se dérobaient ou bien ache-
taient une trêve. Louis se présenta le 21 décembre au monas-
tère de Saint- Alban et somma Tabbé Guillaume de Trumpington
de lui jurer fidélité ; ce prélat, homme autoritaire et hautain,
ne céda à aucune menace ; Louis allait faire incendier Saint-
Alban lorsque, grâce à Tintervention du comte de Winchester,
il consentit à accorder une trêve moyennant quatre-vingts
marcs d'argent*. Ces coups de force n'étaient pas un bon
moyen pour lutter contre le Saint-Siège.
La disparition d'Innocent III n'avait pas amélioré la situa-
tion de Louis de France. Innocent était mort le 16 juillet 1216.
Le cardinal Cencius, l'auteur du fameux Liber Censuum de TÉ-
glise romaine, le remplaça sous le nom d'Honorius III'. Le
parti de Louis fonda de grandes espérances sur le nouveau
pape; on disait partout que ce vieillard octogénaire n*avait
point hérité l'esprit d'autorité et le génie entreprenant de son
prédécesseur ^ Ilonorius avait envoyé le 16 septembre aux
ai'chevêques de Franco et à leurs suffragants une circulaire
où il affirmait sa bienveillance envers les Capétiens*. Mais
pour beaucoup de motifs les espérances des ennemis de Jean
garantissant contre toute taxation arbitraire et établissant un conseil
de surveillance furent omis dans la nouvelle charte. Stubbs estime qu'il
n'en pouvait être autrement en ce temps de trouble, où le pouvoir
monarchique avait besoin d'être fort. M. Bémont (Charles des libertés
attylaises, Introd.. xxvni-xxix") remarque assez justement que ces sup-
pressions ne durent point paraître très graves ni très dangereuses.
Imisqu'elles furent maintenues, sans provoquer de réclamations, dans
es confirmations de 1217 et de 1225.
1. Barnwell, 234. — Wendover, III. 8-9. — Sur l'abbé Guillaume
de Trumpington, voy. Matli. de Paris, Gestaabbalum, I, 253 etsuiv.
2. Pressuti, p. 1. — M. Favre {Liber Censuum^ p. 3) n'a trouvé nulle
part qu'Honorius III ait porté le nom de Savelli, que Pressuti lui donne.
3. Ilist. des ducs de Norm., 180. — Anon. de Béth., f» 61. — Barn-
well, 230-231. — Sur lïige d'Honorius 111, voy. Vernet, Sermons
d'Ifon. III, p. VI et 3.
'i. Pressuti, no 35.
LE PAPE HONORIUS III. 1;}5
sans Terre devaient être \aines. Honorius, bien qu'il avouât
lui-même être courbé sous le poids des ans, avait encore une
intelligence nette et une volonté virile; les sermons qu'il nous
a laissés, et qui sont parfois d'une très haute éloquence, témoi-
gnent de la vigueur de sa pensée. Or, comme son prédécesseur,
il eut pour souci dominant la délivrance de la Terre Sainte,
qui avait pour prélude nécessaire l'établissement d'une paix
générale dans la chrétienté \ En outre il était tout aussi
désireux qu'Innocent III de commander en maître dans ce
royaume qui était devenu fief du Saint-Siège : son pontificat
devait être pour l'Angleterre une époque d'asservissement à
la théocratie. Enfin le conseil des cardinaux jouait un grand
rôle à Rome ; il est évident que le pape avait constamment
recours à eux pour traiter les multiples afi^aires qui l'intéres-
saient ; c'était en grande partie à ce conseil qu'étaient dûs le
maintien des traditions, la prolongation d'une politique iden-
tique à travers les âges. Or, autant que nous en pouvons
juger, Robert de Courçon, le «cher et fidèle ami'» des
Plantagenets, n'était point le seul cardinal hostile aux pro-
jets de Philippe- Auguste et de son fils contre le roi d'Angle-
terre ; tous ses confrères avaient intérêt à défendre ce vassal
0
de l'Eglise, qui laisserait les Italiens accaparer les riches
bénéfices de son royaume et fournirait de l'argent à la curie
romaine aux dépens de ses sujets.
Dès le lendemain de sa consécration, Honorius III écrivit à
Galon pour l'encourager'. Quelque temps après il envoyait aux
barons poitevins et gascons une circulaire où il les engageait
à s'embarquer pour aller secourir Jean sans Terre *. Au mois
de septembre il reçut un messager que le légat d'Angle-
terre, ignorant encore la mort d'Innocent III, avait dépêché
vers ce pontife. Galon se déclarait exaspéré des tribulations
qu'il avait à endurer et demandait qu'on prit les mesures les
plus rigoureuses afin d'assurer le triomphe de Jean. Il vou-
lait sans doute qu'on lui permît de terrifier le clergé anglais
1. Voy. les premières lettres du regeste dressé par Pressuti.
2. Expression employée dans une lettre de Henri III {Bec. Off.f Pat. I
Henry ni, membr. 16.)
3. Pressuti, n<> 6.
4. Pressuti, n® 34.
136 POLITIQUE d'hONORIUS III.
par une persécution en règle et qu'on jetât l'interdit sur les
terres de Philippe-Auguste, dont la complicité était mani-
feste. Honorius réunit son conseil ; quelques-uns furent d'avis
d'adopter les demandes de Galon, mais la majorité se rangea
à l'avis du pape : on répondit au légat qu'une sévérité exces-
sive compromettrait la victoire de l'Église ; la modération
était la meilleure des politiques *. S'il est vrai qu'Innocent III
allait excommunier Philippe-Auguste au moment où il mou-
rut, l'avènement d'Honorius marque donc une modification
dans les moyens employés pour faire triompher la dynastie
angevine. Mais la volonté de réussir restait toujours aussi
ferme.
La faveur qu'Honorius III montrait aux Plantagenets prit
la forme d'une protection paternelle et jalouse lorsque Jean
fut mort, abandonnant son héritier à la garde du Saint-Siège.
Honorius écrivait le 6 décembre 1216 : « Quoique jusqu'ici
« nous ayons montré beaucoup de sollicitude pour la défense
« du royaume d'Angleterre, propriété du siège apostolique, il
« faut maintenant nous en occuper bien plus activement,
« puisque Jean d'illustre mémoire, roi d'Angleterre, a remis
« entre nos mains et sous notre tutelle ses fils et son royaume.
« Il ne convient pas qu'on nous puisse comparer au mercenaire
« qui, à la vue du loup, laisse là ses brebis et s'enfuit*».
Dans une lettre de 1219 il appelle Henri III son « très cher
« fils dans le Christ, pupille du Saint-Siège et croisé' ». C'està
ce double titre qu'il allait le défendre : « La faiblesse et la
« simplicité d'une tendre jeunesse » étaient dignes de sollicitu-
de, et il convenait aussi de protéger un enfant qui, « offrant au
« Seigneur Dieu les prémices de son adolescence », avait, à
l'exemple de son père, pris la croix pour la délivrance de la
Terre Sainte*.
1. Pressuti, n® 45: « De petitionibus tuis.... quasdam propter suî
« nimiam gravitatem non duximus admittendas, fratribusnostris, prêter
a admodiim paucos, concorditer sentientibus esse in tantis negociis,
« prœsertim hoc tempore, moderatius procedendum. »
2. Pressuti, n® 15'i.
3. Pressuti, n« 2166 (^ri/. Mus., ms. addit. 15352, f<» 1) : « ... Karis-
« simi in Christo filii nostri Henrici régis Angiorum illustris pupilli,
« crucesignati, custodie sedis apostolice derelicti. »
4. Pressuti, n« 1098 (add. 15351, f° 16 i) et no 267.
POLITIQUE d'hONORIUS III. 137
Aux mois de décembre 1216 et de janvier 1217 de nom-
breuses lettres furent expédiées de Rome concernant les
affaires d'Angleterre. Dans les unes, Honorius prodiguait ses
encouragements au jeune roi et à ses fidèles, renouvelait au
légat ses pouvoirs et lui mandait d'annuler les serments prêtés
par les barons à Louis de France et de suspendre les clercs
rebelles V Dans les autres il chargeait les abbés de Citeaux
et de Clairvaux d'aller trouver Philippe- Auguste et Louis de
France lui-même, pour obtenir qu'on cessât de persécuter le
pupille du Saint-Siège; il envoyait aux barons anglais une
circulaire pour les exhorter à reconnaître Henri III comme
roi; il écrivit en particulier au roi d'Ecosse, à Llewelyn de
Galles, aux principaux seigneurs révoltés et aux barons des
Cinq-Ports, pour leur promettre son appui dans le cas où ils
voudraient rentrer en grâce*.
Sans doute cette pression habile et constante amollissait
peu à peu les cœurs des rebelles. Giraud de Barri se moquait
des prétentions du pape, qui, impuissant dans la ville même où
il habitait, voulait faire trembler les royaumes par un signe
de tête'. Mais ce n'était point là sans doute l'expression d'un
sentiment général. C'est seulement dans le courant du règne
de Henri III que se développa l'état d'esprit anti-ultramontain
si curieux à étudier chez Mathieu de Paris*. Jusqu'à Tavéne-
ment de ce roi, l'intervention pontificale ne s'était le plus
souvent exercée que pour réprimer les excès de pouvoir des
souverains; Innocent III, en forçant Jean sans Terre à cour-
ber la tète devant lui, avait mis terme à une ère d'oppression
sanglante. Il avait ensuite cassé la Grande Charte ; mais
pourquoi évoquer ce souvenir? Le légat lui-même avait réuni
une assemblée où les libertés anciennes avaient reçu une solen-
nelle confirmation. Bref la mort d'Innocent III et de Jean
sans Terre n'avait nullement affaibli l'énergie du Saint-Siège
1. Pressuti, n« 267, 143, 262, 142, 244.
2. Pressuti, n»» 154, 131, 245.
3. Œuvres, IV, 377.
4. Voy. aussi VInveciio contra avariliam, curieuse et spirituelle
satire de la corruption romaine, publiée par Wright, PoUtical Songs,
14 et suiv. Wright l'attribue sans aucune preuve au temps de Jean
sans Terre ; le manuscrit date du règne de Henri 111.
138 LES BARONS RESTENT FIDELES A LOUIS.
et il n'existait pas encore de mouvement anglican capable
d'annuler de prime abord tant d'efforts.
Pour provoquer les soumissions, la régence iSt usage des
mêmes moyens qu'avait employés Jean sans Terre. Dès le
commencement du mois de novembre 1216, les Rôles sont
remplis de lettres adressées par le nouveau roi aux barons
rebelles; des émissaires parcouraient les comtés du sud et
les Cinq-Ports pour susciter des défections. Comme aupa-
ravant, on punissait sévèrement les résistances partout où
on pouvait le faire ; les textes mentionnent des emprisonne-
ments de chevaliers, de clercs et même de femmes et font
de fréquentes allusions à des confiscations de manoirs dont
on investissait les sujets fidèles. Mais l'amnistie était accordée
à tous ceux qui se soumettaient; ils étaient libérés, remis en
possession de leurs biens, absous de l'excommunication, par-
fois môme recevaient une récompense'.
Cette politique n'eut point d'abord le succès qu'on en pou-
vait attendre. Les soumissions sont en nombre insignifiant
pendant les mois de novembre, de décembre et de janvier;
les Patent rolls n'en signalent pas une seule; les Close
rolls n'en mentionnent que cinq. Guillaume Longespée
et Guillaume le Maréchal le jeune entrèrent en pourpar-
lers avec la régence au mois de décembre, mais les négo-
ciations n'aboutirent pas*. Les succès militaires des Fran-
çais pendant cette période expliquent l'inanité des efforts du
légat. Guillaume le Maréchal, faute sans doute de temps
pour élaborer des plans d'attaque et faute aussi de ressources
pour prendre l'offensive, avait laissé Louis de France conti-
nuer ses conquêtes^ : tandis que Henri III et les siens séjour-
naient dans le Gloucestershire, Louis, dès le commencement
1. Rymer, I, part, i, 1*5. — Shirley, Royal Letlers, no** 2 et 11. —
Lin. Clans.. I, 293 et suiv. — Ben, O/T.^ Pat. I Henry I/L membr.
16, 15, l'i, i;i, etc..
2. Litt. Clauii., I, 293»» et suiv. — Rj-mer, I, part, i, 145.
3. C'est ce que prouve l'Itinéraire de Henri III; nous désignerons
ainsi le tableau des séjours de ce roi, d'après les Close Rolls publiés
par Duffus Hard^y et d'après le Patent Roll I Henry III; comme ce
Patent Holl a été catalogué pièce par pièce {Annxiàl Reports of the
deputy Keeper of the public records. 26 A report, app., p. 66 et suiv.),
nous n'avons pas jugé utile de publier un Itinéraire au8.si facile à re-
constituer. — Henri III se plaint de son dénuement dans une lettre du
2 déc. 1216 {Rec. Off., Pat. I Henry III, membr. 16.)
CONCLUSION DE DEUX TREVES. 139
du mois de novembre 1216, avait quitté Londres, emportant
ses machines de guerre. Il mit le siège devant Hertford le 12
novembre et en fut maître le 6 décembre. Pendant ce temps
d'autres troupes prenaient Ely et le château de Lincoln était
assiégé. De Hertford Louis se rendit immédiatement à Berk-
hampstead qui était défendu par un routier allemand nommé
Galeran ; les assiégés firent de vigoureuses sorties et « en-
ce voyèrent au Tartare nombre d'âmes de Français excommu-
« niés. » Mais en l'honneur de la Noël qui approchait, la régen-
ce sollicita une trêve générale jusqu'au 13 janvier; Louis y
consentit moyennant la reddition de Berkhampstead*. Durant
cette suspension des hostilités, Louis réunit ses partisans à
Cambridge, tandis que ceux de Henri III s'assemblaient à
Oxford. On parla de faire la paix. Mais les barons rebelles
étaient hostiles à ce projet et l'empêchèrent d'aboutir. La
guerre recommença. Louis s'empara de Hedingham et d'Ore-
ford ; on lui demanda alors une seconde trêve qu'il accorda à
condition que les châteaux de Norwich et de Colchester lui
fussent livrés. La nouvelle trêve devait durer jusqu'au 26
avril. On espérait qu'à cette occasion Louis reviendrait au-
près de son père et que cette absence profiterait à la cause
de Henri. Le calcul était juste: Louis résolut d'aller passer
ce temps en France ; les barons en ayant témoigné du mécon-
tentement, il les assembla et jura sur l'Évangile de revenir en
Angleterre à l'expiration de latrêve^
Louis ne s'était point décidé sans de puissants motifs à
cette périlleuse absence. Dès le mois de juillet 1216, la dé-
1. Barnwell, 234. — Wendover, III, 5 et suiv. — L*existence de
cette trêve est confirnuîe par une lettre (le Henri lll, datée du 28 déc 1216
(Rec, Off. Pat. I Henry III, inembr. l'i dorso) et par une autre du 27 déc.
{jRoy. Letters, n° 1), où il ordonne aux matelots irlandais de se rendre
à Winchelsea pour le 13 janvier, date de la fin de la trêve selon le
chanoine de Barnwell. — D'après une lettre envoyée le 15 déc. 1216
(Pat. I Henry fIL mernbr. 15), la trêve était déjà conclue à cette date.
2. Tous ces faits sont omis ou rapportés d'une façon confuse et vague
dans la plupart des chroniques (Hist. des ducs de Norm., 182; Ann.
de Dunstaple, 47; Ilist. de Guill. le Mar., v. 15709 et suiv., etc..)
Nous avons suivi le récit du chanoine de Barnwell, qui semble très
exact (p. 235). L'existence de deux trêves distinctes est certaine :
Guillaume le Maréchal parle de la première et de la seconde trêve dans
une lettre adressée à Louis à la lin du mois de février (Rymer, I,
part. 1, 147). Roger de Wendover en parle aussi (t. III, 13).
140 MOTIFS DU DÉPART DE LOUIS.
bandade avait commencé parmi ses compagnons et son armée
s'était <( amoindrie merveilleusement ». Il lui fallait donc aller
chercher des hommes et de Targent*. Selon Roger de Wen-
dover, il avait été averti aussi que s'il ne quittait pas l'Angle-
terre, le pape confirmerait le 4 mai 1217 Texcommunication
lancée contre lui par Galon; c'est pourquoi il alla faire un
séjour en France ^ Cette assertion semble bien étrange. Le
fils de Philippe-Auguste ne partait qu'avec la ferme intention
de revenir avant le 26 avril, et c'était évidemment une paix
définitive qui seule pouvait contenter le Saint-Siège ; enfin,
bien que Louis en efit appelé de la sentence du légat et que
les instances en cour de Rome durassent généralement fort
longtemps, nous avons la preuve qu'Innocent III lui-même
avait confirmé l'excommunication lancée contre les ennemis
de Jean sans Terre^. Si nous cherchons les divers motifs du
retour de Louis, nous pouvons plutôt croire que le roi de
France, sur l'ordre d'Honorius III, rappela d'urgence son
fils. Le 6 décembre, comme nous l'avons vu, Honorius avait
chargé les abbés de Cîteaux et de Clairvaux de se rendre auprès
de Philippe-Auguste : « Répandez des larmes, écrivait-il aux
« prélats, prosternez-vous à terre, accumulez les prières sur
« les prières, adjurez-le par le sang du Christ de remettre à
(( nos pupilles les offenses que leur père le roi Jean a pu lui
<c faire ; suppliez-le de s'appliquer d'un cœur pur à faire revenir
« son fils Louis »*. Faut-il croire avec le chanoine de Barn-
well qu'au début de l'année 1217 les nonces du pape convo-
quèrent à Melun un concile ayant pour objet la mise en interdit
du royaume de France? Aucun autre texte no prouve l'exis-
tence do ce concile. Le chroniqueur a fait sans doute une
confusion \ La lettre du 17 janvier où Honorius recomman-
1. Chanoine de Laon, 719. -— Coggeshall, 185. — Hist, des ducs de
Norm.. 176-177.
2. Wendover, III, 13.
3. Voyez dans H. F, XIX, 608, la rubrique d'une bulle perdue:
« Archiepiscopo Remensi et ejus suffraganeis, ut sententias latas contra
« Ludovicum primogenitiim régis Francie et sequaces suos qui invadunt
« regnum Aiiglie, publicent et cas faclant observari. »
4. Pressuti, n° 154.
5. Barnwell, 235. — Dom Brial(il. F., XVIII, 182, note c) assure que
ce concile a eu lieu et renvoie à une lettre de Gervais de Prémontré
au pape. Mais cette lettre, que Brial a plus tard éditée lui-même
GUET-APENS DE WINCHELSEA. 141
dait à Tarchevêque de Bordeaux de frapper de censure tous
les fauteurs de désordre, « sauf la personne du roi de France *»,
semble prouver que le Saint-Siège voulait se concilier Philippe-
Auguste par la modération. Bien évidemment ce prince n'était
plus très difficile à gagner. Il avait d*abord encouragé, sinon
suggéré les projets de son fils ; mais les longueurs d'une cam-
pagne qui aurait dû être courte et foudroyante, enfin la mort
de Jean sans Terre et le couronnement de Henri III durent
détruire ses illusions; il est donc fort possible que, comme
l'assure le chanoine de Barnwell, Louis ait été mandé par son
père.
Il fallait bien que de pressantes raisons l'appelassent en
France ; car il laissait derrière lui des ennemis décidés à no
point respecter les engagements jurés. Le biographe de Guil-
laume le Maréchal assure que Louis fut le premier à violer
la trêve*, mais nous ne connaissons aucun fait confirmant
cette assertion. On voit au contraire que le 12 février 1217
un certain nombre de Français, entre autres les deux neveux
du comte de îsevers, furent faits prisonniers à Lewes^ et
qu'à la fin du mois Louis, sur le point de partir pour la
France, faillit tomber dans un guet-apens. La fidélité des
Cinq-Ports était chancelante ; Rye avait môme été occupée par
les gens de Henri III ; Louis résolut de les en déloger avant
de s'embarquer. Quand il arriva à Winchelsea, qui n'était
séparée de Rye que par un bras de mer, il trouva cette ville
déserte : les habitants avaient brisé leurs moulins et étaient
allés rejoindre Philippe d'Aubigné, qui avait sous ses ordres
une grande flotte dans le port de Rye. De plus les bandes
du Sussex, commandées par Wilkin, étaient venues derrière
les Français couper les ponts et détruire les passages. Blo-
quées dans Winchelsea, les troupes de Louis en furent ré-
duites à se nourrir de noix et de blé broyé à la main et souf-
frirent bientôt de la famine ; les Anglais faisaient constamment
(H. F., XIX, 60i-605) est adressée à Innocent IIÎ et non pas à Hono-
rius, et l'abbé de Prémontré y parle du concile bien connu tenu à
Melun en 1216 avant le départ de Louis. 11 n'est pas question, dans les
Collections de Conciles, d'assemblée de ce genre en 1217.
1. Pressuti, n<> 247.
2. V. 15747 et suiv.
3. Gesta regum continuaia^ II, 111-112.
142 SITUATION DES DEUX PARTIS.
(les descentes pour les harceler. Eustache le Moine, qui se
trouvait avec Louis, fit alors dresser deux pierrières pour
écraser les navires ennemis sous une grêle de projectiles ; il
commença aussi la construction d'un grand château flottant
dont on attendait merveille. Mais sur ces entrefaites des
secours arrivèrent : quelques chevaliers d'Artois restés à
Londres, ayant appris la détresse de Louis, se rendirent à
Romney et envoyèrent demander de l'aide en France; le
prieur du monastère du Waast, bailli du Boulonnais et de
Hesdin, expédia aussitôt deux cents nefs. Une bataille navale
faillit avoir lieu, mais les Anglais, frappés de panique par
Timmersion accidentelle d'une de leurs coges, battirent en
retraite; ils n'osèrent même pas défendre Rye. Après avoir
pillé la ville et y avoir mis garnison, Louis s'embarqua et
arriva heureusement en France*.
La situation de Louis n'était pas mauvaise quand il partit.
Sa domination s'était consolidée dans les comtés de l'est*.
Malgré la tentation toute naturelle d'abandonner un prince
étranger et puissant pour un roi mineur, les barons étaient
empêchés par le point d'honneur de trahir le serment qu'ils
avaient prêté à Louis; il semble aussi que Galon, en dépit
des prudentes recommandations du pape, effarouchait par ses
rigueurs les hésitants ; on lui reprochait de ne point respecter
la trêve jurée et aussi de prélever sur les églises des taxes
irrégulières'. L'Irlande elle-même commençait à inquiéter
les partisans de Henri III ; dans une lettre du 17 janvier,
Honorius écrivait : « La malice des rebelles s'est tellement
1. La plupart des chroniqueurs ont ignoré cet épisode, dont l'Ano-
nyme artésien a certainement été témoin. Voyez ffist, des ducs de
/vorm.^ 182 et suiv. ; Anon. de Béth., f. 62 et 63. Nous voyons par des
lettres pat. du 28 fév. 1217 et du 26 janv. 1219 (^Hec, Off., Pat, IHenrv III,
membr. 13 dorso; Pat. III^ part, i, membr. 5) que les Français firent
main basse sur les marchandises et les vins qu'ils trouvèrent dans le
port de Rye, mais qu'après leur départ Guillaume le Maréchal et toutes
les troupes de Henri Iil vinrent reprendre cette ville. Les récits con-
tenus dans VUist, de Guill. le Mar. (v. 15761 à 15869), où le plan de
ce guet-apens est attribué au comte de Pembroke, dans les Ann, de
Dunstaple (p. 48) et de Worcester (p. 407) et dans les Chron, de Mailros
(p. 130) et de Lanercost (p. 25) sont plus ou moins fantaisistes.
2. Barnwell, 235 : « Sic igitur omnis plaga orientalis in manus Lo-
« dovici devenit. »
3. Wendover, III, 11. — Barnwell, 235-236.
SITUATION DES DEUX PARTIS. 143
« ment accrue que quelques sujets du royaume d'Irlande ont
<c adopté leurs projets et, joignant leur contingent aux impies
<c et aux infidèles, non seulement s'efforcent de machiner des
« pièges contre le roi Henri, mais ne craignent pas de lui faire
« des outrages manifestes. » Le 16 avril, la régence dut se dé-
cider à envoyer l'archevêque de Dublin, qui faisait partie du
conseil du roi, réprimer les troubles survenus dans l'île*.
Le soulèvement de l'Irlande n'avait pas grande importance ;
la grave question était de savoir si les barons anglais reste-
raient fidèles à Louis pendant son absence, et s'il réussirait à
recruter en France une nouvelle armée.
1. Pressuti, n® 246. — Rymer, I, part, i, 146.
CHAPITRE VIII.
LINCOLN.
Dès la conclusion de la seconde trêve, pendant le mois qui
précéda le départ du prétendant, quelques-uns de ses parti-
sans Tabandonnèrent. Lorsque Louis se fut embarqué» les
avances de la régence devinrent plus pressantes encore; ce
fut au mois de mars que s'accomplirent le plus grand nombre
de soumissions ; il y en eut beaucoup moins lorsqu*approcha
le temps du retour des Français. On compte en tout pendant,
labsence de Louis environ cent cinquante actes attestant
des défections de nobles*. Les plus désastreuses furent celles
de Guillaume Longespée et de Guillaume le Maréchal le jeune ;
ils hésitèrent longtemps ; on s'efforça de calmer leurs scru-
pules en les comblant de faveurs *.
Galon faisait tous ses efforts pour éteindre le sentiment
d'honneur qui retenait les barons dans le parti de Louis. Il
proclamait que les serments de fidélité prêtés contre Jean.
et sa dynastie n'avaient aucune valeur ; il qualifiait les adver-
saires de Henri III d' « ennemis de Dieu et de l'Église» et l'ar--
mée qui leur était opposée de « chevalerie du Christ '» . La guerre
contre les rebelles et les Français devint une croisade aim
sens littéral du mot : les fidèles du jeune roi portèrent un^
croix sur la poitrine ; ceux qui s'étaient engagés à aller corn—
1. Lin. Clans., I, 297 et suiv. — /?ec. Off., Pat, l Henry III ^membr^
13, 12, 11 et 8.
2. Voy. lacté du 7 mars annonçant la soumission du comte de Salis*
bury dans Litt. Clans., 1, 299 ; les actes du 14 et du 15 mars en faveur*'
du môme dans Patent I Henry III, membr. 11 ; les actes du 22 et du 2^
mars et du 9 avril en faveur de Guillaume le Maréchal le jeune, ibid,^
membr. 10 et 9. Le comte de Salisbury ne fit hommage à Henri lîC
que le 14 août. (Litt. Clans. I, 320.)
3. Rymer, I. part. I, 146: a ... Hostes Del et ecclesîe ... ». Noofl^
avons vu que dans une lettre patente de Henri III Philippe d'Attbigo^
était appelé « dux milicie Chnkti ».
SÉJOUR DE LOUIS EN FRANCE. 145
battre en Terre Sainte, comme par exemple le comte de
Chester, furent autorisés à accomplir leur vœu en Angleterre*.
La trêve fut moins que jamais respectée. Fauquet de Bréauté
reprit Ely ; Philippe d'Aubigné soumit Rochester et détrui-
sit les châteaux de Chichester et de Porchesier, tandis que le
comte de Pembroko, accompagné de son fils et du comte de
Salisbury, s'emparait de Farnham et d'Odiham; le 2G mars
Guillaume le Maréchal le jeune mit le siège devant Marlbo-
rough. Enguerran de Couci, que Louis avait laissé comme
lieutenant en Angleterre, avait pour consigne de ne point
quitter Londres ; il obéit et se contenta d'envoyer dès le
commencement de mars une armée à Lincoln pour tenter
une nouvelle attaque contre le château*.
Pendant ce temps Louis réunissait très péniblement en
France des ressources nouvelles. Il ne put rien obtenir do son
père; maintenant que le succès de Texpédition était devenu
fort douteux, Philippe-Auguste envoyait des ambassadeurs
auprès du Saint-Siège pour protester de son dévouement :
dans une lettre du 21 avril 1217, Honorius III le remercie des
bons sentiments qu'il lui fait exprimer par ses messagers ; dé-
sormais, ajoute le pape, les méchantes langues n'ont plus qu'à
se taire ; il est prouvé que Philippe- Auguste n'a pas dégénéré
de ses ancêtres, fidèles soutiens de l'Église romaine ; mais
pourquoi son fils, « quittant les sentiers de ses pères comme
« une colombe fascinée », s'efi'orce-t-il de déshériter « le cohé-
« ritier du Christ, l'orphelin pupille du siège apostolique ? »
C'est au roi de France de ramener à lui « l'enfant prodigue ».
Au moment où cette lettre arriva, Philippe-Auguste avait
laissé repartir l'enfant prodigue ; il avait seulement affecté de
ne jamais lui parler^.
1. Wendover, édit. Hewlett dans les Holls séries^ t. II, 206 ; ce pas-
sage ne figure pas dans rédition Luard, ayant été supprimé dans les
manuscrits de Mathieu de Paris. — Ann» de Waverley, 287. — Gesia
regum continuata, 110. — Rymer, I, part. I, 146.
2. Bec. 0/f.j Pat. I Henry I!I, membr. 8, ordres donnés le 16 et le 27
avr. 1217 à Philippe d'Aubigné pour qu'il détruise les châteaux de
Chichester et de Porchester. — Barnwell, 236. — Hiat. des ducs de
Nonn.^ 187 et suiv. — Hist. de Gui IL le Maréc/i., v. 15889 et suiv.
3. Pressuti, n« 524. — Guill. le Bret., Chroti., 8 222. -^ I/ist. des
ducs de Norm,^ 187. — Le père et le fils n'étaient nullement brouillés:
au moment où Louis était à Calais, prêt à se rembarquer, il s'occupa
Cil. Pbtit-Dutaillis. Hègne de Louis VllL 10
146 RETOUR DE LOUIS EN ANGLETERRE.
Louis s'était fait prêter quelque argent par ses amis et
avait réuni une petite armée ; faute probablement de res-
sources nécessaires pour la payer, il devait en licencier une
partie quelques jours après son arrivée en Angleterre. Il eut
peine à entretenir le reste. L'Anonyme de Béthune s'est fait
l'écho des plaintes que les Artésiens au service de Louis
laissaient échapper au sujet de la misère où ils se trouvaient.
Roger do Wendover. qui vit passer à Saint-Alban, au mois
de mai 1217, une troupe de mercenaires français, déclare
qu'ils ressemblaient à des brigands ; à peine leurs vêtements
en guenilles couvraient- ils les parties honteuses du corps.* —
Le départ eut lieu le 22 avril à Calais ; rhéritier royal ramenait
avec lui le comte de Bretagne et Robert de Dreux, les comtes
du Perche et de Guines, le vicomte de Melun et Adam de
Beaumont, 140 chevaliers et une troupe de mercenaires*.
Tandis que la flotte cinglait vers Douvres, les troupes qui
gardaient cette ville au nom de Louis de France furent assail-
lies, non par la garnison du château, mais par des bandes que
commandaient Wilkin et un frère naturel de Henri III nommé
Olivier ; quelques Français furent tués et les maisons où ils
logeaient furent brûlées. En voyant le ciel rougi par Tin-
cendic, Louis craignit un nouveau guet-apens et détourna ses
nefs vers Sandwich, où il coucha. Le lendemain 23 avril
il alla à Douvres ; il comptait commencer immédiatement le
siège du château, qui était défendu comme autrefois par
Hubert de Bourg ; mais il apprit que quatre de ses places les
plus importantes, Winchester, Marlborough, Southampton et
Mountsorel, appartenant toutes quatre à Sehier de Quinci,
étaient assiégées par les royalistes.
de recevoir les garanties fournies par les pièges de Gautier de Vormi-
zeele, qui s^était engagé à ne pas prendre les armes contre Philippe-
Auguste pendant le futur procès du comte de Flandre (Teulet, I,
445 •).
1. Anon. de Béthune, f« 59 v". — Wendover, III, 17-18.
2. Guill. le Bret., Chron. § 223. — Rob. d'Auxerre, Conlin. Il, 281
— Ilist. des ducs de Nonn., 188 et suiv. — La date du 22 avril es.
fournie par Ja Chron. de Merton (pièce justif. III), et les Ann, de Wor'
cester, p. 408. — L'auteur de VHist. des ducs de Norm. prétend que 1
départ eut lieu le 25 mars ; mais dans la suite, avec la série de dat&
très précises qu'il donne et qui permettent de rétablir par rétrograda
tion la véritable chronologie de ces événements, il connrme lui-mém^
les indications de la Chron. de Merton,
LOUIS POURSUIT HENRI HI. 147
Le fils de Philippe-Auguste réussit à obtenir une trêve
de Hubert de Bourg et le jour même il quitta Douvres. Le
lendemain 24 avril, il se dirigea vers Winchester ; il espé-
rait y surprendre le jeune Henri III qui assistait au siège ;
mais la route était longue. Louis arriva le 26 devant Farnhara;
il avait été rejoint en chemin par Sehier de Quinci et d'autres
nobles anglais, puis par les chevaliers français de Londres.
Le comte de Pembroke, après avoir pris Farnhara, y avait
mis garnison ; Louis ne put s'emparer que de la première
enceinte. On vint sur ces entrefaites lui annoncer que le châ-
teau de Winchester avait succombé, ainsi que ceux de
Southampton et de Marlborough. Mais Mountsorel résistait
encore, défendu par une dizaine de chevaliers et une troupe
de sergents contre Tarmée du comte de Chester et de Fauquet
de Bréauté. Alors Louis dédoubla son armée, en confia une
partie à Sehier de Quinci qui voulait aller sauver Mountsorel
et garda Tautre avec lui. Les deux corps d*armée quittèrent
Farnham le 28 avril au matin.
Louis n'avait pas perdu Tespoir de s'emparer de son rival;
il se mit en route pour Winchester. Mais à la nouvelle de son
approche les royalistes décampèrent pour se réfugier à Marl-
borough. Il resta quelques jours dans Winchester afin do
faire réparer les murs et la tour, puis, confiant la garde du
château au comte de Nevers, il partit le 3 mai pour Londres.
On lui apprit là que la garnison du château de Douvres n'avait
pas observé la trêve conclue et qu'un certain nombre de Fran-
çais nouvellement débarqués avaient été massacrés. Alors il
recommença pour la quatrième fois le siège de cette place,
qui était mieux fortifiée et ravitaillée que jamais (12 mai). Los
troupes s'établirent sur les hauteurs qui dominaient le châ-
teau et Ton dressa un trébuchet que Louis avait apporté de
France ; mais cette belle machine qu'on admirait beaucoup
pour sa nouveauté fit peu de mal aux ennemis. Le 14, une
petite flotte partit de France afin de porter des secours à
Louis, mais elle fut repoussée par les vents ; le 16 elle reprit
la mer ; Philippe d'Aubigné, qui avait mission de surveiller
les côtes, se porta à la rencontre des nefs françaises et les
força à la retraite; huit d'entre elles étant tombées entre
ses mains, tous les mariniers et les sergents furent impitoya-
148 LES BARONS ASSIEGENT LINCOLN.
blement massacrés et les chevaliers furent jetés dans les sen-
tines des vaisseaux. Cot exploit une fois accompli, Philippe
d'Aubigné s'établit tranquillement avec sa flotte devant Dou-
vres pour empêcher les assiégeants d'être secourus par mer.
Rempli de fureur, Louis fit brûler Romney et Hayes \
La seconde armée, que dirigeait le comte de Winchester,
eut d'abord plus de succès. Tout en variant beaucoup sur les
chifires précis des efi'ectifs, les chroniqueurs s'accordent à
dire que cette armée était considérable. Il n y avait guère que
70 chevaliers français ; mais une grande partie du baronnage
anglais accompagnait Sehier de Quinci, et les sergents
étaient, sinon bien équipés et bien disciplinés, du moins fort
nombreux. Cette armée, pillant tout sur sa route, passa par
Saint-Alban et Dunstaplç et arriva au commencement de mai
à Mountsorel ; mais les royalistes ne l'avaient pas attendue et
s'étaient retirés à Notlingham. Sehier fit alors réparer le
château de Mountsorel et en renouvela la garnison ; puis, sur
la demande des Français établis à Lincoln, il vint les renforcer
avec toute son armée ^
Le château de Lincoln était assiégé depuis le commen-
cemout du mois de mars par une troupe de Français et
de barons norois réunis sous le commandement de Gilbert de
Gant. Ce seigneur, que Louis de France avait investi du
comté de Lincoln bien que ses droits fussent fort contes-
tables \ avait un intérêt capital à s'emparer de la place qui
dominait toute la région ; mais dame Nicole de la Haie était
une (( molt englgneuse et mal querans et vighereuse vielle*)»
et le château avait la réputation d'être inexpugnable. Fondé
par Guillaume le Conquérant, il avait été le refuge de Tem-
press Mathilde en 1140, et c'est non loin de ses murs que
1. Uist. des ducs de A'orm., 189 et suiv. — Ilist. de Gui IL le Mar.^
V. 160G3 à 16092. — Barnwell, 236-237. — Wendover, III, 15-16. —
Uec. 0//*., Pal. I Henry III, membr. 10 à 8, ordres du 23 mars, du U
avril et du 9 mai pour fortifier et ravitailler Douvres. — Itinér.
de Henri III.
2. Ilist. des dncb' de Norm., 191, 194. — Wendover, IIl, 16-17. —
Ann. de Dunstaple, 49. — Ilist. de Guill. le Mor., v. 16093 à 16111. —
Barnwell, 237.
3. Voy. l'art, cité de Gough Nicliols, dans Mem. illustr. of Ihe hist,
and antiq. of the county and city of Lincoln^ p. 268 et suiv.
4. Anon. de Béthune, f" 62.
LES ROYALISTES RECOURENT LINCOLN. 149
s'était livrée la sanglante bataille où Etienne avait été pris*.
Allait-il résister à la nouvelle armée qu'amenait Sehier de
Quinci ?
Les défenseurs de Henri 111 résolurent d'aller secourir dame
Nicole; le sentiment chevaleresque leur ordonnait de ne point
laisser sans aide cette vaillante femme. 11 importait d'ailleurs
(le s'emparer de la ville même, qui, malgré la menace toujours
imminente d'une sortie de la garnison du château, était avec
Londres le principal centre du parti français. Lincoln avait
toujours été Tune des cités les plus populeuses de TAngle-
terre; or ses bourgeois se montraient dévoués à la cause de
Louis et son clergé bravait l'interdit; de plus, depuis l'arri-
vée de Gilbert de Gant, des familles entières du pays envi-
ronnant, qui s'étaient compromises dans la rébellion, immi-
graient pour se placer sous la protection des barons*. Enfin
Guillaume le Maréchal considérait avec raison que Louis
ayant commis la faute de partager ses forces» il fallait en
profiter et anéantir Tarmée qu'il avait laissée partir pour
Lincoln; le moment était peut-être décisif.
Les forces royalistes se réunirent à Newark, à sept lieues
environ au sud-ouest de Lincoln. Henri 111 était présent
ainsi que le légat, Tarchevêque d'York et les évêques de
Winchester, de Hertford, de Salisbury, de Bath, d'Exeler,
de Worcester et de Lincoln. Pendant trois jours l'armée se
reposa; les prélats entendaient les confessions et adminis-
traientla communion ; le matin du départ, le légat excommunia
solennellement les ennemis, et particulièrement l'armée de
Lincoln et les habitants de la ville; puis il donna l'absolution
aux royalistes, qui portaient tous une croix blanche sur la
poitrine. Il laissa partir l'armée et resta avec le jeune roi ;
l'évêque Pierre des Roches eut mission d'accompagner les
croisés et de les animer au combat*.
1. Observations on anrient caslles, par Kdw. King, dans VArchœolo-
gia, VI, 261. — Lincoln castle par E. J. W. dans Mem. iilustr. eic,
280 et suiv.
2. Barnwell, 236-237.
3. I/ist. deGuilL le Mm\, v. 16137-16196.
4. Wendover, III, 18-19. — Chron, de Mailros, 131. — Ann. de
Dunstaple, 49. — ffist, de Guill. le Mar., v. 16225-16237; selon le
poète, Galon s'en alla à Nottingham. W Itinéraire de Henri III nous
apprend seulement qu'il était le 20 mai à Newark.
150 FORCES DES DEUX PARTIS.
Les chroniqueurs varient sur les dates des étapes; mais ils
disent tous que ce fut le samedi 20 mai, au matin, que les
royalistes arrivèrent on vue de Lincoln \ Le comte de Chester
avait exigé qu'on lui confiât le commandement de la première
bataille ; la seconde avait pour chefs le comte de Pembroke
et son fils ; la troisième et la quatrième étaient dirigées par
le comte de Salisbury et par Pierre des Roches. Parmi
les combattants figuraient le comte de Derby, le comte d'Au-
male, Fauquet de Bréauté, Philippe d*Aubigné, Jean le
Maréchal, neveu du comte de Pembroke, etc. On avait
dégarni presque tous les châteaux pour avoir une armée. Il y
avait environ quatre cents chevaliers et trois cents arbalé-
triers, sans compter bon nombre de sergents à pied et achevai*.
Malgré toute Tassurance des royalistes, les partisans de
Louis avaient beau jeu. Ils étaient au nombre de six cents
chevaliers et de mille fantassins \ On comptait parmi eux
quelques seigneurs français, tels que le jeune comte du Perche.
Simon de Poissi et le châtelain d'Arras, et la plus grande
partie des barons rebelles: Gilbert de Gant, le comte de
Winchester, le comte de Hertford, Robert Fils-Gautier, Guil-
laume de Montbrai, le connétable de Chester, etc. Lorsque
Tarmée royaliste fut signalée, on délibéra sur le parti à prendre;
les uns furent d'avis de se porter à la rencontre de Tennemi
afin de pouvoir profiler d'une supériorité numérique dont ils
se déclaraient certains ; d'autres, trompés par la vue des cha-
riots de bagages qui au loin grossissaient démesurément
TaiTière-garde, nièrent cette supériorité et déclarèrent qu'il
valait mieux s'enfermer dans la ville ; le château ne résiste-
rait pas d'ailleurs à un nouvel assaut et offrirait un abri sur.
Cette mauvaise inspiration prévalut*.
Le château était situé au nord de Lincoln; il avait une
1. Ilist. de Guill. le Mar.. v. 16238-16241. — Wendover, III, 2'f. —
Co^gesliall, 185. — Chron. de Merton (pièce justif. III). — Annalesde
Wavericy, 287, etc.
2. Ilist. de Guill. le Mar., v. 16204-16224 et 16247-16268. — Les
chiffres de Roger de Wendover (III, 18) sont à peu près les mômes.
3. ///«/. de Guill. le Mar., v. 16335-16338.
4. Wendover, III, 19-20. — Ann. de Dunstaple, 49. — Selon Vllist. de
Guill. le Mar., v. 16341-16400, les partisans de Louis ne crurent pas
qu'on aurait l'audace de les attaquer.
BATAILLE DE LINCOLN. 151
porte sur la ville, une autre au nord sur la campagne ; le
donjon était placé au milieu du rempart occidental sur
une motte artificielle et avait également une sortie vers
la campagne \ Les royalistes firent un détour pour arriver
par le nord et pénétrer dans la ville en traversant le château.
Le comte du Perche et Sehier de Quinci ayant complètement
négligé de faire garder les abords du château du côté de la
campagne, le plan n'était pas malaisé à exécuter. Jean le
Maréchal fit une reconnaissance et revint annoncer que Tar-
mée pouvait s'avancer. Alors l'évoque Pierre des Roches,
accompagné d'une troupe d'arbalétriers, se dirigea vers le
château et y entra, suivi seulement d'un sergent, tandis
que les projectiles lancés par les pierrières françaises tom-
baient comme une grêle. Le prélat inspecta les abords du
château au sud et ayant aperçu une ancienne porte qui don-
nait accès sur la ville et avait été condamnée, il la fit abattre
en partie afin que les royalistes pussent passer par là, puis il
revint trouver Guillaume le Maréchal. On jugea imprudent
d'engager toute Tarmée en un seul endroit ; on envoya seule-
ment dans le château Fauquet de Bréauté et les arbalétriers.
Fauquet ne réussit pas à entrer dans la ville, mais il plaça ses
troupes au sommet du château et des remparts, et leur
ordonna de tirer sur les chevaux des ennemis ; beaucoup de
barons rebelles furent désarçonnés.
Pendant ce temps, le gros de l'armée royaliste s'était porté
vers une des portes de la ville et avait réussi à la briser; alors
ce fut dans les rues une terrible mêlée. Pendant deux heures
on se battit partout, jusque sous le porche de l'église :
La veïst Ten grant coups ferir ;
Haumes soner e retentir,
E gleives voler en esteles.
Chevaliers prendre e vuidier seles.
Le comte du Perche, entouré d'ennemis, se défendit long-
temps dans un cimetière sans vouloir se rendre. Guillaume le
Maréchal, qui avait oublié ses quatre-vingts ans et se battait
1. Voy. les articles de King et d'Englefield dans V Archœologîa^ VI,
261-262 et 376-380 et le plan du château, i6irf.. 26't.
152 BATAILLE DE LLNCOLN.
comme un jeune homme, saisit au frein le cheval du comte,
voulant recevoir lui-m(>me Tépée du « plus hauz hom qui i
« fust devers les Franceis » ; le comte lâcha la bride et des deux
mains asséna trois grands coups de taille sur le heaume du
Maréchal ; mais, frappé lui-même à Tœil par un ennemi obscur,
il tomba ])rusquement de cheval. Quand on voulut le relever,
Ton s'aperrut « qu'il estoit toz freiz morz ».
Les royalistes furent enfin vainqueurs; sans scrupule, ils
iuaiont les chevaux de leurs adversaires, qui se trouvaient
ainsi réduits à Timpuissance. Se voyant débordés, Simon de
Poissi, le châtelain d'Arras et les autres Français reculèrent
vers la porte qui se trouvait dans la direction de Wigford;
mais cette porto était construite de telle façon que les
cavaliers devaient passer un à un en tenant les chevaux
en bride; un incident ridicule vint compliquer encore la
situation : une vache se présenta à cette porte et voulut entrer
dans la ville; on ne put s'en débarrasser qu'en la tuant. Ces
obstacles firent tomber un grand nombre de fuyards aux
mains des royalistes. Ceux qui purent s'échapper prirent la
route de Londres, et, jusqu'à ce qu'ils fussent en sûreté, dit
le panégyriste de Guillaume le Maréchal :
Ne nuit ne jor n'i sejorncrent
Ne en vile ne en meison,
Qu'il Guidèrent que li buissons
Partot e es raonz e es vais
Fussent tuit plein de marechals.
Quant aux l)arons rebelles qui se trouvaient à Lincoln, ils
furent tous pris, sauf Guillaume de Mandeville, le connétable
le Chester et quelques autres. Les chefs du parti révolution-
naire, Sehior de Quinci, Robert Fils-Gautier, Henri de
Bohon, Gilbert de Clare, Gilbert de Gant, Guillaume de Hun-
tingfield, Guillaume de Montbrai, etc.. et environ quatre
cents chevaliers durent rendre leur épée. On parla longtemps
de la « magna baronum captio apud Lincolniam ».
La bataille même avait été peu sanglante : deux personnes
seulement avaient péri, outre le comte du Perche. Mais
parmi les fuyards beaucoup de gens de pied furent massacrés
en route par les paysans. Un grand nombre de bourgeois de
(
CONSÉQUENCES DE LA BATAILLE. 153
Lincoln, qui dans leur épouvante s*étaient embarqués sur le
Witham avec leurs familles et leurs meubles les plus pré-
cieux, trouvèrent la mort dans les eaux, les barques trop
chargées ayant sombré. Ils n'avaient pas eu tort de redouter
la brutalité des royalistes. Les habitants qui s'étaient réfugiés
dans la cathédrale furent pris et chargés de chaînes. Le légat
avait d'avance autorisé V « armée du Christ » à ne garder
aucun ménagement envers les excommuniés, tant clercs que
laïques. La ville fut entièrement mise à sac, y compris les
églises; Tor et l'argent, les bijoux, les vêtements, les objets
du culte, tout tomba aux mains des pillards et cette journée
devait être appelée la foire de Lincoln, Vers neuf heures du
soir, on se reposa; la « paix du roi Henri » fut proclamée
et Ton festina joyeusement*.
Les barons rebelles furent emmenés en captivité par ceux
qui les avaient pris. C'était là une grande perte pour Louis.
Llewelyn et le roi d'Ecosse, qui n'avaient guère souci que de
leurs intérêts propres et continuaient de leur côté une guerre
purement locale', ne pouvaient remplacer de si utiles alliés.
Heureusement, selon les mœurs guerrières du temps, la plu-
part des prisonniers purent obtenir leur délivrance en payant
rançon'. La bataille de Lincoln eut une importance morale
plutôt que matérielle. La nouvelle s'en répandit partout et
ceux qui y avaient pris part en tirèrent grande gloire :
Qui en haute enor se velt mètre
Primes 11 covient entremetre
1. Le récit le plus détaillé, sinon toujours le plus exact, de la bataille
de Lincoln, se trouve dans ÏHist. de Ôuill. le Mar., v. 16414 environ
et suivants ; voy. notre Introduction. Nous ne nous flattons pas d'avoir
toujours bien interprété l'obscure narration du pocte et nous avons
négligé beaucoup ae détails qui nous paraissaient sans intérêt. D'ail-
leurs les chroniques servent heureusement à contrôler et à compléter
cet exposé verbeux. Voy. Wendover, III, 20 et suiv. — Barnwell,
237 et suiv. — Ann. de Dunstaplc, 49 et suiv. — Ann. de Waverley,
287. — Ann. de Burton, 224. — Hist. des ducs de Norm., 194 et suiv.
— Guill. le Bret., Chron., S 223. — Chron. de Rouen, :iGI. — Il y a une
liste des barons pris à Lincoln à la suite de la Chron. de Hovcden, IV,
190, note. La liste la plus complète est dans les Gcsla regum conti-
nuatn, 111. — S. Pegge a fait sur cette bataille une étude assez insi-
g'nifiante (Archaeoi., VIII, 195 et suiv.).
2. Chron. de Mailros^ 130.
3. Ann, de Dans tapie, 50.
154 CONSÉQUENCES DE LA BATAILLE.
Qu'il en ait esté a escole
Bin la bataille de Nichole*.
Les récits légendaires composés postérieurement, tels que
celui de Gautier de Wittlesey, prouvent le souvenir profond
qu'on garda de la défaite des barons*. Les contemporains
virent là un jugement de Dieu; la victoire était le meilleur
argument que pussent produire les partisans de Henri III; l'on
ne douta plus de la bonté de leur cause \ Un poème latin, qui
fut probablement composé à la fin de 1217 par quelque homme
d'église, indique assez curieusement cet état d'esprit : « Le
« Scrutateur des cœurs », s'écrie le versificateur en son langage
ampoulé, « a rappelé en son amour les brebis qui gagnaient les
« déserts et erraient depuis longtemps » ; sans cesse pendant
cette guerre s'est manifestée l'action divine : Jean est mort
non sous les coups de ses ennemis, mais par la main du Sei-
gneur, dont il avait incendié les temples ; et voici que se met
à brillera une petite étincelle, l'héritier royal, espoir unique
« du royaume déchiré, étoile allumée par Dieu ». Le sacre
donne au jeune Henri une soudaine maturité; sous la con-
duite de Galon, « astre de la justice et miroir de la raison »,
les fidèles qui portent sur leur poitrine la croix blanche
s'élancont contre les sacrilèges, et une sainte conversion
transforme les lièvres en lions. C'est Dieu qui a combattu
pour l'enfant*.
On a tort de dire que la victoire de Lincoln fut décisive ;
1. Hist. de Guill. le Mar., v. 16867-16870.
2. La Chronique de Gautier de Wittlesey a été copiée en partie parle
généalogiste Robert Glover dans un manuscrit aujourd'hui conservé à
la Bodléienne d'Oxford, Ashmolean 848 ; v. particulièrement lesf®» 16-
16 ^ ; Dugdale en a traduit un fragment (Baronage, I, 42). — D'après
Gautier de Wittlesey, Louis n'était alors qu'un enfant de quatorze ans
et se trouvait dans la cathédrale pendant le combat; une fois vainqueur,
le comte de Chester lui fit jurer de renoncer à la couronne d'Angleterre,
puis le laissa repartir pour la France.
3. Wendover, 111, 25 : « Credendum est itaque confusionem hanc
« Lodovico ac baronibus Anglie justo Dei accidisse judicio, etc. » Voy.
aussi Vllist. de Guiii. le Mar., v. 17029-17030.
4. « Versus de guerra régis Johannis » (Dril. Muséum^ Cotton, Venp,
B Xllly f*^ 130 V" et suiv.) Th. Wright a imprimé ce poème dans ses
Political Songs, p. 19 et suiv., avec son habituelle négligence. Ainsi
il transcrit de cette façon le vers 64 :
Unio sacra novum maturat ad ardua regem,
ce qui ne signifie rien. Le ms. porte unccio-
CONSÉQUENCES DE LA BATAILLE. 155
mais, dans cette interminable guerre de sièges et de dévas-
tations, c'était la première grande mêlée, et le parti des
Plantagenets avait eu le dessus. C'était assez pour faire croire
que la fortune avait tourné.
CHAPITRE IX.
fiCIIKC DKFIMTIF DE L'EXPÉDITION D'ANGLETEllRE.
Louis continuait à assiéger sans succès le château de
Douvres, lorsque la nouvelle du désastre de Lincoln lui par-
vint, le jeudi 25 mai. L'année précédente, à pareille époque,
il marchait victorieusement vers Londres. Il fallait mainte-
nant y retourner pour défendre ce dernier refuge contre l'en-
nemi triomphant. On résolut toutefois de rester à Douvres
quelques jours encore» afin que des messagers mieux informés
eussent le temps d'arriver. Or, le dimanche, comme l'atmos-
phère était très claire, on aperçut dans la direction de Calais
un grand nombre de nefs dont les voiles brillaient sous le
soleil. Le lundi 29 mai, cent vingt nefs arrivèrent en effet de
France et réussirent presque toutes à échapper à la flotte
anglaise; Louis, plein do joie, alla sur la plage pour recevoir
ces auxiliaires inespérés. Mais on ne lui avait envoyé que des
sergents; à peine y avait-il dix-huit chevaliers. Désappointé,
il rassembla son conseil et Ton décida de partir le lendemain
pour Londres. Le 30 mai, Louis renvoya toutes ses nefs en
France; Gui d'Athies et un autre clerc furent chargés d'aller
demander des secours à Philippe-Auguste et aux principaux
barons du royaume. Le P' juin, les Français arrivèrent à
Londres*.
Après avoir rasé le château do Mountsorel, qui avait été
abandonné par les partisans de Louis, les royalistes se diri-
gèrent sur Londres et s'avancèrent jusqu'à Windsor. De toutes
1. IHsl. des duca de IVovm.j 195. — Ici encore, notre auteur se
trompe pour la première date qu'il donne, mais il est facile de rétablir
à l'aide de ses propres indications la véritable chronologie. — La pré-
tendue lettre adressée par Louis à son père (Wendover, 111, 25) me
semble un produit de Timagination de Roger de Wendover.
l'avenir encore incertain. 157
parts les châteaux capitulaient \ La régence, usant toujours
(le modération, donna ordre aux shériffs de faire lire publi-
quement la charte accordée par H^nri III à ses sujets, et d*en
surveiller ^exécution^ On continua à faire profiter d'une
complète amnistie ceux qui revenaient au service du roi.
Aussi les actes attestant les soumissions des rebelles, très
peu nombreux au mois de mai, se multiplient aux mois de
juin et de juillet; on en compte près de cent cinquante dans
lesrJ/e.s'. Lecomtede Varenne revint au service de Henri III
le 22 juin, et Renaud de Briouse le 24 ; Fauquet jde Bréauté
reçut à la même époque la soumission des habitants de Lynn*.
Le comte d'Arundel et Renaud Basset rentrèrent en grâce le
14 juillet et le connétable de Chester le 9 août*. Cependant
beaucoup de barons ne voulurent pas violer le serment qu'ils
avaient fait et la plupart de ceux qui avaient été pris à Lincoln
purent, comme nous l'avons vu, racheter leur liberté*; enfin
les habitants de Londres, qui avaient de nouveau juré fidélité
à Louis, résistaient aux sollicitations des royalistes". Louis
pouvait encore ou lutter ou conclure un traité honorable*.
L'archevêque de Sour arriva sur ces entrefaites en Angle-
teiTe dans l'intention de rétablir la paix; il était accompagné
de Tabbé de Pontigni, de l'abbé de Cîteaux et enfin do Tabbé
de Clairvaux, Conrad, qui devait devenir évéque de Porto et
légat en France^ Nous possédons une lettre qui nous ren-
1. Hist. des ducs de Norm., 196-197. — Barnwoll, 238. — Wendover,
Ili, 24. — Ann. de Dunstaple, 50.
2. Hymer, I, part, i, 147, lettre close du 23 juin.
3. Litt. Clans., I, 307 et suiv.— Bec. O/f., Pal. I. Henry III, membr.
8 dorso, 7, 6, 5.
4. Pat. I. II. III, membr. 6.
5. Litt. Clans., I, 314, 318.
6. Scion Yllist. de Guill. le Mar., v. 17135 et suiv., Louis avait
encore pour lui la plus grande partie du baronnage.
7. Ann. de Waverley, 287. — Chron. de Melsa, I, 399.
8. L'envoyé du pape, dans une lettre que nous analysons plus loin,
dit aue Louis n'était point en si mauvaise situation qu'on le croyait en
^néral : « Licetnon esset ita coartatus sicut a multis credebatur »
(H. F., XIX, 636).
9. Ilist. des ducs de Norm., 197 . « En chc point arriva en Engle-
« tierre 11 arche vesques de Sur, qui d'outre mer estoit venus por ser-
« monner en France. Quant il oï parler de celé guerre, il passa mer et
ce vint en Engletierre por pais faire, se ilpeuust; o lui passèrent III abbé
cf de la grise ordene : che fu chil de Clervaus et cil de Cistiaus et de
« Pontegny.» Les chroniques de Mailros(p. 129) et de Lanercost(p. 24-25)
158 CONFÉRENCE DU 12 JUIN 1217.
seigne très complètement sur les négociations engagées par
l'intermédiaire des quatre hommes d'Église ; cette lettre
émane non pas du légat cemme Ta supposé dom Brial, mais
de Tarchevêque de Sour^; elle semble prouver que son auteur
avait été officieusement chargé par le pape de réconcilier
Louis et Henri III. Sur les instances de ces prélats, Louis
et le gouvernement anglais nommèrent des négociateurs qui
jurèrent de travailler de bonne foi à la conclusion de la
paix; ils se rencontrèrent, croyons-nous, le 12 juin 1217*.
Voici les articles qui furent établis d'un commun accord
dans cette conférence; nous les énumérons d'après un ordre
méthodique et non d'après la suite peu logique du texte :
I. Louis déliera tous les barons et sujets anglais des ser-
citent seulement l'archevêque de Sour et les abbés de Citeaux et de
Clairvaux. La lettre de l'archevêque de Sour, dont nous parlons quel-
ques lignes plus loin, contient la phrase suivante: « Ad hanc pacem
« Cisterciensis, Portuensis et Clarevallensis abbates et ego induximQs
« dominura Ludovicum » (H. F., XIX, 636). Quel est ce Portuensis
abbasf Le texte donné par dom Brial est correct, ainsi que Ta bien
voulu vérifier pour nous notre ami M. Sœhnée, sur le Beg, X des Arch,
du Va/., n» 743, f^ 184. Mais n'y a-t-il point sur le registre une erreur
de transcription? Brial suppose que les mots Portuensis et Clareval-
lensis désignent un seul personnage, Conrad, abbé de Clairvaux et
évêque de Porto; mais Conrad fut élu et consacré évêque de Porto en
1218 seulement {Ann. de Waverlei/, 291). L'expression Portuensis et
Clarevallensis abbas serait d'ailleurs bien bizarre. Enfin la graphie
du Reg. X indique bien, par les deux points placés avant Clareval-
lensis, qu'il s'agit d'un troisième personnage parfaitement distinct.
Tout nous porte donc à croire que l'abbé de Pontigni était mentionné
dans l'original de la lettre de même que dans VHist. des ducs de A'orwi.,
qui du reste offre un accord remarquable avec cette lettre de Tarche-
vêque de Sour.
1. A chaque instant dans cette lettre il est question du légat comme
d'une personne étrangère. D'autre part, laphrase «Ad hanc pacem etc.»,
que j'ai citée dans la note précédente, prouve que le document n'é-
mane pas des trois abbés; enfin les chroniqueurs que j'ai mentionnés
attribuent à l'archevêque de Sour la direction des négociations.
2. La phrase « Si a die Martii proximo post festum sancti Barnabe
« apostoli etc.. » prouve que le texte de la paix proposée fut rédigé avant
le 13 iuin. De plus, Rymer, I, part, i, 147, a publié un acte de Henri III,
daté (lu 12 juin, accordant un sauf-conduit pour le jour même à quatre
conseillers de Louis qui doivent, accompagnés de vingt chevaliers, se
rencontrer près de Londres avec quatre conseillers du roi, escortés de
même, et tenir une conférence pour la paix. Il est vrai que l'arche-
vêque de Sour parle de plus de nuit négociateurs : « Hanc pacem trac-
« taverunt decem vel piuries ex parte domini Lodovici et decem vel
« piuries ex parte régis Anglie. » Peut-être une partie des chevaliers des
escortes se mêlèrent-ils à la discussion. 11 est bien vraisemblable qu'il
s'agit de la même conférence dans l'acte de Rymer, la lettre de Tar-
chevôque et VHist. des ducs de Norm.
PROJET DE TRAITÉ. 159
ments qu'ils ont pu lui prêter et à Tavenir ne fera avec eux
aucune alliance dont il pourrait résulter quelque dommage
pour Henri et ses héritiers ; les barons jureront au roi qu'ils
no feront plus aucune alliance de ce genre avec Louis ni
avec personne.
II. Louis et Henri transmettront au roi d'Ecosse les con-
ditions de la paix et lui manderont que s'il veut en profiter, il
doit restituer au roi d'Angleterre les châteaux et les terres dont
il s'est emparé, ainsi que les prisonniers qu'il a faits. Même
mandement sera envoyé à Llowelyn et aux autres Gallois.
III. Tous les Anglais qui s'étaient déclarés contre le roi
d'Angleterre lui donneront des sécurités, au moyen d'hom-
mages, de serments et de chartes.
IV. Louis et SCS compagnons d'outre-mer restitueront
loyalement toutes les terres qu'ils ont occupées en Angleterre
pendant la guerre. Louis mandera à Eustache le Moine, sous
peine de confiscation de ses fiefs, de rendre les îles dont il
s'est emparé; s'il refuse d'obéir, il sera « hors de cette paix».
V. Tous les partisans de Henri III rentreront en possession
des terres qu'ils avaient en Angleterre au moment où la
guerre a commencé.
VI. Louis et tous ses partisans, clercs ou laïques, de quelque
pays qu'ils soient, seront absous de l'excommunication. (Cette
clause est la première inscrite dans le document que nous
analysons.)
VII. Les actes et les sentences de toutes sortes obtenus à
l'occasion do la guerre contre Louis et les siens, seront an-
nulés etlesdites personnes, tant clercs que laïques, se retrou-
veront exactement dans la même situation qu'au moment où
la guerre a commencé.
VIII. Tous les partisans de Louis, clercs ou laïques, Anglais
et autres, rentreront en possession des terres qu'ils pouvaient
avoir en Angleterre au début de la guerre.
IX. Lesdits partisans de Louis jouiront des libertés et
coutumes connues dans le royaume d'Angleterre; les correc-
tions qui auront pu y être faites auront vigueur pour eux
comme pour tout autre. (On se souvient en eff'et que la charte
de 1216 apportait quelques modifications importantes à celle
de 1215).
160 PROJET DE TRAITÉ.
X. La cité de Londres et les autres cités et bourgs joui-
ront de leurs droits et coutumes.
XI. Louis et tous ses partisans, tant clercs que laïques,
seront ténus quittes de tous les dommages matériels qu'ils
ont pu causer en Angleteire à Tégard des revenus et biens
meubles.
XII. Tous les termes échus des dettes contractées envers
Louis doivent être payés.
XIII. Toutes les personnes qui ont été faites prisonnières
de part et d'autre après le premier débarquement de Louis
en Angleterre doivent être délivrées. Les prisonniers saisis
antérieurement seront soumis à une enquête, faite par trois
personnes que le conseil du roi choisira parmi les conseillers
de Louis; ceux, qui, d'après cette enquête, étaient hommes
ou partisans de Louis le jour où ils furent pris seront déli-
vrés. Quant aux rançons, toutes les sommes déjà payées res-
teront aux mains de ceux qui les ont reçues ; les termes échus
et non payés seront payés, mais les autres termes ne le seront
pas. Toute contestation sur la date des échéances sera réglée
par trois personnes que le conseil de Louis choisira dans le
conseil du roi d'Angleterre. Si à partir du 13 juin une con-
trainte a été exercée sur un prisonnier pour hâter le paie-
ment d(» sa rançon, cette contrainte ne devra avoir nul effet.
XIV. Louis rendra les otages qui lui ont été livrés en
gages de fidélité ; quant à ceux qui lui ont été livrés pour
garantir les emprunts qu'on lui a faits, il les délivrera une
fois le prêt remboursé.
XV. Le roi d'Angleterre garantira les susdits engagements
envers ses sujets qui avaient suivi Louis, d'abord par des
lettres émanées de lui, et des archevêques, évêques et autres
seigneurs que les barons désigneront, ensuite par des ser-
ments et par la confirmation du légat. On s'efforcera loyale-
ment d'obtenir aussi du pape une confirmation du traité.
Mêmes garanties seront accordées à Louis et à ses compagnons
d'outre-mer.
XVI. Louis jurera cette paix ainsi que les siens. Tous ceux
que le conseil désignera devront promettre par écrit de res-
pecter le traité. Louis travaillera de son côté à en obtenir la
confirmation par le pape et le légat.
RUPTURE DES NEGOCIATIONS. 161
En résumé, les trois premières clauses règlent la rupture
solennelle de l'alliance de Louis avec les sujets anglais, les
Gallois et le roi d'Ecosse ; les clauses IV et V, Tévacuation
des terres conquises sur Henri III et ses partisans. Les clauses
VI à XI établissent une amnistie complète, tant religieuse
que civile, en faveur do Louis et de tous ses partisans. La
clause XII consacre la validité des dettes contractées envers
Louis. Les clauses XIII et XIV règlent la délivrance des
prisonniers et dos otages et réduisent le taux des rançons.
Les deux dernières clauses concernent les garanties de la paix.
Louis approuva Tœuvre de ses négociateurs. Mais le légat
refusa d'admettre l'amnistie complète qui avait été stipulée ;
il voulait qu'on abandonnât à sa merci les clercs rebelles, et
particulièrement Simon de Langton, Gervais de Hobruges,
doyen de Saint-Paul, Robert de Saint-Germain, clerc du roi
d'Ecosse, et Hélie, clerc d'Etienne de Langton; selon lui,
c'étaient ces quatre ecclésiastiques qui avaient soufflé dans le
clergé anglais l'esprit de révolte contre le Saint-Siège ; ils
avaient d'ailleurs été privés de leurs bénéfices par un ordre
apostolique et ils ne pouvaient être amnistiés. L'archevêque
de Sour supplia Louis d'abandonner ces chefs de la rébellion
cléricale; Louis refusa; sur les instances de l'archevêque, il
consentit cependant à laisser quatre arbitres, deux de son
parti et deux de l'autre, trancher cette question. Les arbitres,
gagnés d'avance à l'insu de Louis, décidèrent que les quatre
clercs coupables resteraient privés de leurs bénéfices, et
seraient indemnisés par les barons anglais. Mais le légat no
se contenta pas de cette concession: il voulait pouvoir frapper
à sa guise tout le clergé; il déclara qu'il ne confirmerait cette
paix que sur l'avis favorable d'Honorius III. Alors Louis
rompit les négociations, en donnant pour raison que dans le
texte du traité proposé le gouvernement anglais s'était en-
gagé à obtenir la confirmation de tous les articles par le légat
(article XV)*.
Le légat voulut qu'on mît le siège devant Londres ; mais
les royalistes, irrités sans doute de voir la paix retardée par
son obstination, refusèrent de lui obéir, et se dispersèrent
1. H. F., XIX, 636-637. — Uni, des ducs de Norm., 197.
Ch. Petit- Ddtaillis, Règne de Louis VIII. il
162 ATTITUDE DE PHILIPPE- AUGUSTE.
pour rentrer dans leurs foyers. Depuis ce moment jusqu'au
milieu d'août, Henri III eut pour séjours habituels Oxford et
Gloucester. Vers le mois de juillet ou le commencement d'août,
le frère Nicolas, pénitencier du pape, fit encore de vaines
démarches auprès de Louis. Une conférence qui eut lieu entre
la reine mère et le comte de Nevers n'eut pas plus de succès.
Louis ne voulait pas abandonner le clergé anglais'.
Je le répète, la partie n'était pas encore perdue pour lui.
Les historiens ont tous dit que l'avènement de Henri III décida
d'un mouvement de réaction générale qui anéantit rapidement
les espérances de Louis. Ce fait n'eut pas une importance
aussi capitale; il diminua le nombre des partisans du prince
français, mais non point très considérablement; il n'assura
pas le triomphe des Plantagenets. La bataille de Lincoln a
été représentée aussi à tort comme un événement décisif.
Grâce à la fidélité de la plupart des barons et à celle des
Londoniens, Louis resta encore après cet échec un ennemi
redoutable; les offres si conciliantes de la régence le prouvent
bien. Peu à peu les barons pris à Lincoln sortaient de capti-
vité. Le sort pouvait encore changer, si les secours espérés
étaient réunis et arrivaient de France sans encombre.
Louis pouvait-il encore compter sur l'appui de son père?
Ce n'était point au moment où le succès était devenu in-
certain que Philippe- Auguste allait se compromettre dans
une lutte sans trêve contre le Saint-Siège. Il s'était réconcilié
avec Honorius III dès le commencement de Tannée; la nou-
velle de la bataille do Lincoln le confirma dans l'idée que des
hommes comme le légat et le Maréchal étaient des adver-
saires difficiles à vaincre ^ Il ne fut cependant pas complè-
1. Ilist. des durs de Xorm., 199-200. — Iltn. de Henri III.
2. Mathieu de Paris (CAron., III, 25-26) rapporte une anecdote bien
invraisemblable : « Lorsque le roi de France eut appris la défaite de
« Lincoln, il demanda : Est-ce que Guillaume le Maréchal vit encore ? —
« Oui, lui répondit-on. — Alors je ne crains rien pour mon fils. — C'est
« jx)urquoi, ajoute le chroniqueur, Guillaume le Maréchal fut dans la
«suite toujours accusé de trahison.» Rappelons que Mathieu montre
ainsi que Roger de Wendover un manifeste parti pris en faveur de Hu-
bert de Bourg, qu'il met toujours au premier plan, aux dépens de ses
rivaux: en lisant ces chroniques, on ne se douterait point du rôle con-
sidérable joué par le Maréchal, rôle que son biographe a mis en pleine
lumière, non sans encourir lui aussi des soupçons de partialité. Ainsi
BLANCHE OBTIENT DES SECOURS. 163
tement insensible aux instances de sa bru Blanche de Castille,
s'il faut s'en fier à une tradition que nous connaissons seule-
ment par des textes postérieurs, mais qui présente toutes
les apparences de Tauthenticité : « Mes sires Loueys
manda à son père que pour Dieu li aidast et li envoiast deniers.
Et li rois respondi que par la lance saint Jaque* il n'en feroijt
nient, ne jà pour lui ne seroit escommeniez. Quant ma dame
Blanche le sot, si vint au roi et li dist : « Lairez-vous ainsi
(c mourir mon seigneur vostre fil en estranges contrées? Sire,
« pour Dieu, il doit regnier après vous; envolez li ce que
« mestiers li est, au meinz les issues de son patremoine. —
<c Certes, dist li rois. Blanche, je n'en ferai nient. — Non,
« sire? — Non voir, dist li rois. — En non Dieu, dist ma
« dame Blanche, et je sai bien que je ferai. — Que ferez-vous
« donc? dist li rois. — Par la benoite mère Dieu, j'ai biaus
« enfanz de mon seigneur; je les meterai en wage, et bien
« trouverai qui me prestera sour eus. » — Atant se parti dou
roi comme une desvée; et quant li rois Ten vit ainsi aleir, si
cuida qu'elle deist veritei; si la fist rapeleir et li dist:
« Blanche, je vous donrai de mon trésor tant comme vous
« vourez, et en faites ce que vous vourez et ce que vous
« Guiderez que bon soit ; mais sachiez de voir, je ne li envolerai
« rien. — Sire, dist ma dame Blanche, vous dites bien. » Et
lors fu delivreiz li granz trésors à ma dame Blanche, et l'en-
voia son seigneur. * » Blanche ne se contenta pas d'implorer
le poète attribue à Philippe-Auguste en cette circonstance un discours
bien différent ; informé que Guillaume le Maréchal était à la tête du
gouvernement, ce roi se serait écrié :
Donques n*en poens no ren prendre
En Ëngleterre, c'est la some,
Car par le grant sens de prodome
Sera la terre delTendue.
Issi l'a Loeïs perdue
Il serra tôt mis arrière
Fors de la terre e ses empris,
Quant li Mar. l'a empris. *
iHxsL de GuiU. le Mar., v. 17085-17108).
1. C'était là le juron habituel de Philippe-Auguste. Voyez le Dialogue
entre Philippe-Auguste et Pierre le Chantre, Bib. Ec. ch., l" série,
t. II, 400.
2. Ménestrel de Reims, §§ 301-302. Ce texte se retrouve à peu près
littéralement dans les Cronicques de Normandie^ f° 88 v», col. 2. L'au-
teur des Istore et Croniques de Flandre le rapporte en abrégé, p. 124.
Cette tradition me semble reposer sur des fondements sérieux ; non
164 INQUIÉTUDE DES ROYALISTES.
Philippe- Auguste ; elle alla trouver les barons et les bourgeois
et en particulier les vassaux et les communes d'Artois ; elle
leur représenta que le fils de leur roi était en grave péril,
exagéra au besoin les dangers qu'il courait, et à force de« se
(( pener moult durement » elle obtint quelques secours *.
Nous ne savons point ce qui se passa en Angleterre pendant
les mois de juin, de juillet et d'août, entre le moment où les
royalistes se dispersèrent et celui où la (lotte française se pré-
para à quitter Calais. Il est probable qu'il ne se passa rien,
hormis les négociations infructueuses dont nous avons parlé et
les soumissions d'un certain nombre de rebelles ; on remarquera
que le nombre de ces soumissions, assez considérable en juin,
décroit progressivement aux mois de juillet et d'août*; on savait
qu'une armée de secours allait arriver et Ton attendait les
événements. Guillaume le Maréchal n'était pas rassuré et
faisait surveiller soigneusement les côtes par Philippe d'Au-
bigné et Jean le MaréchaP. Les Français furent même in-
quiétés par les marins royalistes, qui venaient leur décocher
des traits pendant qu'ils mettaient en état leurs nefs dans le port
de Calais ; mais un beau jour on se porta à la rencontre des
Anglais, on les mit en déroute et on leur prit quelques ba-
point parce qu' «on n'invente pas une semblable éloquence du cœur»
(note de Louis Paris, édition de la Chronique de Rains^ p. 157-158),
mais parce que tout fait croire que telle dut être l'attitude de Philippe-
Auguste. Roger de Wendover nous dit : « Quoniam rex timuit nlio
« excommunicato opem ferre, velut qui multotiens de consensu filii
« fuerat acriter increpatus a Papa, summam negotii imposuit uxori
« Lodowici. » (Chron., III, 26.)
1. Ilist. des ducs de Nonn., 200. — Ann. de Dunstaple, 50. — Ifisi.
de Gm'll. le Mar., v. 17117-17120. — Cron. de Norm., P 89 v«. — Les
auxiliaires naturels de Louis étaient les Artésiens : mais Louis n était
pas assez riche pour i)ayer largement leur concours : les nobles de
cette terre (jui l'avaient accompagné, nous dit l'Anonyme de Béthune
(f« 59 V"), se plaignaient du « molt povre guerredon » qu'il leur offrait.
Les marchamls et les mariniers d'Artois, obligés de lui fournir des nefs
et dos vivres au moment de son premier embarquement en mai 1216,
se virent frustrés de l'indemnité qu'il leur avait promise et firent des
peftes considérables. Voy. les plaintes que les communes d'Arras et
de Gravelines adressèrent après la mort de Louis VIII à sa veuve,
devcrnie régente (Mrm. de la Soc. Dnnkerquoise, XII, 195 et suiv.).
On comprend qu'en 1217 Blanche ait dû « se pener durement » pour
obtenir Je l'aide.
2. LUI. Clans., I, 310 à 313 pour juin, 313 à 317 pour juillet, 317 à
320 pour août.
3. Hist. de Guill. le Mar., v. 17125 et suiv. — Wendover, III, 26.—
Barnwell, 238. — Chron. de Mailros, 128.
DEPART DE LA FLOTTE FRANÇAISE. 165
teaux. Enhardis par ce succès, les Français mirent à la voile
et vinrent dans les ténèbres jeter Tancre devant Douvres;
le lendemain, ils voulurent gagner la Tamise, mais une
tempête les rejeta sur le Boulonnais et la Flandre*.
Le départ défînitifeut lieu dans la nuit du 23 au 24 août 1217.
La flotte comprenait quatre-vingts nefs en tout, parmi les-
quelles dix grands vaisseaux pour transporterune centaine de
chevaliers et quelques centaines de sergents. Dans la pre-
mière grande nef, commandée par Eustache le Moine, mon-
tèrent trente-six chevaliers , au milieu desquels figuraient Robert
de Courtenai, Raoul de la Tournelle et le célèbre Guillaume
des Barres; le maire de Boulogne, lo châtelain de Saint-
Omer, Michel de Harnes et le reste des chevaliers montèrent
dans les trois nefs suivantes; les six autres grands vaisseaux,
fort bien appareillés pour soutenir un combat, reçurent les
sergents. Quant aux soixante-dix petites nefs, elles contenaient
« le harnois et la marchandise ^^
En somme, d'après ces informations qu'on peut emprunter
de confiance au chroniqueur artésien, mieux placé et plus
impartial que personne pour donner des renseignements
exacts, la flotte de secours n'était pas fort importante et son
heureuse arrivée n'aurait pas modifié très sensiblement la
situation. Mais elle fut anéantie et cet événement eut pour
conséquence immédiate la conclusion de la paix. A ce titre,
la bataille navale qui se livra le 24 août mérite notre attention ;
elle la mérite aussi pour un motif plus général : les combats
sur mer ont été au moyen âge sinon peu fréquents, du moins
rarement décrits; or celui-ci nous a été raconté avec maints
détails par les chroniqueurs de l'époque, pour la plus grande
satisfaction des Anglais de nos jours, qui voient dans cette
1. Hist, des ducs de Norm., 198-199.
2. lïist, des ducs de Norm., 198, 200-201. Le chroniqueur artésien
dit formellement qu'en tout il n'y avait pas cent chevaliers. Le chroni-
3aeur de Mailros, citant pour source la lettre d'un abbé, prétend que
ans la bataille navale du 2'* août, les Anglais prirent cent vingt-cinq
chevaliers français, trente-trois arbalétriers, cent quarante-six sergents
à cheval et huit cent trente-trois sergents de pied (p. 128-129). Roger
de Wendover affirme qu'il y avait trois cents chevaliers (t. 111, 26);
mais les Anglais ont grossi évidemment les chiffres par amour-propre
patriotique. Le nombre des nefs varie entre soixante et cent dans les
chroniques anglaises; Roger de Wendover donne le même chiffre
que le chroniqueur artésien.
166 DEFECTION DES CINQ-PORTS.
victoire remportée par leurs ancêtres du xiii' siècle la première
page glorieuse de leur histoire maritime \
A la nouvelle que la flotte française appareillait, Guillaume
le Maréchal s*était rendu sur la côte avec toutes les forces
dont il disposait. Le 19 août, la présence du roi est signalée
à Romney. Ce fut seulement à ce moment-là que les barons
des Cinq-Ports retournèrent décidément au service de Henri III.
Le Maréchal eut de longs pourparlers avec eux; ils se plai-
gnaient amèrement des torts que leur avait faits le roi Jean;
maison leur promit de si belles récompenses, tant d'argent et
tant de franchises pour l'avenir qu'ils s'engagèrent à aller
attaquer les Français en pleine mer. Ils s'assemblèrent à
Sandwich et préparèrent leurs nefs*. Leur concours était
indispensable: le roi d'Angleterre ne possédait alors lui-même
que quelques vaisseaux; le gros de sa flotte était formé du
contingent des Cinq-Ports, qui se composait d'une cinquan-
taine de galées\
Guillaume le Maréchal arriva le 23 à Cantorbéry. Le lende-
main, à l'aube, il partit pour Sandwich; le temps était clair
et l'on vit à l'horizon reluire les voiles des nefs françaises,
qui cinglaient vers l'embouchure do la Tamise. Alors Guil-
laume le Maréchal donna le signal du départ:
E dist: Seinor, molt nos puet plère
E devez aver en mcmorie
Que Dex la première victorie
Vos dona de Franceis en terre.
Or revienent en Engleterre,
Contre Deu le reigne clamer,
Mes Dex c en terre e en mer
A le poier d*aidier a buens,
Donques aidera il asuens^.
1. Voy. Sir H. Nicolas, Hisl. of Ihe Roy. Navy, I, 176 et suiv. —
Grcen, Ilisi. du peuple anglais, I, 151. — Burrows, op. cit., 98 et suiv.
2. Jlist. de Guill. le Mar., v. 17167 et suiv. — Itinér. de Henri 111.
3. Voy. dans LUI. Clans., I, 33, une liste des vaisseaux que les
Cinq-Ports devaient fournir à Jean en 1205; il y en a cinquante et un.
— Burrows, op. cit., 86 et suiv., donne la description des navires
anglais de cette époque : c'étaient de vastes barques munies d'un mât et
d'une grande voile carrée : comme tous les vaisseaux du moyen âge,
quand on les armait pour la guerre, ces barques portaient sur Tavant
et sur l'arrière des chàtean.r, sortes de boîtes carrées ouvertes. La
proue était très forte, car une tactique cbère aux Anglais consistait à
fondre par derrière sur les vaisseaux ennemis.
4. Telle est la version du biographe de Guillaume le Maréchal,
BATAILLE NAVALE. 167
Le comte de Pembroke resta toutefois sur le rivage; Hubert
de Bourg et Philippe d'Aubigné prirent le commandement de
la flotte, qui comprenait dix-huit grandes nefs et une ^ing-
taine de barques. Poussées par un vent propice, les nefs
françaises s'avançaient en bon ordre; les Anglais n'attaquèrent
pas de front; ils lofèrent comme s'ils voulaient gagner Calais,
puis, une fois en poupe de l'ennemi, ils le poursuivirent soudai-
nement. Une coge, que le comte de Varenne avait fournie et
qui était pleine de sergents anglais, aborda la nef d'Eus tache le
Moine. Celle-ci était très chargée et encombrée ; tous les princi-
paux chevaliers français s'y trouvaient; elle contenait en outre
l'argent et les chevaux de prix qu'on amenait à Louis, et un
trébuchet; elle était si pleine qu'elle enfonçait dans la mer
presque jusqu'au bord. De la coge anglaise, qui était beaucoup
plus haute, on jeta sur les Français du sable et de la chaux
vive en poudre pour les aveugler ; enfin un sergent de Guer-
nesey, nommé Renaud Paien, sauta hardiment dans la nef
d'Eustache le Moine, suivi de ses compagnons; trois autres
bateaux anglais vinrent à la rescousse et cette espèce de
« vaisseau amiral » fut pris. Hubert de Bourg et Philippe
d'Aubigné se battaient vaillamment de leur côté. Les Anglais
eurent bientôt l'avantage ; ils avaient toutes sortes de procédés
de combat que leurs adversaires ignoraient, comme ce curieux
emploi de la chaux vive, qu'ont noté tous les chroniqueurs ;
Roger de Wendover parle aussi des éperons de fer qui garnis-
saient leurs proues, et avec lesquels ils coulaient les vaisseaux ;
enfin Mathieu de Paris prétend qu'en abordant l'ennemi, ils
coupaient à la hache ses cordages et ses vergues de façon à
faire tomber la voile sur lui, comme un filet tombe sur des
oiseaux. Bref les soixante-dix petites nefs françaises furent
presque toutes prises ou coulées; la plupart des grandes nefs
échappèrent, mais pour cingler vers la France.
Beaucoup de Français périrent: un certain nombre se
noyèrent et l'on égorgea sans pitié tous les non-nobles. Les
chevaliers qui se trouvaient dans la nef d'Eustache le Moine
furent gardés prisonniers. Eustache le Moine ofirit une rançon
V. 17295 et suiv. Selon Mathieu de Paris (Chron. Maj,^ III, 28, et Ilist.
Anglor., II, 217), tout Thonneur de cette décision reviendrait à Hubert
de Bourg.
168 TRIOMPHE DES ROYALISTES.
énorme &i on voulait lui laisser la vie; mais chacun fut d'avis
qu'il fallait décapiter ce « pirate pervers ». Un marin de
Winchelsea appelé Etienne Trabe, qui avait autrefois servi
sous ses ordres, se chargea de l'exécuter et ironiquement lui
demanda s'il préférait pour billot le bord de sa nef ou bien le
trébuchet qu'il avait projeté d'apporter à Louis de France.
De ces deux n'i a nul soéf,
Atant lu[iJcoupérent la teste*.
Le retour des vainqueurs fut triomphal. Une foule joyeuse,
précédée du clergé en costume de fête et chantant des psau-
mes, vint les recevoir sur le rivage. Ils rapportaient un butin
considérable ; la régence en abandonna la plus grande partie
aux barons des Cinq-Ports, dont le concours avait décidé du
succès de la journée*. La tête d'Eustache le Moine, fichée au
bout d'une pique, fut promenée dans les rues de Cantorbéry
et dans tout le pays environnant\ Le souvenir des brigan-
dages du fameux pirate et de son châtiment final subsista
longtemps en Angleterre et il so forma sur lui des légendes
que les chroniqueurs du xiv* siècle nous ont transmises.
Gautier de Hemingburgh et Henri Knighton ont fait de lui
un « tyran d'Espagne » qui avait projeté la conquête de
rAngletcrro. Une autre chronique, que Francisque Michel
ci<c dans son édition du Roman d'Eustache le Moine,
mêle à la vérité la légende la plus fantastique : le jour de
laSaint-Bartliélemv, les habitants de Sandwich virent arriver
une flotte remplie de grands seigneurs français, qui, pleins de
confiance dans Thabileté magique d'Eustache le Moine, lui
avaient confié le commandement de l'expédition; les habitants
1. Ilist. des ducs de Norm., 200 et suiv. — Wendover, III, 26 et
suiv. — Histoire de Guill. le Mav.^ v. 17365 à 17455. — Math, de Paris,
y/ /.s/. Anglor., II, 219. — Coggeshall, 185. — Ann. de Dunslnpte, 50. —
Chron. de Mailros, 128; etc.... — Selon une assertion de Roger de
Wendover, admise sans discussion par Pauli (op. cit., 111, 502), ce
fut Richard de ( ornouailles, frère naturel de Henri III, qui tua le pirate;
mais ce fougueux héros n'avait alors oue huit ans. — Il n'y a pas
grand'chose à tirer du Roman dEustacne le Moine. Fr. Michel a publié
en tète de son édition un assez curieux dessin qui orne un des mss.
de Math, de Paris et (|ui représente la bataille navale et la mort d'Eus-
tache le Moine.
2. Shirley, Roy. Letters, I, n" 6. — Math, de Paris, Chron., III, 29. —
Ilist. de Guill. le Mar.. v. 17501-17568.
3. Ilist. des ducs de Norm., 202. — Mousket, v. 22709-22710.
LOUIS RENONCE A LA LUTTE. 169
se mirent en prière et promirent à saint Barthélémy une
belle chapelle s'il les sauvait de ce péril. Grâce à un artifice
de sorcellerie, Eustache avait su rendre sa nef invisible. Un
homme de Sandwich, nommé Etienne Crabbo, qui avait appris
les sciences occultes à Técole même du célèbre pirate, offrit de
se dévouer ; il réussit en effet à pénétrer dans la nef d'Eus-
tache et à le faire périr ; il fut tué aussitôt par les Français ;
mais une tempête s'éleva soudain et la flotte ennemie fut
engloutie dans les flots, tandis que l'image radieuse de saint
Barthélémy apparaissait dans les airs*.
« C'est ainsi, dit Raoul de Coggeshall, que le Tout-Puis-
« sant anéantit la force des ennemis, et que sa droite futglo-
<c rifiée en son peuple »'. Personne maintenant ne pouvait plus
protester quand les royalistes déclaraient avoir pour eux le
Dieu des combats.
Selon Roger de Wendover, Guillaume le Maréchal serait
venu immédiatement après la victoire navale assiéger Londres
avec une grande armée^. Nous suivrons de préférence la
relation très précise de Y Histoire des ducs de Normandie,
que confirment les renseignements fournis par V Histoire de
Guillaume le Maréchal.
Louis de France apprit la défaite et la mort d'Eustache le
Moine le 26 août. Il ne pouvait plus maintenant compter sur
aucun secours ; Teffort suprême de ses amis avait échoué.
S'il ne fut pas rappelé forniellement par son père, comme le
prétend le biographe de Guillaume le Maréchal, il renonça en
tout cas à rester plus longtemps en Angleterre. Le 28, il
envoya Robert de Dreux conférer avec le comte de Pembroke,
qui se trouvait à Rochester; le comte, retenant Robert de
Dreux comme otage, permit à Robert de Courtenai, qui avait
été fait prisonnier pendant le combat naval, d'aller parler à
Louis. Le sire de Courtenai moyenna une entrevue le 29 août,
aux portes de Londres, entre le fils de Philippe-Auguste,
Guillaume le Maréchal et Hubert de Bourg; ils convinrent de
1. G. de Hemingburgh, I, 260-261. — II. Knigliton, I, 205-206. —
Roman cVEuat. le Moine^ édit. Fr. xMicliel, Pre/., p. xxxvi et suiv.
2. Cogge.shalI, 186.
3. Wendover, 111, 30. — Voy. aussi Ann. de Dvnstaple^ 50 et Robert
d'Auxerre. Contin. II, 282.
170 NÉGOCIATIONS POUR LA PAIX.
faire la paix. Il y eut alors une grande assemblée de royar
listes à Windsor; le biographe du Maréchal nous fait entendre
que les intrigants et les hâbleurs affectaient de blâmer l'atti-
tude conciliante du régent: les gens sages étaient d'avis qu'il
fallait faire tous les sacrifices possibles pour hâter le départ
des Français et s'engageaient à fournir au besoin de l'argent
pour acheter leur retraite ; mais d'autres, qu'on n'avait point
trouvés sur les côtes alors qu'il s'agissait de repousser la
flotte ennemie, parlaient maintenant très haut, disaient qu'au
lieu de négocier avec des vaincus on devait aller les écraser
dans Londres*. 11 semble que le parti des violents l'emporta
d'abord; le P*" septembre, les barons des Cinq-Ports reçurent
l'ordre de se rendre immédiatement avec tous leurs navires
à l'embouchure de la Tamise, pour le service du roi*. Le 2,
Louis de France, n'ayant encore reçu du régent aucune
communication, convoqua dans la soirée ses fidèles en
conseil, et l'on résolut de quitter Londres dans la nuit pour
aller livrer bataille. Au moment où le conseil allait se séparer,
un messager arriva, portant une lettre de Guillaume le
Maréchal ; le régent demandait qu'on lui accordât une trêve
pour le lendemain et qu'on lui envoyAt Huon de Malannoi pour
négocier la date d'une conférence définitive.
Le 1 septembre Huon dje Malannoi revenait de Windsor et
annonçait que la conférence aurait lieu le lendemain dans une
île de la Tamise, près de Staines, à Test de Windsor. Les
deux armées arrivèrent le 5 septembre à Tendroit désigné ; elles
restèrent chacune sur une rive, de façon que le fleuve les
séparât. Louis et ses conseillers se rendirent dans l'Ile, où
ils étaient attendus par le cardinal légat et le conseil
1. Hist. de Guill. le Mar., v. 17595-17676. — Ifist. des ducs de
Norm., 202 et suiv. De ces attaques contre la politique modérée du
régent sont nés certainement les bruits calomnieux dont Mathieu de
Paris s'est fait l'écho. Voici ce que raconte Math, de Paris (^Ui$i.
Anglor., II, 257): En 1223, lorsque Louis devenu roi refusa de rendre
la Normandie à Henri 111, celui-ci se repentit d'avoir laissé échapper
son adversaire en 1217, « imponens hoc per Marescallum fuisse
« machinatum, cura tamcn omnia ei ad votum féliciter accidissent,
« si fides elToctum tonuisset iMjmpromissum. » Fin 1241, selon le même
chroniqueur (Jlhron., IV, 157), Henri 111 dit à l'un des fils du Maré-
chal : « Pater tuus Wiilelmus, non sine nota proditionis, Lodowicam,
« ne in Anglia caperetur, salvasse perhibetur. »
2. Bec. (j/f., Pat. I IL ///, membr. 3.
TRAITE DE LAMBETH. 171
de Henri III. Quant au jeune roi, son itinéraire indique qu'il
se trouvait alors tout près de là, à Chertsey. Louis réclama
en vain l'amnistie pour le clergé anglais ; il dut se soumettre
aux exigences obstinées du légat. Je ne sais si la discussion
dura un ou plusieurs jours. Le biographe de Guillaume le
Maréchal nous dit, sans que ces vers s'appliquent précisément
à ladite entrevue:
a plosors jors assemblèrent,
Car a grant peine s'accordèrent.
En tout cas Tacte officiel relatant les conditions du traité
ne fut point écrit le 5 septembre, mais le 11 du môme mois à
Lambeth * .
Pour exposer les conditions de la paix et la façon dont on
les exécuta, nous nous reporterons aux articles proposés le
12 juin, qui se retrouvèrent presque tous dans le traité défi-
nitif. C'est ainsi que les trois premières clauses, qui rom-
paient Talliance de Louis et des rebelles, subsistèrent dans le
traité de Lambeth. Les Anglais furent solennellement déliés
des serments de fidélité qu'ils avaient prêtés à Louis*. Celui-
ci de son côté manda aux barons anglais, au roi d'Ecosse et
aux Gallois de déposer les armes. Le biographe de Guillaume
le Maréchal prétend que tous obéirent, sauf le Gallois Morgan
de Carléon". En réalité beaucoup d'autres eurent peine à se
résigner. Les actes de soumission ne datent point tous des
mois de septembre et d'octobre; on en trouve encore un grand
nombre en novembre, et môme en janvier 1218. Le 6 mars
1218, le gouvernement anglais dut ordonner aux shériffs de
Surrey, de Sussex, de Kent et de Southampton de confisquer
les terres d'un certain nombre de rebelles qui n'avaient pas
voulu prêter hommage ni suscrire de promesses de fidélité*.
1. Uist. des ducs de Norm., 203-20i. — Jlfsi. de Guill. le Mar.,
V. 17677 et suiv. — Wendover, III, 30. — Ann. de Dunstaple, 51. —
Coggeshall, 186. — De Antiq. legibus liber, Append., 203. — Le traité
est dans Rymer, I, part. i. 148, et dans H. F., XVII, 111-112.
2. Chron. de Mailros^ 131.
3. llist. de Guill. le Mar.^ v. 17727-17786. — La lettre de Louis au
roi d'Ecosse est citée dans une lettre de Henri III du 23 septembre 1217
(Rec. Off.^ Pat, /, membr. 3). Louis mandait à Alexandre II de resti-
tuer les terres qu'il avait conquises sur Henri III et de rendre les
prisonniers qu*il avait faits.
4. Un. Claus., 1. 321 et suiv. L'acte du 6 mars 1218 est p. 354. —
Bec, 0(f., Pat, Il H. III, membr. 8.
172 EXÉCUTION DU TRAITE.
Les Gallois acceptèrent difficilement la paix. Lleweljn ne se
soumit qu'en mars 1218, et plusieurs autres chefs gallois au
mois de mai seulement \ Quant au roi d'Ecosse, il vint prêter
hommage à Henri III dès le 19 décembre 1217 ^
Les articles IV et V se retrouvent aussi dans la paix défi-
nitive avec quelques légers changements; Henri III et ses
partisans rentreront en possession des terres qu'on leur a en-
levées; les frères d'Eustache le Moine seront sommés et con-
traints par Louis de France de rendre les îles conquises. Nous
voyons en effet que Louis, avant de recevoir rabsolution,
résigna solennellement les châteaux qu'il possédait entre les
mains du légat; il remit la tour de Londres à l'évêque de
Winchester peu de temps avant son départ. Au mois de dé-
cembre, Tarchevêque d'York reprit possession au nom du roi
de Carlisle, dont Alexandre II s'était emparé'.
Les articles VI et VII, concernant l'absolution des excom-
muniés, ne figurent pas dans l'acte du 1 1 septembre, bien qu'ils
aient été en partie exécutés. Le légat voulut sans doute que
cette absolution n'eût pas le caractère d'une convention
diplomatique, mais celui d'une pure grâce. La cérémonie
eut lieu le 13 septembre, dans l'île où s'était tenue la
conférence: le cardinal légat et les évêques, revêtus de
capes de soie et coiffés de leurs mitres, prirent place sous un
pavillon; Louis et les Français laïques ou clercs qui l'avaient
accompagné, habillés seulement d'une robe de laine comme
en portaient les pèlerins, et pieds nus, vinrent solliciter leur
pardon; ils jurèrent d'obéir aux mandements de l'Eglise,
de ne plus envahir ni molester en au?.une façon le royaume
d'Angleterre « ou tout autre patrimoine de l'Eglise romaine »
et de se rembarquer tous dans Tannée; alors on leur accorda
l'absolution. Le légat envoya à Londres le pénitencier du pape
pour délier de l'excommunication les bourgeois do cette cité et
les autres laïques excommuniés*. Quant aux clercs anglais qui
1. Hymer, 1. part, i, 150-151. — Cf. Drul y Tywysogion, 301 et suiv.
2. Utt. CUfus.. I, 3'i8.
3. Ann. de JJunsfaplt^ 51. — Chroîi. de Merlan (\néce justiûc. ni)- —
Chron. de M ni Iras y 132 — Chron. de Lanercoat, 25.
4. (Ihron. de Merlon (pièce justifie, m). — Ilist. des ducs de Aorm.^
204. — ChrofL de Mailros, 131. — Ilist. de GnilL le Mar., v. 17704-
17710. — Selon le clianoine do Barnwell, p. 239, l'absolution aurait été
EXÉCUTION DU TRAITE. 173
avaient bravé l'interdit, le plus grand nombre, moyennant
des peines plus ou moins graves, obtinrent dans la suite
Tabsolution; ceux auxquels on la refusa eurent le choix entre
la prison et l'exil*.
Selon Tusage, l'absolution fut accompagnée de peines à
subir; le 22 septembre, à Merton, la pénitence suivante fut
imposée à Louis de la part du légat: il dut s'engager à payer
pendant deux ans la dîme de tous ses revenus pour la déli-
vrance de la Terre Sainte, entravée par lui « d'une façon
a énorme »; tous les laïques qui Tavaient accompagné en
Angleterre durent payer pour le même objet le vingtième de
leurs rentes; quant à ceux qui n'avaient pas de rentes, ils
devaient demander au clergé de leur pays une autre pénitence.
Les clercs français qui avaient suivi Louis furent condamnés
à se laisser frapper de verges pendant la messe aux sept
grandes fêtes de Tannée qui allait s'ouvrira
Le 13 janvier 1218, lesbulles d'excommunication qui avaient
frappé Louis et ses complices laïques furent révoquées par
Honorius III, à la condition que la paix jurée fût inviolable-
ment gardée'.
Les quatre articles proposés le 12 juin, qui établissaient l'am-
nistie complète et consacraient les libertés du peuple anglais,
reçurent quelques modifications. Conformément à l'article VIII,
les partisans laïques de Louis rentrèrent en possession de
leurs biens et il fut défendu de les inquiéter*. La clause de
l'article IX concernant les libertés dos laïques fut adoptée ; .
donnée le 20 sept, et non le 13 ; mais le moine de Merton dit formel-
lement que Galon procéda à l'absolution le 13 et séjourna au monastère
de Merton du 17 au 23. — Le serment exigé de Louis et de ses com-
plices est indiqué dans une circulaire que Galon envoya le 27 sept.
aux évoques de France, pour les prier d'absoudre aux mêmes condi-
tions ceux qui avaient été excommuniés pour la môme cause et qui
étaient revenus en France. (Teulet, n» 1240.) — Une bulle du 5 sept.
1218 (Pressuti, n® 1615) prouve qu'à cette époque il y avait encore en
France des gens excommuniés, non pour avoir accompagné Louis en
Angleterre, mais pour lui avoir donné de l'aide, probablement des
sommes d'argent.
1. Rymer, 1. part, i, 150.
2. Chron. dé Merton (Pièce justif. m). — Teulet, n»'* 1240 et 1241.
3. Pressuti n° 1000.
4. I/ist. de GuUl. le Mar,, v. 17721-17726. — Barnwell, 239. —
Rymer, I, part, i, 148. — Bec. Off.y Pat. I H, III, membr. 2, Pat. II,
membr. 11 et 10. — Voyez aussi les actes de soumission des Litt,
Clatis. Cf. BractorCs note book, n° 1326.
174 EXÉCUTION DU TRAITE.
les chartes accordées par le roi furent lues en public par
tous les shériiTs dans leurs circonscriptions, et, comme le
prescrivait Tarticle X, ordre fut donné de respecter les fran-
chises des citoyens de Londres'. Mais l'article XI fut sup-
primé; on se réservait ainsi le droit de poursuivre ceux qui
s'étaient approprié les biens meubles des royalistes. Chose
plus grave, les membres de TEglise anglaise furent eiclus de
Tamnistic générale ; on permit seulement à ceux qui avaient
des fiefs laïques d'en reprendre possession. Après le départ
de Louis, le clergé anglais fut soumis à un minutieux examen
par les inquisiteurs du légat; quiconque avait contrevenu à
l'interdit était puni: beaucoup furent privés de leurs bénéfices,
comme par exemple Gervais de Hobruges et Robert de
Saint-Germain ; d'autres furent frappés d'amendes formidables
ou jetés en prison. Simon de Langton et les chanoines de
Carlisle furent dépouillés de leurs bénéfices et exilés*. Nous
retrouverons plus tard Simon de Langton à la cour de
Louis VIII.
En exécution de l'article XII. nous avons une lettre de
Henri III (23 septembre 1217) ordonnant aux hommes de
Norwich, de Dunwich, de Yarmouth et de Lynn de payer à
Guillaume de Beaumont, maréchal de Louis de France, les
termes échus des dettes qu'ils ont contractées envers lui'.
De nombreux actes de 1217 et 1218 semblent prouver que le
gouvernement anglais exécuta loyalement l'article relatif aux
prisonniers (article XIII); ceux qui, au sujet de leur rançon,
avaient à se plaindre dos gens qui les avaient pris, furent
autorisés à porter leurs griefs devant le conseil du roi*. Un
1. Rvmer, I, part. I, 150. — Bec. 0(f., Pat. l //. ///, membr. 1 ; —
Pat. Il, membr. 10, 7, 6. — Henri Martin {Hist. de France, IV, 97)
dit que Louis de France « rendit l'original de la grande charte ». Il
n*est question de cela dans aucun texte.
2. Wendover, III, 31-32. — Ann. de Dunstaple, 51 et 53. — Bam-
well, 240-241. —Chron. de Lanercoat, 27. — Pressuti, n» 1416.
3. Ree. Off., Pat. I II. III, membr. 3.
4 Rymor, I, part, i, 149. — Litt. Claus., I, 328'», 358»». — Hue. OIT.,
Pat. I II. III, membr. 3, 2, 1 ; — Pat. II, part. 2, membr. 2. — Selon
Wendover, t. lil, 77, Louis VIII se plaignit cependant en 1223 de la
violation de cette clause : « Respondit praîtcrea quod juramentum in
« Anglia factum ex parte régis .\nglorum fuerat violatum, dum imprisii
« sui, qui apud Lincolniam capli fuerant, ad redemptionem gravissi-
« mam sunt compulsi. »
PRETENDUE CLAUSE SECRETE. 175
certain nombre de Français virent même leur rançon payée
par la régence, qui espérait obtenir en retour la libération des
otages livrés par les Cinq-Ports à Louis de France ; m<ais
Louis, malgré ses promesses (article XIV),. retint longtemps
captifs ces otages; quelques-uns moururent de privations
dans leur prison \
Des deux articles concernant la confirmation du traité, celui
qui mentionnait les engagements de Louis de France subsista
seul; mais Tacte du 11 septembre reçut les sceaux du légat,
du roi Henri III, de Guillaume le Maréchal, de Hubert de
Bourg, des comtes de Chester, de Salisbury, de Varenne et
d'Arundel, de Fauquet de Bréauté et de quelques autres per-
sonnages. Le 18 septembre, Louis de France, les comtes de
Bretagne et de Nevers, Robert de Dreux et les autres barons
français se rencontrèrent à Mcrton avec le légat, la reine
mère et une foule d'évêques et de seigneurs anglais; la paix
fut confirmée solennellement par les parties contractantes*;
elle le fut par le pape dans une seconde bulle datée du 13 jan-
vier 1218'.
Roger de Wendover, qui cite d'une façon assez inexacte
d'ailleurs les clauses du traité de Lambeth, en ajoute une que
ne nous a pas transmise Tacte officiel. Louis « jura d'exhor-
« ter de tout son pouvoir son père Philippe-Auguste à rendre
M au roi d'Angleterre, Henri III, toutes ses possessions d'outre-
« mer ». Selon une autre chronique, Louis s'engagea à resti-
tuer dès son avènement au trône les provinces que son père
avait conquises sur Jean sans Terre*. Nous verrons qu'à la
mort de Philippe-Auguste le gouvernement anglais réclama
ces provinces à Louis VIII. Nous ne connaissons malheureuse-
ment la réponse de ce prince que par les chroniqueurs anglais.
Il n'est guère croyable qu'il se soit vraiment engagé en 1217
à rendre les conquêtes de son père. Le pape Honorius, qui ne
cessa point de protéger Henri III, aurait rappelé au nouveau
1. Voy. une lettre de Galon, datée du 2 sept. 1218, dans Rymer, I,
part. I, 152.
2. Chron. de Merton (pièce justif. ni). — De antiq. legib. liber, 203.
— Vltinér. de Henri III signale la présence de la cour à Merton, le
19 sept.
3. Pressuti, n» 1001.
4. Wendover, III, 31. — De antiq, legib, liber, 204.
176 INDEMNITÉ ACCORDÉE A LOUfS.
roi de France son ancien serment et nous ne voyons pas qu'il
Tait fait. Mais il est possible que Louis ait promis d'adresser
à son père des sollicitations à ce sujet; cette vague conces-
sion ne compromettait pas l'avenir.
Ce qui est tout à fait certain, c'est que le gouvernement
anglais s'engagea par un article secret à donner à Louis une
indemnité de guerre*. Le fils de Philippe-Auguste abandonna
ses alliés à la générosité ou à la rigueur de son adversaire;
mais il rentra dans ses frais . Guillaume le Maréchal s'engagea à
lui payerune somme de dix mille marcs (environ 600,000 francs
de noire monnaie), afin qu'il évacuât « ce royaume que pourtant
« le Seigneur en sa miséricorde avait rendu si merveilleu-
« sèment à Henri III »*. Cette indemnité ne nous parait pas
très forte, mais elle était lourde à acquitter, car l'Angleterre
était ruinée par la guerre et les revenus ordinaires étaient
considérablement diminués*. Pour le paiement de la plus
grande partie de cette somme, Guillaume le Maréchal et
Louis prirent comme intermédiaires des marchands de Saint-
Omer, Florent le Riche et son fils Guillaume, aidés de quelques
autres. Ce Florent le Riche était l'un des plus opulents bour-
geois de Louis, qui lui avait concédé en fiefs la vieille halle,
les boucheries et deux maisons de Saint-Omer; il entretenait
depuis longtemps des relations actives avec les commerçants
1. La plupart des historiens modernes ont négligé de relater ce fait
important, qui est mentionné non seulement dans les documents diplo-
matiiiues, mais aussi dans quelques chroniques : Nixl, des ducs de
Norm., 204; Guill. le Bret, C^row., § 223; Ann. de Dunstaplf, 5i ;
Barnwell, 231); Chron. de Mailroa, 131 ; Ann. de Waverley, 288; Fragm.
de Chron. angl.^ f^» 12; Descript. gencal. comitum Cestrie, f» 2 v<»; Scala
Chron.. f«* 187. — L'objet de l'indemnité varie dans chaque chronique;
en réalité cette somme dut être accordée tout simplement parce que
Louis la demandait et qu'on avait hâte de le voir partir.
2. Lettre de Henri III au pape : « Cornes Willelmus Marescallus se
a domino Ludovico pro nobis ooligavit, sub pœna non modica, ad solu-
« tionem decem miflium marcarum pro bono pacis inter nos et ipsum
« reformate. » (Shirley, Hoy. Lrfters, n° 7.) — Lettre de Henri III w
justicier d'Irlande : «Tenemur in magno debito Lodovico filio régis
« l'rancie per convencioncm inter nos factam, ut exiret a regno nosjro
« quod tamen misoricorditer et mirabiliter procuravit Dominus. »(^iV/.
Clans., I, 377.) D'après un autre acte (Pièce jnstif, u a), il s'agit de
marcs esterlings; le marc esterling valait 13 sous 6 deniers (Du Cinge»
au mot Marca sterling or um). L'indemnité s'élevait donc à 6.750 livre»;
la livn^ valait environ 88 francs, si nous admettons que le pouvoir de
l'argent ôtait alors 5 fois plus fort qu'aujourd'hui.
3. Shirley, n° 7.
INDEMNITÉ ACCORDÉE A LOUIS. 177
anglais ^ Evidemment il paya tout de suite une partie de
l'indemnité au fils de Philippe- Auguste, qui rentrait en France
sans ressources et fut peut-être même obligé avant son départ
de faire un emprunt aux Londoniens*. Florent devint le créan-
cier de Henri III pour six mille marcs esterlings ; le tiers de
cette somme devait lui être rendu immédiatement on laines
et en cuirs et les deux autres tiers devaient lui être versés le
1" novembre et le P*" février suivant; au cas où le gouverne-
ment anglais ne ferait pas face à ses engagements, qui étaient
consignés dans une charte confiée à la garde du maître du
Temple de Paris, Louis de France et Florent le Riche étaient
autorisés à saisir les biens du roi Henri, partout où ils en trou-
veraient; Pierre Mauclerc et Robert de Dreux, que le régent
avait pris pour pièges, les y aideraient; enfin Philippe-Auguste
assignerait pour garanties à Florent les terres que le régent
Guillaume le Maréchal tenait de lui. Malgré tant de promesses,
cette somme de six mille marcs n'était pas encore complètement
livrée au bout d'un an\ Le surplus de quatre mille marcs, qui
devait être payé à Louis dès le 30 novembre 1217, sans
l'intermédiaire du marchand de Saint-Omor, n'était pas entiè-
rement versé en 1220 \ C'est que le gouvernement avait peu
de ressources et beaucoup de dettes. 11 fallut lever en 1217-
1218 un écuage « pour délivrer rAuglcterre des Français »,
et faire appel à la générosité des particuliers*.
1. Mém. de la Soc. des Antiq, de Morinie, IV, 35'i. — Voy. les indirex
des fJU. Ctaus. et dos Lift. Pat. au mot Florentins Dives de Snnrto
Audomaro, — Giry, Ifist. de Saint- Orner ^ 316-317.
2. Barnwell, 239. — Wendover, III, 31 et 121. — De antiq. leg. lib.,
Append., 204.
3. Voy. Pièces justif., ii, a, n,D. — liée Off., Pat. III. III. memhr. 4
dorso, sauf-conduit accordé le 22 sept. 1217 à Florent le Riche, à son
fils, à Simon de S* Orner, à Guillaume de S' Orner, etc. . ., pour venir
chercher les marchandises qu'on leur doit à propos de la créance
contractée envers Louis de France. — Litt. Claus., 1, 369 » et •' et 381 '».
4. Pièce justif. ii, c. — Litt. Clans., I, 415.
5. Cet écuage, de 2 marcs par fief, fut levé par moitié en nov. 1217
et en janvier 1218 (Litt. Clans., L 371). Le compte de cet ccuage est au
Bec. ô/y., Pipe Roll 61, feuille 1 et Pipe BoU 62, f. 1 à 9. Le compte a
pour titre: « Compotus... de scutagio assiso... ad Angliam deliberandam
« de Francis. » Les sommes qui y sont indiquées s'élèvent à 8,000 marcs
environ ; mais elles ne furent pas toutes versées. — Voy. les actes attes-
tant les prêts faits par Guillaume le Maréchal, les Hospitaliers, Pandol-
phe, etc.. pour le paiement de l'indemnité: Litt. Clans., I, 360'», 383,
459, 465»», 602, etc., et Pièce justifie, n. c.
Ch. PrriT-DuTAiLLis. Règne de Louis VIIL 12
178 . LOUIS QUITTE i/aNGLETERRE.
Louis de France ne fut donc pas « chassé honteusement »
de r Angleterre *. On acheta par de lourds sacrifices sa renon-
ciation à la couronne d'Angleterre et, quand il partit, le légat
et les barons lui firent escorte jusqu'à Douvres (28 septembre
1217)'. Quelques-uns de ses chevaliers ne repassèrent pas
la mer immédiatement et Tinvasion française se termina
comme elle avait commencé : par des tournois'.
« Ce fut vraiment un miracle, dit le chanoine de Bamwell,
« que l'héritier du roi de France, ayant pénétré avec une
<( armée aussi considérable au cœur du royaume et ayant
« réussi à en occuper une si grande partie, aidé par tant de
« barons qui s'étaient déclarés pour lui, ait été si vite amené,
(c pour ne pas dire contraint à abandonner ce roj'aume sans
<( espoir do jamais le recouvrer. C'est que la main de Dieu
c( n'était pas avec ce prince, qui vint en Angleterre malgré
<c la défense de la sainte Église romaine, et y demeura malgré
« Tanathème*. »
On a généralement assigné deux causes principales à Téchec
de Louis de France : la mort de Jean sans Terre et l'attitude
provocante des Français à l'égard de leurs alliés. L*examen
minutieux des faits nous conduit à des conclysions tout autres.
Louis et SOS compagnons vécurent en somme en bonne intelli-
gence avec leurs alliés ; la meilleure preuve, c'est que jusqu'au
dernier moment la majorité des partisans du prince français
lui resta fidèlo ; cette invasion semble avoir produit le mini-
mum de mécontentement possible. Quant à la mort de Jean
sans Terre, il est évident que cet événement contribua à
l'échec de l'expédition; la perspective d'une longue minorité,
période toujours favorable aux prétentions des féodaux,
détermina un certain nombre de seigneurs anglais à faire leur
soumission. Mais ce no fut encore là qu'une cause secondaire.
1. « Turpiter... ab Anglia recessit. » (Chron. de Lanercosl^ 25.)
a Viliter depulsus » {Ann. de Tewkesbury, 63.)
2. Ilifif. fies ducs de Aorwi., 205. — Ilist. de Gnill, le }far,, v. 17717-
17719. — Rob. (l'AiixeiTc. Co.itin. //, 281. — Louis débarqua à Bou-
logne. (Guesnon, Inv. des chartes d'Arras, p. 16.)
3. Ann. de Dunstaple, 51.
4. Harnwell. 239. — Cf. /l//;i. de Stmilcy^ 525.
CAUSES DE l'eCHEC DE LOUIS. 179
Si elle n'avait pas existé, l'effet se serait cependant produit.
Le roi Jean, vivant quelques années de plus, aurait triomphé
de son rival.
D'abord Jean sans Terre avait de très fidèles serviteurs,
d'un dévouement et d'une énergie inestimables : Guillaume le
Maréchal, Philippe d'Aubigné, Hubert de Bourg, qui subit
quatre sièges dans le château de Douvres sans que sa cons-
tance se lassât, la vieille Nicole de la Haie, qui défendit
plusieurs mois celui de Lincoln, et beaucoup d'autres dont les
noms sont restés plus obscurs. Comme dans presque toutes les
guerres civiles, il n'y eut point pendant cette lutte un parti
des honnêtes gens et un parti des méchants ; de même que les
motifs qui guidaient les rebelles n'étaient point tous très
élevés ni très beaux, il y eut parmi les défenseurs d'un détes-
table tyran des hommes de haute vertu.
Sans doute à ces efforts loyaux s'en joignirent d'autres
moins désintéressés: l'ambition d'un Pierre des Roches et
d'un Fauquet de Bréauté était manifeste. Mais quel que fût le
sentiment qui guidât leur conduite, l'esprit d'initiative et la
vaillance des partisans des Plantagonets coûtèrent cher aux
Français ; les deux grandes batailles qui furent livrées pendant
la guerre furent deux défaites pour Louis; c'est une aberration
pure de ne point reconnaître dans l'histoire le prix de l'effort
individuel: pour être lui-même un effet, provenant de phéno-
mènes psychologiques d'ailleurs difficiles à déterminer, il n'en
peut pas moins devenir une cause.
Jean sans Terre, de son côté, avait fini par adopter un plan
de campagne en somme très habile. Dire que la violence et
la cruauté n'ont jamais été utiles à ceux qui les prenaient
pour moyens est malheureusement une naïveté. La violence
et la cruauté furent utiles à Jean sans Terre; elles terri-
fièrent ses adversaires, elles amenèrent les indifférents à
penser que l'invasion française, cause au moins occasionnelle
de ces dévastations affreuses, de ces supplices et de ces
meurtres, était décidément un événement malheureux dont il
fallait souhaiter la fin; on réfléchit que le despotisme était
préférable à l'anarchie. Du reste, la persécution organisée par
Jean avait des bornes: par une habileté dont l'honneur revient
sans doute au sage comte de Pembroke, l'amnistie entière
180 CAUSES DE i/eCIIEC DE LOUIS.
était offerte à ceux (jui abandonnaient Louis de France. Jean
sans Terre n'était peut-èlre pas loin de reprendre ravantage
au moment où il mourut. Cette politique à la fois rigoureuse
et conciliante qu'il avait inaugurée fut une des causes premières
de réchec du prétendant.
Mais la cause la plus importante de cet échec fut sans aucun
doute l'attitude prise par la papauté. Rome était vraiment
alors le centre politique do l'Europe, de ce qu'on appelait la
Chrétienté; c'était le lieu uù se nouaient et se dénouaient les
intrigues qui bouleversent les empires. Le chanoine de Barn-
vvell avait raison. Louis de France ne put conquérir le trône
d'Angleterre, parce qu'il avait l'Église romaine pour adversaire.
Le gouvernement des Plantagenets ne méconnut point ce
bienfait manifeste; le conseiller chargé en 1219 d'écrire une
lettre au légat, au nom du jeune Henri III, lui faisait expri-
mer sa reconnaissance en ces termes emphatiques : i* Quels
« services nous a rendus le saint et vénérable Siège aposto-
« lique, de quelles tribulalicms et de quels dangers il nous a
<( tiré, c'est ce que nous ne pouvons vous exprimer en peu de
« mots, car ce cœiu* paternel, source inépuisable de miséri-
(( corde et de bienveillance, nous a témoigné toute la tendresse
(( et toute la bonté que peut déplnyer un père affectueux pour
« son jeune enfant »'. En 1*^45, Henri III lui-même, conver-
sant avec Robert Grosseteste, protestait de sa profonde grati-
tude envers la papauté: <( Alors que nous étions orphelin et
« niiui'ur, disait-il, alors que nos sujets ne s'étaient pas seu-
i< lenient détournés de nous, mais s'étaient tournés contre
<( nous, c'est notre mère, l'Eglise romaine, qui a remis ce
« royaunK.» sous n«»tre domination, qui nous a consacré roi,
<( couronné, placé sur le trône » ". Sans doute, en lantjant
l'anal hènie contre l(»s emiemis des Plantagenets, le légat
ne parvint pas à priver tout d'un coup Louis de ses alliés;
mais cette mesure, outre qu'elle amena la soumission d'un
certain nombre de rebelles ot le rembarquement de quelques
chevaliers français, dut mettre le trouble et le désarroi dans
les consciences; ce fut elle, probablement, qui empêcha Louis
1. Rymor, I, part. i. 15 1.
'2. l(. Grosseieste epistolœ, n" cxvii.
CAUSES DE LÏ:CHEC DE LOUIS. 181
de ceindre solennellement la couronne ; enfin, la menace
de Texcommunication fut une des causes profondes de la
neutralité de Philippe-Auguste. Au mois de janvier 1216, le
roi de France croyait encore avoir pour lui le conseil des
cardinaux; par l'exposé théorique dos droits de son fils au
trône d'Angleterre, série de mensonges évidemment ourdis
à son instigation, il espérait gagner Innocent III ; au moment
où la flotte française allait mettre a la voile, ses agents
s'ingéniaient à circonvenir le pape ; toutes ces machinations
échouèrent et le nouveau pontife, Honorius III, montra la
même fermeté que son prédécesseur. Peu disposé à recom-
mencer contre le Saint-Siège une lutte où il avait déjà suc-
combé, rendu d'ailleurs défiant par les succès de Jean sans
Terre et de Guillaumi» le Maréchal, Philippe-Auguste aban-
donna son fils. S'il l'avait soutenu de toute sa puissance, la
lutte se serait prolongée très longtemps et aurait eu, peut-
être, des résultats différents. Bref, il faut adopter cette
opinion paradoxale, qu'en soumettant en 1213 le royaume
d'Angleterre à la suzeraineté pontificale, Jean sans Terre
garantit, non seulement pour ce moment-là, mais pour l'ave-
nir, l'indépendance de son pays.
Tels sont les motifs principaux de l'échec de Louis de
France. Quelles eussent été les conséquences d'une réussite?
C'est ce qu'il est difficile de dire. Giraud de Barri, en termi-
nant son livre de V Instruction du Prince, exprimait l'amèro
déception que lui avait fait éprouver le triomphe des Planta-
genets ; selon lui, un jour serein avait brillé pour le peuple
anglais pendant le court instant où il avait eu k sa tête un
de ces Capétiens <( dont le juste gouvernement et la pieuse di-
« rection font prospérer le royaume et le clergé de France
« dans la joie tranquille de la paix et de la liberté » ; maintenant
toute espérance était perdue, les factieux allaient pouvoir
déchirer l'Angleterre, et deux royaumes allaient être condam-
nés à des guerres incessantes par la rivalité de dynasties enne-
mies*. Ces craintes devaient être justifiées. Mais Giraud n'avait
point conscience des différences considérables de situation et
de tendances qui séparaient le peuple anglais et les habitants
1. Giraud de Barri, De princ. instr.j 328-329.
182 CONSEQUENCES DE L EXPEDITION.
du rovauiuè do France, ot rendaient bien difficile et bien ins-
table une réunion des deux couronnes. Le caractère chimé-
rique d'un tel projet devait être démontré par la grande lutte
qui commença un siècle plus tard et qui fut la contre-partie
gigantesque de l'expédition de 1216 : Edouard III, dont les
droits à la couronne de France étaient bien plus incontestables
que ceux de Louis à la couronne d'Angleterre, débarqua en
France pour s'emparer du trône des Capétiens; la guerre
devint rapidement une lutte atroce et les Grandes Compagnies
firent oublier les routiers de Jean sans Terre; au xv^ siècle,
la France eut un gouvernement anglais et la dynastie anglaise
eut des partisans parmi les Français ; et pourtant les Anglais
furent enfin chassés de France.
Si, maintenant, nous recherchons les conséquences de l'expé-
dition de 1216, nous voyons que le fils de Philippe- Auguste,
malgré la satisfaction pécuniaire qu'on lui avait fournie, ne put
oublier l'humiliation subie; s'il abandonna tout espoir de ré-
gner sur les Anglais, il rova du moins de les expulser com-
plètement de son royaume; la guerre de 1216 aviva la riva-
lité des deux dynasties. Mais les effets les plus importants de
cette guerro dans l'histoire générale sont ceux qu'elle eut en
Angleterre morne. U est douteux qu'elle ait contribué très
sensiblement au dévoloppemcMit du patriotisme britannique;
mais il est incontestable que le triomphe de Galon de Heccaria
eut pour suite une période de domination théocratique en An-
gleterre et que, d'autre part, l'invasion française sauva la
Grande Charte. La papauté fit payer cher, en effet, l'appui
qu'elle avait prêté à Jean et à son fils ; le légat Pandolphe fut
pendant quelques années un véritable roi et sa chute n'arrêta
pas Tc^xjïloitation fiscale de l'Eglise anglaise par le Saint-Siège.
Enfin, les barons, incapables d'organiser eux-mêmes la résis-
tance, auraient été écrasés si Louis ne les avait secourus ; ce
fut le péril français qui força le gouvernement k confirmer la
Grande Charte. Cette confirmation, il est vrai, était en même
temps une mutilation; la garantie contre les taxes arbitraires
disparut'; enfin, les autres clauses furent peu respectées
1. Voyoz le texte synoj)tiq no tics trois chartes de 1216, 1217 et 1225
dans Bémont, Chartes des libertés anglaises, n" vu; id., Introd.^
p. XXVIII-XXIX.
CONSÉQUENCES DE l'eXPÉDITION. 183
dans la pratique; mais l'effort commun du roi et* du pape
n'avait pas réussi à annuler complètement les effets de la
coalition des classes; c'était l'essentiel. Ainsi, par un étrange
concours de circonstances, la papauté défendit victorieusement
la dynastie des Plantagenets contre Louis do France, ce « cher
« fils de l'Eglise », et Louis de France ne réussit qu'à maintenir
contre la papauté les vieilles libertés anglaises, dont il n'avait
cure.
CHAPITRE X.
LOUIS DE KIUSCE ET LA CKOISAHE E> ALBIGEOIS.
é
Philippe-Auguste n'alla jamais dans le Midi de son royaume.
Son activité guerrière se trouvait absorbée par la lutte
contre TAngleterre, au moment où la papauté, pom- exter-
miner ces hérétiques qu'elle comparait à des bêtes immondes,
convoquait tous les orthodoxes à une chasse en règle. Plus
tard, lorsque la coalition des Anglais, des Flamands et des
Guelfes fut écrasée, le roi de France était las des combats ;
en 1215 et en 1219, son fils alla seul dans le Midi et s'y
conduisit selon ses propres inspirations. L'histoire de
Tintenention capétienne dans la croisade albigeoise pendant
le règne de Phi lippe- Auguste forme donc à juste titre un
chapitre de la vie de Louis de France, d'autant lûieux que
ce prince, une fois arrivé au trône, devait recueillir rhéritage
des Montfort et accomplir, en soumettant une partie du Lan-
guedoc à sa domination, une œuvre d'une portée considé-
rable, dont le succès avait été peu préparé, à peine espéré
par Philippe-Auguste. Le premier de sa dynastie, Louis est
apparu en maître dans le Midi et a tracé à la royauté une
voie nouvelle, dont Louis VII son aïeul avait à peine déblayé
les abords.
Nous avons vu qu'en 1209, au moment où Louis entrait en
chevalerie, la cause de l'orthodoxie semblait déjà triomphante.
Raimond de Saint- Gilles avait courbé la tête. Le roi de France
laissait agir ses vassaux; il avait jugé prudent de concentrer
sur d'autres objets son activité. Cependant, il ne se désinté-
ressait point des affaires du Midi* et le caractère que prit la
1 . Ainsi en sept. 1210 il écrit à ses fidèles de la province de Narbonne
et des diocèses de Khodez et d'Albi en faveur de l'évêque de Lodève,
qui du reste était depuis longtemps le protégé des Capétiens. Phil.-
LA SITUATION DANS LE MIDI. 185
croisade ne devait pas tarder à Tinquiéter. La guerre reli-
gieuse était devenue presque tout de suite une affaire*; on
voyait bien, de temps en temps, arriver du nord de nombreuses
bandes de chevaliers, qui venaient pieusement conquérir des
indulgences en exterminîint quelques hérétiques et, une fois
leur quarantaine finie, retournaient chez eux riches seulement
do dons spirituels; mais la direction de la guerre appartenait
à des croisés qui restaient dans le Midi et dont les intentions
dent beaucoup^jnoins désintéressées. A leur tête était
Simon de Montfort,>^i les payait soit avec de r«irgcnt, soit
Fecdes fiefs tombés en commise. Avec cette troupe dévouée,
Simon était en passe de devenir le maître du Midi. Une fois
qu'il eut soumis l'Albigeois proprement dit, les domaines du
comté de Toulouse tentèrent sa convoitise et sur sa demande
les légats retardèrent l'absolution définitive de Raimond VI.
Visiblement, en cette occasion, il força la main au pape, qui
n'avait point d'animosité contre la maison de Saint-Gilles,
mais qui siégeait trop loin et avait trop d'affaires en tête pour
n'être pas facilement dupé; tous ceux qui ont étudié impar-
tialement la politique d'Innocent III sont «l'accord pour
expliquer ainsi les apparentes ooniradictions de sa conduite^
Raimond VI, malgré sa docilité, malgré les bonnes dispositions
du pape à son égard, ne put se faire écouter ni au concile de
Saint-Gilles ni a celui d'Arles (septembre 1210-janvier 1211);
il fut excommunié et dut prendre les armes pour se défendre.
Il fut vaincu ainsi que ses alliés. La bataille de Castelnaudari
(fin de 1211) donna à Simon de Montfort la plus grande partie
des comtés de Toulouse, xle Foix et de Comminges'.
Aug. lui accorde cette fois le droit de se servir de letendard royal.
(Acte inédit pub. par M. Molinier, liih. Ec. Ch., XXXVII. :J8I etsuiv.).
1. Dans un article sur VEgiUr H la croiaade ronlre ics Mhif/rois
{Controverae, iil, 469), l'abbé Douais prouve facilement (lu'Innocont 11!
se pro|)osait uniquement ranéantisscuient de l'hérésie. Iiniocenl disait:
« Il ne convient pas que l'K^liso s'enrichisse des déf)ouille.s d'autrui. »
(Potthast, n" 3888). Mais l'abbé i)ouais attribue le mèuie désintéresse-
ment à tous les croisés, et les faits démentent dès le j)reuiier abord cette
opinion.
2. Voy. sur ce point: La Porte du Theil, art. rili'\ dans A o/. et e.rfr,
des »««., VI, 201 et suiv. ; — Paul Meyer, Chanson de la (Irohade
des Alb,, II, Introd.y iv-v : — Rocquain, La Papauté au moyen âne,
178.
a. HisL du Languedoc, VI, 301 à ill.
186 VŒU DE LOUIS EN 1213.
Cette nouvelle fut sans doute désagréable à Philippe-Au-
guste. Quelques mois auparavant il avait instamment prié le
pape de ne point laisser ses légats disposer à leur gré des
domaines du comte, et de leur donner des instructions pré-
cises. Mais il ne voulait pas intervenir plus directement. Il
n'entretenait plus des rapports aussi cordiaux qu'auparavant
avec Raimond VI, qui, cherchant partout du secours, avait
fait un voyage à la cour d'Otton de Brunswick, ennemi avéré
du roi de FranceV De plus, au moment où se livra la bataille
de Caste Inaudari, Renaud de Dammartin commençait à nouer
la coalition qui devait être vaincue à Bouvines, et probable-
ment le pape avait déjà proposé à Philippe- Auguste la direc-
tion d'une croisade contre Jean sans Terre; quand bien même
le comte de Toulouse ne se serait pas aliéné la faveur du
roi de France, celui-ci n'aurait pu Taider.
En 1213, Raimond ne possédait plus que Toulouse et Mon-
tauban et était allé se jeter dans les bras du roi d'Aragon.
Au commencement do cette même année, Folquet, évêque de
Toulouse et Gui, évêque de Carcassonno, vinrent à la cour
de Philippe-Auguste pour « faire avancer les affaires de la
foi »*. Au mois de février, Louis de France fit vœu d'aller
combattre les hérétiques, et à son exemple de nombreux che-
valiers prirent la croix. Je ne pense pas qu'il faille attribuer
cette résolution à Tascendant de la pieuse Blanche de Cas-
tille> on ne voit pas que cette princesse ait jamais montré à
l'égard des Albigeois l'acharnement haineux que lui prêtent
certains écrivains modernes d'imagination trop fertile. Il ne
faut pas croire non plus que Philippe-Auguste ait provoqué
cette décision do son fils ; elle lui déplut fort. Pierre de Vaux-
Cernai nous le dit formellement. Il est probable que les beaux
récits et les instances des évêques de Toulouse et de Carcas-
sonno contribuèrent seuls à la détermination de Louis de
France, qui avait l'humeur aventureuse. Philippe- Auguste,
malgré son mécontentement, ne mit pas d'abord obstacle
au départ de son fils. Le 3 mars il réunit à Paris ses barons,
afin de régler le plan de l'expédition que Louis allait entre-
1. Hist. du Languedoc, VI, 324-325, 376.
2. Pierre de Vaux-Ccrnai, 78.
LE VOYAGE DE LOUIS EST AJOURNÉ. 187
mdre, et afin de savoir quels chevaliers voulaient raccom-
jner. Le départ fut fixé au 21 avril. La joie fut grande
•mi les chrétiens, dit Pierre de Vaux-Cernai; mais le diable,
. éternel ennemi du genre humain, « suscita au roi de
France tant de guerres et d'occupations qu'il lui fallut rctar-
ier l'exécution du projet de pèlerinage de son fils et des
croisés n\ Pendant que cette assemblée se tenait, étaient
rivés à Paris des messagers de Pierre d'Aragon. Ce prince,
i venait de remporter sur les ennemis du Christ la victoire
1 Las Navas de Tolosa, profitait de ses titres à la recon-
issance de TÉglise pour tenter de sauver les victimes de
mon de Montfort, et il avait obtenu que le pape écrivît le
janvier au légat archevêque de Narbonne pour l'inviter à
ablir la paix dans le Midi, afin que les armes chrétiennes
sent se tourner de concert contre les Sarrasins d'Espagne,
roi d'Aragon envoya aussitôt à Philippe-Auguste une
»a.ssade, composée de l'évêque de Barcelone et de quelques
r^'aliers, pour lui faire connaître la décision du pape'; il est
i peu probable que* ces messagers soient repartis sans oser
dire, comme l'affirme Pierre de Vaux-Cornai. Philippe-
uste, averti que le pape ne tenait point à voir continuer
'lierre en Albigeois et pressé d'autre part de s'armer
r*e Jean sans Terre, n'avait qu'un parti à prendre, celui
etenir d'autorité son fils et ses chevaliers près de lui, et
t ce qu'il fit. Un mois après avait lieu l'assemblée de
sons, où était solennellement posée la candidature de
isde France au trône d'Angleterre. Le 19 avril, Inno-
. III accréditait auprès de Philippe- Auguste, de Louis de
nce et de Blanche de Castille un nouveau légat, Robert
Courçon, qui avait pour mission de rétablir la paix en
Lgeois et de préparer un(î croisade en Terre Sainte^ L'in-
•ention capétienne dans les affaires du Midi semblait indé-
cent ajournée.
[algré les dispositions pacifiques du pape, la croisade
Poursuivit cependant. Pierre d'Aragon fut vaincu et tue
Pierre de Vaux-Cernai, 78-79.
^W. du Lang.j VI, 401-402, 410, 411.
*^otthast, n« 4712. — La Porte du Theil, art. cité, 202.
188 DISSENSIONS DANS LE PARTI ORTHODOXE
à Muret au mois de septembre; Robert de Courçon ne tarda
pas à abandonner sa mission conciliatrice pour aller lui-même
dans le Midi souffler la guerre. En juillet 1214 il confirma
Simon de Montfort dans la possession de tous les domaines
conquis par lui sur les hérétiques. On doit supposer que ce
prélat, en agissant ainsi, suivait sa propre inspii*ation plutôt
que les instructions apostoliques, car un autre légat envoyé
spécialement par le pape en Albigeois, Pierre de Bénévent,
affectait à la même époque une attitude toute différente':
grâce à lui beaucoup d'hérétiques, entre autres les comtes de
Foix, de Comminges, les habitants de Narbonne et de Tou-
louse, étaient admis à rentrer dans le giron de l'Église. Les
archevêques et évertues des provinces de Bourges, d'Auch, de
Narbonne et de Bordeaux, ay«int pris l'initiative d'attribuer le
fief de Raimond VI à Simon de Montfort (concile de Mont-
pellier, janvier 1215;, Pierre do Bénévent refusa de l'en
investir; il mit sous la protection de TEglise romaine les
villes dont il avait accueilli la soumission. Pierre de Vaux-
Cernai voit là un calcul machiavélique; le légat n aurait
manifesté ces dispositions conciliantes que pour duper les
hérétiques et faciliter l'accès du Midi à l'armée des croisés
commandée par Louis do Franco, qui arriva quelques mois
plus tard; et ravi d'aise on exposant cette combinaison, le
chroniqueur s'ocrio : « 0 pieuse tromperie du légat! 0 piété
« trompeuse! » Nous croyons avec les nouveaux éditeurs de
V Histoire du LfjmjurdnCy que la conduite de Pierre de Bénévent
est ici noircie à plaisir. Il est naturel de penser que le pap©
voulait mettre un frein à l'ambition de Simon de Montfort et
réserver au Siège apostolique la domination des pays cout3.-
minés par Thérésie; Pierre de Bénévent se conforma sai"»-
doute à des instructions d'Innocent IIP.
Au début de Tannôo 1215, la situation semblait donc ass
favorable à l'enti-éo on scène do la royauté capétienne. L*
seigneurs méridionaux criaient merci; Simon de Monlff*
avait pour lui los évoques du pays, mais ne pouvait compt-
t. La lettre d'Innocent III annonçant la nomination de ce légat ^
du 17 iîiiivier 1214 (Potthast, n" 4882.)
2. Pierre de Vaux-Cernai. H3-95, 101. — UUt. du Lang., VI, W^-^B-
DÉPART DE LOUIS EN 1215. ISO
sur l'appui du pape. Philippe-Auguste savait évidemment
tout cela. Malgré des contradictions qu*cxpliquent la com-
plexité de sa politique et la prudence de son caractère, il ne
s*était jamais désintéressé des afTaircs albigeoises ; on voit
même qu'il essayait de transformer Simon de Mont fort en une
sorte de lieutenant de la royauté dans le Midi^ Mais il ne
voulait point s'engager complètement et d'autre part Simon
de Montfort, tout aussi ambitieux, autoritaire et retors que
le roi de France, n'était disposé à s'accorder avec lui qu'au-
tant que cette alliance lui serait profitable. C'est ce qu'on vit
bien pendant le voyage que fit Louis de France en Languedoc
au printemps de 1215.
La trêve de Cliinon, signée avec le roi d'Angleterre au
mois de septembre de l'année précédente, permettait à Louis
de France d'accomplir le vœu qu'il avait fait en 1213. Gui,
êvèque de Carcassonne, vint au début de l'an 1215 le solliciter
cie nouveau et cette fois vit sa demande exaucée. Los croisés
se réunirent à Lvon le li) avril*. Pierre de VauxCernai dit
<juc Tévéque de Carcassonne avait été envoyé vers Louis par
le seigneur de Montfort; cet habile politique espérait évidem-
xnont se servir de l'hérilier royal pour réduire au silence ses
j)ropres adversaires. Ce n'était assurément pas un tel résultat
€]u'attendait Philippe- Auguste en laissant partir son lils; une
crlmrte qu'il suscrivit entre le P' et le 18 avril 1215 marque
'fcien son espoir de tirer un profit personnel de l'expédition :
par cet acte il prenait sous sa protection et admott^iit parmi ses
bourgeois pour cinq ans les habitants de Montpellier, qui, ayant
jour seigneur le lils de Pierre d'Aragon, enfant de six ans,
craignaient l'ambition des Montfort et s'étaient jetés dans
les bras du pape et du roi de France; ce traité serait non
avenu si le légat, jugeant nécessaire aux intérêts de la croi-
i. Kn sept. 121'*: « Postea vcnit romes Fi^iacum, auditurus luco
« repi» Francie causa» et <juestionesindifrenaruin: rex eniiii comniiso-
« rat ei in partibus illis vices suas in multis. » (P. do Vuux-Cernai, \i\).)
Voy. aussi les actes inédits de Phil.-Aufr. publias par M. Molinior ;
en juillet 1215, le roi a « donné en mandement » au comte de Mont-
fort de faire observer les privilégies de révt>(iue de Lodève ; en avril
1216. il lui mande de terminer le débat survenu entre ce j)i*élat et Aimeri
de Clermont. {lUb. Hc. C/i., XXXVll, 385.)
2. Pierre de Vaux-Cernai, lui.
190 INTENTIONS DU ROI ET DE LOUIS.
sade la soumission de Montpellier, enjoignait à Louis de s*en
emparer ; mais Philippe-Auguste ne considérait que le cas
où cette mission serait confiée à son fils et n*abandonnait
éventuellement ses bourgeois que dans Tespérance de les
tenir ensuite plus étroitement sous sa main*. Là se bornaient
sans doute les espérances de ce roi; mais il avait si bien
habitué ses contemporains à chercher en tous ses actes on
motif ambitieux, qu'on lui prêta gratuitement l'intention de
faire main basse, par le moyen de son fils, sur les terres que
d'autres avaient conquises. Pierre de Vaux-Cernai nous expose
longuement les craintes qu'éprouva le légat Pierre de Béné-
vent on apprenant la venue du prince Louis : « Selon le bruit
w qui courait et qui était fort vraisemblable », dit ce chroni-
queur, <( l'arrivée do Louis ne plaisait nullement au légat »;
car, ajoute-t-il, en qjialité d'héritier du roi de France et de sei-
gneur principal de toute la terre que tenait le légat, il vou-
drait peut-être occuper ou détruire les cités et les châteaux
que rÉgliso romaine avait pris en protection; or, le roi de
France se refusait depuis longtemps à combattre les héré-
tiques et cette terre était maintenant acquise aux croisés
grac(^ à rintorvention d'Innocent III; il n'était donc pas juste,
pensait le légat, que Louis vînt déranger les plans de la
papauté-. L'événement montra que Pierre de Bénévent avait
redouté sans raison la venue du prince royal. Nous ne croyons
pas qu(^ Philippe-Auguste ait jamais eu les intentions qu'on
lui supposait; quant à Louis, depuis le commencement de
l'expédition jusjju'à la fin, sa conduite donna tort aux craintes
du légat et justifia les espérances que Simon de Montfort
avait fondées sur sa naturelle a bénignité ».
Louis était parti avec plusieurs parents et amis de Philippe-
Auguste : Philippe, évoque de Beauvais, Guillaume, comte
de Pontliiou, Gaucher, comte de Saint-Pol, Guichard de
1. Dclisle n" 1548 ; les auteurs de V Histoire du Languedoc (t. YI,
ViO-441) ont fait une erreur sur la date de cet acte. — Germain, Hiit
de la Commune de }/ontpeUin\ 11, 2 et suiv.
2. P. (le Vaux-l'ernai, 101-102. L'auteur de la Chanson de la Croi-
sade des Alhifjeois (v. :ni3-;ni'i) prétond au contraire que ce fut
Pierre «le Hc^névent (\\ù manda Louis de France en Albigeois : le poète
était cortaineniont moins bien renseigné sur ce point que Pierre de
Vaux- Cornai, dont la version est beaucoup plus vraisemblable d'ail-
leurs.
VOYAGE DE LOUIS. 191
Beaujeu, Mathieu de Montmorenci, Robert, comte de Séez et
d'Alençon, Adam, vicomte de Molun, etc.. Mais Tévêque de
Carcassonne, qui était tout dévoué à Simon de Montfort, se
trouvait aussi dans Tarmée et Pierre de Vaux-Cernai dit que
« Louis et ceux qui étaient avec lui étaient pleins d'affection
« pour ce prélat et obéissaient en tout à sa volonté et à ses
« conseils. » Le 20 avril, les croisés, qui ne semblent pas avoir
été très nombreux, arrivèrent à Vienne, où Louis eut avec
Simon de Montfort une entrevue très cordiale ; à Valence on
rencontra le légat, dont les craintes s'évanouirent bien vite,
car Louis « étant doux et très bénin » s'empressa de lui
déclarer qu'il accomplirait en tout ses volontés. Puis les
croisés continuèrent à descendre la vallée du Rhône et
Louis entra à Montpellier, où nous ne savons ce qu'il fit ni
comment il fut accueilli. Fort probablement il se contenta
d'assurer les habitants de sa protection; le pape les lui
avait recommandés spécialement par une bulle du 15 avril'.
Louis se rendit ensuite à Béziers.
Simon de Montfort, qui avait su enfin capter les bonnes
grâces du légat, profita des bonnes dispositions de ce pi^élat
et de la présence de Louis pour faire trancher en sa favimr
la question du duché de Narbonnc, dont il disputait la pos-
session à Tarchevéque Arnaud. Ce n'était là qu'un épisode de
la lutte entre le clergé catholique et Simon de Montfort, qui,
par les statuts de Pamiers, avait assuré à l'Église méridionale
de dangereuses prérogatives et se repentait maintenant de son
imprudence. Il voulait se faire reconnaître duc de Narbonne,
et, pour mieux assurer sa domination, il désirait obtenir la
destruction des remparts de la ville, sous prétexte qu'elle
avait été longtemps un des principaux repaires du catharisme.
Aussitôt que l'archevêque de Narbonne avait appris la venue de
Louis, il s'était rendu à sa rencontre pour essayer de lui
démontrer son bon droit, et lorsque vers le commencement
du mois de mai le prince arriva à Béziers, les habitants de
Narbonne lui dépêchèrent des messagers pour protester de
i, p. de Vaux-Cernai, 101 et 103. — Germain, Ilisl. de la Commune
de Montpellier, II, 3-4, note. Honorius III iit à Louis les mêmes recom-
mandations en 1219 et se porta garant de 1 orthodoxie des Montpelliérains
(ibid., 10-11, note).
192 LOUIS ET SIMON DE MONTFORT.
leur obéissance. Enfin rarchevêque, qu'on accusait d avoir
usurpé sans motif valable un duché tenu par la maison de
Saint-Gilles depuis un temps immémorial, et qu'on suspectait
de (( no pas penser assez au bien de la foi », demanda à
maintes reprises, en présence du légat, à présenter sa justifi-
cation. Mais Pierre de Bénévent n'écoutait que Simon de
Montfort et Ton vit encore cette fois un légat agir sans con-
sulter le pape, car des lettres postérieures dlnnocent III et
d'Honorius III prouvent que le Saint-Siège ne voulait point
que Narbonne fût désemparée. Dans une assemblée tenue i
Béziers, il fut décidé, « de la volonté du légat et du conseil
« des prélats qui étaient réunis là », que Louis ferait démolir
les murs de Narbonne, et l'héritier royal enjoignit aussitôt
aux Narbonnais d'accomplir cette besogne eux-mêmes. Ils se
mirent donc, dit Pierre do Vaux-Cernai, « à détruire les murs
c( de Jéricho, je veux dire de la ville de Narbonne ». Enfin
Louis fit saisir un certain nombre d'entre eux et les conduisit
par force à Carcassonne ; là, le 22 mai, dans le palais du sei-
gneur de Montfort, on convoqua les barons et les chevaliers
qui avaient accompagné Louis et on amena les bourgeois
captifs ; Aimeri, vicomte de Narbonne, sur l'ordre exprès de
l'héritier roval, fut contraint de reconnaître Simon de Montfort
comme véritable duc de Narbonne et de lui prêter hommage;
ensuite Simon prit sous sa protection Aimeri et les bourgeois,
qui jurèrent en retour de le maintenir dans ses droits et pos-'
sessions. Nous avons encore la charte-partie attestant ces
engagements, témoignage ofiiciel de cotte singulière comédie:^
où riiéritier royal joua un rôle de compai*se*.
Te fut également avec le concours de Louis de France qu^
Simon de Montfort s'empara de Toulouse. En même terap^=:
qu'on avait statué sur le sort de Narbonne, on avait décid»^
le démantèlement de la capitale de Raimond VI. Simon d —
Montfort envova son frère Gui exécuter la décision de Vt
semblée. Gui ordonna aux Toulousains de détruire leui
murailles et reçut leur serment de fidélité. A la fin de mi
1. Piorre de Vaux-Cernai, 101 à 103. — Lettres d*Arnaud et
Simon (le Montfoi-t dans II. F., XIX, 620 et 622 Qwie). — Cha"
partie publiée dans Teulet, n" 1119. — Potthast, n» 4985. — Pressi
no 401.
LOUIS ET SIMON DE MONTFORT. 193
oa dans les premiers jours de juin, les croisés entrèrent dans
cette ville, qui avait fait sa soumission à TÉglise et pouvait
espérer la paix^ Mais elle était Tobjet principal de la haine
des orthodoxes; elle avait été le centre de TËglise cathare
dans le Midi; le petit nombre de ses habitants qui étaient
restés catholiques avaient subi Tintluence des idées antipa-
pistes, le contact de « l'hydre de l'hérésie », selon l'expres-
sion employée par les évéques qui écrivaient au pape en 1213
pour lui demander la destruction de la « perfide ville de
« Toulouse ». « Il faut, ajoutaient-ils, que cette cité perverse,
« dont les crimes égalent ceux do Sodome et de Gomorrhe,
a soit radicalement exterminée avec toutes les ordures et les
« souillures qui se sont accumulées sous le ventre gonflé de
« venin de la vipère »*. S'il faut en croire le poète, après l'en-
trée des croisés dans Toulouse, Louis de France tint conseil
avec Simon de Montfort, le légat et l'évêque Folquet, et d'un
commun accord on proposa d'incendier complètement la cité.
Mais (c Simon. . . réfléchit que, s'il détruit la ville, il n'agira
« pas à son avantage; qu'il vaut mieux que tout l'or et l'argent
« soientàlui »^; les croisés laissèrent la malheureuse Toulouse
à la discrétion du comte de Leicester, et reprirent le chemin
de France.
Quelque temps auparavant, Simon de Montfort avait vu se
réaliser presque complètement ses espérances; Innocent III
avait consenti à lui laisser en commande hï comté de Tou-
louse jusqu'à la tenue du prochain concile général; enfin, peu
de jours avant l'entrée des croisés à Toulouse, le légat avait
repoussé les offres de soumission du comte de Foix et autorisé
Simon à placer dans la ville de Foix une garnison \ Kn somme,
Louis de France n'avait fait que concourir au triomphe du
comte de Leicester et assister à sa réconciliation avec le
pape, réconciliation qui allait être bientôt définitive. Simon
récompensa à peu de frais les services de l'héritier royal, en
lui faisant cadeau de la mâchoire de saint Vincent, précieuse
1. Pierre de Vaux-Cernai, 103-104.
2. Schmidt, ffist. de la secte des Cathares, I, 200-201, 256.
3. Chanion delà Croisade, v. 3122-3128 (traduct. de M. P. Mever).
4. Pierre de Vaux-Cernai, 102-10'i. — Potthast, n«> '1967.
Ch. Petit Dctaillis. Hèffue de Louis Mil, 13
194 TRIOMPHE DE SIMON DE MONTFORT.
relique dont Tabbé de Castres consentit à se dessaisir*. Ce
fut tout le profit que Louis retira de son expédition; le poète
nous le montre revenant en France et racontant à son père
« comment Simon de Montfort a su se pousser et s*enrichir.
« Le roi ne répond mot et ne dit rien* ».
Quelques mois après s'ouvrit le concile de Latran. Après
bien dos hésitation^(fjnnocent III adjugea à Simon de Mont-
fort tous les domaines qu'il avait conquis sur les hérétiques,
avec les villes de Montauban et de Toulouse ; la partie nord-
est du comté de Toulouse, qui n'avait pas été soumise par
les croisés, était mise sous séquestre et réser\*ée au jeune
Raimond, fils de Raimond VI; le comte de Toulouse devait
se contenter pour lui-même d'une rente en argenté Simon de
Montfort se rendit aussitôt à la cour de Philippe-Auguste,
qui approuva la décision du pape (avril 1216)*. Ce fut"" son
premier acte d'intervention personnelle dans cette affaire et
le signe de sa rupture définitive avec le comte de Toulouse;
il faut remarquer que l'hommage de Simon fut accepté par le
roi pendant cette mémo assemblée de Melun où le légat
essaya on vain de faire renoncer Louis de France à son ex-
j)éJition en Angleterre. Au moment où Théritier royal entre-
prenait cette campagne malgré la défense formelle d'Inno-
cent III, il était d'une politique habile de confirmer avec
empressonKMit la décision pontificale concernant le pays tou-
lousain et de manifester bien haut le dévouement de la
dynastie capétienne aux vrais intérêts de l'Église; de plus il
ne coûtait point à Philippe-Auguste de briser tout lien avec
Raimond VI, qui ét^it l'oncle de Jean sans Terre et entre-
1. A. Molinier, Calai, des actes de Simon de Montfort, n*»* 102 et 104.
2. Chanson de In Croisade, w .3i^0-2\ 45 (trad. de M. P.Meyer). L'auteur
de V/IisL des Alhi'jcois raconte tout autrement cette scène ; mais j'ai
aniioncô dans ma pnMacc que je ne citerai point cette chronique, qui
n'a aucune autlieuticité: le silence de Phil.-Aujr. est (railleurs suflisam-
nient c''lo(iueiit. — I.a Chrun. de Pierre de Vaux-Cernai est la seule
où soit racontée en détails cette croisade de 1215 ; l'auteur de la
Chanson n'en dit (juc quehiues mots ; Guill. le Breton (CArow., § 206)
en donne une relation écourtée(;t inexacte; Guili. de Puilaurentignore
l'interviMition de Louis de France.
3. I/ist. di( Languedoc, VI, 470 et suiv. — Delisle, n*»» 1659 à 1661.
REVERS ET MORT DE SIMON. 195
tenait avec lui de très chaudes relations d*amitié ; Raoul de
Coggeshall prétend même qu'en 1213 Raimond VI avait rejeté
la suzeraineté de Philippe-Auguste et était allé porter son
hommage au roi d'Angleterre ^
Peut-être aussi dès ce moment-là le roi de France suppo-
sait-il prochaine Téclipso de la brillante étoile des Montfort,
et espérait-il, en aidant à leur fortune, travailler pour celle
de sa dynastie. En ce cas son calcul était juste : cette mémo
année où le triomphe de Simon semblait définitif vit com-
mencer pour lui la période des revers. A son retour du con-
cile do Latran, Raimond VI abandonna la direction des
affaires de sa maison à son fils, qui devint dès lors le véritable
chef de la résistance; à la voix du jeune comte, Marseille et
Tarascon se soulèvent; Adémar de Poitiers, comte de Valen-
tinois, prend les armes; Avignon accueille avec transports
le comte de Toulouse; Simon de Montfort se voit' obligé de
diriger son armée vers la vallée du Rhône, et pendant ce
temps Toulouse, exaspérée par les persécutions des ortho-
doxes, rappelle son ancien seigneur. Au mois d'octobre 1217,
Simon revient pour châtier les rebelles ; mais il trouve une
vigoureuse résistance et au bout do huit mois de siège il
meurt, tué d'un coup de pierre (25 juin 1218)*.
Les croisés consternés levèrent aussitôt le siège. Amauri
de Montfort se vit confirmer par Honorius III les terres qui
avaient été concédées à son père (17 aofit); mais on ne pou-
vait pas lui donner en même temps Texpérience et l'autorité
du vieux comte de Leicester, et l'on vit tout de suite qu'il
fallait recourir au roi de Franco'. Dès le 30 décembre 1217,
1. Coggeshall, 168. — Dès 1209, Savari de Mauléon, sénùchal
de Poitou, reçut de Jean sans Terre l'ordre secret d'aller secourir
Raimond VI '(Chilhaud Dumaine, op. cit., dans Positions fie thèses
ann. 1877, p. 25). En 1213 Jean sans Terre manifesta l'intention de
secourir le comte de Toulouse (Rymer, I, part. ï, 114) et après la
bataille de Muret Raimond VI se fendit en Angleterre et y rut trôs
bien accueilli (Lilt. Pat.^ 106** ; — cf. Ann. de Ihinslnple, 39 et Ann.
de Waverleffj 280); l'exact Pierre de Vaux-Cernai (p. 96) assure que
Sendant son séjour en Poitou en 1214 Jean fut en rapport avec les
érétiqueset faillit entreprendre une campa^me en leur faveur. Il dit
de Jean sans Terre (p. 94) : « Semper adversatus fuerat negotio Jesu
« Christi et comitis Montisfortis. »
2. Hist. du Lang.y VI, 485 etsuiv., et Vif, 4'*7.
3. Pressuti, n<> 1583. — Chanson de la Croisade, v. 8521 et suiv.
U)() HKSITATIONS DE PHILIPPE-AUGUSTE.
Honorius III avait prié Philippe-Auguste d'envoyer des troupes
pour réduire les Toulousains; le roi avait fait la sourde
oreille. Le pape lui écrivit de nouveau quand la mort de
Simon fut connue à Rome; le 12 août 1218, il le supplia
d'envoyer en Albigeois une grande armée sous le comman-
dement de son fils ; le 13, des lettres de teneur à peu près
identique furent envoyées à Louis. Le 5 septembre, pour obte-
nir une réponse favorable, Honorius prit Philippe-Auguste
et ses hommes sous la protection spéciale du Saint-Siège et
promit de subvenir aux frais de l'expédition : au début de
son pontificat, il avciit décidé de lever sur toutes les églises
de la Chrétienté un subside d'un vingtième destiné au secours
de la Terre Sainte; il oflrit à Philippe- Auguste la moitié
environ de ce subside ; il s'engagea aussi à consacrer à la
croisade en Albigeois les sommes qui devaient être payées
annuelleftient au Saint-Siège par Louis de France, ainsi que
par ceux qui l'avaient suivi en Angleterre et avaient été absous
à cette condition \ Mais toutes ces promesses n*étaient
point capables de séduire Philippe-Auguste; la trêve qu'il
avait accordée au roi d'Angleterre devait expirer en 1220 et
il n'était nullement décidé à la renouveler; plutôt que d'aller
guerroyer dans le Midi pour un profit fort incertain, puisqu'il
ne s'agissait encore que de rétablir les affaires d'Amauri de
Montfort, ne valait-il pas mieux réserver ses forces, et grâce
aux troubles de la minorité de Henri III achever la conquête
de l'Aquitaine? Ce ne fut point par des offres d'indulgences
ou morne de subsides que le pape vainquit les hésitations
du roi de France; ce fut évidemment à ce moment que
des négociations s'engagèrent entre le Saint-Siège et
le jeune comte de Champagne; le légat offrit à Thibaud IV
la mission que Philippe- Auguste ne se souciait pas d'accepter;
la direction de la croisade aurait ainsi définitivement échappé
au roi de France pour passer aux mains d'un puissant vassal.
La tactique du Saint-Siège réussit. Philippe- Auguste entrava
les plans de Thibaud de Champagne, qui était fort disposé
à le supplanter, et finalement il accepta les offres du pape
1. Pressuli, n^* 950, 1578, 1582, 1614, 1615.
CROISADE DE 1219. 197
(19 novembre 1218)*. Cependant six mois se passèrent avant
que les croisés ne partissent. D'après une lettro adressée
à Philippe-Auguste par Honorius III lo 15 mai 1219^ nous
voyons que les Méridionciux intriguaient à la cour de France;
ils essayaient d'induire Philippe-Auguste à dépouiller Amauri
de Montfort dos terres qui lui avaient été concédées; mais les
efforts qu*ils tentèrent pour brouiller leurs communs ennemis
n'eurent pas de succès ; les croisés partirent pour rejoindre
Amauri de Montfort (16 mai 1219) ^
Cette fois encore Louis de France était à leur tête. Phi-
lippe-Auguste n'avait point cédé de bonne grâce aux objur-
gations d'Honorius III; Lrniis n'obéissait lui-même qu'à
contre-cœur aux ordres exprès de son père : le récent échec
qu'il avait subi en Angleterre l'avait momentanément dégoûté
des expéditions lointaines, et lo pape lui-même savait que
l'héritier royal allait « malgré lui » soutenir la -cause de
l'orthodoxie*. Cependant il avait réuni dos forces imposantes,
au dire de tous les chroniqueurs, et le poète Mousket assure
qu'il avait assez de chevaliers pour conquérir « Espagne et
« Surie ». Dans l'armée figuraient des évéques, entre autres
Guérin, évéque de Senlis, Etienne, évéque de Noyon, Gautier,
nouvellement promu au siège de Tournai, tous trois fidèles
auxiliaires de la royauté; des officiers de Philippe- Auguste,
comme le sénéchal d'Anjou Guillaume des Roches; des vassaux
de Louis, comme le comte de (ruines; à coté de ces fidèles, se
trouvaient des croisés d'un dévouement moins sûr, comme le
comte de Bretagne Pierre Mauclerc, le Flamand Arnoul
d'Oudenarde, qui avait combattu a Bouvines parmi les enne-
mis du roi de France*.
1. Voy. la lettre de Phil-Aup. à Tliibaud de Champagne: Delisle,
n» 1868. — Pierre de Vaux-Cernai, 118.
2. Pressuti, n» 2067.
3. Guill. le Breton, Chron., §23:).
'i. « Illuc vaditinvitus, sic'ut noviinus manifeste.» (Pressuti. n"2102.)
5. Mousket. v. 22802-22824 ; — (iiiill. le Bret., Chrun.. Ji 233; —
Delisle, n© 188'i, confirmation dos dispositions prises par (i. des Horhcs
avant sondé|>art pour l'Ai bi^reois ; — Wauters, Tahle chron.^ 111, 51 •,
acte du comte de Guines. — Sur les relations de Phil.-Au^r. et de
Ti^véniie de Noyon. v. Davidsohn, op. cit,, Mi: sur rév(''qup «le Tournai,
Deiihlc, n» 1909; sur Guérin, v. plus bas Sfcmifr part., chnp. VI ; sur
Arnoul d*Oudenarde, v. TAnon. de Béthune, récit do la b;it:iillrt de Btm-
vines, publié par M. Delisle, Xot. et exlr. des ;/i.w., X.WIV, 1" ]»., :VJ\.
108 PRISE DE MARMANDE.
Los croisés ne descendirent pas cette fois la vallée du
Rhône. Ils se dirigèrent vers TAgenais en passant par le
Limousin. Les progrès des hérétiques étaient en effet très
sensibles dans la région de la Garonne. Le jeune Raimond
avait reconquis une partie do TAgenais, tandis que le comte
de Coinmingos reprenait possession de ses domaines. Amauri
do Montfort, dès le courant du mois d'octobre 1218, avait mis
le siège devant Marmande ; mais les hérétiques se défendaient
vigoureusement, commandés par Arnaud de Blancaforl,Cen-
tulle, comte d'Astarac, et quelques autres seigneurs ; outre
un bon nombre de chevaliers du pays, la garnison comprenait
dos mercenaires brabançons et tiois qui étaient rompus au
métier de la guerre*. Louis de France arriva devant Marmande
vers le commencement de juin*, au moment où lo jeune Rai-
mond venait de remporter la victoire deBaziège et où le sei-
gneur de Montfort, irrité par ce succès, pressait plus vivement
les assiégés. Ces malheureux perdirent tout espoir en voyant
arriver la nouvelle armée, où Tauteur de la Chanson, avec son
imagination de Méridional, a compté \ingt-cinq mille cheva-
liers, sans parler d'innombrables gens de pied. Dès la première
attaque, les croisés enlevèrent les fossés et les lices et bri-
sèrent les barrières. Alors le comte Centulo sortit de la ville
et se rendit au fils du roi. S'il faut en croire l'auteur delà
Chanson, Louis de France couvo(jua dans sa tente les prélats
et les barons, pour décider du sort de Marmande^. De l'avis
do l'évoque de Saintes, il fallait que tous les assiégés, y
compris lo comte d'Astarac, fussent mis à mort comme héré-
tiques; Louis était disposé à céder. « Puisque c'est l'Église
1. Chansnnde la Croisattt'., v. 8943-8972. Cf. Ilisloire du Long.,
VI, 518 H siiiv. : Dom Vaissôto, de préfôronce à la version du poète.»
a(l()])ti? ccllo de (iuillanmr dv I*uilaurent (p. 2{\), selon laquelle Mar-
iMîuide n'aurait pas v\c assit^éo par Amauri avant rarrivée de I^uis;
Inai^ Ciuillaiimc de Pnilauront est souvent mîil informé iwur cette
période: il ]>lace par exomjjle en 1219 le siège de La Rochelle de 1224.
Sous savons qu'Anianri se trouvait le 8 oct. 1218 tout près de Mar-
mande {i'.ntaL tirs actes de Simon et d^Unnuri de Montfort^ n** 168).
Knfin (luillaunie le lin^ton {tlhron.. ^ 233) confirme la version du jioéte.
2. 11 était ])assé le 26 niai à Limoges (("firoîi. de B. hier, 104).
3. Comme l'a remarqué M. Paul Mever dans son Introduction* le
poète n'a guère eu le moyen de savoir ce qui s'est passé dans cette
assemblée. On n'a })as re})endant de raison péremptoire ])our rejeter ce
récit, qui n a rien d'invraisemblable.
SAC DE MARMANDE. 199
c( quim^amèneici, dit-il, son droit ne sera pas disputé. » Mais
les comtes de Bretagne et de Saint-Pol protestaient qu'on ne
pouvait sans honte faire périr un homme qui s'était livré à
merci, et Tarchevêque d'Auch fit remarquer que Ccntule,
tout en défondant des hérétiques, était lui-même orthodoxe
et qu'en le gardant on pourrait l'échanger contre Foucaut
de Berzi, prisonnier des Toulousains. Le comte d'Astarac fut
donc épargné, et l'on fit probablement grâce de la vie, quoi
qu'en dise le poète, à tous les nobles qui avaient défendu
la ville. Mais le reste des habitants fut condamné à être
passé au fil de l'épée.
« Aussitôt le cri et le tumulte s'élèvent : on court dans la
a ville avec les armes tranchantes et alors commence le
a massacre et l'effroyable boucherie Les chairs, le sang,
a les cervelles, les troncs, les membres, les corps morts et
« pourfendus, les foies, les poumons, mis en morceaux,
«( brisés, gisent par les places comme s'il en avait plu. La
a terre, le sol, la rive sont rougis du sang répandu. Il ne
« reste homme ni femme, jeune ou vieux : aucune créature
« n'échappe à moins de s'être tenue cachée. La ville est dé-
« truite, le feu l'embrase. » L'historiographe de Philippe-
Auguste confirme sèchement la description du poète : « On
« tua tous les bourgeois avec les femmes et les petits enfants,
« tous les habitants jusqu'au nombre de cinq mille »*.
Après cet exploit, les croisés se dirigèrent directement sur
Toulouse. L'auteur de la Chanson nous raconte quelle énergie
les Toulousains déployèrent à cette nouvelle; les consuls
envoyèrent des messagers aux barons et à tous les hommes
de guerre du pays, pour les prier de venir défendre le
dernier boulevard de leur indépendance. Mille chevaliers
et cinq cents dardiers furent bientôt réunis. Les habitants
formèrent une assemblée plénière; pressé par quelques-uns
de négocier avec l'héritier royal, le jeune comte Raimond
refusa d'entrer en rapports avec celui qui avait autorisé le
sac de Marmande. Alors on décida de résister et tous, jus-
1. Chanson de la Croisade^ v. 9217-9320. J'ai suivi à peu près la tra-
duction de M. Paul Meycr. — Guill. le Breton, Chron.f ^ 233. — Guill.
de Poilaurent (p. 214) assure que les défenseurs de la ville se rendirent
« data eis belli securitate » et furent conduits prisonniers à Puilaurent.
200 SIÈGE DE TOULOUSE.
qu'auK femmes et aux enfants, se mirent à l'œuvre en chantant.
« La ville est mise en défense, et largement, contre l'orgueil
« de France. )> Il y avait là probablement beaucoup de merce-
naires, mais aussi maints hauts barons du Midi, tels que le
frère et le fils du comte de Toulouse, le fils du comte de Foix,
le seigneur de Tlsle en Jourdain, le seigneur do Caraman,
etc Le poète nous décrit avec précision comment on mit
en défense les barbacanes, qui étaient au nombre de dix-sept.
« Sur le pont du Bazacle, nouvellement construit, sont les
c( habiles archers qui tirent dru et protègent la rive et les
(c abreuvoirs, de sorte qu'aucun bateau ni aucun ennemi ny
« puisse aborder. » La Chanson de la Croisade s'arrête au
moment où Louis de France arrive pour écraser les Toulou-
sains. « Mais, s'écrie le poète, la Vierge Marie les défendra,
« elle qui, selon droiture, redresse les torts et puisse sod
« sang bienveillant nous protéger, car saint Saturnin est leur
« guide et les garde de crainte, et Dieu et droit et force et
« intelligence et le jeune comte leur défendront Toulouse!* »
L'armée de Louis de France s'était grossie en route; d'après
Guillaume de Pnilaurent, le camp des assiégeants entoura
toute la ville ; les chiffres que donne l'auteur de la Chamon sont
grossis jusqu'à l'absurdo : il parle de treize cent mille hommes*.
Le (lépluionient de trt)uj>es fut évidemment considérable;
oF, il ne servit à rienj Toulouse resta encore une fois inex-
pugnable. On a oxplijjué cet échec par des raisons très diverses.
Roger de Wendover parle d'une famine qui aurait décimé les
assiégeants, mais son récit, étant parfois d'une inexactitude
flagrante, n'a pas d'autorité\ Guillaume de Puilaurent attribue
l'échec de Louis de Franco à la vaillance des assiégés. Mais
cette raison ne doit pas être la seule : les chroniqueurs les
mieux informés sont d'accord pour parler de la trahison des
barons qui avaient accompagné Louis, ou tout au moins de
la mauvaise volonté montrée par eux en cette circonstance*.
1. Chanson de la Croisade, v. 9^\2 et suiv., trad. de M. Meyer.
2. Guill. de Puilaurent, 214. — Chanson de la Croisade, v. 9321 et
suiv.
a. Wendover, III, 57.
1. « Qiiibusiiam de nostris prodicioso impcdientibus negotium cru-
i' cifixi » (Guill. le Br., S '2Xi) : « entre les barons ot lence » (Mouskct,
V. 22827-22828 \ cf. v. 22802-22809) ; « prodicione, ut dicitur, interve-
SIÈGE DE TOULOUSE. 201
Evidemment, une fois finie la quarantaine à laquelle ils
s'étaient obligés, ils murmurèrent en voyant se perpétuer
une campagne qui ne leur rapportait que fatigues et dangers,
et ils menacèrent Louis de l'abandonner; ce ne fut point
dans la carrière du fils do Philippe-Auguste la première ni
la dernière fois que pour do tels motifs il eut à se plaindre
de ses compagnons d'armes. Du reste, Louis n'avait sans
doute point à cœur la prise de Toulouse. 11 était parti de
mauvaise grâce et devait souhaiter un prompt retour*. Voilà
tout ce qu'on peut inférer des documents assez mauvais que
nous avons sur cette campagne.
« niante» (Rob. d'Auxerre, Contin., 11^ 28'i) ; « orta vero inter ipsos
« discordia, propter quandam proditionis notam quam quidam contra
V domnum Eudovicum moliri vidcbantur » (Aubri de Troisfontaines,
909). « Deficientibus viris auxiliatoril)us » (Chron. (VAndres, 760).
L'Annaliste de Dunstaple (p. 61) dit avec plus de précision, mais moins
d'autorité : « Rediit Lodoicus conquorens de romitis Nivernensis pro-
« ditione similiter et de comité Sancti Pauli ». Selon les éditeurs
du t. XIX des H. F. (687, note h), parmi ceux qui auraient entravé les
opérations aurait sans doute liguré le cardinal Bertran, légat dans le
Midi depuis 1217, qui aurait craint de voir Louis de France après la
prise de Toulouse tourner ses armes contre les Anglais; une lettre d'Ho-
norius III nous montre en effet qu'au moment où Louis se dirigeait
vers le Midi le bruit courait qu'il voulait conquérir le Poitou et la
Gascogne, au lieu de combattre les hérétiques, et le pape, indigné <à
ridée que des subsides fournis par le Saint-Siège pourraient être uti-
lisés contre son pupille Henri III, chargea son légat de veiller aux
intérêts du roi d'Angleterre. (Pressuti. n" 2102.) Les craintes des
Anglais furent très vives quand Louis arriva devant Marmande, qui
était sur la limite du Toulousain et de leurs possessions ; les habitants
de La Héole, voyant Tarmée française à quel(|ues lieues de leur ville,
firent des préparatifs de défense (Shirley. Boy. Leiters, 1, n" 43); le
moindre événement pouvait sans doute amener à ce moment la rupture
de la trêve. Quand Ix)uis s'éloigna vers l'ouest, les inquiétudes des
Anglais ne se calmèrent pas encore (Koy. LeUers, n" 20; — Rymer, I,
part. I, 154 à 156). Mais tout cela, nous semble-t-il, ne prouve point que
le légat ait pu, dans l'intérêt du jeune Henri 111. mettre obstacle au
triomphe de Louis sur les hérétiques : en empêchant le siège de Tou-
louse d'aboutir, le cardinal IJertran devait craindre au contraire de
décider l'héritier royal à tourner contre les Anglais des forces qu'il ne
pouvait utiliser autrement. L'hypothèse des continuateurs de Dom
Bouquet nous parait invraisemblable autant que sans fondement ;
rien ne montre que Louis .se soit plaint au pape de l'attitude de Hertran ;
le fait que ce cardinal fut remplacé à la lin de l'année par un autre
légat peut avoir de tout autres motifs. Guillaume de Puilaurent et
Aubri de Troisfontaines (loc. cit.) assurent que Bertran travailla sans
relâche à l'extermination des hérétiques.
1. Kaynaldus prétend même, d'après Bernard Gui, que Louis con-
clut un accord avec le jeune Raimond : « Initis nonnullis roncordie
« legibus, in paternum regum se recepit» (Annales eccies.j XX, 463).
Cette a.ssertion est bien invraisemblable.
202 INUTILITÉ DE CETTE EXPEDITION.
Nous ne savons même pâs approximativement combien de
temps dura la croisade. D'après une lettre de Henri III au
pape, les croisés étaient encore devant Toulouse au mois de
juillet \ Selon un chroniqueur, ce siège aurait duré quatre
mois* ; d'après une autre version beaucoup plus vraisemblable,
Louis reprit au mois d'août le chemin de France'. En tout
cas, son retour fut assez piteux, et le sang répandu à Mar-
mande ne fit pas oublier Thumiliation infligée aux croisés par
les Toulousains; deux ans plus tard, Honorius III qualifiait
cette campagne de « désolant échec* ». En effet, elle n'avait
servi à rien et les hérétiques triomphants allaient chaque
jour gagner du terrain.
Les auteurs de VHistoire du Languedoc, adoptant une
affirmation de Manrique, prétendent qu'en 1221 Louis de
France obtint du pape pour aller en Albigeois la levée d'un
vingtième sur les biens du clergé, mais profita de ce subside
pour attaquer le roi d'Angleterre\ Cette assertion erronée
repose sur une confusion chronologique ; c'est en 1224 que
Louis VIII, après avoir refusé do combattre les hérétiques,
déclara la guerre à Henri III. Jusqu'à la mort de Philippe-
Auguste, Louis ne devait point songer à retourner dans ce
Midi où la ténacité du Saint-Siège l'avait par deux fois con-
duit, et où ses rares succès n'avaient profité qu'à autrui.
Jusqu'au jour où il monta sur le trône, Louis sema beaucoup,
mais ce ne fut point lui qui récolta.
1. Rymer, J, part, i, 154.
2. Chanoine de Laon, 720.
3. <c Reliquit ducentos milites ad annum ab auguste» (Àubri de Trois-
fontaines, 909).
4. Pressuti, n® 3423 (Les éditeurs des H. F. ont daté cette lettre du 2
juin 1220 : Potthast et Pressuti la datent du 2 juin 1221). — Cf. Guili.
le Bret., Chron., % 233. — Mousket, v. 22825-22826).
5. Ilist. du Lanfj., VI, 541542.
CHAPITRE XI.
ROLE ADMINISTRATIF I)K mUIS DE FRANCE A LA COUR
DE PHILIPPE-AUGUSTE ET EN ARTOIS.
Au XI* et au xii* siècle, la transmission du pouvoir mo-
narchique no s'accomplissant pas encore en pleine sécurité,
les Capétiens, pour mieux rassurer, avaient adopté le système
des associations à la couronne. L'héritier présomptif était
sacré et couronné à Reims et comme rex rfe,s7'ywrt/î/5 jouissait
de pouvoirs qui furent parfois très considérables ^ Nous
avons dit que Philippe-Auguste, roi puissant et père ombra-
geux, rompit le premier avec cette pratique. Assurément
Louis de France joua un rôle important avant de monter sur
le trône. Dès son entrée en chevalerie, il fait acte d'héritier
présomptif : il approuve et promet d'observer le traité conclu
par Philippe- Auguste avec la comtesse de Champagne*. Dès
lors son nom apparaît souvent, sinon dans les formules, du
moins dans l'exposé des actes royaux : dans les nombreuses
chartes de garantie mutuelle exigées des féodaux dont la
fidélité paraît douteuse, Philippe-Auguste a soin de faire
mentionner son héritier : qui attaquera Louis sera l'adversaire
du roi lui-même'. Le père et le fils ont tous leurs intérêts
communs; leurs bras sont mus par une même volonté. Mais
cette volonté est celle du père ; le fils n'a que le droit d'obéir :
ni en titre, ni en fait, il n'est associé à la couronne.
On a vu quelle part Louis de France avait prise aux négo-
ciations et aux guerres du règne de Philippe- Auguste. Reste à
examiner comment il a appris à gouverner et quel a été son
rôle administratif; rien ne peut mieux nous éclairer sur
l'autoritarisme de son père.
1. Luchaire, Inslit, monarch,^ I, 13'i ot suiv., et Manuel, 'i73-'*75.
2. Delisle, n«> 1143, acte d'août 1209.
3. Delisle, n" 1537-I5'i5, 1553, 1588, 1595, 1620-1628, 1727-1736, etc.
204 ROLE DE LOUIS A LA COUR ROYALE.
En temps do paix, Louis n*a pas séjourné continuellement
dans ses possessions d'Artois. Sa présence dans les princi-
pales résidences du roi, de 1209 à 1223, est signalée par des
actes relativement nombreux*. Nous le voyons figurer dans
les grandes affaires judiciaires à côté des principaux con-
seillers de Philippe- Auguste ; il est de ceux qui rendent
compte en 1221 de la conduite de Tévêque de Paris dans le
procès du Clos-Brunoau ; on le trouve parmi les juges de
Taffairede la succession de Beaumont en 1223^; s'il ne prend
pas part à la fameuse assemblée judiciaire do Melun en
juillet 1216, c'est qu'il est alors en Angleterre. On s'occupa
dans cette assemblée de la grande question de la succession
de Champagne, qui agitait tout l'Occident : le comte Henri
le Libéral, partant pour la Terre Sainte, avait pris son frère
Thibaud III pour héritier et était mort en 1197, après avoir
épousé la reine de Jérusalem, dont le premier mariage avait
été annulé; Thibaud III jouit sans contestation du comté de
Champagne et mourut en 1201, laissant à sa femme Blanche
la tutelle d'un fils mineur qui devait être Thibaud IV le
Chansonnier. Mais on 1215 l'ambitieux Erard de Brienne
épousa Philippine, fille de Henri lo Libéral et de la reine de
Jérusalem, et prétendit que sa femme était la véritable héri-
tière de Champagne; il avait pour adversaires Innocent III,
qui considérait le mariage do Henri le Libéral comme une
union adultère, et Philippe-Auguste, qui avait profité de la
minorité de Thibaud IV pour dominer en Champagne. Erard
avait en revanche pour lui un assez grand nombre de nobles
de la Champagne et des pays voisins, et il comptait pour allié
le duc de Lorraine, chef du parti allemand opposé au pape et
à son protégé Frédéric II. Si Louis de France ne put parti-
ciper au jugement de 1216, il ne laissa pas d'intervenir dans
cette grave aflaire; dès 1209 il promettait de protéger à
l'exemple do son père l'enfant mineur de Blanche; en 1215,
alors qu'en Terre Sainte Erard de Brienne épousait Philip-
pine, Louis écrivit au roi de Jérusalem, Jean de Brienne,
1. Delisle, n"« 1137, 1143. 1437, 1536, 1585, 2034 et p. 489, note 1. —
Guesnon, Inventaire des chartes d'Arras, p. 8. 17. — Teulet, n® 1100, etc.
2. Delisle, n<^» 2034, 219y.
ROIiE DE LOUIS A LA COUR ROYALE. 205
pour lui affirmer que la cour royale ne tiendrait nul compte
des réclamations d*Erard jusqu'à la majorité de Thibaud IV,
car les mineurs jouissaient de cette exception dilatoire si
leurs droits n'étaient contesfés qu'après la mort de leur père*.
Louis de France contribua donc h maintenir l'espèce de
tutelle que Philippe- Auguste exerçait à la cour de Champagne
et nous avons vu que le jeune prince essaya d'en profiter
pour extorquer de l'argent à la comtesse Blanche, au moment
de partir pour l'Angleterre . Dans une autre circonstance
encore nous voyons l'héritier présomptif figurer dans les re-
lations du roi avec ses vassaux : après la coalition de 1214,
Philippe-Auguste prend ses précautions ; il force par exemple
un noble du nord, Jean de Montmirail, à se porter pécuniai-
rement garant de la fidélité du sénéchal de Flandre; par un
acte de mars 1215, Louis s'engage à séquestrer en cas de
besoin le fiof tenu de lui par Jean de MontmiraiP. En cette
occasion comme dans les autres, il se montre le docile auxi-
liaire de Philippe- Auguste.
On a souvent dit que Louis de France, possédant l'Artois
du chef de sa mère et des domaines importants en France
proprement dite par don de son père, était de ce fait un baron
à peu près indépendant. Mais il faut d'abord remarquer que
si Philippe-Auguste lui livra à l'occasion de son entrée en
chevalerie les revenus de six prévôtés du Gîitinais et des
Loges, il spécifia qu'il entendait seulement lui constituer des
ressources pécuniaires et que Louis n'aurait aucun droit à
l'hommage des vassaux du pays ; ce n'était donc point là un
domaine, un apanage**. Quant à l'Artois, ce pays fut naturelle-
1. D'Arbois de Jubainvilie, Comtes de Champagne^ I, !•■« part.,
35-47, 67, 70-71, 110 et suiv. — Teulet, no 1100.
2. Deliï>le, n« 1536.
3. Dclisle, n» li;{7: « Carissimus genitor noster Philippus, rex Fran-
c cle, tradidit nobis, quamdiu ipsi placuerit, reditus suos Pissiaci,
« Lorriaci, Castri-Nantonis, Faiaci, Vitriaci in Legio, et Bosci Commun is,
« et omnia herbagia sua que habet in predictis villis, cum piscatariis
« earum, pro formanda cxpensa nostra et uxorisnostre,tali modoquod
« nonpoterimusboscum vendere,nequeprisiamauttalliam ineisfacere,
« neque hominagia recipere: ita etiam quod dominus rex genitor noster
« omnia predicta, quanclocumque volucrit, potcrit capcrc in manu sua. »
— Outre cet acte, nous n'en connaissons que deux autres concernant
les droits de Louis sur ces six prévôtés. Par le premier, Louis donne
à Guillaume Fauconnier son sergent trois muids de seigle sur la grange
de Lorris (Anal, donnée dans un Catal. du xvin« s., Bib, NaL Xouv,
206 SITUATION DE LOUIS EN ARTOIS.
ment entre les mains de Philippe- Auguste jusqu'en 1209. Le
roi confirma les privilèges des villes, accorda des chartes de
commune, intervint dans les querelles entre les bourgeois et
l'Église, établit des baillis, par exemple Nevelon le Maréchal
à Arras ; bref, il gouverna à son gré, sans même parler au
nom de son fils\ Lorsque Louis fut majeur, Philippe- Auguste
lui rendit sa terre et le jeune prince vint recevoir les hom-
mages de ses vassaux ^ Mais quelle fut au juste la situation
de Louis en Artois ?
Cette situation. Philippe- Auguste a eu bien soin de ne
point la définir, afin de rester le maître. Il n'a donné aucun
titre à son fils. Louis n*a été ni comte, ni même seigneur
d*Artois, comme on Ta souvent prétendu*. Tous les actes
émanés de lui avant son arrivée au trône, même ceux qui
concernent exclusivement l'administration de l'Artois, portent
cette simple suscription : « Louis, fils aîné du seigneur roi
« de France* ». Il est curieux de constater comment la situa-
tion de Louis est indiquée dans la statistique féodale que
Philippe-Auguste fit rédiger par sa chancellerie. Nous trou-
vons sous la rubrique Chevaliers du roi de France, la mention
suivante : Chevaliers d'Artois : le seigneur Louis ; — Hugue
de Malainwi, etc Le fils du roi figure simplement en
Acq. fr., 6268, p. l et dans le (Zalal. des archives de Joursanvaull, n»
3271); le second est une charte de l'abbé de Saint-Benoît de Fleuri,
i\\n déclare avoir reçu de riiéritier roval une maison sise à Chappes
(l-elisle, n-^ ri86). —Cf. Quicherat, lïist. de Vitry-aux-Loges, dans
Mrm. de la Sor. archèol. de V Orléanais^ II, 13 et 14. Quicherat appelle
rusutVuit constitué :i Louis un apanage; le mot apanage, tout en signî-
tiant littcralenient «moyen de manger du pain », évoque cependant une
idée de domaine conféré en toute propriété et ne doit pas être employé ici.
1. Delisle, n"^ 364, 389, 4i:-'tl8. 420, 452, 461, 486, 488, 623, 793,
921. 1030, etc. — Hrussel, Tn'. rf'*.< jiefs. 1, 487.
2. Notice relatant une décision de Louis au sujet des marais de
Hollencourt : Tailliar, Hecueil, 77.
3. llennebert (///x/. dWrlois, lil, 85), affirme sans preuve que Louis
de France prit le ]>remier le titre de seigneur dWrtois.
4. Voy, i»ar exemple les actes édités par M. Giry, Histoire de Saint-
Orner, preuves, p. 40 4 et suiv., par (luesnon. Inv.des chartes d'Arras^
i). 8 et suiv., et i)ar Tailliar. Hecneil. p. 31 et suiv.; cf. Ânon. de
néthune. f" 56 : « I.i viscuens de Meleun qui la terre d'Artois gardoit
<■ de par Looys le Hl le Roi... » La léjrende du sceau reproduit la même
formule. Le .<ceau de Louis de France le mieux conservé que nous
connaissions est aux Arch. du l\isde-Cnlais. liasse A 5, n» 19. C'est
un sceau équestre en cire verte, jwrtant pour légende : « SÎRillum Lu-
dovici tilii régis Francie ^ (l)cmay. Inv.des Sceaux de VArtots, n® 1).
SITUATION DE LOUIS EN ARTOIS. 207
tête de la liste*. Arras est indiqué parmi les « villes que le
« roi a dans son domaine ». Les droits que Louis exerce à
Térouanne comptent comme droits royaux. Les châteaux de
Lens, Hénin, Bapaume, sont mentionnés parmi ceux « que
<c tient le roi de France Philippe'». Ainsi la terre de Louis
et le domaine royal se confondent absolument. Lorsqu'on 1212
Philippe-Auguste promet à Téveque de Nevers de ne plus
retenir désormais sur ses terres les serfs de Tévéché, il dé-
clare qu'il ne les retiendra pas non plus sur celles de son Hls
Louis'. Il entretient des relations directes avec les vassaux
artésiens et en 1214 ceux-ci ne figurent pas dans Tannée de
Louis à la Roche-au-Moine, mais dans l'armée du roi à Bou-
vines. Philippe- Auguste reste également en correspondance
après la majorité do son fils avec le bailli d'Artois Nevelon
le Maréchal*.
Nous avons vu d'autre part que Louis ne résidait pas con-
tinuellement en Artois. Sa situation ne saurait être comparée
à celle des princes apanages. Certaines chartes qu'il fait
rédiger pour l'administration de sa terre sont datées de
Paris, Saint-Germain, Compiègno, Fontainebleau". Fait plus
caractéristique encore, Louis n'a pas de chancellerie propre.
Si Ton examine ses diplômes, qu'ils soient datés do Paris ou
d*une ville d'Artois, on voit que non seulement ils sont faits
1. Scripta de feodis, H. F., XXIII, 685. Aucun acte ne nous
montre à proprement parler Louis de France faisant hommage à son
père. Cependant lorsque le comte et la comtesse de Flandre cédèrent
a Louis Saint-Omor et Aire, ils écrivirent à Philippe-Auçuste : « Sere-
« nitati vestre mandamus et volumus ut predictum Ludovicum recipiatis
« in horainem de predicta terra. » (^Arcn. Pnsdr-CaL, A 5, n" 18). Il n'y
a aucune raison pour que Louis n'ait pas prêté en effet à son père le
serment féodal. Nous avons vu que selon Roger de Wendover il
déclara à rassemblée de Melun être l'homme lige de Philippe-
Auguste.
2. Scripta de feodis, 681-682.
3. Delisle, rv* 1383: «Noverint, etc... quod nosdilecto etfideli nostro
W. Nivernensi episcopo concessimus quod si aliquishominum suorum
« de corpore... in domuiium nostrumsive carissimi filii nostri Ludovici
« veniret, noseum... Nivernensi episcopo redderomus». Louis de France
n*aura même pas à intervenir.
4. Delisle, n" 1221, 2053; Teulet, n»^ 1217-1218, 1228. Nous avons
TU aussi qu'en 1212 les nobles et les communes d'Artois durent
s'engager à fournir en cas de besoin leur service au roi de France
contre son héritier.
5. Guesnon, Inventaire^ p. 8 et 17. — Delisle, CataL, p. 489, note 1. —
Arch. du Pas-de-Calais, A 5, n» 13.
208 SITUATION DE LOUIS EN ARTOIS.
d'après les règles de la diplomatique royale, mais qu*encore
ils portent toutes les mêmes souscriptions, à une seule excep-
tion près, qu'un diplôme de Philippe- Auguste. Voici par
exemple la fin d'un acte par lequel Louis confirme la Keure
de Saint-Oiner : a Actum apud Sanctum Audomarum, anno
(( Domini 1311, regni vero karissimi domini et genitoris
« nostri anno xxxiii, astantibus in palacio ejusdem patris
(( nostri quorum nomina supposita sunt et signa : dapifero
« nuUo; signum Guidonis buticularii, signum Bartholomei
« camerarii, signum Droconis constabularii. Data vacante
« cancellaria, per manum Guidonis do Atheiis^ ». Ainsi les
noms des trois grands officiers du roi figurent dans ce diplôme
fait à Saint-Onier en faveur des Audomarois, de même que
dans les diplômes de Philippe- Auguste; seulement, en Tab-
sence d'un chancelier, c'est le frère Guérin qui expédie les
actes royaux ; les actes de Louis sont expédiés par un autre
fidèle serviteur de son père, Gui d'Athies; telle est la seule
différence ^ Enfin Louis n'a point, à notre connaissance, de
registre oil il fasse transcrire les actes qui l'intéressent
particulièrement; ces actes sont copiés sur les registres de
Philippe-Auguste'.
De tout ce (jui précède, il ne faut point conclure que Louis
(le Franco n'ait joué aucun rôle en Artois. C'est là qu'il a fait
sou éducation administrative. Nous le voyons par exemple
réunir sa cour féodale à Bapaume en 121!) pour juger une
1. Giry, ///a7. de Saint-Omer, preuves, 404. — Autres exemples de
diplôin(\s de Louis de France : ibidem, 405, 406 ; — Guesnon, /n««i-
faire, 8, 15, etc.. Les légères variations qu'on peut observer dans la
diploinntique des actes de Louis se retrouvent aussi dans la diploma-
tique de l'hiL-Aug., qui n'était pas absolument uniforme.
2. Un autre diplôme, daté de 1219 et rédigé d'après les mêmes
rendes, a été ex^wHlié par ^'incont, chapelain de Louis {Pièce justif.
n" iv). (Juant au Guido de Verueris (jui aurait rédigé un diplôme ae
1212, selon l'analyse d*un ancien catalogue déjà cité (A'omw. arq. fr.
6268, p. 1), c'est probablement une des mauvaises lectures si nom-
breuses dans ce catalogue.
3. Par exemple : la charte de Louis sur les droits des habitants
d' An-as (Hcf/isfre E df Philippe- Au i/uste, f« 88, copie partielle), le
traité conclu pur lui avec Kerrand en 1212 (Reg. JJ 31, f® 118), l*acte
par lequel Louis se réserve certains droits dans les terres de Tabbaye
de Saint- Vaast {lieg. /:, f» 159). De même on trouve dans les LayeUesdu
trésor des rhartes dos actes relatant des conventions passées par Louis
avec les églises d'Artois. (Teulet. n°» 1323, 1390, 1392).
COUR FÉODALE DE LOUIS. 209
question de mutation de fief*. En mai 1223, la comtesse de
Saint-Pol, pressée par ses créanciers, vient en la présence
de Louis céder son fief pour dix ans à son fils aine, Gui de
Chîitillon, qui s'engage en retour à payer les dettes mater-
nelles*. D'autres fois, Louis confirme une donation, une assi-
gnation de douaire, un traité de paix entre deux vassaux *.
Il use du système des enquêtes afin de respecter les vieilles
coutumes du pays: dès qu'il eut en 1209 reçu les serments
de ses vassaux, nous dit un contemporain, « il conjura ses
« hommes et ses tenans que il a un jour li seussent a dire
« comment li quens Plielippes ses oncles tcnoit ceste terre et
« en quel point, au jour que il s'en ala outre mer; et si home
« et si tenant quant il furent conjuré, se conseillierent et
« enquiscnt as enchiens homes de religion et serjans, et as
«< bourgois anchians, et li rendirent lor enqueste* ».
Les rapports de Louis avec les habitants de l'Artois furent
rendus évidemment aisés par l'anéantissement de la puissance
flamande en 1214. Avant Bouvines, deux partis existaient
en Artois. Parmi les nobles, les uns, comme les comtes de
Guines et de Saint-Pol et le châtelain de Saint-Omer, étaient
attachés depuis plus ou moins lou^'tcmps à la cause capé-
tienne'^; d'autres essayaient d'arrêter les menaçants progrès
1. Pièce jitst if. n" iv.
2. Arch. du S'ord, B2I, n" .S80. — Autre oxcin])le de cession de
fief en prêseîu'c de Louis, en 1211-1212: Arch. du /^ast-de-Calnis, liasse
A 5, II'* VJ. — Exemple de vente en la cour de Louis, à Ilesdin: Coll.
Morenu, vol. 125, M 16.
3. Giry, Ilist. de Saint-Onier, 407. — Warnkoni.::, Flandrixche
Slantit und Bevhtsgeschichte^ III, 2" part., 1 j3. — Tuilliar, RerueiL 31.
\. Notice relative aux pâturps de fjolleiiroiirt, qiin Louis fit restituer
aux habitants d'Auchi ('Inilliar, Recnril^ 76-77). (ette décision, comme
le prouve le préambule de la notice, fut certainement prise par Louis
avant son avènement, quoi qu'en dise 'l'ailliar. — Autre exemple:
Enijuète faite en 121(3 sur l'ordre de Louis, par le bailli de llesdin ot
l'abDÙ de Saint-André. Arch. du Pn.^-de-(ltdais. liasse A 5, n" 26.
5. Voy. Oiry, Châtelains deSaint-lhnvr, dans iiift. Er. <]h.. X.X.KV,
325 et suiv., et \X\V1, 91 et suiv., et //i\/. de Saint-Omtr, 96-97. Les
châtelains d'Artois jouèrent un grand rôle, dans la lutte soutenue i)ar
Philippe-Aupuslc contre la Mandre; Guillaume ^^ châtelain de Sainl-
Omer, était un véritable petit tyran et il ^^arda une grande puissance
jusqu'au jour où Louis de France, rentré définitivement en possession
lie Saint-Omer, con.struisit près d'une des jxirtes un nouveau château
fort et dc()ouilla le châtelain d'une partie de ses j)rérogatives. Ce fait
eut lieu après le mariage de Kerrand, en 1212 (et non en 1211 comme
le dit M. Giry). Depuis lors Guillaume fut tidèle à la famille capé-
Ch. Pbtit-Di*taili.i9. Bègne de Louis VIII, 14
210 LA NOBLESSE ARTESIENNE.
de Philippc-Âugustc en demandant appui à la Flandre, à
l'Angleterre et au parti guelfe. Ceux-ci avaient pour chef Ke-
nauddeDammarlin, comte de Boulogne. Au temps de Henrill
et de Richard Cœur-de-Lion, Renaud trahit deux fois Phi-
lippe-Auguste, qui essaya en vain de le gagner par ses bien-
faits; enfin, en 1211, ayant appris les négociations engagées
par le rebelle avec Jean sans Terre et Otton de Brunswick,
le roi de France dirigea une armée sur le Boulonnais. Jugeant
la résistance impossible, Renaud s'enfuit, après avoir remis
tout son fief entre les mains de Louis son suzerain. Pris i
Bouvines, il devait mourir en captivité. Louis administra le
comté de Boulogne jusqu'à son «avènement au trône; c'est au
même moment en eff'et que devint majeur son frère PhiUppe
Hurepel, qui avait épousé la fille du traître Renaud et avait
ainsi hérité le fief tombé en commise ^ Avec la chute retentis-
sante de Renaud de Dammartin s'écroulèrent les dernières
velléités d'indépendance de la féodalité artésienne ; elle se
montra généralement dévouée à la cause de Louis pendant
l'expédition d'Angleterre et elle lui donna pendant son règne
un de ses plus fidèles amis, Gui de Chàtillon, comte de Saint-
Pol-.
Louis de France, cette fois par une politique de modératiott-
et de concessions, réussit aussi à se concilier la bourgeoisie.
Nulle part il n'y avaU dans le domaine royal un groap^
compact do villes aussi florissantes et aussi jalouses de leurs-
libertés que Saint-Omer, Aire, Arras, Hesdin', etc.... A«-
milieu de l'épouvantable anarchie qui avait désolé la Flandre*
tienne ; le prévôt de Saint Orner son frère resta au contraire dans
parti flamand.
1. eiuill. le IJrcton, Chron., SS 1^-. 199- — « Licet Mathildis, hœr
« ejusdem roniitatus ex parte niatris Ide et patris Heinaldi in captivilat^
« detenti. Philippe régis Krancoruin filio, nondum militi, desponsaretur^
« primo^'eniius lanien re^is Krancorum dominas Ludovicus curant
« ejusdem ooniitatiisyerebat » {C/won. d\Afuires, 763). Philippe fut fai*^
cbevalier par son frère Louis le 2 avril 122:{ {Chron. de Bernard Itier-^
112). Voyez plu-^ loin. Ih'uxii'ine partie, cliap. VI.
2. l>ans les dernières années. Louis ne parait avoir eu de démêlés*
qu'avec le ehâtelain de Bapaume, au sujet d'une question de pro ^
priêtè. LalTaire tut oonliée à l'arbitraire de trois seigneurs dupays.qa "S
prononcèroîit en faveur de Louis (In/i. du Pas-tfe-Calni\'<, \é, n^ Ô-
:J Je rappelle que le J/rsiUnum du moyen âge est aujourd'hui Vieil -^
Ilesdin J'a> de-Calais, canton du Parcq). La ville actuelle de Hesdi» -
da:e du wr siècle.
LES VILLES EN ARTOIS. 211
au xii* siècle, les villes de ce comté et particulièrement celles
d* Artois, n'avaient point cessé de croître en importance éco-
nomique. Dès le premier quart de ce siècle, Aire, Arras et
Saint-Omer avaient obtenu des Keurrn, c'est-à-dire dos
chartes contenant une constitution, des privilèges, et les règles
fondamentales de la coutume juridique. Profitant des compé-
titions à la dignité coratale, les villes imposèrent leurs con-
ditions, entrèrent dans les cadres de la féodalité flamande,
se firent confirmer et augmenter leurs libertés à Tavènement
de chaque nouveau comte.. A la fin du siècle, malgré les
rigueurs du puissant Philippe dWlsace, elles ne désiraient
nullement changer de maître'. Les villes du nord-est en
particulier, qui étaient anglo-flamandes de cœur ou plutôt
d*intérèt, passèrent de fort mauvaise grAce sous la domination
capétienne et acceptèrent avec joie le traité de 12()0 qui les
annexait de nouveau à la Flandre ; lorsque Louis de France
rompit ce traité douze ans plus tard, Saint-Omer et Aire ne
cédèrent qu'à la force'. Dans l'Artois méridional, les senti-
ments étaient difl'érents. A Bouvines, la milice d'Arras com-
battit courageusement aux côtés mûmes du roi de France'. C'est
qu'ici la bourgeoisie, en rapports moins suivis avec les com-
merçants anglais et flamands, s'était laissé capter davantage
par les bienfaits de Philippe-Auguste pendant la minorité de
Louis de France. Il s'agissait donc pour ce dernier de conti-
nuer la politique conciliante de son père, de raffermir la
fidélité des uns et de gagner celle des aulres. Louis fut admi-
rablement servi par les circonstances; la victoire de Bou-
vines jeta sur le nom capétien un éclat sans pareil, désarma
pour longtemps les comtes de Flandre, (îut enfin pour suites
la rébellion des barons anglais et l'expédition de 1210, qui
pendant deux ans fit espérer aux Artésiens une conc^uôte
fructueuse pour leur commerce et les détacha décidément
de la cause des Plantageiiets. Ils gardèrent forcément, par
1. Warnkônig, Ui%t. de Flandre, II, 174. — Gir.v, ///>/. de Saint-
Om^r^ 30, 43, '«5, 63, 90. — Wauters, Libertén communales. 565. —
Voyez plus haut, p. 17-18.
2. GiPV. Hist. de Saint-Omer, 318 et suiv. — V. plus haut, p. 19-20.
3. Guill. le Breton, Chron., JJ lyi : « Supervenientes communie spe-
« cialîterCorbeii, Amhîanonses, Bolvaci et <'oinperj«lii. Atnihafr, pcne-
« traverunt cuneos militum et pjsuerunt se ante ip>um regein. »
212 LOUIS ET LES VILLES d'ARTOIS.
un effet de la nocossilé économique, des relations avec TAn-
gleterre, mais désormais ils restèrent fidèles aux Capétiens.
On peut distinguer dans les actes de Louis relatifs au
villes d' Artois : 1" les chartes de privilèges communaux;
2° les faveurs et donations diverses.
I. En 1209, Louis de France accorde aux habitants de
Conchi l'organisation communale et les lois de la ville de
HesdinV En 1211, il réédite la charte de Philippe-Auguste
sur les droits des habitants dWrras, avec quelques additions;
dans les articles nouveaux (art. 6, IÎ3, 34, 35, 46, 47, 48,
49, 50), il confirme les droits judiciaires des échevins,
précise sur quelques points la législation des dettes, règle à
nouveau le mode d'élection et la composition du corps ninni-
cipal ; les membres de Téchevinage ne devront avoir entre
eux aucun lien de parenté; ils seront exempts de taille*.
En 1215, il octroie aux bourgeois de Hesdin une charte de
(( commune coutume », où il fixe la législation criminelle
et civile, permet de lever une taille pour les besoins delà
ville à condition qu'elle pèse sur tous les bourgeois, fixe la
constitution de réchevinage, et confirme les coutumes anté-
rieures'.
II. QuebiU«'S autres charie'< ont un caractère moins général.
C'est ainsi «ju'rn 120i) Louis do France confirme la charte
par lajjuello Philippe-Auiruste accordait à ses bourgeois de
Bapaume le privilèiri^ de U'.'mmer tous les quatorze mois un
maire, des échevins et des jurés ^ la même année il accorde
1. llllii«lllé^îan«^17Fl?v;l^ lie GodelVoy tCo//. Moreau. voi. 396, p. 45)
d'aprî^s le -*' f^'irtuf. tf'Artnis. La pièce n'existe plus dans ce cartulaire
aiijoiir.l'liiii tré< mutilé (1^ 15'.*4 de-î .ln*/<. fin Aon/).
•J. riii«»<:i.i:i. Ittr>'fit''irt' i{t\< ch'n'tf.< 'TArrriji. 8 et suiv. (texte latin);
T:i:l!iir. li ■ 'u'i/. :»h ot >ii:v. {^u-xw n'in:iri). Ci. Oelisle, n«» 417, charte
do liy'i, iMii a «'*•* i»:irtii»'le!ii«!'î ériitli'-o par M, Ad. de raniovaoque
dans .Ni>M I's.<fti 'iur li li"ttr;e}isi'^ fAn-'is ( l/r-m. dt* i'Acad. riWrras,
-• srrir, \l.\. 1*115 ,t >ir.vV
yVoy. Tailliar. l'r ('•ffl'r'ni>:fii^-^->!fntdi'< communes dans le nord delà
l'riimY, l'«0 c\ su \ . Oiuir:* à .a vharte de Philippe-AuîTUste relatif
à la riMîiinuiu' do llosd::K tv!o !:-» ooinproïKiit que 6 anioles et fixais
Niirîoul lo> vlroits dîi roi .}\\ ^'.o. lio liùt).
1. An-h. du Pii.<-de-i:'iia'S. lias>e A 5, n" 13 : cf. Delisie, n« 486.
LOUIS ET LES VILLES d'aRTOIS. 213
un privilège analogue aux bourgeois de Lens et leur permet
d'observer les coutumes juridiques d'ArrasV En 1220, il
vend aux habitants de Hesdin le droit de détruire les halles
qa*il possédait dans la ville ^
En dehors de ces privilèges politiques et juridiques accordés
aux villes d'Artois dont Philippe-Auguste avait transmis la
possession à son fils en 1209, il reste à signaler les faveurs
accordées par Louis de France aux habitants d'Aire et de Saint-
Omer en 1212, alors qu'ils venaient d'accepter bien malgré eux
sa domination. Aux bourgeois d'Aire, Louis confirme leurs
privilèges anciens'. Dans un autre acte, il leur donne un
pâturage et permet que toute personne arrêtée dans la banlieue
d'Aire soit jugée par les échevins do la ville selon la coutume*.
En faveur de ceux de Saint-Omer, il confirme d'abord la
Keure concédée à la ville par Philippe d'Alsace^; ensuite une
antique exemption de tonlieu à Gravelincs*, une transaction
passée en 1176 avec Guillaume de Maline pour l'accomplisse-
ment d'un devoir féodal', et une charte de Philippe- Auguste
accordant aux Audomarois le produit des fossés de leur ville';
enfin, comme les bourgeois avaient obtenu dos comtes de
Flandre le terrain et les bâtiments de la Gilde-Halle, Louis
leur abandonna à son tour les annexes nouvelles établies à
l'est de cet édifice, qui était à la fois un palais de justice et
un marché'. Il n'oublia pas non plus de concéder un fief
important à l'un des plus fameux marchands de Saint-Omer,
Florent le Riche, qui devait servir d'intermédiaire pour le
paiement de l'indemnité promise par le gouvernement anglais
en 1217 ^
i. Godef roy, Inventaire des Arch. d'Artois {Coll. Morenit,\o\. 306, p. 44).
2. Arch. (tu f'aS'de-Cal., cnrtul. dWiichi, p. 'i'.ib. Ce cartulaire aété
imprimé par dom Bcthenrourt, mais n'a jamais ôfé publié.
3. Godefroy, loc. rit.^ 52, d'après le 2« Cartul. dWrtoia.
4. Arch. du Nord, B 1593, f» 108 v». Ce dernier privilège fut
confirmé spécialement en 1213. (Giry, Relations de la roy. avec les
villes, 52).
5. Giry, I/ist, de Saint-Omer, prcuv., 404.
6. Id., 312. Même acte sous une date erronée ; Ordonn., IV, 253. —
Cf. Delisle, n° 420.
7. Mifm. de la Soc. des Antiq. de Morinie, IV, 350. Cf. Giry, op.
cit., 65-66.
8. Giry, op. cit., preuv., 405.
9. Id., 64, et preuv., 406.
10. A!ém. de ta Soc. des Antiq. de Morinie, IV, 354.
214 LOUIS ET LE CLERGÉ D ARTOIS.
L'Artois comptait beaucoup de célèbres établissements
religieux ; en première ligne SaintBertin et Saint-Vaast. C'est
autour de ces deux monastères que s'étaient formées les villes
de Saint-Omer et d'Arras. L'abbaye de Saint-Bertin perdit
peu à pou les droits qu'elle avait exercés d'abord sur Saint-
Omer et eut de fréquents conflits avec les habitants; en 1175
on régla la question des limites de la terre abbatiale et de la
terre communale; Louis de France, comme l'avait fait son père,
adopta et confirma ce règlement* . De plus, à la prière de l'abbé,
il confirma tous les biens du couvent et ordonna à ses officiers
de les faire respecter*. L'abbaye de Saint- Vaast, qui ne dépen-
dait que du souverain de l'Artois et du Saint-Siège, voyait
ses droits méconnus par ses voisins, et même par Tévêque
d'Arras\ Pour mettre fin à ces empiétements, Louis décida en
1212-1213 que dans les terres de Saint-Vaast les hommes
libres devaient être jugés par leurs pairs, et les « vilains » par
les échevins du couvent: ayant fait procéder à une enquête
pour établir les droits dont Philippe d'Alsace jouissait dans les
terres abbatiales, il maintint ces droits à son profit, par exem-
ple ceux de haute justice et d'avouerie. Il fit seulement abandun
des corvées*. Les échevins d'Arras ne craignirent pas de violer
quelqu(*s ann('^es après h»s privilèges juridiques accordés par
Louis (le Franco à l'abbaye. Ils emprisonnèrent et mirent au
pilori un sergent du couviMit. à propos d'un droit de tonlieu
que celui-ci avait prétendu lever. En dépit d'une sentence
d'excommunication confirmée par le pape en 1222, la commune
ne voulut pas céder et fit subir aux moines mille vexations.
C'est que Louis de France ne se souciait point de prendre la
défense de ceux-ci, au risque do s'aliéner les habitants
d'.Vrras. Son bailli, Nevelon, n'était intervenu que pour ob-
tenir pcndani un moment la levée de l'interdit. Contraint
enfin par les réclamations des délégués pontificaux à s'occuper
de rotto question, Louis remit à rarchovéque de Reims et à
1. Tailiinr. ncrhrnhes pour serrir à rHiat. de StVaast, dans:
Mnn. ti^'l' W.ifi, ^fArnis, \\\\. m: o\ s»iiv. — Girv, J/isl. de Saint-
Umt-n oh:ip. l t»t p. *jr.-23ti: — prciiv.. 406. Cf. Dofisle, n" 420.
2. llaiirmTi*. rjutrtr.< t/o Sf. licrii,,, n*» r>20.
;i. Voy. niio it'ttre ndresst o [o I jiiill. 1216 par Innocent III au cou-
vent (if Saint-Va.isi: ro;Uia<i, ii" ôlJ».
1. {\{wsiu»i\. Invent, ivs chartes d'Arras. 15.
LOUIS ET LE CLERGÉ d'aRTOIS. 215
Tévêque de Senlis le soin de juger « la querelle qui s*était
« élevée entre lui et ses échevins d'une part, et d'autre part
a le couvent de Saint- Vaast » (Mai 1223). Condamnés par les
arbitres, les échevins d'Arras soulevèrent des exceptions,
firent un procès de fond sur la question du tonlicu. Louis
devenu roi se désintéressa de l'affaire, qui traîna en longueur
jusqu'en 1228'.
Le fils de Philippe-Auguste accorda aussi au chapitre
d'Aire la confirmation de ses biens et la promesse de les
défendre en qualité d'avoué ^ De pareils actes prouvent le
souci qu'avait Louis de France de maintenir sa juridiction
suprême sur les établissements religieux de l'Artois, moyen-
nant des engagements qu'il oubliait aisément, s'il craignait
d'offenser de puissantes communes. De même, quand il re-
nonce en faveur des nonnes d'Etrun au droit d'ost et de che-
vauchée, ou bien lorsqu'il conclut une convention au sujet du
mémo droit avec les moines de Mont-Saint-Quentin, il a bien
soin de se réserver la connaissance des cas de haute justice'.
Quant à ses relations avec les couvents d'Anchin, de Saint-
Georges-de-Hesdiu, de Clairmarais, d'Auchi-ies-Moincs, de
Saint-Josse-sur-Mer et de Bourbourg, elles ne présentent rien
qui mérite d'attirer Tattention*.
Voilà ce que les actes nous apprennent sur l'administration
de Louis en Artois. Cette administration semble avoir été
sage et régulière. Nous ne savons trop quelle importance il
faut attacher aux protostations de l'Anonyme de Béthune
contre le despotisme des baillis d'Artois. Après la victoire
remportée par Philippe-Auguste à Bouvines, nous dit ce
chroniqueur, « tote la terre fu en grant pais grant pièce, fors
a de ses baillius qui molt faisoient de tors, et li baillius son
€c fil, assés plus, dé tant de terre com il ot a tenir. Et ce fu
« par un sien sergent que on apeloit Nevelon, qui baillius
1 . Arch. du Pas-de-Cal., H. 2, (copie du Cartul. ronge de Saint- Vaast)
f*** 3 à 35.
2. Arch. du Nord, B 1564, f«> 33.
3. Coll. Moreau, vol. 113, f" 63, et vol. 119, f° 108.
^1. Arck. du Nord, cartul. d'Anchin, pièces X et XIII. — Bib. Nat.
Lat. 5'i85, pièce IX. — Teulet, n»^ 13^0, 1392. — De Coussemaker,
Notice sur les Archives de l'abbaye de Bourbourg j dans: Annales du
comité flam. de France, IV, 314.
216 l' ARTOIS ET LES CAPETIENS.
« estoit d'Arras, qui en tel servage mist tote la terre de
« Flandres qui en la partie Looys estoit escheue, que tôt cil
« ki en ooient parler s'en esmerveilloient cornent il le
« pooient souffrir ne endurer* ». Ces plaintes, si exagérées
qu'elles puissent être, prouvent que les empiétements des
baillis artésiens, signalés par les documents au temps de
Robert d'Artois', ont commencé dès le début du xiii' siècle.
Mais les habitants du pays, redevables au gouvernement
capétien de la sécurité et de la paix, ont en somme trouvé
leur compte à ce '< servage » ; la brillante prospérité de l'Artois
au xiii" siècle explique <c coment il le pooient souffrir ne
« endurer. »
Ce Ncvelon le Maréchal, qui maintenait ainsi en Artois les
traditions autoritaires du gouvernement de Philippe- Auguste,
avait été créé bailli d'Arras par le roi au plus tard dans les
premières années du xiii® siècle, et il était resté à son poste
après la majorité de Louis*. C'était lui évidemment qui gou-
vernait le pays pendant les longues et fréquentes absences
de l'héritier royal, et nous avons vu que Philippe-Auguste
était en corrcspundance directe avec lui. Le vieux roi, obligé
do laisser à Louis quelque liberté dans les expéditions loin^
taines, se dédommageait en le surveillant dans ses propres
terres. En somme, jusqu'à sa mort il tint son aîné en
tutelle, et jamais son despotisme ne provoqua de révolte
dans ce cœur soumis ; il put dire sur son lit d*agonie : « Mon
« fils, jamais tu ne m'as causé de peine* ». Une fois monté
sur le trône, guidé encore par le souvenir de son père,
entouré des vieux conseillers qui avaient contribué à l'éclat
du précédent règne, Louis VllI allait continuer avec fidélité
et non sans gloire la politique do Philippe-Auguste.
1. Anon. de Béthune, ^^ 58 v« et 59.
2. Voyez Girv, Hist. de Sainf-Omrr, 73, 118 et suiv.
H. Selon nnlssel, (^^•. des fiefs, I, 487), Nevelon était déjà bailli
d'Arras en 1202; il l'était encore en 1219 (Guesnon, Inventaire des
chartes d'Arras, 17).
4. « Kili, nunciuam me contristasti » ((Jonon de Lausanne, 783).
FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE.
DEUXIÈME PARTIE
LE REGNE DE LOUIS VIII
Cb. Pktit-Di'Iaillis. Règne de Louis Mil, 14.
CHAPITRE I
L'AVÈNEMENT DE LOriS VIII.
Philippe-Auguste mourut le 14 juillet 1223. On lui fit de
magnifiques funérailles à Saint-Denis. A coté de ses enfants,
la foule voyait prier pour lui dans la basilique un légat, deux
archevêques et une vingtaine d'évêques qui se trouvaient alors
réunis à Paris pour délibérer sur les affaires d'Albigeois*.
« On rapporte, dit Tannaliste de Waverley, qu'avant de
« mourir ce roi appela auprès de lui son fils Louis, et, en
H présence de plusieurs grands de son royaume, lui pres-
te crivit de craindre Dieu et d'exalter son Église, de faire
« justice à son peuple et surtout de protéger les pauvres et
« les petits contre l'insolence des orgueilleux. » A ces belles
instructions le poète Mousket en ajoute d'autres que Philippe-
Auguste ne dut pas omettre : Louis devait «lussi ménager le
trésor et garder soigneusement les conquêtes que son père
lui laissait*.
C'étaient bien là sans doute les volontés du vieux. mi. 11
avait élevé la monarchie assez haut pour être satisfait do son
œuvre et pour désirer que son fils se contentât do la con-
server et de la continuer discrètement. Le règne de Philippe-
.\uguste ne fut assurément pas un accident extraordinaire dans
l'histoire de sa dynastie; mais révolution de la royauté capé-
tienne, si lente encore auxii* siècle, se précipite remarquable-
1. Ciuill. le Bret., Chrou., Contin, du ma. de Paris^ §7; Philippide,
1. XII, v. 54'* et suiv. — Mousket, v. 23822 et suiv.
2. Ann. de Waverley, II, 298. — Mousket, v. 23725 et suiv. —Cf. la
clause du testament de 1222 relative à Louis : « Item donamus et lega-
« mus karissimo filio nostro Ludovico primo^enito nostrootc... ita tamen
« qvod uohUjvret quod in deffenaione rrgni predictnm pecuniam expen-
« det vel in peregnnationealiqua, si Deusei inspiraret quod eam farc-
ret. »{Teulet, n" 1546). — Conori, prévôt de Lausanne, qui était à Parisau
moment de la mort de Philippe-Auguste, rapportée peu près de m<>me
ses dernières volontés. (Conon de Lausanne, 783).
220 LA ROYAUTÉ EN 1223
ment pendant ces quarante-trois années, grâce à l'énergie et à
la patience d'un homme. L^équilibre de la monarchie et des
grands fiefs est décidément rompu etles Plantagenets ont cessé
d'être les plus grands propriétaires du royaume. Philippe-
Auguste a fait do la maison capétienne la famille la plus riche
de Franco. Au domaine étriqué de Louis VIT il a ajouté TArtois,
l'Amiénois, le Valois, leVermandois,lescomtésdeClermont,de
Beaumont et d'Alençon, enfin la Normandie, le Maine, l'Anjou,
la Touraine; l'Aquitaine même a été entamée. Ce domaine,
il l'a arraché à l'avidité oppressive des prévôts, qui sont
maintenant réduits à un rôle secondaire; presque partout des
bailliages sont organisés. Maintenant que la royauté a des
portes sur la mer, elle devient une puissance économique.
Enfin elle prétend étendre son autorité sur les grands fiefs
et elle commence à avoir véritablement lea mains longues,
selon la métaphore chère aux écrivains du temps. La Flandre,
le Ponthieu, T Auvergne sont sous le conti'ôle direct ou dans
la quasi possession du roi. Le comte de Champagne vient à
peine d*atteindre sa majorité et d'échapper à la tutelle mo-
nfirchique. Le jeune duc de Bourgogne y est pleinement soumis.
Le comte de Bretagne est une créature de Philippe-Auguste.
Dans le midi même, plusieurs seigneuries sont entrées dans
la mouvance directe de la dynastie capétienne. Partout Ton
a vu intervonir le roi « au nord comme au midi, tantôt
« pour mari(M' de riches héritières, tantôt pour régler des
« successions litigieuses^ ». Partout ralliancc de la royauté
avec l'Eglise et les villes lui a assuré des centres d'action
et (le propagande. Los domaines que les Plantagenets ont
conscM'vés n'échappent pas à cette convoitise universelle et
Philippe -Auguste s'y est créé de secrètes intelligences.
Bref, ce prince, le premier de sa race qu'on puisse comparer
aux grands empereurs du moyen Age, a fourni une raison
d'être et un fondement réel aux théories pompeuses des
Abbon et dos Sugor; à ce trône que les gens d'Église s'efibr-
raiout d'étayer avec les traditions mortes de la civilisation
anti(iue il a donné la solidité de la richesse et l'éclat de la
victnirc. Les contemporains ne s'y sont pas trompés; ils pen-
I. Dolislc. Cafal. Ufs acte,^ de PhfiAug., Inirod., p. cxrv.
POLITIQUE DU NOUVEAU ROI 221
saient tous avec Giraud de Barri que depuis Charlemagne on
n'avait rien vu de pareil en France'.
Voici maintenant qu'au bouillant vieillard, débordant d'é-
nergie active, succède le fils pieux et chétif de la Flamande
Isabelle. Bien que Louis soit < très différent » de son père, il
aura à peu près les mêmes idées et usera des mômes pro-
cédés; ce programme qui s'imposait à la royauté au commen-
cement du XIII* siècle et dont nous avons esquissé les traits
au début de notre étude, il cherchera à le réaliser plus com-
plètement encore que Philippe-Auguste, qui répugnait à s'oc-
cuper des affaires du midi, capitales cependant pour le déve-
loppement du pouvoir monarchique.
Le motif principal de cette persistance d'une môme politique
en des règnes différents est évidemment la survivance des
serviteurs expérimentés que le père laisse au fils. Il y eut
très peu d'hommes nouveaux pendant la courte apparition de
Louis VIII sur le trône. Le personnage le plus important de
la cour fut un des contemporains et Tun des auxiliaires les
plus fidèles de Philippe-Auguste, Tévéque de Senlis, Guériu.
A côté de lui figurèrent les autres vieux conseillers du règne
précédent, tels que Mathieu de Montmorenci et Barthélemi de
Roie. C'est évidemment à tous ces collaborateurs légués par
Philippe-Auguste à son fils que revient en grande partie
rhonncur de l'œuvre accomplie ensuite par Louis VIII. Ce
prince avait trente-six ans quand il monta sur le trône et
n'était point d'humeur à vouloir gouvenuT seul. S'il avait
jamais eu, ce qui est bien improba))lc, le caractère impétueux
de Philippe-Auguste, ces ardeurs impatientes étaient calmées
maintenant par l'âge et la longue docilité à laquelle l'avait
contraint son père.
1. Deprinc. instntct,, 138. — L'auteur d'uuc Histoire de Philijype-
Augtiste^ aujourd'hui perdue, disait dans son prologue:
An point mist le rogne de France
el an force et an pooir
qui avant soloit poi valoir.
CRomania, VI, 498). — Cf. Ilist. reg. Franc, ab orif/ine etc.. 42'i.
— Sur le développement du pouvoir royal en France sous Philippe-
Auguste, en attendant l'ouvrage de M. Luchaire, il faut consulter:
Defisle, Catal.f Introd., particulièronicnt p. cxiii et suiv. ; — Walker,
On the increase of royal power xindcr Phiffpp-August^ ouvrage
incomplet, mais utile; — Davidsohn, PhiUpp-Auguat vnd Ingeborg,
chap. I ; — Luchaire, Manuel des Instit. franc., 4« partie, passim.
222 SACRE DE LOUIS vni
Louis VIII fut sacré le 6 août 1223 à Reims par Tarche-
vêque Guillaume de Joinville, en présence d*une foule de
barons; parmi eux on remarquait le roi de Jérusalem, Jean
de Brienne, récemment revenu d'Orient. Pour faire cesser
les contestations entre les seigneurs qui voulaient porter
Tcpée du roi, on avait confié ce soin à Philippe Hurepel.
Après la cérémonie du couronnement, le cortège se rendit
en grande pompe à la salle du banquet. La fête coûta à Tar-
chevêque et aux bourgeois de Reims 4,000 livres parisis, c'est-
à-dire environ 350,000 fr. de notre monnaie*. Puis Louis VIII
fit son entrée à Paris. Nicolas de Brai nous a laissé une
copieuse description de Taccueil enthousiaste qu*on fit au
nouveau roi; malheureusement le cerveau de ce poète est
tellement encombré par les souvenirs de Virgile, sa vision de
la réalité est si obscurcie par Tenvie tenace de faire de beaux
hexamètres, que peut-être aucune partie de ce récit n'est
exacte*.
Nous avons vu en quel état de demi-sujétion se trouvaient
les grandes maisons féodales à la mort de Philippe- Auguste.
Louis VIII prit donc le sceptre sans contestation, bien que
le premier de sa race il n'eût pas été couronné du vivant de
son père. Cependant, comme nous le verrons, le gouverne-
ment anglais s'eflforra de lui créer des difficultés et éleva des
prétentions sur les provinces que Philippe-Auguste avait
conquises au commencement du siècle. Ce fut un des motifs
qui dôtcrminèrcnt Louis à visiter immédiatement son domaine,
ot tout d'abord les pays récemment annexés. Au mois de sep-
ti»nibn\ il parcourt la Touraine, TAnjou et la Normandie.
En novembre, il fait un second voyage; cette fois il se dirige
vers le nord, visite Noyon, Chauni, Saint-Quentin, Péronne,
1. Chron. de Tours, 30'i. — Vinc. do Beauvaîs, 1275. — Mousket.
V. 2i241 et suiv. — Méiiestrol do Reims, ijS 309-310. Sur le débat qui
s'élova outre 1 airhovOfiiio et les bourgeois pour le paiement des frais
du sacre, v. Cafal. des actes de Louis VIII, n"* 9 et 37 et Ménestrel de
Heims. ij.^ 311 à 313. — Doin Hrial (/list. IJtirr. de la Fr., XIV, 22 et
suiv.) attribue au rogne de Louis VIII, sans raisons bien probantes, le
document que du Tillot i)résente comme le formulaire pour le sacre
de Pliilipj)o-.\uguste. Hrial doute d'ailleurs de l'authencite de ce docu-
ment, qui nous paraît à nous-mômo plus (|ue suspect.
2. Sic. de Brai, p. 313. — LWntipbonaire de Pierre de Médicis con-
tient une courte pièce de vers célébrant le sacre de Louis VIII.
(Annuatre liuVeUn de la Soc. d'IIisi. de Fr., ann. 1885, p. 132).
VOYAGES DANS LE DOMAINE ROYAL 223
Arras, Douai, Montreuil-siir-Mer, Saint-Riquier, Abbeville,
Corbie et cette sorte d'inspection ne se termine qu'à la fin
du mois de décembre. Pendant ces tournées, Louis fut partout
bien accueilli. A Tours, le chroniqueur Péan Gatineau le vit
recevoir en grande pompe dans Téglise de Saint-Martin, puis
dans celle de Saint-Maurice, et de là il poursuivit son voyage,
recueillant sans difficulté les hommages et les serments de
fidélité. Selon Nicolas de Brai, le roi ne trouva dans toutes
les provinces que paix et prospérité : « Il n'est personne qui
« s'insurge et qui dirige ses armes contre la majesté royale ;
ce la Normandie ne lève pas la tête; la Flandre ne refuse
« point de courber humblement la nuque sous le joug d'un
« tel maître*. » Le gouvernement souvent oppressif do Phi-
lippe-Auguste avait sans aucun doute excité des méconten-
tements, aussi bien dans les pays nouvellement conquis que
dans le reste du domaine et du royaume. Mais les souverains
énergiques ne paient généralement pas eux-mêmes le prix de
leur rude autoritarisme. Philippe-Auguste avait gagné ou
réduit au silence ceux qui pouvaient parler assez haut pour
être entendus. A l'avènement de Louis VIII, aucun symptôme
de réaction ne se manifestait encore ^
i. hinér. de Louis VIII, Appendice n® III. — Chron, de Tours, 304.
— Nie. de Brai, 317. — CaUit., n® 50.
2. Cependant Raoul de Coggeshall, p. 195, dit (lue peu de jours avant
sa mort Philippe-Auguste délitera avec ses Hdèles « de quibusdam
a baronibus qui contra eum conspiraverant. » Aucun autrti chroniqueur
ne mentionne ce fait.
CHAPITRE II.
LA CONQDfîTE DU POITOU.
En 1220, Honorius III avait obtenu de Philippe- Auguste
qu'il prorogeât pour quatre ans la suspension des hostilités
avec l'Angleterre. Cette trêve nouvelle devait se terminer aux
fêles de Pâques de 1224. Quelques mois avant la mort du
roi de France, le pape lui demanda de se réconcilier défini-
tivement avec Henri III ; il invoquait comme toujours les in-
térêts de la Terre Sainte. Philippe-Auguste ne refusa pas de
prolonger encore une fois la trêve, mais il mourut trop tût
pour pouvoir le faire*.
Lorsque Louis monta sur le trône, le désarroi qu'il voyait
régner en Angleterre était bien fait pour l'engager à fermer
Toreille aux exhortations pontificales. Guillaume le Maréchal
était mort vingt mois après la paix de Lambeth et le pays
s'était trouvé livré à une oligarchie égoïste et avide. Les
anciens serviteurs de Jean sans Terre, tels que le comte de
Cliester, l'évêque Pierre des Roches, Fauquet de Bréauté.
avaient profité de la défaite de Louis de Franco pour se par-
tager les bonnes places ; ils s'étaient approprié les châteaux .
royaux et traitaient d'égal à égal avec la royauté. La régence
appartint quelque temps en fait à la papauté, mais la chute
retentissante du légat Pandolplie en 1221 diminua sensible-
ment TintlufMice théocratique; le pouvoir suprême passa aa
grand justicier Hubert de Bourg, alors entouré du prestige
que donnent une immense fortune, une bravoure et un loya-
lisme éprouvés. Hubert essaya de restaurer l'autorité cen-
traie. Mais ceux qui jadis l'avaient aidé à faire triompher
Henri III avaient presque tous pris pendant l'invasion fran^
çaisn des habitudes d'indépendance (jui leur rendaient insup-
portable toute tentative de réorganisation générale. Ils accu-^
saient Hubert de Bourg de les calomnier auprès du jeune Henri
1. DoUnIp. n"^ \9ho-\ro:. — Pottliast, w^' G997 et 7169.
LODIS VIII ET L'ANGLETERRE 225
t de dilapider les fonds publics. L'un d'entre eux, le comte
'Aumale, fut pendant quelque temps eu guerre avec le roi.
D dehors de cette oligarchie où les mécontents ne manquaient
ta, s'agitait le parti constitutionnel, qui avait peu ou point
irt au pouvoir et se plaignait que la Grande Charte, dont
1 était parvenu après tant de sang versé à faire solennelle-
lent confirmer presque toute la teneur, fût systématiquement
iolée par les officiers du roi. Enfin le trésor était vide,
Irlande était plus indépendante que jamais, et Llewelyn
usait d'incessantes incursions en Angleterre. Au milieu de
ils embarras, on comprend l'émoi du gouvernement anglais
la nouvelle que Louis, le rival malheureux de Henri III, venait
) monter sur le trône de Franco'.
Louis VIII était certainement tout disposé à justifier cet
noi et à profiter de la situation de l'Angleterre pour venger
»néchecdel216.0n trouve dans le poème de Nicolas de Urai
ne trace assez nette des sentiments que devaient éprouver
lors le roi et les royalistes, si l'on peut employer ce mot
er ceux qui, comme Nicolas, s'intéressaient pas-
iDunément aux progrès et à la gloire de la monarchie. Dans
, des étranges discours que le poète répand à profusion
son œuvre, il rappelle avec orgueil que la Grande-
%tagne a autrefois obéi au prince français'. Une autre
Brangue, que Louis VIII lui-même est censé prononcer au
loment de son départ pour le Poitou, est toute pleine du
Wvenir des dommages et des humiliations que Richard
œur de Lion a fait subir à la France; le fils de Henri II y
t même accusé d'avoir essayé d'empoisonner Philippe-
guste*. Le vieux chapelain de Philippe- Auguste, Guillaume
t. Voy. U Chronique du chanoine de Barnwell. 240 et suiv. ; et la
•'-"i'nwtn'n Faleasii coram domino papa, ibidem, 259 et suiï, ; —
\r de Wendover, III, 33 et suiv. ; — Ann.de Dunilaple, 9S : et sur-
tlet Aoyat Lellers publiées avec une excellente introduction par
rl«y. — National biography, art. Hubert de Durgh, Vil, 317.
!. Nicolas de Brai, p. 319.
1. llaud reor immeraores vos esse, quoi Anglia scmper
Intutil insidias nobis, quot bella, quoi hoslea,
Quoi clddea, qnot damna meis, régnante Hichardo,
Quen Furor et rabica arraavit tanla, ijuod olim
Kec renuens homines, nec siimmi Judicis irsm,
Patris inetllium noslri lelhale renenum
Miscuit, et f its dïHsolvere iila paraviL
(Nicolas de Brai, p. 324).
Cn. Pet
-Is. /li'jTW de Loi
VIII.
15
226 LE TERRAIN DE LA QL'EBRE
le Breton, nous a laissé un témoignage plus précis encore de
l'ambition qu'oD pK-tait au nouveau roi dans son entourage;
la (( CoHclusio exhortativa Ltidovico novo régi » qui termine
la Philippide a été écrite en 1224 à l'époque du siège de 11
Rochelle; le poète attribue à Louis l'intcnliou de passer la
Garonne, de pousser jusqu'aux Pyrénées et de chasser com-
plètement l'étranger du royaume; enfin, à deux reprises, il
l'exhorte k dépouiller Henri III d'une couronne qui est le légi-
time héritage deBljinche de Castille'.
Le terrain de la guerre allait être ce qu'on appelait encon
l'Aquitaine et surtout le pays quis'étend entre la Loire
Garonne. De ce côté, comme nous l'avons déjà dit, l'rBUvre de
conquèlo avait été à peine ébauchée par Philippe-Auguslâ.
Si l'on excepte les ports et les lies de l'Océan, le Poitou
avait été soumis en 1203-1204; mais il avait été presque
immédiatement perdu ou peu s'en faut ; c'est là un fait qu'o-
mettent la plupart des histoires générales et qui cependant
est l'unique raison de l'expédition de 1224. Parmi les villes,
Poitiers resta seule sous la domination de Phîlippe-Augusti
qui lui concéda une commune en 1222; Niort et Saînt-Jean-
d'Angéli lui échappèrent très peu de temps après leur sou-
mission*.
L'histoire du Pérîgord et du Limousin pendant la dernière
moitié du règne de Philippe-Auguste montre d'une façon
particulièrement nette combien toute domination snpérieurer
soit anglaise, soit frani;aise, était précaire en cette régiofl,
En 1204, le comte de Périgord et la municipalité de Pui-
Saint-Front vinrent sous les murs de Rouen jurer fidélité i
Philippe-Auguste; Pui- Saint-Front, qui était ui
immédiatement à côté de la cité de Périgueux. avait reçu
quelques années auparavant une organisation muniripala
spéciale, et les deux villes étaient en incessante rivalité; ausà
les habitants de Périgueux ne prêtèrent-ils pas serment a"
roi de France. Le comte Archambaud 1, jusqu'à sa mort en
1214, tourna et retourna casaque plusieurs fois, selon qu'il
était plus directement menacé par Jean ou par Philipp<>-
1. Philippide. Xil, V. S20 à S40, 859 à 864.
2. (iiry, Etabl. de Rouen, I, 2iO et suit., 295 et :15S, — Oelisle.
n- 217B.
LE FSRIOOKD ET LE LtHOtlSIN 227
oguate. Son successeur resta évidemment fidèle à l'Angle-
rre; mais les agents français travaillaient sourdement contre
domination des Plantagenets, et au début du règne de
ouis Vin ils remportèrent une victoire importante : les habi-
,ts de Pui-Saint-Front, qui avaient dû certainement aban-
iner le parti de Philippe-Auguste, firent serment de fidélité
nouveau roi, devant son clerc Philippe de Louveciennes
L son écuyer Jean; le même serment fut prêté par les bour-
B0Î8 de Sarlat, qui, à ce qu'il semble, n'avaient pas été
imis par Philippe-Auguste. Le sceau appendu aux lettres
s bourgeois de Sarlat porte dans le champ une fleur de lis
iptembre 1223)'. L'histoire du Limousin est également
rpique. Dés 1199, le vicomte de Limoges avait abandonné
icbard Cœur-de-Lion pour Philippe-Auguste, et l'évêque
aivit son exemple en 1203. En 1212, le roi de France prend
lUs sa protection les habitants de Limoges et promet de ne
imais laisser sortir cette ville du domaine de la couronne;
,s en 1214 Jean débarque en Poitou avec une armée con-
idérable; le vicomte écrit alors à Philippe- Auguste qu'il ne
rit plus compter sur lui, car Jean est son k seigneur naturel "
a des forces invincibles; le Limousin est donc perdu. Mais
nouvel évèqoe élu en 1219 noue des intrigues avec Philippe-
.nguste et lorsque Louis VIII se préparera à entrer en cam-
ogne il demandera k la commune de Limoges de lui fournir
is troupes*.
Rien n'était plus mal défini alors que la situation de
ette région entre la Loire et la Garonne. C'était surtout
lans l'attitude des barons du Poitou proprement dit que
égnait une incertitude absolue, Leur but était évidemment
^dépendance; la rivalité des rois Je France et d'Angleterre
^ût une bonne aubaine pour eux : ils en profitaient pour
». DoBsalîe». ffiBt. du Périfiord, I, 203-204, 222 et auiv., 231. 294 et
liv. — Catal. des acirs de Louis VllT, n" 22 et 23. — Tculet (n" 1620,
Hr) a commis une singulièro bévue à l'égard lie Pui-Saint-Front.
. Dessalles me semble avoir parfaitement démontré oue ce fut Pui-
lint-Front el non Périgueax, comme le croyait M. Delisle, qui fil le
innent de 1204 Uliit. du Pérignrd, I, 300-301 et noie. Cf. Delisle,
• 823). — Cf. A. de Froidefond, Maires de Pirigueux, dans Annalti
trie, et litt. de la Dordognt, XXXIV, p. 451 et 456.
i; a. Delisle, n" 553, 875, 1409, 1431. — Litt. pat., 111 et 115. —
ïhiriey, n" 51, — Gain;, den actes de Louis VIII, n" 112.
228
SITUATION DU POITOU
vendre leur obéissance au plus offrant et oublier ensuite le
contrat, Eu 1214, Jean sans Terre les avait gagnés facilement
à sa cause en leur donnant de l'argent et des terres'. C'était
au tour du roi de France de pousser les enchères. II ne pou-
vait en effet être question de traiter ces puissants barona
comme Philippe-Auguste avait traité les seigneurs normands,
accueillant celui-ci en grâce, expropriant celui-là. On ne
pouvait songer qu'à enlever leur hommage au roi d'Angle-
terre, à immédiatiser leurs flefs par une entente à l'amiable'.
Quant aux communes, il se trouva que pendant la minorité
de Henri III elles furent tout naturellement amenées à désirer
un autre maître.
Au commencement du xiii" siècle, le Poitou était prospère,
et nul ne songeait à se plaindre de la domination anglaise.
La Rochelle, Niort, Saint-Jean-d'Angéli, étaient des villea
très peuplées et très riches; riches surtout par les vins que
produisaient les crus dos environs et que l'on exportail sur
les marchés d'outre mer. La Rochelle, i» l'idole des Poitevins ■>,
était " la source de l'exquis breuvage^ «. Niort, située sur
la Sèvre alors navigable, envoyait non seulement les Tina,
mais aussi les blés et les laines du pays jusqu'en Flandre et
en Espagne'. Mais en quelques années cette prospérité dé-
clina, l'argent et les marchandises cessèrent presque de
circuler. C'est que la sécurité avait disparu. Pendant les
dernières années du règne de Philippe- Auguste, les grands et
les petits seigneurs du pays, satisfaits de pouvoir s'enrichir
sans peine aux dépens des communes, excités peut-être aussi
1. Sur les pansions accordées par Jean aux Poitevins en <SIi, t.
Deiisle, Mém. sur lex opér. /fn- deë Templiers, dans Mém. Acad. /ruer.,
XXXlll, 2- part-, H.
2. Cf. ce que l'annalistode Danstaplc, p. 41, dit de l'eitpiédition de Jean
Sans Terre en Poitou en 1213 : ■ Multas civitates et oppida recupenvit
n non in dominicum sed dominos castrorum in auum servitium. » —
Nous ne connaissons qu'un seigneur poitevin resté fidèie à Philippe
Auguste et que Louis n'avait pas besoin d'acheter; c'est Uugue d«
Dau<;ai, dont la seigneurie était située prés de I.oudun. Il était attachi
au parti d'Artur et du roi de France au commencement du aiéela
(v. un art. de G. Dubois dans Bib. Kq. Cit., .fXXIV, 531) et le 8 avril
1224. Henri 111 ordonna au comte de la Marche de saisir s^s terrw
dès la rupture de la trêve, parce qu'il était ■■ avec le roi de France ■
(Litl. Ctatit., I, 592 ^).
'i. Strophes sur la prise de la Hofhelle, dans l'Antiphonaire de
Pierre de Médicis (Ann. /Inll. de la Soc. defl/isl. de Fr.. I88S. p. 11!).
4. Dardonnf t, Mort tlla liochrlle, 20.— tliry, F.tabliss. de liouen, 238.
RUINE DES COMMUNES
229
par les agents do roi de France, multiplièrent les violences
et les brigandages contre une bourgeoisie peu habituée à se
Idéfendre elle-même. Les lettres adressées à Henri IH par ses
Rlénéchaux et par les communes sont pleines do lamentations ;
c'est surtout en 1219-1220 que les habitants de la Rochelle,
ftde Niort, de Saiot-Jean-d'Angéli redoublent leurs plaintes
lontre Hugue de Lusignan. Aimori et Hugue de Thouars,
Haoul de Rançon, Guillaume Maingot, Guillaume l'Archo-
^que. etc.. Tantôt ces barons brigands se faisaient acheter
tort cher un appui équivoque, tantilt ils arrivaient en armes
bux environs d'une cité, et, sous les yeux des habitants qui
pu haut des remparts assistaient impuissants à leur ruine,
I brûlait les récoltes, on détruisait les vignes, on brisait
i pressoirs; si un bourgeois se laissait prendre, il était
rançon, à moins qu'il ne subit quelque supplice,
tomme ces Niortais auxquels Guillaume l'Archevêque fit
îrever les yeux, par simple caprice de bandit. La ville offrait-
rtle d'acheter une tr^ve, les nobles empochaient l'argent.
recommençaient le lendemain. Ces pillages incessants
laissaient à peine aux habitants la quantité de denrées suffi-
sante pour leur consommation. Les exportations étaient
maiutenaut réduites à un chiffre insignifiant. Comment d'aîl-
Bnrs eût-un pu commercer? Ilugue de Lusignan et ses ilignos
srtenaires occupaient les grands chemins et arrêtaient les
unvois. Une lettre des Rochelaisà Henri III nous a conservé
i texte d'un avis que Hugue de Thouars leur envoyait en
2 et qu'ils qualifiaient non sans quelque raison A'indccens
ndalum. Il faut citer cet impertinent billet en latin pour
laisser sa saveur : « Rusticis agrestibus de Rupella,
malam salutem. Mando vobîs quod pro rege Anglie, nec
> pro vobis, nullatenus dimittam quin castrum meum fir-
r marem. Et sciatîs pro certo quod illud praesto sum fir-
I miter roborare. Et si quis mîhi aliquam injuriam focerit,
I extra portas audebitis nullatenus exire ». Par un raffine-
ihent ironique, li^s iiarons forçaient les bourgeois à écrire au
joi d'Angleterre des lettres où ils protestaient de leur bonne
Dt6nte avec la noblesse poitevine'.
_. Shirley, n<":io.79,8l. 106, 115, I2a, 121, 162,164, IG9.-
QÏM, Royal Lettert, n» 171,
Record
230 HUGUE DE LUSIGNAN
Le Saint-Siège et les conseillers de Henri III firent des
efforts intermittents pour modifier cette lamentable situation,
mais sans aucun succès. Depuis l'aTènement de Henri 111
jusqu'à celui de Louis VIII la sénéchaussée du Poitou compta
successivement six titulaires. Lo dernier, l'énergique Savari
de Mauléon, ne réussit pas mieux que les autres; il aurait
pu écrire comme un de ses prédécesseurs que les barons no
faisaient pas plus cas de lui que d' « un gamin » (unum
garciolum), et que le roi d'Angleterre était en passe de se
dépouiller lui-même du Poitou'.
En réalité, ce désordre, qui avait commencé dés la fin du
règne de Jean sans Terre, n'était guère imputable à la négli-
gence des conseillers de Henri III. Le mauvais pli était pris,
et il aurait fallu à Hubert de Bourg plus d'autorité qu'on ue
lui en laissait en Angleterre, pour rappeler les barons poite-
vins au respect d'un pouvoir que depuis dix ans ils s'étaient
accoutumés à tenir en échec. D'ailleurs, alors même que Ifl
grand justicier aurait pu concentrer toute son attention sur
les affaires d'outre Manche, il y avait en Poitou une puissance
capable de contrarier et d'annihiler tous ses efforts. Le vrai
maître de ce pays était Hugue X de Lusignan, comte dd
la Marche et d'Angoulème. Tous les barons étaient à sa dé-
votion, et personnellement il avait un domaine considérable
qui occupait en partie sept de nos départements actuels'.
Hugue avait épousé en 1220 Isabelle, veuve de Jean sani
Terre et mère de Henri IIP. Boau-pére du roi d'Angleterre,
il aurait pu sen'ir d'intermédiaire et de lien entre le gouver-
nement anglais et les sujets poitevins, et fonder ainsi à soo
profit une sorte de vice-royauté. S'il avait accepté cette
situation, les projets de Philippe-Auguste et de Louis VIII
n'auraient jamais pu aboutir. Mais Hugue de Lusignan n'était
pas assoK intelligent pour comprendre ainsi ses intérêts, li
se laissait mener comme un enfant par Isabelle, femme vicieuse
et emportée qui avait mérité le surnom de « Jésabel »'. Il
1. Pressutt, n° 2157. — Shiricy, n" 30 et appendice IV du tome II.
2. Voy. la liste des possessions de Hugue de Lusignan donnée par
Bardonnet, op. eil., 42-4J.
3. Voy, l'art, de L. Deliale, Bit. Ec. Ch., série IV, t. II, 539.
4. Bib. Ec. Ch., art. citi, 530. — Math, de Paris, Chrun. Maj., U.
563, parle des départements d'Isabelle du vivant de Jean sans Terre.
PROJETS DES CAPETIENS
231
■'eut point !a politique d'un homme qui sait réfléchir et pro-
fita seulement des embarras du gouvernement anglais pour
Iticher de satisfaire sa cupidité, toujours prêt à trahir son
ÏBti7.erain si on achetait assez cher son hommage, A peine
I était-il marié qu'à l'instigation do sa femme il réclama à
Henri III la ville de Niort, comme faisant partie du douaire
d'Isabelle; pendant quatre années ce ne furent qu'offres, som-
mations et menaces incessantes échangées entre le comte de
Ila Marche et son beau-flls. A l'époque de l'avènement de
Louis Vlll cette mésintelligence n'était point calmée. Hugue
inenai;aît Henri III de lui retirer son hommage si Savari de
Uaaléon n*élait pas destitué'.
I Ainsi, à la Un du règne de Philippe-Auguste, le Poitou était
dans l'anarchie; les communes, lasses d'un gouvernement
incapable de les protéger, ne répugnaient point à accepter
la domination d'un maître moins éloigné et plus fort, dussont-
I elles en perdre leurs principaux débouchés commerciaux ;
bnfin le plus puissant des barons était prêt à vendre son
lippui au roi de France. Philippe-Auguste forma certainement
Je projet de mettre â profit cette situation dès que la trêve
aur^t expiré; il entama des négociations secrètes avec l'é-
Têque de Limoges et les barons poitevins. Dans une lettre
de novembre 1222, les gens de la Rochelle avertissent Henri III
BU bruit qui se répand en ce moment : on dit que si le rot de
prance le voulait, les barons et les villes du Poitou revien-
■aient se placer sous sa domination". Le pape, nous l'avons
■0, réussit à détourner l'orage. Mais Philippe-Auguste avait
ait des préparatifs que son fiU allait utiliser.
Louis VIII avait un prétexta tout trouvé pour justifier une
Invasion en Poitou : la confiscation des fiefs do Jean sans
Terre par jugement des pairs. C'est en effet la raison qu'il devait
alléguer. Cette fois il n'allait point parler de la ml^^t d'Artur ni
de la condamnation à mort de l'assassin ; il n'avait pas besoin
■ 1. Rymer, I, part, i, 159, 161. 166 à 169. — Shirley, n" 96. IJià 136
Kt 188. — Hee. office. Patent VI Henry III, membrane 5 ; Pat. Vil,
ri, I, membr. 2, 5, 8 dorso etc. — .4mi. île Dun/Ha/ile. "5. — Voy.
Boisiionnaile, (Jiimnodo comile» Enf/olùmeiues, etc., 21 et suiv.
a. ShiHey, n-' 30, 51, 169. — Pour les nêgocîaiions de Phil.Aug. et
du comte de la Marche, voy. Boissonnade, op. cit., 25 et 28.
k
232 KÉCLASIATIOSS DB HENRI III
de mentir; il lut suffisait de rappeler la sentence prononcé* 1
jadis sur l'appel des barons poitevins. C'est pourquoi, dans un»
espèce de ntandement-manifeste du mois de mai 1224, il écrira
aux bourgeois de Limoges : » Sachez que Jean, roi d'Angle-
« terre, ducommun et iiuanimejugementdes pairs et des aulres
« barons de France, a été dépouillé pour toujours de toute la
« terre qu'il tenait en deçà de la Manche de notre très chtr
" père Philippe, roi de France, et cette condamnation est
a antérieure à la naissance de Henri, qui se dit maintenant
« roi d'Angleterre ; toute cette terre est donc échue en droit
" à notre père. Or nous avons reçu récemment en héritage
B légitime tous les droits de notre père. » Louis devait invo-
quer le même prétexte dans une lettre écrite au pape l'année
suivante'.
Comment le gouvernement anglais allait-il essajerde p&rer
l'attaque dont on le menaçait? Par un coup d'audace, il essaya
d'abord d'intimider Louis VIII et révéla l'espoir qu'il avait
toujours gardé de reconquérir la Normandie et l'Anjou'.
Tandis que les barons des Cinq-Ports recevaient l'ordre
de réunir leurs vaisseaux pour partir au premier signal',
Henri III sollicitait les nobles et les bourgeois de Noraiandie
de revenir k son service (23 juillet 1223)* et protestait offi-
ciellement contre les conquêtes de Philippe-Auguste par la
voix de ses ambassadeurs. Le 28 juillet, l'arcbevêque Etienna
de Langton et les évêques de Londres et do Sîiiisbury par-
tirent pour la France, Ils voulaient arriver avant le couron-
nement de Louis VIII; selon la chronique généralement
exacte du prieur de Dunstaple, l'évèque de Norwich Pandolphe,
qui se trouvait en efi'et à Paris au moment de la mort ie
Philippe-Auguste', avait fait appel en cour de Rome pour
que Louis ne fiit pas sacré avant que la question do la resti-
1, Calai., n" lit (Pièces justifie., n" vi) et n" 242.
2, Voy, les textes cités par Madoi, Hitlory nf Erchequfr, I, 301-30!.
— Lilt. elaus., I, 329 : « Donec Anglici terras suas recuperaverint in
H Normannia ». — Henri III porta le titre de « dux NonnanniftclAiini-
« tante, uomes Andegavte n, jusqu'au traité de 1259 (DufTus-Hanlfi
Jiolul. Cliarl., Inlrotl.,p. .wni).
3, Lin. claus., I, setf"-, 570. — Record Office, Pal. Vil Htnry m.
part, i.membr, 2.
i. Bjmer, 1, i" part,, 170.
6. Voy. Guill. le Bret., Chron., Contin. du m*, de Paris, g 7.
«
RECLAMATIONS I
233
I de la Normandie n'eût été régiée. Les vents contraires
Lardèrentrarrivée (les trois prélats; ils trouvèrent Louis VIII
i coui'onné et furent reçus en son palais de Compiègne,
( le sommèrent de rendre au roi d'Angleterre la Normandie
les autres provinces conquises par Philippe-Auguste.
■ouis différa sa réponse jusqu'au 8 novembre'. Pendant ce
temps il fit dans son royaume le voyage que nous avons raconté
liet put se rendre compte que les provinces annexées par Phi-
lippe-Auguste lui étaient solidement soumises; au mois de
septembre il conclut avec Hnguc de Lusignan et avec .^.imeri
. de Tliouars des trêves qui lui assuraient leur neutralité jusqu'à
M-octave de la prochaine fête de Pâques', c'est-à-dirs jusqu'au
pioment où expirerait la trêve avec l'Angleterre et où il
udrait prendre une résolution définitive. Il revint complé-
ment rassuré. A l'assemblée solennelle tenue le 8 novembre
i Paris', Louis reçut les nouveaux ambassadeurs anglais,
Ipandolphe, évêque de Norwich, Jean, év<>que d'Ely, l'abbé
Be Saint -Augustin de Cantorbéry et Philippe d'Aubigné'; il
Hir fit sa réponse: Pour de nombreux motifs, les barons de
ince avaient condamné justement Jean sans Terre à la perte
) ses possessions continentales; Louis détenait justement
l Normandie et les autres terres, ainsi qu'il était prêt à le
prouver en sa cour, si le roi d'Angleterre voulait y comparaî-
tre et y obéir à la coutume. Il n'y avait donc pas lieu de faire
_4lroît aux demandes de Henri III. Louis VIII laissa encore
kchapper quelques paroles menaçantes, qui témoignaient de
vespoir toujours vivace en son âme de ceindre la couronne
■'Angleterre*.
Ll. Piêemjiuitifir., n" V.— Annale» de Dunstaple, SI. —Coggesbiïl,
T5, — Rofter de Wendover, Itl, 77, confond les deui ambasBades. —
l De mUiq. te'/ib. liber, 205.
l4. Calai., n»' 30 et 21. — Cf. Delisle, n° 1967.
T.». Appendice IV. Ass. n" III,
[ 4. Ce Philippe d'Aubigné êlait le neveu de celui qui avait servi .!ean
SAna-Terre en 1216 et qui élait parti pour la Terre Sainte en 1222.
Il avait succédé ù son oncle comme gardien des lies normandes. Voy.
Revue critique, 1S76, 2* aem-, 173.
5. Litl. rlaws., I, 565. — Coggeshall, 197. — Arm. de Dumlaple,
Kl. — Wendover et Math, de Paris, ill, 77 et 78, — Cf, Floret hislo-
iarum, II, 17S. — Les chroniqueurs anglais, excepté toulefois l'exact
nnaliste de Dunslaple, assurent que les ambassadeurs învoiiuérenl
M çromeases faites par Louis à l'époque du traité de Lambelh en 1217;
onis aurait répondu que ce traité, ayant été violé par le gouvernement.' ■
234 EXPIRATION DE LA TRÊVE
Hubert de Bourg se repentit d'avoir tonte ou laissé tent»
une démarche aussi imprudente et inutile. Les embarras da
son gouvornement étaient alors à leur comble ; les nobles (|d
gardaient lew ch;"iteaux royaux avaient rei;u du pape l'ordre dt
les mettre à la disposition de Henri lU. proclamé majeur prfri
mattirèment; cette mesure avait provoqué une révolte et Hubert
de Bourg avait failli ôtre renversé'. Il fallait donc à tout pris
apaiser Louis VIII et obtenir la prolongation de la trêve, qù
allait expirer. Le'2ô mars 1224, Hubert prit des i
pour que des indemnités fussent accordées aux marchands e
à tous les hommes du roi de France auxquels les Anglati
avaient causé quelque dommage'. Dès qu'il avait connu h
réponse de Louis VIII, il avait envoyé Etienne de Lucy e"
Geoffroi de Crawcombe solliciter l'appui d'Honorius IIP. Toute
sortes de raisons disposaient le pape à favoriser la prolonga^
tion de la trêve. D'abord il considérait le roi d'Anglelerrï
comme son pupille. En .second lieu, au congi-és de Fereiittnai
qui avait eu lieu quelques mois avant l'avènement i
Louis VIII, Honori us avait décidé, d'accord avec Frédéric U*
que la paix générale serait imposée à toute la chrétienté, 3
qu'elle pût s'armer pour la croisade en Orient, ajournée dél-
nilivement à deux ausV EnSn peu de temps après la mort d
Philippe-Auguste, Araauri de Montfort avait été chassé de l'.M-
bîgeois par les hérétiques triomphants et le roi de Franc*
semblait seul capable de relever la cause de l'orthodoxie;»
la guerre avec l'Angleterre éclatait et absorbait l'attention st
les ressources do Louis VIII, c'en était fait du catholicisma'
dans le midi. Par une lettre daléo du 13 décembre 1223, lepap*
supplia le roi de France de prendre la succession d'Amauriet
anglais, était non avenu. Nous ne croyons pas qu'on puisse admettre
ces assertions. Voy. plus haut, p. 175. Selon Mathieu de Paris, Iw.f'i-
et p. 73-73, le principal argument de Louis VIII riit que Huben Je
Bourg avait viole l'amuisiie de 1217 en faisant pendre en 1232 un bour-
geois Londonien nommé Constantin (Constantinus Filius AluISi ver
I,itt. elaui., I, Indfj:), qui s'était déclaré partisan de Louis; l'annalisU
Ua Waverley, p. 297, et Roger de Wendover, p. 7 1 et suiv.,
l'affaire de Constantin sous un tout autre jour.
1. Ann. de Dunilaple, 83-84.
a. lïyraer, I, part. i. J72.
3, Lin. Claua., I, 578''.
4. Winkelmann, Friedrich II, I, i9i et &uiv.
EXPIRATION DE l.A TREVE
235
de prolonger la trêve avec Henri IIP. L'échec de 1219 n'avait
pas dégoûté Louis deaespéditions contre les hérétiques; sa piété
profonde, l'attrait qu'cserce le midi sur les hommes du nord,
l'espoir d'annexer au domaine royal une admirable provinco, *
tous ces motifs étaient plus forts que le désir de se venger
de Henri III et de remettre le pied sur la terre periide des
Poitevins, Vers la fin de janvier, il accepta les demandes du
pape sous certaines conditions; l'une de ces conditions était
que la trêve avec l'Angleterre serait renouvelée pour dix ans'.
Hubert do Bourg semblait donc assuré de la paix.
»Au mois d'avril 1224, les négociations s'ouvrirent directe-
vent entre les deux gouvernements. L'Angleterre demandait
4ue la trêve fut renouvelée pour quatre années. Par une lettre
4atée du 28 avril, Henri 111 accréditait auprès de Louis VIII
«omme ambassadeurs le frero Alain Martel, maître de la
milice du Temple en Angleterre, le prieur de Lenton et maître
Henri de Cornhiil, chancelier de Londres. Ils devaient
s'aboucher avec les évêques de Seniis et de Sens, qui leur
communiqueraient la réponse du roi de France à Paris, dans
une assemblée solennelle tenue le 5 mai\ Un revirement du
pape empêcha cette négociation d'aboutir. Pour des motifs que
nous exposerons ailleurs, il renonra à charger le roi de
France d'une expédition dans le midi et offrit la paix au
comte de Toulouse. Le 5 mai on vit donc le roi de France et
, nés conseillers, au lieu de régler les préparatifs de la croisade
t les conditions de la trêve avec l'Angleterre, abandonner
Ktlennellement toute participation aux affaires d'Albigeois et
iclarer la guerre à Henri III, Le 15 mai, les barons des
3iaq-Ports reçurent l'ordre de se tenir prêts pour le service
B leur roi et les meilleurs des navires de commerce frani^ais
alors de passage sur les eûtes anglaises furent retenus pour
augmenter la Hotte. On s'attendait à une attaque contre les
îles normandes*.
|l. Potihasl, n° 7118.
. Calai., n« SI.
Lin. elaus., I, 594'' el 597''. — Rymer, I, part.
i Louis Vin el aux deux évoques français.
j n° loa. — Hvmer, I.parl.i, !7'i. — ii"H. ctotfï., 1,603* eli
YIII ilenrij III, part, m, membr« '
336 TRAITÉ AVEC HUGUE DE LU8I0NAN
Depuis quelque temps, Louis VIII avait eu vent des modi*
Scations qui se préparaient dans la politique pontifical^/
Une lettre que le pape lui avait adressée en date du i
février laissait entrevoir ce changement; Honorius III l'jr su|
pliait de faire la paix avec le roi d'Angleterre, parce que tom
les chrétiens devaient s'armer pour délivrer le tombeau dit
Christ; quant à la croisade en Albigeois, il n'en était point
question'. A celte époque, Iiouis avait probablement conH
mencé à changer ses batteries et à recruter des partisans
parmi les Poitevins. Hugue de Lusignan mit son alliance aiu
enchères; Henri III fit los premières offres: le ISj.invier 1224,
il lui proposa pour quatre annéies de bons revenus assignés sur
des terres anglaises et sur la Rochelle, en échange du donaini
de la comtesse reine Isabelle, et lui promit de le secourir s'il'
était attaqué par le roi de France ; le comte de la Marchs.
accepta ces conventions et jura fidélité au roi d'Angleterre
sur les Saints Evangiles. Maître Alain Martel, en partant pooT'
la France, fut chargé de verser 1,400 marcs entre les maint
du comte'. Mais celui-ci ne tarda pas à oublier son solennel
serment; il obtint de Louis VIII un plus haut prix pour
son alliance et la lui adjugea.
Nous avons le texte des conditions posées par le comte àt
la Marche et celui du traité définitif, que le roi alla conclure
k Bourges dans le courant du mois do mai', Hugue de Lusi-
gnan avait offert son hommage lige et son concours pour Is
conquête du Poitou; il exigeait eo revanche un salaire
élevé.
En 1215, Jean sans Terre lui avait accordé la main de sa
1. Potthast, n" 7169.
2. Pal. Vin Henry III, puri. m, membr. 11, 9, 8. ■
Litl. claïa.. 1.
3. Calai., n" lO'i et 105 Les Pelitionei du comte de la Marche n*
portent point de date. Marténe (Ampliss. Colleclio. [, 1tG2), Mauion
{Ilitt. delAunis, II, 229), M. Bardonnet (Mort et La ftoeMIe, î3),
M. Giry (Ëtablm. du Rouen, 1, 91) et M. Boissonnada (Quomorfo am.
Engolism., etc.... 29) lèsent datées de 1232; cette hypothèse ne rep<w
sur aucun fondement. II y a tout lieu de croire que cet acte est anténfai"
de fort peu de temps au traité de mai 122'i ; dans les deux registTM E
et K de Ph.-Aug. il est d'ailleurs suivi immédiatement d'un acte à*i^
de 1224 et écrit de la même main. On ne peut donc hésiter à suirredu
Tillct, qui l'aattribuéau rëjiine de Louis VIII. (flecunVfiff Traitesifentn
la France et F Angleterre, î" 21 v").
TRAITE AVEC HUOUE DE LOSIONAN 237
fille Jeanne, avec Saintes et Oléron pour dot' ; Hugue n'épousa
point Jeanne, mais il entra en jouissance de Saintes et regarda
Oléron comme lui appartenant de droit. Il voulait maintenant
que Louis VIII lui confirmât la possession de la ville et promît
de lui livrer l'Ile dés qu'elle serait conquise. Dautre part, le
gouvernement anglais ne voulait point rendre à la reine
Isabelle le douaire que lui avait constitué Jean sans Terre;
Hugue demandait que Louis VIII lui en donnât au moins
l'équivalent. Le roi de France accepta toutes les conditions
posées. En compensation des terres qu'Isabelle aurait dû
avoir on AngleteiTC, Louis s'engagea à lui payer une rente
annuelle de 2,000 livres parisis, jusqu'au jour où il pourrait
lui en assigner l'équivalent sur les terres conquises en Poitou.
Elle devait avoir Langeais, k la place de Saumur qui faisait
partie de son douaire ; moyennant quoi Hugue de Lusignan
renonçait à toute prétention sur Issoudun^ Si la ville de
Bordeaux, était conquise, eUe serait livrée sous certaines ré-
ser\'es au comte de la Marche, et le roi reprendrait sa rente
et Langeais. Il fut convenu d'autre part que Louis VIII ne
ferait ni paix ni trêve avec le roi d'Angletene sans l'assenti-
ment du comte, et que, s'il ne pouvait diriger personnellement
on Poitou la campagne de conquête. le comte lui servirait de
lieutenant. Louis VIII reçut l'hommage lige de Hugue de
Lusignan pour tous les fiefs que celui-ci possédait et était appelé
à posséder, 11 exigea de ce vassal puissant et de loyauté dou-
teuse la promesse écrite deremcttre son cbâteau de Lusignan
entre les mains de Pierre Maiiclerc, comte de Bretagne, toutes
les fois que le roi irait en Poitou et pendant tout le temps
qu'il y passerait'.
En même temps, Geoffroi de Lusignan, vicomte de Ch:itei-
lerault et seigneur de Vouvaut en Poitou, fit hommage lige à
Louis VllI pour la vicomte de Chàtellerault; Geoffroi s'engagea
à ne point bâtir de forteresse à Chitellerault sans autorisation
t. reconnut au roi le droit de mettre garnison dans le château de
Ouvant toutes tes fois qu'il irait en Poitou ; enfin Louis pro-
Rymer, I, part, i, 125.
Ph.-Au
r). Ph.-Aug. avait aclieté ksoiiduti aux liéritjers de Culan e
netisle, n" 2071 ; cf. n° 2087).
[3. Cala:., n" 107. ^^^^^^^^^^^^^^^^h
238
RHI'NION DBS TROUPES
flta de l'occasion pour obt«nir que Geoffroi renonçât, au
de sa femme, à toute prétention sur le comté d'Alencon'
Le point capital de ces négociations était le traité coni
avec le comte de la Marche. Sans cette alliance, Louis
aurait pu dès l'abord être arrêté à la première ligne
châteaux do Hugue, ou au moins à la seconde ligne, cellf
qui, à la hauteur de Niort et de Saint-Jean d'Angéli, com-
mençait aux marais par Frontenai, et se continuait par Chiià,.
Melle. Lusignan, Givrai '. Mais à l'altié de Lusignan le Poil
était ouvert'.
En revenant de Bourges, Louis VIII s'arrêta à Lorris
commença déjà les préparatifs de la guerre. Il envoj-a une
semonce d'ost aux bourgeois de Limoges ; il leur annonça qu'il
i( ceignait l'épée pour faire triompher son droit » et les requit
de se rendre àTours le jour de la prochaine nativité de Saîol-
Jean-Baptislc n afin de s'y comporter envers lui comme ils
i( devaient se comporter envers leur seigneur •<".
Ce fut en effet à Tours, le 24 juin 1224, fiuo les troupes se
réunirent*. D'après la description fantaisiste que nous a
laissée Nicolas do Brai, on voyait là les contingents de toutes
les provinces : ici c'est le Breton « qui croit encore rivant le
« roi Artur » ; puis ce sont les Normands ardents à la guerre;
là les Flamands grands buveurs de cervoise; les Champenois
audacieux; les riverains du Rhône « qui blasphèment quand
« une puce les pique' ». Il est certain que Louis VIII avait as-
semblé une armée assez considérable pour l'époque ; selou
Vincent de Beauvais et le Ménestrel d'Alfonse de Poitiers, on
y comptait 1,200 chevaliers, sans parler des autres « conve-
1. Calai., n- 109.
2. Bardonnet, o/j. cil., 65.
3. Toute cette partie de l'histoire de Louis VIII ne nous est connw
que par les documents diplomatiques. Vincent de Beauvais ne dit pu
un mot des origines de l'expédition de 1224. Nicolas de Brai, p. 3t9,
et à sa suite sans doute Jean Bouchet, p. 167. ont commis k ce sujet
les plus étranges erreurs. Jean Bouchet a été fidèlement copié pu
M. Allonneau (La pniuance des vie. de Thouan, dans Hevue Anglo-
Franc, V, 23B) et M. Jmbert (IVolice sur let vicomte» de Thouan,
dans'Mém. de la Soc. des Anliq. de l'O'iest, XXIX, 380-381. Ce««
notice, qui a été couronnée en 1865 par le Comité des travaux hist»- 1
riquea, est remplie d'erreurs énormes).
4. Piéeex justifie, n" VI.
5. Chron. de Tours, 305.
6. Nie. de Brai, p. 321 et 322.
3in-
i
REUNION DBS TROUPES
539
I Dables personnes à bataille »'. Ce cliiffre est probablement
r-oxagéré, comme tous ceux que les chroniqueurs donnent eu
pareil cas. Saint Louis, en 1242, ne réunira pour sa campagne
en Poitou que 214 comtes et chevaliers*. Louis VIII devait
avoir à peu prés le même nombre de nobles non stipendiés on
1224; mais il employa pent-êtro aussi des mercenaires: dans
son traité avec le comte de la Marche, il promet de lui fournir
200chevaliers soldés ainsi que 600 sergents de pied, si Hugue
de Lusignan dirige lui-méma l'expédition. En adraetlant. ce
qui du resteest douteux, que Louis VIII ait emmené ce môme
nombre de mercenaires, l'armée réunie à Tours comprenait
donc, outre une foule considérable do sergents fournis par les
abbayes et les villes', 600 sergents stipendiés et quatre ou
ciuq cents chevaliers en tout. Parmi les compagnons du roi
figuraient la plupart de ses familiers, son frère Philippe, le
chancelier Guérin, Mathieu de Montmorenci, Barthélerai de
Roie, Enguerran de Couci, le chambrier Ours. Robert de
Dreux, Archarabaud de Bourbon, Dreu de Mello, Adam de
Beauraont, Gui do Méréville, Jean roi de Jérusalem, Gui de
Châtillon, comte dû Saint-Pol, etc. Les comtes de Champagne,
de Bretagne, de Blois, de Chartres, Amauri de Craon, séné-
chal d'Anjou, l'archevêiiue de Sens et les évêques de Meaux,
de Beauvais, de Trojes, de Nevers et de Soissons, étaient
Tenus aussi. Enfin des actes montrent que le roi avait obtenu
dn clergé, par exemple de certaines abbayes normandes, des
services extraordinaires tels que des fournitures de chevaux'.
Louis VIII avait l'intention de conquérir complètement le
Poitou, puis de franchir la Garonne. De la Touraine il entra
dans les domaines du vicomte de Thouars, laissant à l'est le
comté delà Marche. On s'est demandé pourquoi il avait choisi
Kt itinéraire. M. Bardonnet estime que » c'était passer par la
\ voie dérobée et comme user de fausses clefs » '. M. Glry dit
. Chran. de Tours, 305. — Cocgeshall, 208. — Vincent de Beauvais,
te76. (Traduit par le Ménestrel d^lf. de Poitiers, H. F,, XVII, 431.)
'\ S. Vuitry, fteff. financier de la France, 374.
S. D'après nneprisée antérieure aux grandes conquêtes de Ph.-Aug.,
S abbayes et les villes lui devaient 7742 sergents. (Vuitry, op. cil.,
''. Calai., n" 125, 126, 132, 137, 145.
240 itini;ra[Re dr l'expédition
que si h au lieu de pénétrer dans le Bas Poitou par les do-
« maines du corate de la Marche, ce qui eût été la mat*
« directe, le roi passa au nord, par Thouars u, c'est qu" ■
II n'avait sans doute qu'une médiocre confiance dans Hugue à
!• Lusîgnan, et craignait en cas d'échec de se voir couper II
« retraite par la garnison des forteresses » '. Nous ne pouvou
nous ranger à cette opinion. Le but principal qu'il fallait
atteindre au plus vite était la Rochelle ; donc la ronte directs
était celle que prit Louis VIII, il suffit de jeter un coup d'ieâ
sur une carte pour s'en convaincre. Une autre raison sans
doute pouïsa le roi à choisir ce trajet, mais il ne nous semble
pas que ce soit celle qu'invoque M. Giry, Pourquoi U
défiance que méritait la déloyauté de son ilHé l'aurait-elle ,
déterminé à aborder le Poitou parle nord? Hugue do Lusigniui
n'avait pas seulement des forteresses à l'est, il avait aussii
sa disposition Vouvant, Mervant, Fontenai, Chen-eux, Saint-
Gelais, Lusignan, qui commandent la partie septentrionalfl
du pays, et de ce côté comme de l'autre, il aurait pu fort bia
coHper la retraite aux troupes royales. Le véritable motif qnf
dut décider Louis à passer par les terres du vicomte àê
Thouars, c'est qu'avantd'engager la campagne, il était néces-
saire de s'assurer de la neutralité de ce seigneur. Hugue da
Lusignan avait promis son alliance. Mais le vieil Aimvri i»
Thouars n'avait pris aucun engagement et la trêve qat
Louis VII! avait signée avec lui au mois de septembre 1223'
venait d'expirer. Or, il était, avec Hugue de Lusignan, le plus
redoutable baron du Poitou, et Philippe-Auguste avait o-ssaj-é
autrefois de le gagner à sa cause en lui donnant la sénéchaus-
sée de Poitou et d'Aquitaine'; il pouvait causer de grsvoi
embarras à Louis VIII s'il écoutait les arguments sonnant!'
dont le gouvernement anglais usait pour le convaincre*: non
seulement il avait de vastes domaines, mais ses hautes capa-
cités étaient connues'.
1. Giry, Elahl. de Rouen, I, 250.
2. Catal., n" 20.
3. Delisle, n- 794.
k. Le 26 avril 1224. Henri III donna l'ordre de verser 500 miKi
entre lea mains du vicomte de Thouars (flec. Off., Pal. Vlll B. //A
part. III, m. 8).
5, Le chanoine de Tours, p. 313, dit de lui : ■ Erat ectato decrepîtiXi
TRÊVE AVEC LE VtCOMTE DE THOUARS 241
Louis Vlir rencontra Aimerî dans les derniers jours de
Montreuil-Bellai. Peut-être mît-il d'abord le siège
levant celte place'. En tout cas les deux parties finirent par
s trêve pour un an. Voici les clauses do cette trêve, qui
bontreiU qu'Aimeri VII était assez puissant pour imposer ses
tigences au roi de France. Pendant une année, le vicomte
e Tbouars sera l'homme lige du roi, comme il l'a été du roi
jPAngleterre ; ses vassaux tiendront de Louis VIII les fiefs et
(venus qu'ils tenaient du roi d'Angleterre: Geoffroi d'Ar-
tnlon recevra 140 livres tournois, Geoffroi Boisard 100 livres
lurnois, et les autres vassaux d'Aîineri recevront 160 livres
3 ; CCS renies leur seront payées chaque année jusqu'à ce
n'ilssoientrentrésen possession des terres dontils avaient été
lépouillés lorsqu'Aimeri avait abandonné le parti de Phiiippc-
ite ; les vassaux d'Aimeri feront hommage à Louis VIII
Ktmme ils l'avaient fait au roi d'Angleterre. Pendant cette
!ve. les marchands et les hommes du roi de France pourront
royager en toute sécurité dans la vicomte, et les hommes du
lomtone marcherunt pas contre le roi. La dernière clause
. pas la moins caractéristique. Tbutes ces conventions
iront valables pendant un an, déclare Aimeri de Thouars,
i moins que le roi d'Angleterre no puisse me débai'rassor
( d'une manière ou d'une autre du roi de France'».
■ Aimeri fournit comme pièges une vingtaine de seigneurs
"dn pays. Enfin Hugue et Raimond de Thouars, frères d'Ai-
meri et par conséquent ses héritiers selon la coutume de cette
vicomte, promirent d'obsen*er ce traité s'ils venaient à s'uc-
Ïler l'un ou l'autre à Aimeri avant l'année écoulée^ Toutes
i belles promesses et toutes ces garanties ne signifiaient
î grand'chose, puisqu'on se réservait de pouvoir les violer
Louis VIII n'était pas le plus fort. Il fallait donc à tout
X être le plus fort.
« facetus, elonuens et insignis, et vicecoraîtum Thoarcensium, quan-
ti tum ad laudem sŒculi, principium atque finis ».
1. Guillaume Guiart, v. 7921 a 7929. — Jean Boucliet, p. 167, pré-
tend ((u'Aimeri réunit une armée formidable ot força Louis à lui de-
mander une trêve. M. Allonneau (o;j. cil., 23H) et Si. Imbert (op. cil.,
3S1), ont accepté sans délianue cette assertion.
2. Calai., a- 133.
^ 3. CalaL, n- 134.
Cb. Piitit-Dut
i. Uégne ih- LuiiU VIII.
242 PRISE [)K NIORT
Louis VIII voulait s'emparer au plus vite delà Roclinlle; n
il se dirigea d'abord sur Niort. Une armée se rendant de U Tou
raine vers la Rochelle, comme l'a très bien expliqué M . Bardan
net, devait forcément suivre cette route ; entre la mer et Niort,
au moyen ;'ige, la route était barrée par les marais ; quant A n
joindre la Rochelle en passant au sud-est, cnli'e Niort et Saint*
Jean-d'Angëli, sans se préoccuper de prendre ces deux places
il n'y fallait point songer ; Louis VIIl aurait couru le risque d
voir les garnisons ennemies se rejoindre sur ses derrières pom
lui couper la retraite'. Depuis la reconstruction de son ch&teM
au xii° siècle, Niort était un point stratégique de la plus bauU
importance\ Cette place devait donc être prise d'abord.
Niort fut défendue contre Louis VIll par Savari de MauléoOj
qui était encore sénéchal du Poitou. Les antécédeuLs do»
naient à croire que sa fidélité n'était pas inébranlable; mai
enattondant que l'occasion se présentât pour Louis VllI i
l'attacher â sa cause, sa bravoure et sou activité faisaient d
lui un adversaire redoutable.
Cependant Savari n'allait réussir qu'à retarder de qaelquoi
jours le succès final du roi de France. Les Niortais étaira
las do la domination anglaise et la ville était dans des coDdh
tiens particulièrement défavorables à la défense. Elle èta
séparée en effet de la Rochelle par le cbiiteau de Frontu
qui appartenait i l'allié du roi de France, Hugue de Lusigoan.
Il n'y avait donc nul secours h attendre de l'ouest. Ue plus»
si Savari s'obstinait à défendre Niort et était réduit à capitit
1er, il pouvait être refoulé vers le nord par l'arraée fraa-
raise appuyée sur Frontenai, et tout espoir de rejoindN
la RochoUe serait perdu pour lui. Aussi le siège ne fulrB
pas long. Louis VIII arriva devant Niort le 3 juillet, et b
ville se rendit le 5. Mais Savari et ses ti'oupes purent gagnff
la Rochelle avec armes et bagages, après avoii- jurè sur
l'Evangile au roi de France do ne défendre jusqu'à la Tous-
saint aucune autre place que la Rochelle. Là, du moins, Is'
sénéchal espérait résister longtemps et recevoir des secours'.
1. Bardonnet, op. cit.. G4.
2. Favre, I/iiil. île lu ville de Niort, 31.
3. Chrnn. de Tours, 305. — Bai-dannet, op. cil., 61 et "0. — CiiTi
op. cil.^ 1, 250.
SIÈGE DE LA ROCHELLE 243
Louis Vin entra ensuite sans coup férir à Saint-Jean-d'An-
géli. Il y fut accueilli en grande pompe par les bourgeois',
Jiisque-ià cette expédition s'annonçait comme une marche
triomphale et pacifique, et les Bordelais pouvaient écrire à
Hubert de Bourg que Niort et Saint-Jcan-d'Angéli s'étaient
rendues au roi de France « sans y être forcées »', Les barons
avaient fait comme les communes: on ne voit point qu'aucun
d'eux aittentë de résister au roi de France. Comme Philippe-
Auguste et aussi comme Jean sans Ton-e, Louis VIII n'avait
provisoirement qu'à se louer de l'insouciance et de la mobi-
lité du tempérament poitevin.
A.ssuré maintenant de la retraite, Louis VIII vint asseoir
.«on camp à une lieue et demie de la Rochelle, au village de
Dompien'e',
La Rochelle s'était considérablement développée depuis la
lin duxu' siècle, grâce à la protection des rois anglais. D'après
le rùle du serment que los citoyens majeurs do la Rochelle
firent à Louis VIII après la prise de la ville, ils étaient au
nombre de dix-sept cent quarante-neuf. Malgré la crise
économique que l'anarchie des dernières années avait provo-
quée, c'était encore une puissante et riche cité. Outre sa
prftspérité commerciale, elle avait une importance stratégique
de premier ordre. Comme le disait Roger de Wcndover,
c'était " un port d'où les rois d'Angleterre surveillaient toute
« la région ». Il n'y avait point sur la cote de l'Océan d'autre
endroit ou les Anglais pussent débarquer en armes, se réfu-
gier en cas de défaite, garder leur flotte à l'abri des coups de
main de l'ennemi. C'était là une belle proie à saisir*. Cepen-
dant le siège faillit ne point avoir lieu; les barons étaient
d'avis de ne pas l'entreprendre. Partis depuis une vingtaine
de jours, ils n'avaient évidemment plus qu'un désir, celui de
rentrer chez eux ; ils craignaient de voir se prolonger fort
longtemps le siège d'une ville maritime où les Anglais pou-
S.
3.
■11.1
^67.
Ckron. de Tours, 305. — Vincent de Beauvais, 1276.
Shirley, n» 202.
Calai., n' 135.
Roger de Wendover, III, 84. ~ Bib. El: Cit., série IV, tome
le H. Delisle, p. 525, el (ome IV, art. de M. Maruhegay, p. 161
— Bardonnct, op. cit., 3 et 71.
•
161». ^^^^^^^H
244
ili:(iE UE I.A RtiCllELLE
vaient facilement envoyer des secours; les assiégés sem-J
blaient d'ailleuis disposés h une vigoureuse résislanci
Thibaud de Champagne était un de ceux qui pressmei
Louis VIII d'abandonner la partie. Mais les èvèque
dévoués à la cause royale, déclai'èrent qu'on ne devait poiaj
interrompre une campagne si bien engagée et leur avis fiuid
par prévaloir'. Le roi décida les barons à rester; un a encorgi
la charte de non-préjudice que Thibaud de Champagne exigeai
eu cette occasion'.
Le siège commença le 15 juillet". Des furtiScations nou-
velles défendaient la ville*. GeoflFroi de Neville était arrivé au
mois de mai avec soixante chevaUers, et Savari de MaakViu.
en prenant le commandement de la garnison, l'avait rcoforcM
de la petite troupe qui avait défendu Niort ; selon Vincent de
Beauvais, il avait eu tout 200 chevaliers. Enfin certaines com-
munes de Gascogne, telle que lîajonne, avaient envoyé dw
renforts'. Mais ces contingents hétt^rogénes ne pouvaient former
une bonne armée; toutes ces populations maritimes, sansccs^e
en rivalité ou même en guerre sur l'Océan, se délestaient !m
unes les autres; la haine des Bordelais pour les Rnchelais était
célèbre. Après la prise de la ville, les Bayonnais n'eurenl
rien de plus pressé que d'écriro à Henri Ili pour accuser les
Iloehelais de trahison'. Enfin il y avait certainement dans la
cité un parti français et ce n'est pas sans raison que Mathieu
de Paris gémitsur 1' « innata Pictavensibus proditio ». Outre
que les bourgeois étaient las du gouvernement des Plantage-
nets, les Templiers étaient depuis longtemps des fuutfiun
de troubles dans la ville et étaient accusés de relations avec
les ennemis du roi d'Angleterre ; il est fort possible aussi qui-
Louis se soit acheté des partisans'.
1. CA™«. de Tours, 30S.
2. Calai., n- 137.
3. C/iron. de Tours, 305.
*. Rec. Off., Paient Vil Henry lll. part. i. membr. 7.
5. Ann. rfe Dunilaple. 86. — Vincent de Deauvais, 1236. — Lilt
claus., I, 509, et 601. — Bvmer, I, part, i, 173.
G. Bill. Ec. cil., série IV. t. 11, arl. ciW. 527. — Hymer, hr. ril.
7. Math, 'de Paris, Chroii. Maj. lll, 8'i. — Shirlev. n- 158 cl I5S.
— ft«. Office, Royal Mtert, r"> 1051 et 1052. — fotUiasI, ii» 68.-
Vov. De Hichemond, Détouv. du test. iCAufredi. dans Ac. dt l.n Ita-
ehelle, Séance publ. de I87G, p. 8'. et suiv. — Wonrlovec, III, Si:
FRISB DE LA ROCHELLE
pour relever les courages et emiiêcher les trahisons, une
Ëervention énergique du gouvernement anglais eût été
nécessaire. Elle ne se produisit pas. Un chroniqueur français
prétend que Henri 111 envoya par dérision à Savari de Mauléon
des caisses pleines do pierro et de son; l'anecdote ne peut pas
être vraie, et nous savons d'ailleurs ijue Hubert de Bourg envoya
un peu d'argent on Poitou, en juin et en juillet'. Mais ces
secours étaient însutlisants.
Les assiégés firent d'abord bonne contonauce. Au moment
où les Français arrivaient, Savari opéra avec la garnison et
les habitants une sortie très meuririéro et quand les machines
dn roi furent dressées, les Rochelais en dressèrent de leur cûté
et rendirent coup pour coup '. Mais avant que trois semaines se
fussent écoulées, ce beau zèle s'évanouit. Peut-être à l'instiga-
tion de Savari, que pouvait exaspérer l'inaction de Hubert
ilii Bourg, les Rochelais décidèrent à l'unanimité de capituler ;
lia seul, selon Mathieu de Paris, resta fidèle au roi dWngle terre,
ce qui lui valut plus tard d'èiro pendu\ La ville se rendit le 3
afii'if , le lendemain d'une procession que l'on avait faite à Paris
pour demander à Dieu la victoire. La garnison sortit avec les
honneurs de la guerre*. Raoul de Coggeshall dît que les *
Rochelais se rendirent conditionnellement, sur l'avis des
barons Poitevins; on s'attendait peut-être à un retour de la
fortune. Mais dès le V-i août les bourgeois prêtèrent tous ser-
ment de fidélité au roi; dans l'acte qui relate'cette cérémonie,
la commune de la Rochelle déclare que le roi est dispensé
de venir, la vcillo île la prorhaine fête de Noël, en un lieu
^itiio près de la Rochelle entre le faubourg neuf du Temple
■■l l'abbaye de Saint-Léonard; sans doute était-il d'abord
. tam prece qoam pretio inducti, régi Francorum Riipel-
iradîderiml. ■>
. Chroit. (le Tour», 305. — Itei-. Off., Put. VIII Henry lit, part.
m- 7 et 6. — LUI. '(rtun., I, 612 1".
. Ann. de Duntlaple, 8fi. — Chron. de Tours, 305.
,, CAron. Jlf'ij.,lll,8'i. — L'annatijstedeDunstaple.p. 9i,ellesBayon-
bdans leur lettre à Henri l![ sccusent Savan d'avoii- provoqué la
UtaUtion. L'auteur des Slrophei tur la prise de La Itochetle (.1 nnuaire
% Soc. II. Fr., 1885, p. 112), dit aussi :
(Kupella) [inmpnal civem sulHlolum,
licserlorum discolum,
. df ToM
, sas.
- Arm. de llumlnple. 91.
246 CAUSE DE l'inertie DK8 ANGLAIS
convenu que la reddition définitive se ferait en cet endroit el
à cette époque'.
Ainsi la Rochelie avait été perdue par Henri III, faut
de secours, comme Rouen l'avait été par Jean sans Torra
Mais cette fois le gouvernementanglais n'était point coupabk
et son inertie n'était pas volontaire. Malgré les trouble
d'Irlande, malgré les incursions de LIewelyn, Hubert i
Bourg avait convoqué un parlement à Northamplon le 1
juin, pour s'occuper des affaires d'outre-mer'. Mais les baron
n'étaient pas disposés à donner leur appui au roi. I
s'étaient jamais prêtés de bonne grâce aux expéditions sur II
continent. D'ailleurs la querelle -soulevée au moment où l'oi
avait proclamé la majorité du roi n'était rien moins qu'éteinte
Tout était prêt pour une révolte. Fauquet de Bréauté était j
la tête des mécontents ; shérifF de plusieurs comtés, comU
de bienfaits par les Plantagenets, il était " plus que le roi>
U voulut allumer une nouvelle guerre civile. Condamné en asà
ses de nouvelle dessaisine à une énorme amende pour ses brï
gandages, il captura l'un des juges itinérants qui avaient pro
nonce la sentence, Henri de Braibroc, et l'incarcéra dans sa
' château de Bedford. Plusieurs membres du conseil du roi. t^
que Pierre des Roches et le comte de Chester, ne cachais^
pas leur sympathie pour lui, non plus que leur haine pour k
grand justicier et son allié Etienne de Langton, chef du parti
constitutionnel. Si Hubert de Bourg ne triomphait pas if
cette rébellion, c'en était fait pour jamais de son ;uitorité, c'cd
était fait pour longtemps du pouvoir royal. Il décida Henri III
à aller assiéger Bedford. Toutes les ressources dont la royauif
pouvait disposer furent employées îi réduire ce chAtoau ré-
puté inexpugnable. Or ce siège commença le 21 juin, c'est-
à-dire trois jours avant la réunion des troupes de Louis VIII
à Tours, et lorsqu'il se termina le 15 août par la prise i!«
château, les bourgeois de la Rochelle avaient l'avant-veilk
juré fidélité à Louis VHI'.
1. Coggeshall, 208. — Calai., n" 14H'i2.
2. Wendover, III, 84. — Ann. de Diinslaple, 86.
3. Darnwell, 252 et ïuiv. — Coggesliall, 204 et suiv. — WendoiTti
Malh. de Paris. 111, 8'i et suiv. — Am. de DumtapU, 87. — Am. '''
Waverleg, 'Mi>. — Ann. de Tewkesburg, 6i. — Chran. de Utrlc".
t" 173 et V". — Lettre de Henri III au iwpe: Shirley, n" 199.
KACQUET DE URKA,UTK ET LOVlf
2 il
Devons-nous penser que Fautiuet de Bréauté était en rela-
tions avec Louis VIII? « S'il faut en croire ce que racontaient
< certaines gens, Fauquet et ses complices suggérèrent au roi
< de France l'idée d'envahir le Poitou, et, afin qu'il pût agir
« sans crainte ni péril, ils lui promirent de susciter à Henri III
r de tels embarras dans son royaume, qu'il laisserait sans
|n secours les terres d'outro-mer. n Plus lard Fauquet protesta
lUprès du pape qu'il n'était pour rien dans la perte du Poitou
t qu'on le calomniait'. Assurément Louis VIII entretenait
ï(les intelligences avec les ennemis de Henri III; il essayait
' d'entuurer son rival d'un réseau dont nous apercevons encore
quelques mailles\ Mais les chroniqueurs anglais racontent
que Fauquet, condamné en 1225 â un exil perpétuel et débar-
»qué en Normandie son pays natal, fut pris à Fécarap par les
ftgents de Louis VIII ; on se souvenait des torts qu'il avait
feits aux Français en 12Ifl; il fut amené devant le roi, jeté
en prison et ne dut son salut qu'à sa qualité de croisé et à
l'intervention du pape'. Il n'est donc guère admissible qu'une
alliance ait jamais été conclue par le roi de France avec le
célèbre routier. Entre le siège de la Rochelle et la capture
de Henri de Braibroc il n'y avait eu qu'une heureuse coïnci-
!ence.
A défaut d'une intervention militaire, le grand justicier usa
s moyens diplomatiques pour essayer d'arrêter les succès de
■nisVIII. Ai'époqueoù Louis marchait sur la Rochelle, Hu-
irt de Bourg envoya à Rome les abbés de Bosley et de Roberts-
tidge. Arrivés probablement dan» le courant du mois do
pillet, ils trouvèrent auprès du pape deux cardinaux scule-
Bent; l'un d'eatre eux était le cardinal de Saint-Auge, futur
Igat de France; ces doux prélats se montraient favorables à
«DUia VIII; l'un disait qu'on ne pouvait, pour faire plaisir
Anglais, mettre l'Église en feu; l'autre alléguait que
. Barnwell, 253 et 269. — Cf. Flores lusloriarim, II, ISO.
i. C'est ainsi que d'après la lettre des Bayonnais à Henri III, citée
[|dua haut, Louis était en relations avec le roi de Navarre : u Kex Na-
« varras confœderatus est cum rege Francîae propter coinilem Campania;
■ ncpotem suuui et intendit, sicut nobis dicitur, nos irravare a (Rymer,
I. part, 1, 173.)
3. Barnwell. 254. — Wendover, III, ii. ~ Afin, de J)unslople,S9.—
ppotthast, n<>7'>23.
i
248 ISTRICCES A ROUE
l'affaire de Poitou ne regardait pas le pape. Quant à Hono-
rius III, lorsqu'il reçut les deux abbés, il commcDça par leur
déclarer que le moment était mal choisi pour une telle
ambassade, car ses conseillers étaient en congé et il ne pou-
vait rien faire sans eux; il ne laissa même point aux deux
ambassadeurs la faculté d'exposer le motif de leur mission.
Tous les jours il faisait la même réponse, d'un air troublée
Evidemment les deux cardinaux partisans de la France intri-
guaient auprès do lui. En outre Houorius battait froid an
gouvernement anglais, qui refusait d'accepter un légat.
Ne sachant à quoi se résoudre, le pontife envoja aux cardia
naux qui étaient dispersés dans la campagne de Rome, les
lettres qu'on lui avait apportées de la part du roi d'Au-
gleterre et leur demanda conseil. Leur avis fut probable-
ment favorable à la cause anglaise, car les deux abbés,
à défaut des mesures énergiques qu'ils demandaient
Honorius, obtinrent du moins qu'il écrivît le 3 août une lettre
de remontrance à Louis VIII'.
L'abbé de tlautecombe fut chargé de porter coito lettre;
accompagné de l'archevêque de Sens et de l'évéque de Seulis,
il la présenta à Louis VIII^ Dans cette épitre, HouoriiU
reproche à Louis d'avoir oublié la Terre Sainte ; le roi n'a t«nii
aucun compte de la décision que le pape avait prise dan:
colloque avec Frédéric II, et selon laquelle la paix devait
régner sur te monde chrétien pendant toute la durée de lA
croisade. « Il est possible, ajoute le pape, que pour certaîi
a motifs tu n'aies pu t' accorder avec le roi d'Angleterre pour U;
" prolongation de la trêve. Mais quelle nécessité te forçAÏL
'> porter les armes contre lui. au mépris de notre décision, ■
1, Lettre des abbés de Boxicy et do nobertsbridge à Henri III: Shîr*
iey, n" 200. Shîrley suppose que cette lettre a été écrite au mois d»
iuin : mais les deux ahbéii ne partirent pour Rome qu'au moment ak
les hostilités étaient commencées en Poitou ; ils ne purent donc arrivuf
auprès du ^pc qu'à la Qn du mois de juillet. — Voy. la lettre de n-
proches écrite par Honorius III à Etienne de Langton au moment i^
il apprit le siège de Bedford. Pour enipècher le pape d'envoyer ui
légat on Angleterre, l'archevêque de Canlorbéry lui avait cacbé In
troubles du roj'uume et l'avait assuré que tout allait pour le mietil.
(Shirley, I p. 513.)
2, Voy. les lettres du pape à ces trois prélats ; PotUiast, a" 7296
7297 (:i août).
VAINE INTERVENTJON DU PAPE
249
1 mépris des besoins de la Terre Sainte?... Nous avons prorais
I à l'empereur de. ramener à l'obéissance par la contrainte
I canonique ceux qui violeraient le. règlement de paix. .> Hono-
ppiiis demandait finalement que Louis VIII cessât ses attaques
«t se prèbU à la conclusion d'une trêve sur la médiation pon-
tificale'. Le même jour il avait écrit à Henri III pour l'enga-
■ger â se montrer accommodant; i! lui conseillait de donner
latisfaction au roi de France, au sujet dos indemnités qui
Élevaient être accordées pour les dommages causés pendant le
Séinpa des trêves*. Dans aucune de ces doux lettres, le pape
ke discutait la question capitale, celle de la conquête du Poi-
ou. II espérait sans doute trancher lui-même la difficidté, et
lar son ascendant ramener les Poitevins à l'obédience du roi
d'Angleterre. Nous voyons en efl'et qu'il avait constitué des
juges pour faire le procès du comte de la Marche, coupable
d'avoir passé dans le parti de Louis VIII ; les abbés de Bnx-
!ey et de Robertsbridge obtinrent le cliangement des juges
içoi avaient élé désignés, deux d'entre eux étant suspects
l'être favorables au roi de France"'. A la même époque lo
lape donna ordre à Uugue de Lusignan de rendre satisfaction
i; Henri III*.
Là se borna pour quelque temps l'intorvention pontificale.
*oin qu'il y ait eu alors, comme le prétend Pauli', un rappro-
ibement plus étroit entre Honorius III et son pupille, ils
hillîrent se brouiller à propos de l'affaire de Fauquet de
sauté, qui fut connue à Rome au milieu du m'ùs d'août. En
ippronant qu'au lieu de défendre le Poitou, le roi était allé
ÎSaîégtT Hedford, Honorius témoigna un mécontenloment très
f et prit le parti de Fauquet, qui sollicitait son appui avec
B protestations hypocrites. Le gouvernement anglais rejeta
risolument en celte circonstance la tutelle du Saint-Siège*,
ouis VIII en profita. .Ka moment où les abbés de lîoxiey et
. PotthasI, nû 729i,
. I6id., n" 7295.
3. Shirley, n" 200.
'. Letlre du 2 aoilt 1224 : Pollhast, n" 7293.
. Guehichie von Eunlaiid. III, 5'i5.
■ 6. Voy. les lettres d'Hnnorius III k Henri III et â l'archevéquf
^^ntorbéry: Shirley, I, p. 5'i3 et 544.
250 FIN i>E l'expédition
de Robertsbridge partaient de Rome, ses agents y amraient;
ils décidèrent évidemment le pape à la neutralité'.
Cependant la conquête du Poitou s'achevait sans difficulté.
Le vicomte du Turenne était dévoué à Louis, qu'il avait accom-
pagné autrefois en Angleterre. Le vicomte de Limoges pt lus
boiu'geois de la ville s'étaient soumis pendant le siège de 1&
Rochelle. Vincent de Beauvais npus dit que les Pérîgourdiiit
se rallièrent aussi au parti du roi de Franco'. Nous avons vu
que Fui-Saint- Front et Sarlat s'étaient soumis dès septembre
1223. Aucune trace ne subsiste delà soumission de Périgueux
et du comte Archambaud II; mais d'après VArt de véri/ùr
les dates', ce baron aurait eu recours k la justice du roi
deFranceen 1:^26, ce qui prouverait qu'il lui avait fait hom-
mage en 1224.
Après avoir quitté la Rochelle, Louis VIII se rendit à Poi-
tiers. De là il envoya son armée en Gascogne sous lo com-
mandement du comte de la Marche et du nouveau sénéchal
de Poitou, GeofFroi de BuUi. Le comte de la Marche se
présenta d'abord devant Sainl-Emiliou. Les bourgeois sorti-
rent aussittU de la ville et jurèrent fidélité au roi de Franue.
De là les troupes de Louis VIII se dirigèrent vers Saint-Ma-
caire et Langon, qui avaient pour seigneur Pierre do Gabarret.
Pierre rendit ces deux places et en présence de l'évéque dl
diocèso les bourgeois prononcèrent leur serment. Ce fut en-
suite le tour des habitants delaRéole. La cité de Bazas elle-
même, située sensiblement au sud delà Garonne, fit sa sou-
mission sur l'exemple de son évêque. Un certain nombre de
barons gascons abandonnèrent aussi le roi d'Angleterre.
Toutefois les envoyés de Louis VIII n'inspirèrent pas partout
une confiance illimitée; les bourgeois de la Réole s'avancèrent
à six milles de leurs murs pour faire leur soumission, et non
plus que les bourgeois de Saint-Emilion, ils ne permirent
d'abord aux Français de pénétrer dans leur ville. Quant tui
Bordelais, ni les discours, ni les offres d'argent ne parvinrent
à leur faire abandonner le roi d'Angleterre. Ils n'avaient pM
1. Shirley, n° 200.
2. Catal.. n*138. — Vinc. de Beauvais, 12"6, — Bernard Hier, 118-
3. CoïïUt» de Périf/ord, art. Archambaud II.
fiM DE l'expédition 251
eu à souffrir des mAmes maux que les bourgeois Poitevins et
étaient formement attachés aux Plantagenets. Hugue de Lusi-
gnan leur demanda d'accorder tout au moins des trêves à
ceux qui avaient embraesé le parti du roi de France. Ils
répondirent qu'ils ne feraient ni paix ni trêve avec les ennemis
du roi Henri. Le comte de la Marche dut se retirer, quelque
qu'il eut de mettre la main sur cette riche cité, que
Xiouiij VIII lui avait promise'.
L'été finissait; le roi reprit le chemin de la Touraine. Il
ivait eu d'abord de plus vastes ambitions. Il avait songé
i conquérir la Gascogne. L'Angleterre même avait craint
une nouvelle invasion; les Iles normandes avaient été mena-
cées par les marins français'. L'échec du comte de la
.Marche devant Bordeaux découragea sans doute le roi. Au
jnois de septembre il était de retour à Paria, où sou panégy-
isto Nicolas de Brai prétend qu'il reçut un accueil enthou-
liaste". En somme, non seulement le Poitou, mais tout le pays
!n deçà de la Garonne et même quelques terres situées au
ttid du fleuve, avaient été soumis dans cette rapide campa-
fne. Le trésor mis en réserve par Philippe-Auguste contribua
ifficacement à ce résultai. Uugue de Vivomie déclare dans
'aa lettre à Henri III que les Français ont répandu beaucoup
d'or en Poitou. Mousket aussi nous dit:
S'en ala li rois en Pûito
Avoec lo conte do la Marco ;
Maint escrinff, maint lonniel on marce
l'Iain de deniers li fist mener.
Pour 1& grant gierro mious lïner*.
Louis VIII dut certainement calmer, à l'aide de ces excel-
lents arguments, les scrupules des barons qui hésitaient à
1. Shirloy, n" 207 el n" 208, ietlres adressées à un évèque anglais
Rkr un axcnidiacre anonyme et à Henri Ml par Hugue de Vivonne;
ligue de VÎTonne était un noble Poitevin fort en fiiveur auprès des
nanUgenetK; il avait été envoyé en Poitou le 26 mai 122ï {IMl. clau».,
, 601). — Les chroniqueurs sont mueta sur tous ces faits.
2. Lettres de Henri III du 29 juillet, ordonnant de fortifier les Cinq-
^__*ort8 pour les garantir contre les ennemis : LUI. ctaus., l, 614 ~
Lettres du Ifl juillet : « Sicut audivimus, quidam inimici nostrî ponunt
« insidiaa ad malefaciendum nobîs de insulis noatris de Gereaeia. »
ifiee. Off.. Pal. V//r ffimn/ III, part, m, m. 6.)
3. Nicolas de Brai, p- 328.
4. Mouskei, v. 24374 et suiv.
252 EFKORTS l'OUR CONSOLIDER LA CONQUÊTE
trahir Henri lU. On voit par exemple Guillaume de la Motte
faire Iioiomage lige au roi pour cent livres toumnis de rente;
Bos de Matha, qui avait sans doute la conscience plus délicate,
ne fit défection que pour une rente de cent vingt cinq livres
tournois*. Quant aux villes, bien qu'eu abandonnant le parti
anglais elles se condamnassent à i)erdre leurs déboucbés et à,
voir leurs vaisseaux traqués sans cesse par la marine ennemie,
leur attitude s'explique suffisamment par la déplorable situa-
tiou que leur avait créée l'anarcMe dont nous avons parlé. Il
était difficile qu'elles ne gagnassent rien au change. Pour
expliquer la rapidité de leur défection, il est au moins inutile
d'invoquer ii l'esprit de patriotisme et de nationalité qui ger-
« mait et se développait dans nos villes* ». Le seul sentiment
qni piH guider à cotte époque les laborieux bourgeois des
communes était évidemment l'intérêt. Les mêmes causes et
les mêmes effets se retrouvent dans la conquête do la Nor-
mandie par Philippe-Auguste et la conquête du Poitou par
Louis Vin : même mécontentement pour des motifs économi-
ques, même inertie du gouvernement anglais au moment de
la guerre, même foudroyant succès des armes capétiennes.
Une fois revenu à Paris, Louis Vlll s'occupa d'achever une
œuvre qu'il avait déjà commencée pendant la guerre même :
la consolidation de la conquête. Philippe- Auguste avait mon-
tré combien il était utile de savoir par de larges concessions
récompenser ses alliés et maintenir les firtélités chancelantes. ■
Louis suivit la même politique.
Il tint la promesse qu'il avait faite à Hugue de Lusignan.
Une fois la Rochelle prise, l'île d'Oléron tomba eu son pou-
voir et il la donna aussitôt à son allié. Seulement il fit jurer
au comte de la Marche que, sous peine de voir confisquer
tous ses biens, il accorderait aux insulaires les privilèges et
les franchises dont jouissaient les Rochelais, Le roi espérait
ainsi assurer son influence sur Oléron'. A la même époque, il
conclut avec Hugue de Lusignan une convention provisoire
1. Otlal., n" 155,156.
2. Bardonnet, JViorl et la RuchtUe, 73.
3. Calai., n° 143. — Hugue de Lusignan accorda ces privilèges ■
^nno /I^I^IArtis» .VA., In if. QniM. irn«. t'4i.ta ^rtil flanc n.*.r Cj.«U
;t*ES AUX COMMUNES
253
lU sujet de la seigneurie de Mauzé ; le règlement défiiiilif eut
leu en janvier 1226, Le comte abandonna à Louis VIII tous
ies droits sur cette seigneurie, moyennant une rente annuelle
de quatre cents livres tournois que le roi devait lui payer pen-
dant cinq ans'.
Dès l'époque lUi siège do la Rochelle Louis VIII commence
.& octroyer des chartes aux \-itles de Poitou. De ce moment
date en effet l'acte par iequol il confirme aux bourgeois de
lljmoges les coutumes et les libertés dont ils jouissaient au
temps de Henri II et de Richard Cœur de Lion*. Après la prise
de la Kochelle, Saint-Jean d'Angêli reçut une confirmation de
ses privilèges identique à celle que Philippe-Auguste lui
tvait octroyée en 1204', Enfin Louis VIII promit aux Ro-
chelais de respecter leurs privilèges, de ne jamais détacher
leur ville de son domaine et de ne point démolir leurs rem-
parts; tous les barons présents jurèrent cette convention sur
fî'âme du roi'. Afin de relever le commerce de cette ville, il
raccorda un sauf-conduità tous les marchands qui s'y rendraient;
'les négociants anglais eurent défense d'y séjourner, sous
Lf d'être chassés, mais l'expulsion ne pouvait les frapper
Qu'au bout d'un délai de vingt jours '. En outre, Louis accorda
faveurs à nn certain nombre des bourgeois les plus influents
de b commune; il confirma en faveur d'Hélie Bernard une
charte de Richard Cœur de Lion l'exemptant des coutumes,
et une charte de Jean sans Terre lui concédant en fief le mi-
nage de la Rochelle ; il confirma également les privilèges que
}es Plan tagenets avaient octroyés à Hélie Gasquet et â la famille
de Guillaume Legier; â l'exemple de Richard, il exempta de
coutumes dans toute l'étendue de son domaine les héritiers
de Guillaume et de Gautier Offroi, parents du célèbre Alexan-
dre Offroi qui avait fondé en 1203 l'aumônerie de la Rochelle.
Il exempta de toute coutume Girard de la Chambre et lui
octroya le privilège de n'être justiciable que du roi ou du
. Catal., n°' 158 et 309. Voy. aussi Calai, n" 262, et one enquête
Elite au temps d'Aifonse de Poitiers, dans Arch. hist. du Poitou, V]l,
^86; cf. Massjoa, Uisl. d'AunU, 11, 248.
' 2. Catal., fV 139.
3. Catal., n" UO; cf. Deliale, n- 86i.
4. Catal., n-" I'.'é et 145.
. Catal., n." 14G.
254 PRlVJI.KrtES Airx COMMUNES
bailli principal du Poitou. A Pierre de ta Paie il céda, moyen-
nant le cens annuel d'uo besant, le revenu auquel il avait
droit sur les poissons de mer de la poissonnerie de la Rochelle,
et il lui confirma la pêcherie et la paneterie de la ville '.
De cette époque date aussi la charte accordée aux bourgeois
de Saint-Junien. Louis VIIl confirme lenrs coutumes et leur
accorde protection et sauf-condnit pour vo_yafrer dans ses
terres'. Quelque temps après, on repassant à Niort, il con-
firme les coutumes des habitants" et reconnaît en faveur de
Richard Lequeux les donations faites autrefois à son père
Guillaume par Richard Cœur de Lion ; ce Guîllaumo Lequeox
était 1b représentant de l'autorité royale à Niort, au temps de
Jean sans Terre ; il avait été à la tête du parti français taiil
que la ville était restée sous la puissance de Philippe-Augusto'
Un peu plus tard. Louis VIII confirme les privilèges accordés
pai' Philippe-Auguste aux habitants de Poitiers en 1222'.
Après le retour du roi en France, l'octroi des chartes
continue. Au mois de septembre, lo roi confirme les lois
des gens de la Réole; il leur accorde l'exemption de toute
coutume en Poitou, et leur promet même faveur en Gascogne
quand cette province sera conquise ; il s'engage à ne jamais
les détacher de son domaine et à ne point détruire leurs
remparts, à moins qu'ils ne se révoltent, Dans un autre acte,
il confirme particulièrement leurs droits municipaux. Enfin il
prononce le bannissement et la confiacation des biens de neuf
bourgeois de la Réole, qui, pour quelque méfait dont noas
ignorons la nature, avaient été chassés de la ville en 1222 par
leurs concitoyens, puis réintégrés sur l'ordre du roi d'Angl<
torre*. Les bourgeois de Saint-Emilion obtinrent une charte
analogue à celle des Réolais'.
On ne trouve en revanche que deux chartes accordées par
1. Calai., n"> 149 àl54. Voy, sur ces familles; fiti. ^c.CA., série IV,
t. 11.510, et t. IV, 133 et suiv.
2. Calai., n" 157.
2 Calai., n" 160.
4. Calai., n" 161. — Giry, Elabi. de Rouen, I, 210, 211, 2(3.
5. Calai., n" 162.
6. Calai., n" 165, 166. — Cf. Shirley, n» 182. — Cinq de ces boof-
gfloia appartenaient à la puissante famille de Pins: voy. Gauban, Uii'-
de la RMe, p. 87.
;. Catal^Q" 191.
PRÉCAUTIONS MILITAIRES 255
LBVIIIauxnioiiastères poitevins. La première fut octrojée
ndant le siège de la Rochelle à l'abbaye de Saint-Jean
'à'Angéli; cette abbaye avait pendules drnits fort importants
que les comtes de Poitiers, au temps de leur dominatiou, lui
avaient donnés sur la ville de Saint-Jean; elle obtint un acte
de Louis VIII qui confirmait la charte de Guillaume X de Poi-
tiers et qui, du reste, n'eut pas grand effet'. A la fin de l'an-
née, Louis confirma aussi les biens et les privilèges de l'abbaye
de Saint-Maixent, à laquelle son père avait autrefois accordé
sa protection. Ce puissant monastère avaitalors sous sa domina-
Jion toute la ville de Saint-Maixent'.
m Le roi ne pouvait se contenter, pour assurer la solidité de
■k conquête, do confirmer les privilèges des villes et des
"felibayes. Il fallait aussi mettre le Poitou à l'abri d'un coup
do main. Louis VIII, en quittant la Rochelle, y laissa une gar-
nison *. Il fit occuper la forteresse de la Réole et se réserva
In droit d'en construii-e une à Saint-Emilion ; cette forteresse
fut élevée en effet'. Enfin il attacha à son service Savari
de Maulêon. .\ la suite de la prise de la Rochelle, le sénéchal
brait été soupçonné de trahison par les Anglais. Après avoir
Hsayé en vain de se justifier, il alla offrir sou épée k Louis
BÇ^II (déc. 1224)". Il consentit à livrer en garantie ses meil-
leurs châteaux* et la garde de la Rochelle lui fut confiée. On
sait d'ailleurs que cette ville avait autrefois appartenu k sa
lunille. 11 eut en même temps la surveillance des côtes.
^naliste de Dunstaple l'appelle « custos partis maritime. »
{irsque l'année suivante Guillaume Longespéo fut jeté par
[ tempête sur les cdles de Ré, cette île était 30u.s ta garde
B Savari 11 qui à cette époque comhattaitpourle roi de France
torganin. munie, de Sniiil-Maixenl, dans Mém. Soe.Ant.del'Ouett,
XIV. 209-270. Je ne sais où cet iiulcur a vu que Louis Vlll Dl bâtir
ch&teau à Saint-Maixent; il croit du reste que Louis Vlll vivait
•re en 1230 (p. 270).
Catal, w 201.
Calai., n<" 165 et 191; Guadet, Saint-Emilion, 53.
;. Chron. de Toiin. 307. — Lilt. Clatm., Il, S"- et 9. — /iec. office,
VIII, part, ru, merabr, 2.
6. Hotuket, V, 3'ii08-2441t.
256 FRAGILITE DE LA CONQUETE
a Louis et surveillait avec de nombreuses troupes les îles
« de la mer ))^
Cependant les événements devaient démontrer Tinsuffisance
des précautions prises par Louis VIII ; une partie de ses
conquêtes allait lui échapper. Dès le mois de septembre 1224,
Hugue de Vivonne écrivait à Henri III que s'il ne perdait
point de temps et prenait immédiatement une décision, il
pourrait facilement reconquérir le Poitou*.
1. Annales de Dunslaple^ 98. — Wendover, III, 97.
2. Shirley, n« 207.
CHAPITRE III
LES RAPPORTS DE U FRANCE ET DE L'ANGLETERRE
EN 1225-1226.
La révolte de Fauquet de Bréauté valut au roi de France
la conquête aisée des grandes villes poitevines, mais elle ne
fut point sans profit pour le gouvernement anglais; elle dé-
termina une réaction qui chassa du conseil royal les Pierre
des Roches et les Renouf Blondeville. Hubert de Bourg allait
garder pendant plusieurs années sans contestation le pouvoir
suprême, et son habileté devait souvent causer de graves
inquiétudes aux Capétiens. Dès la fin de l'année 1224 une ère
nouvelle commença. Loin de pouvoir opposer à cette énergie
renaissante de ses ennemis une activité plus grande, Louis VIII
dut renoncer momentanément à diriger lui-même la guerre
contre les Anglais ; bienlôt même il se laissa distraire par
rkppât d'autres conquêtes.
Les nombreux petits faits qui forment l'histoire des
rapports de la France et de TAngleterre pendant Tannée
1225 se groupent en trois courants distincts : une guerre ma-
ritime et commerciale, une guerre continentale et une série
très complexe de négociations.
Lorsque la trêve avait été rompue, les deux rois s'étaient
accordés pour laisser circuler librement les marchands dans
leurs terres respectives, jusqu'au 9 juillet 1224'. Depuis
cette date jusqu'à la fin de l'année, Henri III accorda des
1. Rec. Office, Pat, VIII Henry III, part, m, membr. 7. « Rex Sa-
« varico de Malo Leone senescallo Pictavie et Wasconie salutem. Sciatis
« quod convenit inter nos et Ludovicum regem Francorum quod
« omnes mercatores terre nostre et sue salvo et secure eant et redeant
« per terram nostram etsuam, cum omnibus mercandisis suis, faciendo
« mde rcctas et débitas consuetudines, a pascha proximo preterito anno
« re^i nostri viii usque ad xv dies proximas post instans festum Sancti
« Johannis Baptiste anno regni nostri eodem » (14 juin 1224).
Cu. Petit Dutailus. Règne de Louis Vil!, 17
258 GUERRE ÉCONOMIQUE.
sauf-conduits individuels à quelques marchands de Rouen,
de Dieppe et autres villes normandes * ; selon Tannaliste de
Dunstaple, il y eut encore des « trêves avec les marchands
français » en 1225 S mais les rôles n'en portent plus trace.
Au contraire on y voit la preuve d'une guerre acharnée entre
les marins français et anglais et d'une sorte de brigandage
officiel.
Dès que la Rochelle fut tombée entre les mains des Fran-
çais, des mesures furent prises par Hubert de Bourg pour
lui fermer ses débouchés anglais. Le 23 août 1224, il ordonne de
faire saisir les navires qui arriveraient du Poitou ; quelques
mois plus tard il confisque une cargaison de vins d'Aunis
qu'un capitaine de Rye apportait de la Rochelle '. Tous les
marchands français, sauf quelques privilégiés, sont frappés
en même temps ; au mois de septembre 1224 ils sont arrêtés
dans les ports et les foires d'Angleterre et sont emprisonnés;
des mesures analogues sont ordonnées à diflférentes reprises
en 1225*. On faisait la chasse aux navires de toutes les pro-
vinces françaises ; plusieurs furent capturés en vue de Guerne-
sey, qui avaient chargé à Nantes". Enfin les exportations en
France furent interdites à plusieurs reprises*.
La Rochelle se trouva ainsi privée de ses anciens débou-
chés, pour le plus grand profit de Bordeaux, désormais sans
rivale sur les marchés anglais. Savari de Mauléon, devenu le
gardien des côtes pour le roi de France, vengeait les Roche-
lais en lançant des corsaires aux trousses des navires borde-
lais et anglais. L'annaliste de Dunstaple nous a laissé le récit
d'un des épisodes de cette guerre. Une flotte anglaise qui
venait d'apporter de l'argent à Richard de Cornouaille pen-
dant sou expédition en Gascogne, à la fin de l'année 1225, se
vit retenue prés do la Rochelle par le calme ; averti par ses
galécs, qui faisaient perpétuellement croisière, Savari deMau-
1. Actes de juillet, août, octobre et novembre 1224: Bec. O/f., Pa'
VIII Ilniry III, part. in,membr. 6, 4, 3, 2; Pat. L\, part, i, raembr.9.
2. Ann. de Dunstaple, 99.
3. Lin. claus., I, 617''. — Rec. 0/f., Pal. IX Henry III, part. i.
membr. 7.
4. LUI. rlaus., ï, 632»'; II, 38, 41.
5. LUI. claus., II, 48"'.
6. Lia. claus., Il, 10, 14»», 15'>, 146.
INACTION FORCEE DB LOBIS VIII.
259
léon ordonna aux Anglais de rentrer dans le port, sous peine
de mort. Ils oe voulurent point se naettre à sa merci, mais
offrirent une forte rançon. Savari irrité se préparait à l'atta-
que, lorsque le vent se leva et permit à la flotte ennemie de
s'enfuir '.
Louis VIII, de même que Henri III, fut d'abord résolu à ne
point se contenter de ces démonstrations d'inimitié. Dans la
charte accordée en septembre 1224 aux hommes de îa Réole, il
manifesta l'intention de conquérir la Gascogne. Au mois de
décembre, il ût répandre le bruit qu'il avait entamé d'heureu-
ses négociations avec tes nobles d'Angleterre et qu'il complaît
bientôt faire valoir ses justes droits sur la couronne détenue
par Henri III; il promit des gages très élovés aux marins et
aux hommes de guerre français et anglais qui l'accompa-
gneraient dans cette nouvelle expédition. Mais, semble-t-il,
ce ne fut là qu'une manœuvre pour effrayer la papauté et
contre-balancer l'effet des intrigues anglaises'. En tout cas,
ces plans ambitieux ne reçurent aucun commencement d'exé-
cution. A répo(|ue des fêtes de Pàquea de 1225, de graves
événements se produisirent en effet en Flandre. On sait que,
selon les meilleures autorités, le comte de Flandre Baudouin,
empereur de Constantinople, était mort peu après 1205 ; en
l'absence de Forrand, prisonnier au Louvre depuis la bataille
de Bonvines, la comtesse Jeanne gouvernait le pays sous lo
contrôle étroit du roi de France. Or un vieillard qui prétendait
<ytre Baudouin apparut tout à coup en Flandre et se fit un parti
puissant. Celte étrange aventure préoccupa beaucoup Louis
; jusqu'à la capture du taux Baudouin, il parut complète-
nt absorbé par les affaires de Flandre. Hubert de Bourg,
■ contraire, malgrii la grave situation de l'Irlande, s'occupa
ivemeut de la Gascogne. Nous avons vu qu'il était averti
I l'insuffisance des garnisons frauçaises. D'abord, dans la
linte d'une invasion en Angleterre, il fortifia les eûtes, en-
hra des troupes dans les îles de la Manche et prit des ota-
i aux barons des Cinq-Ports. Puis, le 25 décembre 1224,
e assemblée fut convoquée à "Weatminster; le grand justicier
. Ann. de Durulaph, 98-99.
' 'in. de Dunslaple, 92. — Shirlcy, ii» 209.
260 EXPEDITION ANGLAISE EN GASCOGl
montra quels désastres l'Angleterre avait subis outre-mer^
demanda que tous les sujets du roi, laïques et ecclésiastiquflî
contribuassent à y remédier en donnant la quinzième partie
de leurs biens meubles, La promesse de confirmer les chartes
de libertés emporta l'acquiesceraent des assistants'. Aussitôt
on commença les préparatifs d'une descente en Gascogne;
on voulait d'abord reprendre les villes que Louis avait sou-
mises sur les bords de la Garonne. Le commandement de
l'expédition fut confié au frère du roi, Richard ; comme il
n'avait alors que seize ans, on lui donna pour conseillers
Guillaume Longespée et Philippe d'.\ubigné. Le 2 février
1225, le jeune homme fut fait chevalier et créé comte de
Cornouaille et de Poitou. II s'embarqua le 23 mars avec use
soixantaine de chevaliers et une petite armée'.
Sur la campagne dirigée en Gascogne par Richard de Cor-
nouaille, les récits contemporains diffèrent sensiblement et
sont assez difficiles à accorder. Roger do Wendoverest mal
informé sur ce point, comme en général pour tous les événe-
ments qui se sont passés en France . Nous n'avons qu'un docu-
ment qui puisse être regardé comme sûr, c'est une lettre que
Richard adressa le 2 mai à son frère. Voici les résultats aux-
quels amène la comparaison des textes divers.
Après une heureuse traversée, Richard arriva à Bordeaux,
qui était maintenant le seul grand port ouvert aux Anglais.
Il se mit à parcourir le pays, recevant çà et là des homma-
ges, et ramenant de force les indociles. Saint-Macaire fut
probablement la première ville qu'il reprit ii Louis'. 1^ 2^
avril, il arriva devant Bazas ; le 25, l'évéque et les habtuntf
se rendirent. A cette époque, toute la Gascogne était reve-
nue sous la domination anglaise, sauf la Réolect Bergerac'.
Il est probable que dès le commencement de la campagne.
Richard avait tenté de prendre la Réole. Pendant ce premier
1. Ann. de Dunttaple, 91-93. - Wendover, II!, 91. — Bârnwell. IS*
Ï57. — Ann. de Wavrrley. 300-301.
2. Wendover et Math, de Paria. HI, 9a. — Am. de Winchei(er, H-
— C/iron. de Tours, 307-308. — Rymer, I, part. 1. 177.
3. Pierre deGabarrctne fîtdu restehommaee à Henri III qu'en tlt^;
TOV. Virac, Recherche» ittr la ville de Saint-Macaire, 31 et auiv.
\. Rymer, i, part. I, 178. — Wendoner, III, 93. — Chron. de Tovt,
LES ANGLAIS REPRENNENT LK REOLE,
261
I
siège Hiigiie de Lusignan et quelques barons Poitevins tentèrent
de dégager la villo. Au moment où ils allaient arriver sous
les murs, ils tombèrent dans une embuscade: surpris dans
un bois par Richard de Comouaille et ses compagnons, ils
furent vaincus et dispersés après un rude cnnihal. Ce niallieur
ne découragea point les habitants de la Réole, et Richard dut
lever le siège. Au mois de juillet, le faux Baudouin ayant été
enfin fait prisonnier, Louis VIII songea à secourir les Réolais.
Au commencement d'août, alors probablement qu'après un
certain intervalle de temps les Anglais étaient revenus bloquer
la villo, Louis VIII « compatissant au sort de la Réole "envoya
son maréchal avec des chevaliers mercenaires pour la délivrer,
Mais le gouvernement anglais soutenait fermement la campa-
gne ; le 18 août, on envoya à Richard de nouvelles troupes, de
l'argent et des vivres. Selon les chroniqueurs français, la Réole
fut délivrée; en tout cas ce ne fut pas pour longtemps : Ri-
chard continua à harceler la ville d'attaques incessantes et
Louis VIII n'envoya pas de nouveaux renforts. Les partisans
du roi d'Ajigleterre finiront par l'emporter; dans la nuit du
13 novembre une soixantaine de bourgeois ouvrirent les
portes aux Anglais et la garnison française eut seulement le
droit de se retirer avec armes et bagages. Il y a dans le
registre F de Philippe-Auguste et de Louis VIII une " liste
c( des noms de ceux qui ont livré la Réole ". On y remarque
les noms de Raimond de Pins et de plusieurs autres membres de
la môme famille ; or Raimond et quatre de ses parents, qui
étaient partisans dos Anglais, avaient été bannis de la ville
par Louis VIII en 1224. Le prieur de la Réole, aidé de deux
chevaliers, dressa la liste des traîtres et l'envoya à
Louis Vin. Les chroniqueurs ont donc tort de représenter la
prise de la ville comme un effet de la lassitude générale des
habitants'.
L'expédition dirigée par le maréchal de Louis VIII ne fut
pas absolument sans gloire. Les Français prirent Limeuil et
soumirent le seigneur de Bergerac'. L'histoire des rapports
de ce seigneur avec le roi de France est caractéristique; elle
I. Calai., n" 290 ; — C/iron. de Tourt, 308, 309, 310; — Wendover,
[. 93. — Cf. Annale» de Ihimtapte, »4. — LUt. Qlatu., Il, 69,
t. Chron.de Toura, 308,
262
I.OtlS Vni ET LE SEIGNEUR DE BERGERAC.
montre quelle était la légèreté d'humeur des barons poiti
vins, et combien il fallait faire peu de fonds sur leurs sa
ments. Bergerac était une ville impartante ; on sait qa'el
est sitaée au point oii la Garonne devient navigable ; de pti
elle fut presque toujours à la limite des possessions angli
ses et françaises'. Hélie Rudel en était le seigneur. Son sut
rain Amauri de Montfort l'autorisa en 1224 à devenir le vasi
immédiat du roi. 11 suivit Louis VIII qui allait en Lorrain
et lui fit hommage lige à Reims; Louis promit par un tu
particulier de ne le mettre jamais hors de sa main'. H4J
resta fidèle au roi assez longtemps, puisque dans sa lettre di
mai 1225 Richard de Comouai lie prétend avoir soumis tousl
seigneurs gascons sauf celui de Bergerac; mais entre le me
de mai et le mois d'août ce dernier quitta le parti franraù
Il fut contraint d'y revenir pendant l'expédition du mai
a Mais, dit le chanoine de Tours, aussitôt que les FrançJ
(1 se furent retirés, le seignonr de Bergerac, se/on A» coulm
u poiVewme, tourna casaque et se mitau service de Richard'.
C'est soit à ce dernier abandon du parti français, soit au pi
niier que se rapporte une lettre non datée, adressée p
Hélie Rudel au sénéchal de Poitou et à son auxiliaire Jai
de Beaumont, et qui est curieuse par la vivacité du ton,
rare dans les documents français du temps. Hélie s'y plaiiil,
avec beaucoup de fougue, de l'injustice des Français ; le
néchal de Poitou a voulu le tuer ou au moins le faire pri-
sonnier ; alors il a porté plainte à Jean de Beaumont et ai
autres barons, qui ont promis d'obtenir du roi de France
tisfaction pour lui ; Hélie a attendu vainement trois semaines;
au lieu de réparer les torts qu'on lui avait faits, on a abuj^
de sa confiance; il avait livré Bergerac, sous la promesse
expresse que ses biens seraient respectés, et on lui a cau^
pour dix mille sous de dommages. Bref Hélie annonce a Jean
1. Delpit, Coll. gén. des doevmenlt français, Inirod., p. ciAViii-
Geoffroi de Neville, au moment où Louis marchait sur Marmtni!
en 1219, demandait ù Henri III de secourir le seigneur de Berger»*
ajoutait en parlant de cette ville : n Marcliiam terre vestrc versus put
■ Agennenses et Petragoricenses contra hoates veslros tenet. » (Shit^-
n» 20).
2. Calai., n- 176, 180, 181,
3. Wendover, III, 93.
4. Chron. de Tours, 308.
pri- I
m
les;^
VJll. - ^
mtaiàM
HOMMAGE DC VICOMTE DE THOUARS.
263
Beaumont et aux autres barons qu'il retire son hommage
roi de France'. Si Hélie n'esagêre pas, sa lettre explique,
ir la malatlresse de la politique française, la rapidité des
ccès do Richard.
A ta fin de l'année 1235, la partie de la Gascogne qu'avait
soumise Louis VIII était reconquise. Le seul succès de la
politique française en 1225 fut la 3ouiiii:iaion du seigneur de
Thouars. Le 2 juillet, Louis VIII se rendit à ChJnou et
' conclut avec le vicomte Aiineri une prolongation de
rêve de vingt jours ; Aimeri réfléchit et, craignant que
lenri III ne pût jamais le « débarrasser du rui de France »,
l finit par venir à Paris; là, le 21 juillet, il fit en assem-
dée solennelle hommage lige au roi Louis pour ses fiefs du
*oitou et d'.^Jljou. En même temps, Hugue de Thonars,
rère dn vicomte, fit hommage lige à Louis pour la terre
[u'il avaiten Aunis et pour 200 livres de rente que le roi lui
onstitua en iiugment de fief sur la prévôté de La Rochelle ;
.ouis reçut aussi l'hommage lige de Geoffroî d'Argentoo,
fiveu d'Aimeri, pour une rente annuelle de 140 livres tour-
ois, et celui de Geoffroî Boisard, vassal d'Aimeri, pour une
ente de lUO livres tournois'. Ces pacifiques conquêtes coû-
lient aussi cher que des expéditions militaires, mais elles
Taient l'avantage d'être plus durables. Lorsqu'Aimeri mourut,
ion après le couronnement de saint Louis, comme le prétend
L Imbert", mais le 21 mars 1226, sou frère et successeur,
Iiiguc de Thouars , fit immédiatement hommage lige à
ouis VIII '.
Il j eut pendant cotte année 1225 des négociations très
ctives menées de part et d'antre. Chacun de leur côté, les
BUS rivaux recherchèrent des alliances. Depuis la bataille
B Bouvinos, PhiUppe-Auguste ne s'était plus occupé de son
Dcien protégé Frédéric de Staufen. Louis VIII voulut
ïooner à son profit ces anciennes relations d'amitié. Dés
lutomne de 1224, il envoya en Sicile auprès de l'empereur
1, Martène, AmptiJti. CoUeclio, I, 1178. Marltne a dalé approiima-
Ivement cette lettre de 1223. Elle est ôvidemment de 1225,
a. Cftron. dr Tours, 308. — Calai., n"' 264 à 267.
3. Imben, Vicomtes de Thounrt, dans M^m. Soc. Ant. Ouest. .\.\IX,
13.
(. ChroH. de Tourt, 313. - Catal., n- 3G0.
264
LOas YUI ET FREDERIC II.
deux de ses palatins, maître Simon de Maisons et GuîUaumA
de Bagncux ', et il se dirigea lui-même vers la Lorraine pour
y rencontrer le roi des Romains, Henri VII, auquel Frêdérift
laissait le soin des affaires d'Allemagne «luaiid il séjournait ea
Italie.
Henri n'était qu'un enfant; ceux qui exerçaient le pouvoir
à sa place étaient l'archevêque de Cologne Eugilbert et le duc
de Bavière. C'était à Engilbevt surtout que Louis VIII allait
avoir véritablement affaire. L'archevêque amena le jeun»
Henri YII à Toul le 18 novembre 1224 ; avec lui se trouvaient
le cardinal Conrad, légat en Allemagne, l'arclievêque da
Majence et un grand nombre de seigneurs '. Le roi Louis VIII
était alors à Vaucouleurs. Le lendemain li) novembre,
les conférences commcucèrent '^ ; elles eurent lieu, croit
M. Huillard-Bréholles, à lîigni-la-Sallc. Le chanoine ila
Tours dit qu'on y discuta beaucoup et qu'où n'y résolut rien'.
L'assertion est exacte. Mats quelles furent les grandes ques-
tions qu'on agita? Nous sommes renseignés lâ-dessus par
deux lettres très intéressantes, écrites au roi d'Angleterre,
l'une par ses agents en cour de Rome, l'autre par l'iîvèqueila
Carlisle, en mission auprès d'Engilbert.
Selon toute vraisemblance, la question discutée en premièpe
ligne fut celle du mariage de Henri VII. I! s'agissait pour
Louis VIII d'empêcher l'union qui avait été projetée entre
le jeune prince et la sœur du roi d'Angleten*e. Peut-ètr»
Louis songeait-il à proposer sa fille". Le mariage du roi
des Romains et l'alliance de l'empereur avec tel ou tel des
deux rivaux étaient des questions connexes. Frédéric II, qui
se préparait à partir pour la Terre Sainte, était disposé à M
concilier les bonnes grâces de son voisin le roi de France.
Mais deux personnes s'opposèrent aux desseins de Louis. Ce
fut d'abord lingilbert ; l'archeTêque de Cologne était tout porlé
à seconder le gouvernement anglais, dont l'alliance était
particulièrement favorable au commerce du Rhin. Il presai
Honorius ÏU d'intervenir lui-même auprès de l'empereur pour
I. Citlal., n» 184.
3. Aubri de Troisfontaines, 91'>.
3. Ibidem; cf. Chron. île Tours, 306.
4. Chron. de Tours, 306.
5. C'est ce que suppose Winkelmann, Friedrich II, I, t&S.
LOUIS VI[1 ET FREDERIC I
'-'65
lui faire accepter l'alliance anglaise. Le second adversaire
de Louis était le cardinal Conrad; s'il faut en croire la lettre
que ce dernier écrivit au pape, ce fut lui qui empêcha les
négociateurs allemands et le roi de France de s'entendre
<i au sujet de l'affaire du mariage «. Louis VIII fut très irrité
d'avoir été joué à Rigni-la-Salle. Immédiatement à l'issue des
conférences, il envoja des agents au pape et à l'empereur
pour se plaindre d'Engilbert, qui s'était opposé ii une alliance
dont le pape n'avait pu ignorer les préliminaires, et dont
l'empereur avait expressément ordonné la conclusion.
Les intrigues du parti anglais n'em pochèrent point le suc-
cès des négociations entamées dii-ecteuient avec l'empereur
en Sicile. Devant Simon rie Maisons et Guillaume de Bagneux,
arrivés â Catane en novembre 1224, Renaud, duc de Spolète,
et le notaire Jean de Trajetto jurèrent sur l'âme de l'empe-
rour un traité d'alliance entre Frédéric et Louis : chacune des
deux parties contractantes s'engageait à ne recevoir dans ses
terres aucun des rebelles de l'autre État; cotte clause avait
été évidemment demandée par l'empereur, qui avait souvent
des révoltes à châtier; en revanche, Frédéric s'engageait à
no faire lui-même et à ne tolérer de la part de ses sujets
aucune alliance avec le roi d'Angleterre. Ainsi, à la fin de
l'année 1224, Louis VIII était sûr, sinon que Frédéric lui
prêterait un concours effectif, du moins que le roi d'Angle-
ten-e ne trouverait en .\llemagne aucun appui. Louis VIII et
Frédéric s'étaient entendus d'ailleurs pour tenir leur alliance
secrète; l'empereur voulait éviter une brouille avec le conseil
de régence dont Engilberl était le chef. Le roi de France es-
saya de corrompre Engilbort, dans l'espoir de rendre possible
la divulgation du traité de Catane. L'archevêque ne comprit
pas le véritable motif de ces offres, et persuadé que l'empe-
reur ne s'était pas encore engagé, continua ses intrigues avec
les agents anglais. Mais avant de mourir, il vit échouer ses
desseins : le mariage du roi des Romains avec Marguerite
d'Autriche était décidé, et l'archevêque se rendait à la céré-
monie quand il fut assassiné par Frédéric d'Isemljourg, le
.novembre 1225'.
[J. Lettre de l'évèquo de Carlisie dans IIuillard-Bréholles, llisl. dipl.
266 LOUIS vin et frederic il.
I] est probable que jusqu'à cette date ralliance des deui
princes ne fut pas divulguée. Dans une lettre du 4 août 1225;
Frédéric II prie Louis VIII de ne point donner son appui ;
Cambrésiens révoltés, et il invoque le traité de Calano'. maîi
cette lettre a fort bien pu demeurer secrète. Rien ne pouvaifi
faire deviner le lien qui unissait les deux monarques. Fréd^
rie affectait de tenir la balance égale entre les rois de Franco
et d'Angleterre; il écrivait au pape qu'il fallait lus I,
agir à leur guise, car le.s affaires du roi de France et «es re-
lations avec son vassal Henri III ne regardaient point la
Saint-Siège'. Une fois qu'Engilbert eut disparu de la scéu
politique, le traité de Cataue fut probablement publié.
Louis VIII chercha à le faire confirmer par le roi des Ro»
mains. Lorsqu'on 1226 il mit le siège devant Avignon, et
qu'il dut par suite fournir des explications au gouverne-
ment impérial', il confia à ses envoyés le soin d'obtenir
l'alliance de Henri Vil. Cette fois sa demande fut bien ac-
cueillie, et le II juin 1226, à Trente, un traité d'alliaoce
entre Louis VIII et le roi des Komains, rédigé dans les tacma
termes que le traité de Catane, fut juré sur l'àme de Henri VII
par l'évèque de Wurtzbourg et Gerlachdo Budingen, devant
deux des envoyés français, l'êvéque de Beauvais et Robert
de Boves'. Mais Louis Vill mourut quelques mois après, et ses
relations avec l'empire n'eurent jamais qu'un effet négatif,
celui d'empêcher le roi d'Angleterre de trouver en Frédéric II
un allié.
Quant à Hubert de Bourg, il n'avait pas négocié seulement
avec l'empereur. En 1225 il chercha partout des secours, Toiu
les ennemis secrets ou déclarés qu'avait Louis VIII devinrent
l'objet de ses sollicitations.
C'est ainsi que dés le 11 avril 1225 Henri III entra ea
correspondance avec le fameux faux Baudouin. Que ce vieil-
Freil. tee.. 11. part, u, 834 et tiuiv. Lettre des agents anglais, Shirle;,
n" 20S. — Cata(., n" 184. — Huiliard-BréholleB, op. cit., InlrodHctio».
p. cc\cn et suiv. — Winkelmann, ûp. ciL, I, 452 et suiv. — Pour I*
meurtre d'Iîngilbert, voy, Winkelmann, op. cit., I, 468.
1. Calai., n-ses.
2. Lettre écrite le 25 février 132S par Etienne de L<icy et GeoOna
de Crawcombe an roi d'Angleterre (Sliirley, n" 21&).
3. Calai., n- 385.
i. Cttlal., n°386.
HENRI ITi ET LE FAUX BArDOCIN. 267
lard fftt oai ou non le véritable empereur de Constantiiiople,
peu importait. Il était l'ennemi de Louis VIll, qui soutenait
ia comtesse do Flandre contre lui, et c'était assez pour
que Henri \\l reclierchàC son appui. Le roi d'Angleterre lui
ilemandade renouveler l'ancloime alliance qui unissait leurs
ancêtres : u Vous savez sans aucun doute, écrivait-il. que le
roi de France nous a dépouillé d'une partie de notre
« héritage, et, plein d'espoir, nous vous sollicitons de vouloir
bien nous assister contre lui en aide et conseil, au lieu et
à l'époque qu'il sera nécessaire ; nous sommes prêts de
notre cùto à vous tendre, selon nos Torces, un bras secou-
rable'. » Peu de temps après Henri III apprenait que le
,us Baudouin était mort misérablement.
L'Auvergne était alors dans un état assez analogue à celui
lie la Flandre. On sait que depuis le milieu du tlh' siècle, la
maison seigneuriale de ce pays était divisée en deux ; en effet.
[Guillaume VII, chef de la branche aînée, .lyarit été dépouillé
du comté d'Auvergne par son oncle Guillaume le Vieux,
devînt la tige des comtes de Clermont, taudis que Guillaume
ïe Vieux et ses descendants restaient comtes d'Auvergne". En
1. Rymer. I, J, 177.
2. Voici, d'après l'ouvrage de Gamier {Tahhaux giiiialogiqui-s
ikt touveraint de la France, planches XXil à XXIV), un tableau qui
rendra nos explicatinns plus claires. Nous avons corrigé les indi-
cations de Garnier d'après le Mémoire de M. Prudhomme sur l'Ori-
Îine et le tenu ila mots Dauphin et llavphiné {IHb. F.c. Ch., LVI, 449-
50), Au temps de Louis VllI, Dauphin n'est encore qu'un prénom.
GuilUuniD VI. comte da Clermonl ot d'Anvergni
RcdMctIII. comtt^d'Auvrrgno, f lliô. GullliamoVlIl le Vieui
I i»ur[eli?™ii.léd-Au-
Billanmc Vil. comle d'Aurergns. diigniillli! par son onols, viruns sur Kin nirst
uillaïuso la \i<'ui. duvloat U Ugi de. comlei de Clormanl. GulUaiimi VU.
aaphia 1. oomto ilc Clonuout, ipuliËé ijucIquaToli comlo Rolierl IV. ccmlD d'Ao
d'Auv«rg..,^.:-m„r,|-..«. ,y,.
Gullliunii? Ris de Diupl.ln. l'ouiIc de CWmanl de l?:J'. Gui II, miuto d'Auvar-
I. comU de Clermont
il^JtiGiiioliuddcIh
n V. t !■
268 HENRI III ET L AUVERGNE.
1212-1213, Gui II, petit-fils de Guillaume le Vieux, fut privé de
presque tous ses domaines par Pbilippe-Auguste et lorsqu'il
mourut il laissa son fils Guillaume X à peu près sans res-
sources ; une haine commune contre le roi de FraJice amena un
rapprochement entre ces princes et la famille des comtes de
Clermont, qui , dans les dernières années du xii' siècle, avait été
réduite à implorer la clémence de Philippe-Auguste'. Déjà en
1206 Gui II avait reçu des secours de Jean sans Terre pour luller
contre Philippe-Auguste'. En 1225, Richard de Cornouaîlle,
Guillaume Longespée, Philippe d'Aubîgné et Geoffroi de Ne-
ville entamèrent des négociations avec « Guillaume, fils da
Il comte Gui d'Auvergne, avec Dauphin, comte de Clermont et
« avec Robert, son petit-flls ». Dauphin, dont il s'agît ici, est
Dauphin I", fils de Guillaume VII ; Guillaume, fils deDauphin
et père du jeune Robert dont il est parlé dans le document
anglais que nous analysons, ne se trouva point mêlé à ces né-
gociations. L'alliance de Henri III avec les deux branches de
la maison d',\uvergne fut l'objet d'une lettre patente du Vi
octobre 1225'. Les détails peu nombreux que nous possédons
sur l'histoire du centre de la France ne nous permettent nulle
supposition sur les conséquences des négociations de Hicharil
de Cornouaillo.
Au printemps de l'année 1225, le pape avait envoyé le car-
dinal de Saint-.\nge auprès de Louis VllI pour le décider k
défendre la cause de l'orthodoxie contre lecomtede Toulouse.
Ratmond VII était donc un allié de plus pour l'Angleterre.
Jean sans Terre avait donné l'oxomple à son fils en soutenant
secrètement Raimond VI. Henri III intrigua auprès du pape
et du cardinal de Saint-Ange en faveur du comte de Toulouse
et finit par offrir à ce dernier une alliance ferme; dans une
lettre du 14 août 1225, il lui recommande de ne jamais ou-
blier la communauté de leurs intérêts, et lui annonce l'arrivée
de deux messagers, escortés par Richard de Cornouaille,
Guillaume Longespée et Philippe d'Aubigné eux-raèmes;
1. Baluze, Hiil. de la Maison d'Auv.,_l. 74etsu!V. — Delisle, n'itt.
— H. W. Walker a complètement négligé cette question importaoteet
difficile des rapports de Philippe Auguste el de 1 Auvergne.
2. Tardieu, f/itl. de Clrrmanl-Ferrand, I, M.
3. Piécet juslipcalives, n" VIU.
HËNHI III ET I,B COMTB DB TOCLOCSK.
ces messagers sont porteurs <riiii traité d'alliance; Raimond
en rédigera un de même teneur, mais ces négociations, dont
la divulgation pourrait lui nuire, seront tenues secrètes'.
Nous avons reti'ouvé dans un volume de chartes du fonds
Cotton un fragment de ce traité, ainsi que la minute du ser-
mentpar lequel les messagers anglais promettaient au comte de
Toulouse do faire respecter la convention'. Henri III s'enga-
geait à envoyer immédiatement des ambassadeurs auprès du
pape pour le solliciter d'accueillir en griVce le comte de Tou-
louse ; il s'engageait également à secourir le comte et ses par-
tisans contre le roi de France et ses autres ennemis et à no
point faire la paix sans lui, bien qu'il ffit excommunié. Cette
alliance devait profiter à Raimond VII plus qu'au roi d'An-
gleterre.
Louis Vllt avait encore un autre adversaire, un ennemi
secret qui ne trouva pas avant la mort du roi l'occasion de
manifester ses sentiments, mais qui devaitbien se dédomma-
ger ensuite. Je veus parler de Pierre Mauclerc, comte ou duc
lie Bretagne. Henri III savait le moyen d'attacher à sa cause
cot homme intelligent et énergique. Pierre Mauclerc avait
accompagné Louis en 1216, dans l'espoir de se voir adjuger
le fief que les anciens ducs de Bretagne, comtes de Richmond,
avaient jadis possédé en Angleterre. 11 était clair qu'en lui
offrant ce que Louis n'avait pu lui donner, on aurait chance
de gagner son appui. Pierre Mauclerc était le propre cousin de
Louis et c'était Philippe-Auguste qui l'avait fait comte de Bre-
tagne ; mais les liens de parenté et de reconnaissance ne le
gèaaient guère, Dès le 5 mai 1^25 le rapprochement de
Pierre Mauclerc et de Henri fut scellé ; une grosse partie du
fief de Richmond lui fut adjugée^
Henri III résolut de consolider cette union en épousant
Rolande, fille de Pierre Mauclerc. Par un acte du 19 octobre
, il fait connaître la convention qu'il a conclue avec le
lomte de Bretagne : il épousera Yolande, n fîlle de Pierre,
:
1,1. Piéceêjuitific, n" IX.
^. Litt, uaui., 11, 36 ; cf. Rjrmer, 1, part, i, 153; Pauli, op. cit.,
270
HENRI ni ET LE COMTE DR BRETAGNE.
" duc de Bretagne et comte de Richraood ■>, dès qu'il aura
obtenu du pape les dispenses nécessaires. Lo Diariage upe
fois accompli, il prêtera aide et secours à Pierre et ne fera
sans son assentiment ni paix ni ti-êve avec aucun de ses
ennemis ou aucun dos ennemis du comte. Si, par suite de
cette alliance, le coml« était dépouillé des terres qu'il a en
France, il recevrait tout le fief de Richmond ; des indemnitéii
seraient également accordées aux Bretons qui auraient servi
la même cause et subi le oième sort. Enfin, le roi d'Angle-
terre s'embarquera pour la France quand Pierre jugera le
moment venu'. L'évêque de Lichfield fut envoyé à Rome afin
de solliciter la dispense nécessaire pour le mai'iage. D*aprtf«
la lettre que ce prélat adressa à l'évêque de Chichester à
l'époque de la croisade entreprise par Louis VIII en Albigeois,
il se beurla au mauvais vouloir des cardinaux et n'obtint
pas tout ce qu'il voulait ; bien que les termes de ce document
soient très vagues, on peut en conclure que le roi de France
agissait de son côté à Rome*. Au moins du viv.ant de Louis
VIII, les négociations enti^epri-ses par Henri III avec Pierre
Mauclerc n'eurent aucun effet.
Honorius 111 se trouva mêlé à presque toutes les négocia-
tions dont nous avons eu occasion do pai'ler. Il eut de plus un
rôle personnel et intervint directement dans celte phase de
la lutte franco-anglaise. Comme en 1224, il se vit sollicita
continuellement par cliacun des deux rivaux. Au mois de
docembre 122i, Henri III envoie auprès de lui Geoffroi de
Crawcorabe et Etienne do Luey; Louis VIII fut fort irriti;-
quand il apprit que les deux agents anglais avaient pu traver-
ser sains et saufs son roj'aume pour aller à Rome*. Geoffroi
de Crawconibe et Etienne de Lucy s'arrêtèrent d'abord »
Viterbe, où ils trouvèrent plusieurs cardinaux et des ambas-
1. Rymer, i-ol. eil.. 180-181.
2. Lettre do révoque de LichBeld dans Rymer, vol. cil., 1"4, ■
Rymer piace celte lettre, non datée, en 122'i. L'erreur esl fisgranle,
pour peu qu'on se donne la peine de lire le document. Il y est hit
mention de faits qui sont rapportés dans la Chronique de Tours t
printemps de 1226. — Psuli, loe. cit.
3. Jtec. O/r.. Pal. VU I Henri/ m. p. m dorso, m. 12 (12 décembr» J
1224) : B Pape, pro maglstro Slephano de Lucy et Gatfrido de Craucumb 1
< milite quod smt procuratores régis in curia roraana usquo ad festanfl
" Nativitatis S. J. Bapt. a. Vlli" ». — Shirley, n» 215. -*
I
INTRIGUES A ROME. 271
sadeurs de Louis VIII qui revenaient de Rome; parmi ces
derniers figuraient les év<>ques de Noyon et do Chàlons-sur-
Mame et Gui de MonLfort. Ceux-ci. écrivent les envoyés
de Henri III dans une lettre du 22 décembre, n ayant de frè-
re quentes entrevues avec les dits cardinaux, voulurent leui'
« persuader quantité de choses fausses, particulièrement sur
« l'affaire du Poitou; ils excusaient malicieusement le roi do
(t France, afSrmant que si les derniers rois anglais avaient été
o dépouillés de leur terre d"outre-mer, c'est que la justice le
« voulait ainsi » ; mais Galon de Ueccaria, qui se trouvait lit.
se joignait aux deux Anglais pour réfuter les arguments des
Français. De Viterbe, Geoffroi de Crawcombe et Étifnne de
Lucy se rendirent à Home. Ils trouvèrent le pape et les car-
dinaux très inquiets. Le roi de Jérusalem et les ambassadeurs
de Louis VIII avaient tout fait pour les terroriser. Ils avaient
répandu la nriuvolle que Louis avait do nouveau été sollicité
par les barons anglais et qu'ils lui avaient offert jusqu'à cin-
quante otages; si â la cour de Rome on osait rien faire qui
déplut au roi de France, immédiatement celui-ci passerait en
Angleterre. Ces bruits exagérés avaient fortement frappé
l'esprit du vieil Honorius III. Les agents anglais ne purent
obtenir de lui aucune réponse précise '. Il n'osait évidemment
pas risquer une brouille avec le roi de France. Il se contentait
de démonstrations platoniques. Il écrivit à cette époque plu-
sieurs lettres à Louis VIII. Il lui reprocha amèrement d'avoir
violé le statut do paix selon lequel tous les chrétiens devaient
se réconcilier pour secourir la Terre Sainte. Il le somma de
rendre au roi d'Angleterre les terres dont il l'avait dépouillé
et de conclure une trêve avec ce prince'. .'\u moment où le
cardinal de Saint-Ange allait partir comme légat pour la
France, c'est-à-dire au mois de février 1225, Honorius devint
plus pressant. Louis VIII, écrivait-il dans cette nouvelle lettre,
semble croire impossible que jamais la fortune change; le
sort d'Otton de Brunswick, si puissant et vaincu cependant
par le jeune Frédéric II, devrait le faire réfléchir. Ce que la
papauté a fait pour Philippe- Auguste quand elle força Richard
t. Shiripy, n"209.
■1. Pk'ret: jusuyic,
272 Loms vm ht hosorics ut.
Cœur de Lion victorieux à conclui-e la trêve de 1 H>9. ceqa'eRi
ferait demain pour Louis VIII si la fortune touniait, elle tien
à le faire pour le jeune roi d'Angleterre. Pour la défense i
son protégé, Honorius no recalera devant rien. '■ car il aà
« faut pas négliger ce qui est juste par peur du scandale*.
Que Louis VIII commence par rendre le Poitou, qoittfl i
faire valoir les droits auxquels il prétend lorsque la Terrt
Sainte aura été délivrée; qu'enfin il écoute docilement les
avis du cardinal de Saint- Ange, qui part pour la France en
qualité de légat*. Nous connaissons la réponse faîte à cetU
sommation pontificale. La lettre do Louis VIII a dû être écrite
vers le mois d'a^TiI, au moment où la bulle que nous veonni
d'analyser venait d'éti-e reçue et où Hicliard de Cornouaille
était déjà arrivé en Gascogne. Le ton de la réponse rojale «t
assez ironique. Louis VIII déclare qu'il a rompu la trêve parce
que tel a été l'avis de ses barons et qu'il a envalii le PoîloO
parce que le Poitou lui appartient selon la sentence porté*
contre Jean sans Terre avant la nai.'isance du roi Henri. Le
roi d'Angleterre, qui est le vassal du pape, envoie maintenant
en France des troupes pour reprendre des fiefs saisis en vertB
d'un jugement légal. Il n sans doute agi sans l'assentiment ilv
pape, qui ne peut vouloir du mal au roi de France. Loin don^
de céder aux sollicitations d'Honorius III, Louis se croil ea
droit de lui demander d'empêcher la résistance illégale
que Henri lIToppose à une juste saisie'.
Le cardinal de Saint-Ange allait-il mieux réussir qne 11
pape? Il était envoyé pour réconcilier les deux rois en mSms
temps que pour donner une solution à la question de l'Albi-
geois. Il s'employa en effet i ces deux tâches, a hànqn'Ù
« arriva en France, dit l'annaliste de Dunsfaple, il demanda à
a Louis de restituer à Henri la Normandie, l'Anjou et l'.'iqni'
« taine.Ayanttenuconseil avec Jean, roi de Jérusalem, et avec
Il les autres barons, le roi répondit qu'il ne rendrait pas aux
H Anglais un pouce de la terre que Philippe son père lui avait
K laissée en mourant. Le légat, sans insister davantage, se Un
1. Pollhast, n' Î510. — Cf. Lellre au cardinal da S'-Ange (îî (*<
Potthast, n- '372.
2. Calai., n- 242.
NÉGOCIATIONS POUR LA PAIX. 273
« lout entier à l'afTaire des Albigeois' .» Le résultat final des
négociations du légat fut sans doute nul, comme l'indique l'an-
naliste de Dunstaple ; mais il n'est pas exact que le cardinal de
Saint-Ange ait si vite renoncé à son œu\Te de pacification.
Beaucoup croyaient que la réconciliation des Capétiens avec
les Piaiitagooets était nécessaire pour triompher du catha-
risine'. Le cardinal prêta donc attention anx incessantes sol-
licitations du goiivernoraent anglais, qui de son côté désirait
la paix. Dès que, le légat fut arrivé en France, c'est-à-dire &
la fin du miiis d'avril 1225', Henri III envoya les abbés de
Westminster et do StrafFord auprès de lui et auprès de
Louis VIII, pour débattre les conditions de la paix'. Le légat
écrivait en même temps à Hubert de Hourg pour l'inviter
à se montrer accommodant*. Une grande assemblée se tint à
Paris le 15 mai; on ne parvint pas à s'entendre. Louis VIII
était décidé à garder ses conquêtes, et le légat, dont les sym-
pathies pour la France étaient connues, ne partageait pas
sur ce point les vues d'Honorius III ; il était d'avis de laisser
le roi de France jouir tranquillement du Poitou*. A la fin du
mois les évoques de Londres et de Lincoln furent désignés
pour reprendre les négociations : ils vinrent en France au mois
de juin accompagnés des comtes de Pembroke et d'Essex ;
ils re^-inrent au mois de juillet sans plus de succès; ils assis-
tèrent cette fois à la soumission du comte de Thouars^. A ce
moment-là, on s'en souvient, débarrassé des soucis que lui
causait l'affaire du faux Baudouin, Louis VIII recommença à
s'occuper sérieusement de ses conquêtes Gasconnes et envoya
dos troupes délivrer ta Réole. Les négociations ne furent
repri-^es qu'en octobre ; les évoques de Lincoln et de Roches-
ter et quelques autres furent alors envoyés en France; on
s'occupa de la question de la trêve à l'assemblée de Melun, le
8 novembre; mais on ne résolut rien*. Pendant ce temps,
. Ann. de Dunstaple, 100.
^ Voy. la lettre du légat d'Angleterre au pape, Rymer, I. part, i
; Voy. une lettre de Henri 111 (14 avril) dans Rymer, p. 178.
. Lut. daux.. Il, 72"-.
, Shirley. n- 237.
[ Chron. de Tourg. 308. — Shirley, n" 215.
L itec. Off., Pal. IX Henry fil, part. I dores, membr. 5. — ,
m letlen, n" 457, — Chron. de Tours, 30fi.
\ fiec. 0/}"., /''II. I.\ l/cnn/ III, part, i, mi'inbr. 1. — l.ill. claiu
'Etll-DuTAlLLis. ;Wfl«e de Louis VIII. 18
274 HONORius m KN 1226.
Richard acliovait de soumettre les bords de la Garonne, mais
il n'osait s'aventurer en Poitou.
En 1226, les mêmes séries de faits se répètent à peu près:
la lutte maritime et économique continue ainsi que la guerre,
ou plut(>t l'état de guerre sur le continent. Henri III demaûde
la paix à plusieurs reprises et on la lui refuse. Mais te papei
changé d'attitude, étant obligé de recourir au roi de FranM
pour combattre les hérétiques. Tout d'abord, au commence-
ment de l'année, il essaya de forcer la main à Louis VIII bV
de résoudre lui-même la question qui, à ses yeux, faisait 1»
fond du débat. Le 8 janvier, il composa une sorte de circft-
laire à l'adresse des principaux seigneurs du Poitou, pour
inviter à réparer le crime qu'ils avaient commis en rompant
de leur plein gré le lien de la fidélité; le serment qu'ils odI
pu prêter à toute autre personne est nul, et celui qu'ils avaient
fait au roi d'Angleterre est seul valable ; au nom de l'aatorili
pontificale, Honorius les somme de revenir à l'iiomma^
de Henri, sinon ils seront frappés de la censure ecclésiastiqta
par les évoques d'Aix et de Bazas et l'archidiacre de Buai,
dans un délai d'un mois'. Le chanoine de Tours, qui anal*»
très exactement cette lettre, et l'évëque de LichËeld, dans
sa lettre i l'évoque de Chichester, nous disent tous deuiqu»
cette circulaire ne fut pas envoyée. L'évëque de Lichfield
ajoute que les cardinaux s'y opposèrent. Selon le chanoine ds
Tours, c'est sur les instances des ambassadeurs du roi d»
France et sur tes sollicitations du légat que le pape renongt
à l'envoi de sa lettre; le chroniqueur insinue que l'or ite
Louis VIII ne fut pas étranger à cette décision'. Ce fut 11
dernière fois que le pape s'occupa de cette question. Il o»
cessa point de prodignerde bonnes paroles à Henri Iir. Mai
64'' et sa. — Ckron. de Tours, 309. — Je signale en passant la mfr
prise de du Tillel (^/ieeueîls des Traites ifenire la Fr. et l'Angl.. p. tQ
qui date de 1225 la trêve de juin (228. Cette oinrueion a [»»é dlT^
quelques ouvrages de seconde main. — Lea éditeurs da tome XtX i
H. F. (Préf.,p. i.xxx) ont fait aussi une grosse erreur à ce sujet.
1. Potthast, n» 7515.
2. Chron. de Tours, at3. — Lettre de l'évoque de LichGeld, Rymef
I, part. I, 174.
3. Voy. par exemple une lettre du 17 juin à Richard de ComotuiUti
(Potthastf n- 7588). ^
TENTATIVE DES FRANi;AIS SUR DORDEADX. 275
l'affaire de la croisade albigeoise le força à modifier com-
plètement sa politique.
Pendant les premiers mois de l'année 1226, l'Angleterre
sembla avoir abandonné tout projet de paix. Richard de
Cornouaille reçut de l'argent et on saisit à plusieurs reprises
des navires fran^'ais. Mais Savari de Mauléon exerçait de ter-
ribles représailles et Henri III dut inviter les barons des
Cinq-Ports à délibérer en commun sur les moyens de répri-
mer l'audace de son ancien sénéchal'. Vers le moi,s de mars,
le cardinal de Saint-Ange réussit k faire approuver de
Louis VIII un texte de traité de paix ; mais les négociations
furent bientôt rompues'. C'est peut-être immédiatement après
(ju'eut lieu une nouvelle tentative desFrançais sur Bordeaux,
qui nous est racontée dans une lettre adressée au pape
par l'archevêque de cette ville. Jean de Beaumont arriva
devant la ville avec des forces considérables, et, de la part
du roi de France, offrit à l'archevêque Guillaume une grande
somme d'argent, qu'il avait apportée avec lui. Si l'archevê-
que voulait abandonner le roi d'Angleterre, il recevrait des
revenus énormes et on élèverait au faite de la fortune ses pa-
rents et ses protégés. Le prélat repoussa ces offres- Jean de
Beaumont eut alors recours aux menaces. Le lendemain, il
^porta des lettres du roi de Franco interdisant l'entrée de
s terres à l'archevéqne, ce qui était fort grave, vu l'éten-
loe des nouvelles possessions fran(:aises. Enfin on ne voulut
3 rendre à Guillaume ses revenus de la Rochelle et l'on ne
Isa de lui causer tous les dommages possibles"; un jour,
sa présence, plusieurs do ses sergents furent à moitié
IBomjnés par les hommes du sénéchal français*, Après avoir
liappé à mille embi'iches, l'archevêque réussit à traverser
l France et à gagner Rome pour porter plainte. Le 21 mai,
hinorius III écrivit à Louis Vlll pour le réprimander et lui
rdonner de donner satisfaction au prélat.
1. nec. Olf.. Pal. X Ihni-'j III, membr. 8, 7, 6. — Ull. daus., II,
I, i02i', etc. — Pièces jusli fie, n" X.
i. Rymer, I, part. 1. 181. — Cf. une lellre de Henri 111, adressée le 21
— au comte de la Marche, /Ml. elau*., 11, 149.
Rymer, I. pari, i , 178, lettre de l'archev. de Bordeaux.
Lettre d'Hoiiorius III à Louis V1!I (22 mai 1236): Poltliast, n" 7577.
^1
276 INQnBTUDËS DE LOUIS PENDANT LA CROISADE.
Cependant cette guerre ouverte ne pouvait continuer.
Louis V 111 avait pris la croix le 30 janvier 12ii8 et le ?9 mars il
avait décidé de partir au muia de mai pour le midi. Il ue pou-
vait laisser derrière hiî un ennemi menaçant. Les préparatifs
que le gouvernement anglais faisait dans les Cinq-Ports
étaient très inquiétants', Sur la demande expresse du roi de
France, le pape interdit à Henri lll, sous peine d'excommuni-
cation, de porter secours i Raimond Vil et d'attaquer
Louis VIII ou ses sujets actuels, personnellement ou par
l'intermédiaire de Richard deCornouaille (27 avril 1226)'.
Malgré ce succès diplomatique, Louis n'était pas sans in-
quiétude au moment de prendre la route du midi. Lorsqu'à
ta fln de mai, il partit de Bourges pour l'Albigeois, il n'em>
mena point le comte de la Marche et le laissa en Poitou avec
les gens do Limoges, de Poitiers et de Tours, pour garder le
pays ; cette marque de confiance était nécessitée par la
politique, mais Louis VllI n'était certainement pas exempt
de soupçons à l'égard de Hugue de Lusignan. L'annéo
précédente, Hugue avait fiancé son fils à la fille du cumfe
de Toulouse ; c'était braver ouvertement le roi de France ;
Louis VllI avait fait immédiatement fortifier Saint-Maixent
et les autres places du Poitou et s'était préparé à la guerre.
Peu de temps avant la réunion des croisés à Bourges, Hu-
gue de Lusignan, sur les avertissements du roi et du légat, se
décida à renvoyer la fille de Raimond -VII '. Mais la mélîancB
de Louis VllI n'en subsistait pas moins : elle se manifesta
dans un mandement qae pendant son séjour à Valence, ao
mois de juin, il adressa au vicomte d'Aubusson, et où 11
supposa le cas oA le comte de la Marche viendrait à le trahir.
Ces soupçons n'avaient du reste rien que de très tégitime'.
L'absence de Louis VIU, l'attitude hésitante do Lusignan,
tout encourageait le gouvernement anglais à profiter d'une
occasion unique pour se venger d'un ennemi redoutable.
L'évêquo de Licliiîeld se mit à inti'iguer en faveur de Rai-
1. LUI. claus.. Il, 150 et ISl.
2. Potthsst, n" 7561. — Cf.RogerdeWendover, in, 110.
3. Ckron. de Tours, 307 et 314.
*. Catnl., n" 382. — Voy. une lettre de Henri 111 à Hugue (te LoM-
gnan (21 mars 1226) : LUt. clau»., il, 149.
TENTATIVK DES ANGLAIS SUR LA ROCHELLE. 277
mond VII auprès du Saint-Siège, mais il ne put rien obtenir*.
Pendant le siège d'Avignon, qui s'annonçait comme devant
être fort long et fort pénible, la tentation fut trop forte pour
les Anglais. Henri III, voyant la plus grande partie des
guerriers français occupée à ce siège, espéra, dit le cha-
noine de Tours, faire des conquêtes soit en Normandie, soit
en Anjou, soit en Poitou et fit de grands préparatifs pour
passer en France ; le pape lui défendit de donner suite à ce
projet et bien à contre-cœur Henri différa Texécution de ses
plans*. Mais la défense .du papo fut violée par Richard de
Cornouaille, qui recevait constamment des renforts d'Angle-
terre*. Un certain nombre de bourgeois de la Rochelle, atta-
chés à la cause anglaise, avaient établi une confrérie sous le
patronage de saint Edmond ; sous le couvert de cette asso-
ciation, ils avaient fait des prosélytes et tenaient des réunions
où on discutait les moyens à employer pour faire entrer les
Anglais dans la cité. Enfin ils volèrent les clefs de la ville
basse et mandèrent à Richard de Cornouaille, qui était à
Bordeaux, de venir une nuit par mer. Richard s'embarqua
aussitôt ; mais il arriva trop tard dans la matinée et trouva la
ville close et bien gardée ; les Rochelais ayant couru aux ar-
mes, les Anglais reprirent le chemin de Bordeaux. Le clerc
qui avait porté les lettres des confrères de Saint-Edmond fut
fait prisonnier à son retour et avoua les motifs de la venue
de Richard ; quarante bourgeois soupçonnés furent empri-
sonnés ; quelques-uns s'enfuirent, d'autres furent acquittés ;
quatre reconnui'ent publiquement leur crime et furent pendus
les pieds en Tair*.
Tels furent les rapports de Louis VIII et du roi d'Angle-
terre. Dans cette lutte coupée seulement par des trêves
éphémères, qui dura entre les deux dynasties depuis la rup-
ture de la paix du Goulet jusqu'au traité de Paris en
1259, le fils de Philippe-Auguste se montra particulièrement
acharné ; le regret d'une couronne perdue l'empêcha de dé-
1. Hymer, I, part, i, 174.
2. Chron. de Tours, 315. Cf. Wondover, III, 111.
3. Bec. Gif., Pal. X Henry III, mcmbr. 5, 3, 2. — Litt. clans.. H, 127»'.
4. Chron. de Tours^ 316. — Mousket, v. 27063 et suiv. — Cf. un
récit un peu différent dans Nicolas de Brai. p. 310 à 3'i2.
278 LA DOMINATION CAPETIENNE EN POITOU.
poser les armes, et valut à la monarchie capétienne la con-
quête du Poitou, du Limousin, du Périgord et l'annexion
d'un grand port sur TOcéan. Mais Louis VIII n'avait pas pu
modifier dans un sens qui lui fût pour jamais favorable les
tendances et le tempérament essentiellement mobile des
barons ddicette région. Hugue de Lusignan, dès le mois de
décembre 1226, allait, ainsi que Hugue de Thouars, s'allier
aux Anglais contre le nouveau roi de France, comme autre-
fois il s'était allié à Louis VIII contre les Anglais. Tant
que ce douteux personnage posséderait la formidable ligne
de châteaux qui commandait les abords du Poitou, le
roi d'Angleterre pourrait du jour au lendemain, en achetant
son appui, débarquer en Gascogne et arriver au nord de la
Garonne sans avoir rien à craindre. Aussi la véritable con-
quête du Poitou date du moment où saint Louis, vainqueur à
Taillebourg, confisqua les fiefs des Lusignan \ Louis VIII
avait acquis après une campagne brillante quelques points
défensifs importants, et par la prise de la Rochelle il avait
lancé la royauté dans une direction nouvelle ; mais là comme
partout ailleurs il ne laissa qu'une œu'STe commencée; il ne
vécut point assez longtemps pour rien faire qui fiit définitif.
1. Bardonnet, Niort et La Rochelle^ 44-45 et 70-71.
CHAPITRE IV
PROJETS ET PREPARATIFS d'uNE CROISADE NOUVELLE EN
ALBIGEOIS.
/^L'échec de Texpédition conduite par Louis de France
contre les Albigeois en 1219 avait eu les plus fâcheux effets
pour la cause de l'orthodoxie. L'espèce d'élan national suscité
par la nouvelle du siège de Toulouse n'avait point cessé.
Exaspérés des excès de toutes sortes commis par les cheva-
liers du nord, les Méridionaux ne demandaient qu'à reprendre
le joug léger de leurs anciens maîtres. Ils trouvèrent un chef
remarquable en la personne du jeune Raimond de Saint-Gilles,
qui devint comte de Toulouse par la mort de Raimond VI en
1222 ; il avait alors vingt-cinq ans ; c'était un homme actif et
vaillant, certainement très supérieur à son père. Raimond
Irencavel II, comte de Carcassonne, qui avait dix ans de
moins que lui, allait bientôt le seconder; cet adolescent
a'avait pas reçu de son père un pouce de terre ; Simon de
Montfort avait pris tout son héritage. Mais l'heure des repré-
sailles sonnait; Amauri de Montfort n'était pas capable de
la retarder. Il fut dépouillé successivement de Lavaur, de
Puilaurent, de Montauban, de Castelnaudari, d'Agen, de
Moissac*. Paralèllement Torthodoxie perdait du terrain au
profit du catharisme/Les Parfaits sortaient des retraites où
ils s'étaient cachés auieraps du triomphe deJeurs persécuteurs,
rouvraient leurs écoles et leurs hospices/Xrecommençaient
leurs prédications et renouaient des relations avec les héré-
tiques de l'Europe orientale ; peut-être reconnurent-ils à cette
époque un pape résidant en Bosnie ^
Honorius III pressa à plusieurs reprises Philippe-Auguste
1. Hi$t, du Languedoc^ VI, 533 et suiv.
2. Schmidt^ Ilist, des Albigeois^ I, 288 et suiv,
280 LE MIDI EN 1223.
de relever la cause catholique ^ Le roi hésitait et les contem-
porains n'ont point su au juste quels sentiments ranimaient;
selon Guillaume de Puilaurent, il ne voulait point se mêler
de cette affaire et il prédisait que si son fils se laissait en-
traîner par les prêtres dans uîie guerre en Albigeois il périrait
à la peine" ; un moine de Saint-Denis a vanté au contraire son
zèle pour les intérêts de Torthodoxie menacée'. Il envoya
une armée de secours au comte de Montfort en 1221, mais
refusa la proposition que ce seigneur lui fit de lui céder tous
ses droits sur TAlbigeois*. En 1223 il convoqua cependant à
Melun une grande assemblée afin de discuter les mesures à
prendre contre Thérésie; au mois de juillet se trouvaient
auprès de lui deux archevêques et vingt évêques qui étaient
venus à la cour pour délibérer sur cette question *. Le vieux
roi était partagé entre Tenvie de tirer profit de la situation du
midi et celle de réserver ses forces pour la guerre qui aUait
peut-être éclater Tannée suivante avec l'Angleterre ; entre le
désir de déférer aux invitations du Saint-Siège et le souci de
sajranquillité. A ce moment la mort vint le surprendre.
Dès la première année du nouveau règne, traqué par
ceux que Simon de Montfort avait jadis dépouillés impitoya-
blement, Amauri dut quitter Carcassonne, son dernier refuge;
il n'avait plus d'argent, partant plus de mercenaires ; Tarche-
vêque de Narbonne eut beau engager tous ses biens afin de
pouvoir aider le défenseur de l'orthodoxie, chevaliers et ser-
gents s'en allaient les uns après les autres. Enfin Amauri
abandonna le pays aux hérétiques, revint dans le nord, et
« les dragons de Pharaon semblèrent avoir dévoré le dragon
(( de Moïse » (Janvier 1224). Il était temps pour le roi devenir
secourir le dragon de Moïse ^
Honorius III était alors obsédé par le désir d'organiser une
1. Potthast, n''» 6672 (2 juin 1221), 6779 (1" février 1222), 6828
(14 mai 1222).
2. Guill. de Puilaurcnt, p. 216. C'est là évidement une prédiction
faite après coup par le chroniqueur.
3. Guill. le Breton, Chron., contin. du ms. de Paris, § 6.
4. Philippidi', XII, V. :i36-:]4'i. — Guill. le Breton, C/iron., con/in.rfw
ms, CoUon. § 8. Cf. Delisle. n'> 2050. — Delisle, no 2108.
5. Delisle, n" 221'». — Guill. le Breton, Chron., coH(in. du ms. de
Paris, § 7. — Mousket, v. 23539-23559.
6. Calai., n» 60. — Vinc. de Beauv., 1275.
PROPOSITIONS FAITES A LOUIS Vllt.
281
lisade en orient. Nous avons vu que peu de temps avant la
irtde Philippe-Auguste il avait décrété que la pais devait
ïgner pai'mi les chrétiens et qu'il leiu- fallait se préparer à
tir en 12'.^ pour délivrer la Terre Sainte, Mais la nécessité
îlècraser le catharisme sans cesse renaissant était pressante.
peine Philippe-Auguste était-il enseveli que i'évèque de
trio venait supplier Louis VIll de prêter attention à l'afTaire
^Albigeois; les prélats français étaient décidés, disait-il. à
supporter eux-mêmes le fardeau ; mais il leur fallait obte-
l'assentiment préalable du roi. Bien qu'il songeât à ne
jînt renouveler la trêve avec Henri IIl et qu'il ne fiH pas
ire, selon ses propres expressions, au f;iit de l'état du
lyaume, Louis Vlll céda aux prières de I'évèque de Porto et
•rmit aux prélats d'employer toutes leurs forces à combattre
lérésie. Enfin, comme dés ce moment-là -Vmauri de Mont-
rt pensait au retour et qu'il n'avait point d'argent pour
çatrier ses compagnons d'armes, le roi lui fit donner dix
lÛle marcs sur la somme léguée par Philippe-Auguste pour
kire dos aumônes'.
Honorius 111 espérait sans doute qu'il n'aurait point besoin
I l'intervention directe du roi de France. Les désastres que
ibit successivement Amauri détruisirent cette illusion. Dans
B lettre du 13 décembre 122.'î, Honorius remercie Louis VIII
ivoir favorablement écouté I'évèque de Porto : u Dieu fera
'Bans doute de telle sorte, ajoute4-il, que tu prendras en mains
cette affaire et que tu en poursuivTas heureusement l'accom-
^plissement, pour la gloire de ton nom, et le plus grand bien
le ton honneur et de ton salut »'. Dans une épitre du 14 dé-
ubre, Honorius devient plus pressant, fait des propositions
litives : « Les rois et les princes chrétiens, écrit-il, doivent
tendre compte à Dieu de ce qu'ils ont fait pour l'Église, leur
oère, dont ils sont les fils spirituels, el que le Christ leur a
lionfiée aJîn qu'ils la protègent pendant leur vie. Tu dois
lonc voir avec doulem" et indignation qu'entre las limites de
OD royaume, en Albigenis, les hérétiques attaijuent l'Eglisfl
ouvertement e( audacieusemcnt, anéantissent la foi chrétien-
282
PROPOSITIONS FAITES A LOVIS TOI.
« ne, déchireot le Christ même. Le roi Nabuchodonoaor a dé-
(' crété : Quiconque aura dit pour blasphémer contre Dieu
« Sidrach, Mîsach et Abdenago, celui-là périra, et sa maison
« sera dispersée. Si un roi étranger a pris de telles mesures pour
« que le nom du Dieu d'Israël ne fiit point blasphémé, ô roi très
(1 chrétien, successeur et héritier dos plus dévots d'entre les
(' princes, toi avec qui la piété chrétienne a fait alliance, souffri-
r' ras-tu que notre foi soit anéantie, le Christ déchiré, l'Église
" détruite par de telles gens? •> Les efforts tontes jusqu'ici,
ajoute Honorius. n'ont abouti à rien, et l'on doit craindre
que la contagion du mal n'atteigne le reste du rojaume.
Que Louis VIII prenne donc en main cette affaire. Qu'il sache
d'ailleurs qu'Amauri de Montfort est prêt à lui céder tous ses
droits sur l'Albigeois, et que cette cession sera définitive,
Raimond VII étant excommunié avec ses fauteurs et la,
manifestant point de repentir'.
L'archevêque de Bourges et l'évêque de Langres, qui re-
venaient de Rome, remirent ces lettres à Louis VIII ; l'Ëglise,
ajoutèrent- ils, mettrait à sa disposition tout l'argent et tous
les secours qu'elle pourrait trouver'. C'est à la même époque
enfin que Louis recevait de l'archovêque de Narbonne et des
évéques de Nîmes, d'Uzès, de Béziers et d'Agde, une longue
lettre l'informant du départ d'Amauri et le suppliant de
« montrer par des actes combien il était affligé de cette in-
(c jure faite au Christ »'. Louis prit conseil des prélats et des
barons, et finalement fit rédiger une série de demandes aux-
quelles le pape fut prié de souscrire. Les voici ;
1° L'archevêque de Bourges sera légat et exercera l'au-
lorité qu'avait autrefois en Albigeois l'évêque de Porto. Ls
croisade sera prèchée partout en France.
2° Comme les dépenses seront énormes, l'Église fournira
au roi 60,000 livres parisis par an, pendant dix ans, pour \ea
frais de la croisade.
3" Les archevêques do Bourges, de Reiras, de Sens auront
plein pouvoir d'excommunication et d'interdit contre les
CONDITIONS POSÉES PAR LE BOI. 283
croisés qui refuseront de payer les sommes par eux promises,
et en général contre les hommes du roi qui ne voudraient
point servir personnellement ou payer un subside convena-
ble, car leur serment d'hommage les oblige à combattre pour
la défense du royaume, et leroyaume n'a pas de plus grands
«nnemis que les hérétiques.
4" Lesdits archevêques useront des mêmes pouvoirs contre
ï sujets du roi qiU se feront la guerre pendant la croisade et
l général contre ceux qui inquiéteront le roi ou ses compa-
[sona.
5" La trêve avec le roi d'Angleterre sera renouvelée pour
c années, car le roi ne sait pas combien de temps durera
t croisade et celte expédition épuisera d'aillpurs ses res-
sources en hommes et en argent.
G" Le pape obtiendra de l'empereur que les sujets impé-
riaux, voisins de la terre albigeoise, ne causent aucun tort
«x croisés, sous peine d'être livrés i la vengeance de Louis.
7' Le roi ou ses héritiers pourront aller en Albigeois, y
îster, en revenir, absolument comme ils le voudront.
8" Le roi et tous ceux qui l'accompagneront en Albigeois
jouiront des mêmes indulgences que les croisés de Terre
_ Sainte.
M 9" Les comtes de Toulouse, de Béziers et de Carcassonne
H|9t leurs complices, seront déclarés déchus de leurs posses-
^ntODs en France et ces biens appartiendront au roi ou à ses
HUonataires.
^ 10° Si le pape fait droit à ces demandes, le roi se rendra
en personne en Albigeois, et y combattra de bonne foi l'hé-
résie; si le pape ne donne pas une réponse immédiate, le roi
n'ira dans la suite en Albigeois que s'il le juge bon.
L'archevêque de Bourges, les évêquos de Langres et de
lartres portèrent ces demandes au pape'. Elles ne durent
K>int l'étonner; avant d'entreprendre cette expédition qui
irait coûteuse, peut-être longue, et dont le profit était dou-
, il était naturel que Louis VIII prit ses précautions,
M'autant plus que la trêve avec l'Angleterre allait expirer ;
uisque pour la défense de la foi on renonçait à l'espérance
nau]
Ëx
284
LE PAPE RETIRE SES OFFRES.
de compléter les conquêtes de Phi lippe- Auguste en terre an-
glaise, il fallait au moins s'assurer quelques garanties contre
une attaque des ennemis d'outre-mer, et se réserver la possi-
bilité d'une compensation.
Dès qu'il fut arrivé à Paris, au mois de février 1223, Amauri
de Montfort promit que si le pape accédait aux demandes du
roi, il renoncerait en faveur de ce dernier à tous les droits
qu'il avait sur l'Albigeois par concession du Saint-Siège'.
Louis croyait l'affaire conclue et son départ prochain. Le
même mois, il écrivait aux habitants de Narbonne que sur lis
instances du pape et d'accord avec ses barons, il avait résolu de
marcher contre les hérétiques ; il se mettrait en route au com-
mencement du mois de mai'. Le 29 mars, Honorius 111 lui
envoya la permission solennelle d'assister à l'office divin en
lieux interdits^
Un coup de théâtre allait se produire : le pape, qui retar-
dait l'envoi de sa réponse, était sur le point d'abandonner
complètement ce projet, auquel il semblait attacher lant de
prix. Le motif qu'il devait alléguer, c'est qu'au momeul "ii
l'évèque de Porto allait se mettre en route pour portera
Louis VIII une réponse favorable, arrivait à Rume un envoje
de l'empereur ; Frédéric II promettait des secours sèrieui
pour la délivrance de la Terre Sainte ; il fallait que les chré-
tiens ne songeassent plus qu'à la croisade en orient*. Il nul
fort possible que celte considération ait en effet coniribui'
à la décision d'Honorius 111. Le terme fixé pendant k
congrès de Ferentino pour la croisade en orient allait échoir
l'année suivante, et le roi rie France no pouvait à la fois
guerroyer contre les Albigeois et contre les Sarrasins. Mais
ce motif n'était ni le seul ni le principal. Depuis le comniea-
ceraent de l'année, pour de tout autres raisons. Honorius
hésitait k charger le roi de France du soin d'écrasor le catha-
1. Calai., n« 83.
2. Calai., n" 83.
3. Potthast. n" 7202.
S. Voy, la lettre adressée par le napeà l-ouis VIII. le 4 avril IHiïï
Potthasl, n" 7212. — (.7, n" 103 au Calalogue. — La lettre de F*j
déric 11 au pape est du 5 mars 1224 (//iii. aiploni. Fre<l- II, toms ^
partie i, ]
2-U3),
LE PAPE RETIRE SES OFFRES. 285
risme. Mousket accuse tout simplement le pape et les cardi-
naux de s'être laissé corrompre :
Mais, pour desfaire celé gierre,
Cil d*Aubigois et d'Engletière
Donnèrent tant as cardenaus
Et à Tapostolie, qu'entr'aus
Remandèrent al roi de France
K'il laisast celé convenance ^
Dom Vaissète dit aussi que Hubert de Bourg sollicita le
pape en faveur du comte de Toulouse*; mais son assertion
se fonde sur une lettre de Tévêque de Lichfîeld qui, datée de
1224 par Rymer, ne peut en réalité avoir été écrite que deux
ans plus tard'; en 1226, le gouvernement anglais avait en effet
motif d'appuyer Raimond VII; mais en 1224, il avait pour
seule ambition de retarder la rupture de la trêve avec la
France, et par conséquent son intérêt était de laisser éclater
une guerre entre Louis VIII et le comte de Toulouse. Selon
nous, M. A. Molinier a donc tort d'admettre qu'on puisse voir
là une « influence des sollicitations du roi d'Angleterre » ; en
revanche cet érudit montre avec beaucoup de sagacité pour
quelle raison une croisade dirigée par Louis VIII ne souriait
point à Honorius. On ne voit point, dit-il, « que le pape ait
c( jamais pensé sérieusement, avant 1225, à donner le comté do
« Toulouse au roi de France. 11 voulait plutôt se servir du nom
a redouté de celui-ci pour amener Raimond Vil à composition.
« En effet, mieux valait pour la cour romaine ce dernier prince
^ affaibli et à peu près à la discrétion du pape, que Louis VIII,
« alors le second prince de l'Europe, belliqueux, riche, puissant,
M et qui, bien certainement, aurait plus d'une fois traversé les
1. Mousket, v. 24339-24344. La corruption de la curie romaine était
avouée par Honorius III lui-même (Wendover, III, 102). Un satirique
anglais écrivait :
Papa quserit, chartula quœrit, bulla qusrii.
Porta quœrit, cardinalis quu^rit, cursor quoîrit,
Omnes qusrunt
0 vos bursœ turgida% Romam veniatis ;
Romœ viget physica bursis constipatis !
(Wright, Poliiical Sonas^ p. 17).
2. ffist. du Languedoc, Vl, 579.
3. C'est la lettre dont il a été question plus haut, p. 270.
2So ASSEMBLEE DL' f) MA[.
« déci^iou3 du souverain ponlife. Ou s'explique donc pourquoi^
i< en présence des propositions si préuises du roi, lo pape sft
Il retourna tout à coup versRairaond VII, avec lequel, du reste,
rc il était depuis longtemps en rapports indirects '. « Dès le 31
janvier 1224, Hunorius III écrivit à Raimond VU qu'il arâl
reçu ses messagers et qu'après les avoir entendus, il avait
résolu d'envoyer en France le cardinal de Saint- .\itge en qua-
lité de légat; Raimond devra obéir avec humilité à ce prélat,
afin de mériter la bienveillance de Dieu et du Sainl-Siège'
Louis reçut au commencement du mois de mai la lettre où
Honorius III l'informait du changement de ses plans. Le papa
déclarait qu'il comptait sur lui pour ramener Raîmoud VII
dans le giron de l'Eglise. ■■ Raimond, écrivait-il, craint tel-
« lemeat la puissance de ta Grandeur que, s'il te sait prêt à usa
H de toutes tes forces contre lui, il n'osera point tergiversa
cr plus longtemps et obéira aux ordres de l'Eglise*. » L'évéqU
de Porto, messager d'Honorius, chargea donc Louis VIll (ta
contraindre le comte de Toulouse par voie d'exhortatioDS et
de menaces à se soumettre et à anéantir lui-môme rbérèsiei
en donnant satisfaction au clergé, en veillant désormais aux
libertés de l'Église, et en entrant en composition avec Amauri
de Montfort. Louis VHI était réduit à jouer le rûle d'
épouvantait*.
Le roi, très irrité, réunit une assemblée générale à Paris
le 5 mai, et là, devant « tous les prélats et barons de France
il fit àl'évêque de Porto la réponse suivante, qui, précédée de
Texposé complet de cette question, fut consignée dans les
registres rie la cbancellerie royale:
Le pape ayant refusé d'exaucer lesjastes demandes du roi,
celui-ci se déclare délivré du poids de cette affaire. Quant à
conseillera Raimond Vil de se soumettre, loroi ne s'en mèlora
pas, les questions spirituelles ne lô regardant point. Si l'Église
romaine, dont c'est le rôle, veut s'occuper de ramener à elle
le comte de Toulouse, elle est libre de le faire, pourvu qu'elle
n'abrège aucunement les fiefs du roi. Qu'à l'avenir l'évêqu*
1. I/iit. du Languedoc, VI, 578, note de M. A. Holïnior.
a. Porthsst, »•> J157.
a. PotthMt, n" 721Î (4 avrilj.
fc. Calai., a' 103.
NOm-EAD REVIREMENT DU PAPE.
287
ie Porto ne parle jamais plus au roi de cette affaire, dont il
reut être entièremeut déchargé'. — Telles furent les déclara-
faites dans cette assemblée du 5 mai, qui est très
[exactement décrite dans les chroniques'.
Le pape crut qu'il pourrait se passer du roi. Au mois
d'août, un concile de la province de Narbonne fut tenu à
Montpellier. Raimond VII promit tout ce qu'on, voulut ; il ne
demandait pas mieux que de cesser une lutte exténuante. A
i<ce momeut-là, du reste, Louis VIH était en Poitou, et le voi-
'sinage relatif des troupes royales fut peut-être un des motifs
4e cette docilité °. Mais malgré ses protestations d'obéissance,
le comte de Toulouse ne tarda pas à perdre la faveur du Saint-
iSiège, et l'ambassade qu'il avait envoyée à Rome pour obtenir
une réconciliation définitive resta sans réponse*. Faut-il avec
J)oniVais3ète attribuer ce nouveau revirement aux intrigues du
;toi de France? Nous savons qu'en effet au mois de décembre
1224, il y avait des agents fraogais à la cour de Rome, et la
présence de Gui de Motilfort parmi eux est assez remarqua-
.ble'; mais aucun texte précis ne permet de supposer que ces
Agents poursuivissent un autre but que d'intriguer contre les
Jlnglais, et Louis VIII n'avait pas dû oublier si vite l'affront
«ubi six moisauparavant. Comment donc expliquer la froideur
subite du Saint-Siège à l'égard de Raimond VU ? 11 faut remar-
quer d'abord qu'une modification importante se produisit alors
dans la politique pontificale. L'empereur était maintenant dis-
posé à faire de la croisade en orient sa propre affaire; ces
Idées allaient recevoir leur consécration dans le traité de San
iGermano, conclu le 25 juillet 1225; au lieu de concerner toute
4a chrétienté, comme l'avait autrefois désiré Honorius, la
'délivrance de la Terre Sainte ne regarda plus que le seul Fré-
léric II, vassal du pape pour la Sicile*. II n'y avait plus lieu
ie résen-er l'épée du roi de France pour les combats d'outre-
ner. Enfin il est vraisemblable que le pape était circonvenu
1. Calai., n" 103.
2. Cf. Chron. île Tours, 305.
3. Chron. de Tours, a05-306. — Auhri Ue Troîsfo niai nés, 914.
i. HUt. du Langutdoc, VI, 589 et sulv.
5. Shirloy. n" 209.
6. Winkelmann, op. cil., t, 239 et suiv.
288
LE CARDINAL DE SA1NT-ANGK.
par tes évêques méridionaux, enrichis des dépouilles du cotuta-
de Toulouse, et qui craignaient de se voir prochainement
contraints de rendre à l'orthodoxe ce qui avait été pris à
l'hérétique.
Quoi qu'il en soit, dès le début de l'année 1225, le pape se
décida à négocier de nouveau avec le roi de France, et &
confier la légation au cardinal de Saint-Ange, comme il en
avait déjàeul'intention au mois de janvier 1224. Par une lettre
du 15 février 1225, Louis VIIl fut informé de cette décision'.
Le cardinal était envoyé comme légal dans le royaume de.
France et dans le royaume d'Arles'. H dovaît décider
Louis Vlll à conclure une trêve avec Henri III et remédier au
mal dont souffrait l'hérétique province de Narbonne « terre
« déserte, sans roule et sans eau, terre de fer » ; pour atteindre
ce but, (lisait encore Honorius dans sa lettre adressée aux
prélats de France, « l'aide du roi Louis est tout à fait néces-
saire u. Ainsi au bout d'un an, le pape on était revenu à se-s
premières propositions.
Romain, cardinal du titre de Saint- Ange, arriva en France,
non point le 29 juin 1225 comme le dit Tillemont*, mais, ainsi
que nous l'avons montré autre part, à la fin d'avril ou au com-
mencement de mai. Cette figui'e de légat serait curieuse k
étudier et à décrire, Honorius III disait de lui dans sa lettre
aux prélats de France : « C'est un homme illustre par la do-
i( blesse de sa race et de ses mœurs, remarquable par sa per-
(I sévérance et son habileté. " Romain appartenait en effet k la
grande famille des Frangipaui, et il passait pour èlre quel-
que peu parent de Louis VIII'. Quant à sa persévérance el â
son habileté, elles se manifestèrent Lout de suite. II prit im-
médiatement un grand ascendant sur le roi et gouverna véri-
tablement à ses côtés. Il l'accompagne dans le nord lorsqu'il
faut aller à Péronne confondre l'imposteur qui prétend être
l'empereur Baudouin ; il l'accompagne dans le midi quand il
s'agit de conclure une trêve avec Aimeri de Tbouars et, lors-
que ce seigneur vient à Paria se soumettre à Louis Vlll, la
I
1, Poltbaat, n-7361.
2, Lettre d'IIonorius aux prélats de France: Potthaat. n» *36fl.
a. //i«(. de saint Lout», I, 356.
k. Mouaket, v. 35378-25379.
LE CARDINAL DE 8AINT-AfiGE, ^89
présence du légat à la cérémonie d'bomtnage est notée dans
une chronique'. Mais pour montrer quel était le caractère de
» personnage, rien n'est plus caractéristique que sa querelle
Se les étudiants de Paris.
L'Université s'était fait fabriquer un sceau spécial et en
usait pour ses actes, au grand préjudice pécuniaire de l'église
de Paria qui jusqu'alors les authentiquait', Les chanoines de
Paris, profitant du séjour du légat dans la ville, convièrent
les écoliers à venir discuter cette question. Après avoir beau-
coup discouru, on résolut de s'en remettre à l'arbitrage du
cardinal de Saint- Ange et on lui remit le sceau, objet du litige.
Le légat, prenant trop promptement une décision grave, et
n'écoutant, comme dit Mousket, que son orgueil et son folage,
brisa le sceau devant tous les assistants, et prononça l'ana-
thême contre quiconque oserait désormais en fabriquer un
pour l'Université de Paris. Aussitôt une clameur immense
s'élève et toute la ville est bientôt on émoi ; les étudiants et
les maîtres eux-mêmes se donnent pour rendez-vous le palais
épiscopal où le légat s'est retiré; ils arrivent armés d'épées
et de bâtons. A leur approche, les serviteurs du cardinal_fer-
ment les portes, s'arment et défendent de leur mieux leur
maitre et leurs personnes contre les écoliers furieux. Plusieurs
assauts avaient déjà eu lieu, les portes étaient brisées, les
pierres volaient de toutes parts, l'on allait forcer l'entrée de
la tour où Romain s'était réfugié, lorsque Louis VIII envoya
une troupe de chevaliers et de sergents qui réussirent à dé-
gager les assiégés. Deux hommes du légat avaient été bles-
sés, l'un mortellement. Le cardinal sortit de la ville avec un
sauf-conduit et excommunia tous ceux qui l'avaient attaqué*.
Au concile tenu à Bourges le 30 novembre 1225, quatre-
vingts maîtres de Paris qui avaient participé à l'émeute
furent absous de l'excommunication. Louis VIII s'entremit
évidemment en leur faveur*. Nous voyons aussi que le
Vl. Chron. de Tours, 30S.
2. Sur la longue lutte entre l'Université et le chancelier de l'ét^Use
de Paris, voyeï Ludiaire, Manuel det Initîl., 131-U2.
3. Chron. de Tour*. 309. — Mousket. v. 253&9 et suiv. — Ann. de
l/tmsiaple, 97-98. Celte alTaire eut lieu en novembre 1225.
" '" -n. de Tours, 310.
H «. K,nron. ae lo.
^h Cu. P»m-DiT
1. Rèane de Louis VIII.
10
290 CONCILE DE BOURGES.
légat ne réussit pas à lui faire conclure de trêve avec Henri
III ; il ne serait donc pas exact de dire que Louis VIII se
laissa mener comme un enfant par cet homme impérieux
que le pape avait envoyé près de lui. Mais bien souvent il
dut suivre ses avis.
Au concile tenu à Paris le 15 mai 1225, et au concile tenu
à Melun le 8 novembre, où le légat et le roi agitèrent la ques-
tion de la croisade, il ne se résolut rien*. Pour en finir, Ro-
main convoqua les archevêques, évêques, abbés et chapitres
de France à un grand concile qui eut lieu à Bourges le 30 no-
vembre ; Raimond et Amauri de Montfort furent invités à s ?
rendre. Ce que voulait le cardinal de Saint-Ange, comme le
remarque Roger de Wendover*, ce n'était point forcer Rai-
mond à s'humilier, c'était donner un semblant de justice à la
guerre qu'on désirait voir entreprendre, c'était en finir avec
toutes les hésitations par une rupture solennelle. Ce fut une
assemblée exclusivement ecclésiastique, soit que Louis VIII
hésitât encore à prendre un parti, soit que Ton tint à donner
à cette cérémonie un caractère purement religieux. Le roi n'y
assista donc pas, comme on l'a cru à tort. Nous savons que
le jour même de la réunion du concile, le 30 novembre, il
était à Arras \ Il n'intervint que pour charger Thibaud de
Champagne de conduire Raimond VII au concile et de l'en
ramener en sûreté*.
Le comte de Toulouse vint à Bourges et demanda humble-
ment son absolution. 11 promit de détruire l'hérésie dans sa
terre, d'y rétablir partout l'obéissance à l'Église, la paix et
la sécurité ; il promit de rendre aux clercs tous leiu's revenus,
do réparer tous ses torts. Amauri exhiba de son côté les let-
tres d'Innocent III et de Philippe-Auguste qui relataient la
condamnation du comte de Toulouse et la donation de l'Albi-
geois à Simon de Montfort*. S'il fallait s'en rapporter au té-
moignage douteux de Roger de Wendover, Amauri aurait
demandé à son adversaire de se soumettre au jugement des
1. Chron. de Tours, ^OS.
2. Wendover, III, JÎO.
3. Voy. V Itinéraire de Louis VIII, Appendice n*> III.
4. Catnl., no 285.
5. Chron. de Tours, 310.
ASSBUBLEB DE PARIS.
291
douze pairs, et Raimond aurait répondu: n Que le roi me
Il reçoive en hommage lige, et je suis prêt à comparaître de-
B vanl eux; sinon ils ne me regarderaient peut-être pas comme
« leur pair o '. Toujours est-il qu'après de longues discussions
le légat et les prélats se rassemblèrent pour délibérer secrè-
tement, et le comte revint dans son domaine, sans connaître
la détermination de ses juges'.
Cette détermination était facile à prévoir, D'accord avec
les memlires du concile, le légat décida qu'on ne pouvait ab-
soudre Raimond VII; on allégua le prétexte dérisoire que le
comte de Toulouse " n'avait point offert comme il le devait
H d'obéir aux ordres de l'Église ». Accompagné de plusieurs
/jprélatn. lo cardinal de Saint-Ange vint prier solennellement
H Louis VllI de se charger de la croisade^ Le 28 janvier 1226,
'[ il y eut à Pari.s' une assemblée générale où le légat cxcom-
I mania Raimond et ses complices, et confirma pour toujours
au roi et à ses successeurs la possession du domaine de cet
hérétique. Le seigneur de Montfort céda tous ses droits au roi
de France, et Gui, oncle d'Amauri, confirma cette cession*.
Certain désormais do pouvoir tirer profit de son entreprise
s'il triomphait de ses adversaires, Louis Vlll voulut s'assurer
les moyens de réussir et se mettre en garde contre les abus
d'autorité de l'Église. IL se fit donner un acte, suscrit par le
légat, cinq archevêques et onze évoques, lui garantissant qu'il
serait libre de rester en Albigeois et d'en revenir comme il
lui plairait et que sa prise de croix, au cas o(i il mourrait,
n'engageait nullement ses héritiers'. Une fois la prise de
H«. Wendover, III. 106.
■lS. Cbron. de Tour», 310.
W 3. Lettre du lùgat (tr mai 1227^: IHil. ilu Lnng., VIU, 8G6.
4. Mousket prétend que ce fut a Mslun. Je meU en Uotile celte asser-
tion, ainsi que les propos prêtés par le poète aux conseillers du roi (v.
25415 et suiv.),
5. Chron. de Tourt, 311-312; — Cotai. . n" 313-31'.. —Selon l'an-
naliste de DuDsiaple, p. 101, Louis VIII donna de l'aient à Amauri
de Montfort en récompense de sa docilité. Selon Ouill. de Puilaurent,
p. 216, il lui assura I expectative de la charge de connétable ; Amauri
■ fvint en effet connétable en 1230, après la mort do Mathieu de Mont-
morenci. Mai
is avons un acte de 1229 (//i>(. du ioniï-, VIU, preuves.
895) par lequel Amauri reconnaît que pour la cession qu'il a faite k
LouÎB VIlI. Louis IX n'est tenu à aucun dédommagement. Guill. de Pui-
laurent s'est donc trompé.
-. Catalogur, n" 316.
^ ». ijiaïuiciyiir, ii-
292 PREPARATIFS DB LA CROISADE.
croix accomplie, le légat et les mêmes prélats reçurent
solennellement le roi, sa famille, son royaume et tous ses
compagnons d'armes sous la protection de TËglise pour toute
la durée de l'expédition, et leur concédèrent les indulgences
dont jouissaient les croisés de Terre Sainte; Raimond VII et
ses complices furent excommuniés ; furent également excom-
muniés, d'avance, tous ceux qui attaqueraient le roi de
France, qu'ils fussent français ou étrangers, et tous ceux qui
se feraient guerre privée. Enfin le légat, vu les frais considé-
rables qu'entraînait cette lointaine et longue expédition, mit
à la disposition du roi la dîme des revenus des églises de sa
légation pendant cinq années ^ Telles furent les promesses
faites par l'Église. Louis VIII fit suscrire en outre par vingt-
neuf de ses principaux barons un acte par lequel ils recon-
naissaient lui avoir conseillé d'intervenir dans Tafifaire des
Albigeois, et promettaient de l'aider fidèlement pour qu'il la
pût mener à bonne fin^. En somme, par ces divers actes, les
demandes que Louis avait faites au pape en 1224 se trouvaient
exaucées.
La prise de croix eut lieu à Paris le 30 janvier'. Aussitôt
le légat fit commencer la prédication de la croisade dans tout
le royaume, et soit par piété, soit par crainte, on répondit
en foule à cet appel. Dès le mois de janvier, il avait été dé-
cidé que les croisés se réuniraient à Bourges, un mois après
Pâques*. Cette résolution fut confirmée dans une assemblée
tenue à Paris le 29 mars ; tous ceux qui devaient au roi le
service d'ost furent invités à se trouvera Bourges le 17 mai*.
Louis partit pour Bourges le 11 mai^ C'est là que le roi et
le légat, après avoir délibéré avec les évêques et les barons,
prirent leurs dernières dispositions ; c'est là qu'on rassembla
les troupes et qu'on réunit l'argent. La perception des sub-
1. Catalogue, n° 317.
2. Catalogue, n^ 315.
3. Chron, de Tours, 312. Vincent de Beauvais, dont Tautorité est
moins grande que celle de Péan Gatineau, prétend que la prise de
croix eut lieu dès le 28 janvier (p. 1276).
4. Lettre du légat à l'archevêque de Rouen : Martène, Thésaurus
Anecdot., I, 931 et suiv.
5. Chron. de Tours, 312-313.
6. Registre de Saint-Osmond, II, 49.
LEVÉE RES Sl-BStDES. 293
Bes souleva, comme de coutump, beaucoup de protesta-
bns. Le légat prônait aux vieillards, ans enfants, aux femmes,
aux pauvres, aux infirmes qui s'étaient croisés, la plus grande
partie de l'argent comptant que, sur la foi du serment, ils
déclaraient posséder ; à celte condition seulement ils étaient
renvoyés chez eux absous de leur vœu ; les hommes qui de-
vaient l'est et préféraient s'exempter fournirent aussi des
sonsmes considérables. Ceux qui délièrent avec le plus de
peine les cordons de leur bourse pour cette cause sainte fa-
roat les clercs, qui protestèrent contre la dîme promise par
le légat ; pendant le concile qui s'était tenu à la Un de l'année
précédente dans cotte même ville de Bourges, le légat avait
demandé aux délégués dea chapitres d'accorder la dîme de
leurs revenus au roi, s'il se chargeait d'entreprendre la
croisade. Les délégués souscrivirent-ils à cette proposition?
Cela est peu probable'. En tout cas ce fut do force que quel-
ques mois après on leva la dîme promise à Louis Vill par le
cardinal de Saint-Ange. Le chanoine de Tours nous dit que le
J7 mai étaient présents à Rourges « une foule d'abbés et de
dercs envoyés par leurs chapitres, qui supplièrent bumble-
neot le roi et le légat de ne point réduire en servitude la
ibre église gallicane, en réclamant une dime des revenus
«îlésiastiques non consentie par les couvents et les chapi-
; ils étaient tout prêts d'ailleurs à fournir une aide conve-
(able pour les intérêts de la religion, du roi et du royaume.
"e roi et le légat refusèrent d'écouter leurs doléances et
1 se retirèrent, proférant de secrètes malédictions' •>.
i dlme devait être versée on deux termes, à la Tous-
lit et à la fête de Pâques de l'année suivante. Le légat,
*. Les témoignajtes (jue nous possédons sur cette question sont
absolument coni rail ici oires. l.e iégat, dans une lettre adressée à i'arche-
T(i|ue de Rouen, en février 12S6, assure que la dime a été accordée
par les membres du concile : ■ Promisimus, snci'o approbanle concilio
■ Bituricis congregaio, eîJem régi dare deoimam omnium proventuum
n ecclesiasticommlegationis noBtre... » (Martène, Thesaur. Anecdol.,
t, 832). Voy. aussi un acte du légat, daté du 17 mai 1227: ttitl. du
Langûedoe, VIII, preuves, 867. Dans une lettre adressée en 1227 au
!pe Grégoire IX, les chanoines de Paris assurent au contraire «ut
îlél^ués des chapitres n'avaient rien promis, (Raynaldus, XX, 600.)
Il est probable que le légat s'était contenté de poser la question à
qaelques évt^nuea dévoués, dont la réponse était sûre d'avance,
'•'— n. (Je Twir*. 313el 314.
HS. CAro
294 MÉCONTENTEMENT GÉNÉRAL,
dans un acte du 17 mai 1227, prétend que les chapitres c
provinces de Reims, de Sens, de Tours et de Rouen rehai
rent à ces deux échéances de payer leur part, malgré desai
monestations répétées'. Les chanoines de Paris assurent I
contraire, dans une lettre adressée au pape Grégoire IX, qi
les chapitres consentirent « par pure libéralité » à payer t
moitié du H subside * i> pour aider le roi Louis VIIL Apres ti
mort de ce roi, ils trouvèrent injuste de payer le resW
parce que la guerre avait à peu près cessé. La moitié de II
dime a-t-elle été vraiment payée par tous ceux qui la du
vaient, le l"' novembre 1226 ? H semble bien eacore ici q
légal altère la vérité, et que les chanoines de Paris "ont r
son ; ils n'auraient pas osé en imposer à Grégoire IX. Nw
sommes doncd'avis que peu de jours avant sa mort, LouisV
perçut la moitié de la dime promise par le légat.
Les services d'ost furent exigés avec une égale riguei
Selon le chanoine de Tours, les gens qui devaient le servit*
militaire et qui ne payèrent point d'exemption le 17 mai fu-
rent emmenés par le roi, non sans opposer la plus vivo rés^-
tance*. Nous savons par exemple que le comte d'Auxoune et
Jean do Chilon essayèrent on vain d'éluder la convocatiuii
royale'. Les boui-geois de Mâcon, qui avaient faitdéfaut. du-
rent payer une amende'. Co mécontentement général, éprou-
vé par ceux qui payaient de leur propre personne cominp
par ceux qui payaient de leur argent, a trouvé un écho
dans la chronique do Roger de Wondover; selon lui, rni
avait pris la croix par crainte du roi et par respect pour
le légat, plus que par esprit de justice ; beaucoup de person-
nes, ajoute l'historien anglais, trouvaient abusif d'attaquer
un homme qui avait fait soumission et était revenu àlafyi
orthodose ; et les désastres qui devaient bientôt û"apper l'ai
mée allaient prouver que cette guerre était injuste, et quoi
faisait par avidité, non par désir d'anéantir l'hérésie'.
). liitt. du Languedoc, VIII, preuves, 8G7-868.
3, ■ de pura liberalitate non quidem nomine décime, sedobtei
u subsidii. » (Raynaldus, XX, 600.)
3. Chron. de Tours, 311.
4. Petit, Hitl. des duc» de Bourgoqne, IV, 30.
5. Teulet, n" l988-iy89.
6. Wendover, 111, llO et U8,
LOUIS RÉUNIT DE GRANDES FORCES. 295
/ Quoiqu'il en soit, Louis VIII arriva à réunir à Bourges des
y^orces extraordinaires pour Tépoque, une armée « pour ainsi
« dire invincible » ; il y avait, prétend Roger de Wendover,
cinqusgnte mille cavaliers, sans compter une foule innombra-
\^ bte^e gens de pied\ Ces chiffres sont évidemment très
exagérés, comme ceux que donnent les narrateurs de la
croisade de 1209. Il faudrait dépouiller tous les cartulaires
de France et de Belgique pour connaître approximativement
le nombre des barons et des chevaliers qui se rendirent en
Albigeois. Les actes de Louis VIII et les chroniqueurs nous
font connaître probablement les principaux croisés. Ceux
dont nous savons les noms sont de toutes les régions du
royaume; certains même sont étrangers. La plupart sont des
familiers et des officiers du roi ; tels son frère Philippe, son
cousin Humbert de Beaujeu, le comte de Saint-Pol, le comte
de Namur, Archambaud de Bourbon, Bouchard de Marli,
Enguerran de Couci et ses deux frères, le chancelier Guérin,
Robert de Courtenai, Savari de Mauléon, Etienne de San-
cerre, etc.. Cependant parmi les compagnons du roi figu-
raient aussi des barons plus indépendants, comme Jean de
Nesle, les comtes de Champagne, de Chalon-sur-Saône et
d'Auxonne. Le comte de Bretagne lui-même arriva plus tard
dans le midi. Amauri et Gui de Montfort se joignirent natu-
rellement aux croisés, ainsi qu'un grand nombre de prélats,
tels que les archevêques de Reims et de Sens, l'abbé de Saint-
Denis, et une douzaine d'évêques appartenant aux provinces
les plus différentes : les évêques d'Arras et de Cambrai cou-
doyaient ceux de Limoges et de Tréguier*. Il devait y avoir
parmi les croisés beaucoup de gens d'Église : le légat avait
promis d'exempter de la dîme les prélats et les clercs de leur
suite qui accompagneraient le roi, et les cleixs qu'il désigne-
rait d'accord avec Louis VIII « comme propres à travailler
« personnellement dans cette affaire^ ». Le clergé était d'un
1. Wendover, III, 114. L'annaliste de Dunstaple, p. 101, porte à
cent mille le nombre des croisés.
2. Calai., n«» 315, 436. — Calai, des acles des comles de Champagne
dansd'Arbois de Jubainville, t. V, n»1725.—Teulet,n« 1787.— Vincent
de Beauvais, 1276. — H. F, XVIL 310, note. — Mousket, v. 26093 et
suiv., 27163 et suiv. — Conlin. d'Ànchin^ 437.
3. Ca/a/.,n«317.
296 SENTIMENTS DES BARONS.
dévouement assuré ; mais la bienveillance de certains barons
n*était point chose certaine : il ne s'agissait plus de prendre
part à une plantureuse curée, comme en 1209, mais de
fournir le service désintéressé dû au roi. .
CHAPITRE V
LA CROISADE DE 1226. MORT DE LOUIS Vni.
A la nouvelle de ces grands armements, une épouvante indi-
cible avait saisi la population méridionale. Décimée et ruinée
par dix-huit années de guerre, pouvait-elle résisigr au roi de
France ? Dès le mois de mars 1226, l^(£^ou6aissio^ avaient
commencé \ Certains se rendirent du fond du Languedoc à la
cour, pour prêter au roi le serment d'hommage lige; tels
Pierre Bermond, seigneur de Sauve, et Héracle de Montlaur*.
Beaucoup vinrent faire leur soumission à Bourges'. Mais la
plupart envoyèrent de leur pays même des lettres au roi ; les
uns étaient des hérétiques excommuniés qui, par l'intermé-
diaire du clergé, juraient d'obéir aux ordres du roi et du lé-
gat; tels Raimond de Roquefeuil, Pons de Thézan, Pierre
Raimond de Corneilhan, Bérenger de Puiserguier, Frotard et
Pons d'Olargues, Guillaume Pierre de Vintron, Pierre de
Villeneuve, les habitants de Béziers*; les autres étaient des
gens qui ne s'étaient pas compromis, mais qui jugeaient pru-
dent de protester de leur dévouement; tels Bertrand de
Gourdon, qui dès le mois de mars écrit à Louis VIII pour lui
rappeler que Philippe- Auguste l'avait reçu sous sa suzeraineté ;
0. Garin et G. Melchin, son frère, petits vassaux du monas-
tère de Saint-Gilles, qui promettent de recevoir avec honneur
les croisés s'ils passent en leur pays ; Bernard Oton, soigneur
de Laurac, qui écrit à Louis VIII : « Nous sommes avides de
<f nous placer sous l'ombre de vos ailes et sous votre sage do-
1. CataL, no 324.
2. Caial., n«» 368, 375. — Sur Pierre Bermond VII, voy. De Lafa-
relle. Fin de la premièf-e maison d'Anduze, dans Mém. de FAcad, du
Gard. ann. 1840-1841, p. 76 et suiv.
3. Chron. de Tours, 314.
4. CataL, n<» 324, 345 à 350, 355-356.
298 RAIMOND VII EST ABANDONNE.
« mination. » C'est aussi le prieur et la commune de Saint-
Ântonin qui demandent à passer de la suzeraineté de Gui de
Montfort sous celle du roi, et prêtent fidélité au templier
Evrard, immédiatement envoyé par Louis VIII \ Tous les actes
que je viens de citer sont des mois de mars, avril, mai; on
remarquera qu'ils ne proviennent pas d'un point spécial du
comté de Toulouse, mais des endroits les plus divers et les plus
éloignés les uns des autres ; du nord au sud des pays hérétiques,
citait une même panique.
'ait plus significatif et plus grave, les seigneurs les plus
puissants du midi, parents ou alliés naturels de Kaimond VU,
suivirent cet irrésistible mouvement et abandonnèrent la
ma^3i»fi de Saint-Gilles. Dès le 29 avril, Nuîiez Sauche, comte
Roussillon, écrit à Louis VIII : « La clémence divine re-
« nouvellera sans doute par vous les hauts faits de vos ancêtres,
« pour la défense de la foi et l'exaltation de l'Église. La
(( foi, la paix et la justice, qui avaient péri dans le pays des
« hérétiques, ressusciteront par votre ministère ». Nuilez ajoute
que sa terre abonde en ressources, et qu'il les met à l'entière
disposition du roi. Au mois d'octobre, ce seigneur fera hom-
mage lige à Louis VIII pour la vicomte de Fenouillet et de
Pierre Pertuse*. Le comte de Toulouse fut également aban-
donné par le roi d'Aragon, Jaimo I, comte de Barcelone et
seigneur de Montpellier, fils de ce Pierre d'Aragon qui s'était
fait tuer à Muret. Le 15 avril, accédant à la demande du car-
dinal de Saint-Ange et de Louis VIII, Jaime défendit à ses
sujets de recevoir les hérétiques et de les favoriser '. Vers la
même époque, un seigneur de Catalogne, Guillaume de Cer-
vera, faisait une promesse identique à Louis VIII, et lui offrait
ses services*. La peur avait brisé la solidarité naturelle qui
unissait la vallée de l'Ebre au midi de la Gaule. Les héréti-
ques, traqués de tous côtés, n'avaient même point la ressource
do chercher un asile au delà des Pyrénées. Il ne leur restait
plus qu'à courber la tête. Les comtes de Foix et de Carcas-
sonne» les habitants de Toulouse, de Foix, d'Agen et de Limoux
1. Catal., n«^ 325, 351, 359, 363, 365.
2. Catal., no» 357, 426. — Ilist. du Lang., VI, 617, et VII, 84-85.
3. Teulet, n^ 1758.
4. Catcri.. n° 364.
tTINKRAIRE DES CRfklHES.
209
quelques petits seigneurs qui se réfugièrLUit dans ces villes
lient seuls décidas à soutenir Raimond VII '.
A Bourges, Louis hésitait encore sur l'itinéraire à suivre
oar gagner le Languedoc. Enfin il se décida à passer par
lyon ; l'Apre plateau central n'aïu-ait pas offert uno voie
tcile et l'on disait quo la province de Narbonne était ruinée
t misérable ; il valait mieux suivre le Rhdne, auquel on cr>n-
lerait le transport des bagages. On longerait la rire gauche
t«qu'i Avignon et là. on repas^^erait le fleure pour gagner le
longuedoc'. C'était du reste l'itinéraire habituel aux croisés;
Citait celui qu'ils avaient suivi en 1200 et en 1215. Mais cette
i>ts le roi de France lui-même, à la tôto d'une armée formi-
[able, allait se montrer dans la région cisalpine, La situation
ttUliquc de eu pays donnait de rimpurtance à un tel èvé-
nment.
Au delà du Rbdne et de la Saftne s'étendait co royaume
lét6rogèae, né de la décomposition carolingienne, qui pendant
DDgtemps n'avait même pas eu d'appellation spéciale et depuis
leu d'années portait ofHciellement le nom do royaume d'Arles.
iM empereurs l'avaient hérité au xi° siècle, mais ils n'avaient
hit que des efforts in terni ittent;^ pour assujettir la puissante
todalité qui s'y était développée sans contrainte au temps de
k royauté bourguignonne. Leurs innombrables projets et leurs
Aimères les empêchaient de poursuivre avec uno suISsante
constance l'assimilation de ces provinces, et Gervais de Tilbury
jiortait en vain Otton de Brunswick à laisser là ses plans
I conquête, pour affermir son autorité sur une région qui
tominandait non seulement l'entrée de la France et de l'Ita-
, mais la Méditerranée, chemin de l'orient ; pareille tâche,
isait-il, n'exigeait qu'un peu de patience; cette population ne
iemandait qu'à prospérer suus un uiaiire bon ut puissant,
frédoric 11 était trop intelligent pour ne pas comprendre les
Vaatages d'une telle politique; il essaya en I2;f0 d'établir
1 Provence une vice-royauté, mais il échoua, et les affaires
ritalie et de Sicile absorberont ensuite sou attention. L'Arélal
1. Trait* d'alliance entre Raimond ot la ville d'Agen, S3 mai 13Î6 :
mkt, 0» 17:7.
1 ChroH. de Tours, ai*. — Cuill. do Puilaurent, 216.
300 LE KOYACME D'aHLES.
n'était pays impérial que de nom. En revanche, comme le
remarque M. Fournier, m la meilleure partie des provinces de
" ce royaume, c'est-à-dire celles qui étaient situées à l'ouest du
« Jura et des Alpes, étaient liées à la France par leur langue,
(1 leurs sympathies, leurs habitudes et leur littérature ; en outre,
R les vallées de ta Saune et du Rhâne étant le grand chemio par
n lequel les pays frani;ai9 communiquaient avec l'Italie, laMé-
« diterranée et l'orient, i! s'ensuivait fatalement que le passage
" dos voyageurs français, pèlerins, moines, guerriers, mar-
n chands ou jongleurs, développait sans cesse les relations so-
'1 ciales et commerciales de ces régions avec la France, a Les
Capétiens étaient maintenant assez forts pour étendre la maïu
vers cette proie qui s'offrait. Déjà Louis VI! était intervenu
dans le comté de Boiu-gogne on faveur des églises, opprimées
par les comtes de Mâcon et de Chalon-sur-Saône, et lo comte
de Forez était devenu volontairement son vassal. Philippe-Au-
guste ne chercha point à combattre la puissance impériale au
delà du Rbtlne; mais le royaume d'.\rles empiétait suris
rive droite du fleuve du côté do Tournon et le seigneur de
cette ville lit hommage à Phi lippe- Auguste en 1188; enfin
l'archevêque de Lyon, vassal du roi de France pour une partie
de ses domaines, était à vrai dire un prélat français: sans
cesse traversé par les croisés qui allaient combattre en
Albigeois, le Lyonnais faisait partie maintenant de la a sphère
d'influence » des Capétiens.
Si nous laissons de côté le comté de Bourgogne, en quel-
les dispositions d'esprit Louis VIII allait-il trouver les habi-
tants du royaume d'Arles proprement ditî La guerre reli-
gieuse avait mis le pays en feu ; le Dauphiné était resté à
peu près âdête à l'Église ; mais l'hérésie avait de nombreux
adhérents en Valentinois, en Venaissin et en Provence, On
sait que la Provence était depuis un siècle divisée en deux
parties : de la Durance à la mer, olle appartenait aux comtes
de Toulouse ; de l'Isère à la Durance elle avait été attribuée
aux Rairaond-Bérenger. Quant à la ville d'Avignon, les coin-
te.s de Toulouse et de Provence en étaient co-propriélaîre.s.
Malgré quelques campagnes dirigées par Simon de Montfort,
tout ce pays était devenu on refuge pour les Cathares. Rû-
mond-Bérenger était d'une orthodoxie douteuse et l'ou s©
AVIGNON EN 1226.
301
pouvient que Raimond VI et son HU, après le concile de
(Latran, avaient été reçus en triomphe à leur arrivée en Pro-
vence. Les Avignonais surtout s'étaient distingués par leur
mthousiasme, et le jeune Raimond avait su affermir cet atta-
(^cment on leur conférant d'importants privilèges, tels que
TexemplioD de tout pt-age dans l'état toulousain. Depuis ce
iemps-là, ils n'avaient point cessé d'être eu rébellion contre
l'Église et contre l'Empire. Sept années d'interdit n'avaient
|K>int brisé leur opiniâtreté. Avignon était alors au faîte de sa
.ssance ; c'était une véritable république, à la manière des
républiques italiennes : elle avait des podestats, et son organi-
Iialion rappelait d'une faron fort précise celle de Bologne. La
population avait cet esprit alerte et impatient que Gervais
de Tilbury a reconnu aux Provençaux, ce caractère ondoyant
.et pourtant résistant, qui permet de jouir dos temps prospères
sans inquiétude et d'endurer l'adversité sans abattement.
Avignon était un des plus forts remparts du libéralisme reli-
gieux, sinon de l'hérésie'.
Louis VIII et le légat purent d'abord croire qu'il suffirait
de se présenter pour voir les hérétiques du royaume d'Ar-
'les, comme ceux du Languedoc, lléchir le genou devant eux.
Bis traversèrent le Dauphiué sans rencontrer de résistance.
Le comte de Toulouse s'était enfui en Langnedoc ; Rairaond-
Béi-enger ne tarda pas à conclure contre lui une alliance avec
l^uis Vlll'. Les habitants d".\vignon même abandonnèrent
<ioute fierté; avant que le roi eût atteint le Rhône, il avait
reçu d'eux des messagers le conviant à traverser le fleuve au
pont d'Avignon. Quand il arriva à Montéiimar, il rencontra
de nouveaux ambassadeurs : les habitants demandaient au
'cardinal de Saint-Ange de les absoudre, et suppliaient le roi
«l'entrer dans leurs murs avec le légat, les archevêques, les
i^véques et cent chevaliers seulement, pour recevoir leurs
■ments et leur accorder l'absolution ; des otages seraient
1. Voy. Fournier, Royaume d'Arles, Introduction, et p. là 12G. —
De Maulde, Coutumet el régi. d'Avignon, p. 8 et suiv., 22 et ttuiv., 73.
Cst auteur, p. 29 et suiv., s'e.st elTorcè de montrer que les Avignonais
n'avaient pas embrassé le catharisme. Cf. le manifeste du légat contre
Avignon : Teulet, n" 1787.
2. Calai., a' 396.
L
302 ARRIVÉE DEVANT AVIGNON.
garants de leur obéissance; ils fourniraient des vivres à
l'armée, et Beaucaire, que le comte de Toulouse leur avait
livrée en gage d'une créance, serait cédée au roi s'il payait
la dette de Raimond VU. Ces offres furent acceptées, et les
otages reçus immédiatement'.
Fut-ce lo hasard qui rompit les relations pacifiques ainsi
entamées ^ On peut le croire. Malheureusement, pour nous
renseigner sur les événements qui suivirent, nous avons
d'une part les relations certainement partiales des chroni-
queurs septentrionaux et des barons français ; d'autre part
le récit de Roger de Wendover, qui est systématiquement
hostile au roi de France et commet souvent des erreurs fla-
grantes et énormes. La vérité ne se trouve probablement
dans aucune des relations contemporaines. Ce qui frappe dès
l'abord, c'est la diversité do ces relations ; toutes présentent
dans le détail des différences souvent graves. Dom Vaîs-
sète suit la version contenue dans la lettre des barons à
l'empereur et dans le manifeste du légat. Par cela même que
ce fut la relation officielle, on aurait dû la suspecter.
Les croisés arrivèrent le 7 juin à Pont-de-Sorgues, à deux
lieues au nord d'Avignon. Leur camp couvrit uu espace de
quatre milles environ'. Uu tel déploiement de forces dut ins-
pirer de sages réflexions aux plus belliqueux des Avigno-
nais. Une députation d'habitants vint en effet trouver le
roi, et les négociations furent reprises ; il fut décidé
qu'on s'en tiendrait aux arrangements déjà conclus, et les
bourgeois obtinrent des lettres de sûreté de Louis VIIl, qui
se disposa à franchir leurs portes avec une petite troupe". Que
se passa-t-il ensuite? Les chroniqueurs français* et les barons
dans leur lettre à Frédéric II, comme le légat dans son ma-
nifeste du 9 juin, rejettent la responsabilité de la rupture
sur les AvigDonais, et les accusent plus ou moins ouverte-
ment d'avoir organisé de longue main un gucl-apens pour
i
1. C/tron. de Tours, 314. — cf. la lettre des barons français k Frè- 1
déric n (Teulet, n° 1789).
2. Chron île Tour», 315. — Nicolas de Brai, 336.
3. Clii-on. de Tour», 315. — Teulet, n" 1789.
4. En particulier le chanoine de Tours, p. 314, et Nicolas do Grti, I
RUPTURE AVEC LES AVIGNONAIS.
303
iire périr les chefs de la cruisade; Roger de Wendover pré-
«id au contraire que l'intention de s'emparer d'Avignon
lit déjà arrêtée dans l'esprit de Louis VIII'. Selon les pre-
, les Avignonais ne livrèrent point les otages promis.
1 ils essayèrent tout au moins de tromper le roi. Moiisket
assure qu'au lieu d'envoyer cinquante des principaux
citoyens, comme cela était convenu, on habilla richement
cinquante misérables afin de les faire passer « comme fil
ftn des plus haus bourgeois " ctqu'on les amena à Louis VllI'.
Es auraient également refusé de livrer les châteaux qu'ils
(raient promis de rendre au roi. Ils auraient refusé encore
e fournir des vivres, bien qu'ils eussent pris à ce sujet un enga-
;ement formel, et ils n'auraient même pas voulu livrer ce que
1 serviteurs dn roi leur avaient acheté^ Enfin, ils auraient
mdu une embuscade à Louis Vlll ; après avoir laissé entrer
ion escorte, ils auraient formé les portes, croyant le tenir.
Heureusement, ajoutent les auteurs de cette version, Louis
avait envoyé à sa place un do ses barons, qui put d'ailleurs
s'échapper, sortir d'un autre côté'. Mais si ce dernier fait
était vrai, les barons et le légat, dans les documents cités plus
haut, ne manqueraient point de le mentionner. Or, ils n'en
parlent point, non plus que des cltroniqueurs très dignes de foi
;énéralement\
Ce qui semble certain, c'est qu'au moment où une partiede
tarmée avait déjà passé sur la rive droite da' Rhône par un
pont en bois construit U l'extérieur de la ville, les habitants
^'effrayèrent soudain et refusèrent au roi et au légat l'entrée
l' Avignon. Ce fut probablement un hasard malheureux qui
■ovoqua cette panique ; on nous dit qu'au lieu de traverser
'anquiilemenl le fleuve, Gautier d'Avesnes et ime troupe
( croisés se présentèrent sous les murs do la ville, en fai-
sant flotter au vent leurs étendards. Ce fut cette bravade ou
[uelque autre imprudence de ce genre qui effraya les Avigno-
& et Ig manifeste du légat
1. t. Wendover. m, tl«.
I 2. Vers 25627 et suiv. Cf. la lettre des
tr«ulet, n"' 1789 et 1787).
'^~. Teulet, n" l/flî et 1789.
_. Nicolas de Brai, 'i36 et suiv. — Mousket, v. 256SI et suiv.
I fi Voy. la Chron. de Toitn, SIS; Guill. de Puilaurent, 31(V
304 SIÈGE d'avrînon.
nais et détermina un si brusque changement d'altitude, lit
redoutèrent un coup de main, entrevirent les horreurs du
pillage, et Terinèrent leurs portes, préférant courir les risques
d'un siège. A la suite d'un petit engagement, quelques croi-
sés furent tués; les Avignonais démolirent le pont de bois,
sur lequel une partie de l'armée avait déjà passé, et les Ironpes
de Louis VIII se trouvèrent ainsi coupèos en deux tronçons.
Le légat envoya des frères prêcheurs demander satisfac-
tion, sur un ton assez hautain; les Avignonais refusèrent
satisfaction, et la rupture dut se trouver ainsi accomplie,
sans dessein prémédité ni d'une part ni de l'autre'.
Les sommations du légat, ainsi que celles du roi, ayant été
repoussées, le cardinal, voulant « châtier tant d'Injures faites
« au nom du Christ » et ayant pris l'avis des prélats et d'autres
bonnes et religieuses personnes, « enjoignit i' au roi et à tous
les croisés de " purger Avignon de l'hérésie » et de « venger
« l'injure faite à l'armée du Christ ». Tels sont les termes em-
ployés par le cardinal de Saint-Ange dans un manifeste qu'il
fit rédiger immédiatement pour informer la chi-éiienté de la
grave décision qu'il venait de prendre'. Le lendemain,
10 juin 1220, les opérations commencèrent. Louis fit avec sea
grands le serment de ne se point retirer avant d'avoir pris la
ville ^
On avait apporté toute une artillerie de siège. Immédiate-
ment les trébuc'hets, les pierrières, les mangonneaux, les pouts
mobiles, toutes les machines usitées en ce temps battirent les
murs de la ville, sous la direction d'Amauri Copeau
i
Li sire des engignéours
Commandërc des minôoun.
I
1, Cf. les lettres des barons et du légat; la Chron. de Tour», p. 3tS;
Nicolas de Brai, p. 336 et suiv. ; Guilt. dé Puilaurent, p. 216 ; Vincent do
Beauvais, p. 127G.
2, Haiiiteste daté du 9 juin : Teulet, n' 1787.
3, Chron. de Tour». 315.— Vincent de Beauvais, 1276. — N. de Brai, I
339. — Sur la date du commencement du siège, voy, une note de Dom 1
Vaisaète, lligt. dit Lani}., Vil, 70. Pour noua, nous acceptons sani-1
hésitation ta date du 10 juin, donnée par Péan Gatineau et Vincent d»'J
Beauvais; il ; a tout lieu, en effet, de supposer que le légat fit rMÎgar J
— manifeste te jour mûme où il prit so décision, et que Ib siège « "
•— ■\m le lendemain.
SIEGE D AVIGNON,
.■i05
présidait à ia fabrication et à remploi de l'artillerie
yaie. Enflo Louis fit établir ud pont de navires, pour per-
l&itrc aux troupes qui avaient passé sur la rive droite de
mîr le rejoindre',
r Tous ces efforts allaient, pendant trois mois, se heurter à
une résistance opiniâtre. Avignon était assez forte pour tenir
tète pendant longtemps à cette armèo formidable. Elle avait
des approvisionnements abondants et d'excellentes fortifica-
tions. Quiquenparle et Quiquengrogne, les deui grosses
tours qui sont reproduites sur le sceau de la république
attaché à un acte de 1226, étaient l'orgueil des habitants.
Enfin, les Avignonais avaient à leur solde une bande de ces
redoutables routiers brabançons et flamands qui, depuis plu-
sieurs années, employés tour à tour par les hérétiques et par
les orthodoxes, avaient mis le pays provençal à feu et à sang.
Bref, Avignon était « presque inexpugnable ». Les machines
semblaient ne servir de rien en battant ces murs épais ; une
grande partie furent d'ailleurs brûlées, les assiégés étant
très habiles à y porter l'incendie. Ils étaient également
^^roits à lancer des projectiles; Amauri Copeau fut tué d'un
^mip de pierrière'.
E Cependant les assiégeants n'étaient pas moins obstinés que
les assiégés. Amauri Copeau fut remplacé par un autre, et les
pierres et les traits continuèrent à pleuvoir sur la ville. Un
jour, les Avignonais tentèrent de négocier; pour attendrir
le roi, ils lui envoyèrent des vieillards aux cheveux blancs et
une bande de femmes nues jusqu'à la ceinture accompa-
dc leurs petits enfants; les bourgeois demandaient
■l'on leur permit seulement de sortir de la ville, sans en
1 emporter. Louis \11I et lo cardioal délibérèrent, mais
Bs ne purent s'entendre; le légat voulut avoir la moitié du
butin; le roi lui répondit qu'il n'avait pas besoin de lui pour
prendre la ville, " que jà Roume ne s'en meolast^ ».
Jâ. C/iron. de Tours, Îil5, — Vincent de Beauvais, 1276. — Mousket,
B[XS867-35S6S.
; W. de Brai, 3;!5-336. — Vincent de Beauvais, 1276. — Mousket,
Wi73. — Itogerde Wendover, Ur, 114. — Chron. de Tours, 315.
t)e Haulde, op. cil., il-12. — Art. de Céraud sur les routiers,
If. Ec, Ch., i" série, 111, 438-442.
. Mnuskel, v. 25941 et suiv. — Annalen de llunslaple, 101.
Cil. pCTiT-DuTAii.Lts, nv^ ''f i-ouis Vin. !U
306 siÈcE d'aviomon.
La lutte recommença donc. Les luerccnmres soudoyés p
les Avignooais surprirent une galère pleine de Françi
parmi lesquels se trouvaient Pierre de la Tournelle et C||
rerabaud de Soleames ; sauf Clérembaud, tous furent tués^
La fortune semblait maintenant favoriser Avignon. La n
talité était très forte parmi les assiégeants. Ce n'était poid
seulement les pierres et les traits lancés des remparts 4
venaient les frapper, c'étaient aussi la famine et la matadie^l
Ils souffraient beaucoup plus que les assiégés du manque de
vivres; Roger de Wendover donne de ce fait une explîcaHon
peut-être exacte : « Avant que les Français n'arrivasseni,
(i le comte de Toulouse, en capitaine eïpérimenté, renvojaau
« loin les vieillards, les femmes, les enfants, chassa du pava
« les animaux, et détruisit tout ce qui pouvait servir d'alimonts.
1 II affama non seulement les hommes, mais les chevaux, car il
'< avait fait labourer toutes les prairies de la région. » Il fallait
aller chercher au loin des victuailles et des fourrages. Le
gros de l'armée put trouver à se nourrir à grands frais; mais
les croisés pauvres mouraient en foule". A cette cause do
mortalité il faut ajouter les maladies provoquées par la cha-
leur. Eti ces mois torrides de juin, juillet, août, le soleil Je
feu do la Provence, tombant sur des têtes de Bretons et iv
Picards, faisait plus de ravages que toutes les pierrières du
monde. Enftn des mouches charbonneuses, attirées par les
cadavres, se glissaient dans les tentes, et rien ne pouvait ga-
1. Mousket, V. 24>003elsuiv.
2. Les éditeurs du t. XIX des ff. F. prétendent qu'en outre Ir
comte de Toulouse et le comte de Poix harcelaient les croisi^s par di'
11 légères escarmouches •> (Préf., p. lxxxv). Je ne croia pas pour m»
part que Raimond Vil se soit hasardé à affronter l'armée royale ; ud
acte du 2 août 1226 prouve au moins que ce jour-là le comte se truo-
vait à Toulouse. (Note de M. A, Mohnier sur la L'ommune de Toulouw,
dans llisl. du Lang., VII, 239.)
a. Roger de Wendover, III, 115. — Guill. de Puilaurent. 21T. —
Mouaket, v. 269JO et suiv. — Chron. de Tours, 315. — Ce demisr
chroniqueur assure que les Marseillais apportèrent aux croisés des
armes, des machines de guerre et des victuailles. L'auteur des Artnalti
lie Cologne, p. 839, dît qu'ils se soumirent à Louis VIN et au lë^t dèi
l'arrivée de ceux-ci en Provence. Il est vrai <^ue Marseille était ilon
en guerre ouverte avec l'empereur et ne devait pas être fâchée di * "
les Français assié^r une ville impériale ; mais d'autre part Hsr
était l'alliée de Raimond Vil et d'.\vignon, ce qui rend c«8 a —
bien invraisemblables; v. Foumier, op. cit., 117-122.
SIEGE D*AVIGNON. 307
rantir de leurs piqûres mortelles. Le découragement et le
dégoût brisaient tous les courages*. Un très grand nombre
de croisés moururent pendant ce siège. Le chiÉFre des morts
est d'ailleurs impossible à déterminer : les contemporains
eux-mêmes n*en durent rien savoir*. Si Ton tient compte
aussi des querelles incessantes qui devaient s'élever parmi
tant de gens que l'idée de patrie ne réunissait pas encore, si
Ton tient compte des complots dont nous reparlerons plus
tard, on voit que la vie était aussi pénible aux assiégeants
qu'aux assiégés. L'auteur d'une histoire de Philippe-Auguste
et de Louis VIll, dont nous ne possédons que le prologue, dit
que Louis mérita que Dieu lui donnât le Paradis,
Quar tant solTri a Avignon
Por son saint nom et por sa foi
De mal, de paine, que ge croi
Sans doute qu'il an ceste vie
A la corone desservie
Des martirs^
Voyant qu'à cette attente sans fin les croisés préféraient la
plus meurtrière des batailles, et que décidément « li sièges
« leur anuïoit », le comte de Saint-Pol, qui avait un grand
ascendant sur Louis Vlll, le décida, le 8 août, à faire un as-
saut^. Cette tentative tourna à la confusion des croisés. Ils
s'engagèrent sur un pont qui unissait l'intérieur de la ville à
l'autre rive du Rhône; soit à cause du poids trop grand de la
foule qui s'y était engagée, soit par suite d'une manœuvre des
Avignonais, le pont s'écroula, entraînant dans les eaux ra-
pides du fleuve près de trois mille hommes. Le roi fut surtout
affecté de la mort du comte de Saint-Pol, qui périt de la
même façon qu'Amauri Copeau,
Et pour saint Pol et pour saint Pière,
Pour çou qu'il fu tués de pière,
1. Roger de Wendover, III, 115. — Chron. de Tours, 317.
2. Cf. Vincent de Beauvais, 1276; — Roger de Wendover, III, 118;
— Ann. de Dunstaple, 102 ; — Mousket, v. 27115 et suiv.
3. Bomania, VI, 497.
4. Mousket, v. 26219 et suiv. — Nicolas de Brai, 339. — Chron. de
Tours, 315.
308 SIÈGE d'avignon,
dit Mousket, qui trouve là une occasion de faire briller i
esprit. Enfin, Roger de Wendover raconte que peu de teœ;
après, profitant du moment où les Français prenaient Iflt
i'epa3, les Avigaonais firent une sortie où ils ne perdirent pi
un homme, et qui coûta la vie à deux mille assiégeant:;'. ]
roi, découragé, réunit alors les grands et les prélats, " cla
Cl et baron, grant et menu », et demanda conseil. I/archevèqn
de Reims, les évêques d'Arras et de Noyon prirent la paroU
promirent de rester avec Louis Vlll s'il voulait continuer)!
siège. Louis VUl s'y résolut, et tous les croisés v rejurérentli
Il siège' » ; le comte de Toulouse fut de nouveau excommunié^
Le roi prit des mesures pour diminuer la mortalité para
ses troupes. Il fit jeter dans le Rhône tous les cadavres qui
infectaient l'air. De plus, il fil creuser entre la ville et II
camp un énorme fossé, dans la triple intention d'interdire
aux croisés l'approche immédiate des murailles, de melln
obstacle aux sorties des assiégés, enfin d'établir un blocus'j
Louis renonçait définitivement aux assauts; Avignon périraA
par la famine ou capitulerait:
Lor deffendi qu'il n'asausisent,
Mais là dedens les enclosisent,
Ausi corn l'oidel en mue,
Quar viande faut et remue.
S'es vot li rois atorner teus
K'it morusent en leur osteufl,
Va de dissaite et de famine,
Et d'ordarea et de vermine,
Et des engiens ki, cop à cop,
Nuit et jûr en tuoient trop.
Leur poestas et leur baillius
■ lert ]k mors et d'infier ealiuB '.
Les vivres, au bout de quelque temps, devinrent en efl
difficiles à se procurer dans la ville, et pour trouver le b(
1. Mousket, V. 26307 el suiv. — Wendover, 111, 115 116. Koger
Wendover parle seul de la rupture du ponl. S'agil-il du fameux pi
de Saint-Bénézet ? En tout cas l'on ne peut accepter qu'arec bien t
réserves l'assertion du chroniqueur anglais.
2. Mousket, v. 26513 el suiv.
3. Wendover, III, 116.
4. Mousket, v. 26777 et suiv.
CAPITULATION D AVIGNON. 309
^essaire à leur cuisson, oa était obligé de démolir des mai-
I
Voyant les croisés résolus à ne point abandonner la partie,
craignant que leur fureur ne s'accrût avec le temps, les
Avignonais se résignèrent enfin à capituler. La reddition au-
rait eu lieu le 15 août, selon Vincent de Beauvais; le 28 août,
selon un manuscrit cité par dom Biial; enfin, au commence-
ment lie septembre, selon les chroniques de Saint-Victor de
Marseille et de Tours, Il est probable que les premières négo-
ciations commencèrent vers la fin du mois d'août, et que les
ITOisés rentrèrent dans la ville vers le t) septembre'.
Les Avignonaia fournirent un grand nombre d'otages'
ëOinme garantie de leur obéissance. Le légat entra dans la
\i\\e, distribua des absolutions, purifia les églises, institua
des clercs, et imposa comme évêque aux habitants le moine
clunisien Nicolas do Corbîe. Puis, le 10 septembre, il sortit
de la ville, convoqua le ruî et les bourgeois, et prononça sa
sentence'. Les remparts devaient être rasés ainsi que les for-
tifications de toute espèce et trois cents maisons de la ville
qui étaient munies de tours; les fossés seraient comblés; la
ville resterait en cet état pendant cinq ans, à moins d'obtenir
une grâce spéciale du pape. Les habitants fourniraient l'ar-
gent nécessaire pour qu'un chAteau capable de les tenir en
respect fflt construit à Saint-André ou en un autre lieu. Ils
livreraient au roi, outre toutes leurs armes et toutes leurs ma-
chines de guerre, sis mille marcs d'argent; ils lui céderaient
aussi Beaucaire, mais sans être payés de la créance que repré-
sentait ce gage donné par Raimond VII'. Ils donneraient aussi
i. Mousket, V. 26054 et sitiv.
2. Vincent de Beauvais, 1276. — //. /-'., XIX, 267. — Ann. de S.
Victor de Marieitle, 1. — Clirott. de Tourt, 317. — Selon les Prieclara
Francorum facinora, édités par Catel dans son llùl. des comtes de
Tolonein. I2B), Avignon se rendit le 12 septembre. Voyez une note de
dom Vaissèle, Hisl. du Lang., Vil, 70 à 72.
3. Cent cinquante selon le chanoine de Tours (p. 317), deux cents
selon Vincent de Beauvais (p. 1276), trois cents selon Mousket (v.
'$974 et suiv.).
4. Dom Vaissète prétend que cette sentence ne fut prononcée qu'en
janvier 1227. (//wf. da Lang., VI, 620-621). Tous les chroniqueurs
disent 1b contraire.
5. Beaucaire était déjà aux n
b||u ro) et des députés d'Avi^no
M^u roi ei tes uep
a nouvelle de l'entrevue
, la garnison de Ueau-
310
CAPITULATION D A\nGNON.
mille marcs d'argent au nouvel évÉque. Enfin. iU sobviei
draient à l'entretien de trnnte chevaliers en TerreTSaint
pendant trois années, et se soumettraient à la pènilence o
donnée par le Saint-Siège'.
Il y a lieii de croire qu'on s'en tint aux termes de la sa
tence du légat. Selon une chronique consen^ée à la bibli
théque de Berne, le roi aurait fait tuer tous les mercenain
français et flamands trouvés dans la ville*. Le fait n'est p
incroyable et a pu être omis à dessein par les chroniques:
orthodoxes. Mais je ne sais pas où certains historiens a
trouvé que les troupes de Louis VIIl, à la prise d'Avignoi
avaient « massacré un grand nombre d'habitants ' u.
En revanche, la sentence fut exécutée dans toute sa rigueur..
Selon Mousket, les paysans des environs furent des preniic
à travailler pour détruire les murailles et les fossés de
ville,
Quar on liaoit çauK d'Avignon
Partout le païs environ *.
Pour garder Avignon, Louis VIII laissa quelques troupai
sous le commandement de Guillaume V, comte d'Orange, qd
était venu rejoindre les croisés pendant le siège et avait rep»
de la main du roi l'épée de chevalier; c'était le fils de»
Guillaume IV, ennemi mortel des Avignonais, qui. éuat
tombé entre leurs mains en 1218, avait été écorché vif et coupi
en morceaux; Louis pouvait espérer qu'Avignon serait blM
gardée. D'ailleurs, toutes les terres de Raimond Vil suri!
rive gauche du Rhône furent occupées oUiciellcmont par tl
légat, qui jugeait cette mesure nécessaire aux intérêts à
l'orthodoxie et de la pais. Le marquisat de Provence fil
Caire, croyant qu'Avignon allait se soumettre, avait livré là pIaos<
l'arclieveque de Narbonne (Chron. île Tours, 314).
1. Chron. de Tours, 3\1; — Vinc. de Beauv.. 1276;— HomU
V. 26974 et suiv.
2. //. F., XVII, 310. note.
3. Zeller, Frédéric II, 221. — Winkelmann, Friedrich 11, L I. M
assure que les croisés commirent s toutes les cruautés ImaginablM »■
renvoie aux Gesla Liidovici VIIl, ofi l'on ne trouve pas un mot de cd
— Etienne de Bourbon (Anecd. Iiislar., n» 318), rapporte une l^gen
selon laquelle le» Avignonais auraient été sauvés du massacre griot
l'intercession de la Vierge.
i. Mousket, v. 26985 et suiv.
GARNISON KTABLIE A. SAINT-ANDRE.
.311
gardé au nom du Saint-Siège par les agents du roi de France
jusqu'en 1234'.
L Avant de pai'tir. le roi s'occupa de l'édification de la forte-
■esse destinée à tenir la ville en respect. Dans cette pensée,
lu conclut un pariage avec le-s religieux de Saint-André, très
ancienne abbaje de Bénédictins, bâtie sur une colline qui do-
mine Villeneuve-lès-Avignon. Ces religieux avaient accueilli
avec joie les croisés. En 1210, Raimond VI avait cédé leur
monastère et le château qui en dépendait à la ville d'Avi-
gnon ; l'abbé Berraood de Clansonne mit toute l'activité dont
il était doué à secouer cette suprématie; mais, à la suite
d'une révolte, en 1213, les religieux et les habitants de Saint-
André se virent contraints de jurer qu'à l'avenir ils n'élève-
raient jamais de fortifications. En 1226, ils s'empressèrent
donc de conclure avec Louis VIII nn acte de pariage, qui,
avec un acte analogue signé en 1292 par l'abbé Bertran de
Laudun et par Philippe le Bel, régla les rapports de la cou-
ruune avec cotte abbaye. Moyennant une rente annuelle de
40 livres tournois à percevoir sur les revenus de BcaucaJre,
les religieux, « pour la défense de la foi et pour l'amour du
roi», permirent à Louis Vlll de relever les murailles de la
^•ille de Saint-André qu'avaient démolies les Avignonais, d'y
élever une forteresse et d'y tenir garnison ; le roi devait per-
cevoir en outre la moitié des produits de justice et recevoir
^«erment de fidélité des habitants '.
^■Telle est l'histoire de co siège, l'un des plus célèbres du
|Pôy6n âge. M. A. Molinier estime qu'en s'obstinant à prendre
"vignon, Louis VlII commit une faute politique et militaire
des plus graves'. Nous ne partageons pas cet avis. Les trois
mois passés devant Avignon n'auraient peut-être pas été
plus utilement employés ailleurs pour la soumission des Ca-
thares; laprisedecettecitéréputée inexpugnable parut en effet
aux yeux des Méridionaux l'un dos événements décisifs de leur
Hl, Mousket, v. 26199 et suiv. — Fragment de chronique édile dans
K;l='.,XVi[, 310, note. —Vaurniet: Kuy. d'Arles. 104, 127 et suiv., 137.
■8. Calai.. n~ 1,12 kW,.— Mémoires Uel'Acmf. ilit Gnrd. ann. 1876-
1877, article de A. Coulondros sur itiuw Vlllel Oermondile Clnummie,
p. 335 el Buiv,
3. Elude mr Cnilminitlr, 'le Louis IX el d'Àif. de Poitiers, dans
tdulanii.,yn, 463,
:
312 CONSÉQUENCES DE CE SIEGE.
histoire ; pendant longtemps, dans les chartes, on parlera de
l'époque « où Monseigneur le roi de France \int devant Avi-
« gnon » ; le succès de Louis VIII acheva de décourager les
faidits. Reste à savoir s'il était prudent de mécontenter l'em-
pereur, qui avait à plusieurs reprises manifesté le désir de ne
point laisser son autorité s'affaiblir dans TArélat. L'année pré-
cédente, voyant Raimond VII prêt à faire des concessions à ses
ennemis pour obtenir la paix, Frédéric II lui avait interdit
d'aliéner une parcelle quelconque des terres qu'il tenait de
l'empire. Mais Frédéric, par politique, était alors l'ami du roi
de France et l'ennemi des hérétiques ; il était de plus réduit à
l'impuissance par les affaires de Lombardie ; pendant le siège
d'Avignon il se tint donc coi et feignit d'accepter les explica-
tions des barons et des prélats français qui lui avaient écrit
pour justifier leur conduite et celle de Louis VIII". Après la
prise d'Avignon il demanda cependant au pape de lui rendre
les villes impériales que le légat prétendait occuper et les
lenteurs de l'Eglise le mécontentèrent évidemment Ml est clair
que malgré les belles protestations du roi de France et du
pape, la légitime autorité de Frédéric II était ouvertement
méconnue ; en droit Louis VIII avait eu tort ; mais au point
de vue de ses intérêts en était-il de même? L'avenir allait
prouver qu'il n'y avait nulle témérité, nulle folie de la part
du roi de France à préparer, par de successifs empiétements,
l'annexion de l'Arélat.
Emmenant avec lui lesotages^ Louis VIII passa le Rhône,
en vainqueur cette fois. A la seule nouvelle de son arrivée
devant Avignon les soumissions s'étaient d'ailleurs multi-
l)liées. Pendant le voyage de Lyon à Avignon, le roi avait
déjà appris la soumission de Nimes ; les habitants de la ville
avaient d'abord voulu organiser la résistance et avaient formé
le 15 février une ligne défensive avec les chevaliers qui lo-
geaient dans le château et les maisons des arènes ; mais les
remontrances de l'archevêque de Narbonne, les informations
1. Teulet, no 1789. — Winkelmann, op. cit., I, 309. — Fournier,
op. cit.. 125 et suiv.
2. Winkelmann, op. cit., I, 309 et suiv.
3. Fragm. de chron. dans //. F., XVII, 310, note.
ACTES DE SOUMISSION.
313
u'ils re(;urent au sujet îles forces des croisés, décidèrent
ourgeois et chevaliers à se soumettre le 3 juin'.
Les actes de soumission furent très nombreux pendant lo
iège d'Avignon. " cai- une telle crainte, une telle stupeur
frappèrent les peuples de lout le pays, dit Nicolas de Brai,
ijua les villes jusqu'alors indomptées ot toujours rebelles en-
Toj'èrent leurs députés avec des présents, pour déclarer
qu'elles se livraient et qu'elles étaient prêtes à obéir. Toute
la région frémit -, de toutes parts les députés arrivèrent au
camp du roi' ». On n'était même point sur d'être bien accueil-
i; le comte de Foix avait en vaiu offert sa soumission'. Aussi
les Méridionaux jugèrent-ils souvent nécessaire d'employer les
taphoresles plus extraordinaires d'humilité pour toucher
,'ànie du roi ; dans un acte du 8 juin, Sicard de Puilaurent
pt les habitants de Puilaurent écrivent à Louis V'Ill « qu'ils
K se roulent à terre pour baiser les pieds de sa glorieuse
t Excellence ". A l'arrivée du roi en Languedoc, ajoutent-ils,
ne telle stupeur de joie, une telle plénitude de bonheur
It ont rempli nos âmes, que l'on ne peut traduire de tels senti-
ments ni par la parole ni par la plume. Nous baignons de nos
pleura, Ô illustre seigneur, le^^ pieds de votre Majesté et noua
supplions voire Altesse, avec des prières pleines de larmes,
que vous jugiez boa de recevoir miséricordieuse ment vos es-
claves sous le voile de vos ailes »'. Le 14 juin, c'est Guil-
lume Bernard de Najac qui demande à Louis de disposer do
loi selon son bon plaisir et qui déclare avoir banni do Najac
tous les hérétiques'.
Pendant le siège d'Avignon, Louis VIII reçut aussi en hom-
lage lige Bernard Pelet, Guigue do Tournon, Rostan de
abran, Raimond Gocelin de Luoel'. Bernard V, comte de
omminges, qui, la mémo année, avait hérité de son père
lernard IV les domaines que celui-ci avait conser^-éa, vint
usai faire hommage lige à Louis VIII pour les terres qu'il
ï. Calai., n" 3B1. — Ménard. Hiit. de Nimes, I, 293.
2. Nicolas de Brai. 31î. — Cf. Ckron. de Tours. 315.
3. Mouskel. v. 26679 etsuiv., 26933 et Kuiv. — Guill. de Puilaurent,
17.
4. Calai., n"3S'i.
5. Calai., n° 389.
6. Calai., n« 3îil, 399, 400, 401.
314 ACTES DE SOUMISSION.
plairait au roi de lui donner'. Le comte de Toulouse perdait
en la maison de Comminges une de ses plus coustantei
alliées. Bernard V ne se contenta point de se soumettre
aux câtés de l'abbé de Feuill.'ins, il fît de la propagande en
faveur de Louis VIII ; son sceau est apposé sur les actes de
soumission de B. de Marestan, de Roger d'Aspet. du seigneur
de Sauve, de Bertran Jourdain, du seigneur de l'Isle (H
"26 septembre). Le 7 octobre, ce fut en la présence du comte
de Comminges et de l'abbé de Feuillans que Guillaume Bernard
de Marquefave se déclara prêt à obéir désormais au roi et au
légat'.
Outre ces soumissions et quelques autres qui eurent liea
au mois de septembre et d'octobre', Louis re(;ut aussi celleg
des principales villes de la région. Le 12 juin, ley gens de la
commune de Castres écrivent au roi qu'ils lui ont jur« fiiié-
lité et qu'ils ont chargé leur abbé de lui porter les clefs de 11
place; ils le supplient de prendre sous sa protection leur
ville, qui abonde en vivres, en armes, en machines di» guerre;
ils soutiennent des combats incessants contre les hérétiquas,
et ramènent au roi et à l'KglisQ autant de villes et de cbà-
taux qu'ils le peuvent'. Le 14 juin, Isam de Saint-Paul et Si-
card de Puilaurent faisaient une déclaration presque iJea-
tique pour leur ville de Saint-Paul-Cap-de-Joux'. Le 16, les
gens de Carcassonne déclaraient avoir juré fidélité au roi mal-
gréles menaces du comte deFoix, qui était maître dachàtean;
lo même mois, le château était livré au roi par celui qui de-
vait le défendre, Raimond .\rnand du Fui'. L'évëque d'Albi,
qui avait joué jusque-là un rote assez équivoque, vint avec un
certain nombre de citoyens remettre les clefs de la ville à
Louis VllI et lui jurer fidélité''. De leur côté les Montpelli^
1. Calai., a' 504. — Art dp vér. Ifs daUt. Comtes de Cnmmingn.
2. Catal., n" 408 à 410, 415, 416, 418.
3. Catal., n" 411, 433.
4. Cn/oi.,n''3«7.
5. Calai., n" 388.
6. Catal., n" 390, 398.
1. Calai., n° 394. — Mémoire envoyé à Blanche de Gusiille en 12Si:
ffùt. du Long., VIII. 1301-1302. — Sur lévèque d'AIbî, qui avait tiSt
rentrer ilaimond Vil dans la ville en 1214, \oyet une note dea i
éditeurs de l7/ps(. du Long.. VII, 28i et auiv. et une étude «lu !
Derazars sur Ut Evéqua d'Albi aiu^xwel xi]!* siéclei(\&as Mém.
VOYAGE DE LOUIS Vin EN LANGUEDOC.
315
rains envoyaient des députés, munis d'une recommandation
d'Honorius IH, pour obtenir la protection royale'. C'est pro-
bablement aussi pendant le siège d'Avignon que les habitants
do Narbonne jurèrent fidélité à Louis VIII'.
Ce fut une marche pacifique, nno marche triomphale, que
Louis Vin, au sortir d'Avignon, fit à travers le Languedoc,
toujours accompagné pas à pas par le légat, au milieu des
et des festins dus à la générosité du riche évéque de
Toulouse, Folquet de Marseille, l'un des ennemis les plus
acharnés de la maison de Saint-Gilles et des Albigeois*. Bé-
ziers, Carcassonne, Pamiers, Belpech, Castelnaudari, Pui-
laurent, furent les premières étapes de ce voyage. La ville
de Limoux, près de Carcassonne, semble avoir seule résisté,
«t les chroniqueurs ont à peu près raison de dire quejus-
i^u'à quatre lieues de la redoutable Toulouse, les places et
ileschAteauxse rendirent sans résistance'. En quittant Avignon.
le roi avait bien le dessein de s'emparer aussi du dernier
ibri de la maison de Saint-Gilles, et dans cette peosée il
ivait fait mettre en réserve toutes les machines de guerre".
Arehéol. du Midi de la Fr., ann. 1880-1682, p. 347-3^8. Quelques mois
^rès, en quittant le midi, Louis VIII passas AIbi, reçut de nouveau les
lermenta de fidélité des habitants et déploya son étendard au-dessus
le la cathédrale; voyez le mémoire cité, Hiit. du Lang., VIII, 1302.
1. Catal., n" 395 — Germain, Commune de Montpellier, II, 10-11.
2. CatnL, n' WS.
3. GniH. de Pullaurent, 217. — Sur Folquet de Marseille, voy, //iX.
littér. de la /■>., XVIII, 5«8 et stiiv.
4. Guilt, dePuilaurent, 217; — Vincent de Beauvaia, 1276. —Sur les
[^ports de Louis VIII avec les particuliers, voy. Calai., n°< 417, 442, 443.
-• Sismondi iffisl. des Français, VI. 593), dit que Louis VIII fit raser
imous et l'on a souvent répété son assertion sans la contrôler. Voici
e <^tie nous savons làKlessus, d'après des enquêtes du règne de saint
AniB. Limous avait été soumise par Simon de Montrort, qui fit raser la
file construite sur une hauteur, et la reconstruisit danR la plaine.
Lea habitants se révoltèrent peu d'années avant 1 arrivée de Louis VIIl
et s'établirent de nouveau sur la hauteur; pendant la croisade de 1226,
■ ils s'opposèrent au roi, adhérèrent au comte de Foix et au vicomte
« de Carcassonne et les reçurent, enfin firent la guerre au roi et aux
»Le» documents ajoutent que" quand les habitants vinrent à la
I miséricorde du roi ». ils furent condamnés à payer à perpétuité une
lille annuelle de 200 livres melgoricnnes et la ville fui de nouveau
jétruite et reconstruite en plaine (Docuni. publiés dan* V/Iîsl. du Lang.,
ni, 343, 346-347, et VIII. 1391-1392). M. A. Molinier (tiiW,, VII,450) croît
Su cette soumission de Limoux n'a eu lieu qu'après la mort de Louis
bu. En tous cas, les documents ne disent pas ]iositi veulent qu'elle
H eu lieu sa vie durant.
ft. Housket, v. 27017-27018,
316 MESURES COSTKB LES HÉBÉTIQrES.
Mais le mois d'octobre était déjà avancé ; on remit !e sîèga
de Toulouse au printemps prochain, et l'armée reprit larouU
du nord. Louis VIII confia la garde de l'Albigeois à son
cousin germain Humbert de Beaujeu et à Gui de Mont-
fort, il leur laissait cinq cents chevaliers'. D'ailleurs il avait
fait un exemple en rasant les murs de Montulicu. dont les
habitants avaient abandonné peu d'années auparavant le parti
de Simon do Montfort', et il avait établi des garnisons i
Nimes, Beaucaire, Saint-Gilles, Ternies, Tarascon. Orange,
Béliers, Carcassonne, bref " partout fors qu'à Toulouse n'.
Reste à examiner comment Louis VIII procéda pour tirer
de son expédition le profit spirituel et matériel qu'il en atten-
dait. Depuis deux ans le catharisme redevenait très mcnarajit:
l'évèque hérétique Guillebert de Castres était entré à Tuutuuse
en 1224; en 1225, les Cathares avaient tenu un synode an
château de Pieussan. Saint Antoine de Padoue, qui était venu
en 1225 prêcher dans le Toulousain, ne semble pas y avoir
eu de grands succès, et cet « infatigable marteau de l'hérésie»
frappait en vain '. Louis VIII et le légat installèrent deux nou-
veaux évéques orthodoxes; l'un, comme nous l'avons vu, à
Avignon, l'autre à Carcassonne".
Mais il fallait que, comme on Allemagne, le souverain se
joignit à l'Église pour défendre le catholicisme. Julien Havet
a montré avec beaucoup d'érudition comment le bras séculier
a fini par s'appe-sanlir sur les hérétiques au moyen âge. Pen-
dant longtemps il n'y avait eu à cet égard aucune loi écrite,
ni même aucune coutume positive. Dans le midi, les Cathares
furent poursuivis depuis la fin du xil* siècle, mais on se con-
tenta d'abord de les exiler et de confisquer leurs biens; ce
furent les croisés do 1209 qui apportèrent en Languedoc
l'usage de brûler les hérétiques. Dès le mois d'avril 1226,
1. Vincent de Beauvaia, i2'6. — Fragm- de chronique, //. F., XVII,
310, note. ~ Aubri do Troisfontaines, 919.
3, Gallia Chrisliana, éd. nov.. VI, 97».
3. MouKket. v. 26690-26695 et v. 27019-27026, — Fragm. de dtnm.
//. F., XVII, 310, note. — Pour Nîmes, Calai., n" 392.
4. Schmidt, l/tsl. des Alb., I, 291 el suiv. — Wadding, Antultt
Minorum, 11. 114-115.
5. Aubri de Troisfontaines, 917. — Gérard de Vie. Chnn. epitc,
eccl. Careaa., 92-93.
MESURES CONTRE LES HERETIQUES.
317
piuis VIII s'occupa d'édiuter des moyens de répression ; cette
Hrdonnance, dit Julien Havet, est la u première loi française qui
1 sanctionne la punition de l'hérésie par le supplice Ai feu ».
Elle déclare, en effet, que tout hérétique convaincu doit être
frappé du châtiment qui lui est dû [animadversio débita) et
B les fauteurs d'hérétiques perdront leurs biens, leurs hon-
neurs, leurs droits de témoigner, de testur et d'hériter. Si la
Inort civile attend ceux qui ont simplement favorisé les héré-
tiques, \' animadversio débita réservée aux Cathares euï-
tes désigne évidemment la peine du feu, qui était main-
tenant en usage dans le Languedoc'.
Nous croyons pour notre part que cette ordonnance (en
mâmettant, ce qui n'est pas tout à fait sûr, qu'elle soit de
1226') n'eut pour effet immédiat que d'augmenter la terreur
provoquée par l'annonce d'une nouvelle croisade dans le midi,
l)ous n'avons découvert dans les documents aucune trace
i'auto-da-fé pendant le séjour de Louis en Albigeois. Tout au
plus le lieutenant qu'il laissa dans le midi. Humbert de
Beaujeu, ordonna-t^il l'exécution d'un évêque hérétique'. La
menace avait momentanément suffi : les timides étaient rentrés
dans le giron de l'Ëglise; les obstinés s'étaient tapis dans
leurs cachettes, attendant que le nuage chargé de foudre eût
|)assé au-dessus de leurs têtes.
A la fin de la croisade, pendant l'assemblée de Pamiers,
Louis VIII prit aussi des mesures pour donner une sanction
matérielle à l'excommunication, qui, à force d'être prodiguée,
s'effrayait plus personne. D'après cette nouvelle ordonnance,
1. Calai., n" 362. — J. Havet, L'héféxie el U brat têcutier au moyen
J«,d«n8fli6.J?c.f;/i.,>y.l.488 etsuiv., 570 etsuiv.; parliculiè rement
S9S et Huiv. — Deux cent quarante hérétiques avaient été briilËs à
Minerve en 1210 {llhl. du Lang., VI, 3ai).
2. EUe est datée ainsi : Bactumannol2i6, iiiense aprili»; l'année 1226
anc. style va du 19 avril 1226 au U avril 1227. Un acte de saint Lnuîa
de 133B iOrdonn., 1, £0} reproduit à peujirès la teneur de cette ordon-
ice, sans la mentionner, ce qui tend a prouver qu'elle est bien du
ips de Louis VIII.
.. Vûy. Hiti. du Lang., VI, 619. Cerlains historiens, comme les
_ iteups de la préfaw du tome XIX des //. F. (p. ixxxv), et comme
Henri Martin (t. IV, 130), ont défiguré ce fait: l'évéque hérétique brûlé
i Catme o ver§ ce temps Ifi » sur Tordre de Humbert de Beaujeu est
devenu nn ■ pauvre vieillard » que le roi fit arracher de sa retraite et
nppUcier solennellement â Narbonne.
_del
■pani
k
3i8 ADMINISTRATION DE3 PAYS CONQUIS.
/ établie sur la demande du légat et de concert avec les préla^
et les barons, quiconque, après trois admonestations, se serait
laissé Acoramunier, devait être puni d'une aineadc de neuf
livres un denier tournois; s'il restait contumace pendant
une année sous le coup de la sentence d'excommunication,
tous ses biens devaient tomber en commise '.
Il ^'agissait aussi d'organiser l'administration des nouvelles
conquêtes. Simon de Montfort avait mis dtts spnfehput ii
Carcassonne, à Bcaucaire, en Rouergue et aussi ù Agen et à
Toulouse. Ces sénéchaussées devaient se maintenir jusqu'à la
Révolution française. Beaucaire et Carcassonne, places trè»
fortes, étaient particulièrement désignées pour servir de
chefs-lieux'. Le premier sénéchal royal de Beâucaire et de
Nîmes fut un chevalier nommé Pèlerin Latinier'. Dora Vais-
sàto prétend que Louis VIII établit pour sénéchal à CsiTcai-
sonne Adam de Milli'. La présence d'Adam do MilU dans le
Languedoc est en effet souvent attestée par des chartes d
1229 et des années suivantes ; mais, outre que rien ne prouve
que cet officier ait été établi par Louis VIII, il ne porte datu
ces actes que le titre vague de lieutenant du roi de France.
Nous voyons par exemple en 12U1 Eude Lecoq, sénéchal de
Carcassonne, exécuter un mandement d'Adam de Milli lien-
tenant du roi de France ^ Eude Lecoq avait suivi Louis VIII
dans le midi, et si un sénéchal fut établi à Carcassonne dès
1226, ce fut lui et non point Adam de Milli qui occupa celle
fonction'. Dom Vaissète a également tort d'affirmer que
Louis VIII avait confié la sénéchaussée du Toulousain à un
chevalier nommé André Calvet'. En résimié.jious sommes
mal rensëi^iés surl'orgaiiisftt.înn des sénBr.haiwqA^g en 1226.
1. Cnlai. n" 425.
i. A. Molinier, dans Util, du Lang., VII, 490-49t.
3. Catal, n" 423. — Ménsrd, lliêt. de Nimet, I, 296.
4. Hist. du Lang., VI, 614.
5. Hist. du Lang., Vlll, jirevvei, col. 916, 917. 918. 920. 943 et saiv.
Adam de Milii resta probablement bailli d'Arras pendant tout le règne
de Louis Vlll.
6. Voy. un mandement de l.0uis Vlll à Eude Lecoq, Calnl., n" t06.
7. Hisl. du Lang., VI, S59 (d'aprôa Guill. de Puilaurent). Gaill. de
Puilaurent, p. 224, dit simplement, à propos de la mort de ce che-
valier en 1230, qu'il était sénéchal du roi.
LOUIS VIII ET I,A l'Ol'ULATION MÉRIDIONALE, 319
S nous semble évident seulement que le roi consen*a la division
établie pai' Simon de Montfort^
" Louis VIII conserva aussi le système des vigueries et des
ifceylies. Il est question du boyle royal de Béziers dans une
eonvention du mois d'octobre 1226'. Une tradition dont on
trouve la trace dans tmo ordonnance de 1340 attribua à
Louis VIll, sans doute à tort, la création de la viguerie de
léziers'. [l est bien probable que cet office existait déjà au-
|iaravant.
^ Nous savons peu de choses sur la façon dont le roi traita
les villes et la noblesse du midi. Il agit évidemment en con-
quérant?Nous avons vu la manière dont il s'assura des villes
'rebelles ou suspectes. M. Eyssète, dans son Histoire de
•Beattcaire, assure que Louis confisqua tes libertés municipales
de cell« ville et remplaça les consuls par dos syndics '. Nous
jfOyons par uue cbarte de 1227 que, sans tenir compte des
droits du roi d'Aragon, Louis VIll prit possession des deux
ïicomtés do Milhau et de Gévaudan, sous prétexte que le roi
^'Aragon les avait engagées au comte de Toulouse*. Il força
Agnès, ex-vicomtesse de Béziers, à lui céder moyennant une
frente de 150 livres de Melgueil le douaire qu'elle tenait de
son mari et que Simon de Montfort lui avait laissé. Eu re-
vanche, sur la prière de Mathieu de Marli, il rendit à la
Ticomtesse de Lautrec la terre dont son mari avait été dé-
louillé'.
Sur les rapports de Louis avec le clergé du pays, nous
«ommes assez bien renseignés. Ce clergé avait été rendu tout-
Ipuissant par Simon de Montfort, qui n'avait point tardé du
reste à regretter sa générosité; les statuts de Pamiers de 1212
avaient institué dans les pays hérétiques une aorte de gou-
•ïernementthéocratique*. Il est donc intéressant de voir com-
ment fut réglée la situation respective du roi et de l'Église
dans le Languedoc.
1. Calai., n- 429. — A. MoHnier, dans llitt. du Lang., VII, 495.
2. Ordonnances. \\\, 169.
3. Ilitl. de Seaucaire, 1, 26. M. Eyssète ne cite aucun texte â l'appui
^ cette assertion.
4. Hitl. du Lang., Vlil, preuves, 860.
5. Calai., n" 429 et 4'.1.
G. A. Molinier, dans Hist. du Lang., VII, 529.
LOUIS VI!] ET LE CLEHGK MERIDIONAL.
D'abord, pendaiil l'assemblée qui se linl à Painiei-ii au m»it.
d'octobre, Louis VIII exigea le serment do fidélité de tous 1er
prélats delà province de Narbonne, L'évèque de Niaies, alors.
malade à Carcassonne, fut seul dispensé de cette formalilé, qu'il
accumplil en mai 1227'. Pendant cette même assemblée, quel-
ques convMtions furent conclues au sujet des fiefs tombés en
' commisi^^Lei>rincipe admis étaitque tous les fiefs et domaines
confisquas ou à confisquer sur les faidits appartenaient dft
droit au roi , et il était établi également que le roi ne devait l'hom-
mage à personne ' ; c'était donc justice d'indemniser les égUsaa
qui se trouvaient lésées par l'application de ces princîpeiT
C'est pourquoi le roi céda à l'évêchè d'Uzès une série asàâ
considérable de ten-itoires, pour avoir pleins droits sur toat
ce que la maison de Saint-Gilles tenait des évéques d'Uzès, et
sur tous les fiefs de leur mouvance qui tomberaient en com-
mise pour fait d'hérésie ^ De même, eu passant à Moiicstiés,
le roi assigna à l'archevêque de Narbonne quatre cents livres
tournois de rente, pour le dédommager de la perte des fiefe
de sa mouvance qui lui échapperaient pour le même motif.
Signalons aussi un acte de l'abbé de Figeac, par lequel il s'en-
gage à livrer au roi à la première réquisition le château de
Peirusse, s'il lui tombe entre les mains'.
(D'autres fois, en revanche, le roi déroge à ces principes,
concède aux églises des fiefs qui devraient revenir & la cou-
conne. Ainsi, pour récompenser l'abbé de la Grasse de son
zèle, il lui rendit les fiefs mouvant de son monastère qui avaient
été occupés par Aniauri de Moutfort, et s'engagea à lui aban-
donner les terres mouvant du monastère qui seraient confis-
quées pour fait d'hérésie*. De m^me Louis confirma à l'évèque
de Nlmcs la possession de la ville de Milhau, que lui avaient
donnée Simon et Amauri deMontfort^ et maintint dans la pus-
sesaion du comté de Montbrun ou de Lodève l'évèque de Lodéve,
. Voy. racted'AmaurideMontfortduSmai 1227. da.T\sl/itf. du Lang.,
l, preuve»., 860-861.
:. Voy. l'acte de l'archevêque de Narbonne: Calai., a' 431.
. Calai., Il- 422.
. Calai., n° 430.
. CataL, n- 432.
. Calai., n* 403.
° 424, -
Hénard, Histoire de Nîmes, I, 293.
l-OL'IS VIII ET 1.E CLERGE MERUHOXAI.
3-^1
t Philippe-Augustfi s'était déclaré ouvertement le protec-
■ '. A l'évêque de Mende, il concéda les régales de son
Bocése*. Signalons aussi la charte accordée au fameux prieuré
i Prouillc. Dès le mois d'août, Louis chargea son officier
B Lecoq de maintenir ce monastère en possession des biens
que lui avaient donnés Simon et Amauri de Montfort. Le prieuré
de Prouille avait été fondé en 1207 par saint Dominique, pour
_. recueillir les femme^i hérétiques converties. Les successeurs de
lOuis VIII l'ontourèreut toujours de leur protection'.
Entre ces conventions favorables à la royauté et ces con-
rentions favorables au clergé, on peut placer comme intormé-
bliaire l'acte de pai'iage que Louis VIII passa avec les reli-
l^eux de Saint-Antonin de Frédelas pour la ville et le
lâleau de Paraiers. Le roi promettait de garder fidèlement
i place et de défendre les droits des religieux, moyennant
[ooi il toucherait ia moitié des principaux revenus de Pamiers,
Du reste, Louis VIII n'était point le premier pariagisle des
chanoines de Saint-Antonin. Au moment où commença la
croisade, le comte de Foix jouissait depuis longtemps de
^Cette situation. Simou et Amauri de Montfort furent succes-
bivement associés au pariage à la place du comte de Poix;
pais, en 1223. Amauri laissa Roger Bernard II reprendre
pamiers. Ce fut donc au comte de Fois que succéda Louis VIII.
B contrat de pariage de Pamiers, qui. jusqu'à la veille de la
^Révolution, resta, selon les expressions de M. de Roziére. la
base du droit public de cette ville, devait être, en sa qualité
do contrat féodal, renouvelé à chaque mutation, et il ne fut
vrecoonu valable eu faveur de Louis VIII que pour sa vie du-
int. Après la mort de ce roi, les chanoines hésitèrent à re-
ffendre un pariagiste; finalement, en 1232, la co-seigneurie
levait revenir au comte de Foix'.
Ces rapports d'amitié constants et directs entre le roi et
I clergé du midi pendant la croisade étaient tout naturels.
^ . . Plantavit de la Pause, Chronot. pra-sul. Lodov., 136 e
Ë veteri Lodov. eccl. charlulurio ".
I a. Catat.,n- 440.
3. Calai., n» 406. — ffisl. du Lanq.. IV, 863 et suiv.
4. Cnlal.. W 420. — Dib. F.c. Charlri, XXXII, 1 el su
l. de RoiiÈrp sur le Pariuge de J'aminm.
Ca. Vr
r-DirfA(
e <U Luvii Vin.
322 ROLE DU Cl-ERUE MERIDIONAL
Depuis l'iinportant voyage de Louis VII en Languedoc i
1154, les églises méridionales avaient pris l'habitude d^
considérer le roi de France comme leur patron; Louis VU
leur avait prodigué les diplilmes de privilèges. Pbilipp»-
Auguste prit sous sa protection l'évèque de Lodève et entra e
rapports avec les religieux de Moissac'. Si l'on excepte l'affain^
de Narbonne, Louis avaitentrctenu des rapports cordiaux avW
les prélats pendant ses deux premières expéditions en Albi-
geois. Eu 1226, ce fut le clergé qui aplanit les voies et
prépara à la royauté un triomphe rapide, en allant partout
solliciter et recevoir les soumissions. Les documents dipl(*-
matiques qui relatent ces soumissions nous montrent le rôlfc
joué par des hommes comme Pierre, archevêque désigné (1«
Narbonne, qui visita toute sa province pour amener les Tille»
et les seigneurs à jurer fidélité au roi. Ce fut lui, par exemjile,
qui obtint la soumission de Nimes et de Castres'. Tel fat
aussi l'évèque de Béziers, Bernard, qui parcourait, au mois
d'avril 1226, les environs de son siège épiscopal et en udS
seule journée faisait suscrire des actes de soumission par six
seigneurs du pays^; tels aussi l'évèque d'Albi, Guillaume*, st
Arnaud, évêque de Nîmes*. Les abbés travaillèrent également
avec zèle pour la cause du roi. Il faut citer en première ligne
l'abbé de la Grasse, auquel nous avons vu Louis VIII prouver
généreusement sa reconnaissance. Ce fut en effet ce prélat
qui négocia avec le comte de Roussillon et Guillaume da
Cervera, et porta leur réponse à Paris. Ce fut lui qui pré-
para et reçut la soumission de la ville de Carcassonne'. A
côté de lui il faut citer l'abbé de Feuillant Hoger II, qui, après
la prise d'Avignon, servit activement les intérêts du roi dans
la région de Toulouse\ De même l'abbé de Saint-Gilles gagna
à la cause de Louis VIII les vassaux de son monastère' ; l'abbé
1. mb. Ec. Ch., XXXVII, 381 el suiv. — Deliale, n» 1417.
2. Calai., n" 387. — SIénard. Ilist. de A'imw, I, 293. — Voy. aussi
Guill. de Puilaurenl, 217.
3. Calai., n<" 345 à .^50, :iS5.
4. Catal., n" 3S7, 369, 394. — Sur l'évëque d'AIbi, voy. plus but
» 40Bà 411, 415-416.
CONSPIRATIONS CONTRE LOUIS Vm
323
ne Castres prépara et reçut la soumission de Castres et de
iaucoup de ailles environnantes'; l'abbé d'Adorel, l'un des
premiers, obtint dans le midi une promesse de fidélité à
Louis VIII et à l'Église"; l'abbé de Bellocviut porter au roi
la soumission du seigneur et des bourgeois do Puilaurent'.
En réalité ce fut le clergé méridional qui livra à Louis VIII
les clefs du Languedoc hérétique, de même que le clergé du
sixième siècle avait livré à l'orthodoxe Clovis le midi arien.
/ II était naturel qu'en cette occasion plus encore qu'en toute
autre, l'Église servit la cause de la monarchie. Il était naturel
aussi que les succès du roi excitassent de terribles jalousies
parmi les féodaux, qui y aidaient malgré eux et n'en profitaient
nallement. C'est ce qui arriva. Dès l'époque du siège d'Avignon
se formait un complot qui assombrit la fin de cette campagne
triomphale^ Les deux chefs de la conspiration furent Thibaud
de Champagne et Pierre Mauclerc. 11 faut attribuer certai-
nement l'irritation du jeune comte do Champagne à la con-
duite qu'avait tenue Philippe-Auguste en 1218, Il avait em-
pêché son vassal de prendre la direction de la croisade et co
fat l'héritier royal qui commanda l'expédition de 1219. Dès
que Louis devînt roi, ce fut à lui que s'adressa le pape; personne
ne songeait plus à Thibaud, qui ne cacha point son dépit. 11
ne sascrivit pas l'acte par lequel un certain nombre de barons,
□ janvier 1226, conseillèrent au roi d'eni reprendre la croisade
t lui promirent leur appui. II n'arriva dans le midi qu'une fois
he siège d'Avignon commencé'. Pierre Mauclerc également
rriva en retard". Ce dernier avait aussi des motifs d'animo-
^té contre Louis VIII. Il avait voulu épouser Jeanne de
Plandre, et avait négocié avec Hunorius III afin de faire
passer le mariage contracté par elle avec Ferrand, prisonnier
^u Louvre depuis Bouvines. Pour éviter l'union des fiefs de
Bretagne et de Flandi'o, Louis VIII s'empressa de décider
. Catat., n- 388.
2. Catai., n" 323.
3. Calai.. n° 3S'>.
4. D'Arbois de Jubainville, llûloire
J01 à 204.
5. Nicolas (If Brai, 338.
5 de Chnmpagne, IV,
324 CONSPIRATIONS CONTRE LOI'IS VIII
l'élargiasement lie Ferrand, et les beaux projets de Piern
Mauclerc devinrent irréalisables {avril \22Q)'. Le comte
Bretagne fut donc fort heureux de trouver en Thibaud
complice tout prùt à comploter contre le roi. Il est possibla
qu'un troisième chef de la conspiration ait été le comte detk
Marche, bien que ce baron fiit resté en Poitou', Sans doots,
par des menées occultes, le gouvernement anglais favorisait
l'éclosion des mécontentements et organisait l'union
jalousies.
Selon le chanoine de Tours, dont le témoignage 3 une it
grande autorité, co fut cette ligue de barons qui causa l'écbec
de l'assaut où mourut le comte de Saînt-Pol. Les mèconteats
ne cachaient point leurs sympathies pour les Avignonais et
pour le comte do Toulouse, leur envoyaient et recevaient
d'eux des messagers avec des pr<!sents'. Thibaud de Cham-
pagne, qui avait quelques parents dans la ville assiégée, f
entrait comme il voulait. 11 disait souvent au roi « qu'ai siègi
i( n'avoit point d'esploit » ; on eût été bien aise que le
abandonnât la partie'.
Enfin, Thibaud se décida à rompre avec le roi, Roger de
Wendover, dont M. D'Arbois de Jubainville accepte la ver»
sion, prétend que le comte de Champagne vint demander
roi la permission de quitter l'ai-mée; il avait accompli U
quarantaine exigée par la coutume, et ne voulait pas en faiif
davantage; le roi, enflammé de colère, le menaça d'aller lui»
même dévaster et incendier la Champagne s'il partait', û
qui est certain, c'est que, malgré la défense du roi et du
légat, Thibaud reprit le chemin du nord avec ses chf
liera. Mousket prétend qu'il n'osa partir que de nuit; Mi
chevaliers, qui le rejoignirent le lendemain, furent accomia-
gnés à leur sortie du camp par les huées des valets, d»
1. Cfthon. de Toun, 316. — Dom Morice, HUl. de Bretagne, I, 15*.
Voy. pliu bas le chapitre i\.
2. Chron. de Tours, 316, — Peut-iHre le traité d'alliance entre Thi
baud de Champagne. Pierre Mauclerc et Hugue de Losignan (ff. F.
XVIII, 316) fut-il conclu dès cette époque.
3. Chron. de Towt, 316.
4. Ibidem. — Mousket, v. 26173 et suiv.
5. Koger de Wendover, MI, 116. Le témoi^age de ce chroniqueur
est fort suspect pour tout ce oui regarde le siège d'Avignon ; il
oepté des commérages absurdes sur la mort dd Louis VTll.
RETOUR TIV SOI 325
touchers et des savetiers qui " les clamèrent f'is ot faus n. Le
ibajifline de Tours s'est fait aussi l'écho de l'indignatiun
[n'avait snulevi^e parmi les fidèles du roi cette sorle de Ira-
^îsoD : n Le comte do Champagne, qui était parent du roi, »
tous dit-il, i> qui avait épousé une parente du roi, qui avait
B été élevé avec le roi dans le palais de Phi lippe- Auguste, que
V Louis avait défendu du tout son pouvoir contre son compé-
k titeur Brard de Brienoo, oublieux de tout honneur et de toute
E affection, délaissa son seigneur et roi au milieu dos (.innomis,
Idaos un péril pressant, et, revenant en France pour le dés-
Ibonnâur et l'ignominie de son nom et de sa race, comme s'il
■ roulait insulter an roi et au royaume, se mit à fortifier ses
ivillos et ses chfi (eaux- forts "'.
f Attristé par cette trahison, devenu aoupijonnenx et inquiet,
lonis VÎIi goûtl peu les joies du conquérant, Pendant lo
fajet du rotonr, il eut encoru la douleur do perdre plusiouni
I ses amis les plus fidèles, comme l'archevêque de Keims,
«llanme de Joinviile, qui l'avait couronné en \2'■i^^, et Phi-
^pe, comte do Namur, » que le roi amoit do cuer fin »; le
t septembre était mort Bouchard de Marli, qui avait élé un
t conseillers intimes de Louis. Des rumeurs sinistres se
aiid8leut;on parlnitde vin empoiaonné. Ildtail plus simpl»
lapendanl de voir là des effets de l'épidémie qui avait éclaté
ndant le siège d'Avignon et qui continuait à sévir, jonchant
I sol de cadavres sur lo p;issage du roi, et semblant choisir
a préférence le« jeunes hommes *.
' Depuis longtemps, le roi était souffrant lui-même, mais
uimulait son mal en même temps que ses soupçons; le
( octobre sa santé commença à inquiéter son entourage.
. Chrtm. de Tourt. 316. — Vincent de Beauvaiti, 1276. — Mntiikot,
■„ 26S02 ei aulv. — Thibaiid de Champagne avait épousé Afciiés de
Wujftu, coutJne germaine de Louis VIII (D'.\rboi8. op. cit.. IV. 207).
- xi: pi-i
n Hiêi
r 'lue dp» intérfte particuliers rappelaient Thllmm
I iiiiud avait fait BiliBncc lo 19 janvier 1126 nv<'i:
ih. «t su feiumeBéatrix, comtesse dti('hjlli>n, contre
< . igui j)oussatl ta r^'gente de 1h)uri^);tia à «'emparer
n. Mais il no semble pas que la lutlè fi'it aient naseï
o m Uuurgugiie pour nécessiter le retour de Thibaud.
7. Chron. rfr Tourt. 3IT. — Mitusket. v. 27163 et suiv, — Annafr»
t MouMton. \6'J. — BpifarM Andréa- Sihii, S5â. — Vincent do Beau-
■ I, )276,
326 MORT DE LOUIS VIII
Le 3 novembre, comme il était arrivé dans la petite ville da
Montpensier eu Auvergne, le mal s'aggrava. Louis mourut. Ig
8 novembre, emporté sans doute par la dysenterie. C'était
cette même maladie qui avait failli le conduire au tomlKaa
pendant son enfance, et qui en 1216 avait terrassé sou rival
Jean sans Terre'.
Partout se répandit le brait que Louis VIII avait été em-
poisonné '. On accusa Tbibaud de Champagne. Nicolas da
Brai, qui cultive les parterres fleuris de la rhétorique mytho-
logique, raconte comment les Furies, prenant d'abord de
l'écume sortie de la bouche de Cerbère, puis du venin de
vipère, ont confectionné avec ces ingrédients un poison atroce
et en ont confié l'emploi à « leur nourrisson n"; ce nourrissoQ
des Furies, que la « Muse « de Nicolas croit devoir ne point
nommer, c'est évidemment le comte de Champagne. On %
trouvé une allusion non moins claire dans le second sirventoiï
de Hue de la Ferté*. L'accusation est d'ailleurs ouvertement
énoncée dans les Abbrcva/îones geslorum Franciae reg«m,
ouvrage du temps de saint Louis, et dans la chronique da
Roger do Wenclover. Celui-ci déclare sans plus de circon-
locutions que le comte do Champagne convoitait Blanche dfl
Castille et qu'il était pressé de pouvoir satisfaire sa passion'
En 1230 ce soupçon pesait encore si fortement sur Ttiibnuf
que Philippe Hurcpel put en profiter : avant d'entrer en Chanh
pagne, il lit provoquer le comte, l'accusant d'avoir empoi-
sonné Louis Vlir. Étant donné que Thibaud avait quitli
Avignon avant la mi-aoùt et qu'il était dés le mois de sep--
tembre en Champagne\ étant donné surtout qu'on ne pouvut
1, Vinc. de Eîeauvais, 1276-H77. — Chron. de Toun, 317. — G.
Putlaurent, 217. -- Vincent de lleauvais dit que Louis > tontl»
> frénéïie » le 3 novembre, mais ne se prononce pas sur la nature dit
mal qui l'emporta; selon .quelques-uns, déclare Itoger de Wcndo»«
(lU, 116), ce fut la dysenterie.
2. Voy. Wendover, III, 116; — la chronique de l'Italien llicbard
de Saint Germain, p. 346.
8. Micolas de Brai, S'H; cf. p. 331.
4. U'Arboia de Jubainville, Vomies 'le Champagne. IV, 209, noie.
'5. Alibrev. gesl. l-'ranc. regum.. W3. — Wendover, III, 116.
Cf. Paulin Paris, article paru dans lo Cabinel liUlorique. IV, 1'
129.
CONSEQUENCES DE LA CROISAnE
327
jûléguer aucune preuve précise contre lui, et qu'une épidémie
lévissait au moment de la mort du roi, il était infiniment
^lus vraisemblable d'attribuer tout simplement le décès de
III à la dysenterie. Mais on aima mieux fabriquer
me mélodramatique histoirfi d'empoisonnement, comme on le
At aussi pour Jean sans Terre. C'est le cas de rappeler ici la
Bpirituelle remarque d'Alfred de Vigny : h 11 y a doux choses
H que l'on conteste bien souvent aux rois : leur naissance et
fc leur mort. Oa ne veut pas que l'une soit légitime, ni l'autre
p naturelle »'.
a mort de Louis VIIl ranima un instant le courage des
Sathares et les troubles de la minorité de saint Louis entra-
Tvèrent l'action royale. Mais une commune lassitude amena les
' parties à s'entendre, et le traité de 1229 assura à la dynastie
capétienne rhéritage. do la maison de Saint-Gilles. Enfin l'ex-
^lition de Louis VlII fut une phase décisive dans l'histoire
( l'annexion du royaume d'Arles â la France. On s'habitua
t delà du Khône à regarder le roi de France comme un
^aitre, et à mépriser de plus en plus l'autorité de l'empereur,
tDtud Frédéric II mourut, la Provence appartenait à deux
r^es fils de Louis VIII, Charles d'Anjou et Alfonse de Poitiers ;
au siècle suivant, l'empereur Charles IV renonçait au royaume
d'Arles.
ip C'est donc pendant ce règne de trois ans que la politique
Capétienne, abandonnant la chimère impériale, s'aiguille vers
Wb sud. Ce fut là une heureuse chance pour la royauté; ce
n'en fut assurément pas une pour le midi de la France. L'in-
tervention monarchique décida du triomphe do l'orthodoxie;
l'Église indépendante qui avait tenté de s'organiser fut
^éantie ; mais en même temps quelle, devait périr la
ivilisation spéciale du midi ; cette fleur brillante et fine fut
^acinée par d'impitoyables mains. Les enquêtes du milieu
I xtn° siècle nous révèlent lo régime de terreur que les
[euts des Capétiens imposaient à leurs administrés; les pro-
ft S. Journal d'un poêle, année 18i'> — Pour la ridicule légende racontée
Ttr G. de Puilaurent, voy. plus liant p, 15, note I. — Luuijt VIII fut
pteiré à Saint-llenis; sur 1 oxliumalion de son corps en 1793, voy,
B Appendice n" I.
328 CONSÉQUENCES DE LA CROISADE
testations effarées de ces malheureux, qui demandaient à
s'abriter « sous les ailes » du roi Louis VIII, adoucirent la
conquête, mais n'empêchèrent nullement l'oppression du pays
conquis*. C'est seulement pendant les dernières années du
règne de saint Louis que l'assimilation véritable commença;
une nouvelle France méridionale s'éleva sur les ruines de
l'ancienne ; mais le beau temps des troubadours, de la
liberté de parole et de pensée n'était plus désormais qu un
souvenir.
1. Voyez les Enquêtes publiées par M. A. Molinier dans le t. VII de
VHist, du Languedoc, 2« partie. — Pèlerin Latinier, auquel Louis VIII
avait coAfié la sénéchaussé de Beaucaire, se rendit odieux par sa
tyrannie. Voy. ibidem, col. 114, une plainte portée contre lui par les
habitants de Beaucaire.
CHAPITRE VI.
LA COUR DE LOUIS VIII ET LE GOUVERNEMENT CENTRAL.
Louis VIII mène une existence nomade, comme ses ancêtres,
et comme ses descendants jusqu'au xvii° siècle. Les dépenses
de riiôtel du roi au moyen Age portent le nom générique
d' « Itinera ». La présence de Louis à Paris est mentionnée
trente-cinq fois dans le tableau que nous avons dressé de ses
séjours connus ; elle est signalée vingt fois à Saint-Germain,
une douzaine de fois à Compiègne et à Melim. Les châteaux
de Fontainebleau et de Vincennes sont peu fréquentés. Quant
à Tancienne seigneurie de Louis, TArtois, la cour ne s'y
transporte que trois fois. Les châteaux de Mantes et dWnet, que
Philippe- Auguste aimait à habiter, sont délaissés à peu près
complètement*. En revanche, comme on le voit, Louis VIII a
une prédilection marquée pour Saint-Germain, qui avait com-
mencé à prendre une grande importance à la fin du règne
précédent, et il réside très fréquemment à Paris. Paris, dès
le xii* siècle, méritait le titre de « regni caput et sedes regia* ».
Philippe-Auguste Tavait pavé, y avait bâti des halles et fa-
vorisé la construction d'une cathédrale merveilleuse. Enfin,
c'était déjà la « ville des lumières ». Gilles de Paris s'eff*or-
çait de prouver qu'elle avait produit quantité d'excellents
poètes \ et son Université commençait à être célèbre. Nicolas
de Brai Tappelle w ville vénérable dont la renommée brillante
« se répand dans l'univers entier, et qu'arrose la source sacrée
« de la Sophia* ».
Louis VIll passe une bonne moitié de son règne hors de
ces résidences favorites, non seulement parce qu'il fait deux
1. Itin. de Louis VIFL Appendice n« m. — Voyez 17/m. de Philippe-
Auguste dans Delisle, Introa., p. cm.
2. Gesta Ludov. VII, IL F., XII, 197.
3. Cnrofinus, 297 et suiv.
4. Nicolas de Brai, 330.
330 VIE NOMADE DU ROI
expéditions guerrières, dans l'ouest et dans le midi, maii
aussi parce que c'est pour lui une économie de voyager. Parmi
ses revenus figure, en effet, le droit de gîte: « C'était, dit
n Brussel, la droit qu'avait le roi de pouvoir aller uoe tait
u l'année visiter chaque ville ou principal lieu du royaume, i'f
Il coucher avec sa suite pendant l'espace de trois jours et d'être
n défrayé do tout par le seigneur ou les habitants du lieu'.»
Pour le règne de Louis VIII, nous avons là-dessus des ren-
seignements particulièrement précis ; nous possédons leslisiei
desn Gistaquedûminusrex Ludovicus cepit » pour les années
1223, 1224, 1225'. En 1223. le premier mois de son règne,
Louis se rend à Reims pour se faire sacrer. Le ;J0 juillet, la
ville de Beauvais recuit le roi et sa suite, et cet honneur lui
coîlte 236 livres; le lendemain, le roi loge ù Saint-Just-en-
Chaussée, et le gîte est de 100 livres; le 3 août, c'est Saint-
Médard de Soiss'tns qui doit débourser 224 livres; le lende-
main, le roi ne dépense à Mont- Notre- Dame que 60 livres; cm
revanche les journées des 5 et 6 août coûtent à Tarchevéque
et aux habitants de Reims, tant pour les frais do séjour ijua
pour les frais de sacre, 4,000 livres. Enfin le 8 août, le roi
repasse par Soissons ; cette fois c'est Notre-Dame de Soissnns
qui fournit un gîte de 120 livres. Si l'on retranche les sommes
payées par les Rémois en une circonstance spéciale, c'eat
une somme de 740 livres qu'économise le roi durant le voyage
du sacre, grâce au droit degitc. — Lorsqu'aux mois de no-
vembre et de décembre Louis fait une tournée en Artois et
en Picardie, il épargne de la même manière 2289 livres. Ou
voit que le roi avait intérêt à se déplacer\
Dans ces voyages, Louis VIII est accompagné par son
entourage; entourage d'aspect fort mobile et Sottant, mais où
l'on peut distinguer pourtant des éléments fixes.
1. Us. ((m fie/a, 536-537.
2. Arch. nal., Registre E dp Philippe-Auguste, f° 311 v«; — RegîïW
PP 17, f" 202, elc Le texte le plus complet est celui qui a été édltt
d'après le Hegiatre Quiei m ccelix par brussel, L'iage deifief», I, &M.
3. Brussel (Ut. iex fief», 552) prétend œflme que si Uui» VIIjÇ
voyagea si fréiiuemment, « sa vue principale en cela ôtfit de se se
" de l'argent de celte queste pour pousser la guerre (|u'il avoit (t
0 cmur contre les hérétiques albigeois». C'est là une opinion fr-'*''
FAMILLE DE I.OUIS VIll
331
Les premiers Capétiens avaient eu il cilmpter avec leur
famille. Ils y trouvaient des collaborateurs et aussi ries enne-
mis. L'histoire des rois des xi" et xii* siècles est pleine de
leurs démêlés avec leurs frères, leurs fils et même leur
mère. Louis VlII n'eut pointa lutter contre les siens. Il les
tint même à l'écart du pouvoir, imitant sur ce point la poli-
tique paternelle. On sait en effet que la famille royale, et
j'entends par là les parents au premier et au second degré,
avaient pris fort peu de part au gouvernement sous le règne
de Philippe-Auguste. Ce prince avait imposé aux siens une
forte et rude* discipline. Seul l'héritier présomptif avait pu
manifester son activité, en des limites d'ailleurs soigneu-
sement circonscrites par la prudence ombrageuse du roi.
L'épouse reine, aux xi' et xii" siècles, avait joué souvent
un grand nMe, Ni Isabelle de Hainaut, ni Ingeburge ne furent
dans ce cas'. Cette tradition nouvelle devint si forto qu'elle
ne fut point brisée sous le règne de Louis VlII, malgré son
grand attachement pour sa femme. Le nom de Blanche de
Castillo n'apparait dans aucun acte de la chancellerie capé-
tienne de 1223 à 1226. Il est évident, nous l'avons déjà dit,
que cette princesse remarquable devait avoir un grand ascen-
dant sur Louis; il n'est pas inutile de remarquer qu'il lui
légua 30.000 livres parisis, alors que Fhilippe-.\uguste en
laissa 10,000 à Ingeburgc ot saint Louis 4,000 seulement
i Marguerite de Provenne'. Mais Blanche ne prit officielle-
ment aucune part aux affaii-es, du vivant de son époux*.
Louis eut de Blanche de Castille au moins douze enfants.
Une fille née en 1205, Philippe, né en 1209, et deux jumeaux,
nés en 1213, étaient morts lorsque leur père monta sur le
Irilne. A ce moment Louis VIll avait cinq enfants : Louis, né
en 1214; Robert, néon 1216; Jean, né en 1219; Alfonse ou
Atifour, né en 1220; Philippe, appelé aussi Dagobert, né en
1222. Enfin Blanche do Castillo accoucha pendant le règne
He son mari d'une tille nommée Isabelle et d'un fils nommé
i
** i. Froidevflus. l>e regii» conciliis Phil. Au^. reijnante hnbilù, 15.
1. Test, de Louis VIÛ : CataL, n" 255. — Luchairc, Manuel, 4?8.
3. Tout ce que les historiens modernes ont dit à ce sujet est le fruit
de leur imagination; voy. par exeiniile le récit aj^réable et absolument
JÎaiA de fondement île Mézeray, ttisl. de France, II, 215.
332 FAMILLE DE LOUIS VIII
Etienne. Quanta Charles, ce fut peut-être un fils posthume;
en tout cas il ne naquit pas avant 1226'. On voit qu'aucun
des enfants de Louis VIII ne fut en âge, pendant son règm?,
déjouer le rôle qu'il avait joué lui-même du vivant de son
1. Chron. de Taurt, 317, — Aubri de Troîsfonliinea. 919. — Iliaa-
ria rcgum Franc, ah ocij/inc «c.,., 426 et 427. — Bernard Itier, K6,
Annales de S. Dénia, 2%Û.^Geneal.regum Franc. ,i3i. — Abbret'iatio
getlorum Franc. regumA^iS. Sur la date de naissance de snint Louia.
voy. un art. de M. de Wailly, Bib. F.e. Ck.. 6* série. II, lOS el suiv,
— Cf. Le Nain de Tillemont, op. ci'L, I. 419 et suiv. Louis Vlll rCanA
que cinq fils en 1225 au moment nu il fil son testament. Donc Etienne
n'était pas encore né à ce moment-làou bien Dagobert était déjà mail
Ciiarles serait né à la fin de mars 1227, selon rAnnalistedeSaînt-Dcni*;
cette dernière assertion est invraisemblable, car Blanche n*ayant pu
accompagné Louis VIII en Albigeois (voy. N. de Brai, 'i'ih; cf. la légends
sur la mort de Louis VIII), ce deruier enfant a été conçu au plus tatd
dans la première quinzaine de mai 1226.
%. Je dois signaler ici un fait qui, pour n'avoir eu aucune consé-
quence, n'en est pas moins curieux. Le fils aine de Louis VIII, le futur
saint Louis, tutapirelé àrégnersurlaCastiHe. Louis VIII reçut en effet
à ce sujet des lettres de neuf grands de Castille, lettres non datée*,
maïs certainement authentiques, conservées en original au Trésor dd
Chartes (Cala^. n- 445 à 453). Alfonse IX, père de Blanche deCastille,
était mort en 1214; il avait eu plusieurs enfants, entre autres Henri,
Bérengère et Blanche. Henri i, mort sans enfant en 1217, eulpuor
successeur son neveu, Ferdinand 111, fils du roi de Léon et de Qéno-
gère, sœur ainée de Blanche. Bien que Ferdinand fut le légitime béii-
lier de Henri I, les nobles Castillans, ou du moins cens qui négocièreat
avec Louis Vlll, le considéraient comme un d étranger »; selon auir
Alfonse IX avait déclaré à son lit de mort que si Henri mourait suM
enfant, la couronne devait revenir au fils de Blanche de Ca.slille, et, en
vertu de cette volonté du mourant, ils écrivirent à Louis VIII pour le
supplier de leur envoyer son fils, qui devait monter sur le trône indû-
ment occupé par Ferdinand. Ainsi ils avaient attendu huit ou neuf 41»
pour s'apercevoir que Ferdinand n'i^tait pas le roi légitime : le néme
lait s'était du reste produit à propos de Jean sans Terre. Bréqnignjrt
daté ces lettres des nobles Castillans de 1217 (J/dm. de Littiraturt it
CAcad. des Iiucr. el Belles- Lellre». XLI, 693 et suiv.); mais FadraM
prouve indubitablement qu'elles datent du rë^e de Louis VIII. Qtiaol
a rechercher l'époque précise de leur envoi, comme l'a ^t Teolet
fn" 1813), on ne peut le tenter sérieusement, l'histoire de Castille était
fort obscure à celte éj)oque. Nous ignorons quelle fut l'altitude du mi
de France en celte circonstance et nous savons seulement que son fila
n'alla pas en Castille. Les grands font allusion dans leurs lettres jk dei
négociations antérieures engagées avec Louis VIII ; mais ces ni^oùa*'
tiens avaient peut-^lre un autre objet, par ex. l'affaire d'AIbigwna^
comme le suppose Teulet. En tout cas, ce ne fut point Blanche de Gtto
tille qui provoqua la démarche dos nobles espagnols; elle avait tendn^
ment aimé sa sœur Bérencère et était restée en excellentes relation^
avec sa famille; enfin l'échec de son mari en Angleterre ne pouvait ta
disposer i engager un de ses enfanta dans une aventura analogue
Nous avons d'ailleurs une preuve formelle qu'elle s'y refusa person-
nellement: dans une poésie composée peu après la mort de Louis VIJL
PHILIPPE irUKEPEi. 333
i reine douairière élait la célèbre Ingeburge, Dès le mois
S'avril 1223, Louis VIII lui assura la jouissance du douaire
que Philippe-Auguste lui avait assigné en 1193. Il ne cessa
d'être en bons termes avec sa belle-mère ; Mousket nous dit :
Et sa marastrc 11 ert mère
Et il H icrt et Bus et père '.
i Louis VIII.
■tais quant à l'inlluence d'Ingeburge à la cour t\
Ble a été certainement nulle.
R. Philippe-Auguste avait eu d'Agnès de Méranie deux
Bnifants, Pbilippe et Marie, et d'une « demoiselle d'Arras »
un flU nommé Pierre Chariot. Pierre Chariot, encore fort
jeune, et Marie no sont signalés dans aucun texte relatif
au règne de Louis VIII, Philippe, au contraire, seul d'entre
les parents du roi, joua un certain rôle à la cour. Il avait été
tîancé dès le berceau, en 1201, à Mathilile ou Mahaud, Elle de
Renaud de Dammartin, qui possédait les comtés de Dammar-
tin, de Boulogne et de Mortaîn ; on sait que Renaud trahit
Philippe-Auguste et fut liépouillé de ses biens. Philippe
^•pousa Mahaud (en 1216 probablement} et Louis do France
administra â sa place le comté de Boulogne ; dès l'avènement
du nouveau roi, le jeune comte do Boulogne prit possession
do sa seigneiu-io. Phi lippe- Auguste avait donné en outre à
son fils cadet les comtés de Mortain et de Domfrout et la
terre de Colentin, et pour augmenter encore cet apanage,
avait acheté, â la mort de Thibaud le lépreux, comte de
Clermont, les droits que les [larents du défunt pouvaient avoir
sur le comté de Clermont; Raoul de Ciermont-Ailli renou-
vela cette cession en novembre 1223 moyennant de nouvelles
faveurs royales". Jusqu'en 1224 PhiUppe ne jouit que des
Sordel dit en effet : « Pais (le jeune l-ouis) recouvrira la Castille, qu'il
" perd par ignoranue, — maia, si cela coLitrarie sa mère, il n'en man-
• géra pax ; — car à qui sait apprécier il apparaît bien qu'il ne fait rien
« qui la contrarie. » (P. Meyer, Reetteil aane. texte», !'■ partie, 93).
Je dois la communication de ce dernier texte à l'obligeance de M. Elio
Berger.
1. Morisket. v. 27443-274'.4. — Davidsohn, op. cit., 269 et suiv.
2. JierktreliM sur let comtes de Dammaitin. par Léop. Dellsle, dans
Mèm. de la Soc. des Aîiliq. de France, ann. 1$69, p. 191 et suiv. —
HecfiercheK sur le» comtes de Clermonl, par E. de Lépinois, dans !tf^.
de la Soc. acad. d'archéol. de l'Oise, X, 60 et suiv, — Calai., n" 44.
k.
334 JËkS DE BRIENNli
comtés de Boulogne et de Clermont- Son apanage fut définiti-
vement constitué en février 1224. U reçut alors les comtés
de Domfront et de Mortain ; il n'eut point la terre de Cotentiii,
mais son frère lui asinira la possession dn comté de Clermont
et d'un [juartier de Dammartin ; enfin U eut presque tout le
comté d'Aumale, les terres d'Alisai et de Lillebonne. Louis
se réserva une partie du comté d'Aumale, particulièrement
le cliAt«au de Mortemer, et en outre les forteresses de Dom-
front et de Lillebonne'.
Ce frère de Louis VIII, que Nicolas de Braî en son eotboo-
sîasme officiel appelle « la gloire de la Picardie* », était
surnommé le Malpeigné (Huropel). Il montra après la mort do
son aîné qu'il était un assez piètre sire. Mais il était à peine
majeur quand mourut son père, et Louis VIII n'eut pas A se
plaindre de lui. II est mentionné dans un certain nomlire
d'actes et devait figurer constamment dans l'entourage du roi ',
Le roi de Jérusalem, Jean de Brienne, revenu d'outre mer
ù la fin du précédent règne, apparaît aussi à plusieurs reprises
parmi les conseillers de Louis VIII. 11 entra dans sa parenté
en 1224, en épousant Bérengère, nièce de Blanche de CasUlle.
Venu en France pour exhorter Phi lippe- Auguste à enTover
des secours en Terre-Sainte, il essaya probablement d«
décider Louis à partir pour l'orient. Il intervint dans les ncgi>-
ciations avec le gouvernement anglais et accompagna le roi
en Poitou*,
N'oublions point parmi les conseillers de Louis VIll le
cardinal de Saint-Ange, qui joua un rôle très important dans
le gouvernement général du royaume en 1225 et en 1226.
On sait par quelle lente évolution les cinq chefs de la domes-
ticité des temps mérovingiens et carolingiens, sénéchal,
bouteiller, chambrier, connétable, chancelier, étaient devenus
les cinq grands officiers de la couronne, et en quelque sortO
des ministres, si l'on peut employer ce root pour désigner des
1. Calai, n"* 71-7a.
2. Nicolas de Brai, 333.
3. Il va en 122J recevoir h Lorris le serment d'Ingeburge: Caiat,,
n" 12. — Il assiste à diverses assemblées : voy. notre Àppendiet n" V.
4. Chron. de Tour», 301-305. — Ann. de Duntlaplt, 80, 81, 90. -
Catal., n>"81 et 13S.
LBS GRANDS OFFICIERS
335
personnes, non pas revêtues de fonctions déterminées, mais
qui ont au plus haut degré, d'une façon générale et vague, la
confiance du roi. On sait aussi que ces fonctionnaires avaient
fini par reconstituer à leur profit une nouvelle hérédité des
offices et par se faire craindre du roi lui-même. Philippe-
Auguste laissa vacant le daplfèrat, qui était le plus dangereux
de tous ces offices, étant devenu véritablement une vice-
royauté; depuis 1191. cette charge n'eut jamais plus de titu-
laire. Lorsque Louis VIII monta sur le trône, la bouteillerie
était également vacante depuis 1221 ; la chancellerie l'était
depuis bien plus longtemps encore, depuis 1185'. Louis VIII
releva les grands offices. II donna des titulaires à la bouteillerie
et à la chancellerie.
Dès son avènement ^ il promut au titre de chancelier
Vévéque de Senlis Guérin, figure fort intéressante et qui
mérite de fixer un instant l'attoution. La biographie de Guérin
a été écrite par un érudit du xvn' siècle, le baron d'Auteuil,
dans son Histoire dits Ministres efElat. Le titre de cet ouvrage
montre assez que l'autour ne distinguait pas très fortement
dans ses conceptions historiques le xm° siècle et le xvii% la
cour de Louis VIII et celle de Louis XIV. En tète de la bio-
graphie en question, le libraire a placé une gravure qui
prétend reproduire les traits do Guérin. L'évèque de Senlis
a un costume guerrier fantaisiste et de sa main droite il lève
en l'air une épée; à côté de lui, sur une table, sont placées
la crosse et la mitre. On pense tout de suite à Richelieu.
Guérin n'était pas un Richelieu, mais il fut en son temps
un grand personnage. Il dut naitre quelques années avant
Philippe-Auguste', On l'a identifié h tort avec Guérin de
Montaigu, de la famille des Montaigu d'Auvergne '. L'Anonyme
de Bélhune nous dit qu'il était do basse extraction. D'abord
chanoine de Saint-Quentin et frère hospitalier de Saint-Jean
de Jérusalem, Guérin ne tarda pas à entrer à la cour de
^Sùii
'oy. Luchaire, Instit. monarchiques, 1, 163 et suiv. — U
aet actes de Philippe-Auguste, Introd., p. lxx\[-lx.\.\v[i.
X. Calai., n"U.
3. D'Auleuil, aisl. des Min. d'Etat, 3B3.
4. Voy. par ex, la Table onomastique du t. XIX des U. F. -
UUt. littér., XVIll, 33.
L.
336 LES GRANDS OFFICIERS
Philippe- Auguste. On trouve sou nom cité dans le testama
de 1100. Depuis 1201 jusqu'à la un du rêgDf>, il remplît 11
fonctions de vice-c}iaiicelier. En 1213, il devint livèque à
Senlis. Les contemporains le représentent comme ud homnii
très instruit, énergique et prudent, « sages et bien en parol«s»i
Il joua un rôle fort actif, tant dans la guerre que dans l'adu^
nistration- C'est peut-être k lui qu'est due la victoir
Bouvincs, et nous avons vu qu'il accompagna Louis He Fraud
pendant sa campagne de Flandre et pendant la croisadu
1219. Guillaume le Breton dit à plusieurs reprises, ainsi qat
r.\jionynu' de Bétliune, qu'il était le véritable second i
Philippe-Auguste. La royauté trouva en lui, durant près d
quarante ans, son principal conseiller'.
La bouteillerie avait été longtemps occupée par la famillt
de la Toiu-. Après la mort do Gui IV de la Tour. Philippe-
Auguste avait laissé cet office vacant '. Louis Vlll le coofém
à un de ses parents, Robert de Courtenai, soigneur de Chaîna
pignelle, qui l'avait fidèlement servi pendant son expèditict
en Angleterre'.
Le camérariat et la connétablie avaient pour titulaires, i
1223, Bartliélemi de Koie et Mathieu de Montmorenci.
que Guérin. le « gras chevalier » Barlbèlorai de Roie (
l'un des exécuteurs testamentaires de Philippe-.^ugusl*.'
Charabrier du roi depuis 120S, on le voit employé depuif
longtemps, dès 1194, dans d'importantes négociations avec
1. Guill. le Breton. Chron.. § 175; Pliilippidr. X, v, 731.73!, etc. -
Anon. de Bélhune, f" 54. — Ht'sl. det duc» de Normandît, IM--
D'Auteuil, IHèI. des M(n. d'Etat, 3a2 et suiv. — Hist. Uttirairt, XVlUi
33 et suiv. — Dolisle, Calai., Inlrud., p. i.x.xxvii. — I^b*in. Mfrn. nr.
fa bat. de Ûouvinet. — Selon Budé (cité par d'Auteuil. p. 421, et Leboi,
p. 114), Guérin avait écrit une ViedePhtlippe-AuguttfelJeLouitYlllt
mais cet ouvrage périt dans l'incendie au cliâteau de Blcètre soM
Charles VI. En tout cas, il y a. dans le Reg. E de PhilippA-AogiuttT
(tu f» 303 au fo 308, un Traclatut, qui, selon une Nolice du f* Il vS
a été composé sous la direction de Guérin. Cet opuscule, qui obllllï
un e privilège spécial o de Phi lippe -Auguste, comprend 1" une lisM
chronologique des papes; 2° une liste clironologiquedeâ rotsdt Fnoof
et des empereurs romains; 3° une liste des diocèses. '
2. Walker, op. cil., 45.
3. Robertde Courtenai descendait de Louis VI; voj*. Moreri,IV,309A
suiv. — Il porte pour la première fois le titre de boiiteiller do Francs
dans l'ordonnance sur les Juifs de 1333 {Calai., n° 36], mais il fui pra-
bablement nommé en même temps que Guérin.
ATTRIBUTIOMS DES GRANDS OFFICIERS.
337
rAnglelerre. Il avait combattu à Bouvines, à côté de Guérin
et de Mathieu de Montmorencî '. Ce dernier appartenait par
alliance à la famille royale et était connétable depuis 1218 *.
Ces « ministeriales hospitii domini régis » ' avaient des
attributions indéfinies. Sous Louis VIII comme sous Philippe-
Auguste, ce sont, si je puis dire, des ministres à tout faire.
Us souscrivent les diplômes, accompagnent et conseillent le
roi, assistent aux assemblées politiqueset Judiciaires, et selon
les besoins sont délégués en des fonctions spéciales, par
exemple celles de juges à l'Échiquier de Normandie'. Plus
tard, certains d'entre eux auront des attributions très déter-
minées; ainsi le connétable sera, au xiv" siècle, le chef de
l'armée. Il n'en est pas ainsi au commencement du xiii' siècle.
Le prédécesseur de Mathieu de Montmorenci, Dreu deMello,
n'apparaît point dans les guerres de Philippe-Auguste; en
revanche, on le voit employé dans des négociations diploma-
tiques \ Mathieu de Montmorenci joua un rôle militaire peu
important sous Phi lippe- Augu-s te et sous Louis VIII. A
l'époque de la croisade de 1226, loin de marcher à la tète de
l'armée, il resta tlans le nord avec Barthèlomi de Hoie; pen-
dant le siège d'.\vignon, le roi lui écrivit en effet pour l'en-
voyer apaiser une querelle entre l'abbé et les bourgeois de
Corbie*.
Le commandement militaire incombait alors aux maréchaux,
qui, en principe, n'étaient pourtant que les subordonnés du
connétable. Lorsque Louis envoya une armée eu Poitou en
1225, ce fut à l'un d'eux qu'il confia le commandement de l'ex-
pédition. Outre Gui de Lévis, qui était maréchal du seigneur
de Montfort et qui conserva ce titre lorsque le Langnedoc
hérétique fut cédé au roi de France par Amauri, Louis VIII
,t deux maréchaux : Jean Clément et Robert de Couci '. Tous
r
ion. de Béth,, f° 54.— Wallter, op. cil,. 47-48.— Voy. Tépilaphe
hëlemi de Rnîe à l'abbaye de Joyenval, dans Gail. Christ., \ III,
1. Anon. i
(le Barthëlei
col. 1334.
2. Art lie vér. Ifi dnteg : liarom et ducs de Monlmorenci.
S. Expression employée dans l'arrât de 1224: Cala!., n" 2
■ • Calai, n" 12, 6C, 88, eic
Walker. op. rii,, 53.
I. Catal., n" 405.
Voy. l'Appendice a" v.
Cil. Pmit-Dutailus. IWjFie de Louis VIII.
3:i8 Offices secondaires.
deux appartenaient à des familles depuis longtemps dévouées
auï Capétiens. Robert de Coiicî était le frère du célébra
Ënguerrâii lo Grand. La famille des Clément avait depuis le
règne de Louis VII des représentants dans le maréchalat.
Son fondateur, le maréchal Robert Clément, était il origine
obscm-e. Ses deux fils Aubri et Henri héritèrent de lui son
titre; lorsque Henri mourut, en 1214, après la campagne de
la Roche-au-Moine, Philippe-Auguste donna l'office de maré-
chal à l'enfant du défunt, Jean Clément, qui atteignît pn>-'
bablement sa majorité au moment de ravênement de
Louis Vlir.
Le maréchalat n'était pas le seul office secondaire qû
fût ainsi livré à une famille. Il y avait à la cour de iioiiï<
breuses dynasties d'officiers. Telle était celle de ce fameux
Gautier de la Chapelle, chambrier de Louis le Pieux, dont lei
sept fils furent soit évéques, soit chambellans de Philippe-
Auguste'. Ours de la Chapelle, qui avait accompagné Louis
en Angleterre, garda sous son règne l'office de chambellaiw
qu'il avait depuis 1194; un de ses tils était échanson'. Ul
autre chambellan de Louis VUl appartenait à la famille det
Tristan, dont plusieurs membres avaient été titulaires àt
cette charge. L'un des panetiers était de la famille d'Àthies.
On voit que la plupart des offices secondaires étaient occtt-
pés par des j-oturiers. Cependant, le comte Etienne de San-
ceiTe figui-e dans un acte avec te titre de vice-chambellan d*.
Louis yiU. Il appartenait également à une famille étroite'
ment attachée à la royauté*.
Le temps n'était plus oii ces petites dynasties poardent
inspirer do^ craintes à la monarchie. Cependant on continuait
à les sui-veiller,et à leur faire sentir leur dépendance. Ainsi,
quelques jours après son avènement, Louis VIII fait jurer l
Jean Clément de ne point retenir » les chevaux, ni les pale-
II frois, ni les roncins confiés à ses soins en raison de l'office
« qu'il tient de l'octroi dudit roi u et de ne prétendre ni
i. Walker, op. cit., 35, 5W5,
2. Walker, op. cit., 48 et suiv.
3. Calot., n- 19.
4. Appendice n-> V. — Cf. Dolisle, Catal., Index; Walker, op. a'.
35, 48 et suiv., 54 et suiv.
LES PALATINS. 339
lui, ni ses successeurs, à aucun droit héréditaire sur le
maréchalat *.
Comme les quatre grands dignitaires, les officiers que nous
venons de nommer étaient en même temps des conseillers et
des agents du roi. Ils assistent aux. assemblées, aux juge-
ments et servent d'émissaires : Jean, écuyer du roi, va, par
exemple, recevoir en 1223 le serment de fidélité des hommes
de Périgueux et de Sarlat. Ceux qui semblent avoir joué le
plus grand rôle sous le règne de Louis VIII sont Ours de la
Chapelle et Etienne de Sancerre *.
Après les officiers venaient ceux que les textes du com-
mencement du XII® siècle désignaient par les termes vagues
de consiliani, familiares, amici, viri litterati, etc., etc.
Beaucoup étaient des chevaliers : tels Guillaume de Bagneux,
qui alla à Catane en 1224 négocier un traité d'alliance avec
Frédéric IP; Robert de Boves, qui obtint du roi des Romains
la confirmation de ce traité en 1226. D'autres étaient des
bourgeois ; Thibaud le Maigre et Nicolas Lapie, qu'on voit
figurer à des assemblées politiques et judiciaires, devaient
être de ce nombre. Mais la majorité des palatins se compo-
sait sans doute de clercs. Parmi eux figuraient le malheureux
Simon de Langton, que Louis VIII recueillit dans son entou-
rage*; Simon de Maisons, qui avait été envoyé en mission à
Londres en 1220" et qui accompagna Guillaume *e Bagneux à
Catane ; Philippe de Louveciennes, qui alla recevoir en 1223
les serments de fidélité des bourgeois de Périgueux et de
Sarlat et en 1226 ceux des bourgeois de Montferrand ; le
templier Evrard, qui, en 1226, recueillit les serments de fidé-
lité des habitants de Saint-Antonin, et tant d'autres « clerici
a domini régis », collaborateurs modestes travaillant dans
l'ombre à l'œuvre monarchique, et dont les noms nous sont
1. Calai. y n*> 5.
2. Calai, no» 22, 23, 66, 88, 170, 241, 260, 322, 360, 460, etc....
3. M. Huillard-Bréholles, ïlist. diplom. Frederict secnndi, t. Il, U^
partie, 462, note, conjecturait que G. de Bagneux était prôtre à Notre-
Dame. Mais G. de Bagneux est cité comme clievalier clans le n® 112
de notre Catalogne. Pour tout ce qui suit, il faut se référer à notre
Appendice n» v.
4. Simon de Langton figure encore à la cour de saint Louis ; voy.
le compte de 1234, dans //. F., XXII, 566.
5. Delisle, n» 1956.
'MO AUTRES CONSEILLEBS DU ROI.
connus par quelques actes, tels que le procès-verbal de
rasseinblécï de Gisors en 122-i.
Il ne faut pas croire cependant que les Capétiens du
xiii' siècle aimassent à s'entourer seulement de gens de ba^se
naissance. Certaines grandes familles vivaient alors dans
l'intimité du roi. Enguerran deCouci, Archambaud de Bnur-'
bon, Gui de CliStillon, comte de Saint-Pol. Robert Gàtebledt,
comte de Dreux, Bouchard de Marli, Jean de Benumout,
Jean d'Oisi étaient des amis particuliers de Louis VUl, Vao-
compagnaient a la guerre et l'assistaient dans l'administre-
tion. .\ ces nobles, il faut ajouter certains prélats, tels que
l'évêque de Beauvais.
A côté de ces officiers et de ces palatins qui restaient à
demeure auprès du roi, à côté de ces familiers qui vivaient
avec lui pendant une grande partie do l'année, on voyaiX
figurer aussi à la cour des gens qui n'y passaient que quel-
ques jours de suite. Le roi avait le droit de requérir le « eoor
seil H de tous ses fidèles; en pratique, il s'adressait surtout
à ceux que le hasard plaçait momentanément près de lui. Par
exemple, quand Louis VllI se rend à Chinon en 1225, le sé-
néchal d'Anjou, l'archovéque de Tours et le doyen de Sainl'
Martin de Tours figurent parmi ses conseillers. Amauri ds
Montfort, Jean de Nesle, l'abbé de Corbie, de passage auprès
de Louis YIU, sont également cités comme ayant assisté i
des assemblées. Enfin tes baillis et les châtelains siégeaient
à la cour du roi lorsque quelque nécessité les y amenait, et
c'est la preuve la plus frappante du caractère mal défini qoe
présentait le personnel gouvernemental. La division du tra-
vail, source du fonctionnarisme, n'était pas encore fixée.
On pressent que ce personnel si mobile et indéfini ne M
répartira point en des conseils distincts, chargés chacun tti
leur besogne spéciale. A l'heure oii les Plantagenels ont déjJ
un gouvernement à organes précis, créés par eux à coups d*
décrets', la cour du roi de France est encore un chaos, uù la
1. Voy. la comparaison que M. Cb.-V. Langlois a faite entre l'éïolutioa
de la Curia rcgh on France el son érolution en Angleterre ; Origine,
du Parlement de Paris, dans Revue hût., XLIl, 80 et suiv.
LES ASBEMRLRR8.
341
[éments ne tendent à s'ordonner que par la force très lente
les besoins ot des affinités naturellos. Il n'y a pas de Parle-
;nt, de Conseil d'État, d'États Généraux; la Cniir du roi,
i les contient en germes, existe seule.
Le roi met à contribution tontes les bonnes volontés. Il
tontinuo à réunir ses officiers, ses amis, et en général ses
Idèles, en des assemblées analogues à celles des temps caro-
ingiens. C'est là le mode le plus visible du gouvernement
intral, celui qui a les plus profondes racines dans le passé'.
e caractère si vague de cette institution se manifeste dès
ird par la façon dont on la désigne. Elle n'a point encore
i nom générique. Le mot concilium est employé de préfé-
ïnce : c'est celui dont se sert le chroniqueur de Tours'.
L'on a très peu de renseignement sur la convocation des
bssemblées, de même que sur leur fonctionnement en général.
IHicolas de Brai nous dit que Louis VIII appelle ses fidèles
fUprès de lui « par des écrits' u. Mais il nous semble évident
11 'aucune règle absolue ne devait exister et que les fidèles
résidant près du roi étaient souvent avertis d'une autre façon.
Quant aux excuses que les absents devaient fournir au siècle
précédent, on n'en a aucune trace sous les règnes de Pbilippe-
■jAuguste et de Louis VIII'.
^F L'utilité d'une liste où toutes les assemblées capétiennes
^Beraient énumérées est manifeste. Nous avons essayé de
^Brf-sser celle des assemblées tenues de 122:J à ViZQ''. Les do-
I I. Les assemblées des m* et \w siècles ont été très bien étudiées
Par M, Luchaire, Imltt. mon., I, 2'i6 et siiiv. Celles du règne de
liil.-\iig. ont fait l'objet d'une étude déjà cilée de M. Froidevaox ;
ce travail m'a été fort utile, bien que sur beaucoup de points Je ne
poisse partager les vues de l'auteur.
a. par ex. p. 305, 308. L'auteur dea Gesia Lwloviei VIII. en repro-
duisant presque textuellement ces passages, substitue au mot eoncilinm
Ile mot pnrlamenlum ; voyez notre Inlroduction.
3. Nicolas de Brai, p. 319 :
\
Per sua seriptn vocai
i, p. 330:
Itex ad consiiiutti proceruni gier scripUi vucataa
AITaïur lurmas
Cf. Froidevaux. oo. ci'l., 41-42. Quoi qu'en dise cet auteur, le concile
Bourges (qui est de 1225 et non de 1226) ne peut à aucun de(^é
^rer parmi les assemblées royales,
' Appendice n° iv.
343 LES ASSEMBLÉES.
cuments en citent un assez grand nombre. Mais quelles sont
les véritables assemblées royales, qui doivent seules figurer
sur une liste de ce genre ? Voici par exemple une assem-
blée tenue par le roi à Gisors, en janvier 1224, pour une
afiaire spéciale concernant la Normandie ; nous connais-
sons les noms des assistants: ce sont Philippe Hurepel,
les oflSciers de la couronne, un certain nombre de petits
nobles dont la plupart nous sont connus comme conseillers
habituels de Louis VIll, enfin trois clercs de Tarchevôque,
neuf clercs du roi et cinq sergents. Une autre fois, à Saint-
Germain-en-Laie, Tavoué d'Arras reconnaît solennellement
au roi le droit de haute justice dans un de ses fiefs; les
assistants sont des officiers et des conseillers du roi « et
« beaucoup d'autres ». Au moment de commencer la conquête
du Poitou, trois évêques refusent le service d'ost; pour juger
s'ils ont tort ou raison, le roi réunit ses officiers, six évêques,
quelques barons, quelques petits nobles, en tout dix-sept
personnes \ Sont-ce là de véritables assemblées royales? La
question est d'autant plus malaisée à résoudre qu'évidemment
les contemporains de Louis Vlll n'en savaient rien eux-
mêmes. M. Luchaire a remarqué que même à leur début les
assemblées capétiennes présentent des variétés infinies. Nous
avons coUigé toutes les indications de réunions présidées par
le roi. Nous avons seulement exclu de notre liste d'abord les
assemblées ayant un caractère strictement judiciaire, où l'on
n'a fait que juger des procès portés devant le tribunal du roi;
malgré la présence intermittente des barons, ces réunions
affectent en effet des caractères spéciaux; enfin elles auraient
existé dans une monarchie où l'institution des assemblées
politiques n'aurait pas fonctionné; elles survivront en France
aux assemblées politiques, elles auront un sort spécial et se
transformeront en un organe relativement distinct. Pour une
raison analogue, nous n'avons point compté sur notre Hste le
colloque entre le roi de France et les régents d'Allemagne à
Rigni-la-Salle ; dans tous les Etats du monde des entrevues
pareilles ont eu lieu; lorsque François P*" reçut Charles-Quint
au camp du Drap d'or, il était entouré de sa cour, et pourtant
1. Appendice n*^ iv, Assemblées n®» v, vu, ix.
LES A8SRMBI,éES.
343
i assemblées capétiennes avaient depuis longtemps disparu.
InËn les cérémonies d'apparat telles que celles du sacre, de
I prise de croix, ne sauraient figurer parmi les assomlilées
Bonarcbiques, non plus que les conciles, même alors que les
* prélats y ont débattu des questions intéressant le roi '.
Malgré ces exclusions, notre liste comprend cependant
■vingt-cinq assemblées, vingt-quatre si l'on fait abstraction
Ae l'assemblée tenue après le couronnement, que nous pou-
■ons citer seulement sur l'autorité douteuse de Nicolas de
. M. Froidevaux en a compté quatre-vingt-onze sous le
liËgne de Philippe-Auguste'; mais si l'on retranche de l'énu-
Ihération qu'il a faite les assemblées judiciaires, les collo-
1 conciles, les fêtes de pur apparat qui ont eu liou au
Moment du couronnement et du mariage du roi, ou en des
Kscasions analogues, ce nombre se réduit à une trentaine'.
Or, Philippe- Auguste a régné quarante ans et Louis a
régné quarante mois. Faut-il voir dans Ions ces chiffres une
preuve do l'autoritarisme de Phi lippe- Auguste et de la faiblesse
de son successeur, un signe du développement du pouvoir
personnel de 1 180 à 1223 et de son affaiblissement de 1233 à
1226'î Pareille conclusion nous semble téméraire. D'abord le
F ne si court de Louis VIII est rempli d'événements impor-
ts : noe dizaine d'assemblées sont convoquées au sujet des
lires d'Angleterre, de Poitou et d'Albigeois. Pour do si gra-
questions, Philippe-Auguste aurait ou évidemment recours
1. On nuus reprochera peut-être d'avoir mis au nombre des assem-
blées politiques celle où le comte de Montferrand vient prêter hommage
à Louis Vlll. Il nous a semblé cependant que ce n'était point la une
banale cérémonie d'apparat.
2. Appendice n"iv, A»t. n»i. D'après Nie. de Brai. ce fut du reste une
iritable assemblée, et non pas seulement une de ces cérémonies
apparat où le roi ne prenait aucune décision.
S. Op. cit.. Appendice.
4. Cest à peu près le chiffre indiqué par M. Walker, op. cit., 67,
F S, C'est l'opinion de M. Froidevaux, op. cit., p. 6-7. Cet historien
femarque que les assemblées diminuent de nombre à mesure que
n^ule le règne de Philippe-Auguste; c'est une illusion; s'il en acompte
hf^uante-huit pendant les vingt premières années, c'est qu'il y u tait
garer les 1res nombreux colloques de Philippe-Auguste avec Henri II
(Richard Cœur de Lion; quant aux véritables assemblées, elles sem-
lent, d'après la liirte même de M, t'roidçvaux, plutôt plus fréquentes
I la bn du régne qu'au dêlmt.
344 LES ASSEMBLÉES.
comme son fils aux barons et aux prélats: en pareilles cir-
constances il avait toujours convoqué des assemblées. Enfin
quelle foi faut-il ajouter aux documents si pauvres de ce
temps ? A peine peut-on se fonder sur ce qu'ils disent ; il est
bien audacieux de se fonder sur ce qu'ils ne disent pas. Ri-
gord et Guillaume le Breton ont oublié de nous signaler des
faits plus importants encore que des assemblées ; leur silence
ne prouve donc rien*. Les listes que nous pouvons dresser ne
nous permettent point de juger de la fréquence des assem-
blées ; elles nous fournissent seulement des exemples.
Ces exemples montrent que Louis VIII a décidément cessé
de convoquer des assemblées à certaines dates fixes, particu-
lièrement aux grandes fêtes de TÉglise ; on peut seulement
remarquer qu'en 1223 et en 1225 il en réunit une à l'octave
de la Toussaint. Les assemblées sont convoquées en somme
lorsque le roi en a besoin ; on en trouve à chaque mois de
Tannée ; elles sont plus fréquentes en mai, à l'époque où l'on
entre en campagne. Enfin elles ont lieu tous les jours de la
semaine, y compris le dimanche*.
Les assemblées se tiennent où le roi réside, par conséquent
à Paris surtout et dans les châteaux des environs. Louis VIll
en a réuni une dizaine en Normandie, en Poitou, en Langue-
doc, etc., pendant ses voyages et ses campagnes. Il serait
important de savoir si la séance avait lieu en plein air ou
dans une ij^alle fermée ; j'incline vers cette dernière hypothèse;
rassemblée de Saint-Quentin en 1223 se tint in regia; il
est vrai qu'elle eut lieu à une époque de froid, le 22 no-
vembre ^
Qui assiste à ces assemblées ? Nous avons déjà oflSeuré ce
sujet, ainsi que la question connexe des différentes variétés
d'assemblées et Je leurs divers degrés de solennité. Le roi
convoque ceux qu'il lui plaît de convoquer et ceux dont il a
1. L'amusante anecdote du courrier de Philippe-Auguste, racontée
par Etienne de Bourbon, montre d'ailleurs que Phi lippe -Auguste réu-
nissait très souvent de grandes assemblées (Lecoy de la Marche, -4nfcrf.
hist.. n" 200).
2. Voy. notre Appendire n^ iv. — Le 5 mai 122 i et le 17 mai 1226
étaient des dimanches.
3. « Recognitio hœc facta fuit apud Sanctum Quintinum, in regia,
« multis presentibus et audientibus. » (Calai. ^ n® 46).
LES ASSEMBLÉES. 345
particulièrement besoin. Voici un exemple assez caractéris-
tique. Lorsque Louis VIII veut faire examiner le 24 juin 1224
les prétentions des évêques qui lui refusent le service d*ost,
il réunit dix-sept personnes ; les unes, comme le roi de Jéru-
salem, sont de grands seigneurs dont le prestige rehaussera
l'autorité de la décision prise ; d'autres sont de simples con-
seillers, compétents en la matière; enfin, comme l'affaire
intéresse trois prélats, le roi a convoqué Tarchevêque de
Tours et cinq évêques*. Une autre fois, il s'agit d'arrêter les
clauses d'un établissement relatif aux Juifs du royaume et de
répondre aux* ambassadeurs du roi d'Angleterre, qui réclament
la restitution des provinces conquises par Philippe-Auguste.
Naturellement l'assemblée est très solennelle et un grand
nombre de barons y assistent ^ De même, lorsqu'il s'agit on
janvier 1226 de discuter la question de la croisade en Albi-
geois, et lorsque plus tard, le 17 mai, à Bourges, on trace le
plan de la campagne, le roi réunit des « assemblées générales ))\
D'autres fois, au contraire, il adjoint seulement à ses con-
seillers ordinaires quelques habitants du pays où l'assemblée
a lieu*.
11 y a évidemment dans ces assemblées plus de laïques que
de gens d'Église. Cependant les archevêques et les évêques ont
encore un rôle important, parce que le roi a très souvent be-
soin d'eux. Ainsi lorsque Louis VIII accorde à la comtesse de
Flandre la délivrance de son mari, les archevêques de Reims
et de Sens, les évoques de Laon, do Beauvais, de Noyon et
de Langres, sans compter le chancelier, évêque de Senlis,
assistent à l'assemblée ; or, l'on voit que selon une des clauses
du traité qui fut alors conclu, l'archevêque de Reiins et l'évê-
que de Senlis promettent d'excommunier le comte et la com-
tesse s'ils violent leurs engagements*.
Outre les hauts barons et les chevaliers, figurent aussi dans
certaines assemblées de simples clercs et môme des sergents,
1. Appendice n® iv, Assemblée n® ix.
2. Ass, n< in.
3. Ass. n"» xvni, xxiii.
4. Ass. n*» V. Ass. n" v.
5. Ass, n« XXL
346
LE3 ASSEUBLEBS.
dont les noms sont cités dans le procès-verbal ', Bref, presque
toutes les classes de la société fournissent au roi l'appui de
leur prestige ou de leur compétence. Bien entendu, tous lei
assistants siègent ensemble; il n'est pas question d'une as-
semblée des trois ordres'.
La compétence de ces assemblées est universelle. On y déli-
bère sur les affaires de politique extérieure, sur les affaires
de politique intérieure qui intéressent tout le royaume ou seu-
lement le domaine royal, sur les mesures à prendre pour tlé-
fendre l'orthodoxie. Le roi convoque parfois une assembla
afin de donner une consécration solennelle à la soumission
d'un adversaire'. En somme, bien que ces conseils généraui
ou restreints soient purement consultatifs, le roi en tire
grand profit. Il entre ainsi en relations directes avec sm
fidèles ; enfin il peut appuyer ses décisions sur le consente*
ment des barons'. C'est surtout pour cette raison qu'on ne
peut nier le rapport de parenté au moins indirecte qui relie
les assemblées capétiennes ot les États Généraux,
Nous n'avons point la prétention d'avoir fait connaître dans
le précédent exposé beaucoup de vérités nouvelles, pour la
bonne raison que le mécanisme des assemblées des xi*
Xll* siècles est connu depuis les travaux de M. Luchaire, et
que les assemblées du règne de Louis VIH ne diffèrent
beaucoup de leurs aïeules. Nous ne constatons guère que deux
changements : d'abord le roi ne convoque plus ses tîdèlesqne
quand il a besoin d'eux ; en second lieu, les assemblées comptant
moins de prélats qu'auparavant et plus de petites gens. Mais en
somme, au moment où saint Louis va monter sur le trône, celle
institution des assemblées de fidèles est encore pleine de vie.
1. .4m. n-v.
2. Boularic dit dans son étude sur Leê premiers ElnU GihifravS,
Bib. Ec. Ch., série V, t. I, 5 : " Louis VIII, après la conquête du Uft-
B guedoc, convoqua des assemblées des trois ordres pour délibéreriiir
« les affaires du paya. » Boutaric ne cite aucun texte, et en effet aucus
texte ne parle d'assemblées des trois ordres sous Louis VJII,
3. Ats. n"' XVI, XIX. xxii.
k. Voy.parex. les déclarations de Louis au pape; Caiaf..n'»103etlU.
Il dît que c'est après avoir pris conaeil des prélats et des baron* qu'A'
a exigé, arant d entreprendre une croisade, certaines garanties que II
Râpe ne veut pas lui accorder. Plus tard, Honorius III se plaignant de
i reprise des liostilités avec l'Angleterre, [/>ui8 VUI lui écrit que *"
barons n'étaient pas d'avis de prolonger la trêve,
CONSEIL PERMANENT.
347
I En dépit de leur importance, les assemblées ne pouvaient
être un organe d'administration quotidienne. Depuis
longtemps il s'était formé au milieu de l'entourage du roi un
corps restreint de conseillers qui expédiaient les affaires cou-
rantes. Nous avons énuniéré les noms de ceux qu'on trouve
auprèadeLouis VIII. Comme au temps de Philippe-Auguste',
nous les voyons régler en dernier ressort certaines questions
et au sujet de certaines autres diseuterl'urgence d'une assem-
blée. Ainsi le comte de la Marche, Renaud de Pons et Guil-
laume l'Archevêque, suspectés de relations avec le roi d'An-
gleterre, viennent se justifier devant Louis VIII, entouré
d'une sorte de conseil secret, où figurent seulement le légat.
les quatre grands officiers et Ours de la Chapelle'. Louis VIII
à son lit de mort délibère avec ses familiers, et sur leur avis
convoque la dernière assemblée de son règne'. Enfin ces
conseillers permanents aident le roi dans l'administration de
la justice, avec bien plus de compétence et d'assiduité que les
barons de passage à la cour. Or c'est pour les Capétiens une
..très grande affaire que de juger.
E
■ Les théoriciens de la monarchie au moyen âge faisaient
'éa roi le grand justicier ; c'est là une des preuves les plus
incontestables de la survivance des traditions romaines, en
ce temps où la justice était inféodée, et où, on bonne logique,
le roi ne devait juger que les procès de ses vassaux directs et
les causes d'appel qui avaient suivi toute la filière des suze-
rainetés successives. Mais les rois aimaient mieux être illo-
giques et profiter de leur titre extra-féodal. Ils savaient bien
que c'est une habile politique de se poser en redresseur de
torts.
Leur intérêt est dnnc de rendre bonne justice. Aussi ai-
ment-ils à présider eux-mêmes leur tribunal; Louis VllI y
est assidu*. Il n'existe pas encore de parlement; mais des tra-
II. Voy. Froidevaux, n/i. cil., 15-16.
S. Catal., a- 460.
3, C'ilal., n° i'ih.
4, Les furraules « coram nobis ". <• ni presenlia nostra » se relrou-
venl dans presque tous les aclea judiciaires du régne. Un peut croire
qu'au commencement du xiw s. ces formules ont encore leur signi-
^cstion littérale.
348 COMPOSÎTIOX DE LA COUR jrniCIAIRB.
ditions sont nées déjà : le mot curia régis, au temps de
Louis VIII, ne s'applique guère qu'à la cour du roi constituée
pour juger, ce qui indique des tendances à une organisation
distincte. Bien que les barons et les prélats continuent à
siéger, bien qu'il soit impossible d'établir une déntarcatioo
absolument nette entre les assemblées judiciaires et les
autres, la composition du tribunal monarchique pn^enla
maintenant des caractères spéciaux. Nous ne pouvons malheu-
reusement donner aucune véritable liste de jugeurs du temps
de Louis VIII; mais nous avons des renseignements surtroii
assemblées qui ont eu un caractère à la fois politique et judi-
ciaire; ces assemblées n'ont pas eu à juger de procès, mais
à délibérer sur les droits du roi dans certaines terres, et particu-
lièrement sur des questions de haute justice. A !a première, qui
eut lieu à Saumur, pour fixer les droits de Louis VIII dans les
terres de l'abbaye de Cormeri, assistaient ■< des barons, des che-
valiers et beaucoup d'autres «'.Mais dans les deux autres, où la
haute justice royale fut reconnue sur certaines terres d'Arioia,
nous voyons figurer seulement des gi-ands seigneurs parlicu-
liêrement dévoués au roi, à savoir Philippe Hurepel, Gui de
Chàtillon, Jean de Beaumont; les officiers de la couronne;
des baillis, comme Adam de Milli, Geofi'rui de la Chapelle et
Hugue d'Athies; enfin des gens comme Etienne de Sancerre,
Jean d'Oisi, Gui do Méréviiie, Philippe de Nemours, Eus-
tache de Neuville le Jeune, Henri de Sulli, Thibaud le Maigre,
qui pour la plupart nous sont connus comme conseillers ordi-
naires de Philippe- Auguste et de Louis VIII. La furmuleo et
multis aliis ». qui suit l'énumération do ces témoins, ne
désigne certainement pas des barons et des prélats, mais de»
personnes plus obscures que celles dont les noms nous ont
été conservés*. Il est évident qu'il s'est formé depuis long-
temps à la cour capétienne une compagnie de jugeiir*
savants dans le droit; Louis VIII a autour de lui des gens
qui connaissent les « usus et consuetudines Francie »'. Pen-
1. Calai., n°284.
2. Calai., n" 88 et 241. — Cf. notre liste des conseilleurs de Louis VIS
{Apprndirf n» v) et 17ni/ex du Calnlogue de» Aeim de PhiliopeAvgwll'
3. Voy. le lextede TamMile i22',. Calai., w 21S;cf. Wali(er,o|i. tiL.
71, 76-77; lanfc'lois, iirl. cité, 89-90; Froidevaus, op. cit.., 68,
La Cour des pairs. 349
dant son règne, en l'année 1224 ou au commencement de
1225, a eu lieu une affaire justement célèbre dans les annales
du parlement; tes pairs de France ont prétendu connaître
seuls, à Texclusion des ufficiers de la couronne, d'uu procès
entre la comtesse do Flandre et Jean de Nesle, mais la cour
du roi a décidé que, seioii les us et coutumes de France, cette
prétention n'avait aucun fondement'. 11 est clair que les barons
ne sont pas intervenus seuls quand cette décision a été prise;
donc, en dehors des barons qui lui doivent l'aide et le conseil
selon la tradition féodale, le roi a autour de lui des juriscon-
sultes, recrutés selon leur compétence et non selon leur rang.
M, Luchaire croit que dès le règne de Louis VU il y avait à
la cour du roi une commission permanente de juristes chargés
■ de l'instruction, do l'examen des preuves écrites et peut-
lUtre même de la rédaction de l'arrêt » et que la besogne des
Krous et des prélais » ne consistait guère plus, selon toute
■fraiscmb lance, qu'à voter par acclamation la sentence for-
Knulée par les conseillers compétents " '.
p QueU sont ces pairs de France qu'on a déboutés de leurs
prétentions en 1224 et dont on n'entend point parler, du moins
en ce sens spécial, avant le commencement du xiu' siècle?
La question nous semble actuellement à peu près résolue, au-
tant du moins que le permettent la pauvreté des textes et le
caractère même de cette institution, qui n'a évidemment pas été
créée par ordonnance royale^ M, Walker a parfaitement
montré que, par une conséquence naturelle de ta formation
d'une compagnie déjuges oii les petits chevaliers, les clercs
et les bourgeois dominaient, les grands seigneurs devaient
s'efforcer de constituer uu tribunal spécial pour trancher
leurs propres différends ; après tout, c'était un principe du
fîme féodal que chacun devait être jugé par ses pairs, et en
. Calai.. n° 218.
. l.nchaire, Manuel, 558.
. Vûy. les excellentes pages de M. Walker, op. cil., 77etauiv., et de
i Langlois, art. cilé, 84 et suiv.— Au momentoii nous al lion.s mettre
>ns presse, notre confrère et ami F. Lot publiait un mémoire sur
VOrii/ine det Pain de /-'rance (Revue hiitiir., t. LIV). C'est une disser-
talion qui serait délînitive si elle ne uonlenait pas quelques alSrmations
beaucoup trop catégoriques. Voy. une lettre de M. Luchaire, même
■ le, p. 382 etsuiv.
:tôO
LA COUR Des paig
pratique le roi lui-même avait soin d'introduire des personnes
de haut rang dans son tribunal lorsque le procès intéressait
un comte ou un évèque'. Mais tous les barons de France
étaient pairs entre eux; or la pairie, au sens restreint dii
mot, est devenue tout de suite un corps fermé; il j a eu sen-
lement « douze pairs de France •>, obligés, il est vrai, il'ad-
niettre à coté d'eux d'autres jugeurs, mais possédant seuls no
titre envié : de fort grands seigneurs, comme le comte de
Bretagne, ne sont point pairs de France ; quelle en est U
raison? Je crois, pour ma part, à l'influence peut-être exclu-
sive des légendes qui refleurissaient alors; comme Charle-
magne, Philippe-Auguste et Louis VIII eurent leurs doute
pairs*. De même le nombre des chandeliers de l'Apocaljpse
sera une cause importante dans la détermination du nombre
des électeurs impériaux. On peut croire avec M, Walker que
cette pairie de douze membres s'est constituée au début du
xjii° siècle". Cet historien prétend que le chiffre tradiiionuel
se rencontre formellement pour la première fois dans une
phrase de Mathieu de Paris relative à l'année 1257; noni
l'avons trouvé dans un texte de Roger de Wendover relatif
au règne de Louis Vlll : au concile de Bourges du 30 no-
vembre 1225, Amauri de Montfort somme le comte de Tou-
louse de remettre le jugement de leur querelle aux n àoim
« pairs de France' ». Si c'est là, comme je le croirais volontier*,
une invention du chroniqueur, elle n'est pas postérieure & l'an
1236, date de la mort de Roger de Wendover. Enfla les au-
teurs de {'Histoire du Languedoc ont remarqué que, vers 1211,
Gervais de Tilbury parlait déjà des douze pairs de France'.
1. Voy.lesexemplcscitésparM. Walker, p. 88-89. Ce fut en somme le
même système qui Eubsisla après l'insUlulion de la pairie, puiaqu«
la cour des pairs se composa le plus souvent d'un ou deux pairsusisl^
de juges orainaires.
2. Les douze pairs de Charlemagne apparaissent pour la prerotère fes
dang la Chanson de Roland, au xi" siècte (Gaston Paris, ffitl. poétijv
de Charlemagne, 415 et suiv.) '
3. On. cit.', 83.
4. «Tune, cum potcret pars adversa ab eo ut subiret judicium do»^
« decim parium GaIJie, respondit Raimundus: Recipiat rex homigiodl
« meum et paratus sum subire; quia forte non haberent me pro P|)H^I
u i\aeciisGeret>i(l\],iO&^. — M.AMoïiaier (Ilùtoire du Langiiedoeyi\,a
78, note I) a fait remarquer l'incohérence d'une prétendue liste mt
cienne des douze pairs nui remonterait à 1224.
5. Hist. du lang., Vil, 76. H. A. Molinler (ibid., 78, note) rcmarqos 1
PROCÈS d'appel. 351
I Ëo somme, ce tribunal exceptionoel n'avait pas de grands
rivilèges, puisque d'autres jugeurs, tels qtie les oflicicrs do
i couronne, avaient le droit d'y siéger'. Grâce à la prudence
des Capétiens, qui ne laissaient à ta pairie que des droits res-
treints, ellt) rehaussait seulement le prestige de la cour
^pjale.
^r Malgré le développement du pouvoir nionarchi<)ue, la cour
judiciaire du roi n'est pas encore aussi occupée qu'il le vou-
drait. Les .ippols, qui deviendront si nombreux à la fin du
I'ècle, étaient peu fréquents sous le règne de Philippe-Au-
isle'. On n'en trouve qu'un au temps de Louis VllI ; mais
est particuliérementintéressantet bien connu ; c'est l'appel
) Jean de Nesle, dont nous avons déjà eu à parler. Jean de
Asie, qui était vassal du roi de France en même temps que
Kvcc raison que Gerv&ia de Tilbury et Mathieu de Paris ont pu suivre
la tradition poétique carolingienne. Mais d'autre pari rien ne permet
d'affirmer que la pairie n'ait pas. dès le temps tle Phil.-ftug., compris
douze membrex, sinon dans la réalité, su moins dans la théorie offi-
cielle. Si le procèa-verbal de l'atTaire du comté de Champagne, jugée
à Helun en 1216, ne montre pas précisément la pairie de douze membres
<ié}k constituée, du muins il ne prouve point qu'elle ne le soit pas :
sis pairs seulement sont cités dans cet acte, mais la pairie de Nor-
mandie était fictive et les cinq autres pairs, pour diverses raisons, ne
pouvaient pas être présents. — M. Lot, dans le Mémoire cité ci-dessus,
affirme que la pairie âi'^lésiastique a été instituée avant la pairie laïque;
rien n'est moins certain ; notre confrère ajoute que la pairie complète
de douze membres remonte aux dernières années du règne de Louis
VU; il nous dit : <> Aurait-on fait des pairies de Normandie, de Tou-
o lou)ie, de Champagne au xni* siècle, au moment où ces grandes
•> provinces cessent justement d'avoir une existence indépendante f
■ Cola ne se comprendrait pas. ■ Cet argument ne détruit point la
supposition de M. Watker. qui place l'institution définitive de la pairie
au début du xiii' siècle, c'est-à-dire avant le moment oii les trois pro-
vinces dont parle M. Lot ont été acquises par la royauté.
t. Plusieun hiKtoriens ont présenté l'arrêt de 1324 comme une vio-
lation des droits de la pairie : c'est depuis ce temps que les grands
officiers auraient eu le droit de Hiècer auprès des pairs (Beiignot, Më-
Moirc iur farril de la cour des Pairs, dans Jlib. Éc. Ch., série II, t. V,
V31. — Korvyn de Letienhove, Iliêt. de Flandi-e, II. 215. — Bémont.
n>. hùl., XxXn, 309). Pardessus avait bien montré que la pré-
-"-B nouvelle sur laquelle la cour du roi Rtatua, était élevée par les
Bl non par les grands ofliders. (âi6. Ke. Ch.. série II, t. IV, 296J.
e est clair : nCum dicti miniitteriales hospitii domini régis
p contrario dicerent se debere adusus et coMuetuiÙnet Francit obter-
u interesse cum paribu.s Trancie adjudicandum parcs ;judicatum
in euria domini régis etc.... *
A'aJker, vp. cit., 93.
352 PROCÈS DE PiiEMIKRE INSTANCE.
du comte de Flandre ', appela la comtesse Jeanne
cour de Louis VIII pour défaut de droit. La comtesse d^
Flandre ofiTrit alors à sou vassal de le faire juger dans la cuitf
conitale par ses pairs; mais o Jean de Nesle répondit quTI
n ne voulait point revenir à la cour de la comtesse, parc*
Il qu'elle lui avait fait défaut de droit » et le tribunal du rot
jugea qu'il devait connaître de l'affaire, affirmant ainsi que.
comme le déni de Justice, le défaut de droit était une causg
d'appel '.
Nous ne connaissons avec certitude que trois procès oi
première instance jugés à la cour du roi ; encore l'un d'eux
est-il une plainte contre un abus de pouvoir d'un officier
royal plutôt qu'un véritable procès'. En 1224, une contesta-
tion s'éleva entre les églises de Saint-Vicfor et de Ferrièrei^
à propos des halles édifiées par l'abbé de Ferrièrea à PuiseauÇ
eu Gâtinais. Les parties s'accordèrent pour demander justice
au roi. La cour jugea que l'abbé de Ferrières n'avait pasW
droit d'édifier ces balles'. — La mémo année, l'évëqiiS
d'Auxerre éleva une plaint* contre Gaucher de Joigni, qoi'
construisait une forteresse près de Varzi. Le roi ordonna UM
enquête et l'on constata qu'en des lieux plus éloignés de Vai^
que ne l'était celui-là, Pbîlippe-Augusto avait interdit ls>
construction de forteresses. La cour du roi donna donc rfûson
k l'évêque d'Auxerro'. — Nous savons, par un acte d'Ar-
chambaud de Bourbon daté de 1233, que ce soigneur dot
répondre à une plainte portée contre lui à la cour de Louï*
VIII par les cbanoines de Brioude. Archambaud gardait tinfl:
partie de l'Auvergne en qualité de « procurator ex part*
« domini régis Francie ». 11 avait placé à Brioude un sergent^
" pour y faire les affaires du roi » ; alors le prévôt et le chapitrfl'
du lieu comparurent devant Louis VIII, pour réclamer contre
cette violation de leurs privilèges. Louis VIII ordonna u
1. Voy. les Scripla de fendis, H. F., XXIIl, 656.
2, Calât., n" 218.
a. Quant à ]à senlenlia Parisiens^ parlamenti qac Laurîère daledd
18 mai 1225 {Gloasaire du droit français, au mot Bai-nage), c'est ~
acte de 1258 ; voy. Boutaric, Actes du Parlement de Pari», n* Mî.
4. Cotai., n" 1Ï9. — Ce procès fut jugé à Paris, ainsi que Tippel it
Jean de Nesle. Mais les conflrmalions d'arbitrages dont nous parleroni
toutà l'heure sont datèesde villes diverses; Sxiol-Genuvn, Lorris, ebu
5. N' 221,
iquête ; les pièces écrites et les témoignages prouvèrent la
^limité de la réclamation des chanoines. Toutefois, c'est
seulement en 1233 qu'Arcliambaud se décida à y faire droit'.
Enfin voici ce que rapportent les auteurs de V Art de véri-
fier If s dates, dans l'article consacré à Arcbambaud II, comte
de Périgord ; n Archambaud eut des démêlés avec le chapitre
« du Pui- Saint-Front, relativement à des droits de juridiction
H prétendus par cette compagnie. La contestation fut portée à
H la cour du roi Louis VlU. Des commissaires, qu'il députa,
« jugèrent en faveur du chapitre; mais par des lettres du
<i 22 mai 1226, ce monarque ordonna ime révision. » Nous
n'avons pas retrouvé ces lettres du 22 mai 1226 ; M. Des-
sales, l'historien du Périgord, a remarqué que l'assertion des
Bénédictins n'a rien d'invraisemblable ; on voit se juger plus
taixi une contestation de môme nature '.
Ce petit nombre de procès débattus devant la cour du roi
ne doit pas faire croire que l'on recourût très rarement à la
justice do Louis VIH. De même que sous le règne précédent,
une fois en présence du prince, on se décidait fort souvent à
remettre l'affaire à des arbitres ou à conclure un arrange-
ment. Ainsi, au mois de novembre 1223, l'évèquo do Noyon
et Enguerrande Couci. qui étaient en procès à la cour du roi
au sujet de la fi>rteresse de Quierzi-sur-Oise, décidèrent de
s'en remettre à l'arbitrage de l'évéque de Soissons et de
Thomas de Couci. qui devaient prononcer après avoir fait une
enquête; s'ils ne pouvaient s'entendre, Louis VIII devait nom-
_ mer un troisième arbitre'. Je ne sais si la conr du roi avait
d'abord été saisie de la contestation qui s'était élevée entre
) comte de Soissons et l'évéque de Laon, à propos des limites
! leurs baronnies. En tout cas, ce fut une simple sentence
L'arbitrage qui trancha te différend : constituées en présence
B Louis, les deux parties choisirent chacune un arbitre et le
foi nomma pour ti'oisièmc arbitre un de ses baillis, qui devait
résoudre la question, si, après enquête, les deux autres
n'étaient point d'accord; c'est ce qui eut lieu*.
^ i. Gallia ehritliana. II. Intirum. eccfet. S. Flori, col. 137,
I 2. Uitt. du Périgord, 1. 297.
». CalaL, n" 43.
' 4. N" 275; cf. l'acte de même teneur de l'évéque de Laon, dans
^ealet, d" VU.
Cu. Pbtit-Dutau.lis, Uègne de Louis Vlll. 31
354 A.RBITRAaES.
Très souvent, c'est le chancelier Gnérin qui traocbe le-
différeads, et Louis VIII se contente de confirmer sa décisiou
Ainsi, en 1224, les religieux de la Charité, étant en conles-
tation avec la comtesse de Nevers au sujet de la garde du
bourg de la Charité, se constituèrent en présence du roi et
ils s'en remirent à l'arbitrage de Guérin; celui-ci prononça
sa sentence et Louis la confirnia '. Il en fut de même en 12L\i
pour un procès qui avait été engagé devant Louis VIII entn^
les chanoines de Saint-Frambuurg de Senlîs et les Ëls du
veneur de Villers-Saint-Frambourg'. On voit aussi des con-
seillers du roi, comme Guillaume de Bagneux, prononctr
comme arbitres des sentences que Louis VIII confirme '. Les
baillis eux-mêmes enlèvent ainsi des causes à la ct/ria re^:
en 1226, les hommes de Fouquescourt s'opposent aux préten-
tions de l'abbé de Corbie, qui s'attribuait le droit de les tailler
à merci; l'affaire est portée devant le roi; mais les partira
s'en remettent à l'arbitrage de deux baillis, qui prouonceot
la sentence '. Le roi ne combat point cette tendance à l'arbi-
trage, il la favorise même en certains cas. Ainsi, en 1225,
les ouvriers munnayers de Paris étaient en querelle avec lei
maîtres ; sur n l'assentiment et le mandement » de Louis XlOi
ils confièrent l'affaire à des arbitres, pris parmi les bourgeoii
de Paris ; ceux-ci firent sur les usages d» la monnaie
Paris une enquête; les résultats en sont consignés dans lU
acte cëlèbre, qui, avec la charte accordée à Henri Plastraii
et dont nous reparlerons, commence la série des docamentt
authentiques exclusivement relatifs à la monnaie'.
Souvent aussi, les parties s'accordent à l'amiable devant
Louis VIII sans intervention d'arbitres. Ainsi, la comtesse dt
Ponthieu était en contestation avec le comte de Boulogne, i
propos de la terre située entre la Canche et l'Autbie ; l'affain
se termina par un simple accommodement conclu en préseoot
1. Catal., n- 130.
2. Coll. Moreau, vol. 137, f" 53. — Autres exemples d 'arbitrage! da
Guérin: Calai., n— 187 (cf. le récit de Decamps: Collection Deampt,
vol. 31, f" 137), 235, 270, 322.
3. Catal., n" 112.
4. ColieLtion Grenier, vol. 53, f« 154.
5. Calai., Il" 289. — Art. de M. de Barthélémy, Soc. (fjîltil. df Porà^
II, 154. — Voy. auaai l'étude que M. Vuitry a faite de ce r^lementHir
U monnaie parisia : liéijime financier de la Fr., 465-466.
f
JURIDICTION ■ GRACIEUSE DU lïOI.
da roi : Louis VIII n'intervint que pour prendre part à la
nomination de trois arbitres chargés d'estimer des terres que
le comte de Boulogne devait recevoir, en compensation de
celles auxquelles il renonçait'. Jean de Nesle et l'évêque de
Noyon étaient en procès à la cour du roi à propos de droits
de chasse -, l'évêque finit par s'en remettre à la bonne foi de
son adversaire ; alors Jean de Nesle jura devant Louis VIII
de rechercher sincèrement la vérité, fit une enquête et en
déclara les résultats dans la cour du roi'. Des arrangements
analogues conclus en présence de Louis VIII terminèrent un
procès de succession entre les membres de la famille de
Grainville et une affaire de propriété immobilière débattue
entre les chanoines de Notre-Dame et les frères Hardi '.
On recourt également au roi pour que sa présence donne
aux transactions une solennité particulière, et nous le voyons
exercer fréquemment la juridiction gracieuse'. Ou bien, une
fois les transactions faites, on demande au roi une confirma-
tion'. Je n'insiste point ; les documents de ce genre sont innom-
brables déjà dans le Catalogue des actes de P/nlippe-Auguste.
Citons cependant un fait caractéristique : Jean de Nesle,
châtelain de Bruges, et ta comtesse de Flandre ayant conclu
des conventions au sujet de la vente de la cbâfellenie de
Bruges, le comte de Champagne, agissant au nom de la com-
tesse, vint avec Jean de Nesle demander à Louis VIII do
donner son attestation à ces conventions ; quelques mois plus
tard, la vente fut consommée définitivement, et Jean de Nesle
obtint de Louis VIII une confirmation nouvelle'.
Eu somme, l'œuvre accomplie dans le domaine judiciaire
par Philippe- Auguste se continue heureusement sous le règne
de son fils. Un nouveau point de procédure est même fixé, à
l'avantage de l'autorité royale. En 1224, la comtesse de
Flandre, cherchant des défenses, avait déclaré qu'elle avait
itê ajournée par deux chevaliers et qu'elle aurait dû l'être
Catal., n° 352.
5. N" 117.
3. N" 33«, 29.
i. N"189, 195, 243. 246, 251.
6. N" 19. 41. 77. 99. 120, 121. 12'.. 136, 182,217, 293,331, 339,367.
6. N" 170, 210. Sur l'importance de cette vente, voyez Wamkônig,
). cit., M, 129 et iiuiv.
356 PROGRES DE LA JUSTICE ROTALE.
par ses pairs ; la cour du roi jugen qu'un ajoumeraent fait I
un pair par deux chevaliers était valable'. Nous avons k c!
que instant parlé d'enquêtes Judiciaires; ce système, qui i
pris un grand développement pendant les dernières années è
règne précédent', tend à remplacer les moyens de prenM
barbares du moyen âge^ Knfin parmi les défendeurs et 11
détenseurs qui comparaissent à la cuur du roi, nous avons tl
des églises, des seigneurs de tout rang, des bourgeois, comme "
les frères Hardi, des vilains, comme ceux de Fouquescourt ;
dans l'affaire dos halles de Puiseaux, ce sont deux églises qui
se sont accordées pour réclamer la justice du roi.
Naturellement, l'extension de la compétence de la cour
royale n'est point sans provoquer des conflits. Le chanoine
de Tours nous a laissé à ce sujet le récit fort intéressant d'une
discussion qui eut lieu entre le roi et le clergé à l'assemblée
de Melun, le 8 novembre 1225: « Les archevêques et évèques
i< de France, en présence du légat, demandèrent avec instaiM J
" au roi et à ses barons le droit de juger, dans les affaires dll
H meubles, toutes les personnes qui seraient citées devant &
« par des gens d'Ëglise ; ils disaient que cette juridiction appi
« tenait à l'Église gallicane. Le roi résista ; il affirmait, ave
<< des arguments très nets, que cette prétention était compliq
<i tement déraisonnable, puisque les affaires de biens meubM
« qui n'avaient point de rapports avec les questions de sennentl
« de foi, de testament ou de mariage, étaient purement laîqnM
« et n'appartenaient en aucune façon au for ecclésiastique...
1. Calai., n' 2iS.
2. Voy. Walker, op. cit., 91-93.
3. Voy. noire Calai, dti eny. de Louis VIH {Appendice n» vn), où
figurent plusieurs enquêtes judiciaires; — voy. la clause relative aa
« témoignage d'homniea légitimes » dans la charte accordée au chipilre
d'Orléans en 1221 (_Catal., n- 167); cf, Delisle, n" 861. La prooMur»
d'enquête s'est évidemment développée par suite de l'annexion de U
Normandie ; elle était très employée a l'Echiquier ; voy. par exemple let
n- 359 et 390 du lieeueii de» jug. de VEch. de M. Delisle. — Il y â m
pendant des traces de la persistance du due! judiciaire : Louis VIII rifie
ses droits )>ur le duei dans la charte qu'il accorde aux habitante d' A snièr»
sur-Oise (Cota/., n" 92). Dans l'acte ()ui règle les contestations entre le roi
et l'avoué d'Arras au sujet de certains droits de justice, Louis VlU déclin
auc l'honneur reste sauf à son fidèle Pierre de Malannoi et k l'iToné
'Arras, qui, au sujet de ce débat, avaient donné l'un contra l'aain
des gages de bataille (Calai., n" 89). Sur le duel judiciaire en Sor-
mandie à celte époque, voy. Le combat judiciaire eti Â'orpuatdît jês
A. CancI, dans Méni. Soc. Antiq. Norm., XXil, 623 et suiv.
PROGRÈS DE LA JUSTICE ROYALE. 357
a Enfin par Tintervention de la grâce divine et du légat, la
ce question fut laissée en suspens par les deux parties* ». Ici le
roi se contente de contenir Tambition d'une juridiction rivale ;
parfois il s'occupe de légitimer ses propres empiétements :
nous verrons dans les bailliages les prétentions de la justice
royale souvent contestées. Mais presque toujours Louis VIII
triompha. On ne voit point que ce roi ait jamais eu les scru-
pules qui devaient tant tourmenter la conscience de son fils.
Au moins dans la pratique du gouvernement, Louis VIII fut
un politique et non pas un saint.
1. Chron. de Tours, 309; cf. le débat de 1205: Delisle, no» 927-928.
CHAPITRE VII.
LE DOMAINE ET l'aDMINISTRATION LOCALE.
Le domaine est la partie du royaume où il n'y a pas d'au-
tre baron que le roi. Les barons ou grands vassaux, tels que
les comtes de Champagne et de Bretagne, ont certaines pré-
rogatives exceptionnelles ; ils ont toute justice haute et basse,
peuvent exiger le service d'ost personnel, et leur sceau a
force authentique dans tout le grand fief; bref « cascunsba-
« rons est souvrains en se baronnie* ». Ces privilèges, le roi
les a dans son domaine, qui comprend des terres lui apparte-
nant personnellement et des terres qu'il a inféodées ; les
possesseurs de ces fiefs, de môme que les barons, sont vassaux
directs du roi, mais ils ne sont pas barons*.
11 est inutile d'insister sur l'importance des agrandisse-
ments du domaine dans l'histoire de la monarchie capétienne.
Ces agrandissements ont été sinon le seul, du moins le plus
considérable facteur du développement de l'absolutisme.
L'histoire de France a changé de face au moment où Phi-
lippe-Auguste a conquis les fiefs des Plantagenets au nord de
la Vienne et de la Loire.
Le domaine royal s'est remarquablement accru sous le rè-
gne de Louis VIII, malgré la catastrophe qui mena ce prince
au tombeau avant l'achèvement de son œuvre. Nous avons vu
que le Poitou, à peu près complètement perdu dans la der-
1. Reaumanoir, éd. Beugnot, II, 22.
« duc ou de comte ». Cette définition prête aux malentendus; dans le do-
maine royal, il y avait des comtes autres que le roi, par exemple celui
de Vendôme, dans la mouvance du comté d'Anjou.
ACOROISBEMENÏTiU DOMAINE. 359
nîère moitié du règne de Philippe-Auguste, avait été repris
en 1324, gr/ice à l'alliance des Lusignan ; Hugue X, qui pos-
sédait la plus grande partie do pays, depuis Guéret jusqu'à
Sainfes, devint le vassal direct des Capétiens, ainsi que le
■vicomte de Thouars ; la Rochelle, Saint-.Iean-d'Angeli,
Niort, furent désormais villes royales. Ce pays, y compris
l'Aunis, la Saintonge, les comtés do la Marche et d'Angou-
lôme, ne retombera plus, au moins de longtemps, entre les
mains des Anglais ; la révolte de Hugue de Lusignan n'aura
pour résultat que l'augmentation du domaine direct d'Alfunse
de Poitiers. Los vicomtes de Limoges et de Turenne et lo
Périgord échappèrent aussi à la mouvance des Planlagenets
pendant le régne de Louis VIII. Richard de Cornouaiîles re-
prit seulement la seigneurie de Bergerac et les villes de Gas-
cogne qui avaient été soumises en 1224. Limeuil, conquise
en 1225 par le maréchal de Louis VIII, était encore prévôté
royale avant le traité de Paris'. On sait que ce traité fut con-
clu en 1258-1259 par saint Louis, qui suspectait la légitimité
des conquêtes de son père ; le Limousin et le Périgord firent
alors retour aux Plantagenets.
En 1226, Raimond Vil était presque réduit à la possession
de la seule Toulouse. Par le traité de 1229, qui mit fin k la
lutte, le domaine royal devait s'accroUre des vicomtes de
Nîmes, de Béziers et de Carcassonne, et d'un certain nombre
de fiefs passés au rang de fiefs directs de la couronne. Quant
à Avignon, cette ville finit par rentrer sous la domination
chancelante de Frédéric II; mais rappelons que par l'acte
de pariage conclu avec les Bénédictins de Saint-André,
Louis VIII avait acquis le droit d'élever une forteresse aux
portes de la cité impériale.
Telles furent le.'; annexions que Louis VIII accomplit ou
prépara par la guerre. Les droits qu'il avait comme roi sur les
héritages en déshérence lui permirent d'augmenter son do-
maine d'une partie du Perche. Guillaume, évéque de Chà-
lons-sur-Marne, comte du Perche, mourut peu avant le départ
3 Louis pom- l'Albigeois. « De grandes difficultés surgirent
ko sujet de sa succession u, nous dit Aubri de Troiafon-
, Longnon, Allât hùltir-, texte, 3* livraison, 239.
360 ÀCCROISGEMENT DU DÔSÎAÏS
taines. Les comtesses de Chartres et de ChainpagDQ et la
reine Bérengère revendiquaient chacune leur lot. Le chroot-
queur ajoute que Louis VIII eut la plus grande partie it
comté. Cependant, selon Brussel. les prévûtês du Pefcbo
n'apparaissent que dans les comptes de 1231. On voit par d
acte de 1257 que le seigneur de Château-Gontîer, qui ava
aussi des prétentions sur le Perche, s'en désista seulemei
cette année-là eu faveur de saint Louis'.
Le Ponthieu avait été confisqué par Pbilippe-Augaste à I
tin de son règne. Le gendre du comte de Ponthieu, Stnioit
de Dammartin. avait passé en effet dans le camp des Anglais
en 1214; il dut s'enfuir après Bouvioes, et sa femme Marie.
de Ponthieu porta le poids de la colère du roi : lorsque la
fils posthume de Robert III, comte d'Alençon, mourut sans
héritier vers 1219, Philippe-Auguste s'appropria le comt^
sans s'inquiéter des droits de Marie, descendante d'un coia»
d'Aleni;on du xii" siècle. Enfin, lorsque le comte de Ponthieo
mourut en 1221, Philippe-Auguste confisqua le comté et con-
firma les chartes de commune des villes, comme il en aTsit
l'habitude dans les pays nouvellement annexés. Nous yoyoat
Louis VHI faire acte do souveraineté en Ponthieu en novem-
bre 1223', Selon les ic coutumes du royaume de France ',
Louis aurait pu garder le Ponthieu pendant toute la vie ie
Simon de Dammartin et, à la mort de celui-ci, ses descen-
dants n'auraient obtenu sa succession que par grâce spécîile
du roi, qui avait le droit de déshériter les enfants nés aprM
la trahison du père. Marie de Ponthieu se décida à venir in-
1. Aobri de Troisfontaines, 918, — Brusset, Utage rfw fiefi, 453. -
Lea auteurs tle l'Art de vérifier les datet (art. Comte* du Perftu) «su-
rent que Louis Vlli uonQsuua le comté par provision et conKa la kv^'
de Bellesme à Pierre Mauclerc. M. Wallon (Saint-Louîi, p. SHÎtde t»
(.'iMë que Louis Vlli avait donné en garde Saint-Jacques-de-BeuvrOQ et
Ilelleame à Pierre Mauderc. Ces erreurs ont probablemc^nt leur oneint-
dans un passage de Guillaume Guiart (vers 9075 à 908Ï). En rtSllê.
ce fut en 1227, par le traité de Vendôme, (jue Pierre Mauclerc reçut
ces deux places, non en garde, mais on don (Le Nain de Tillemoilt.
op. cil., I, 457).
2. Prarond, Abbeville avant in nuerre de reni ans. 79 M »uîï.
Art de vérifier les date* (Comtes de Ponlhteu. Comtft d'Ateneon).
Calai., n- Z\. — Je ne sais où Louandre (///«(. d'Afjbeville.'\,{i7)t
qui a été copié par M. Rigollol (Revue wirninmalique, \V. 49-50). a m
que Simon de Dammartin avait fait une tentative sur le Ponthieu aprti
la mort de Phi lippe- Auguste,
AOCROISSBMKNT RU DOMAntï. 361
lorer la clémence de Louis Vlll et une transaclion eut lieu
1 juillet 1225'. Par le traité do Chinon, Aiibigni en Coten-
, le château de Doullens, Saint-Riquier, Avesnes-le-Comte
, leiira dépendances furent abandonnés au roi; on outre
toutes les communes de Ponthieu durent prêter serment à
Louis, et toutes les forteresses devaient lui être rendues à
la première réquisîtioi.. Enfin la comtesse renonça à
ses prétentions sur le comté d'Alençon, Quant à Simon do
Dammartin, il n'eut point la permission de rentrer en France ;
il ne devait obtenir sa grâce que sous le règne de saint Louis.
En retour, le roi rendit à Marie de Ponthieu le reste de son
héritage, et » poussé par un sentiment de compassion » autorisa
les enfants nés après la trahison de Simon à succéder à leur
mère. Le roi rot-ut la comtesse en hommage lige, la tint quitte
du droit de rachat, et lui donna 2000 li\Tes parisis'.
Dès le mois de juin 1224, Louis VIII avait acheté pour
200 livres parisis la forteresse de Monlreuil à Guillaume de
Maisniéres, seigneur de Maintenai'. Désormais donc le Pon-
P" ieu était en partie dans le domaine propre des Capétiens,
partie sous leur contrôle direct ; le serment de fidélité des
lies et le droit de disposer des forteresses donnaient à la
royauté une souveraineté effective dans les terres restituées ;
à l'égard do laFtandre. qui se trouvait dans une position ana-
logue, Louis Vni usera de procédés identiques pour assurer
1 domination.
I En Anjou, Louis VIII acquit la seigneurie de Beaufort-en-
Vallée de Simon de Poissi, qui reçut en échange quelques
•es situées près d'Évreux; Galeran d'Ivri, vicomte de
llelun, qui avait des droits sur Beaufort, les vendit au roi.
l'j avait un grand intérêt à augmenter le domaine propre de
I monarchie dans ce comté d'.Vnjou, où la famille de Craon
Sit toute-puissante*. Neuville-en-Beine et Remigni, comme
FI. Voy. le préambule et lesclauscsiie l'aiitede Marie, Calai,, n''26i}.
a. n« 261.
IS. Catal., n-* 260, 261, 2'J4. — C'est Jesn de Friscamps, Imilli
TAinîenit, qui rend compte des revenus du Ponthieu eii 1226: voy,
"fcM juttif.. w xni.
). Calai., n" i23.~ KïhéncdeCalanjie, Le» seigneui'i de Mainlena;/.
ns Mém. Soc. Aniiq. Picardie, XX, 259.
'. Calai., n"' 188, a32. — Cf. Catat. des enquêlei, n" i.
362 TESTAMENT DE LOOIS Vllt.
Beaufort-en-Vallée, dépendaient du domaine rojal avant
l'avènement do Louis VIII, mais n'étaient pas la propriétè^
du roi ; Louis se fit céder ces terres par les religieux de Honi-
blières, moyennant la remise du service d'ost'.
Notons enfin que pour consojnmer l'acquisition du comté
de Beaumont-sur-Oise, vendu par Thibaud d'UlU à Philippe-
Auguste en 1223, Louis VIII obtint de l'archevêque d»
Heims, neveu du défunt comte, une complète renonciatiita
à cette seigneurie*. Nous avons tu aussi que dans le trailA
de 1224. Hugue de Lusignan abandonna au roi tous set
droits sur le comté d'Alençon et sur Issoudun.
Malgré ces agrandissements du domaine royal sous Louis
VIU, ce roi légua moins de terres à son successeur qu'il n'en
avait hérité lui-même do Philippe-Auguste. Louis Vlll avail
de nombreux enfants. Au moment où il fit son testament,
en juin 1225, il lui en restait sis, cinq fils et une fille. « .\fin
H que la discorde ne pût point naître entre eux », il opéra on
« partage » en faveur des premiers nés et destina les der-
niers à la carrière ecclésiastique ". Il suivait l'exemple de
Louis le Gros, de Philippe- Auguste lui-oiéme, qui avaitdoané
le comté de Boulogne à Philippe Hurepelet avait fait entrer
dans les ordres son dernier flls Pierre Chariot. Mais celte
fois, comme au temps où Robert le Pieux donnait la Bou^
gogne à son tîls Henri, les apanages étaient considérables.
Le second des fils de Louis VIII, c'est-à-dire Robert, devait
avoir toute la terre qu'Isabelle de Hainaut avait .apportée s
Philippe-Auguste, sauf le douaire de Blanche de Castîlle. Le
troisième, c'est-à-dire .lean, devait avoir le comté d'Anjou
et du Maine; le quatrième, Alfonso, le comté de Poitiers et
toute r.Vuvergue*. Ce dernier semble au premier abord avoir
été plus favorisé; mais il faut se rappeler que la plus grande
partie du Poitou appartenait alors à Hugue de Lusignan et
1. CataL, n" 74.
2. Calai., n" 206. — Douet d'Arcq, Hecherehes tur let conta df
Beaumoiit-sur-Oiie, p. cxxvii.
3. Testament de Louis VIII, CataL, n° 355. La question dee spi-
nages a été traitée très complètement par M. Luchaire, MoMUul dtt
Itulil , iK2 et suiv.
4. M, Longnon, AHm histor.. ieite, 235, se Irompe lorsqu'il dit qaa
selon le testament de Louis VIII r.\uvet'gne devait revenir à CbuKii'
Charles n'était du reste pas enœre né à cette époque,
363
[Oe le domaine capétien y était assez restreint. Quant au
t^nquième fils et à ceux qui pourraient naître dans la suite,
ils devaient être clercs. Le bon Henri Martin s'indigne de
cette '■ violation des droits de la nature' »; elle n'avait rien
que de très commun alors; au xii* siècle la royauté avait su
se créer ainsi des appuis certains dans le haut clergé : Henri,
frère de Louis Vil, fut archevêque do Reims. Du reste, la
volonté de Louis VIII ne put s'accomplir: son cinquième et
son sixième fils vécurent seulement quelques années; quantau
septième, Charles, il devint comte d'Anjou à la place de Jean,
qui mourut également dans l'enfance. Un tiers du domaine
riiyal se trouvait ainsi distrait de la part de l'héritier du trône.
Mais d'après une clause du testament, ces apanages ainsi que
celui du comte de Boulogne devaient faire retour à la royauté
si leur possesseur mourait sans postérité'; peut-être, après
tout, en un temps où le pouvoir central et l'admininistration
avaient encore une organisation rudimentaire, était-il préfé-
rable que le roi n'eût point à gouverner directement des terri-
tloires trop vastes, et que la dynastie se provignât à travers
Ip royaume en lignées temporairement distinctes.
Sous un règne aussi court que celui de Louis VIII, les
renseignements que Von peut recueillir sur l'administration
locale sont forcément peu nombreux. Nous ne savons à peu
près rien sur les prévôts pendant cette période. En revanche,
les noms de la plupart des baillis et sénéchaux nous sont
connus, grâce à divers actes et à un fragment de compte du
ups de Louis VIII'. Presque tous ces personnages étaient
F 1. Henri Martin, llisl. de France. IV. 132.
S. Cette stipulation, dans le texte du Icstanient, ne semble a'appli-
ler qu'à l'apanage de Hobert et non à celui de ses frères. Noua
.fuyons q^u'il faut voir là une simple négligence de rédaction. C'est
eaiai l'avis de M, I.uchaire (^Manuel, 484). 1^ même auteur a remarqué
que « la constitution des apanages, telle que l'ont faite Louis VIII et
« son lils, n'excluait que les collatéraux et laisRait implicitement aun
u femmes le droit d'hériter ».
3. Pièce» justifie., n°xnt. Ce compte, que nous aumns souvent à citer,
appartient selon nous au terme delà Toussaint de 1226. On y trouve ;
i" une partie des recettes du bailliage de SaintOioer et d'Aire et du
bailliage d'.Arras: les rcceUes des bailliages de Uesdin, d'Amiens, de
Verinandnis, de Gisors, d'Orléans, de Sens et de Dnurges; la recette
r
364 LES BAILLIS.
d'anciens officiers ou baillis de Philippe-Auguste et ils conti-
nueront leurs fonctions pendant le règne suivant'. On r&-
marque parmi eux des membres des familles d'Athies, de
Milli et de La Chapelle. La liste que nous avons dressée jIu
noms de ces officiers sera sans doute utile à celui qui fert
l'histoire des institutions monarchiques au xm' siècle; ell»
servira à fixer la biographie de quelques serviteurs de là
royauté et à prouver d'une façon plus précise que les Cap^'
tiens choisissaient leurs baillis de préférence parmi les peliti'
nobles et qu'ils aimaient à faire administrer leurs aouvellei
possessions par des hommes choisis dans l'ancien domaÎDe*.
L'étude des actes de Louis VIII suggère quelques observa-
tions importantes sur le caractère de l'institution baillîvale.
On a émis récemment sur l'origine de cette institution uai
hypothèse très lumineuse : les baillis sont les descendant!
directs des commissaires délégués par les rois du xil* siècle
pour défendre au loin leurs intérêts ; la division du domiine
en bailliages date des premières années du règne de Philippe-
cription de Tours, ce qu'on appelait la recepla Turonentii ; 3" la dé-
penses royales. — Malgré la mutilation qu'a subie le rouleau de !««*»■
min, dont le haut a été déchiré, et malgré l'absence de toute inaicstion
cbronologique, la date que nous lui attribuons ne nous semblcj»
douteuse. Non seulement les noms des baillis sont c«ux desbiAlii
qui apparaissent dans les actes de Louis VIII, mais dans le cnmpU
d'Adam de Milli figurent les revenus de Douai et de l'Êclase; or,
d'après le traité conclu en avril 1226. le roi devait loucher les revenu
de Lille, Douai et l'Ecluse jusqu'au complet paiement de la rançon di
Ferrand, et cette stipulation fut abrogée dans le nouveau traité concis
par Blanche de Castille avec le comte de Flandre au mois de déctnbts
de la même année, quelques semaines après la mort de Louis VIS
(Calai., n" 336. — Teulet, n" 1895), Ajoutons que Brussel (W(. dafiffi,
livre II, ch. x.wni) parle souvent du compte de 1227 et que notre lioco-
ment n'est point celui qu'il a connu. M. Detisle n'a pas hésité à inieil-
torier notre pièce sous le nom de compte de lj)uis VIII {Imtntairt
du fonds lalin, no 9017). Reste à savoir si ce document n'est pu de
1225; en mai 1225, Jeanne de Flandre avait en effet cnca^ Doaiiil
l'Ecluse au roi (Calai., n» 248). Toutefoi.s, dans l'acte d'engagement
il n'y a pas de stipulation précise à l'égard des revenus des deux rillei
et dans le doute nous aimons mieux dater notre acte de 1226.
1. Voy. notre liste. Appendice n- v, et cf. l'/nrfM dn Catatogutimi
nctet de Pkitippe-Augutte, — tes listes des baillis données par BriUfd,
Ui. de» fiefs, I, 486 et suiv., — les Seripta de Ffodis et W compte*
de saint Louis, imprimés dans //. /-'.. XXI. XXII et XXlll, — er'-'
l'édition et les tables des Layettes du Trénor de» Charles.
2. Voyez par exemple les noms des baillis de Normandie; cS. Ft
ment de l'histoire de Gonesse, par L, Dellsle, Bib. Ec. Ch., 4* série.)
114 et suiv.
LE3 BAILLIS. 365
bguste; la nécessité de donner des remplaçants au grand
fënéchal, dont l'office avait été supprimé par mesure de pru-
dence, et le besoin d'une organisation plus stable pendant le
temps de la croisade en orient amenèrent ensuite Philippe-
Auguste à donner plus d'importance et de précision aux
fonctions baillivales'. Cette théorie nouvello est d'autant plus
satisfaisante qu'on a beaucoup de peine à imaginer un roi du xn*
siècle, voire mèrac un prince intelligent comme celui dont nous
parlons, créant de toutes pièces un nouveau rouage adminis-
tratif.
,, D'ailleurs l'institution baillivale garda longtemps un carac-
B indécis qui rend bien vraisemblable la supposition émise
r M. Luchaire. Dans les temps modernes, l'institution dos
intendants, issue d'une évolution analogue, mit de même un
temps très long à acquérir quelque stabilité. Nous n'hésitons
pas à admettre qu'au temps de Louis VIII les baillis sont,
non pas des officiers ayant à exercer dans une circonscription
immuable des fonctions bien définies, mais des lieutenants
ria roi, dans toute l'extension vague qu'on peut donner à ce
me. On peut alléguer à l'appui de cette opinion quatre
juments principaux :
1° Le mot mOme de bailli est très vague ; il n'a point du
Ot la précision du mot précâl. On appelle baillis non seu-
ment des gens comme ,\dam de Milli et Pierre de Rouci,
i ont chacun une grande partie du domaine à administrer,
aïs aussi des ofliciers de beaucoup moindre importanco ; tel
r exemple ce Tbîbaud Monnayer auquel Louis VIII adresse
i mandement en 1225. La formule « omnibus baillivis suis»,
î subsista longtemps encore dans l'adresse de certains actes
jaux, désigne évidemment les officiers du roi en général, et
1 pas seulement les grands baillis.
2" On voit cités dans certains documents, et particulière-
int dans le compte de 1226, des personnages qui ne sèm-
ent pas avoir eu à administrer une région bien limitée, et
lî cependant figurent à côté des baillis d'Artois, de Ver-
jidois, de Rouen, etc., et encaissent des catégories de
Tenus dont la perception est généralement conflée aux
1. Luchaire, Mantifl, 5'i3 et suiv.
LES BAILLIS.
baillis. L'exemple le plus curieux est celui de Thiboud d«
Chartres, qui rend compte à la fois de sommes perçues &
Saint-Omer, âHesdin, à Corbie, à Dourdan. etc.. Il fautaosû
citer ce fait que Guillaume de Ville -Tbierri, bailli de Gisors,
dont le nom figure par conséquent dans la recepta Part-
siensix, rend compte aussi de divers revenus, comme ceux d<
ta forêt d'Évreux. qui dépendent de la recepta Turontmis.
Ce sont là des preuves manifestes d'une organisation finan-
cière et administrative peu méthodique, qui s'est furmée suô>
cessivementet par tùtonnements.
3° Il _v a cependant des bailliages, il y a des circonscrip-
tions administrées par des ofSciers appelés baillis. Mais les
limites de ces circonscriptions ont été très variables ; la com-
paraison des documents du temps de Philippe-Auguste, de
Louis VllI et de saint Louis le prouve abondamment. De
plus il ne serait pas exact de dire que chaque bailliage est
administré par un bailli ; on voit parfois plusieurs baillis
chargés k la fois de gouverner un même pays, et il ne semMe
pas qu'aucun d'eux ait une prééminence sur les autres. Affurtj
assure qu'en 1218 et en 1227 les assises de Senlis fureot
tenues par trois baillis à ta fois'; en 1226 Louis VIII con-
firme des lettres de trois de ses baillis, attestant une conven-
tion qui s'est conclue devant eux pendant qu'ils tenaient
ensemble une assise ft Pierrefont*. L'un de ces trois person-
nages était bailli de Vermandois, d'autres textes le prouvent.
Les deux autres étaient-ils aussi baillis do Vermandois* On
ne peut point l'affirmer ; il semble môme que l'un d'eux.
Renaud do Bai'on, était plutôt bailli de Senlis ; mais comment
ces trois baillis siègent^ils en même temps au même endroiti
Ce fait n'est explicable que si l'on considère l'iustitution
baillivale au temps de Louis VIII, comme une continuation
des délégations de palatins envoyées au loin par Louis Vil.
4" On sait d'ailleurs que pendant tout le xiii' siècle les baillia
n'ont pas cessé de faire partie de la curia et qu'ils repre-
naient souvent leur place parmi les conseillers du roi; ainsi,
iidut et Mém. ifu Comilè
LES BAILLIS. 367
tfiogue d'Athies était à la fois panetier et bailli de Louis VIII
»Bt il assista à diverses assemblées à Gisors, à Chinon, etc.
ï CDDiul de fonctions, qui prendra fin seulement sous Phi-
lippe le Bel, n'était pas sans avantage pour la royauté, qui
' restait ainsi en relations très étroites avec se^i agents locaux
La crainte de voir ressusciter les vieilles tendances à l'I
dite des oÉBces n'était pas encore entièrement disparue.
Nous rappellerons rapidement les fonctions baillîvales
dont l'examen founiit de nouvelles preuves à notre théorie.
On sait que les pouvoirs des baillis étaient tout à fait
généraux. Sous Louis VllI, nous les voyons recevoir les
hommages', percevoir les revenus', protéger les églises',
exécuter les jugements ', siéger eux-mêmes en assise et servir
d'arbitres'. Naturellement, ils entraient souvent en conliit
avec les juridictions rivales. L'un des épisodes de la lutte
I entre les bailliages et les ofHcialités eut son dénouement
^Kvous le règne de Louis VIII. Deux plaideurs, nommés Robert
^■Trolez et Etienne Lovet, avaient conclu un accord devant le
^■bailli de Rouen et avaient confirmé leur convention par ser-
^Bncnt hors de l'assise ; leur querelle n'avait porté que sur
^Bane question purement féodale, mais Robert Trolez profita du
serment qui avait suivi l'accord pour citer à ce propos
Etienne Lovet devant l'official de Rouen; on sait que les tri-
bunaux ecclésiastiques connaissaient des causes de serment.
■^tienne fit défaut, fut excommunié et emprisonné ensuite. Sa
^Kemme réclama auprès du bailli, et il fut jugé en assise que
^^tobert Trolez devait Ctre mis en prison jusqu'A ce qu'Etienne
fût délivré; Philippe- Auguste, qui vivait encore, confirma
cette décision. Louis VIII eut à s'occuper do l'affaire. L'ar-
chevêque prétendait que Robert Trolez fût délivré et indem-
Catal.. n° 1.
Piicei jutlific, If xui. — Voy. dans les Uch htil du Poitou,
"Vin, 45, une enquête du temps d'Alf. de Poitiers, qui nous montre le
bBiÛi de Louis VIII en Touraîne prenant possession au nom du roi des
revenus de Saint 'Ré mi -sur-Creuse.'
3. Calai., n" 253, 306, etc
4. Catat., it" 254, 271.
5. CaMi.,n"87, 2:5, 353; coll. Grenier, vol. 53, f" 164; D"Arbois
de Jubalnville, Comtes de Chamjiagne, V, 203, — Voyez dans Arch.
hitlor. du Poitou, XVllI, 54et suiv., un procès entre l'abbaye de Saint-
Haisent et aes hommes de Pamprou, jugé après enquâie par le sénéchal
f_de Louis VIII en Poitou. Voy. aussi Léchaudé d'Anisy, Gr. rd/es, T" ~
I
368 L£S BAILLIS.
uisé. Le r»i répondit qae le (or ecclésiastique a^arait pas i
96 mêler d*ane qaestioik de fief qui arail ea soa dénoiiemeiit
eo a^àLse '. — Les seîgneories L>cale$ tiispataîenl aassi im
baillis do t>à l'exercice de la haute justice. L'aTooé d*Ams
le lear contesta longtemps «lans on fief qu*îl tenait de
Louis VIII -. L'évè^ue d'Arras. de s*>n o>té, prétendait que
les bailliâ du roi, à Oppi et à Bois-Bamard. empièlaient sur
la joridiction écherinale; il s'entendit avec le roi pour régla*
la question, et des témoins cités par les deux parties forent
entendus publiquement en cour du roi ; le jugement de li
cour du roi fat accepté d'avance par TéTéque et donna gain
de cause à Louis Mil ; le droit de haute justice à Oppi eti
Ek)iS' Bernard fut reconnu aux baillis roraux'.
On sait que les baillis n'avaient pas seulement i adminis-
trer une partie du domaine, mais à s*occuper aussi de h
région environnante. C'est pourquoi nous totous Pierre de
Rouci, bailli de B«)urges, aller recevoir le serment de fidélité
des habitants de Montferrand\
En somme, Tinstitution des baUlis, comme celle des com-
missaires aux enquêtes, était essentiellement une prolonga-
tion de la curia régis. Ce principe fondamental ne put cepen-
dant être appliqué partout. Philippe-Auguste ne se crut pas
assez fort pour déposséder de son titre le puissant et habile
Guillaume des Roches, qui avait été fait sénéchal d'Anjou
par Artur, en 1 199 '. Le prudent monarque le reconnut sénéchal
d'Anjou et lui donna Angers, Baugé et leurs dépendances;
il se réserva seulement Tours et la Touraine, Chinon, Bour-
gueil, Loudun et Saumur et les sénéchaussées et prévôtés y
attenant ^ Guillaume des Roches mourut en 1222', et son
beau- frère Amauri de Craon devint sénéchal d'Anjou. Phi-
lippe-Auguste renouvela pour lui, à titre provisoire, la faveur
1. Calai., n" 67.
2. Cnlal., n<>^ 88, 89.
3. Calai., n" 2'i0. Voy. aussi : Calai, des enquéles, n° \ni, enquête
relative à la juridiction du prévôt royal de Ribemont.
4. Calai., n^ 320.
5. Vuy. (iaston Dubois, Recherches sur la vie de Guillaume des Roches,
Bib. Èc. Ch., 6» série, V, 377; XXXII, 88; XXXIV, 502.
6. Delisle, n»» 848 et 1016.
7. Gall. Chrislianay XIV, 573.
LES SK-NECfUI'X.
369
i renouvela f
e A Guillaume'. Loui.^
urp UMnililé ■> el Aiuauri en jouit jusqu'à sa
mort, qui eut lieu au moia de mai 1226*. Cet Amaiiri de
l'niou. dont Ittcliiiuoiac do Toiu-s vante la lielle prestance et
[;i bravunre, «'tait, comme Pierre Mauclorc. un farouche
■ unemi de l'Église. Il signa une pétition adressée par les
ai'oDS de l'ouestii Louis Vlll i>uur réclamer son appui conlm
^Jf clergé, al le chroniqueur nous dit que " s'il n'avait pas ou
^Kia sénéchaussée, par te moyen de laquelle il opprimait les
^^pftglises et les pauvres, il aurait été au premier rang dans
^^la chevalerie', m Celait évidemment .-\mauri de Craon. et
non le roi, qui élaîc le personnage le plus important de r.\n-
jou. Louis VIII ne se méia guère dos aifaircs du pays que
pour modérer la fougue anticléricale du sénéchal'.
L'alliancede Philippe- Auguste et do Guillaume des Roches
avait eu d'heur«us résultats pour la royauté; Guillaume était
resté le fîdéle allié des Capétiens contre les Plantagenets.
Aimeri de Thouars, auquel Philippe-Auguste avait voulu
confier la sénéchaussée du Poitou'', se montra an contraire
ifironKlant et perilde. Aussi en 1224 Louis VHI renonça-l-il
m syslêine dont son péie avait fait l'épreuve; il noramaséné-
< liai du Poitou un noble normand, Geoffroi do Bulli, et lui
donna pour lo seconder Jean de Uoaumnnt et Savari de
Mauléun',
Nous avons vu que Louis VIII institua aussi un sénéchal à
lUcaire. Ces sénéchaux du midi n'avaient rien de commun
c un Ainauri de Craon, sinon le titre; c'étaient des officiers
t même que les baillis dont ils avaient les fone-
«19, et s'ils furent plus indépendants, c'est quo la distance
t diflîcik'S [ours relations avec lo pouvoir conti'al.
. UelUle, u" 21G;.
. Cola/., n- r>. — ChroH. de Tours, 31'..
. ChrOH.de Tttara, 3H.
. un mamlement en faveur des religieuses de Fontevraud.
. " 27S — En liai, nous voyonH. au iMiitraire, l'Anjuu admi-
A par lp bailli Pierre llaron, nui avait aus><i les bailliages de Tours,
'--i,»t(!- (Compte de laSi, //. /■■-, XXII. 6;6).
, .Me, n" 8S0.
L GcafTroî dn niilli porte le titro de «^iiécliul ilu Poitou dans le
"0 d*t notre Calai., et dans le procès cité plus haut, Arch. hisl. du
■1, XVIII, 5'..
(le LvaU Vlll. U
"a
370 ASSIMILATION DES NOIVEAUX DOStATNES.
Reste à nous demander quels procédés la royauté eraploû
pour faciliter l'assimilation des pays nouveilemonl aniiext-
Louis VIII suit la même politique que son père. Comme Pin
lippe-Auguste, il fait des tournées frùqueatos en' Normandie'
Il s'applique particulièrement h. s'attacher le cler{;A. Aiasii en
1225 il confirme les privilèges accordés par Richard Cœur dr
Lion aux Hospitaliers de Jérusalem établis en Nurmaudie, wi
Anjou, dans le Maine, en Touraine, en Poitou et en Bem'
En Normandie surtout, où la vie mouastîque était si ivxf-
loppée, Louis multiplie les donations pieusos'. Dans le miJi,
il accorde sa protection à quelques villes et surtout il comlil«
de faveurs TËglise orthodoxe. En Poitou, où la noblesse «t
bourgeoisie sont puissantes, il achète la fidélité des seignei
et confirme les privilèges des villes'. Les Capétiens coiucr-
vèrent daus les provinces conquises les anciens tribuDsui
qu'ils y trouvèrent. Le plus ancien de ces espèces de jiarle-
meuts de province respectés par la royauté futrÉchiquienie
Normandie, qui était à la fois tribunal et cour des C(>iii)jCi»
Du reste, la plupart des juges qui siègent h ce tribunal gott
des auxiliaires bien connus de ta royauté: Guénn assiste
interruption à toutes les séances de l'Échiquier depuis 12l4
jusqu'à la fin de 1225; Barthéleml de Roie y figure consbl
ment depuis 1218 jusqu'à la fin du règne de Louis VIII, s
â l'Échiquier de Pâques 122(>. Geoffroi de la Chapelle, Kcni
do Ville-Thierri, Berruierde Borron, Baudouin de Corbcil,i
étaient baillis ou conseillers du roi, prennent part aussi i
jugements pendant le règne de Louis; de même GuiUauiH
Acarin, doyen du SaintrSépulcre de Caen, qui était tout dérori
aux Capétiens'. Tout en respectant les coutumes de la
1. Itinér. de Louix VIII (.Ippearfice n" m). En 1224 1225, le n
cinq ou SIX voyagea <
n Normandie.
_. Calai., n- 296 29:
3. Catal., n" 30, 68. 128. 216, 230, 279. 282. etc.
4. Philippe-Auguste avait suivi cette pùliUijue en 1204. (Oeliil».
n"84:, 8aa, 858, 864, 836-878, 952-953). On ne voit pas que l^uiiVIII
nit favorisé l'introduction de nouvelles Camîlles en Coilou. comme Mit-
lippe-Auguste l'avait fsil en Normandie.
5. Lèop- Delisle. Recueil des jug. de l'Echiquier, particuli
E, UO et suiv, Léchaudé d'Aniuy. Gr. raies, 204. — Voy, an _
uillaume Acarin dans la Collection Deeampi, vol. 3 1 , f» 406. — Û. DalîA
a rait la biographie de Guill. Acarin, danu sua Mémoire mr le» JMf- ^
fEeliiquier iRecuetl, 272 et auîv.).
ASSIMlLiTIOS DES NOUVEAUX nOUAINES. 371
Ke. la monarchie faisait donc servir l'Échiqoier à ses
■seins. Ces « justiciarii n que le roi y envoyait siéger lui ren-
!nt à certains i-gurds les mûmes semces que las juges
kéraots aux rois anglais.
LuuU VIII suivit aussi une tradition du règne précédent
In» cltorcliant point à imposer la monnaie parisis aux nou-
tRUX domaines. Les deniers de Tours étaient déjà connus
t Nurmandifi quand Pliilippe-Aaguste conquit cetto pro-
^co, et le système tournois était entièrement conforme au
mtème angevin, admis presque exclusivement dans les
■inaincs continentaux des Plantagenets. Philippe-Auguste
Kploya donc le système tournois dans ses nouvelles pro-
, et n'osa du systemo pariais que dans les anciennes '.
mis VIII eut la m^me sagesse, et lorsqu'en 1225-1^26 il
nféra à Henri Plaslrard et à sa famille le monopole de la
iritiation des coins de la monnaie parisis, il eut soin de
tntionner que celte monnaie n*avait point cours dans les
rvinces acquises par Philippe-Auguste et par lui, à savoir
Normandie, l'Anjou, le Poitou, la Touraine et le Maine,
ED^me l'Artois et le Vermandois'.
Bi le roi respecte les usages des pays annexés, il ne laisse
lut péricliter les droits dont il peut y jouir. C'est par le
yen des enquOtos administratives qu'il s'informe. Ces
bnétes, différentes dans leur objet, mais non pas dans leur
i do$ enqui^tcs judiciaires, se multiplient dès la tin
I rigne de Philippc-Augusto', Ce sont des investigations
s sur place par des commissaires du roi, sur l'ordre de lu
r ou de rÉchiquicr de Normandie. Parmi ces commissaires,
■otn'e nu temps de Louis VIII son familier Ëuguerran de
et plusieurs de ses baillis*. Us interrogent tous les
liîtants du pays qui peuvent tes renseigner: abbés, sei-
, chevaliers, roturiers. Les listes de jurés sont parfois
^ L. DdUle. Ikt revfmit publies tn iVarmandie au \n' t. (Bib. Êe.
i, Z* Mirle, V, IttS). — Même auteur, Caitul. normand, noie du n" 350.
1 Cillai., n- »33.
i Voy. Walkor. op. cil., 91 et suiv.
. Rei»ud (le Villc-Thicrri ligure dans une «nquële ordunnée pnr
iquicr de ^omlttlnlio (flec. rf« Jug- de flîeh., n" 3i>ei. Kenuud
a et (luill. de l'hahleîliers font une enqutïte relativement à un
UilR! Lû\i\t. VUl et Robert de Dreux {Calai., a- 310).
372
ENQUETES ADMINISTRATIVES.
longues ; colle de l'enquête relative à Beaufort-en- Vallée cou
tient trente-cinq noms. Dans une autre, on voit que les coa
missaires se sont adressés de préférence à des vieillards; i
prucès-verbal mentionne leur âge'. Certaines des enquâlel
administratives du règne de Louis VIII ont pour objet (
reconnaître si tel fief dépend immédiatement du roi ou si tek
terre lui appartient ; une autre détermine minutieusement Jl
manière dont Beaufort-en- Vallée, que le roi va acheter^
Simon de Foissi, était administré avant d'être donné à Simos;
d'autres sont ordonnées pour User les droits Judiciaires a
fiscaux du roi; telles sont celles qui établissent les droits ai
roi à Azai-le-Rideau, les rapports des hommes de LandiWi
avec le prévôt royal de Ribemont. Ces diverses enquètfllj
administratives se font surtout dans les paj's réccmmeid
acquis: le Verniandois, la Touraine, l'Anjou et principale
ment la Normandie'. Les commissaires auxquels le roi con-
fiait celte mission sont les ancêtres des enquêteurs institués
par saint Louis.
Tel était le mécanisme de l'administration locale autempt
de Louis VlU. On voudrait trouver mieux, connaître l'esprit
qui animait ces baillis et ces sénéchaux, savoir les sentimenU
qu'inspirait leur domination aux sujets du roi. Au moins pinir
la période que nous avons étudiée, les documents ne donnent
là-dessus que de bien vagues renseignements ; ils laisscni
entrevoir seulement la lutte engagée par les agents de lu
monarchie contre les pouvoirs rivaux. Lorsque Nicolas i» I
Brai passe en revue les populations diverses qui ont enToji 1
dos contingents au siège de la Rochelle, il dit que o la N* I
« mandie, à peine sous le pied d'un autre roi, s'enorgueillit j
« encore du roi Richard' ». Ce n'est point là sans doute un tiùb |
1, Cette ençiuëte, relative à certains droits de l'abbé de la C^utan. I
est plu tât judiciaire qu'administrative. Mais, jele répète, ce sont là di
catégories factices.
2, Calai, des mi/uélfs de Louis VIII. — Calai, des aetei, n" lA I
310, etc — Recueil des jug. defEch.. n- 362, 366, 383. I
3, N. de lirai, p. 322, — Mihn. de ta Soc. des AnI. dr fi'ormniit, |
t. XVlll, Normannie nova Chronica, protemium par Chéruel, p. xn;
ce savant cite des fragments do chroniques normandes qui sticsttr' '
un reste d'attachement à la dynastie angevine. H. Delisle sembleî'Mi
exagéré la moUéralion de Pliil.-Aug. et de son successeur: vo;. no- I
tammeni ce qu'il dit dans la prt^face de son Cartul. normanrf, p. xm. r
DESPOTISME DES AGENTS ROYAUX. 373
développement de rhétorique; j'imagine qu'elle resta long-
temps véritable, la fameuse apostrophe lancée par Gilles de
Paris au moment où s'ouvrait le treizième siècle : « 0 France,
o t^mrmentée par les agents du fisc royal, tu as eu à supporter
« de dures lois et de terribles moments ! * » Les enquêtes or-
données par saint Louis, où malheureusement les faits
anciens sont rapportés sans être datés, révèlent le despotisme
dont souffraient les domaines royaux et particulièrement les
provinces nouvellement conquises ; saint Louis fut sans doute
le premier de sa dynastie qui donna au pouvoir royal un
renom de relative douceur et d'équité.
■
1. Gilles de PariS; 291.
CHAPITRE VIII.
LES DÉPENSES, LES REVENUS, l' ADMINISTRATION FINANCIERB.
Les dépenses du roi pour son entretien et celui de sa mai-
son figurent dans les comptes sous le nom d'itinera et de
hemesia. Les ilinera, ce sont les dépenses des métiers, c'est-
à-dire des divers services de riiôtel ; ces dépenses s'élèvent à
plus de 11,000 livres parisis pour le terme de 1226 dont nous
avons conservé le compte ; elles seront sous saint Louis de
plus de 12,000 livres pour un terme de 1238. Les hemesia
désignent principalement les vêtements et sont accolés dans
les comptes aux dona; dans les documents plus détaillés que
celui de 1226, on voit que sous la rubrique dona et hemesin
étaient inscrites des dépenses d'une tout autre nature,
comme par exemple dos achats de meubles ou d'objets pré-
cieux. Puis viennent les frais d'achat et d'entretien des che-
vaux et roncins. Ce sont là les dépenses particulières du
roi; les dépenses do la reine forment un chapitre spécial;
peut-être en est-il de même pour les dépenses du frère du
roi, Philippe Hurepel, comte de Boulogne \
11 faut tenir on état le domaine et les forteresses ; la plu-
part de ces dépenses locales sont faites par les baillis et les
prévôts. Il faut aussi payer les ofliciers et les serviteurs de
tout genre ; le roi leur constitue souvent des rentes en argent
ou en nature^; d'autres^ comme les gardes des forêts, un:
une solde : une convention entre le roi et les forestiers de
Tilloi nous montre que chaque forestier royal était pave
12 livres par an dans les années de coupe et avait le droit d»'
vendre les branches et le bois mort \
1. Pièces justif., n'' \ni. — Cf. Boutaric, i>aint Louis et Alfomeàt
Poitiers, livre III, chap. vi.
2. CataL, n"*» 56. 168, 236, 2'i7, 277, 376, 377, 'i44, 456.
3. Catal.^ n° 458.
LES DEPKNSB8.
375
S dona et les ehmosyne constituent une branche impor-
Sltc du budget royal. En 12:^5, Louï» VIIl distribue aux
pauvres des sommes considérables pour atténuer les effeb>
d'une terrible famine ; la même année. rêvi^(]ue de Paris
fonde IVrdry des Femmes Converses, ot c'est le roi (jui aub-
viint à leur entretien'. Le tableau des recettes et des
! jienses de 1226 montre que cette minée-là le comte de
^^lampagne a reiju 4,000 livres du roi, k un moment où l'on
^^■llait probablement s'assurer de sa tidélité. A ces dépenses
^^KrattachcQt toutes celles que le développement de la poli-
^^Bbe roj'ato avait rendues nécessaires. On a vu Louis Vlll
^^Broyer une amlia^isado en Sicile et a plusieurs reprises des
^^Btnts secrets à Rome; il achète l'obéissance des nobles
pDitevins, et Iok Rocbelais qui lui livrent leur ville sont accu-
sés d'avoir connu la couleur do son argent; il se ménage
[leut-i'tre des intelligences en .Angleterre. La guerre entraîne
ntssi des dépenses considérables. En admettant que les frais
!■' la croisade aient ét<i couverts par la dîme ecclésiastique,
i:eHi do la guerre en Poitou ont été à la charge du roi ;
ne pendant la paix il entretient une artillerie et un per-
incl de stipendiés qui reçoivent des appointements fixes ';
kne a'est peut-êlro pas .servi de mercenaires en 1224, les
ntiiquears nous disent formellement qu'il en a envoyé une
iupe en 1225, snus la conduite de sou maréchal, pour déli-
i Réole.
'our snbvenir aux dépenses imprévues comme fi celles de
«jue jour, le roi a les revenus de son domaine et quolqucs
mus extraordinaires. Ces ressources ont été énumérées
1 des fois"; nous parlerons seulement de celles sur les-
biles nous renseignent los textes du r^gne de Louis Vlll.
- Occupons-nous d'abord des revenus domaniaux pro-
l Chnm. dg Tour». 307. — Voy, aussi Cotai, n™ 95. «8. et<- .,
l Traité avec 1p comte do la Marcljc ; « Providemus dicto comiti
«ontcis milites et scxcontosscrvientesppdites.velenrum stipendia,
riioaluor menses anni, sJcut darc consuavimui» militibuanostria
^OOdîariÎE.M eorum pcrdita redderemii» si«iit neddrre consuevimus,
nsvrvùintihits ilnreinits siciit dure conNiieviiniis. « (Calai., n" 105). ^
X lecAin{il« du 1226, les arbalâtriorii et les sergents sont inscntu
.r tW9 livre!!.
L Voy. par exemple Vuîtry. op. cit.. chap. v; — Luchaire, Manuel,
Tttttiiv.
376 REVENUS DOMANIAUX.
premeni dits. Les terres domaniales sont pour la plupart
affermées, soit aux prévôts, soit à des particuliers; nous
voyons Louis VIII donner à cens des moulins, des bois*
Mais généralement il exploite lui-même ses forêts et ses
rivières et a bien soin de réserv^er pour lui les droits de pê-
che et de chasse*. Les forêts procurent des revenus impor-
tants ; dans le fragment de recette d'un des trois termes de
1226, la forêt d'Orléans vient en tête pour 1,175 livres ^; puis
vient celle de Fontainebleau pour 848 livres ; puis celle de
Désœuvré pour 806 livres, et celles de Villers-Cotterets et de
Compiègne pour près de 800 livres. Les bois de Hesdin, de
Ponthieu, de Lion, de la Cour-Dieu, d'Othe, de Gien, de
Paucourt, de Bourges, etc. . ., rapportent moins*. Le vivier
royal le plus productif, selon ce document, est celui de Rue,
dans le bailliage d'Amiens; il produit plus de 80 livres. Une
sorte de poissons qu'on appelle vendoises, à Samois, rapporte
35 livres. Nous n'avons pas de renseignements sur le produit
des mines. En revanche, on a souvent cité l'acte de non-pré-
judice donné à Louis VIII par les religieux de Cercanceau,
qui trouvèrent dans leur vigne de l'or et de l'argent monnayé
et en bosse et l'obtinrent du roi « en aumône^ ». Le seiirneur
avait on effet tout droit sur les trésors trouvés dans sa terre.
II. — Les taxes personnelles constituent des revenus consi-
dérables. Nous aurons occasion de voir quels profits Louis VIII
tire de la présence des Juifs et dos aubains sur ses domaines*.
Parmi les redevances qui frappent les roturiers, M. Viiitry
signale un droit sur les moissons à Bourges, qui aurait été,
sinon établi, du moins fixé par Louis VIII; mais ce prime
1. Catnl., n'»»*!)'!, 101, :{30. etc..
2. Sur les p(>cheries et les chasses, voy. les n"^ loi , 228, U6y à '^'ï, otc.
3. La livre parisis vaut, au cominencenieut du xni« siècle, 17 fr. 628i5
en valeur absolue; pour avoir la valeur relative, il faut .<;ans doute
multiplier par 5 ; voy Vuitry, op. cit., j». '»'i9. La livre vaudrait doiicî
cette époque 88 francs environ.
4. Pièces jusfif., w xni. 11 ne faut pas oublier qu'il s'agit du revenu
d'un des trois termes, et non du revenu annuel. — Sur les droiti
d'usage dans les forêts, vov. CataL, n"' 122, 207, 225.
5. Catal.. n'> 119.
6. \*oy. plus bas p. 'ilo et suiv. — Calai., n" 273: chaque banquier
astésan établi à Paris devra payer annuellement une taxe de 50 i?»>us.
— Catal.y n" 16 : la cour du roi juge que Louis VIII doit toucher dans
la terre de l'abbaye royale de Cormeri \ deniers sur chaque aubain.
TAXES PERSONNELLES. 377
n'a fait que confirmer une mesure prise par Philippe- Auguste * ;
le même historien mentionne avec plus de raison un acte de
Louis VIII relatif à la taille du pain et du vin ; c'est un des
rares documents où il soit question de cette redevance, qui
était perçue à Paris tous les trois ans seulement ^
Brussel avait remarqué que dans les comptes des premiè-
res années de saint Louis figurent des sommes d'argent
payées par les villes au roi. C'était là évidemment des sortes
do dons obligatoires. Il en est question dans la recette de
1226 : le bailli d'Amiens a perçu 100 livres des bourgeois
d'Abbeville ; le bailli de Hesdin 200 livres des bourgeois de
Hesdin ; le bailli d'Arras 200 livres des bourgeois de Douai.
Lorsque Louis VIII accorde sa protection aux bourgeois de
Montferrand, ri leur impose une contribution annuelle d'un
marc d'or^
Les nobles sont frappés surtout par les droits de mutation ;
le « rachatum » varie entre 17 et 66 livres dans le compte de
1226. Les droits de garde sont importants aussi ; Robert de
Courtenai obtient comme une grande faveur de Louis VIII la pro-
messe d'y renoncer éventuellement en faveur de son fils aîné*.
Sur les églises, le droit pécuniaire le plus important que
perçoive le roi est la régale. Mais le droit de gîte ou de pro-
curation est aussi pour elles une lourde charge.
III. — Lorsque nous avons décrit la vie nomade du roi,
nous avons parlé des « gista que dominus rex Ludovicus cepit » .
En principe, le gîte et la procuration peuvent être exigés
mêmes des feudataires nobles. D'après les listes que Brussel
a publiées, ces prestations ne pesèrent sous le règne de
Louis VIII que sur les couvents, les évêques et les villes,
qui supportèrent des charges équivalentes. Nous avons peu de
chose à ajouter à l'analyse que Brussel a faite de ce revenu
et de ses modifications*. A l'époque de Louis VIII, le droit
que le roi avait de se faire entretenir dans les endroits où il
1. Vuitry, op. cit., 337. — CataL, n° 212.
2. Catal., n« 334. — Vuitry, op. ci7., 351. — Voy. aussi Catal., n» 12 :
Louis VIII a cédé à Ingeburge la taille du pain et du vin à Orléans.
3. CataL, n- 319.
4. CataL, n« 373.
5. Us. des fiefs, chap. xxxviii; voy. particulièrement p. 545 et suiv.
pour rétude des gîtes de Louis VIII.
378 GITE ET PROCURATION.
passait est transformé généralement en taxe pécuniaire ; dans
quelques endroits seulement le gîte est resté, en tout ou en
partie, une redevance en nature ; ainsi, le 30 avril 1224, à
Sermaise-en-Beauce, a le roi et ses gens ont eu tout ce qui
« leur était nécessaire » et aucune taxe n'a été payée ; le
21 janvier 1223, à Chartres, Tévêque a payé une procuration
de 100 livres, mais a fourni aussi le vin. C'était là une excep-
tion. Presque partout le droit de gîte et de procuration est
devenu une simple taxe que Ton paye au roi quand il passe.
Les sommes que perçoit ainsi Louis VIII dans ses voyages
s'élèvent à 1814 livres 10 sous en 1223 (défalcation faite des
frais du sacre, qui s'élevèrent à 4,000 livres et figurèrent
parmi les droits de gîte payés par l'archevêque et les habi-
tants de Reims); en 1224 elles sont do 1,095 livres ; en 1225,
de 729. Souvent aussi le droit de gîte est devenu un impôt
fixe payé annuellement au bailli, alors même que le roi n'a
pas séjourné dans la ville. Selon Brussel, cette transforma-
tion eut lieu pour les bourgeois de Beauvais de 1223 à 1225.
Dans le fragment de recette de 1226, sont inscrites les pro-
curations de Saint-Riquier, de Corbie, de Vic-sur-Aisne,
d'Epône, de l'évêché de Chartres. D'après I3 compte de
Guillaume Ménier, il semble que l'abbé do Saint-Benoît-sur-
Loire a payé 140 livres pour le gîte dos sergents du roi, et
20 livres « pour le reste du gîte du au roi ». D'autres textes
prouvent du reste que les oHîciers royaux profitaient comme
leur maître de la procuration dans les villes où ils passaient
en service. Si Ton songe que la livre valait alors à peu près
88 francs de notre uionnaio, on voit que le droit de procura-
tion était une ressource importante.
IV. — Comme la procuration, mais à un moindre degré,
le service d'ost tend à se transformer en taxe pécuniaire.
C'est r «aide do l'ost » ou la «taille de TostS). Comme l'a
dit M. Luchaire» cette taxe représentait à la fois le rachat do
service actif et l'amende pour défaut de service*. Par un
jugement de rEchi(iuier de Pâques en 1225, Raoul de Pont-
Ouilli est déclaré exempt de toute taille, sauf de la taille de
1. Comme dans beaucoup d'autres cas, il semble qu'ici ai/le et tailk
soient synonymes.
2. I^uchaire, Manuel <tes Inslitntiom^ 579.
DROITS DIVERS. 379
Tost, « qu'il paiera quand le roi voudra la prendre à Falaise »,
et Henri de Beaufou doit à Tévêque d'Avranches 25 livres
tournois, que ce prélat a payé pour lui au roi, « comme ser-
« vice de Taide de Tost », parce que Henri de Beaufou avait
fait défaut*. En 1226, les évèqnes d'Auxerre et de Soissons
ne fournissent pas de service militaire eu Albigeois ; le der-
nier reconnaît « devoir au roi 120 livres parisis pour le ser-
« vice d'ost de cette année » ; l'autre, étant malade, a obtenu
une exemption d'un an et payera, pour cette exemption et pour
la dime, une somme totale de 600 livres pa^isis^ Enfin le
chroniqueur de Tours nous dit qu'à l'assemblée de Bourges du
17 mai 1226 « le roi reçut des sommes énormes (infinitam
« pecuniam) d'une foule de gens qui lui devaient l'ost^ ». Ce-
pendant la France féodale ne verra point s'introduire chez elle
les mœurs de l'Angleterre, où presque tous les chevaliers
aiment mieux payer Técuage que servir à la guerre.
V. — Le sceau et les produits de justice figurent dans la
recette de 1226. Thiboud de Chartres inscrit dans son compte
le droit de sceau pour 160 livres. Les produits de justice,
les « expleta ballie », sont de 270 livres dans le compte du
bailli d'Amiens*. On peut rapprocher de ces droits la taxe
sur les affranchissements : Louis VIII fait payer 200 livres
parisis l'autorisation qu'il accorde au chapitre d'Orléans
d'affranchir ses serfs d'Étampes *.
VI. — Parmi les nombreux droits qui frappent le commerce
et l'industrie, le plus important est le tonlieu ; Louis VIII
a bien soin do se réserver ses « recte consuetudines » sur les
marchands, quand il accorde des privilèges aux villes ; les
exemptions sont rares*. Le droit sur les halles de Samois est
de 15 livres dans la recette de 1226. Lorsque Louis VIII
accorde aux bourgeois de Pont-Audemer l'autorisation de cons-
truire des halles, qui feront concurrence aux halles royales, il
se fait payer son consentement d'une rente annuelle de 15 livres
1. Recueil des jug. de VÉch., n"' 369-370.
2. Catal,, n«» 328, 378.
3. Chron. de Tours, 314.
4. Sur les taux fixés par Louis VIII pour les amendes et les droits
sur le duel, voy. n"* 92 et 301.
5. Calai., no 199.
6. Calai. y n"» 326, 395, etc
380 DROITS DIVERS.
tournois*. Enfin le roi touche les bénéfices des monopoles et
des banalités ; il exige des religieux de la Cour-Dieu la pro-
messe de ne vendre du vin qu'après son banvin*. Nous avons
trouvé dans un registre de Philippe-Auguste une curieuse
enquête sur les fours de Paris, qui date certainement du règne
de Louis VIII. M. Vuitry, d*après De la Mare et Depping, dit
que Philippe- Auguste abolit la banalité du four à Paris et que
« les boulangers se trouvèrent ainsi en possession d'un véri-
« table monopole pour la cuisson du pain »^. Cette assertion
n'est qu'à demi exacte. D'après notre enquête, il y eut «au
(( temps de Philippe-Auguste » un débat entre les boulan-
gers et les prévôts de Paris, qui voulaient détruire les fours de
ces derniers ; saisi de l'afl'aire, Philippe-Auguste ordonna que
tout boulanger pourrait à l'avenir avoir un four chez lui, y cuire
sa farine et la farine que les bourgeois lui enverraient ; mais
les bourgeois eux-mêmes pourraient avoir un four chez eux,
« sans contradiction, sans ban ». Les boulangers ne furent
donc pas investis d'un monopole ; la liberté de cuire le pain
fut complète à Paris. L'enquête ajoute que depuis ce temps
chaque boulanger paye au roi 9 sous 3 oboles*.
Vil. — La monnaie. — Le droit de frapper monnaie
était tombé comme les autres dans Tappropriation sei-
gneuriale, et dans le domaine même des Capétiens il circulait
des pièces qui ne sortaient pas des ateliers royaux. Tout au
plus le roi pouvait-il imposer aux seigneurs monnayers la
n^connaissancc de son droit supérieur et certaines conven-
tions spéciales. Ainsi on 1225 Tévêque de Meaux, vassal du
comte de Champagne, déclara qu'il tenait sa monnaie du roi,
et promit de le pn'^venir désormais quatre mois à l'avance
lorsqu'il ferait faire une nouvelle monnaie et interdirait le
cours de l'ancienne ; de cette façon les habitants du domaine
royal auraient le temps do se débarrasser des vieilles pièces
avant qu'elles eussent perdu leur valeur*.
1. Cntal., no 61.
2. Calai., n» 174.
'S. Vuitry. op. cit., 361.
4. Enquèlcs, n« viii. — Cf. CataL, n" 308, « lettres patentes concer-
« nant les talmeliers », c'est-à-dire les boulangers. Cet acte consacrait
évidemment les résultats de l'enqucMe.
5. Catal., n^ 2'»'i.
I.A MONNAIE ROVAI.E. 381
La monnaie coustituait un revenu important parce que le
*oî, comme tout seigneur, avait le droit de fixer le cours des
pièces qu'il frappait, et de faire varier à son gré leur rap-
lort avec la livre et ses subdivisions, qui n'existaient pus
en réalité mais constituiiient la monnaie de comjile ; il avait
le droit de dire: tant d'ngnels ou de gros tournoia vaudront
'une livre; or il ne se gênait pas pour faire de mauvaise
monnaie. La décadence avait été incessante depuis le s" siè-
cle; k l'avènement de saint Louis, la livre valait environ
17 francs 63, c'est-à-dire que pour payer un objet valant une
itivre, OR donnait des pièces qui avaient eu tout la même va-
leur intrinsèque que 17 francs 63 de notre monnaie ; or sous
Henri I elles auraient contenu la même quantité de métal,
précieux que 63 francs GO, L'honueiu- de réformer le système
ADOnétaire revint à saint Louis ; la valeur intrinsèque de la
'livre SB releva; de plus il y eut en circulation de nombreuses
pièces d'or et d'argent, alors que sous Louis VIII la monnaie
'réelle ne se composait guère que de décimes d'un bas alliage,
fort gênants pom- les transactions'.
Le régne de Louis VUl est cependant très important dans
l'histoire de la monnaie royale. La cbarto de novembre 1225
par laquelle le roi confirme l'accord conclu entre Ifcs maîtres
et les ouvriers monnayers de Paris, est le premier document
authentique qui nous fa^se connaître l'organisation des ate-
liers monétaires, les rapports des maîtres et des ouvriers,
Ijeurs devoirs et leurs privilèges, les amendes encourues en
'cas d'infractions. Enfin nous voyons Louis Vlll concéder à
titre héréditaire à la famille Plastrard le monopole de la fabri-
^tion des coins de la monnaie parisis; le détenteur du mo-
jDupole touchera 3 sous pour deux trousseaux et une pile. Ce
fut seulement eu 1265 que les héritiers de Henri Plastrard re-
vendirent à saint Louis leur privilège'.
.. Vuitry, op. cil., chap. vi. M. Vuitry a utilisé les travaux très
:Savants de Satalis de Wailfy. — D'après Hoffmann, Monnaies royiiten
de France, p, 17, on connaît trois types de monnaie sous Louis VUI:
pn denier parisis, une oImIc parÎRis, un denier tournois.
2. Calai., n- 289, 3a3. — De Darlhéleray. Ensai mr In monnaie
mrùi», iJans Mém. de la Soe. dt l'hiil. de Paris, II, 150 et suiv. —
^36 Sauicy, Documents monélnircs, I, 120 et 133. — Vuitry, op. cit.,
|te&-466. — Sur les Plastrard, voy. la note de H. Deiisle, Cariai.
normand, xi" 350,
382 RESSOURCES EXTRAORDINAIRES.
Aux revenus domaniaux s'ajoutent des revenus extraordinai-
res, tels que les rançons et le butin de guerre. Les historiens
des finances capétiennes ont généralement oublié de citer cette
source de revenus, que les guen^es incessantes rendaient
abondante. Louis profita de la captivité de Ferrand pour ex-
torquer à la comtesse de Flandre do grosses sommes. 11 se
fit payer largement le secours qu'il lui prêta dans la guerre '
civile qui ensanglanta la Flandre en 1225, et eut soin de se
réserver la moitié des rançons, du butin fait dans les villes
prises d'assaut, et des sommes payées pour les capitulations.
Enfin il fixa la rançon de Ferrand à 50,000 livres parisis,
c'est-à-dire à 4 millions 400,000 francs environ, et ce fut sa
mort seule qui libéra les Flamands de la désastreuse con-
vention que Jeanne avait signée*.
Tous ces revenus, les grands vassaux en jouissent dans
leur ten-e comme le roi dans la sienne. Faut-il en conclure
que le budget capétien ne difi*ère en rien des budgets sei-
gneuriaux ? M. Langlois dit qu'un demi-siècle plus tard, à
répoque de Philippe le Hardi, il n'y a pas encore lieu de dis-
tinguer les revenus féodaux et les revenus royaux*. A vrai
dire, c'est là une affaire d'appréciation ; les barons perçoi-
vent \ei> mêmes catégories de rentes; mais ils ne les perçoi-
vent pas dans des localités situées hors de leur domaine, et
c'est le cas au contraire pour le roi. Louis Vlll comme ses
ancêtres touche la régale dans des évochés qui ne sont pas
de son domaine ; il reçoit des rentes annuelles de bourgeois
comme ceux de Montferrand, qui sont cependant soumis à un
comte. On a donc le droit de dire que le budget des Cap^'^-
tiens diffère des budgets seigneuriaux, sinon en essence, du
moins en fait.
Dans certains cas enfin, le roi peut percevoir Taide féo-
dale sur tous ses vassaux immédiats ; c'est là encore un re-
venu de caractère seigneurial ; mais peu importe : grâce à sa
prérogative de suzerain supérieur, le roi peut toucher l'aiJi'
sur tous les barons du royaume ; aucun baron n'en pourrait
1. Catai, n"-^ 248, 256, 3i0. — Voy. plus bas, p. 397 et suiv.
2. Philippe le Hardi, 342 et suiv.
CARACTÈRE DP. LA 1,EVÉE DE \22C>. 383
autant, et c'est là le fait qu'il faut noter. On a vu V.\
tvec raison l'origine de l'inipM royal".
Louis VIII n'a jamais pergu l'aide féodale, mais à l'occa-
Bion de la croisade de \'2'-iG il a fait des levées extraordinai-
!a. D'abord, le cardinal de Saiut-Ange lui avait promis pour
ânq années, si la guerre se prolongeait pendant tout ce temps,
ft dime des revenus des églises de sa légation' ; sa légation
lomprenait non seulement toutes les provitices du royaume,
aiais en outre la Provence, les provinces de Tai'entaise, de
iBesançon, d'Embrun, d'Âix, d'Arles et de Vienne''. La levée
nde cet impôt qui, selon lu chanoine de Tours, devait s'élever
manuellement à 100,000 livres parisis', avait donc un carac-
ière essentiellement religieux et avait pour but unique l'ox-
termination de l'hérésie, qui était une affaire intéressant tous
)es chrétiens. Lorsqu'à l'assemblée de Bourges le légat vi-
dait la bourse des malheureux croisés qui étaient venus là de
ftous les points du royaume, et à ce prix les renvoyait absous,
le prétexte était le même. Mais en somme c'était le roi qui
percevait et encaissait tout cet argent^; il avait promis de
l'employer « pour les besoins de la croisade », mais il s'était
Téservé le droit de le dépenser sans contrôle. On dira que
si Thibaud de Champagne avait eu la direction de l'expédi-
Won, il aurait joui des mêmes faveurs que Louis VIII ; mais
^'important est ce qui eut lieu, non ce qui aurait pu avoir
Depuis longtemps la royauté avait les théories pour
elle; ce qu'il fallait, c'était que les faits, ou, si l'on veut, les
hasards, la missent réellement hors de pair. Or il est certain
Vuitry. op. cil., 417.
« Qtiia vero negotium istud magnum est etmagnossumptuaexigit
'm et eïpensas, promisimus et promittimus domino régi dare decimam
« omiùumproTentuumecolesiaKticorumlegatiomsnastreuBqueadquiii-
• quiennium, si tantum negotiura duraverit..... Pecuniam autem illani
■ proveiiientem ex iUis proventibua percipiet et expendei dominus rex
c provoluntate sua, quamdiuerit innegotioillo, etc.... x (Ccifnf.,n° 317)
— Sur les dimes ecclésiastiques, voy. Luchaire, Manuel des InsL.
m et auiv.
3. Potthast, n- 73G0.
4. Chron. de Tours, lt\2,
5. Voy. le teste de l'acte du légal cité note 2. [Jans la recède
de 1226 figurent des sommes cjui représentent sans doute cette dime.
Ainsi le bailli do Vermaiidois a reçu de l'archevêque de Keims l.OUû
livres et de l'abbé de Compiégne 200 livres. Nous avons vu ailleurs que
les chapitres opposèrent la plus vive réaislanceà la levée de ladime.
L.
384 CHIFFRE TOTAL DES REVENUS.
qu'au moment de l'avènement de saint Louis, au point de
vue des finances comme à tous les autres, la royauté est réel-
lement hors de pair, tant par ses revenus extraordinaires
que par ses revenus ordinaires.
A quelle somme pouvaient s'élever les revenus de Louis VllH
Conon, prévôt de Lausanne, se trouvant à Paris au moment de
la mort de Philippe-Auguste, entendit rapporter que Louis Vil
avait laissé à son fils Philippe- Auguste 19,000 livres parisis
de revenu par mois, et que Louis VIll allait en avoir 1,200
à dépenser par jour^ Le revenu annuel aurait donc été en
1180 de 228,000 livres et en 122:3 de 438,000 livres. Nous
n'avons pas le moyen de contrôler exactement ce témoignage.
N. de Wailly propose la somme de 235,285 livres parisis comme
total des revenus ordinaires annuels de saint Louis en 1238;
à ce moment-là, l'Artois venait d'être détaché du domaine
royal ; mais les revenus du Languedoc compensaient cette
perte. N. de Wailly a pris pour base de son évaluation la recette
du terme de l'Ascension de 1238, document qui est exacte-
ment de même nature que celui de 1226; il n'a point fait
figurer dans son addition les recettes auxquelles il attribuait un
caractère extraordinaire, et après avoir fixé la somme d<'s
revenus ordinaires du terme en question, il a multiplié cette
somme par 3 pour avoir le chiffre du revenu annuel, parce que,
selon lui, le total des revenus de chacun des trois termes est
en partie fictif et représente à peu près exactement le tiers du
revenu annuel. Notre document étant mutilé, nous ne pouvons
pas évaluer les revenus extraordinaires qui doivent être sous-
traits du total ; nous ne sommes pas d'ailleurs bien surs que
la méthode dont a usé Natalis de Wailly pour distinguer
les resssources ordinaires de la roj'auté soit inattaquable.
D'autre part, les ressemblances et les différences des chiffres
de notre document avec ceux de la recette qu'a étudiée co
savant sont si frappantes qu'elles nous font hésiter à consi-
dérer la multiplication par 3 comme un procédé légitinu*
pour établir le revenu annuel. En effet les ressemblances, qui
portent sur des revenus ou des dépenses forcément assez
1. Conon de Lausanne, 782.
2. //. F., XXI, Pn'facf.y p. Lxxiv et suiv. — La recette de 1238 est
publiée p. 252 et suiv.
CHIFFRE TOTAL LlES REVENUS. '^85
iuiformes d'un bout de l'année à l'autre, comme par exera-
^e les dépenses de l'hôtel, nous font voir que le budget
liTait très peu changé de 1226 à 1238, ce qui est d'ailleurs
Ibien vraisemblable ; étant donnée cette conclusion, les diffé-
mices, qui sont énormes, nous font douter que chaque re-
»tte partielle représente en 1226 et en 1238 un tiers do la
îcette annuelle: la recette des nouveaux domaines est de
8,357 livTes pariais en 1226. pour le terme dont nous possé-
jâons le compte, alors qu'elle s'élève à 45,396 livres en 1238 ;
^ recette totale de 53,730 livres seulement en 1226, et de
01,280 livres en 1238. La jouissance que Louis VIll avait
Uissée à Amauri de Craon d'une partie des domaines de la
Loire ne suffit pas, ce semble, à expliquer une telle diffé-
■ence, et l'écart n'a probablement pas été aussi considérable
lendant le reste de l'année.
Tout ce que nous pouvons dire, c'est que pendant l'un dea
' trois termes de 1226 la recette inscrite s'est élevée à 53,730
livres parisîs. Nous n'avons pas le droit d'affirmer que ce
chiffre représente le tiers de la recette annuelle; nous ne sa-
luons même pas si pendant ce terme de l'année 1226, Louis Vlll
n'a point perçu des sommes qui ont été omises sur notre do-
. 11 n'y a donc point de raison péremptoirc pour in-
Irmer l'assertion du prévôt de Lausanne. Nous croirions ce-
lendant volontiers que le chiffre donné par Conon est exagéré.
11 est certain du reste que Louis VIll a pu suffire large-
Bient à ses dépenses. Outre ses revenus, il avait le trésor
Ique lui avait légué son père et dont la valeur nous est incon-
tue '. Dans son testament, s'il ne se montre pas aussi large
ïfue Philippe- Auguste, il lègue cependant à sa femme, à sa
oUe, à divers établissements de charité, etc., des sommes
dont le total est de 105,000 livres, c'est-à-dire d'environ 9
millions de notre monnaie'. Quant au trésor en numéraire et
en lingots qu'il laisse à son héritier, il n'en indique pas la
■râleur *. Le compte de 1226 prouve d'ailleurs que le budget
■■ !, Testament de Philippe-Auguste: Teulet, ii" 1546.
2. Et non paa 50 millions c«mme le prétendeni les éditeurs du t. XIX
des If. F., p. Lxxxvn. Jlalgré les doutes qui planent sur la valeur
relitive de I argent, ce chilTre est évidemment beaucoup trop fort,
3. Teslamcnt de Louis VIU : Calai., n" 255.
L
.la. fidgm de Louis VIll.
386 ADMINISTRATION FINANCIERE.
royal s'équilibrait facileinent; la recette s'élève exactement
à 53,729 livres 14 sous, la dépense à 37,480 livres; restent
16,249 livres 14 sous. Le comptable a mentionoé de plus
qu'il a restait en tout » 123,898 livres 16 sous; cei excédant,
qui est probablement l'excédant annuel, formait-il une réserve
à part? C'est ce qu'il est difficile de dire. L'adsaiaistration
financière des Capétiens présente en effet des obscurités que
les travaux les plus minutieux de l'érudition moderne ne sont
pas parvenus à dissiper.
On voit cependant assez bien la façon dont les fonds arri-
vent au trésor. La plupart des revenus domaniaux proprement
dits, provenant des métairies, des fours, des moulins, etc.,
étaient affermés aux prévôts. Les baillis percevaient certains
revenus domaniaux, comme ceux des forêts et des viviers,
et en outre les droits sur les aubains et les bâtards, les
mortes mains, les droits de mutation, les produits de justice,
les procurations, etc, et enfin les rentes dues au roi par
les particuliers, par exemple en cas d'accensement ; d'aprèa
les actes de Louis VIII, ces rentes étaient perçues à teriuM
variables, mais correspondant toujours avec les fétea de
l'Église : Pâques, l'octave de Pâques, l'Ascension, la Tons-
saint, la Purification de la Vierge, etc.'. En Normandie, les
rentes dues par les pai'ticuliers se payaient à l'Echiquier'.
D'après la recette de 1226 et les autres documents finan-
ciers de cette période, nous voyons qu'on distipguait dans la
comptabilité les revenus de l'ancien domaine [recepta Pari-
siensis) et ceux des nouveaux domaines acquis depuis le com-
mencement du xm" siècle Irecepla Turonensts), Les baillis
et les prévôts de la circonscription de Paris apportaient an
trésor, chacun de leur côté, les sommes qu'ils avalent per-
çues; les baillis de la circonscription de Tours apportaient
eux-mêmes les revenus des prévôtés. On sait que la reddition
des comptes avait lieu trois fois par an, à la Toussaint, la
Chandeleur et l'Ascension.
11 y a deux sortes de comptes : d'abord les comptes pro-
prement dits, tels que ceux de 1202-1203, de 1334 et de
1. Catal., D<» 248, 319, 328, 37S, etc.
2. Catal., n<"238, 239, etc.. . — Vuitry, op. cil., 505.
ADMINISTRATION FlNANCItlIlE. 387
1248', OÙ chaque officier, bailli ou prévôt, émimèra ses
recettes, ses dépenses et indique i'escédanl des recettes sur
les dépenses, excédant qu'il doit envoyer au Temple. Outre
ices comptes, on dressait aussi à chaque terme des listes
appelées " magna recepta et magna expensa ». La première
quo nous possédions en entier est du terme de l'Ascension
de 1238'. On y distingue trois parties : 1° la recepta Pari-
Mensis, où chaque bailli de la circonscription de Paris énu-
mère ses recettes et en donne la somme; le chiffre total des
Srecettes des prévôts, sans énuraération détaillée, vient
Ensuite ; 2" la recepta Turonensis, où les baillis de la cir- "
conscription de Tours énumèrent leurs recettes et celles de
leurs prévôts ; à la suite vient la somme totale des recettes de
tout le domaine; 3° enfin vieuiV expensa; les dépenses sont
iÇnumérées méthodiquement par catégories, et non pas,
comme dans les comptes proprement dits, par ordre de bail-
liages. — Comme on l'a vu, nous possédons pour le règne
de Louis VIII un document de ce genre.
Ce document ne fait aucune mention de l'endroit oii les
revenus apportés par les baillis et les prévôts étaient centra-
lisés. Il est probable que c'était au Temple. Les comptes
Antérieurs et postérieurs au règne de Louis VIII indiquent en
-effet des versements effectués au trésor royal du Temple de
|*aris. Les Templiers avaient dans toute l'Europe la réputa-
tion de bons financiers', et Louis Vlli avait des frères de
Tordre, par exemple frère Evrard, parmi ses conseillers.
Faut-il en conchire que le trésor royal du Temple était
tVnique caisse royale ? Le testament de Louis VIII en 1225.
bous prouve le contraire. Le roi y lègue à son héritier
irésomptif « tout ce qu'il a en or, argent et espèces
[ monnayées dans sa tour de Paris, près de Saint-Thomas*, »
i. Compte de 1202-1203: Brussel, II, cxsxix et buîv. — Compte de
p3i : J/. F., XXII, 566 et suiv. — Compte de 1248 : H. F., XXI, 260
^"flt «uiv.
■ 2. H. F., XXI, 252 et suiv.
• 3. Delisie, Mànoirex »ut tet opéraiions financières des Templiers.
iaa^Mém.de l'Acnd.des Inscr., XXXIIl, 2- partie,! et suiv., 40 et suiv,
' 4. « De iDobiiibus noatris que pencs nos habunus sic ordinamus :
t donamus enim fllio nostro i^ui nobia Buccedct in regnum qiitc^nid
h babemus in turri nostra Parisienaî juïta Sanctum Thomam, videlicet
388 LE TRESOR PU L0U\TIK.
Cette tour de Paris, c'est le Louvre'; ît y avait donc db
trésor au Louvre. Certains érudits n'ont pas fait attention à
ce texte, d'autres l'ont signalé sans commentaire'. M. Lu-
chaire l'a cité et a émis l'hypotlièse qu'outre le trésor du
Temple, il y a eu un trésor au Louvre, non seulement sous
Louis VIII, mais sous saint Louis et sous Philippe UI*. Loin
de repousser cette supposition, nous la confirmerons et l'élar-
girons par quelques arguments qui nous semblent décisifs.
D'abord, il n'est pas possible que la présence d'un trésor
au Louvre en 1225 soit un fait momentané; on ne doit pas
interpréter le texte cité plus haut en disant que pendant le
règne de Louis VIII l'épargne auparavant confiée aux Tem-
pliers a été enlevée à leur garde. L'administration de
Louis VIII a pour caractère de n'avoir pas été révolution-
naire; d'ailleurs, si nous relisons le texte du testament de
1225, nous voyons que les sommes laissées en legs particu-
liers par Louis VIII à sa femme, à ses sergents, etc., ne
seront pas prises sur cette épargne du Louvre, qui doit pas-
ser tout entière à son héritier au trône ; elles seront prises
par conséquent dans une autre caisse qui n'est pas désignée,
probablement sur celle du Temple. Il y avait donc sous le
règne de Louis VIII deux trésors distincts : l'un qui restera
au Temple jusqu'au règne de Philippe le Bel*, l'autre qui se
trouvait au Louvre. Ce trésor du Louvre était-il une simple
réserve? Nous ne le croyons pas. Nous avons un acte par
lequel Louis VIII inféode au Génois Guillaume Spinula une
rente annuelle de dix marcs " sur sa chambre, à percevoir
« chaque année en sa chambre au temps de l'édit' ». Si cette
( in auro et argento et pecunia numerata, ad regnî defensionem. >
(Catal., no 255).
). Ad. Berty, Topoyr. hitior. du vieux Paris, Région do Loutw,
I, IIS.
2. MM. Ch.-V. Langlois et Julien Havet croient qu'il n'y & pu en d«
trésor au Louvre avant le régne de Philippe \s Bel (PMlippt U Hardi,
361. — Bib. Ec. Ch., XLV. 237). M. Delisle, Mémoire cité, p. «.
s'est contenté de rappeler le texte du testament de Louis VIII.
3. Manufl des Insl. . 589.
4. Cf. Ch.-V. Langlois, le Procès des Templiers, dans Rewe dt$
Deux-Mondes, 15 janvier 1891, p. 3B5-3S6.
5. u DiclD G[uillelmo| decem marcas annuî redditas de csmen
■ noatra... concedimdsaa vitamauam.percipiendasBlDguliBannisieai-
ii pore edicti in caméra noatra. a (fiataL, ti" 144),
LE TRESOR DU LOUVRE.
caisse était celle du Temple, elle ne serait pas désignée
, Cette chambre oii à époque fixe on venait toucher les
rentes constituées par le roi était sans doute l'ondroit où
gisait l'épargne léguée par Louis VIII à son héritier. Le tré-
sor du Louvre n'était donc pas une simple réserve, c'était
une caisse aussi bien que le trésor du Temple.
Natalis de Wailly a d'ailleurs relevé les traces d'une orga-
nisation semblable au temps de saint Louis; les tablettes de
cire du Trésor des Chartes prouvent qu'outre la caisse du
Temple, il y avait une caisse confiée à Jean San'asio, l'un des
chambellans de saint Louis'. Cette caisse confiée à un ckam-
bellan était, selon nous, la chambre, le trésor du Lou\Te. Si
nous remarquons enfin que dés le temps des premiers Capé-
tiens il y avait une chambre dont le chambrier avait la garde,
et qui contenait les archives et un trésor appartenant au roi',
nous serons amenés à cette conclusion : les Capétiens ont
confié une partie de leur argent aux Templiers et les ont char-
gés de recevoir les sommes perçues par les agents locaux ;
mais ils ont conservé auprès d'eux, à portée de leur main,
une caisse spéciale, qui. dés le temps de Louis VIII et proba-
l)lement même dès le temps de Philippe- Auguste, se trouvait
au Louvre *.
1. Voy. ies textes analysés el cités par M. Delisle, op. cil., 45 et
iniv., 95 et suiv. Le Temple est toujmirii désigné nommément, sans
unbiguité.
2. M^m. Acad. Imcr., XIX, 1" partie, 4S1-492, Dans ce mémoire,
>i. de WaJIIy considère la Caisse du Temple comme une simple caisse de
lervice; ensuite il s'est rangé à l'opinion que le vrai trésor royal était
LU Temple (//. F., XXII, 584). C'est aussi l'avis de M. Delisle {op. cit.,
U). Cette distinction nous parait très contestable; nous croyons sïm-
Hement (]u'il y avait deux trésors distincts, et que chacun deux avait
me destination spéciale. Peut-être les mots ad regnt defemianem
jppliqués à la caisse du Louvre (voy. la note 4 de la p. 387) méritent-
iw d'attirer l'attenUon.
3. Luchai re, /n<t. mort., 1. I~S.
. 4. Voilà tout ce qu'il nous est possible de dire lur l'administration
Ânanciëre au temps de LouisVIJl.Nouan'avons trouvé aucun document
Mpabled'éclaircirla question des origines de la Chambre des comptes.
CHAPITRE IX.
RELATIONS DE LOUIS Vm AVEC LA FEODAUTE.
Au xni* siècle, le régime qui s'est lentement constitué en
France après la chute de Tempire romain est fixé et systématisé ;
symptôme probable d'une décadence prochaine, mais marque
certaine d*une vigueur encore grande. Les états féodaux sont
maintenant constitués. Le baron est « souverain » chez lui^
L'Église même est un noble qui ne meurt pas. La commune
est un noble collectif. Non seulement dans le royaume en
général, mais dans ce domaine même dont nous avons étudié
Torganisation, il y a des vassaux nobles et ecclésiastiques et
des communes. Il faut donc étudier à part les relations de
Louis VIII avec les diverses classes de ses fidèles ; à certains
égards et surtout lorsqu'on examine la politique extra-doma-
niale du roi, ce sont presque des ce relations extérieures » :
les nobles ne gardent-ils pas le droit de se battre entre eux
et de refuser le service au roi s'il leur dénie justice en sa
cour?*
De quelles armes le roi use-t-il pour combattre ses adver-
saires? On a parfaitement démontré que la conception ro-
maine et carolingienne de la royauté ne s'est point affaiblie
à l'avènement des Capétiens. Les mots ont une puissance
latente; un homme qui s'appelle le roi est vraiment autre
chose qu'un seigneur, autre chose qu'un suzerain. Mais M. Lu-
1. Nous entendons ici le mot baron au même sens que dans notre
chapitre sur le Domaine, c'est-à-dire au sens de grand vassal : c'est
ainsi que l'entend Beaumanoir. Comme les vocables mêmes n'ont point
de précision au moyen âge, on trouve le mot baron employé dans des
sens très différents; ainsi dans les Scn'pta de feodis les barones régis
Francie sont les vassaux de second ordre.
2. Voy. par exemple le traité de Mclun conclu par Louis VIII avec
le comte et la comtesse de Flandre : « Ncc déficient nobis de scrvitio
« et jure faciendo, quamdiu nos velimus facere comiti et comitisse
tf Flandrie jus in curia nostra per juditium parium suorum. » ÇCatai^
n« 340).
LES CAPETIENS ET LA. FEODALITE.
chaire, qui a si bien fait voir le profit tiré par les Capétiens
des théories ecclésiastiques sur la monarchie de droit divin,
remarqué très justement aussi que la qualité de haut suze-
rain leur a été encore plus utile que le titre de roi, à
partir du jour où ils ont eu assez de force pour appliquer
les procédés de gouvernement que légitimait cette qualité. 11
ne faut point opposer, comme «n l'a fait bien souvent, la
« monarchie féodale » du xi" siècle à la monarchie du xiil",
car l'action des rois, « comme chefs de l'édifice féodal,
guère manifestée dans les faits avant le commen-
« cément duxui' siècle «V Dans le développement de la préro-
gative que comportait la situation du roi comme suzerain
irieur, l'évolution qui s'accomplit sous le règne de Phi-
lippe-Auguste est très considérable. Le père de Louis VIII a
l'intérêt qu'il y avait pour sa dynastie à pousser aux der-
nières conséquences les principes qui gouvernaient alors la
société. On a souvent cité un fait qui est caractéristique à cet
.égard: Philippe-Auguste renonce au droit de gite que lui
devait l'évèque d'Amiens, parce que ce prélat l'a dispensé de
l'hommage dû à raison du comté d'Amiens, le roi " ne pou-
vant et ne devant» faire hommage à personne'. Le même fait
:Be répète sous le règne de son successeur : en 1226, LouisVIII
indemnise l'archevêque de Narbonne, parce que le domaine
royal s'augmente ou va s'augmenter des fiefs d'hérétiques
qui mouvaient de l'archevêché et ne peuvent plus maintenant
;en dépendre, car 11 le roi ne doit faire hommageâ personne' ».
Dans la maison féodale dont ils travaillaient plus ou moins
consciemment à ébranler les murailles, les Capétiens pré-
tendaient avoir la meilleure place, celle que leur assignait
logiquement la distribution architecturale de l'édifice.
Les vassaux du domaine que Philippe-Auguste avait légué
Louis VIII étaient natiwellement les plus dociles dos sujets
nobles du roi, Un grand nombre d'entre eux figurent parmi
les officiers ou les conseillers de Louis. Tels Robert de Cour-
;tenai, Mathieu de Montmorenci, Bouchard de Marli, Henri de
1. Luchaire, Manuel, 'i57.
2. Delisle, n" 129.
3. CalaL, n" 431 : n et ipse nemini honfinagium facere te-
neatur...- »
392 LA FBA^fCE FÉODALE SOUS I.OTTtS TIU.
SulU, etc... On voit Aleaurae d'Amiens, seigneur de rÊtoile,
envoyer au roi une consultation sur la manière dont on faisait
payer les dettes contractées dans ta prévôté d'Amiens, aa
temps de Philippe-Auguste'.
Nous avons dit en quelle sujétion presque générale se tron-
vaient les grands fiefs laïques au moment de la mort de
Philippe-Auguste. Ici le seigneur a été vaincu, emprisonné
ou humilié; là, il est mineur; là, c'est une créature àa roi.
Le tableau est moins unifonnément brillaut à l'avènement de
saint Louis'.
Dans le midi, la courte campagne de Louis VIII a eu de
grands résultats. Jusque-là le roi de France n'avait eu avec
la féodalité méridionale que des relations éphémères ou indi-
viduelles. Eu 1326, la noblesse presque entière abandonne
Raimond Vil, qui a été dépouillé de la plus grande partie de
ses domaines.
Nous avons eu à parler des relations de la maison d'Ao-
vergne avec les ennemis de Louis VIII. Il est temps d'indi-
quer avec précision ce que nous savons sur la situation de
cette famille au moment de l'avènement de saint Louis. .\près
l'usurpation accomplie par la branche cadette, la branche
ainée avait conservé le comté de Clermont; à la suite d'une
guerre contre Philippe-Auguste, elle fut dépouillée en lltiti
de presque tous ses domaines. Cependant le vieux Dauphin I
continuait au temps de Louis VIll à porter le titre de comte
de Clermont; il avait un 61s, Guillaume, et un petit-fils
nommé Robert*. La branche cadette, celle des comtes d'Au-
vergne, n'élait pas plus heureuse. Depuis 1213. elle n'avait
plus qu'un infime domaine. Le reste de l'Auvergne fut confié
par Philippe-Auguste à la garde de Gui de Dampierre, qui
1. CataL, n" 208; cf. n" 209.
s avons pris pour base de l'esposé qui va suivre les tnvaui
do M. LongnonRur la géographie de h France au xni* s. : U dU^rtation
Bur let Fiefs du rot/, de /t., qui accompagne rédîiion de JoinvUle wr
N. de Wailly. parue chez Didot (Paris. 18:1, p. 566 et suiv.), et VAÎUâ
hiilor. de laFr., 'i* livraison, planches xji v. „,„■
3. Voy. p. 267 le tableau généalogique de cette famillo. — DclUle,
n° â65. — Longnon, L>issertatioD sur Itt Fiefs du roy. de Franrt, 5H.
Ajoutons Que le titré de comte de Clermont était parfois aussi porté par
le fomte d'Auvergne (Delisie, n"' 1043, 1565).
AUVERGNE. 393
eut pour successeur en 1216 son fils Archarabaud de Bourbon*.
Dès ravènemont de Louis VIII, Archambaud jura de lui livrer
à la première réquisition les forteresses de Riom, de No-
nette et de Tournoelle'. Le comte d'Auvergne Gui II étant
mort en 1224, Archambaud refusa de reconnaître à sa veuve la
possession d'aucun douaire; mais la comtesse en appela au roi ;
un accord eut lieu et elle reçut Auzance et quelques autres
terres'. Quant au fils de Gui II, Guillaume X, il resta en
guerre sourde avec le roi. Nous Tavons vu conclure une
alliance en 1225 avec le roi d'Angleterre. Louis VIII, lorsqu'il
se rendit en Albigeois en 1226, jugea prudent de passer par
l'Auvergne et de conclure une trêve avec Guillaume*. Dauphin
et son petit-flls Robert étaient entrés aussi dans l'alliance
anglaise. Seul de toute cette maison, Guillaume, fils de
Dauphin, n'était pas hostile aux Capétiens ; il accorda la main
de sa fille Catherine à Guichard de Beaujeu, parent du roi, et
en février 1224 fit confirmer par Louis VIII l'acte par lequel
il constituait une dot à Catherine. Enfin, en mars 1226, au
moment où tout le midi commençait à trembler, il vint à
Vincennes et fit hommage lige au roi pour Montferrand, Ro-
chefort etCrocq*. La situation ne sera réglée en Auvergne
que quatre ans plus tard, par le traité de 1230. Mais dès 1225,
Louis VIII avait disposé en maître de ce pays : dans son tes-
tament il le donne en apanage à son quatrième fils.
Nous n'avons que des renseignements insuffisants sur les
relations de Louis VllI avec le comté de Màcon ; mais nous
savons que les seignemes de Bourbon et de Beaujeu appar-
tiennent à des amis personnels du roi: Archambaud de Bour-
bon est un des intimes de Louis VIII ; Humbert de Beaujeu
est son cousin et son auxiliaire dévoué. Quant aux ducs de
Bourgogne, condamnés par Tétroitesse de leur domaine direct
à être éternellement besogneux, ils ne demandaient qu'un peu
1. Longnon, ibidem, — Delisle, no 1639.
2. Catal.y no 3.
3. CataL, n»» 232, 232a. — Cf. Baluze, op, cit., I, 79.
4. Chron. de Tours ^ 314.
5. CataL, no» 205 et 327. Dans ce dernier acte, Guillaume sMntitule
comte de Montferrand. Il porte comme son père le titre de comte de
Clermont, dans l'acte de 1224 (no 205) et dans le traité conclu avec
saint Louis en 1230 (Teulet, n<» 2038-2039).
394 BOURGOGNE ET CHANfPAONE,
de tranquillité. On voit Louis, dès son avènement, exiger
l'hommage de la comtesse de Châlon, dont le fief était cependant
de la mouvance du duc de Bourgogne ', Alix de Vergi, régent»
en Bourgogne pendant la minorité de son fils Hugue IV, at.
protesta point ; elle s'était mise sous la protection de Philippe
Auguste dès la mort de son mari en 1218*. Louis VI!I
moment de son couronnement obtint d'elle le serment de
se point marier sans l'autorisation royale'. La veuve d'HenI
de Donzi, Matbilde, comtesse de Nevers, avait fait la mèm^
promesse en 1222 à Philippe- Auguste'. Louis VIII trou'
en elle une vassale soumise °. On se souvient du reste qi
Philippe, fils de Louis, avait jadis épousé la fille du comte da
Nevers, Agnès, maintenant mariée à Gui de CbâlillonV
Mathilde se remaria en 1226 ; elle épousa Guigue V, comlA
de ForeK, qui était aussi en bonnes relations avec Louis VIH/
car ce roi, peu de jours avant sa mort, lui commit le soi»
de protéger le monastère de Manlieu''.
Le jeune Tbibaud de Champagne n'était pas d'humeur d
docile. Louis Vlll pressentait en lui un rival dangereux et
dès son avènement il essaya de se l'attacher. Aussitôt aprir
le sacre, Tbibaud épousa en eâet Agnès do Beaujeu, cotuiM
germaine de Louis, et le roi lui rendit à cette occasion lei
deux places de Mo titereau -Faut- Yonne et de Brai-sur-Seîne*.
Enfin Louis VIII était tout prêt à intervenir en sa favenf
dans la querelle de succession qu'il avait avec Alix, reine da
Chypre. Alix prétendait à la succession de Champagne commft
fille de Henri II; Thibaud l'accusait de naissance illégitini«j
parce qu'elle était née du vivant du premier mari de sa mère.
Déjà en 1319 Honorius III avait invité Philippe-Auguste i
repousser les sollicitations d'Alix ; si elle invoquait lajustiei'
du roi, il fallait d'abord que la cour de Rome statuât sur It
question de la légitimité de sa naissance. Uouorius renouvell'^
1. Caieit.. n"' 8, 13, 14. Les auteurs de i'Arl de vit. Ut dfUet,i
ticJe Cotnle» de Chaton, placent à tort ce fait en 1Z0J.
2. Petit, Hist. de» ducs de Bourgogne, IV, 4,
3. Calai-, n- 4.
4. Délire, n° 3111.
5. Voy. Catnl., a- 27.
6. Dclisie, n» 1941 et 2061.
7. CataL, n» 434.
8. Vincent de Beauv., 1275,
AUTRES FIRFS IMltEDIATS,
395
ÏDTitation auprès de Louis VIII, le 15 novembre 1223'.
lOuis Vni déféra à cette demande et l'affaire de la succea-
sion de Champagne ne fut réglée que sous le règne de son
ûls ; mais il s'entremit dans une affaire connexe. Guillaume
de Dampierre, frère d'Archarabaud de Bourbon, avait voulu
épouser jVtix, et bien qu'il y eût ensuite renoncé, il restait
brouillé avec le comte de Champagne. Le roi intervint et eut
à ce sujet une entrevue à Soissons avec Enguerran de Coucl
et le comte de Bar-Ie-Duc ; une réconciliation eut lieu et fut
scellée par un acte solennel daté du 31 décembre 1223'. Mais
le jeune comte oublia vite les bons offices de Louis VIII ; le
temps n'était plus où la Champagne semblait être un prolon-
gement du domaine royal. Louis VIU fit plusieurs fois acte
d'autorité à l'égard de son vassal ; il le contraignit à observer
l'ordonnance sur tes Juifs et le choisit pour conduire Rai-
mond Vil au concile de Bourges'; mais Thibaud subissait
impatiemment ce joug; on a vu qu'il se fit prier pour rester
au siège de la Rochelle et qu'à la fin de la croisade en Albi-
geois il ne cachait plus sa jalouse inimitié pour le mari de
Blanche de Castille et le conquérant du midi.
Les autres fiefs immédiats du centre, du midi et du nord
de la France appartenaient presque tous ù des vassaux dé-
voués. Jean d'Oîsi, seigneur de Montmirait, qui était comte
de Chartres par sa femme Isabelle, était, nous l'avons vu, un
des principaux conseillers de Louis VIII '. Gautier d'Avesnes,
comte de Blois, figure à côté de lui dans divers actes ; il jura
à Louis VIII mourant de rester fidèle à son fils". On sait
quels liens, rattachaient les comtes de Dreux et de Montfort
à la royauté. Le comte de Soissons recourut au roi dans une
contestation avec l'évëque de Laon'. Enguerran de Couci était
^bami de Louis VIU. Le comte de Houci, vassal du roi en
^Hoe temps que du comte de Cbampagne, fut un de ceux qui
^^ Poi
Hd-/
mSi Ca
^■7 M'.
■ D'Arbois de Jubainville, Comtes de Cham-
, V, CataL, n" 15Î6, 1573.
, Potthaat, n° 7099.
jne, IV, 15S et suiv.
i D'Arbois de Jubainville, op. i
__. Calai., n"» 2», 285.
î. D'après l'ordonnance sur.les Juifs (Calai., n° 26), Jean d'Oisi était
ilôjâ comte de Chartres le 8 novembre 1223; cf. Arl de vi^. len dates,
'•'inft de Blois, iTiid^AsiT Thibaud VI et sa lille l^lisabeth ou Isabelle.
5. Cff(a/,,n'»26, 1^5, 436.
I 6. Calai., n" 275; voy. aussi n" 303.
K •• i,aiai., I
396
jurèrent de le servir fidèlement pendant la croisade*. Les
comtés de Boulogne et d'Aumale appartenaient à Philippe
Hurepel. Quant au comté d'Eu, Philippe-Auguste l'avait
confisqué, â l'époque de la bataille de Bouvines, sur Raoul
d'Exouduii. qui était passé dans le parti de Jean sans Terre,
Raoul resta fidèle aux Plantagenets jusqu'à sa mort. En 1219,
Alix, sa veuve, obtint du roi la restitution de la plus grande
partie du comté. Elle vint à Paris au moment de l'avène-
ment de Louis VIII et lui fit évidemment hommage; mais \k
semblent s'i'-tre bornés ses rapports avec ce prince ; on la ™t
le 7 mai 1225, à Westminster, remettant à Henri III la garde
de son château do Hastings pour toute la durée de la guerr*
avec la France'. Au contraire, la comtesse de PonUiieu. qui
avait éprouvé à peu près les mêmes vicissitudes, était com-
plètement h la discrétion du roi.
Nous avons vu la comtesse de Flandre obligée en 122^ Jo
reconnaître la juridiction d'appel de la cour royale. L'anoée
suivante, il arriva en Flandi'e un événement extraordînairp,
romanesque au plus haut point et qui ne fut pas sans impor-
tance pour la royauté capétienne. En 1225, aux environs de
Pâques, se répandit tout à coup le bruit que Baudouin, p*re
de la comtesse Jeanne et empereur de Constantinople, qu'on
croyait depuis vingt ans mort captif en Bulgarie, s'était êvailè
par miracle, avait traversé l'Europe et était revenu vivre ea
ermite dans le bois de Glanron, entre Mortagne et Tournai;
quelques nobles et les bourgeois de Vak'nciennes l'avaienl
reconnu et il avait été amené en triomphe dans la ville. Ou
le conduisit en grand apparat à travers la Flandre; parloui
on venait lui rendre hommage. La comtesse refusait Je le
reconnaître pour son père ; mais elle ne put enrayer le mou-
vement d'enthousiasme qui se produisît en faveur du niysl*-
rieux vieillard. On retrouvait en lui les gestes, la parole Je
Baudouin, il montrait des cicatrices qu'on se rappelait avoir
vues sur le corps de l'empereur. Il se fit reconnaître par des
gens graves, comme les abbésdeSaint-JeaudeVaJencienneaet
de Saint-Vaastd'Arras. Beaucoup deceuxoiêuiesquiavaieiitÉlA
1. Calai.. n-SlS.
2. Delisle, Calai, n- 1920, et art. de la Bib. Se. CA., série |V, L II,
5(9.
LE FAUX BAUDOUIN.
397
les familiers du comte crurent avoir retrouvé leur seigneur'.
Bien que les affirmations des chroniqueurs soient assez
contradictoires, il semble que le parti de l'ermite de Glan-
çoQ se recruta dans toutes les classes de la société. Ce ne
fut pas à coup sûr un mouvement de caractère purement po-
pulaire. L'ermite eut pour lui beaucoup de gens d'Kglise et
de chevaliers. En tout cas, il vit se soulever en sa faveur la
plus grande partie de la Flandre, et ceux qui restaient fidèles
à la comtesse étaient impuissants à empêcher le ravage de
leurs terres. Toute la Flandre était en feu. Pendant deux mois,
l'ermite de Giançou fut le maître du pays ; il porta la couronne
le jour de la Pentecùte, il créa dos chevaliers, scella des
chartes, fit de nouvelles divisions de fiefs'.
A peu près dépouillée de tout pouvoir, ta comtesse ne cé-
dait point. D'ailleurs elle avait pour elle l'évèque de Liège
et un certain nombre de barons. Mais il fallait un appui très
fort pour réprimer un soulèvement si formidable. Jeanne s'a-
dressa à Louis Vni ; n'était-il pas son protecteur naturel et
le neveu même de Baudouin ? Elle se rendit à Paris au mois
de mai. Le roi lui fit bon accueil et conclut avec elle un
traité d'alliance. La comtesse s'engagea à lui rembourser,
jusqu'à concurrence de 20,000 livres parisîs, les dépenses
qu'il ferait pour réprimer la rébellion, et à lui livrer en garan-
tie Douai et l'Écluse; des conventions très détaillées furent
faites au sujet du butin et des rançons'. Pour satisfaire sus
scrupules ou ceux des autres, Louis VIII ne voulut cependant
point entreprendre immédiatement la guerre et chargea sa
tante Sîbjlle de Beaujeu, sœur de l'empereur Baudouin,
d'aller voir de ses yeux le fameux ermite. Sibylle se rendit
en Flandre et n'hésita point à considérer le vieillard comme
un imposteur ; cependant elle lui déclara qu'il ferait bien
d'aller voir le roi, et que celui-ci le recevrait avec honneur
s'il était véritablement l'empereur de Constantinople '.
1. Chron. de Tours, 307. — Aubri de Troisfontaines, 915. ~ Mous-
ket. V. 24541 etsuiv. — Heineri Annales, 680. — Condn. tf /IncAin, 437.
2. Aubri de Troisfontaines, 915. — CAro». d'André», 764. — CAron.
de Saint-Médard de Soittom, 722. — Reineri Annale», 680.
3. Calai., n° 248. — Reineri Annalet, 680, — Chron. de Tovrt, 308,
— Housket, V. 24893 et sulv. — Chrmi. deMerloH, f" 174 v".
(. Mousket, V. 2189a et suiv.
398 LE FAUX BACDOUIN.
L'ermite, auquel on avait donné un sauf-conduit, eut one
entrevue avec Louis VIII, le 30 mai 1225, â Péronne. au
milieu d'une nombreuse assemblée. Le roi le salua en lui di-
sant: « Seigneur, si vous êtes mon oncle, comme vous le
n dites, soyez le bienvenu. » En dépit des affirmations du cbro-
DÎqueur d'Ancbin, il est peu probable que ces paroles fussent
sincères et que Louis fût venu sans idée préconçue. Il de-
manda à l'ermite en ({uel lieu il s'était marié, dans quel en-
droit le roi Philippe-Auguste l'arait fait chevalier. An lien de
répondre à ces questions, le vieillard réclama son dineret
du repos. Cette attitude était justement suspecte; d'autres,
pendant ce temps, pourraient le renseigner, lui dicter ses
réponses. L'abbé de r.\uraÔQO le reconnut d'ailleurs pouriin
ancien ermite delà forêt d'Argonne; l'évêquo de Beauvma
déclara de son côté qu'il avait eu cet homme dans sa prison.
Louis yiU lui donna trois jours pour sortir sain et sauf du
royaume',
La répression commença aussitôt. L'ermite, abandonné Je
ses partisans, qui ne se souciaient point d'avoir affaire au roi,
fut réduit à s'enfuir. La comtesse de Flandre parcourut h
pays à la tête d'une armée, entra dans Valenciennes et dans
les autres villes rebelles, imposant aux bourgeois d'énormes
amendes, exilant les nobles, répandant partout la terreur,
Comme elle ne réussissait point cependant à anéantir les espé-
rances de ses ennemis et qu'elle se voyait incapable de
« recouvrer le comté de Flandre et les cœurs des Flamands ".
craignant qu'au mépris de la sentence du roi de France on ne
8e soulevât encore en faveur du condamné, elle décida de faire
périr son rival. 11 avait été pris on Bourgogne, au mois île
juillet, et Louis Vlll l'avait livré ù la comtesse, tout en
disant qu'il no méritait point la mort. Le vieillard fat tiré Ae
prison et attaché au pilori entre deux chiens; il refu«it
toujours de s'avouer pour imposteur; enfin, vers le commen-
cement d'octobre, il fut pendu à Lille, au milieu dos larraw
de tout un peuple'.
1. Chron. de Tours, 308. — Atibri de TroisfonUines. 915-916. -
flcinwi Annales, 679. — Conlin. d'Anchirt, 437. — Mouskei, v. 31»»
et suiv. — Annale» de Cologne, 838. — Ménestrel de Reims, ggStSÏS».
2. Chron. de Tours, 308-309. — Aubri de Troisfontaines, 916,
;, 91S, m
RESULTAT DE CET KTENEMKNT. 399
I Ce « faux Baudouin ii n'étaïUil pas le vrai Baudoiiiof Ce
Mit problème historique, d'ailleurs insoluble, ne nous itilé-
aae pas directement'. Ce qui nous importe, c'est le rôle que
Uoua Louis VIU en cette circonstance. Par sa seule présence
i Péroane il avait mis le dës&rroi parmi les ennemis do la
nmtesse; il ne St pas campagne lui-même, car dés le mois
KSe juin on le voit st^Journer a. Paris, à Saint-Germain, à
Uelun; mais il fournit des troupes et se fit payer grassement
ion appui: la comtesse de Flandre lui remboursa les 10,000
■ lÏTres parisis qu'il avait dépensées puur l'aider ii chasser le
lUX Baudouin, ets'engageaà détruire ses forteresses, entre
Atres celle d'Ypre, selon la promesse qu'elle avait faite â
tilippe-Auguste. Pai' le traité du 24 octobre 1214, elle de-
' vait en effet faire raser lus forteresses de Valenciennes,
d'Ypro, d'Oudenarde, et de Cassel; c'est onze ans après,
grâce à une aventure extraordinaire dont Louis VIII sut
t profiter, que la Flandre fut livrée sans défense aux Capé-
ttens'.
Ferrand vivait toujours captif au Louvre. Louis VIII fuj
■mené par les circonstances à négocier avec Jeanne sa libéra-
^DQ. Quoi que prétendent LeGlayetWarnkonig*, il ne semble
1. Winkelmann, qui a fait un bon récit de cet év-énement (Fried-
rich II, t. [, 402 â 409) reste dans le doute. Le jésuite Cahours a com-
posé sur cette question un livre de plus de 300 pages, (Baudoin dt
Cotuianlinople, Chron. de Belg. et de Pr. en 1225), en employant
fresque toutes les sources connues, les bonnes comme les mauvaises.
1 n'ftst arrivé qu'à démontrer la difficulté d'une question où les con-
tempurains eux-mêmes avaient renoncé à voir clair. fVoy. Aubri de
Troiifunlaines, 916.) Certains considèrent Jeanne de Flandre comme
une parricide ou rapportent cette opinion sans la commenter (Mathieu
de Paris. 111, 90-91. — C/nvn. de Tvurs. 30S . — Anmlet de Diintlapte.
^iti. ~ Annatei de Slaile, 358, etc ....). Mais il faut remarquer que
)m chroniqueurs flamands, comme Mou»ket. comme Itaud!ciuin de
Ninovç (p. 541), etc...., reKardrnt lermilo de Glançon comme un im-
posteur. Il semble bien établi nue Baudouin, pria en 1205 par les Bul-
gares, mourut en captivité. (Voy. un art. de Raj-nouard, Journal des
êavanU, nov. 1834). U'sutre part, Jeanne de Mandrc était détestée
ar beaucoup de Flamands, ce qui explique l'apparition et le succi^s
Ul faux Itaudoviin. Enfin les détails de l'entrevue de Péronne ne
Ippamtà Douai un prétendu Baudouin, sire d'Ardres, qui afiîrmait
K tomme le faux empereur Baudouin revenir d'orient (Wauters, Liberté»
Vùmmvnale*, S5S).
S. Catai., n« 248, 256. — Dclisie, no 1509.
3. Le Glajr, lliit. de Jeanne de Constantinopte, 66 et 98. — Warn-
Inig, op. cïr., I, 33'i.
400 TRAITÉ DE MELl'N.
point que la comtesse ait fait aucun effort pour obtenir la déB-
vrance de son mari. Le pape et les cardinaux intercédèrent
auprès de Louis VIII, en 1224, en faveur dumallieureus comte':
mais rien ne nous prouve qu'ils le firent sur la demande de safeiu
me. Jeanne avaitjadis vécu en mauvaise intelligence avec so»
mari et était toute prêteice moment-là à contracter un nniiveau
mariage. Pierre Mauclerc vouluten effet profiter delà captivile
du vaincu de Bouvinos pour le remplacer auprès de sa femme
et de ses sujets; il obtint du pape que le mariage de Ferrand
et de Jeanne fi^t anuulé ; Jeanne consentait à tout et le
riage allait se célébrer'. Ce fut précisément li le motif de
délivrance de Ferrand. Jusqu'au moment où il apprit
négociations matrimoniales entamées entre le comte de Dl
tagne et la comtesse de Flandre, Louis VIII ne se soucisH
point de libérer Ferrand. Comme le remarque Winkelniaiin.
le roi de France, fils d'Isabelle de Hainaut, avait des droit
à l'béritage de Flandre, si Jeanne restait sans enfant'. Mais
puisque ta comtesse trouvait pesant son isolement, il valût
mieux lui rendre son premier mari, plutôt que de lui laisser
épouser Pierre Mauclerc. La royauté eut été comme étreinlo
entre ces deux baronnies, Bretagne et Flandre, gouvernées par
un seul bomme. Le péril qu'avait conjuré Philippe- Auguste en
écrasant la puissance continentale des Plantagenot^ aoraii
reparu d'un autre côté. Dans les premiers jours d'avril 12i!(>,
le roi fit venir à Melun la comtesse Jeanne et conclut 8t«
elle un traité pour la délivrance de Ferrand. Le captif devait
sortir de prison le 25 décembre et Jeanne, pour revoir im
mari qu'elle avait voulu abandonner à jamais, promettait dtf
payer une rançon de 50,000 livres parisis; la moitié seraii
versée au moment de l'élargissement de Ferrand ; en garantie
du reste, le roi occuperait Lille, Douai et l'Ecluse' avw
leurs dépendances, et jusqu'au paiement complet de la rançt*
en percevrait les revenus, sans préjudice de cette rançon.
eUj
1. Potlhast, n» :î24. — Calai., n' 100.
2. Cftron. de Toura, 316.
3. Winkelmann.op. cil., I, 402.
4. Douai et l'Ecluse avaient déjà été livrés en gage en 1235, ooori''
nous l'avons vu plus haut. Douai était d'ailleurs aux mains ilu roi Jf
France depuis 1213; voy. notre Cnlal., n° 49, et Delisle. n" 1(51.
FERBAND ET JE:
401
Une fois le paiement effectué, le roi aurait encore le droit de
maintenir dans la forteresse de Donai, pendant dix ans, une
garnison entretenue aux frais du comte de Flandre. Le comte
et la coaitesse devaient obtenir eux-mêmes du pape uqo bulle
les menaçant d'excommunication certaine s'ils violaient cette
convention. Mais les clauses les plus intéressantes sont les
clauses politiques : le comte et la comtesse s'engagent à ser-
vir fidèlement le roi, à ne faire de nouvelles forteresses et à
ne fortifier les anciennes en deçà de l'Escaut que sur son
expresse autorisation. Enfin ils forceront, sous peine d'exil ou
de confiscation, les chevaliers et toutes les villes de Flandfe
à jurer au roi fidélité et à lui promettre aide et conseil si les
susdits engagements n'étaient pas respectés '.
En présence du roi de France et du cardinal de Saint-
Ange, la comtesse promit de prendre immédiatement Ferrand
pour époux, per verba de pri'nenti ; la cérémonie (levait
avoir lieu avant le 12 avril'. Tillemont, qui connaissait
cependant les projets de mariage entre Pierre Mauclerc et
Jeanne, dit qu'il ne comprend point cet acte '. M. Teulet no
l'a pas compris davantage; il prétend que par là Jeanne
s'engage â reconnaître Ferrand pour son légitime époux et
qu'il ne s'agit point, comme le croyait Tillemont, d'un second
ï avec le même homme'; Tillemont n'a pas tort, et
Pies expressions « acdpere in maritiim prr vcrba de presenli m
B peuvent laisser aucun doute. Le pape, sur la demande de
e Mauclerc, avait annulé le mariage de Ferrand et de
. Louis Vlll exigea qu'ils se remariassent,
i Le traité de Melun, après avoir regu un commencement
JB*exècution, comme le prouve le compte de 1226, fut modifié
i mois de décembre, après la mort de Louis VHP. Mais ce
1. Calai., n" 310-341. — Wauters, dans sa Table chronologique, a
^acé â tort en 1226 un acte daté du 13 avril, lundi apré» le dimanche
u Rameaux, par lequel le roi de l-Viince s'engage â remettre dans un
I le château de Douai à Jeanne de Flandre. Le dimanche des Ha-
eaax coïncide avec le 13 avril en 1226 et en 12:17; l'acte en question
JL certainement de 1237; cf. un acte de la comtesse de Flandre, daté
Bi! avril 1237: Teulel, n- 2491. — Winkelmann (op. ci/., I, 499) s'est
^taaé égarer par l'assertiun de Wauters.
ï. CataL, n- a'.'..
3. HUl. de saint louis, 1, 449.
4. Teulet, n" 1763, note.
5. Teulet, n-isas.
Ch. pKirT-Dt taillis. tSégne de Louis Vlll.
S6
402 BRETAGNE.
qu'il importe ici de constater, c'est à quel degré de sujétioi
Louis VIII avait réduit la Flandre. Par les traités de 1225 e
de 1226, ce pays perdait en partie rindépendance, il è
désarmé et les habitants devaient jurer fidélité au roi comim
s'ils n'avaient pas eu de seigneur. Ferrand accepta de ho
grâce ces dures conditions; douze ans de captivité l'ava
assagi. 11 ne s'unira point aui ennemis de Blanche de C
tille.
Pierre Mauclerc avait d'abord entretenu de bons rapport
avec Louis VHI ; il lui avait prêté son concours pour l'él
blissement de l'ordonnance générale relative aux Juifs ; e
revenant de l'expédition de 1224, il avait pris le 21 sepiembiti
Cbamptoceaux , repaire d'un seigneur brigand nommé Thîbatu
Crospin, qui depuis vingt-cinq ans rançonnait les habiUnU
du pays et les marchands de passage sur la Loire; le i
suivant, il sollicita et obtint de Louis la concession en M
lige de toute la terre de Thibaud Crespin '. Mais il ne t
pas à tourner casaque. Le roi d'Angleterre avait prise s
lui, par l'espérance qu'il lui laissait entretenir d'avoir uu jo
tout le comté de Richmond; dès 1219, il lui en avait c«di
une partie'. A la nouvelle que Pierre Mauclerc avait reçu IK
seigneurie de Thibaud Crespin en fief lige du i-oi de Fnmoe,
Henri 111 lui envoya une lettre de reproches'; on saitle reste:
le comte de Bretagne et le roi d'Angleterre s'allièrent secrt
tement en 1225, et l'attitude du roi de France dans l'affitin
de Flandre acheva de lui aliéner son vassal. Pierre Mauclaro
sera le chef de la ligue féodale de 1227.
Si l'ou devait s'en fier à certaine lettre collective adressée}
Louis VIII en décembre 1225, on pourrait croire que tous lei
barons de l'ouest considéraient alors le roi de France comn»
leur maître et leur protecteur naturel. Dans cette lettre, tb
se plaignent amèrement des vexations que leur font subir \tt
gens d'Église. Ceux-ci n'ont pu être désarmés par la doac«af
et, si le roi ne s'occupe pas de cette affaire, il faudra que II
barons quittent leurs terres ou recourent à des moyens vio
1. Calai., n- 173. — Dom Morice, Hiil. de Bretagne, I, ISt -
Article de M. de la Bonierie, Bib. Se. Ch., série m, t. V, iW et nÙTf
2. Rymer, 1, part, i, 153.
. Lut. claus., Il, :•!.
APPEL DES BARONS DE 1,'oUEST. 403
mis. Chaque fuis qu'ils se sont plaints au pape, Us n'ont
i de lui que de vagues paroles. Si le roi préfère que ce
lOit le légat qui intervienne, libre à lui de solliciter celte
^terventlon, mais on le supplie de délibérer sur cette ques-
1 avec ses fidèles, d'imaginer quelque moyen pour enipê-
vassaux d'être molestés par les clercs'. Cet appel
t suscrit non seulement par des barons qui étaient en même
npsdes officiers royaux, comme Amauri de Craon etSavari
I Mauléon, mais par le comte de la Marche, par Geoffroi
I Lusignan. par le vicomte de Thouars, par Guillaume l'Ar-
*'Chevêque, par Guillaume Maiugot, etc., et enfin par Pierre
Mauclerc. On vient de voir quels étaient les sentiments réels
do ce dernier ; il était tout prêt à trahir le roi do France.
Les barons poitevins n'étaient point d'une fidélité plus
solide. Il est peu problable que le roi ait encouragé la lutte
entamée par les barons de l'ouest contre l'Église, sa proté-
et cette cause de mécontentement s'ajouta sans doute
nx autres pour amener la rébellion qui se préparait au moment
( la mort de Louis VlII.
Voilà ce que nous savons sur les rapports particuliers de
i Vill et de SCS vassaux laïques immédiats. Quant aux
trocédés généraux dont il use pour assujettir la noblesse, ce
lont ceux qu'employait Philippe-Auguste. Il veille autant
e possible à ne point laisser s*établir de forteresses dange-
nuses pour son pouvoir '. Il force ses vassaux à se constituer
iciproquement garants de leur fidélité envers lui ; tantôt ce
lont des seigneurs de rang égal qui doivent accepter cette
ibligation; tantôt ce sont les vassaux d'un baron qui pro-
peltent d'abandonner leur suzerain s'il viole ses engage-
lents, et de porter leur service au roi'. Nous avons du reste
. Calai., n" 302. — On ssit quelle lutte acharnée Pierre Mauclerc
nitint contre le clergé breton, qui prétendait dépendre du Saint-Siège
lui. M. Paul Fournier (/.es offtciahtif au moyen âge, p. 99) rattache,
~.s aucune preuve, la lettre ciue nous venons d'analyser à la querelle
__ s'éleva entre Louis VIII et le clergé en nov. 1225, à propos de la
jridiction sur les aJTairea de biens meubles.
2. Voy. par ex. Calai., n<" 203, S50.
L 3. Calai, n" 17, 411, 418, etc.... — Voy. aussi (n" 107) une pro-
■86 du comte de la Marche relative au château de l.usignan; le comte
__ ft prCter par quarante de ses vassaux, devant le roi ou son délégué,
ît serment de fournir leur appui au roi de l'rance, au cas où cette
— messe serait violée. -~ jS" 382 ; Louis VIM mande au vicomte d'.\u-
404 wuis VIII VIOI.B I.E DRorr féodal.
de nombreux exemples des bons rapports entretenus par
Louis VIII avec ses arrière-vassaux, par exemple avec
Etienne de Sancerre, le comte de Saint-Pol, Gaucher de
Joigni, Jean de Nesle. Non seulement il fait procéder à de
minutieuses enquêtes pour savoir si tel fief do Normandie
était de la mouvance directe du duc '. mais, contre le droit, il
profite de la faiblesse de certains grands vassaux pour tenter
dos im médiatisations ; il exige le serment de fidélité d'une
vassale du duc de Bourgogne et des hommes du comte d«
Flandre.
Ainsi, à l'avènemeat de saint Louis, depuis Bruges jus-
qu'aux Pyrénées, depuis la Saône jusqu'en Bretagne, la féo-
dalité tout entière, si on met k part les Plantagenets. sent
peser sur elle la main du roi de France; ici, elle courbe la
tête; là, elle frémit d'impatience et des symptômes très me-
naçants se manifestent. Les barons ne sont pas plus fidèles i
leurs devoirs que le roi n'est respectueux de leurs droits,
A cet égard, le règne de Louis VIIl caractérise beaucoup
mieux que celui de son fils la politique capétienne. Saint
Louis a assurément grandi la réputation de sa famille,
en donnant une réalité tangible aux théories de l'Eglise snr
les devoirs de la royauté, une justification aux louanges
décernées à la monarchie française par les polémistes comme
Giraud de Barri, qui, négligeant, comme le font tons les
polémistes, les différences de motifs et de milieux, aimaient
à opposer à la tyrannie des Plantagenets l'aSabilitè dei
Capétiens. Saint Louis a en effet placé l'idée du bien au-des-
sus de l'utilité, et tout en devenant par la force des chosu'
plus puissant chaque année, il a voulu respecter le droit d'an-
trui, concilier la monarchie et le régime féodal. Mais, bie»
que pour cette raison on le représente volontiers comme
bnsson de faire hommage lige au comte de la Marche, « tali eonditioM
H quod si idem comes vel heredes sui delicerent de fideli servitionotA
• vel beredibus nostris; vos ciim Castro vestro de Albucco nobis et hei^
■ dibus adhsreretis. donec id esset emendatum ad jndicium corls
« nostre. » — N" 133: AiraerideTliouars faitgarantirparune ringiaiiw^
de pièges la trêve qu'il Ninclut avec Louis VIII, etc... Cf. le tmtédi
Melun conclu avec le comte et la comtesse de Flandre. Ce STfMflM
de garantie avait pris une grande extenEÎon à la fin du rè^e précé-
dent; voy. Walker, op. cit., 115 et suiv.
1. Appendice n" Vi, F.nquftes n"" ni et IV.
LOUIS VIII ET SAINT LOUIS. 405
type du roi au moyen âge, saint Louis n'a été qu'une belle
anomalie parmi les princes de sa dynastie. Le règne de
Louis VIII a été normal; je veux dire que ce prince a employé
les ordinaires méthodes d'action de la royauté. On aperçoit
assez bien pendant son règne cette lutte pour la vie qui
est engagée entre la royauté et la féodalité ; lutte qu'à coup
sûr il ne faut pas se représenter comme incessante et parfai-
tement consciente, mais qui est soutenue pourtant avec une
vigueur égale des deux côtés. L'un des deux partis a pour
lui le nombre, et la coutume ; l'autre s'appuie sur un grand
titre, une théorie, et enfin deux auxiliaires, — l'un qui est
au faite de sa puissance, l'autre qui grandit chaque jour, —
l'Église et le Peuple.
CHAPITRE X.
RELATIONS DE LOUIS VIII AVEC L*ÉGUSE
Nicolas de Brai place dans la bouche du pape cet éloge
de Louis VIII : « Le roi au cœur de lion qui gouverne le
(( royaume des Gaulois est en tout temps le bouclier de la
« Sainte Église* ». Les Capétiens furent en effet les boucliers
0
de l'Eglise ; mais ils étaient surtout en bons rapports avec
le clergé gallican. Ces deux puissances lièrent leurs desti-
nées. De part et d'autre il y avait échange incessant de ser-
vices, et ceux que recevait le roi valaient ceux qu'il rendait.
Philippe-Auguste, qu'un contemporain appelle « le patron
« très pieux des clercs »*, prononça, dit-on, ces paroles sur
son lit de mort : « Mon fils, je te prie d'honorer Dieu et la
(( Sainte Église, ainsi que je l'ai fait. J'ai tiré de là un profit
(( considérable et tu en recueilleras aussi grand avantage^ »
Louis était tout disposé à suivre ces conseils, et il s'en trouva
bien. Sous son règne, l'évêque Guérin fut un habile premier mi-
nistre. Ce furent les évoques qui déterminèrent Louis VIll à
s'emparer de La Rochelle ; ce fut le clergé qui lui livra le
midi. On vit des abbayes normandes lui fournir en 1224, par
pure grâce, des ressources pour aller guerroyer en Poitou ^
Un bon quart du catalogue que nous avons dressé se com-
pose d'actes relatifs aux rapports de Louis VIII et de TÉglise.
On y voit la majorité des évoques du royaume en rapports
constants avec le roi. 11 y a peu d'intérêt à étudier séparé-
ment les relations du prince avec les évêques de son domaine.
Ce serait à un certain égard donner de la réalité une idt^
inexacte. Ici les limites du cercle d'action de la royauté dé-
1. Nie. de Brai, 329.
2. Dial. entre Ph.-Aug. et Pierre le Chantre, dans Bib. Éc. Ch., II,
400.
3. Conon de Lausanne, 783.
4. Catal., n"» 125, 126.
[ ET 1, KPISCOPAT.
407
passent singulièrement les frontières indiquées sur les cartes
féodales ; la géographie du droit do régale en est une preuve
frappante. Le roi a la régale dans des évêchés oii il n'est point
propriétaire, par exemple dans les provinces de Reims et de
Lyon'. Louis VIII dispose à son gré de la régaie de Limo-
ges en faveur de Hugue de Lusignan',
Presque tous les archevêques et évêques du nord, de
l'est et du centre du royaume, depuis Thérouanne jusqu'à
Langres et Clermont, apparaissent dans les conseils du roi,
exécutent les missions qu'il leur confie, le suivent docilement
en Poitou et en Albigeois ; de grands seigneurs comme l'ar-
chevêquo de Reiras, les évéques do Laon, de Noyon, de
Beauvais, qui sont en même temps des comtes, se montrent
aussi dévoués que l'évêque d'Orléans'. Dans l'ouest, le puis-
sant clergé breton, qui ne prétend dépendre que du Saint-
Siège, échappe à l'action royale. Mais i'évéque de Limoges
est un de ceux qui ont préparé le succès de Louis VIll en
Poitou. Quant à l'évêque de Périgueux et aux prélats de son
diocèse, nous avons un témoignage bien curieux des senti-
ments qu'ils professaient alors pour le roi: c'est une suppli-
que envoyée par eux .-i Louis VIII, et qui forme la contre-
partie de la lettre adressée au même roi par les barons
de l'ouest. L'évêque de Périgueux, Rcnouf de Lastours, et
les prélats du diocèse commencent par rappeler que, s'il faut
en croire la tradition, les rois de France administraient au-
trefois ce pays directement, en y envoyant des sénéchaux et
des prévôts pris dans leur entourage, et ce fertile pays était
appelé^ le verger du roi de France ». Cet usage étant tombé
en désuétude et la malice des hommes ayant grandi, Rai-
mond, évêque de Périgueux, eut avec Philippe-Auguste une
entrevue k ChâtellerauU et le roi lui promit d'envoyer dans
le diocèse un administrateur qui y maintiendrait l'ordre et y
défendrait les droits de l'Église. Maintenant, les nobles et
rtrea méchants sont déchaînés contre l'Église et le peu-
Walker, op. cit., 97 elsuiv.
a. Caial., n" 262.
3. Voy , l'Appendice n" v; noua y avons çroupé les noms de tous lea pré-
lats qui ont uns part aus conseils rie Louis VilI.— Calai, n" 12: les ar-
chevêques (le Bourges et de Chartres et l'évÔque d'Orléans étaient ùUie
jtiMms pour conclure la convention relative au douaire d'Ingeburge,
» '
408 LEPISCOPAT MERIDIONAL.
pie ; le pays est d'ailleurs en majeure partie infecté d'hérésie;
les églises, au lieu de jouir de l'immunité et d'être un asile
aux malheureux, ont été transformées en châteaux-forts et sont
devenues des repaires de brigands d'où l'on porte partout le
fer et la flamme. Que Louis Vlll se souvienne de la promesse
de son père, qu'il envoie un sénéchal pour protéger les bons,
châtier les méchants, faire respecter les droits de l'Église,
la foi, les coutumes royales \ Cette supplique fut portée
au roi par l'abbé de Cadouin, probablement au moment où
Louis songeait à reprendre le chemin du midi.
Dès le mois de février 1224, Guillaume de Cardaillac, évê-
que de Cahors, était venu trouver le roi et lui avait renou-
velé le serment d'hommage qu'il avait fait douze ans aupa-
ravant à Philippe-Auguste pour le comté de Cahors. Louis
promit de lui restituer les terres dont il avait été dépouillé
par le comte de Toulouse, si jamais elles tombaient en la
puissance royale*.
C'était là comme une préfiguration de l'alliance que
Louis VIII allait conclure avec le clergé du midi. On sait
combien cette alliance fut profitable à la royauté.
En dehors moine des limites du royaume, certains prélats
reconnaissaient tacitement la suprématie du roi de France.
L'évoque de Cambrai accompagna Louis Vlll en Albigeois \
L'archevoquo de Lyon assista au couronnement du roi et se
chargea au retour de recevoir à Mont-Saint-Vincent le ser-
ment de fidélité qu'il exigeait de la comtesse de Chàlon*.
Il est à remarquer qno ce fut seulement avec l'épiscopat
normand que Louis Vlll eut dos démêlés. Le service d'«^st
était pénible aux prélats, qui en étaient rarement exempts*.
1. Caial.j n" 305. — Pons, disciple de l'hérésiarque Henri, avait
apporté en Périgord la doctrine catliare. En 1214, probahlement sur
les instances de Henouf de Lastours, Simon de Montfort fit sur les frun-
tières du Périgord une expédition contre les hérétiques et réprima le>
violences des nobles brigands qui désolaient le pays. L'abbé de Cadouin
accompagna les croisés. (Voy. Marmier, Les Albif/eois en Périford.
dans Ann. agric. et litlér. de la Dordogne, X\\\\\ 382-388, i3:".) On
voit que cette expédition n'eut pas de grands résultats.
2. CataL. iv> 78. — Delisle, n» 1307.
3. Mou>ket, V. 2G093 et suiv.
4. Calai., n^ 13.
5. Selon leur acte d'hommage à Louis VIII, les évoques du Mans.
d'Angers et de Poitiers en étaient exempts {CalaLy n*>» 32-36).
l'épiscopat normand. 409
Louis VIII, à l'exemple de son père, veillait à Taccomplis-
sement strict de cette obligation ; parfois seulement il accor-
dait une dispense moyennant une forte indemnité, par exem-
ple en cas de maladie*. Or le 24 juin 1224, au moment où
Farmé royale allait quitter Tours pour entrer en Poitou, les
trois évoques de Coutances, d'Avranches et de Lisieux aban-
donnèrent le camp en déclarant qu'ils ne devaient pas le ser-
vice militaire personnel. Louis VIII, après avoir tenu conseil,
décida qu'on ferait une enquête sur les droits des évêques de
Normandie à cet égard ; si Tenquête était défavorable aux
trois prélats, non seulement ils seraient astreints au service
d'ost, mais ils paieraient une amende ^ Louis VIII eut maille
à partir avec Tarchevéque de Rouen lui-même. A l'assemblée
de Gisors, en janvier 1224, le prélat dut s'engager à obser-
ver les « droits et libertés du duché do Normandie ». Nous
savons sur quels points précis portait le démêlé, grâce à une
notice sans date, intitulée dans les registres de la chancel-
lerie : « Articles sur lesquels l'archevêque de Rouen doit ré-
« pondre au roi... le dimanche de laQuinquagésime », c'est-à-
dire, d'après le contexte, le 4 février 1224. Certains de ces
articles portent sur des questions de fief. L'archevêque avait
confisqué un fief en argent que Robert de Courci disait tenir
du roi ; d'autre part Louis VIII prétendait avoir le droit de
faire des divisions de fiefs en Normandie en sa qualité de duc.
Deux autres articles sont relatifs à des questions de juri-
diction : l'archevêque prétendait à la haute justice sur les
hôtes du roi à Louviers, et il était intervenu dans ce conflit
de juridiction entre le bailli royal et l'official de Rouen, dont
nous avons déjà parlé^ Nous ne savons pas du reste quelle fut
l'issue de ces débats ; Ton voit en tout cas que le roi avait
d'avance exigé de rarcheveque le serment de respecter les
coutumes de la province. A l'exemple de Philippe-Auguste,
1. Catal., n'»* 328, 378.
2. Catal., no 132. — Les obligations militaires de ces évoques sont
indiquées dans le « Scriptum de serviciis militura que debentur duci
« Normannie » que Henri II fit dresser en 1172 et que Ph.-Aug. fit
insérer dans les registres de sa chancellerie ; voy. H. F., XXIII, 693-694.
3. Catal., no» 66-67. — Cf. le débat de 1218 entre Phil.-Aug. et Tar-
Chev, de Rouen (Delisle, n» 1811).
410 LOUIS VITI ET LE CLERGE REGULIER.
Louis VIII ne voulait pas se laisser dépouiller par Vi
normand des droits qu'avaient eus les Plantagecets,
Le roi avait un moyen de faire sentir sa puissance aui
évêquos des nouveaux domaines, griice à son droit de régale.
Lorsque Louis VIII reçut l'hommage des évoques d'Angere,
du Mans et de Poitiers, il promît de rendre à l'avenir leurs
régales aux évèques nouvellement élus à ces sièges, dès qu'iU
auraient été confirmés ; mais il stipula que s'ils ne lui juraient
pas fidélité dans les quarante jours, il leur reprendrait leurs
revenus et les toucherait jusqu'à ce qu'ils se fustientsoumîti'.
Louis VllI ne faisait la que continuer la politique de son
père, qui s'était montré très ferme envers l'épiscopat. Il se
conforme également aux règles de conduite qu'avait suines
Philippe-Auguste à l'égard du clergé régulier, ce puissant
agent de propagande monarchique. Il maintient les droits
de patronage que la royauté exerce dans un grand nomlire
d'abbayes'. Il s'ingère dans l'administration intérieure de*
monastères. Ainsi nous le voyons s'occuper de la règle de
l'abbaye delà Victoire, que son père avait fondée en mémoire
des succès de 1214, et qu'il combla lui-même de faveurs'.
Enfin Louis VIII prodigue aux églises les dons d'argent et de
terres, les confirmations de privilèges et les privilèges nou-
veaux'. Sans cesse on le voit écrire i ses officiers afin de r*-
commander les abbayes et les chapitres â leur sollicitude, ou
afin de leur reprocher, dans les relations qu'ils ont avec
l'Église, un zèle excessif pour les intérêts de la royauté'. Enfin
certains couvents tels que ceux d'Ourscamp. de Saint- Bertin,
deSaint-Mesniinjouissentdesa protection spéciale. Ilenlèveà
ses " baillis et prévôts d'Orléans » toute juridiction sur l'sb-
baye de Saint-Mesmin parce qu'elle est sous sa protection ; s'ils
ont à se plaindre du couvent, le roi doit être saisi personnel-
lement de l'afi'aire '.
1. Calai., n'" 32-36.
2. Voy. les curieuBes formules d'humililé que les religieuxde Saint-
Taurin d'Evreux emploient pour supplier Louis VIII d'approuver I«
choix qu'ils ont fait d un nouvel ahhè (Calai., n- 58). Vov. aussi n" 16!,
3. Calai., n-' 263, 63. 96, 251.
4. N- 68, 178, 194, 279, 334, etc., etc.
5. N- 15, 30, 38, 80, 306, etc..
6. N-'M, 53, 233. etc.
LOUIS vnr et le tlergr rkgulier.
411
L'octroi de la protection royale aux abbayes avait été un
^es procédés favoris de Philippe-Auguste pour propager sa
puissance hors do son domaine. C'était un excellent moyen
pour prendre position dans les grands fiefs. Louis VIII ne
semble pas avoir continué sur ce point la politique de son
(ère ; il n'accorde guère ses chartes de protection qu'à des
■bbayes de ses domaines anciens ou nouveaux '. En générât, il
Eut surtout en relations avec les religieux du domaine royal,
u-ticulièrement avec les couvents nombreux et riches de
Normandie. N-ius avons vu qu'il ne manqua point de gagner à
i cause le clergé régulier du Poitou et du raidi. Les chapi-
rcs et les abbayes du diocèse de Pêrigueux signèrent la péti-
a dont nous avons parlé ; enfin la fameuse abbaye de Mozac ,
dont la destruction avait jadis amené l'intervention de Phi-
lippe-Auguste en Auvergne, vit confirmer ses privilèges'.
Quelques actes rédigés en faveur d'églises sises dans les
i fiefs, par exemple dans les comtés de Chartres, de
Nevers, de Soissons, de Flandre et dans le duché de Bourgo-
n'offrent rien de particulier. 11 est seulement intéres-
tant de signaler que ces églises ont été en relation avec
rf)uis VIII '.
Reste à nous demander quelle attitude observa co roi
Mans les conflits de l'Église avec les autres classes. Nous ne
tavons pas quelle réponse il fit aux demandes d'appui que lu!
iressèrent d'un côté le barounage poitevin contre le clergé
î l'autre cété le clergé périgourdin contre le baronnage.
ÎRous ignorons également les suites d'une requête où l'ar-
ilievêque de Sens réclamait un certain nombre do préroga-
Bîves de juridiction et se plaignait des abus de pouvoir du
sire do Sens'. Mais nous voyons en 1^20 l'abbé de Corbie
' 1. De ceschaiiesdeprotectionaccordéesàdesabbayes dean
_J maines, il ftfut rspprouher les deux chartes par lesquelles Louis VIII
oonRrme le« privilègeB des Hospitaliers dans touies les provinces con-
quises par Philippe-Auguste sur Jean sans Terre (Calai., n-' 2S6-297),
2. Calai., n» 220.
3. Chanes pour Notre-Dame de Chartres (Calai., n" 80), pour la
°liarîté-8iir- Loire (ii" 15), pour Noire-Dame et Saint Jean -des- Vignes
B Soissons {n"" 235 et 84), pour Suint-Pierre de Gand (n" 237), pour
'ptre-Dame de Citeaux (n° 428), etc..
i. N" 307. — Sur les rapports respectifs du roi, de l'archevêque et
S bourgeois de :;ens, voy. Luchaii'e, Communes françaisu, 283.
412 l'église et les classes POPCLAIBES.
porter plainte au roi contre les bourgeois de la ville, ses
éternels enuemis, qui ont détruit des fossés qu'on creosail
dans le domaine abbatial, et le roi, occupé au siège d'AvigooD,
mander immédiatement à Bartiièlemi de Roie et à Mathieu
de Montmorenci de faire réparer ces fossés par les bourgeois'.
En 1226, Louis VHI, selon une charte éditée par Héméré et
que Quentin tlelaFons tient pour authentique, intervint aussi
entre les chanoines et la commune de Saint-Quentin; ternaire
et les jurés avaient banni un des chanoines, et ceus-ci avaient
répondu par une excommunication ; le roi réconcilia les
chanoines et la commune*. En 1225, il mande à la commune
de Villeneuvc-le-Roi de restituer aux chanoines de Saint- Victor
la dime du vin qu'ils avaient le droit do percevoir daus
cette ville'.
Ce prince intervînt aussi à plusieurs reprises entre les
gens d'Église et leurs hommes. En février 1234, il manda à
ses prévilts de Corbeil et de Moret de faire rendre à l'abbé
de Saint-Germain-des-Prés l'aide qui lui était due par ses
serfs. En 1225 il ordonna une enquête pour savoir si l'abbé de
Sainte-Colombe de Sens pouvait tailler à merci ses homme» J
de Sermaise, et cette enquête tourna au profit de l'abbé.]
La même année on voit Louis VIII écouter les réclamations I
des hommes de P&issi contre les chanoines de Laon, qià 1
voulaient leur extorquer de l'argent sous prétexte qu'ils I
devaient le service d'ost au roi ; Louis ordonna aux cba- I
noines de restituer ce qu'ils avaient pris et les sjouru 1
à comparaître devant lui pour s'expliquer*.
En somme, dans cette lutte violente que l'Église et les
classes populaires soutenaient avec acharnement depuis pluil
d'un siècle*, Louis VIII ne favorise point l'Église aux dépeni
des bourgeois et des vilains, non plus que les bourgeois et le
vilains au détriment de l'Église. Le roi était assez puissanti
1. Ca(ai., n" 405. — Voy. les démêlés de l'abbé et des habitants d
Corbie dans: Luchaire, Communes françaises. 259. — Cet abb« est II
seul qu'on voie Bgurer dans une assemblée du régne de L^iiis Vtll.
2. Calai., n" 354. — Voy. Extraits originaux tfun mantuerii i
Quentin de la Fous, par Ch. Gomart, I, 324,
3. Cotai., n- a:'..
4. Cninl., n- 69. 299-300, 223.
5. Voy. Luchaire, Communes franraisen, 251 et suiv.
ÉQUITÉ DE LA ROYAUTÉ. 413
tenait assez fortement le clergé en sa main pour se montrer
à son égard parfaitement équitable. C*est daos Tétude de
se» rapports avec TÉglise que la supériorité de la monar-
chie sur les autres pouvoirs se manifeste le plus évidem-
ment.
CHAPITRE XI.
RELATIONS DE LOUIS VIII AVEC LES CLASSES POPULAIRES.
Tout en bas de Téchelle sociale, dans la France du moyen
âge, se trouvent les étrangers: les Juifs, qui n'ont point de
patrie, et les aubains, qui sont pour la plupart des Italiens.
Ces étrangers avaient en main une bonne part du commerce
des denrées et pratiquaient presque exclusivement le com-
merce de l'argent. Les rois et les seigneurs, dont la politique
économique n'était pas toujours raisonnée, ne laissaient à
ces détenteurs de la richesse publique qu'une situation
éternellement précaire.
Les Juifs étaient depuis longtemps établis dans les prin-
cipales villes de France. Ils servaient d'intermédiaires entre
les marchands orientaux et les marchands français, et pra-
tiquaient les opérations de banque et de prêt à intérêt, malgré
les défenses de TÉglise*. Mais, bien que leur condition fût
moins dure au xiii" siècle qu'elle ne le sera à la fin du moyen
âge, ils étaient moins sûrs du lendemain que les plus misé-
rables serfs, car l'arbitraire du seigneur n'était limité à leur
égard par aucune considération; Tinstinct religieux, généra-
lement favorable aux faibles, n'était ici qu'un nouveau motif
d'oppression. De temps en temps, un dévot scrupule et des
besoins d'argent poussent le seigneur à user de ses pouvoirs,
et alors arrivent pour les Israélites les jours de persécution.
L'une de ces échéances fut le 8 novembre 1223. Philippe-
Auguste, après avoir persécuté les Juifs, avait fini par les
tolérer pour le plus grand profit de son trésor ; il avait con-
sacré leurs opérations en limitant le taux des intérêts de leurs
prêts ^ M. Vuitry dit que Louis VIII s'inspira des doctrines
1. Pigeonneau, Hisl. du commerce de la Fr., 212.
2. Voy. une bonne étude de M. Vuitry sur les Juifs au xnr s., dans
son Bégime financier de la France, 316 et suiv. — L. I^zare, Lei
ORDONNANCE SliR LES JUIFS,
415
i l'Eglise et ne suivit pas ces principes de fiscalité habile,
iepeodant 1' « établissement sur les Juifs », qu'il édicta
d'accord avec un certain nombre de seigneurs, ne nous semble
s d'inspiration exclusivement religieuse. Si Louis VIII était
Hlort pieux, il avait aussi la réputation auprès de ses con-
lemporains d'être assez >< serré u. L'ordonnance du 8 no-
Êyembre 1223 nous parait empreinte du double caractère reli-
gieux et fiscal. En voici les clauses' :
I. — A pai'tir du 8 novembre, date de l'ordonnance, les
inlèrèts des dettes dues aux Juifs ne coun'ont plus. Le prêt à
intérêt est qualifié dans cette clause à'usiire et en effet il fut
toujours considéré comme tel par l'Eglise au moyen âge. Il
»l possible du reste que le véritable motif de cette mesure ne
fût point une idée religieuse ; les signataires de l'ordonnance
avaient un profit direct à stipuler uue tello clause, pour peu
[qu'ils eussent fait eux-mêmes des emprunts h des Juifs.
II. — Les capitaux qu'on doit aux Juifs devront être rera-
Iboursés on trois ans à termes fixes. Les Juifs feront inscrire
nuâ le conlrùlo de leurs soigneurs toutes leurs créances,
Skvant le 2 février 1224 ; les créances non enregistrées dans ce
lélai seront périmées. Los lettres de créance vieilles de plus
ï cinq années et qui n'ont pas été présentées dans cet ialer-
Brallo de temps aux débiteurs seront nulles également; car
t]le8 ont été cachées par fraude, pour favoriser l'accumulation
Eiea intérêts*.
Ainsi les Juifs étaient autorisés à se faire payer leurs
inces ; mais ce fut seulement par l'intermédiaire de leurs
Bignears respectifs que l'argent leur parvint'. M. Vuitrj
roit là u une fiction par laquelle on voulait consacrer le prin-
mtu liréê det Juifs de France dans le dnmaine rogat (xm' siôcle),
ma Bévue des Etudes juh-es. XV, 23;! et siiiv. ; l'auteur de cet article
i montré quu U situation des Juifs était lr6s prospi^re à la tin du règne
le Philippe- A ugasta 1 mais il a peu ou point étudié l'ordnnnaiicede 1313.
i. Caiat.. n" !6.
I S. Ce dernier article, relatif aux vieilles lettres do cMance. esi plus
iMinpIet dans le texte du registre E, édité par Manèno. que dans l'acte
"'ginal du Trésor dos CharteH, édité par Teulot. Il lit Tobjet d'une
ïwon spéciale de Guérin à l'I^cLiquier de Normandie (Aec.dMjujfm.
^ftUchiquier, n- 3CS, note).
s Henita universa ciue delientur Judeis sunt alerminata ad novcm
s infra très aniio:: ad reddendum dominis '/uibus Judei subsunt. s
416 ORDONNANCE SUR LES JUIFS.
« cipe que le Juif n'a aucune personnalité, aucun droit et ne
<c possède que pour son seigneur ». Nous croyons que cette
stipulation avait un objet beaucoup plus pratique et que les
seigneurs retinrent au passage une part des sommes rem-
boursées. Nous en voyons une preuve dans le soin avec lequel
le roi fait rentrer les sommes dues aux Juifs de ses domaines
et se réserve « les dettes de ses Juifs » qui habitent les terres
concédées à Philippe Hurepel en février 1224*. Nous croyons
qu'une bonne part de la summa Judeorum inscrite à la fin de
la recette de 1226 provient des prélèvements opérés par le
roi sur ces créances. Cette summa ne s'élève pas à moins de
8682 livres parisis*.
III. — A l'avenir les Juifs n'auront plus de sceau pour au-
thentiquer leurs créances. Auparavant, ils avaient un sceau
particulier, leur loi leur défendant de se servir d'objets où la
figure humaine était représentée; l'ordonnance de 1206 avait
toléré cet usage ^ En Tabolissant, Louis VIII ne témoigna pas
seulement son mépris pour les préceptes judaïques ; il obligea
plus rigoureusement les Juifs à recourir à leurs seigneurs
pour rendre leurs actes valables, et l'on sait que cette inter-
vention se payait toujours ^
IV. — Enfin, le roi et tous les barons de France ne rece-
vront plus désormais dans leurs domaines respectifs les Juifs
venant d'une autre seigneurie. Dès 1198, Philippe-Auguste
avait conclu une convention identique avec Thibaud III de
Champagne, qui avait beaucoup de Juifs dans son comté, et
les comtes de Saint-Pol et de Nevers entrèrent en 1210 dans
cette espèce d'association ^ Elle s'étendit en 1223 à tout le
royaume. Ici le motif est évidemment intéressé : les Juifs
payaient un cens et étaient bons à garder. Ce n'était pas au
moment où leurs créances allaient rentrer qu'il fallait né-
1. CataL. n°» 55, 73, 79.
2. Pièces just if.. x\° \\\\.
3. Delisle, n° 1003.
4. M. L. Lazare, op. cit.. 235, estime que la suppression du sce^u
des Juifs en 1223 était une espèce de mesure de tolérance. Cette opinion
nous semble bien contestable. Il est vrai que désormais le « sceau des
Juifs » ne fifrurera plus dans les comptes du xin« s. ; mais on astreignit
évidemment les Juifs à se servir du sceau ordinaire.
5. Delisle, n«* 538-539, 1214-1215.
LES LOMBARDS 1
de les retenir.
, PARIS. 417
|)uisque manifestement te roi et les
teneurs comptaient prélever la part du lion sar ces rem-
nrsements. Louis Vlll exigea par trois fois du comte dd
mpagne la promesse Je respecter rette clause'.
En somme c'était là une ordonnance d'inspiration prescfue
*ement fiscale. Du reste un seul prélat assista aux délibé-
s; c« fut Guillaume, évèque de ChAlons-sur-Marne; il
lait an mf^me temps comte du Perche. L'ordonnance de Phi-
lippe-Auguste en 1181 avait un caractère religieux bien
plus marqué ; aussi était^elle plus rigoureuse, Tous les Juifs
^^W domaine qui ne voulaient point se convertir étaient cbas-
^■fis. D'ailleurs Philippe-Auguste n'avait pan tardé à changer
HRb système ; l'expérience montrait qu'on avait besoin des
Juifs et qu'il fallait se contenter de les rançonner.
Cependant les Israélites commencent à cette époque à trouver
dans les Italiens des rivaux qui arriveront presque à les sup-
I^Unter, Dès le xii' siècle les Lombards apparaissent dans les
villes du midi. Comme les Juifs, \U sont marchands, ban-
ouiers et usuriers*. Etant chrétiens, ils occupent dans la so-
jété on échelon supérieur : ils passent des traités avec le
■gnenr et moyennant un impùt ils obtiennent des garanties ;
ranties peu solides du reste, car on verra saint Louis les
miser tons. En 1209 Pbilîppe-.\uguste avait pris sous sa
lotection les marchands italiens venant aux foires de la
Btiesse de Champagne \ Mais la première charte connue de
ns qui soit relative à rt^tabllssement des Lombards dans
ftdomaine royal date du régne de Louis Vlll. En 1224, ce
\ acconla aux Astésans la permission de résider à Paris
jpdaiit cinq années. On sait qu'Asti fut une des villes qui
pToya le plus de commerçants on France au moyen âge.
après la charte royale, chaque capitaine' payera au roi
iiquantc sous par an. même s'il habite la même maison
i^a'im autre. Los Astésans auront le sauf-conduit dans toute
iv. : etc. Piton, Let Lombard*
. Catal., n»l8.54, \»J.
l Vojr. PigeonnoBU. op. cit. ,î'i3 et si
J; France et A Parig, I, -29.
ilL Delisle, n° tisi.
. « Dnmini capitanei » ; ce sont évidemment les chefs des compe-
MCORunercialcs; mais ce aant des nobles: domiruu désigne toujours
■noble; ca;>i'{an#u> a aussi cette si^nificalion ilan^le.'i villes ilallennes.
C*. PHrT.Di'TtiuiR. Msne de LauU Vtll.
n
418
LOUIS Tllf ET LES l
la terre du roi ; ils seront justiciables du roi, mais ne pour-
ront être mis en prison préventive ; les prévôts ne pourrool
pas non plus prendre leurs chevaux, à moins que le roi n'Bn
ait spécialement besuin. Ils pourront vendre les gages qu'ils
auront rerus, au bout d'un an, après avoir fait prévenir les
débiteurs laïques par l'intermédiaire du prévôt'. Ou voitqoM
la royauté n'agissait pas d'après des théories préconçues ifl
vingt mois de distance, le même rot interdisait aux Juifs k^
commerce de l'argent, et établissait dans sa capitale uot;
bande de banquiers lombards.
Les serfs avaient une situation moins brillante, mais beaib-a
coup plus assurée que les aubaius ; au xiii" siècle leur biM
être avait singulièrement progressé, par suite du développa
ment des communautés de pain et dr pot, qui leur donnid
en fait la liberté de transmission. En droit même,
condition s'améliorait, grâce à l'intervention de la monaf
chie, qui depuis les temps les plus anciens remplissait à lear
égard, bien mieux que l'Église, le rôle de protectrice ei île
libératrice'. Dans son domaine propre. Louis VIII confirma
l'abolition de la mainmorte dans la ville et la septaine de
Bourges et la sénéchaussée do Dun-le-Roi'. On trouve aussi
sous son règne des exemples d'affranchissement complet; s'il
ne faut pas prendre au pied de la lettre une allégation de Ni-
colas de Brai, selon laquelle Louis aurait « délié les serfs du
'< joug de la servitude » au moment de son avènement', on voit
en revanche que ce roi affranchit tous les sorfs qui peuvent
se trouver à Asnièrea sur-Oise''. En 1224, pour récompenser
les services de son archer Thibaud de Montargis, il affrancliil
sa femme Odeline*.
1. Piécm juilif.,n'''}a\. — QÎ. Chronique d'Atti,\k2: < Aimo Dontim
H 1226, cives Astenses cœperunt prœstare et facere usuras in Francii
(c et nitramontanis partibus, ubi multam pecunJam lucrati sunl. ■
2. Voy. Marcel Pournier, /.es affranchitumentg du \" au xap > ■
dans Hevue Ainlor., XXi, parti eu lié rem en t p. 46. — M. Luchiif*
{Manuel des Inst., 322) ajoute avec raison que cette sollicitude dn
rois pour les serfs serait beaucoup plus ëdiBante si elle était gratuite.
Le même historien a très bien montré que l'alTrancliiasement éuit pour
les serfs un gain moral plutôt que matériel.
3. Catal., n° 213.
4. Nicolas de Brai, ttlS.
5. Catal., n° 92.
6. Catal, II" 172.
INTERVENTION DANS LES AFFRANCHISSEMENTS.
Comme soua les règnes précédents, nous voyons le prince
btterTenir dans rafifrancbissement des serfs de l'Église.
\s VIU. sur la demande de l'abbé do Saint-Denis, con-
e l'affranchissement d'une famille de serfs de celte abbaye ' .
. religieux de Saint-Mesmin accordent la manumissioii
à un certain nombre de leurs serfs n sur la volonté et l'assen-
timent " do Louis VIII*. Les chanoines de Sainte-Croix- d'Or-
léans obtiennent son autorisation pour affranchir ceux de
leurs serfs qui demeurent hors des terres ilu chapitre', et
lorsqu'ils affranchissent les hommes de corps de leur terre
KStampes, c'est sur son consentement préalable et avec sa
nârmation'. Il est vrai que l'autorisation du suzerain était
cessaire en cette circonstance, puisque cette mesure abré-
geait le fief, et d'autre part on voit que les chanoines do
Sainte-Croix payèrent 200 livres parîsis pour obtenir de
Louis VIII le consentement préalable dont je viens de parler.
Mais, comme le dit M. Luchaire, « l'intervention du souve-
« rain dans les actes où il n'agissait point pour son propre
K compte n'avait pas pour seule conséquence do procarer un
bénéfice au trésor. Elle contribuait aussi à entretenir le res-
pect que la classe servile portait à cette royauté libératrice,
« investie du droit d'améliorer et d'ennoblir la condition des
a opprimés'. »
Très nombreuses dans le Catalogue des actes de Philippc-
IA-ugusle, les chartes relatives à la bourgeoisie le sont propor-
tionnellement plus encore dans le Cataloguo des actes de
^ais VIII.
I L'acte le plus nouveau et le plus important est la charte de
ftanchise accordée en 1223-1224 aux habitants d'Asnlères-
f 1. Calai, n-204.
r ï. Bih. nat.. Coll. Morenu, vol. I;i5, f- SG.
8. Calai., n- 16"; cf. Delisle, n" BGI.
i 4. Calai., n-* 199, 200, 202.
5. Voy, Beaumanoir, II, 225. De son temps, le vassal qui affran-
clii«Bait un serf sans l'autorisatioD du suzerain payait 60 livrett d'amende.
_0l l'affranchi devenait serf du suzerain.
1, Luchaire, Inilil. monarch., il. 125-I2C. — La politique de Luuis
1 à l'^ffflrd des serfs est en somme celle de tous les Capétiens depuis
iis V\. H. Walkor a négligé d'éludter les rapporls de Philippe-
^ste et de cette classe; voy. DolJsle, n°'2, 719, 745, flil, 8(il, 9:j'(,
17S, 1075.
420 LOUIS VIII ET LES VILLES.
sur-Oise, qui étaient devenus les sujets directs du roi en 1223,
à la mort du comte de Beaumont. En voici les principales
clauses : les habitants sont autorisés à recevoir les émigrants,
à moins qu'ils ne soient hôtes ou serfs du roi, habitants de
ses communes ou des abbayes royales soumises au service
d*ost. Le roi se réserve les cas de haute justice et les cas
qui n'auront pas été jugés par le maire et les pairs de la
franchise. 11 détermine le taux des amendes qui doivent être
payées par les délinquants et fixe les droits qu'il percevra en
cas de duel. Du reste il afferme aux habitants le produit des
droits de justice, la prévôté et divers autres revenus, moyen-
nant 220 livres de cens. Les Asniérois devront Tost et la
chevauchée aux frais du roi et jureront de le bien défendre,
lui et son royaume \
A l'égard des communes, Louis VIII garde exactement la
même attitude que son père. On sait quelle bienveillance
Philippe- Auguste témoigna aux villes libres. Le temps n'est
plus où les Capétiens empêchaient la fondation des communes
sur leurs domaines ; le temps n'est pas encore venu où ils les
soumettront à une étroite tutelle. Philippe- Auguste favorise
partout l'établissement do nouvelles communes. M. Luchaire
en a montré les raisons principales, qui sont d'ordre mili-
taire, politique et fiscal *.
Louis VIII établit une commune à Beaumont-sur-Oise. La
«
charte reproduit presque textuellement l'acte de franchise
accordé à cette ville par Philippe-Auguste en 1222 ; mais le
mot communia se substitue partout au mot franchisia^ et là
où il était question du bailli il est maintenant question du
maire, qui le remplace dans la ville ; de plus, trois clauses
additionnelles sont particulières à l'acte de 1223-1224. La
première est relative aux délits commis dans la forêt du roi ;
la seconde détermine les limites de la juridiction commu-
nale ; par la troisième, le roi accense aux bourgeois les reve-
nus qu'il avait à Beaumont'.
Nous ne connaissons pas d'autre commune nouvelle établie
1. Catal, no 92.
2. Communes françaises, 279 et suiv.
3. Catal., n" 91. — Cf. Douet d'Arcq, Recherches sur les comtes de
Beaumont, 174.
r
LOriS Vm ET LES VILLES. 421
Loais VIII dans son domainp. En revanche, ce roi con-
•me les chartes de commune de Corbie, d'Amiens, do Pont-
.udemer, de Scnlia, de Creapi. de Sens ', sans compter celles
les principales villes du Poitou. Il confirme la charte de
,207 par laf|uelle Phi lippe- Auguste garantissait à la com-
lune de Rouen presque tous sos anciens privilèges, et la
.arte de 1213 par laquelle ce même roi promettait de res-
icter les coutumes de la commune de Douai, qui se trouvait
lomentanéraent rattachée au domaine royal '. Généralement,
sont des confirmations pures et simples. Dans la seule
charte octroyée aux bourgeois de Sens, on trouve des clauses
nouvelles : deus d'entre elles fixent le taux de certaines
amendes ; selon une autre, tout citoyen voyant une honnête
personne insultée aura le droit de réprimander l'insulteur et
de lui donner jusqu'à trois soufflets. La dernière clause sti-
pule que le roi retient pour lui la prévôté de Sens ".
Cette commune de Sens avait eu des démêlés avec Louis
m. Le maire et les jurés avaient voulu enlever au roi la pré-
rdté. Sur ses ordres formels, ils durent la lui rendre ; par un
;te du mois de décembre 1225, Louis VIII déciare qu'en
iconnaissance de cette soumission, il laisse aux gens de Sens
•ur commune et leur fait grâce des peines encourues pour
rébellion'. C'est alors évidemment qu'il confirma la
larte de commune et y introduisit une clause particulière
ilativeraeiit à la prévôté,
5n général, les rapports de Louis VIII et des villes furent
t pacifiques. Non seulement, il confirme les chartes de
commune, mais encore il favorise certaines villes, commu-
nales ou non, par des mesures spéciales. Ainsi, en 1224, il
cède aux bourgeois de Rouen les arrière-fossés de la ville,
afin qu'ils y puissent faire des maisons ou des jardins;
c'étaient les fossés de l'enceinte primitive, correspondant à
la rue de l'Aumône et â la rue actuelle des Fossés-Louis-VIU.
,ns le même acte, il les autorise à prendre dans la forêt de
Catnl., n'" 28fl, 292, 114, 90, 93. 3H1.
2. N"' (>'t, 40, — Pur un aMe spécial (n- 62), Louis VIII ronfin:
ticle de la charte de 1207 relaii) aux Uëbiicurs des liouennais.
3. N°301.
422 LOUIS VIII ET LES TILLES.
Roumare, ou mémo dans toute l'étendue du bailliage, de la
terre pour teindre et fouler ; enfin il leur permet d'agrandir
leurs quais et leur cède une partie du vieux château \ Louis
confirma aussi divers privilèges obtenus sous les règnes pré-
cédents par les villes de Verneuil, Breteuil, Bourges et
Dun-lc-Roi'.
Comme Philippe-Auguste, il encourage le commerce. Il
autorise les bourgeois de Pont-Audemer à bâtir des halles'.
** C'est particulièrement aux villes nouvellement annexées au
domaine ou qui n'en font point encore partie qu'il accorde
ces sortes de faveurs. Nous l'avons vu en 1224 donner le sauf-
conduit aux jnarchands en relations avec la Rochelle et
exempter de droits les marchandises des hommes de La
Réolo dans toute l'étendue du Poitou*. En 122(5, il mande à
ses baillis do protéger dans leur commerce les bourgeois de
Montferrand, en Auvergne, et donne le sauf-conduit royal
aux habitants de Montpellier, qui détenaient une partie du
commerce méditerranéen '.
Ces deux derniers exemples prouvent que la bourgeoisie
subissait l'influence monarchique en dehors du domaine capé-
tien. Co ne sont point les seuls qu'on puisse citer sous 1p
règno de Louis Vlll. A l'exemple do son père, il confirma la
charte de coniinune reconnue aux habitants de Beauvais par
les évé(iues de cette ville ^ Nous avons vu aussi qu'il con-
firma les coutuiiios do Limoges '. C'est surtout par l'octroi
de la H protection » que Louis Vlll entra en rapports avec
les villes éloignées. Lorsqu'il rerut au siège d'Avignon la
soumission de la ville d'Albi, il la prit sous sa protection. 11
accorda cotte même faveur, en mémc^ temps que son sauf-
conduit, aux habitants de Montpellier. Quelque temps aupa-
ravant, il prenait les habitants de Montferrand sous sa pro-
1. Catal., n'^ 113. — Cf. Chêruel. Hi^l. de Rouen, 125.
2. N"*' 85, 80, 211, 212, 214, 215. — Cf. Delisle, n'» 902, 90'f, 3?,
W, 522.
;i. N" 61.
5. N'- 326, 31»5.
6. N" 127. — Voy. dans Yllist. de Beauvais et de ses institutwi^,
par L. H. Labandci ]). 65 et suiv., rex])osé des rapports de Phil.-Auiî.
avec révoque et la commune de IJeauvais.
7. N« 139.
LOUIS VIII ET LES VILLES. 423
tection, « sauf le droit du comte leur seigneur », et promettait
de ne jamais les détacher de la couronne; en retour, les
bourgeois lui jurèrent fidélité, s'engagèrent à lui payer une
redevance annuelle d'un marc d'or et laissèrent entrer dans
leur ville une garnison royale ^ En réalité, les droits du sei-
gneur recevaient, par de tels procédés, une atteinte mor-
telle.
Tels sont les principaux actes concernant les rapports de
la royauté et des classes populaires de 1223 à 1226. Eu
égard à la brièveté de la période, ils sont nombreux et
importants. Sauf celui qui nous montre des banques italiennes
se fondant à Paris, ils n*ontrien de bien nouveau. Louis VIII
traite les Juifs et les serfs comme le faisaient ses ancêtres, et
les communes comme le faisait son père. Rien encore ne fait
prévoir les grandes transformations de la fin du xiii® siècle,
alors que les villes du royaume commencent à tomber les
unes après les autres sous la tutelle du pouvoir central. Au
temps de Louis VIII, comme au temps de Philippe-Auguste,
le roi se contente de profiter des services de la bourgeoisie,
qui lui fournit des conseillers et au besoin des soldats, et qui
augmente par son travail la richesse publique ; en retour, il
la protège sans Tenchainer. C'est avec pleine raison que
l'historien des Communes françaises a fait de ces deux
règnes la <c période d'alliance » de la royauté et des villes.
1. CataL, no» 394, 395 (cf. Delisle, n« 1548), 319 à 321. — Je ne
connais pas d'exemples de protection accordée par Louis VIII à des
villages. Son père avait au début de son règne usé de ce procédé et du
procédé du pariage pour s'attacher beaucoup de villages situés sur
des territoires ecclésiastiques (Delisle, n»» 169, 175, 226, 229, 234; —
30, 106, 480, etc..) Mais ses vassaux avaient fini par s'opposer à ces
sourds envahissements (Delisle, n° 1055) et l'on n'en trouve plus trace
à la lin de son règne.
CHAPITRE XII.
LE POUVOIR LÉGISLATIF GÉNÉRAL DU ROI.
Quelle est, au temps de Louis VIII, la nature des pouvoirs
généraux de la royauté sur le royaume? Il n'est pas d'an
médiocre intérêt de résumer ce que nous savons sur ce sujet,
effleuré déjà à plusieurs reprises dans le courant de notre
étude.
Selon la théorie monarchiste, le pouvoir législatif général
du roi est absolu. Comme les Carolingiens, les Capétiens sont
des rois d'institution divine et ont le droit de régler comme
il leur plaît les affaires de leurs sujets. Seulement le prince
doit consulter ses grands, parce que sans leur aide sa tache
serait trop lourde ; leur concours est pour lui, non pas une
obligation, mais une nécessité\ En lisant Tépopée de Nicolas
de Brai, on pourrait croire que Louis VIII était un souverain
à la manière de Charlemagno. Mais c'est dans les faits qu'il
faut rechercher des renseignements exacts.
Pour comprendre ce que valait au juste le titre de roi, il
est nécessaire de ne se point renfermer dans Tétude des chro-
niques d'inspiration royaliste et des actes émanés de la chan-
cellerie capétienne. Il faut regarder au dehors. Rien n'e^^t
plus instructif, par exemple, que de comparer les Catalogues
des actes de Louis VIII et des actes de son contemporain Thi-
1. Voy. les excellentes pages de M. Luchairc, Manuel des Inst.,
j87 et suiv. — Les polémistes comme Giraud de Barri, qui s'élevaient
contre la tyrannie des Plantagenets, exaltaient la modération des Cape-
tiens sans porter réellement atteinte à l'idée du droit divin, sans émettre
aucune théorie précise sur la monarchie tempérée. Un demi-^ièclejilus
tard, on commence à invoquer le commun profit et à considérer la
royauté comme un organe utile à la vie sociale. Saint Thomas, s'ins-
pirant des idées d'Aristote, préfère à tous les régimes la monarchie
tempérée: il ])ropose de faire ])articiper au gouvernement la noblesst^
et la nation entière, à condition que le peuple soit intègre et éclairé.
Voy. Cil. Jourdain, PliUoa. de saint Thomas^ I, 403 et suiv. ; et La Huy.
franc, et le droit popuL, dans Hev. des Quest. hist., XVI, 337 et suiv.
LE POUVOIR ROYAL ET LE POUVOIR SEIGNEURIAL. 425
l baud de Champagne'. Le parallèle est d'autant phis naturel
I que la Champagne i^tait, comme le domaine royal, un pays
t d'ordre et de travail. De même que Louis VIII, Thibaud est
|-en rapports constants avec les diverses classes de la société,
f entretient des relations très amicales avec l'Eglise ; lui aussi,
Pii approuve dos donations, des ventes, des arbitrages, pro-
Jmulgue des jugements, fait même des règlements législatifs.
I II semble véritablement que les deux pouvoirs ne diffèrent
rd'aucune façon.
Mais cette comparaison, tout en nous avertissant de ne
Ipoint exagérer l'importance du titre monarchique, ne doit pas
K^nous amener à tenir ce titre pour nul. On ne peut considérer
F l'agrandissement du domaine comme la seule cause vraiment
notable des progrès du pouvoir royal. Dans les terres extra-
domaniales, Louis VIII, comme ses prédécesseurs, a sur la
bourgeoisie et surtout sur l'Église une influence qui dément
une telle opinion. Avec la féodalité même, sans parler des
rapports de parenté et d'amitié, Louis VIII entretient des re-
lations qui prouvent l'autorité réelle du trône. Les premiers
Capétiens eux-mêmes jouissaient au loin d'un prestige que
n'avaient certainement pas les grands feudataires. A plus
forte raison pouvons-nous appliquer à Louis VIII ce que Guizol
ft dit de ses ancêtres du xi' siècle; «Nul autre suzerain, à
coup si'ir. n'agissait alors aussi souvent et à une aussi grande
: distance du centre de ses domaines" ».
Faut-il en conclure que déjà le pouvoir législatif de la
royauté soit vraiment accepté, et que déjà le roi puisse faire
s ordonnances générales l
Va demi-siècle plus tard Beaumanoîr dira que le roi peut
&ire tels établissements qu'il lui plaît pour le commun profit'.
Idais aucune œuvre analogue aux Coulumes de Heauvoisis
B nous renseigne sur l'état de la question au commencement
du xiii" siècle. On trouve dès le temps de Louis VII deux
■donnances applicables à tout le royaume' ; mais faut-il voir
i autre chose que la manifestation platonique des désirs du
1. D'Arbois de .lubalnville, //i'»I. rf« omirs de C/t/tnipagne, tome V.
2. Civiliiiilion fn France, iV, lOa.
3. lleaumanuir, 11, 22.
k. Luchatre, liistit. monarch., I, 245-216.
426 CARACTÈRE DE l'ordonSANCE DE 1223.
roi ? Nous ne voyons pas que Phi lippe -Auguste ait imposé
un seul de ses actes législatifs à tout le baronnage; mais plu-
sieurs « sont rendus avec le concours, l'assentiment tle.i
a barons du royaume ; et, à ce titre ils ont force de loi sinon
(1 dans touto son étendue, du moins dans les domaines des
1' barons qui ont pris part à son adoption ' ». Au temps àe
Louis Vin, l'ordonnance sur les Juifs est dans ce cas; en
voici le préambule ; « Sachez que par la volonté et par l'as-
11 sentiment des archevêques, des èvéques, comtes, barons
11 et chevaliers du royaume de France, qui ont des Juifs, et
i< qui n'en ont pas. nous avons fait un établissement sur les
« Juifs, qu'ont juré d'observer ceux dont les noms suivent:
« Guillaume, évêquo de Cbâlons-sur-Marne, comte du Perche;
" Philippe, comte de Boulogne; la duchesse de Bourgogne;
H la comtesse de Nevors ; Gautier, comte de Blois ; Jean.
ir comte de Chartres ; Robert, comte de Dreux, pour lui et
11 pour le comte de Bretagne, son frère; le comte de Namiir;
Il le comte de Grandpré ; le comte de Vendôme ; Robert
11 de Courtenai, bouteiller de France ; Mathieu do Montrao-
n renci. connétable de France; Archambaud de Bourijon;
« Guillaume de Dampierre ; Enguerran de Coud ; AmaurI,
" sénéchal d'Anjou; Dreu de Mello ; le vicomte de Beau-
n mont; Henri de Sulli; Guillaume de Chauvigni ; Gautier
« de Joigni ; Jean de Viévi ; Guillaume do Saille' ».
Donc le mi a agi, non avec l'assentiment de tous les nobles
et de tous les évêques de France, ce qui est une simple for-
mule, mais de concert avec im certain nombre de seigneurs-
Les derniers nommés dans le préambule sont des familiers du
roi, des vassaux de son domaine, ou des arrière-vassaux; les
premiers sont des barons. On remarquera parmi eux Philippe
de Courtenai, comte de Namur, qui est parent et ami personn*.'!
de Louis Vlll, mais dont le comté est situé hors du royaume de
France. Cet établissement sur les Juifs ressemble donc à cer-
tains égards à une convention diplomatique entre souveraios:
mais c'est en somme une ordonnance du roi de France et les
vingt-quatre seigneurs qui ont scellé l'acte ont Juré l'établisse-
CARACTÈRE DE l'oRDONNANCE DE 1223. 427
ment que Louis VIII a /«iV. Voilà donc un acte législatif du roi
qui a force de loi dans un certain nombre de baronnies; mais
ce n'est pas tout. « Sachez, est-il dit dans le texte, que nous
« et nos barons avons décidé et ordonné au sujet do Tétat
« des Juifs, que nul d'entre nous ne peut recevoir ni retenir
« les Juifs d'un autre, et cette stipulation s'applique à ceux qui
« ont juré l'établissement et à ceux qui ne l'ont pas juré. »
Nous avons vu en effet que Thibaud de Champagne, qui n'a-
vait pas juré l'ordonnance, dut prendre sur ce point un en-
gagement formel envers le roi ; s'il s'y était refusé, les vingt-
quatre signataires eussent aidé Louis VIII à l'y contraindre.
Ainsi, en théorie, le roi est tout-puissant et ne recourt au
conseil de ses grands que pour sa propre commodité ; en réa-
lité, il ne peut point se passer de leur concours, et les rares
ordonnances générales qu'il établit sont de véritables traités.
A la fin du xiii*' siècle ces actes se multiplient et deviennent
véritablement des ordonnances royales ; mais c'est qu'alors
la grande féodalité indépendante aura à peu près disparu.
CHAPITRE XIII.
LA ROYAUTÉ APRES LA MORT DE LOUIS VIII. — CONCLUSION.
La mort avait brusquement enlevé Louis VIII à trente-
neuf ans, au moment où les menaces d'un soulèvement féo-
dal rendaient sa vie si précieuse aux intérêts de sa dynastie.
L*espérance d'imposer facilement des conditions à une femme
n'a été que la cause seconde de la guerre où Blanche de Cas-
tille sut montrer tant d'habileté ; la cause première était
rénorme accroissement de la puissance royale sous Philippe-
Auguste ; une réaction était inévitable. L'orage était tout
formé quand Louis VIII mourut.
Louis avait plusieurs enfants mâles ; les Capétiens eurent
cette heureuse chance pendant trois siècles ; mais l'aîné n avait
que douze ans. Cloué à Montpensier sur son lit de douleur,
ot sentant approcher sa fin, le roi appela près de lui vingt-
six barons et prélats qui l'avaient accompagné et les adjura,
au nom de la fidélité qu'ils lui devaient, d'aller en toute hâte
après sa mort porter leur hommage à son fils aîné. Phi-
lippe-Auguste avait fini sa vie tranquillement; Louis Vlll
termina la sienne dans Tinquiétude; ces vingt-six personnes
lui firent le serment de procéder sans délai au couronnement
de son héritier ; mais c'étaient des amis, des officiers, des
conseillers ordinaires de la royauté ; que feraient les autres'?
Louis VIII n'avait pas songé à organiser la régence dans
son testament de 1225. L'archevêque de Sens, les évoques
de Chartres et de Boauvais déclarèrent après sa mort que se-
lon les dernières volontés exprimées par lui en leur présence.
1. CataL, iv" 435- '»37. — Selon Mousket, v. 27237 et suiv., Louis VIII
confia particulièrement son liériticrà Mathieu de Montmorenci, àGuêrin
et à Jean de Nesle et recommanda de no point oublier d'envoyer dos
secours aux garnisons laissées en Albigeois. Nous avons vu que Mathieu
de Montmorenci n'avait pas accompagné Louis Vlil dans le midi.
REOENCB DE BLANCHE DE CASTILLE.
429
i Qoureau rui devait être placé jusqu'à sa majorité, ainsi que
B royaume, » sous le bail ou tutelle de sa mère Blanche' ".
t fort étonnant qu'une décision aussi importante n'ait pas
s attestée du vivant de Louis VIII dans les lettres où les
BVîngt-aix barons et prélats rapportent ses désira suprêmes.
Michelct traite de mensongère la déclaration des trois pré-
lats; mais il n'invoijue pas un bon argument: « La régence
et la tutelle du jeune Louis IX, dit-il, eussent appartenu,
R d'après les lois féodales, à son oncle Philippe le Hurepel...
I C'était une grande nouveauté qu'une femme commandât à
R tant d'hommes ; c'était sortir d'une manière éclatante du sys-
rtème militaire et barbare qui avait prévalu jusque-là, pour
f. entrer dans la vie pacifique de l'époque moderne' ". II est
irai que le bail féodal appartenait au plus proche parent
Aie du côté d'où venait le flef ; mais cette règle ne trouvait
t son application dans les usages monarchiques relatifs à
la régence, que les premiers Capétiens organisaient comme
ils le voulaient : généralement elle était partagée entre la reine
mère et un grand' personnage, ordinairement un prélat. En
partant pour la croisade, Philippe-Auguste avait laissé le
pouvoir à la reine et à l'arohevèquo de Reims. Il n'y avait
point avant 1226 de « système militaire et barbare » qui
prévalût, et Hue de la Ferté exprimait un sentiment tout
personnel quand il disait :
Bien est France abâtardie
Signer baron, entendes,
Quand femme l'a en baillie ".
Louis VIII n'a pas confié la régence à sa femme, il
irait assurément pu le faire sans briser les traditions de
, dynastie.
Ceux qui aiment à disserter sur les justes retours des
ihoses d'ici-bas, pourront remarquer qu'en octobre 1316
1. « voluit et disposuit quod filius ejus qui ei in regno Bucce-
K deret, cumipio regno et puerisipsiusaliis, essentsubballosivetutela
■ domine nostre B. regine,genetricia eorum, doneo ad nitatem legitimam
tpervenirent. u (Teulet, n° 1828.) BréquLgny(flfcAeccAeï sur les Hé/jen-
ten France, dans Leber, Dissertations, IV, SOS-SO') n'a pas lu atten-
rement ce texte, oii il prétend qu'il n'est pas question de la régence.
a. Ilisl. de Fr.. livre IV, chap. vni (éd. lletzel, !
8. I'. Paris, Romancero fi-anKaîa, IBi
., I, 364).
430 LA CRISE EN FRANCE ET EN ANGLETERRE.
Jean sans Terre mourant laissait à Henri III enfant nn
royaumo déchiré par !a guerre civile, et où Louis de France
semblait le véritable roi; et que dix ans après. Louis, mou-
rant de la même maladie que Jean sans Terre, léguait à snu
fils mineur et à sa femme le soin do triompher d'une coali-
tion seigneuriale que Henri III encourageait. Ce rapprocheroeol
peut d'ailleurs suggérer des réfleiions intéressantes. Le siiccèï
Snal de la lutte que soutint Blanche de Castille contre les
nobles ne prouve pas seulement le génie politique de cette
reine ; il a d'autres motifs. Hubert de Bourg était habile et
énergique et cependant il ne vint pas facilen^ent à bout des
troubles do la Grande-Bretagne pendant la régence. Si l'ou
recherche les causes de cette différence, on arrivera à mieux
comprendre la situation respective des monarchies anglaise
etfpançaise, les raisons profondes de leur évolution contraire.
La comparaison du pouvoir royal et de son avenir latent
dans les deux pays pourrait donner matière k bien des jeus
de stylo; les antinomies sont nombreuses, mais apparentes
seulement. En Angleterre, la royauté estforte. et ce pays sera
un pays libre. En France, la royauté est faible, et elles
déjà beaucoup de chances pour devenir absolue. Au delà <lu
détroit, le régime féodal a toujours été incomplet; il est en
pleine décadence au xni= siècle et aura presque disparu an
xiv*. En deçà, il est au xni* siècle fixé et systématisé. Cepen-
dant, au delà, ce sera le régime de contrat qui prévaudra en
politique, et en deçà, ce sera le régime du droit divin sans
contrôle. C'est qu'en Angleterre la crainte inspirée par h
monarchie a fait l'union de ces deux ennemies, la nobleaic
et la classe moyenne, union précisément facilitée par la dé-
crépitude rapide du régime féodal. En France, où la monar-
chie n'a pas ou encore le pouvoir d'être tyrannique et où les
classes populaires séparent leurs intérêts de la cause des
nobles, ce sera une réaction purement seigneuriale qui sui-
vra la mort de Louis VIII, ce ne sera pas une véritable guerre
civile. Loin d'avoir une origine et une prérogative précises
comme la dynastie normande, la monarchie capétienne e*t
un pouvoir mal défini, plein de contradictions. Ellee«td'in«-
litution divine et cependant il a fallu bien des efforts pour
qu'elle devînt héréditaire. Elle est romaine par la traditiou,
i
r
1
CONCLUSION . 431
mais elle vit au milieu du régime féodal. On ne la craint
point assez pour qu*une résistance sérieuse s*organise et
cependant elle est redoutable. Nul ne peut dire où elle s'arrê-
tera. Il n y a aucun principe, aucune idée générale et en
fait aucune grande institution aristocratique ni populaire
qui puisse limiter son développement. Le hasard aidant,
l'avenir est à elle.
L'on ne peut dire que Louis VIII ait eu pour unique souci
de ressembler à Philippe-Auguste. Très différent de son
père, qui n'était rien moins qu'un saint, ce prince avait un
idéal moral. Mais, dans la pratique du gouvernement, cette
différence n'a pas été sensible. Louis VIII n'a pas cherché
comme saint Louis à réaliser la justice sur terre, et c'est
avec raison que l'Eglise a réservé à ce dernier la béatifica-
tion. On peut donc appliquer à Louis VIII ce que M. Langlois
dit de Philippe le Hardi * : c'était son père qui avait choisi
et formé les conseillers dont il s'entoura; ce furent les
maximes de son père qui le guidèrent. Nous avons cepen-
dant essayé de montrer que la vie de Louis VIII a en soi son
intérêt. Sans doute, pendant son gouvernement en Artois
comme pendant son règne, les procédés dont use la monar-
chie pour briser l'enveloppe féodale sont appliqués à peu
près sans modifications ; mais avec quelle netteté singulière
apparaissent dans sa carrière diplomatique et guerrière les
ambitions nouvelles de la dynastie capétienne ! Depuis le
moment où Louis est a^mé chevalier jusqu'à l'heure de son
agonie, sa vie est remplie de deux grands desseins : anéantir
la puissance des Plantagenets et conquérir le midi hérétique.
Philippe - Auguste avait Tesprit plus compliqué et plus
pratique en môme temps, en somme une intelligence supé-
rieure ; mais c'est son fils qui, malgré la papauté, a tenté
dans une lutte de deux années de réunir les couronnes de
Hugue Capet et de Guillaume le Conquérant ; c'est lui qui,
d'accord cette fois avec le Saint-Siège, a définitivement
1. Le régne de Philippe le Hardi^ 376.
432 CONCLUSION .
tourné la royauté vers le midi ; il est allé trois fois en Albi-
geois, où son père n'avait jamais voulu mettre le pied; il a
conquis le Languedoc, il est entré en maître dans le royaume
d'Arles, ce chemin de l'Italie. Il ne songe point à la cou-
ronne impériale, dont l'éclat vanté avait un instant séduit
Philippe - Auguste ; désormais, les Capétiens dirigeront
leurs regards vers le sud, et la préoccupation des affaires de
l'empire ne sera plus chez eux qu'intermittente.
Les grandes ambitions n'ont pas manqué à Louis VIII, non
plus que l'énergie pour réaliser ses plus chimériques pré-
tentions. Il n'est certainement pas le personnage totalement
insignifiant dont la plupart des historiens n'ont pu citer le
surnom de Lion sans des réflexions ironiques. Il a eu proba-
blement l'esprit médiocre ; mais combien y a-t-il eu d'hom-
mes intelligents en ce temps-là? Du moins sa pensée était-
elle hantée par ces rêves de sainteté et de puissance que
l'éducation cléricale et classique faisait naître, seules idées
générales qui éclairassent et élargissent les cerveaux obscurs
et étroits des hommes du moyen âge. Le fils de Philippe-
Auguste avait des motifs d'agir et, en effet, il n'a pas été un
prince fainéant. Le Ménestrel de Reims a formulé en ces
termes la juste opinion qu'on avait de Louis VUI au temps
où régnait son fils : « Cil Loueys fu preuz et hardiz et com-
« batanz et ot cuer de lion ; mais tant comme il vesqui, il
c( ne fu sans painne ne sans travail \ »
1. Ménestrel de Reims, § 7G.
FIN.
APPENDICES
Ch. PiTiT*DnTAiLLis. Règne de Louis VIIL S8
APPENDICE N" I
EXHUMATION DU CORPS DE LOUIS VIII
EN 1793.
Alexandre Lenoir raconte ainsi, dans ses Notes historiques sur les
exhumations faites en 1793 dans Vabbaye de Saint-Denis {Musée des
Monum. franc, II, cxxiv-cxxv), la découverte des restes de Louis VIII,
faite le 19 octobre 1793 :
« Le corps de Louis VIII, père de saint Louis, mort le 8 novembre
<K 1226, &gé de quarante ans, s'est trouvé aussi presque consumé : sur la
« pierre qui couvrait son cercueil, était sculptée une croix en demi
« relief. On n*a trouvé qu'un reste de sceptre de bois pourri, et son
« diadème, composé d'une bande d'étoffe tissue en or, avec une grande
« calotte d'une étoffe satinée assez bien conservée : le corps avait été
« enveloppé dans un drap ou suaire tissu en or; il s'en trouva encore
« des morceaux intacts. Son corps ainsi enseveli avait été recouvert et
« cousu dans un cuir fort épais, qui avait encore toute son élasticité.
« Ce fut le seul corps, parmi ceux exhumés à Saint-Denis, qui fut
« trouvé enveloppé de cuir II est probable qu'on à ainsi enveloppé
« le corps de Louis VIII, pour le préserver de la putréfaction dans le
« transport qu'on en fit de Montpensier, en Auvergne, où il mourut à
c son retour de la guerre contre les Albigeois. »
M. de Guilhermy, dans sa Monographie de Véglise royale de Saint-
Denis, transcrit un procès-verbal des exhumations qu'il attribue à Dom
Poirier et qui est la copie à peu près textuelle des Notes historiques
de Lenoir. Il ajoute (p. 73, note 1) : « M. Albert Lenoir possède un
<K dessin colorié qui a été fait par son père, au moment de l'exhu-
« mation, et qui représente le squelette entier de Louis VllI enveloppé
« d'une étoffe blanche brochée d'or. »
M. de Guilherray aurait pu ajouter qu'Alexandre Lenoir avait fait
aussi surplace des aquarelles d'après les restes de Henri IV, de Turenne
et de Louis XV.
Gr&ce à l'extrême obligeance de M. Alfred Lenoir et de M. Boitte,
nous avons pu voir ces aquarelles. Celle qui nous occupe ici n'est
malheureusement pas la plus intéressante. Elle représente un squelette
436 [app. i] exhumation du corps de louis vin.
absolument décharné. La tête est coiffée d'une calotte blanche et d'uo
bandeau en or; le corps est enveloppé presque complètement d*im
suaire grisâtre orné de bandes d'or. D'après la position du squelette
sur la pierre tombale, qui était sans doute de la dimension ordiDaire,
il semble bien que Louis VIII était de petite taille, comme le dit le
chroniqueur de Tours.
Les aquarelles faites d'après les cadavres remarquablement conseirés
de Henri IV, de Turenne et de Louis XV, offrent un grand intérêt et ii
est à souhaiter qu'elles soient un jour reproduites.
Al. Lcnoir a donné dai)s ses Monuments des arts libéraux, pi. 2;,
un dessin exécuté d'après la plaque de cui\Te qui recouvrail le
tombeau de Louis VUI, et qui a été fondue en 1793. Louis y est
représenté sous la forme d'un homme maigre, à la figure émaciée et
glabre.
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APPENDICE N" III
ITINÉRAIRE DE LOUIS Vlir
1223
30 juiUet.
31 juillet.
3 août.
4 août.
5 et 6 août.
8 août.
Août.
Septembre.
24 octobre.
Beauvais.
Si-Just-en -Cha ussée.
St-Médard de Sois-
sons.
Mont Noire-Dame.
JReims.
Notre-Dame de Sois-
sons.
Compiègne , Paris ,
Melun^, Sens.
Bourges, Tùurs^, Sau-
mur, Alencon ??y
Fontainebleau.
St- Benoit-sur-Loire .
Octobre.
8 novembre.
Novembre.
22 novembre.
Novembre.
25 novembre.
Novembre.
Nov.-dcc. ?
8 décembre.
(9) décembre.
10 décembre.
Décembre.
Paris,
Paris.
Compiègne, Sofon^
Chauni.
St-Quentin.
Pèronne.
Arras.
Douai.
Mon treuil-sur' Mrr.
St-Biquier.
Abbeville.
Corbie.
Compiègne, Montât'
gis.
(1-20 ?) janv. Lorris.
20 janvier. Epône.
21 janvier. Chartres.
1224
Janvier.
Pont-de-l'Arckt,
Bouen ? LilleboMt.
Gisors.
1. Les mentions qui sont citées sans références ont été puisées soit
dans le Catal. des actes, soit dans la liste des Gîtes de Louis VlUt
publiée par Brussel {Us. des Fiefs, I, 546).
2. Nicolas de Brai, 317.
3. Chron. de Tours, 304.
[APP. m] ITINÉRAIRE DE LOUIS Vni.
439
31 janvier.
Février.
Mars.
21 mars.
21-29 mars.
Mars.
Liancourt.
Meularit Sf-Germain,
LorriSf Melurty Pa-
ris.
Paris j Breteuil.
Saint'Maur-des-Fos'
ses.
Melun.
St' Germain.
Dul4juill.l223]/>an>, Compiègne^
aul3avr.l224 j Melun, Sens.
1 au 13 avril. Si- Germain.
1 4 au 30 avril. Si- Germain .
30 avril. Sermaises,
5 mai. Paris ^.
Mai . Bourges , Lorris , Fon.
tainehleau, St-Ger-
main, Paris.
Juin. Paris, St- Germain.
Du 14 av. au ) Paris , St - Germain ,
mois de juin.) Fontainebleau.
24-25 juin. Tours^.
Montre uil- Bellai.
Devant Niort.
Niort.
Saint'Jean-d 'Angéli,
Dompierre.
Fin juin.
3 juillet.
5 juillet.
5 au 15 juin.
Du 15 juillet^
au 3 août.
Du 3 août, jus-
que vers le 15.
Avtle24août.
24 août.
Août-sept.
Septembre.
Octobre.
25 octobre.
I au 8 nov.
8 novembre.
(8-11?) nov,
II novembre.
12 novembre.
13-14 nov.
18 novembre.
23 novembre.
Fin novcmb.
7 décembre.
Décembre.
Fin 1224?
Devant La Rochelle.
La Rochelle.
Poitiers^, Niort, St-
Maixent, La Haie
en Touraine.
Souvre.
Paris*,
St- Germain, Paris.
Paris, Melun, Lorris.
Le Lorei.
Paris,
Meau.v.
Compiègne.
Craonne.
Reims.
Châlons-sur- Marne.
Vaucouleurs •.
Reims.
Conflans , Bruyères
(près de Fèro en Tar-
dcnois, Aisne).
Paris^.
St-Germain.
Mon targis , St - Ger -
main, Paris,
1225
14 janvier. Sens.
17 janvier. Emans.
Février. Melun, St-Germain.
Du 14 juill. \22i)Paris,St'Germain,
au 29 mars 1225. ) Pont-Levoi,
Mars. Anet, Breteuil, Beau-
mont'U'Roger,
Avril.
15 mai.
Paris, Le Vaudreuil?
Pont -de- l'Arche ?
Pon toise , St- Ger-
main.
Saint' Germain, Com-
piègne, Paris.
Paris \
1. Chron. de Tours, 317.
2. Pour cette mention et les suivantes : Chron, de Tours, 305.
3. Shirley, Royal letters, I, 237.
4. Nicolas de Brai, 327.
5. Chron. de Tours, 306.
6. Ibidem, 307.
7. Ibidem, 308.
440
[APP. m] ITINÉRAIRE DE LOUIS VUI.
30 mai.
Péronne^.
6 octobre.
Andresi.
Juin.
Bapaume , Compiè -
22 octobre.
BoisviUe -la- Saint-
gne, Paris, St-Ger-
Père.
main, Melun.
23 octobre.
SantHli.
2 juillet.
Tours et Chinon^.
24 octobre.
Blandi.
Du 30 mars au) _ . „, ^
*, . .11 . [Pans, St' Germain.
14 juillet. )
Octobre.
8 novembre.
Anet, Gisors.
Melun *.
21 juiUet.
Paris 3,
8 au 13 noY.
Paris *.
Août.
Senlis , Compiègne ,
Novembre.
Melun, Paris.
le Vaudreuilf Vin-
30 novemb.
Arras.
cennes.
Décembre.
Hesdin, Compiègne,
Septembre.
VincenneSf LorriSf Si-
Paris, Montargis.
Benoit - sur - Loire,
Sens, Nemours.
Paris.
1226
18 janvier.
ruri.
1
1-11 avril.
Melun.
Janvier.
Orléans, Compiègne.
21 avril.
Si- Germain.
28 janvier.
Paris «.
19-30 avril.
Si- Germain.
30 janvier.
Paris \
Mai.
Paris, St' Germai»,
23 février.
Paris.
Lorris.
Fé>Ticr.
Lorris.
17 mai.
Bourges ^.
Février-mars.
Paris.
Mai.
Bourges, Nevers: i.iu-
8 mars.
Bresle.
vergne *®.
9 mars.
Beauvais.
28 mai.
Lyon^^.
9-29 mars ?
Senlis ?
1-6 juin.
Valence, Pont-dt-
29 mars.
Paris ^.
Sorgues *=*.
Mars.
30marsl22o-
Vincennes.
} Compiègne, Sl-
Ger-
7iuinius<iu'au)-- ... ,.
.1 . 1 Devant Avignon^ \
commode sept.)
18 avril 1226.
) main, Paris.
Septembre.
A \'ign 0 n , Béz iers ,
\Paris, Lorris,
Au-
Carcassonne.
14 juin. 1225-
\ neau, Gisors,
Me-
Octobre.
Pamiers, Belpech.
18 avril 1226.
\ lun.
M
Castelnaudari,
1. Chron. de Tours, 308.
2. Ibidem.
3. Ibidem.
4. Ibidem, 309.
5. Ibidem.
6. Ibidem, 312.
7. Ibidem.
8. Ibidem, 313.
9. Ibidem, 314.
10. Vincent de Beauvais, 1276; Chron. de Tours, 314.
11. Roger de Wendover, lil, 110-111.
12. Chroîi. de Tours, 315.
13. Ibidem, 315 et 317.
[APP. m] ITINÉRAIRE DE LOUIS VIII. 441
Oct. (suite). Puilaurent, Lavaur,
Albi , Monestiés y
Rhodez, Espeillac^.
26 octobre. Clermont '.
29 octobre au) __ ^ . _
, [Montpensier^.
8 novembre. ) ^
1. Guill. de Puilaurent, 217.
2. D'Aubais, Pièces fugitives, I, part. 2, p. 80. Cf. Calai. ^ n» 434.
3. Vincent de Beauvais, 1276-1277.
APPENDICE IS" IV
LISTE DES ASSEMBLÉES POLITIQUES TENUES
PENDANT LE RÈGNE DE LOUIS VIU.
I. Louis VIII, après avoir été sacré à Reims, rentre à Paris et tient une
assemblée à laquelle assistent les barons. Les citoyens de Paris
viennent offrir au roi des dons de joyeux avènements
II. £n septembre 1223, à Saumur, une assemblée règle les droits du
roi dans la terre de l'abbaye de Cormeri*.
III. Le 8 novembre 1223, à Paris, assemblée où Ton règle rétablisse-
ment sur les Juifs et où Louis VIII rend réponse aux réclamations
formulées par les ambassadeurs du roi d'Angleterre'.
IV. Assemblée le 22 novembre 1223 à Saint-Quentin. Les bourgeois y
reconnaissent au roi certains droits*.
V. Assemblée en janvier 122'i à (ïisoi*s. L'archevêque de Rouen fait
serment de respecter les coutumes du duché de Normandie^.
Vï. Assemblée tenue probablement à Paris à la fin de janvier ou en
février 122'i. Louis Vlll fixe les conditions auxquelles il accepte la
direction de la croisade en Albigeois^.
Vil. Assemblée en mars 122'» à Saint -Germain -en -Laie. L'avoué
d'Arras se désiste solennelleuient de ses prétentions sur la haute
justice d'un fief (ju'il tient du roi^.
Vlll. Assemblée générale le 5 mai 122'» à Paris. Louis Vlll rejette les
demandes du pape au sujet de l'Albigeois et dénonce la trêve avec
l'Angleterre^.
1. Nicolas de Brai, 314 et suiv.
2. Calai., n« 16; cf. n" 28 1.
3. Calai., n» 26. — Raoul de Coggeshall, 197.
4. Calai., n" 46.
5. Calai., n® 66.
6. Calai., no 81. — Cf. n" 103: « Communicato consilio cum prelatis
et baronibus nostris »
7. Calai., no 88.
8. Chron. de Tours, 317. — Calai., no 103. — Rymer, I, part, i, 174.
— Cf. Nicolas de Brai, 319 et suiv.
[APP. rv] ASSEMBLÉES POLITIQUES. 443
•
IX. Assemblée tenue le 24 juin 1224 à Tours, pour statuer sur les pré-
tentions de trois évoques qui se déclarent exempts du service d'ost^
X. Assemblée en août 1224 à La RochellQ. Un certain nombre de
barons confirment par serment les conventions que Louis Vlll a
conclues avec les bourgeois de la ville*.
XI. Assemblée générale le 7 décembre 1224 à Paris*.
XII. Assemblée le 15 mai 1225 à Paris. Louis VIII et le légat y débattent
les affaires d'Angleterre et d'Albigeois, et diverses autres*.
Xin. Assemblée le 30 mai 1225 à Péronne. Louis VIII interroge le faux
Baudouin^.
XIV. Assemblée tenue peut-être en mai ou juin 1225 en Artois?? La cour
du roi décide que le roi a la haute justice à Oppi et à Bois-Bernard^
XV. Assemblée le 2 juillet 1225 à Chinon. Règlement de la succession
de Ponthieu. Conclusion d'une trêve de quelques jours avec le
vicomte de Thouars^.
XVI. Assemblée le 21 juillet 1225 à Paris. Le vicomte de Thouars, son
frère, son neveu et l'un de ses vassaux font hommage au roi de
France®.
XVII. Assemblée le 8 novembre 1225 à Melun. Le roi et les évêques
de France discutent une question de juridiction. On délibère sur
l'affaire d'Albigeois et la trêve avec l'Angleterre*.
XVIII. Assemblée générale le 28 janvier 1226 à Paris, au sujet de la
croisade en Albigeois *<*. ,
XIX. Assemblée en mars 1226 à Vincennes. Le comte de Montferrand
vient faire hommage au roi ".
XX. Assemblée le 29 mars 1226 à Paris. Le rendez- vous des croisés
est iïxé au 17 mai à Bourges ".
XXI. Assemblée à Melun, dans les premiers jours d'avril 1226. Con-
clusion d'un traité avec la comtesse de Flandre. Accommodement
entre le comte de Boulogne et la comtesse de Ponthieu ".
XXH. Assemblée à la fin d'avril 1226. Le nouveau vicomte de Thouars
vient faire hommage à Louis VIII. Le roi, « sur le conseil d'hommes
grands et prudents », édicté des peines contre les héréticfucs du
midi et leurs fauteurs **.
1. CataL, n» 132.
2. CataLy n» 145.
3. Chron. de Tours, 307.
4. Chron, de Tours, 308.
5. Chron. de Tours, 308. — Reineri Annales, 679.
6. Catal., no* 240-241.
7. Catal., n« 260-261. — Chron, de Tours, 308.
8. Chron. de Tours, 308. — CataL, n"» 264 à 267.
9. Chron, de Tours, 309.
10. Chron. de Tours, 312. — CataL, n<>» 315 à 317.
11. CataL, n» 327.
12. Chron, de Tours, 313.
13. CataL, n^' 340 à 344 et 352.
14. CataL, n^* 360 à 362.
444 [app. rv] assemblées politiques.
XXni. Assemblée générale le 17 mai 1226 à Bourges, pour régler la
campagne en Albigeois*.
XXIV. Assemblée en octobre 1226 à Pamiers. Louis VUI rend une
ordonnance contre les excommuniés et conclut diverses conventions
avec le clergé du pays ^.
XXV. Assemblée le 3 novembre 1226 à Montpensier. Louis VIII à son
lit de mort convoque les prélats et les barons et leur fait jurer de
procéder au plus vite au couronnement de son fils Louis 3.
1. Chron. de Tours, 314.
2. Guill. de Puilaurent, 217. — CataL, no* 419 à 425.
3. CataL, n*» 435 à 437.
APPENDICE N" V
LISTE DES OFFICIERS DE LOUIS VIII
ET DES PERSONNAGES
QUI ONT PRrS PART
AUX ASSEMBLÉES POLITIQUES ET JUDICIAIRES, ET AUX CONSEILS DU ROI
DE 1223 A 1226 ï.
Chancelier : Guérin, évoque de Sen-
tis.
BouTEiLLER : Robert de Gourtcnai.
Chambrier : Barthélemi de Roio.
Connétable : Mathieu de Moulmo-
renci. {Les souscriptions des
quatre grands officiers figurent
selon cet ordre dans tous les
diplômes de Louis VIII.)
Maréchaux : Jean Clément, seigneur
d" Argentan (5.— XV et XXV,—
Chartes et dipl„\o\. 133, f« 62.
— Cf. Teulet. n° 1811, note).
Robert de Couci (XVUI, XXV).
Gui de Lévis {Hist. du Langue-
doc, VI, 655-656).
Chambellans : Ours de la Chapelle
(19, 460. — V, IX. XIX, XXII,
XXV).
Pierre TrisUn (57, 97, 225).
Maurice (376. — Arch. Nat., LL,
1157, fo 369).
Adam (VII).
Le comte Jean, mort avant 1226.
(Voy. no 335).
Vice-Chambellan : Etienne de San-
cerro (170. Cf. 12; — VII, XIV,
XV. XVIII, XIX, XXV).
Panetiers : Uuguo d'Athics, cheva-
lier (67AaWé»s f/ £^«/?/., vol. 138,
{» 17.-^ Arch. Nat., LL. 1026,
f" 138 vo). Voyez la liste des
baillis.
. Pierre Baron (168).
GuiUaume (377).
Bahier (247).
ËCHANSONS : Ours de Bréci , fîls
d'Ours de la Chapelle (19).
Jean (236).
EcuYERs : Jean (22, 23).
Nicolas de Châtcaulandon (277).
Fauconniers : Geoflroi (V).
Milon (V.)
Chapelain : Vincent (V, XXIÏ).
Aumôniers : Guillaume Crispin (V,
XXII).
Frère Chrétien, templier (286).
1. Les chiffres arabes indiquent les numéros des actes auxquels nous
renvoyons (voyez Append, n® VI); les chiffres romains indiquent les
n»* des Assemblées auxquelles ont pris part les personnages énumérés
(voyez Append, n« IV).
446 [APP. V] OFFICIERS ET CONSEILLERS DE LOUIS Vm
SÉnécHAx d'Anjou : Amauri de Graon
(6.— X, XV, XVIII).
Sénéchal db poitou : Geofiroi de
Bulli (XV).
Sénéchal de Beaucairs : Pèlerin
LaUnier (423).
Sénéchaux inférieurs : Sénéchal
DU Mans : Jean Pinel {Enquêtes,
n® vi).
Baillis: Adam de Milli, chevalier,
baUli d'Arras en 1224. 1225,
1226 (VII. — Recette de 1226,
pièce justif. n° xiii. — Chartes
et dipL, vol. 136, f» 25).
Barthélemi Drouin, bailli do Li-
sieux en 1226 {Recette de 1226).
Berruier de Borron, bailli de Ver-
neuil en 1226 (372).
Etienne do Uautvilliers , bailli de
Sens (Recette de 1226).
Geoflroi de la Chapelle, bailli de
Caux ? {Recette de 1226. — V,
XIV).
Guillaume do ChastcUiers, bailli de
Vcrraandois on 1226(310, 353.
— Recette de 1226. — Coll.
Grenier, vol. 53, f" 154).
Guillaume Fursei (353).
Guillaume de Villc-Thierri, bailli
de Gisors (Recette de 1226.
— 68 A. — V).
Iluguc d Athics, bailli en 1224
^87. — V, VII, XV, XXII).
Jean de Fricamps, bailli d'Amiens
en 1225 cl 1226 (208. — Re-
cette de 1226).
Jean de la Porte, bailli de Rouen
en 1226 {Recette de 1226).
Pierre do Rouci, chcvjHier, bailli
de Bourges en 1226 (319, 320.
— Recette de 1226. — XIV).
Pierre de Thillai, bailli de Caen et
Falaise jusque vers 1225 (Do-
lisle, Fragm. de l'histoire de
Gonesse, dans Bih. Ec, CA.,
série IV. t. V, 120. — Léchandé,
Grands Rôles, 205).
Renaud de Baron, chevalier, bailli
de Senlis ?en 1225 et 1226(275.
310-311. 353— Coll, Grenier,
vol. 53, fo 154. — Cf. le mémoire
d'Aflbrty sur les baillis de Senlis
dans Comptes rendus et Mém.
du comité archéol. de Senlis,
année 1881, p. 6: c L'an 1224,
Renault deCalioiuieouCelionne,
chevalier, étoit bailly de Senlis,
suivant un titre de labbaje de
Froidmont »).
Renaud de Ville-Thierri. bailli de
Bayeux et Avranches, puis de
Gaen et Falaise (Delisle, op.
cit., ibidem. — Catal., 254. —
Recette de 1226. — Léchaudé,
Grands Rôles, 204 et 205).
Baillis inférieurs : Thibaud Mon-
nayer, bailli en 1225 (253).
Thierri de Galardon, bailli deTou-
raine (Enquêtes, n'* v. — Re-
cette de 1226. — Arch. hisior.
du Poitou, VIII. 45.— Cf.Teu-
let. no 1391).
Thomas, écuyer. bailli en 1223
(D'Arbois do Jubainville, Calai,
des actes des comtes de Cham-
pagne, n» 1563, dans Hist. des
comtes de Champ., t. V).
CuATELAiN d'Etampes : Guillaumo
Ménicr(299. — V, VII, XV,
XXII. — Recette de 1226).
Guillaume Ménier était peut-être
bailli d'Orléans.
Autres perso.nnages qui comptent
DA.Ns LA recette DE 1226:
Adam Héron*, Baudouin de Danc-
mois, Galerand'Escrennes.Guil-
1. Adam Héron était bailli au temps de Ph.-Aug. (Scripta de Feodis^
H, F., XXIII, 669).
[APP. V] officiers et conseillers de louis VIII 447
laume Escuacol, Hecelin^ Pierre
Baron. Thiboud de Chartres (Cf.
Ass. V).
AUTRBS PERSOrtlfAGES QUI DIRIGENT
DES ENQUÊTES : Eiiguerran de
Couci (Enquêtes, n® vu. — IX,
X, XVIII, XXV. — 158, 170).
Guillaume de Fougère (^Enquêtes,
n» i).
Raoul, vicomte de Bcaumont (^Ibi-
dem).
Thiessé de Galardon {Ibidem).
▲UTRES PERSONNAGES QUI FIGURENT
A l'Échiquier de Normandie :
Baudouin de Corbeil (^Recueil des
jug. de l'Ech., n» 389,— VU).
Denis, vicomte (Lcchaudé, Grands
Rôles, 204).
GcofTroi Rossel {Recueil des jug. ,
n« 387).
Guillaume Acarîn {Ibidem. — Lé-
cliaudé. Grands Râles, 204).
Guillaume du Uommet, connétable
de Normandie {Recueil des jug.
n« 387).
Jean de Mondiaux {Ibidem),
Abbé de Saint-Etienne de Cacn
{Ibidem).
Adam do Beaumont (IX, XXV, 170).
Adam Harens (XXV).
Adam de Mculan. sergent (V).
Maître Alain, officiai de Rouen (V).
Amauri do Montfort (XIX, XXV).
Anseau do Bouvillc (V).
Archambaud de Bourbon (X, XV,
XXV).
Arnoul de Mclun, clerc du roi (V).
Baudouin de Beaurcvoir (XIX).
Bouchard de MarU (XVIII, XXH).
Dreu de Mello (II, X).
Enguerran du Saucei (V).
Eustache de Neuville le jeune (VII).
Evrard, templier (359).
Florent de Hangest (XVIII).
Galcran de Gabertem (57).
Gaucher de Joigni (XVIII).
Gaucher do Rcmilli (XXV).
Gautier d'Avesnes, comte de Blois
(X, XXV).
Gautier do Nantouil (VII).
Gautier de Rinel (XVIII).
Gautier du Saucei (V) .
GeofTroi, >'icomto de Chàteaudun
(XVIIl).
Gervais Tristan, sergent (V).
Gilles, clerc (XXII).
(lui do Châtillon, comte de Saint- Pol
(X, XIV, XVIII, XIX).
Gui de Méréville (VII, IX, XV, XXV).
Gui de la Roche (V, XVIII).
Guillaume de Bagncux (184).
Guillaume des Barres (51, 56, XXV).
Guillaume do Chauvigni (XIV).
Guillaume de Corbeil, clerc du roi
(V).
Guillaume de Courcelles (V).
Guillaume le Brun, clerc du roi (V).
Guillaume Méri (IX).
Guillaume de Milli (XV).
Guillaume Prunelez (XXV).
HcUouin do Mculan, sergent (V).
Henri de Sulli (XIV, XVIIl).
Ilugue de Bauçai (X).
Hugue de Lusignan (X).
Jacques, clerc du roi (V).
Jean de Beaumont (VII, XIV, XV,
XXII, XXV. — 170).
Jean de Brienne, roi de Jérusalem
(IX).
Jean de Dreux (170).
Jean de Montgiron, clerc du roi (V).
Jean de Montoire, comte de Vendôme
(XVlll).
Jean do Nesle (XVUI, XIX. XXV).
1. Il y avait un Amauri Hecelin bailli de Gisors en 1217. (Brussel,
Vi. des Fiefs, 487).
448 [APP. V] OFFICIERS ET CONSEILLERS DE LOUIS Vffl
Jean d'Oisi, comte de Chartres (VU,
IX, X, XVIII).
Jean, comte de Rouci (XVIII).
Jean de RouvTai (V).
Jean de Valeri (XXV).
J..., sergent (V).
MilondeCroci(XV).
Nicolas, clerc du roi (V).
Nicolas Lapie (XXII).
PhiUppc de Bélhisi (V).
Philippe Hurcpel, comte de Boulogne
(V, X, XIV, XV, XIX, XXV.
— 170).
Philippe de Louveciennes (22, 23,
320).
Philippe de Nanteuil (XVHI).
Philippe de Nemours (VU, XXV).
Pierre des Barres (XXV).
Pierre Mauclerc, comte de Bretagne
(X, XVIU).
Pierre Mau voisin (V).
Pierre d'Uri (IX).
Pierre de Viri (XV, XXII).
Raoul, vicomte de Sainte- Suzanne
(XVIII).
Renaud d'Amiens (XVIU).
Renaud de Monlfaucon (XVIU).
Richard de Uarcourt (V).
Robert de Boves (XV. — 385).
Robert de Dreux (X, XVIU. — 12,
170).
Robert de Hangest, clerc de l'arche-
vôque de Rouen (V).
Robert d'Ivri (V).
Robert de Poissi (XVIU).
Robert de Thibouvillc (V).
Roger Pescheveron (V).
Savari de Mauléon (XVIU).
Simon de Langton, clerc du roi (V).
Simon de Lévis (V).
Simon de Maisons (184).
Simon de Poissi (XVIU, XXV.-170).
Tatin, sergent (V)*.
Thibaud, comte de Champagne (X).
Thibaud le Maigre (V, \TI).
Thomas de Couci (XVIU).
Thomas de Grandpont, clerc du roi
(V).
Romain, card. de Saint- Ange, légit
(XII, Xm. — 460, etc.).
Archevêque do Bourges (XVIII,
XXV).
Archevêque de Reims (XVUI, XXl)
Archevêque do Rouen (V, XVIU).
Archevêque de Sens (IX, XVIll,
XXI, XXV).
Archevêque de Tours (XV, XVIII).
Évêque d'Auxerre (XVIII).
Évêque de Beauvais (IX, XV, XVW.
XIX, XXI, XXV. —170, 385).
Évêque de Chàlons-sur-Mame (170).
Évêque de Chartres (XVUI, XX\>
Évêque de Clermont (XV).
Évêque de Langrcs (XVIII, XXI).
Évêque de Laon (XVUI, XXI).
Évêque de Mcaux (IX, XVIU).
Évêque do Nevers (IX).
Évêque de Noyon (XVIII, XXI,
XXV).
Évêque d Orléans (XVUI).
Évêque de Paris (XVIII).
Évêque de Soissons (IX).
Évêque de Térouanne (XVUI).
Évêque de Troycs (IX).
Abbé de Corbie (XIX).
Doyen d'Amiens (V).
Doyen de Saint-Martin de Tours
(XV).
1. Sans doute Renaud Tatin, seigneur de Pinterville. Voyei Le
Prévost, Mélanges, II, 338, et Delisle, n» 1799.
APPENDICE N" VI
CATALOGUE DES ACTES DE LOUIS VIII*
1. — 1223, juin. (A. 1223, m. jul.). — Hommage lige d* Alain de
Rouci pour Fleuri près Reims.
JJ. 31, 92.
3«. — 1223, (30)juill.,Bcauvais. (Ap. Belvacum, a. 1223, m. jul.).—
Archambaud de Bourbon jure à Louis VIH de lui livrer à la première
réquisition les forteresses de Riom, de Nonetle et de Tournoelle.
Original : J. 399 (d'après Teulcl) '. — Edition : Tculct, n® 1591.
4. — 1223, (entre le 5 et le 8) août, Reims. (Remis, a. 1223, m. aug.).
— Alix, duchesse de Bourgogne, jure à Louis VlU de ne se point ma-
rier sans sa permission. De son côté le roi lui a promis de ne {)oint lui
faire violence pom* la marier.
Orig. scellé: J. 247. — Edition: Teulel, n» 1595.
5. — 1223, (8) août, Soissons. (Ap. Suessionem, a. 1223, m. aug.). —
Jean, maréchal de Louis VUI, jure de remplir fidèlement son service,
et de ne prétendre, non plus que ses successeurs, à aucun droit héré-
ditaire sur son office.
E, 223 v«; F, 180 v^. — Editions: Anselme, Hist. généal. de la
maison de Fr., VI, 621. — Brussel, Us. des Fiefs^ I, 680.
1. A parler rigoureusement, le titre véritable de cet Appendice serait :
Catalogue des actes de Louis VIII et des enjagemenls pna envers le roi,
— Sur les sources de ce catalogue, voy. notre Introd., l**» partie. —
Dans les analyses compendieuses que nous donnons, beaucoup de
renseignements précieux, par exemple les listes de témoins, sont for-
cément omis. Dans bien des cas, le lecteur qui voudra contrôler les
conclusions tirées par nous des actes de Louis VIH, devra se reporter
aux textes mêmes que nous avons analysés. — La chronologie des
actes, parfois incertaine, a été établie d'après les régies posées par
M. Delisle dans son Catalogue des actes de Phil.-Aug. (sauf la modifi-
cation indiquée dans notre Introduction) et d'après Vltinëraire de
Louis Vlli.
2. Le n<» 2 a été supprimé.
3. Nous n'avons pas vu les originaux des actes édités par Teulet.
Gh. Pbtit-Dutaillis. Règne de Louis VIII. 39
450
[app. vi] actes de louis \in.
6. — 1223, aoùl, Compiègtie. (Compendii, a. 1223, m. aug.)- —
Amauri de Craon déc laro que Louis VIII lui a donné les villes d'Angets
et de Baugé et leurs dépendances. Si Louis Vlll reprend ces ville», il
rendia & Amauri la sénéchaussée de Touraine, pour que celui-d m
jouisse au même lilre que son beau-ptre Guillaume des Rocher.
Orig. Bcollé : J. 179. — Editio:) -. Teulet, □" 1594.
7. — 1223, aoùl. (A. 1223, m. aug.). — Pierre, abbÈ de Saint Denii,
déclare que les joyaux de Pli. Aug., légués par ce roi h l'abbaye, obI
étjJ rachetés par Louis VIII, moyennant 11,600 lixTos. Il indique la façon
dont celte somme sera dépensée.
Orlg. icellé : J. 156. — E. 156 ><•; F, 125. — Cf. lo rrf . AA i da
Arch. comm. d'AmioDii, f" 176 (d'tpT^Vlnvealaïre). — Editius : TeoU,.
" 1597.
8. — 1223, BodiL. Sene, (Ap. Senonas, a. 1233. m. aug.)
Louis \'lll mande à la comtesse do Ghfllon de faire le serment de EJé-
lité qu'elle lui doîl devant l'archevêque de Lyun ou l'évéque de QUI-
4
J*-^
Copie Bulhcnl. : J. 253, — JJ, 31. t"* 39 el 79. — Eoitions : Uu-
cliesnc, Hist. de lamnisonde Verg). preuv., 125. — Cliîfllel. JBmfrii,
comtesse de Chalon. 62. — Teulet, n° 1596.
». — 1223, aoùl, Sens. (Senonis, a. 1223, m. aug.). — Louis Vlll
ordonne aux èchevina el aux habitants de la ville de Eteints d*sid«r
l'archevêque h payer les frais du sacre,
Carlul. A de l'archev de Rnlms, 30 v» (d'après Win). — Emnam
Borgier, Entrée de LouU XIII à Ileims. 82. — DocheHiD. Uitl. in
Cardin, franc.. II. 138. — Varin. Jrehise» admi«. 4t la i-illt it
Reims. I, 2' pari., 527. — Champollion, Mélanges. 1. 361- — M»rW,
niai, de la ville de Reims, III, preia-., Î90,
10. — 1223, août. (A. 1223, m. aug.). — Milon, évéque de Beauviit,
déclare que Louis Vlll lui a concédé la chasse et la garde de la fortf
de la Thelle.
Orig. «celle: J. 731. — JJ. 31. » V. — Anu.. : TmiM. «f IS».
11. ~ 1223, aoûl, Paris. (Parisiis, a. 1233, m. aug.). — GidUaDi
Château, maître des Templiers en Occident, déclare avoir juré entra I
mains du chancelier Guérinquele legs fait par Pfa.-Aug. aux Templien
serait exclusivement employé au secours de la Terre Sainte.
E.lSSï"; F, 1 10 ï". — Editions; Martine, Amplise. CotUtCl
1177. — Fragm. dans Du Cange. au mot balisiamenta.
12. —1223, août, Lorrls. (Lurriacum {iie), a. 1223, m. aug.). — U
reine Ingehurge fait connaître l'accord conclu par elle avec Louis VHI
au sujet de son douaire. Liste de témoin*.
E, 125. — Edittoxs : Baliue, Miseellanea. VII. 246. — ff./".. XIX,
324. — Cf. DsvidsoLn. Pk.-August und Ingeborg. 322.
- 1223, 3 sept-, Monl-Sainl-ViocPtil. (Ap. Monlem Sancli Vin-
mtîi, a. 1223. 3' nonas scpL). — Uenaud, arrhev&qiie de Lyon, écrit
à Louis VIII qu'il a reçu pour lui l'hommage lie la comlesse de Châlon,
Orig. «Elle ; J, !53, — JJ. 31. 39. — Editioh ; Teulct, n» 1601,
14. — 1223, 3 sepl., Monl-Saint-Vinconl. (Original : Ap. Monlem
S. Vincenlii, a. 1223, 3° nona» sept.). — Béalrix, comtesse de Cliâlon,
écrit à Louis Vlll qu'elle lui a prËlé hommage entre les main.-» de
l'archevêque de Lyon.
Orig. scellé 1 J. 253. — JJ. 31, 79. — Enmoi. : Teulel, n" 1600.
15. — 1223, gQpt., Bourges. (Bituriciis, a. 1223, meuse sept.). —
Louis ^'^l mande à ses ofliciers de Boui'ges de laisser chaque année, au
carême, le prieur de la Charité établir à ses frais un de ses sergents,
pmir niciieillir les seize niuids de froment qu'il doit percevoir sur les
moulina royaux de Bourges.
Editions : Kaynal, HUt. du lierry. II, 21'i. noie. — R. Je Lcspi-
DMte, Cartul. de ta Charité-iur- Loire, 131,
18. —1223, sepl., Saumur.(Ap. Salmiirium, a. 1223, ni. sept). —
Dreu de Mello rapporte un jugement rendu par la cour du roi sur les
droits de Louis VIII dans la terre de l'abbaye de Curmeri.
Orig. (wellé; J, 178.— E, 223 v"; F, 180 V; JJ. 31,68. — Editiou:
Toulol, n" 1604.
17. — 1223, sept., Saumur. (Ap. Salmuruni, a. 1223, m, sept.). —
Guillaume de Chauvigni, seigneur de Chûleouroun, se porte garant
envers le roi de la conduite de Raoul de Chauvigni, son frère, et de
celle de GeofTroi u de Mindreio. »
E, 327 ï». — AsiL. ; Do Tillet, Trailez, 21.
\t. — 1223, (sept.?), Alençon. (Ap, Alenceon, a. 1223). —
Louis VIII accorde k Baudoutu de Pontoise, panelier de Philippe, comte
de Boulogne, la conciergerie de Pontoise, ainsi que l'a tenue Simon de
^^nloise, oncle dudit Baudouin.
E. 247; F, 203, — A.>ai.. ; Cartul. Normand. n° 324.
. — 1223, sept-, Fontainebleau. (.\p. Kontem Bleaudi, a. 1223, ni.
yit.). — Louis VUI confirme la dunalioii qu'llurs, son chambellan, a
|îte aux religieux de Barbeaux de 12 livres de revenu annuel.
Latin 5466 (Cwlul. de Bïrbeaui, copie), f" 283. — Français 20891,
-1223, sepl. (A. 1323, m. sept.). — Aimeri, vicomte de Thouars,
klareque la trêve qu'il avait conclue avec Ph.-Aug. vaudra entre
ïouis Vlll el lui jusqu'à l'octave de la prochaine fête de Pâques.
Orig. Kom : J. 39'i. — E, 13 cl 327 V; F. 8. — Fonlenoau. XVII.
47 (dspr*. la Table de Redet). — Komona ; Mtrtèna. Ampl. Coll., 1.
1178, —Teulel, n* 1605.
452 [AFP, VI] ACTES DE LOms VOt.
ai. — 1223, spiil. (A. 1223, m. sepl.). — lingue, comla de Ik
Marche, di^darc que la Iréve qu'il avail cnnritie avec Ph.-Aug. vsudw
entre Louis VUI cl lui jusqu'à t'ocUve de la prochuine fêle de Piquet,
E, 13; F. 8.
23. — 1223, sepL., Pui-SaiDi-Front. (In Podio Sancii Frontoiài
Petrafcmricaruin. a, 1223, m. sepl.). — I^s bourgeois de Pui-Saint-Proab
inronnent Louis VIII qu'ils lui onl juré lidélité devant ses envoyés.
Orig. scoUé: J. 627- — JJ. 31, 115. — Eoition : Tculot, n- 1602.
aa. — 1223, sept., Sarlat. (Apud Sarlatum, a. 1223, m. »irpL). ^
Lpllres de mâine teneur des bourgeois de Sarlat.
Orig. scell6 : J. 627. — JJ. 31, 115 v. — A!.*l : TeuJcl. n» 16M.
a«. — 1223, ocl., Paris. (Parîsiis.a. 1223, m. ocL)— Louis VIII
mel à Nevelon le Turc de vendre & l'alibé de Saint-Jeiunlcs-Vi(
3 muids de blé sur ses revenus de Saiiit-Bandn et de r,uiirtonç«n,
qu'il puisse acquitter ses dettes envers les bourgeois du roi.
LaUri 11004 (Cartul. de Saint- Jean- dre- Vignot.), f" 15 — CliurU- 4
di|.16.iicB, GXXXll, 164-
as. — 122:i, iieL., Paris. (Pansius, a 1223, m. oct.). — Loni^ Vltt
accorde & Jean d'Orléans 100 livres 40 sou.s purisis de rputc annuHIc. '
à perci'voir sur laprévùtû de Janville, jusqu'au moment oùlttlerrcdc
CAèri, que lient la reine Ingeburgc, reviendra à la royauté et sera ren-
due audit Jean d'Orléans ou Ci ses héritiers.
E, 223 ï"; F, 180 ï°. — Edition : Uavi.ls.jhn. Ph -Juffusl tnJ
Ingiborg. 323.
96. — 122.'}, 8 nov., Paris. (Parisius, a. 1223, m. nov.. die M.-reurij
in oclabis omnium Sanclorum). — ' (Prdonnance sur les Juif;!.
Orig. scellé -. I. 427. — E. 29i V. F, 245 x". — Editiokï : Orrfo«-
aaiices, I, 47.— Marlènâ. Amliths. Collucl.. 1, 1182. — Dnmel.
Usage des fiefs, I, 585, Dole a. — lumbcrt. Ane. lois franeaitet. I.
222. — Teulel. n» 1610.
37. — 1223, nov., Saint-Sauveur. (Ap. S. Sahalorein, s. 112S. m.
nov.). — Mathilde, comtesse de Nevers, informe Louis VtU que sut «lu
mandement elle a juré l'élablisscmenl conrernant les Juifs.
Orig. scellé : J. 427. — Editiom t Teidct, n" 1615.
as. — 1223, nov., Méri-sur-Seino. (Meriaci. a. 1223. m. no*.).-
Thibaud de (Champagne déclare que désormais II ne retiendra nî of
piiurro retenir aucun des Juifs du roi Louis, h charge de réciprocité.
Orig, BccHô : J. 427. — Edition : Toulol. n° 1612.
29. — 1223. nov.. Paris. (Pdrisius, a. 1223, m. nov.). — Louis VIII
déclare qu'André, Guillaume et GeotTroi llardi, en leur nom et au tiiitu
de Guérin, leur frère absent, et de leurs sœurs, s' étant constitués pu
sa présence, ont confié au doyen et au chapitre de N.-D. de Pari* k
soin de trancher le différend qui s'élevait entra eux ot ledit chapitre lu
aiyet de certaines possessions sises près Corbreuse.
Cfirlul. de N.-!). de Parh. (iiilili* pnrGufrtrd, II. 31Ï.
[APP. VI] ACTES DE LOUIS VIII. 453
30. — 1223, nov., Paris. (Parisius, a. 1223, m. nov.). — Louis VHl
mande à ses baillis el prévôts de Normandie de maintenir le prieur et
les chanoines de Sainte-Barbe-en-Auge dans les droits et possessions
dont ils jouissaient au moment où la Normandie fut conquise par Ph.-
Aug.
Vidimus do 1255 : Arch. du Calvados, n° 175 du fonds de S^ Barbe et
Carlul. do Norm. à la Bibl. de Rouen, f» 34 (d'après M. Delisle). —
Edition : Delisle. Cartul. Norm., n» 315. Cf. n" 460.
31. — 1223, nov., Paris. (Parisius, a. 1223, m. nov.). — Louis Vlll
cède à l'abbaye d'Espagne-en-Ponthieu 20 livres parisis de rente légués
par Guillaume de Ponthieu à sa fille Isabelle, qui va faire profession
dans ladite abbaye.
Copie: K. 187, n*» 97.
32. — 1223, nov. (A. 1223, m. nov.). — Guillaume, évêque d'An-
gers, déclare avoir juré fidélité à Louis VIII. Le roi l'a exempté du ser-
vice d'ost, et a confirmé ses privilèges. A l'avenir, le roi rendra à
révoque d'.Angers les régales aussitôt après la confirmation; mais il
pourra les reprendre si l'évêque ne prononce pas son serment de fidé-
lité dans le délai de 40 jours.
E. 140; F. 111. — Copie : K. 214. n» 1. — Anal. : Teulel. nol624,
d'après Vinrent, de Dupuy.
33. — 1223, nov., Paris. (Parisius, a. 1223, m. nov.). — Acte cor-
respondant de Louis VIII.
Baluze. XVII, 224 v». — Français 14538, f« 59. — Editions : J.
Petit, Theodori pœnitentiale, II. 477. — Martène, Thés. Anecd., I,
913. — D'Achery, SpiciL, U, 170.
34. — 1223, nov. (A. 1223, m. nov.). — Acte de Maurice, évêque du
Mans, de même teneur que le n» 32.
Orig. scellé: J. 346. — E. 140; F. 111. — Copie : K. 214. n» 2. —
Français 14538. f« 19. — Edition : Tculet, n» 1617.
35. — 1223, nov., Paris. (Parisius, a. 1223, m. nov.). — Acte corres-
pondant de Louis VIII.
Latin 5211 b (Cartul. du chap. du Mans, copie), 4 v«. — Charles et
diplômes. CXXXII, 179. — Edition : Chartularium insignis ecclesic
Cenomanensis , 7 et 20.
36. — (Nov. 122.3). — Acte de l'évêque de Poitiers, de même teneur
que les n«« 32 et 34.
Anal. : Teulct, n» 1624, d'après V Inventaire do Dupuy.
37. — 1223, nov., Paris. (Original : Parisius, a. 1223, m. nov.). —
Guillaume, archevêque de Reims, légat du Saint-Siège, déclare avoir
payé 4000 livres parisis dus pour les frais du couronnement de
Loute VIII.
Orig. : J. 206. — JJ. 31, 43 v® — Editions : Varin, Arch. adniin.
de Reims, I, 2^ part., 531. — Teulet, n*» 1613.
454
[APP. Vl] ACTES DB LOUIS VIU.
3S. — 1223, nov., Com[)iègne. (Oompendii, a. 1223, m. dot.). —
Louis V'[ll mande aux forestiers de sa Torët de Kotz de laisser ke rclî-
gicux de Loiigpont jouir de leurs droite d'usage daii« ladile forèL
Granier. XXI, 411 v°. — EoiTion : Muldrac. Compendiam aU.
Longipontis chron., 229.
39. — [1223, nov., Compiégne]. — Louis VQI donne aux moines de
Longpnnl la terre arable, .sise à Mortefonlaine, que feue Agathe de Piem-
Tonds avait donnée à cette abbaye; il leur donne aussi un gin-àMarinJ
et un autre au Biirguet, el énumère les conditions auxquelles il leur
Tait ces diverses donations.
E, 157; F. 125 v». — Edition ■ J.-B. de Macliaul. flUt. de Jean.
seigneur de Montmirel, 530.
«0. — 1223, nov., Compiègne. {Conipendii, a. 1Î23, ni. nov.), -
Hugue, abbé, et tout le couveut de Longpont déclarent s'être soDmit
aux conditions énumérées dans l'acte précédent.
Orig. scollé : J. 422. — JJ. 31. 49 y"- — Eomo» : ToiJel, n" WIl.
«1. — 1223, nov., Compiègne. (Compeudii, a. 1223. m. nov.). -
Louis VIII coulirme la vente faite à l'abbaye de Valséri par .\nsou d»
Faiel de deux pièces de (erre sises au territoire de La Motte.
Orig. «elle: K. 29, n= 1*. — Abal. ; Tardif. Cartons dts mis,
n" 787.
«a. — 1223, nov., Compiègne. (Oompendii, a. 1223, m. nov.). -
Louis VIII mande à ses baillis et prévôts de [irot^ger l'abbé et les nli-
greux d'Ourscamp dans leurs personnes et leun biens.
Charles ddlpl.CXXXU, 186. — Editiok : Poigne- DtUoourt, CaHui,
d'Ourscamp, 319.
43. — 1223, nov.. Noyon. (Noviomi.a. 1223, m. nov.). — Louis VIII
déclare que Gérard, évéque de Noyon, et iCngucrran de Couci. annl
engagé un procès devant sa cour ansujet de la forteresse de Qui«Ri-^i
Oise, ont dëcidê de s'en l'émettre ii l'arbitrage de l'évoque de Soi
et de Thomas de Couci, qui prononceront après avoir fail une cnquèlt]'
au cas où ils ne pourraient s'entendre, le mi tiommerail un Iroi^iènie
arbitre.
Cbartea et dipl... CXXXII. 182 ot 184.
*«. — 1223, nov., Cbauni. (E; ap. Chauniacum, a. 1223, ni. iiot-,
éd. Martène ; ap. Chaumont, a. 1233, m. nov.). — Raoul do Clcrmonl-
Ailli déclare avoir cédé tous ses droits sur le comté de Clermoal i
Philippe, comte de Boulogne et de Clermont. Ph.-.\ug. lui avait doniiv
pour cette cession 4000 1. parisis, el. à cause de cette même cessintt.
Louis VIII le tient quitte du droit de rachat, au ca.^ où il hërilerail de
la daine de Breteuil.
E, 223 y; F, 180 v". — Grenier, CXI. 227. — Editwm» : M.rUn».
Ampl. Coll.. I, 1181. — .Vém. Sac. Archéol. de VOûe. X, 180-lHI
;. Ir>d. front,) L'aulcur de cette édition donne comma réfiroocv : ra>.
sianl^
[uèltiV
fr. 9493, f» 112 v». Cetl« indiealioD ost fauuc.
A
[APP, Vl] ACTES DE LOUIS viir. 455
«s. — (1223, nov,), — Louis VlUnotifio les conventions qu'il a pas-
sées avec Raoul de Clermonl-Aîlli.
Indiqua i la naito du n" 44. d«M E et F.
«6. — 1223, 22 nov. (A. 1223, m, nov., die Mercurii anie fei^tiim S.
démentis). — Les bourgeois de Sainl-Qiienlin reconnaissent que le roi
peut faire rentrer A Sainl-Qiientin n'itnpitrio quel banni, pour n'im-
porte quel crime. t'*tle reconnaissance fut faite en cour du roi, ta
première fois que le roi entra & Sainl-Quenlin après son couronne-
ment.
E, 278; F. 236.
M. — 1223. nov., Péronne. (Peronn, o. 1223, m. nov.). — Louis VIU
re^Mjit en honunage Vipv- Gantier d'Avesncs, comte de Blois, pour le
domaixio d'.Vudignies et de Villor^i, que tenait auparavant Renier do
Sains.
E. 181; F, 147»°-
**. — 1223, nov., Péronne. (Perone, a. 1223, m, nov.). — Acte cor-
respondant de Gautier d'Avesncs.
Orig. Kcllé ; J, 174. — JJ- 31. 82. — h^u.. ; Toulot. d" 1614.
««. — 1223, nov., Douai. (Doaci. a, 1223, m. nov.). — Louis VIII con-
Qrme h ses bourgeois de Douai les couliimes qu'ils avaient du temps de
^Philippe, comte de Tlandre, et déclare qu'il ne fera point sans eux la
I avec le comte Feirand.
Orig, : Arch. coinmuDalcs do Douai, AA. 2. — Vidimui do 1284 :
ibidem. AA. 5, el rogiilre .\A.S4 (Carlul. T). t" 1 (d api^i lliifenlaire).
— E. 118 v; F, 91 y. — Editions : Ordonnances. XI, 317 (d'apris
i(r vidimiu). — Girj. Ketat. de la royauté avec les ville», 63 (d'aprbs
E et lei Ord.).
. — 1223, nov. — Hommage de Gautier d'Auclii.
Indiqua par Le Nain do Tillomonl, Hisl. de saint Louis, l. 297.
, — 1223, nov. (A. 1223, m. nov.). — Guillaume des Barres dé
tdara que la terre que Ph.-.\og. lui avait donnée dans le pays de Caux
Loit retourner après su mort au roi.
JJ. 31. 93.
^ S«. — 1223. nov.-dtkr.î Monlrouil-sur Mer (Moslerolii, a. 12Ï3. r. 1,
s t)et F: np- Musterolium supra mare, a. 1223, r. 1, dans lesC^r-
ires). — Louis Vlll concède aux moines do Saînt-Georges-de-Hesilin,
'moyennant 40 sous parisis de rente annuelle, le moulin ù tan sis .wus
la chaussi'e du nouveau fossé & Hesdin, tenu aiiparavunl aux mêmes
conditions par Barlhélemi d'Amas el donné par celui-ci en aumdne
—AUidJlâ moines.
E, 157; F. 125 V, — Arch. dSparl. d.i Nord, Carlul. d'Anchin.
Siice X*. ot Cartul. do Saint- Georges -da-HeHl in, f" 1. — Cf, Gartul,
'Ancbin, piiee xir, ade de 1212. par loijuel Louit tAde i Bartliélaiiii
d'Arrai un omplacomcnt pour fairo ce moulin.
456 [APP. Vl] ACTES DE LOUIS VIII.
53. — 1223, nov.-déc. ?, Montreuil-sur-Mer. (Ap. Musleriolium supra
mare, a. 1223, r. 1). — Louis VIII confirme et prend sous sa proleclion
les biens et les droits de Tabbave de Saint-Bertin.
E, 157 vo; F. 125 vo. — Latin 5439 (Carlul. de S' Berlin), 207. -
Chartes et diplômes. GXXXllI, 34. — Indiqué à la suite des lettres de
même teneur octroyées par Philippe- Auguste en 1192 (Delisle. n» 367):
Arch. départ, du Pas-de-Calais, liasse A. 5, n® 3. — Daprès GodefroT.
Inventaire des chartes de Flandre, n9 390, cette charte se trouvait
dans un vidimus de 1231, contenu lui-même dans un acte de 1370. Je
n'ai pu retrouver cet acte de 1370, ni dans les Archives, ni dans l'/n-
vpntaire morne de Godcfroy. — L'abbé Ilaigneré a vu l'original de l'acte
de Louis VIII et en a publié une partie : Chartes de Saint-Bertin, 1,
no 654.
54. — 1223, déc., Abbeville. (Ap. Abbatisvillam, a. 1223, m. dec.).
— Thibaud de Champagne promet de ne retenir aucun des Juifs de
Louis Vlll ni dos autres seigneurs qui ont juré Tordonnance sur les
Juifs, à charge de réciprocité.
Orig. scellé : J. 199. — Edition : Teulel, n» 1620.
55. — 1223, déc, Compiègne. (Compendii, a. 1223, m. dec). —
Louis Vlll confirme aux chanoines de N.-D. de Senlis la vente d'iine
grange si<e à Verberie, vente faite audit chapitre par Ermenaude, veuve
d'Aubri Lesage, afin de payer ses dettes aux Juifs du roi.
Chartes et dipl., CXXXII. 153. - Bibl. de Senlb, Coll. Affortj. XIV.
444 (Note communiquée par M. Labande).
56. — 1223, dt'C, Montargis. (Ap. Monlem Argi, a. 1223. m. doc).
— Louis Vlll donne à Guillaume des Barres père une rente viaum
do 300 1. parisis sur les prévotés de Crespi et de Paris, ainsi que la
pêcherie dWnlilli et la chasse avec l'usage du bois mort dans la forêt
de Retz.
E,22'»: F, 180 v".
57. — 1223, déc, Montargis. (Ap. Montem Argi, a. 1223. m. dec).
— Louis Vlll mande à ("laleran de « Gaborlem * » de permettre à
Pierre Tristan son chambellan d'exploiter ses bois selon la teneur de>
chartes à lui accoixlées par Ph.-Aug.
Cliartcs et dipl.. CXXXll. 201. — Ane. traduct. franc. : Rouleau
K. 28. 3
58. — Vers 1223 (selon MM. Delisle et Teulel). — Les religieux «le
Saint -Taurin d'Kvreux prient Louis Vlll de xouloir bien confirmer
réleclion de Guillaume, leur abbé.
Orig. : J. 3»7. — Editions : Delisle. Cartul. Normand, n« 1131. —
Teulet. n*^ 1627.
59. — 1221, janv.. du !•' au 20?. Lorris. (Ap. Lorriacum, a. 1223,
m.jan.y — Louis Vlll cède aux bouchers et aux boulangers de Mon-
l. * Gabertem >> dvins les Chartes et dipl : « Gorabertain » dans K.
[app. vi] actes de louis VIII. 457
targis ses halles de Monlargis, moyennant 12 livres parisis de cens
annuel.
E, 118 vo; F, 91 v«.
60. — [1224], 23 janv., Montpellier. (Montispessulano, xkal. febr.).
— L'archevêque de Narbonne, les évoques de Nîmes, Uzès, Béziers
et Agde, exposent à Louis V'IU comment Amauri de Montfort a été
obligé de signer une trêve avec le jeune Trencavel et le comte de Foix,
et d'abandonner Carcassonne et tout le pays aux hérétiques; ils le
conjurent d'entreprendre une croisade.
JJ. 30a. 27. — Chartes et dipl.. CXXXVII, 171. — Editions :
Baluze, Uist. généal. de la maison d'Auvergne, II, 583. — //. F.,
XIX, 748, note. — Hist. du Languedoc, VII, pr., l%'l,
61. — 122'i, janv., Pont-de l'Arche. (Ap. Pontem Arche, a. 1223,
m. jan.). — Louis VIII autorise ses bourgeois de Pont-Audemer à
faire des halles, moyennant une rente annuelle de 15 livres tournois.
E, 118 v*>; F. 92. — Latin 11032, fo 21. — Edition : Cart. Norm.,
no 317. •
62. — 1224, janv., Pont-de l'Arche. (Ap. Pontem Arche, a. 1223,
m. jan.). — Louis VUI s'engage à faire venir à Rouen les débiteurs
des habitants de cette ville, et à les contraindre d'exécuter leurs enga-
gements.
Vidîmus de 1445 : Arch. munie, de Rouen, tiroir 1, liasse n» 1 (d'après
M. Delisle). — Editions ; Chéruel, Hist. de Rouen, 1. pr., 624. —
Cartul. Normand, p. 178 (Vidimus de 1270). — Giry, EtabL de Rouen,
II, 57, note 5 (Fragment).
63. — 1224, janv.?, Pont-de l'Arche. (.\p. Pontem Arche, a. 1223,
r. 1). — Louis VIII confirme les donations de Ph.-Aug. à l'abbaye de
la Victoire.
E, 161; F, 130.
64. — 1224, janv. ? Rouen. (Ap. Rothomagum, a. 1223, r. 1). —
Louis VIII confirme la charte accordée par Ph.-Aug. aux bourgeois de
Rouen en 1207.
JJ. 42b. 73 (Vidimus de Philippe le Bel). — « Registre 80 du Très.
des Chartes, pièce 750, vidimus du roi Jean » (d'après les Ordonnances).
— Copie par Gaignièrcs : Lat. 5423, p. 86. — Indiqué : E, 83 v*»; Latui
11032, fo 17. — Edition : Ordonnances, II. 412.
65. — 1224, janv., Lillebonne. (Ap. Insulam Bonam, a. 1223, m.
jan.). — Louis \\\\ vend à l'abbaye de Saint- Wandrille, pour 30 1.
tournois, la maison qui appartenait à Viète, juif de Caudebec.
Cartul. de S. Wandrille, aux Arch. de la Seine-Inf., et n^' 5425 du
fonds latin, pièce H. m. xiiii (d'après M. Delisle). — Edition : Cartul.
Norm., no 1128.
66. — 1224, janv., Gisors. (A. 1223, m. jan.,... ap. Gisortium). —
Notice de la promesse faite en présence de Louis VIII par Thibaud, ar-
458 [APP, Vl] ACTES DE L0CI8 VHl.
chevèque de Rouen, d'observer le» droits et les couliiines du duché ix
Normandie. Lisle de tèmoina.
E, 328 Y"; F. 273. — E
«7. — [Janvier fév. 122i?]
Rouen duit lépondre au roi
E, 328 Y": F, 273 -
Bonnin, Carlut. de Lou\
nos: Carlul. Norm.. n" 1129.
- Articles sur lesquels l'archevêque de
le dimanche de la Quinquag^sii
Editioss : Cnrlul. Normand, n" 1130.—
ers. I, 184 (Fragment).
1224. fyv., Meulan. CAp. Mellentum, a. 1223, m. febr.}. ~
' Vlll] confirme une donation en faveur de l'abbaye de
BS *. — 1224, fév., Meulan. (Ap. Mellentum. a. 1223. m. febr). -
Sur la demande du prieur de Saint-.Nicaise de Meulan, Louis Vlll
ordonne 4 Guillaume de Ville-Thierri de rechercher e[ d'applitpier une
charte de Phil.-Aug., par laquelle ce roi prescrivait la desiruction ia
fours établis aux Alui'eaux au préjudice des religieux de Saint-^icuse.
Latin 13S88 (Cartul. de Sainl-ISicai»de Meulan), f 16.
W. — 1324, fév.. Saint-Germaîn-en-Laie. (.\p. S. Germaittim in
Laya. a. 1223, m. febr.). — Louis VIII mande à ses prévàts de Paris, de
t!lorbeil cl de Morel. de faire rendre & Vabbé de Saïnt-Germain-de»-
PrC'S, par ses hommes de corps, l'aide qui lui est due,
Cariufairei do Sainl-Germain-deg-Préi : LL 1035. f" 21 \' ; LL 10U.
f"33^ LL 1029. f-ÎS.
70. — 1224. fév.. Lorris. (Lorriaci, a. 1223, m. febr.). — Louis Vlll
concMeaux religieux de la Cour-Dieu, sur le cens de Vilri, une renU
annuelle de 100 sous, que feu Pierre de (kiurlenai leur avait dunu^
pour l'entretien du luminaire de leur église ; il leur racliète pour 60 L
parisis leur droit de péclie dans le Cens.
Charte n" 2S32 du Catat. det Arch. de Joursanvaull , aoptise par
M. Jarr; (Vidiiuii* orig. de 1392). — Acal. dans un CaUL du iviu- sbk
Nouv. acq fr. 6268. p. 4. — Edition : Jarrr. Hist. de la Cour-Biet,
195.
70 A. — J22'i, fév. (A. 1223, m. febr.). — Girout, abbé, et tout le
couvent de la tkiur-Dieu vendent à Louis MU. pour 60 livras patiaisU
pécho que leur avait donnée Pierre de Courlenai dans le rens.
Orlg. ueUé ; J. :31. - JJ. 31. 61 V. — .\!i»i.- : Teuirt. n- l&U.
71, — 1224, fév., Melun (Meledimi, a. 1223. ni. febr.). — Louis VID
constitue un a|ianage À son frère Philippe, comle de Boulogne.
E, 181 ï"; F. 148. — Ebitiobs: Bruacl, Vt. dét firf», l. 4M. -
LécbauiM, Grandi ffufei. 160. — LAPréToM. Jf^oa^vj.LSi (Pngai.>
7». — 1224, fév.. Melun. (Meleduni, a. 1223. m. tebr.). — Ade 00^
respoddani du comte île Boulogne.
Ori(. ndlê; J 338- — JJ. 31. 73. — GcfMwd'aprtileKg. S<J«i:
[app. vi] actes de louis VIII. 459
. — Editions : Carlul.
7B. — 1224, fév., Paris. (Parisiits. a. 1223. m. febr.). — Le comte
! Boulogne re^^onnalt r|iic dans la terre que Louis Vlll lui a donnée
I Normandie, le roi s'est réservé les dettes de ses Juifs.
JJ, 31. 72 V". — Edition : Cartul. Nùrm., n- 321. Amaitsk : Tbo-
Ict. 11° 1630. d'après {'Inventaire de Dupuj.
ï«. — 1224, fiSv., Paris. (Parisius. a. 1223, r. 1, m, febr., dans E et
; Parisiu», a. 1223. r. 1, dans le Cartulairo). — Louis Vlll renonce
1 faveur des religieux de Hombli^res au service militaire i|uo lui dé-
lient les habitants de Homblières, ainsi qu'à diverses autres rede-
tnccs, en échange des domaines de Neuville-en-Beine et de Remigni.
E. 157 v : F, 126. — Cartulains do fabbajo dp Homblièros : Arch.
de I Aisne. H, 588, f» 3; copie: Latin 13911. r»J.
76. — 12S4, fév, (.\. 1223, m. febr.). — .\clc correspoudaul des re-
igieux de Homblières.
Orig. scellé; J. 229. — JJ, 31, 61 — Analïsk: Teulel, n" 1634.
— 1224. fév. (A. 1223, m. febr.). — Gérard, év. de Noyon, con-
les précédentes conventions.
Orig, sceUé: J. 229. — Anai,. : Teulel. n" 1635.
— 1224. fév-, Paris. {Parisius, a. 1223, m. febr.). — Louis VIU
lonflnne la vente faite à l'abbaye de Saint-Denis par G. de Thourolte
Gaucher, son frère, des bois qu'ils avaient \ Neuilli-en-Thelle.
Ong. scellé: K. 29. n" 1. — LL. 1157 (Cartul. blanc de Ssinl-Denis,
tome 1), 742. — Chartos cl dipl,, GXXXIII, 140. — Anai,tsï : Tardif.
Cartons des roi», n" 788.
7«. — 1224, fév., Paris. (Parisius, a. 1223, m. febr.). — Louis Vni
lAcIare avoir reçu en hommage lige Guillaume, évêque de Cabors,
nilé de Gahors, et avoir promis de ne jamais aliéner ledit
lommage, II autorise Guillaume à s'efforcer de recouvrer les terres
fui lui ont été enlevées par le comte de Toulouse.
Vidimui ilo 1228: JJ. 30 a, 178. — Edition: Lacroix. Séries ep.
Cadure., 87 (Frtgm.).
F». — 1224, fév., Paris. (Parisius, a. 1223, m. febr,). — Louis Vlfl
que Thibaud de Champagne doit à Ilaquin, fils de Mo;(é-Dieu-
>Dné, et ji Hélic de Brai, Juifs du roi, une somme do 10,500 livres,
l'il payera en sept ans.
Cinq cents de Colbert. LVI (Liber principum), 19 v. — InDii^uÉ :
D'Arbois ds Jubunvitlc, Comtes de Champagne .y . Idl . (M. d'Arboïs
cile par erreur le vol, LVIU des Cinq oealt.)
M. — 1224, fév.. Paris. (Parisius, a. 122;t, m. febr). — Louis Ylll
lande k ses baillis et prévûls de rendre proniple et bonne justice au
460 [APP. VI] ACTES DE LOUIS VIU.
chapitre et aux hommes de N.-D. de Chartres, toutes les fois qu'ils re-
cevront d'eux des plaintes.
Latin 10094 (Livre des privil. de l'égl. de Chartres), 165. — Chartes et
dipl., CXWIII, 138. — Indiqué : Lépinois et Merlet, CartuL de N.-D.
de Chartres, II, 106, note.
81. — [1224, fév.]. — Louis VIII, avant de s'engager dans une croi-
sade en Alhigeois, adresse au pape certaines demandes.
E. 13 vo; F, 8 yo. — Editions : //. F., XIX, 750. — Ilist. du
iMng., VIII, 792.
82. — 1224, fév., Paris. (Parisius, a. 1223, m. febr.). — Amauri de
Montfort déclare que si le pape accède aux demandes du roi, il renon-
cera pour sa part en faveur de Louis Vil! à tous les droits que le Saint-
Siège avait concédés à Simon de Montfort et à lui-même sur IWibi-
geois.
Orig. scellé: J. 310. — JJ. 31, 132 bis. — JJ. 30 a. 28. — Doal. V.
149. — Editions: ffist. du Long., VIII. 789. — Teolet. n» 1631. -
MahuI, Dioc. de Carcassonne, V, 299.
83. — 122'i, fév., Paris. (Parisius, a. 1223, m. febr.)-— Louis Vlll
informe les habitants de Narbonne qu'il a résolu d'entrer en campagne
contre les hérétiques, et les prie de garder fidèlement Narbonne et la
terre avoisinante.
Doal, L, 27. — Baluze, LXXXII, 135. — Editio.'v : Hist. du Lang.,
VIII. 790.
84. — 122 1, mars, Paris. (Parisius, a. 1223, m. marrio). — Louis Vlll
cède 3 arpents de pré à l'église de Sainl-Jean-des-Vignes de Soissons.
Lalin llOOi (Cari, de Si- J. -des- Vignes), f'> 15.
85. — 122i, mai*s. Breteuil. (E : Ap. P»ritoIium, a. 1223, r. 1. m.
martio. Ordonnances : ap. Pirilolium. a. 1223. r. 1). — Louis Vlll con-
linno à sos bouri:oois de Verneuil la franchise des di^oits de tonlieii.
passuiie et pontaire, dans le Poitou, l'Anjou, le Maine, la Bretagne, la
('•aso(>i:iie et dans la .Normandie, sauf dans le comté d'Evreux, daiiîi le
\ e\in Normand, à Paci et dans la terre de llugue de Gournai.
E. 118 >'^- F. 92. — Hegislrc 103. pièce 106. vid. de Charles V
(^il apK's les Ordonnancesy — Copie de Duchés ne : Baluze. LIV, 498 —
Ei>irio> ; Oriionn.. V. »88.
86. — l-22i. niars;, Brt^teuil. (E et F: Brilolii, a. 1223; Onhn-
nijnres : nritolii. a. r22o, r. IV — Louis Vlll accorde à ses bonrceoi<
de Bnteuil exemption des dmits de passaire. ponlage et tonlieu, daIl^
le Poitou, r \nji>u et le Maine et dan> la Normandie, sauf (lari< le
comlo d Evreux, dans le Vexin Normand, à Paci, à Vernon et dan^^ la
terre de lluuue de (tournai
E tl8 V'. F, ^*2. — JJ. 1*8. pitTO xiv"i. vid. de Charles VI (dapr«
Kn ()»-v^o'.":i;';.*''5^ — Editk»>s: Onionn., NUI. 23. — Aug. Le Prevosl.
.Mt'%ttn::es. l. iol.
[APP. VI] ACTES DE LOUIS VIII. 461
87. — 1224, [du 21 au 31] mars, Melun. (IVIeleduni, a. 1223, m.
marlio). — Louis VIII notifie un accord conclu le 21 mars entre Tab-
bayede Sainte-Geneviève de Paris d'une part, et d'autre part dame
Carcassonne, son fils Baudouin de Corbeil et son fils Milon, chanoine de
Paris, au sujet de Texercice de certains droits à Draveil et à Vigneux.
Orig. : L. 883 (liasse relal. à Draveil). — Edition : Gall. christiana,
éd. nov., VII, insir.^ 230.
88. — 1224, mars, Saint-Germain-en-Laie. (Original : Ap. S. Ger-
manum in Laya, a. 1223, m. martio). — Daniel, avoué d'Arras et sei-
g^ieur de Béthune, reconnaît à Louis Vlll et à ses successeurs le droit
de haute justice dans toute la terre qu'il tient de lui, entre la Lis et
le Tronc- Bérenger. Liste de témoins.
Orig. scellé : J. 229.— E, 224; F, 181.— JJ 31. 78 v«.— Editions :
Duchesne, Ilist. de la maison de Béthune, prenv., 107. — Teulel,
no 1639.
89. — 1224, mars, Saint-Germain-en-Laie. (Ap. S. Germanum in
Laya, a. 1223, m. marcio). — Louis VIII déclare que Daniel, avoué
d'Arras et seigneur de Béthune, lui a reconnu le droit de haute justice
sur la terre sise entre la Lis et le Tronc- Bérenger; il accorde à Daniel
la haute justice sur la chàtellenie de Béthune.
Orig. : Archives du Nord, B. 21, n^ 385. — E, 224 v»; F, 181. —
Grenier, CXI, 172.
90. — Du 14 juillet 1223 au 13 avr. 1224, Paris. (Parisius, a. 1223,
r. 1). — Louis VIII confinnc la charte accordée par Ph.-Aug. en 1201
aux habitants de Sentis; il ajoute que les habitants de Senlis, d'accord
avec les religieux de l'abbaye de la Victoire, ont transformé en rente
pécuniaire la redevance en vin que, de la volonté de Ph.-Aug., ils
avaient à payer chaque année auxdits religieux.
E, 88 vo; F, 66 vo. — Archives de Sentis, AA.9 (Cariul. enchaîné),
fo 12 (d'après M. Flammermont). — Charles et dipl., GXXXIIl, 36. —
Afforty, 1. 280. et XIV. 4i9. — Editions : Ordonnances, XII, 311. —
Ciallia christ., éd. nov., IV, instr., 27. — Flammermont, Inst. munie,
de Senlis, 74.
91. — Du 14 juillet 1223 au 13 avr. 1224, Paris. (Parisius, a. 1223,
r. 1). — Louis VIII accorde une charte de commune aux habitants de
Beaumont-sur-Oise.
Orig. scellé : J. 168. — E, 116 v»; F, 89. — Editions: Ordon-
nances, XII, 307 (d'après E et F). — Douel dArcq, Recherches, 170.
— Teulet, no 1621.
92. — Du 14 juillet 1223 au 13 avr. 1224, Compiègne. (Compendii,
a. 1223, r. 1). — Louis VIII accorde des coutumes et immunités aux
habitants d'.\snières-sur-Oise.
E, 117 VO; F, 90 V". — LL. 1469 (Cariul. de la Victoire), fo 7. —
AfTorty, XIV, 445 (Vidim. do 1358). — Editions; Ordonnances, XII,
312. — Douet d'Arcq, Recherches, 174.
■462 [app. vi] actes dh louis vin.
93. — Du 14 juillet 1223 au 13 avr. 1224, Compiè^«. (CompeniU,
a. 1223, r. 1). — Louis V[[l conflnne la commune accordée pu PL-
Aug. à Crespi-en-Valois.
E, 110 ï". — Afforlj. I. 150 el XIV. 439. — Editios» : D Adan,
.Spieil., m. 595 a. — Ordona-, XI. 317,
M. — Du 1'. juilIeL 1223 au 13 avr. 12SI, Compî^Kne. (CorapeadB,
a. 1223, r. l). ~ Louis VIU c^de à la commune de Crpsi» ses inouli
de Crespi, moyennstil un r«ns annuel dont il Qxe la ilcstiaalinn.
E. JI8; F.Hf.
Orig. I Nouv. MO. Ul. 2241, pîice n' S
CbartM et dipl., CÎCXXIH, 44.
i» de 1319 (daprès \ Inventaire). — Copies faiUs en 1749
»5. Du 14 juillet 1223 au 13 avr. 1234, Melun. (Ap. Meledunuro.
1223, r. 1). — Louis VUI donne 366 livres de revetiii annuel i ITlii*
Dieu de Paria, pour être distribu6s aux pauvres de ladite maison pu
deux bourgeois que choisiront le maître et le? frères de la maisao.
Tous les quinze jours le prévùt de Paris devra remettre quinie lii
aux bourgeois chargés d'employer cette aumâne.
E. 157: F. 125 v>. — Arehivo* de I Hùlpl-Dieu, Uyelle 186,
■ '" ' '"'" "■ ■ ' 'nvenlatre). — Copies failei en
; Martine. Ampl. cttU.. l. 1176,
96. — Du 14 juillet 1223 au 13 avr. 1224, Sens. (Senonis. a. 1323, r.1}.
— Louis VIH confînne les possessions accordées à l'abbaye de la Vic-
toire par Ph.-Aug., son fondateur.
Orig.: Suppl. k dota Grenier. CCGXLVI, f" l.piÈcc d" 1.— LL. I'
(Carlul. delà Victoire). f° 1— Copies de 1 orig.: K. 189, n" 77 ; Grw*
vol, cit.. B° 2. — Charte» et dipl . CXXXIII. l. — Aflbrty, L Ïâ8.
XIV, 443. — Editions : D'Auleuil, Jtfin. d'Elal. 421. — (mU. tkrùt.,
od. noy..X, pr.. 232.
97. — Du 14 juillet 1223 au 13 avr. 1224. (A. 1223. r. 1).— Louis W
concède en fiefs liges à son chambellan, Pierre TrislaD, des biens ^
partcnant audit Pierre Tristan,
E, 247; F, 203.
98. — Du 14 juillet 1223 ou 13 avr. 1224. (A. 1223).— Louis VUL
cause d'une donation de 2 arpent? de terre, sis cuire l'abbaye de Iv
Victoire el Villcmélrie, faite à ladite abbaye par les chanoines
Saint-Rieul-de-Senlis. concède auxdiLs chanoines cinq deniers de ceM
annuel qu'il percevait sur la maison d'Eude Ferret. bourgeois de '
lis.
Chartes et dipl.. CXXXIH, 42. — AfTorty, I. 167. et XIV, 4«9.
Edition : Jaulnay, fie de saint Bieul, 443.
S». — 1224,dul"au 13avr,, Saint-Gemiain-en-Laie. (Ap.S.
num in Lava, a. 1223. m. apr.). — Louis VlH confirme la cession fait
par la commune de Poissi k l'abbaye de Juyenval d'une arche dnpM
de Poissi, pour y établir un moulin.
E, 157 Y° («ete csAcellé).
[app. vi] actes de louis vm. 483
-ItO. ~ 1224r 27 avr., Lalran. (Datum Lateranî, v kal. maii, pnntif.
D. m 8°). — Les rardinaux exliorlcnl Louis Vfll à diilivrer le coinle
Flandre.
Orig. «celle: J. 533.— E, 1B7 v»; F. 15!.— EditiObb : Biluze,
MUcellaaea. VII, 257. —H. F.. XIX, 752. note. — Tealel, n" 1645-
iftl. — 122V du U au 30 avr., S&inl-Germain-en-Laie. (.\p. S. Gcr-
luiuni in Laya, o. 1224, m. apr.). — Louis VIU aOernie h Thibaud de
aumonl les moulins de Bailleul, moyennaiiL une renie annuelle de
muids de hU. Le roi relient pour lui la pêcherie.
E, 224 Y°; F, 181 v.
IM. — 1224, du 14 au 30 avr., Saint-Germain- en -Laie. (Ap. S. Ger-
tnum in Laya, a. 1224, m. apr.). — Thibaud de Beauinont rapports
précédente convention.
Oiig. : J. 160. — JJ. 31.91.— Edit[0:< ; DoupI dArcq. Rerherckti,
111.
103. — 1224, 5 mai. (Doininica trium septimanarum Pasche, a.
924), — Réiponse faile par le roi au cardinal Gonrad, évér|ue de
orto, sur l'alTaii-e des Albigeois. Louis fait l'apologie de sa conduite et
o qu'il ne veut pins entendre parler de cette question,
E, 14 v: F. 9 y°, — Editions: //. F.. XVII. 303, — HUt. du
Laug., VIII, 794.
104. — [1224]. — Conditions posées de part et d'autre par le comte
! la Marche et par Louis VIU, pour un traité à conclure entre eux, en
le de l'expiïditîon contre les Anglais.
Ë, 14; F, 9. — Emrioit: Martine, Ampt. Coll.. I, 1163.
ItS. — 1224, mai, Bourges. (Bituricis, a. 1224, m. maio, r. 1).
- Louis VIII rapporte le traité conclu par lui avec le conite de la
Harche.
E. 182; F, 148 y. — Fontancau, XXVII bi», 659 (<l»priS» la Table
lupplémtnlaiie). — Eumo« : M«rtène, Ampl. Coll.. I. 1184.
ï. — [1224, mai], — Acte de même teneur du conilc de la
iKrche.
lndiiiiii;F. 148 ï".
107. — 1224, mai. (A. 1224, m. maio). — Louis VUl déclare que le
in)l£ de la Marche est tenu de remettre son ch&teau de Lusignan &
Pierre, comte de Bretagne, toutes les fois que le roi ira en Poitou.
E. 182 V»; F, 148 ï°. — Ebitiom : MarU^^e, Ampl. ColL.l. 1185.
108. — 1224, mai. (A. 1224, m. maio). — Acte de même teneur du
imle de la Marche.
Fonteneau, XVII, 51 (d'aprËs U Tatle de R«det).
lOft. — 1224, mai. (A, 1224, m. mayo), — GeofTroi de Lusignan,
464 [app. vi] actes de louis viii.
vicomte de Châle) leraull, déclare que le roi doit le recevoir en hom-
mage lige pour la vicomlé de Chàtellerault. Il devra, quand le roi sera
en Poitou, lui livrer son château de Vouvant. Il renonce au nom de sa
femme à toute prétention sur le comté d*Alençon.
Orig. : J. 270. — JJ. 31. 74 v». — Fonleneau. I, 305 (d'après Redet).
Edition : Tculet, n» 1650. — Cf. Cartul. Normand, n® 1135.
110. — 1224, mai, Bourges. (Bituris, a. 1224, m. mayo). — Acte
correspondant de Louis VIII.
E, 224 vo; F. 181 vo. — Fonteneau. XVII. 49 (d*après Redel). —
Edition : Martèno, AmpL coll., 1. 1186.
111. — 1224, mai, Lorris. (Ap. Lorriacum, a. 1224, m. mayo). —
Louis VIII informe ses bourgeois de Limoges qu'il va faire valoir ses
droits sur les terres que le roi Jean tenait de Ph.-Aug. avant sa con-
damnation. U leur ordonne de se rendre à Tours pour le jour de la
Nativité de saint Jean-Baptiste.
JJ. 30 a, 102. — Edition : Pièces justifie, n® VI.
lia. — 1224, mai, Fontainebleau. (Ap. Fontem Blaaudi, a. 1224,
m. maio). — Louis VIII confirme un accord conclu entre Tabbé et le
couvent de Barbeaux d'une part, et d'autre part Philippe, seigneur de
Nemours.
Cartulaircs de Barbeaux : Latins 5466. f» 280. et 10943. f» 91. —
Copie- K. 190, n» 63.
113. — 1224, mai, Saint-Germain-en-Laie. ( Ap. S. Germanum in
Laya, a. 1224, m. mayo). — Louis Vlll cède à ses bourgeois de Rouen
les arrière-fossés de la ville, et, moyennant 20 livres tournois de renie,
la terre de Roumare, il leur cède aussi la partie du vieux château de
Rouen située du cùté du pont; les bourgeois pourront agrandir les
quais, sous certaines conditions.
E, 89; F, 67 v". — Latin 11032, (<> 20 vo. — Editions : Farin. Hist
de Rouen, éd. 1738, l""® part.. 9. — Amiot, Hist. de Rouen, I, 20 (tra-
duction). — Chérucl, Histoire de Rouen, I, 266. — Cartul. Norm.,
no 330.
114. — Acte de date douteuse. — 1224, mai? * — Louis VIII conflnne
la commune de Pont-Audeiner.
Latin 11032. f'> 21.
115. — 1224, mai, Paris. (E et F: Parisius, a. 1224, m. niaio,
r. 1; (iartulaire : Parisius, a. 1224, r. 2). — Louis VIII conlirme aux
religieux de Monlebourg la dime de son vin de Vernon, et les
1 Le scribe donne à la suite Fun de l'autre nos n*** 113 et 114, et
leur donne la mtMne date fausse (a. 1204, ni. aug.), ce qui permet
de supposer que la date véritable était la même pour tous les deux.
La date de lieu donnée pour le n" 114, (Rouen), est trop douteu>e
pour que nous la reproduisions.
[APP. Vl] ACTES DE LOL'18 VlII.
465
I tniiid!) de vin qu'ils pei-(;oivent sur le vin de Longue vil le ; il
ur donne le droit de Iransporler parluiitel à loute époque leurs vins
leura noix de Vernon. Lesdîls religieux ont renoncé k la dîme Jii
oit C|u'a le roi de prendre une canne de vin sur les tonneaux einhar-
lés ou débarqués k V'prnon.
E. IF18; F. 126.— Arch. de la Mancho. (^rlulairc de Sainl-Michel
de Vernon. p. 1. cb. n" 2 (d'après M. Delialo). — Edition : Cariai.
Normand, n» 328.
lis. — [122i, mai]. — Koger, abbé, et tout le couvent du Monle-
turg, renoncent à la dlme du droit qu'a le roi de prendre une canne
I vin sur les tonneaux embarqué» ou débarqués à Vernon.
Orig. Kellé : J. 216. — JJ. 31. 61 6". — Editio.-* ; Cari. Norm.,
H" 339.,
117. — 1224, mai, Paris. (Original: Parieius, a. 1334, m. mayo).
- Accord conclu en la pi-éaence du roi entre Jean do Nesle et l'évéque
el^oyon, touchant le droit de chasse dans la forèl d'Arsi.
Orig. : J. 624. — JJ. 31. 67. — Euiïwk : Toulel, n" 1649.
lis. — 1224, mai. Paris. (Parisius. a. 1224, m. mayo). — Louis VlII
infirme une charte de Simon de Poisai, constituant en dol à Eve, sa
in revenu annuel de 60 livres, que Ph.-Aug. avait concédé audit
imon sur la prévôté de Paris.
Lalin 13892 (Cartul do labb. du Lis), f" 44.
11». — 1224, mai. (A. 1224, in. maio). — Charte de non-préjudice
mnée par l'abbé et tout le couvent de Cercanccau, pour le don que
UT avait fait le roi d'un trésor qu'ils avaient trouvé dans leurs
X». — 1224, juin, Paris. (Parisius, a 1224, m. jun.) — Louis VlII
}nlirmeuD échange conclu entre Olivier de la Roche, précepleur des
émplîers en France, et l'abbaye de Sainte-Geneviève de Paris.
Orig. : L. 887, liasse do RosqÎ. — Copie : K. ISl, 11° 136-
1. — 122Î, juin, Paris. (Original : Parisius, a. 1224, m. jun.). —
OUis VIII mnflrnu' un ai'cord par lequel Itouchard de Marli reconnaît
l'abbaye de Saint-Denis la scigtieiirle de la rivière de Seine depuis la
tproserio de Charlevaune jusqu'il u i;hamberi. •>
_ Orig. «celle : L. 857. n" 1131. — LL. 1157 (Garlul. hUnc de Sainl-
Dei
Ing. h:
4^
325.
laa. — 1224, juin, Paris. (Porisius, a. 1224, m. jun.). — l^uis VlII
lumère les droit» d'usage appartenant à l'abbesse el au chapitre de
ODlmartre dans son bois de Itouvrai, d'après l'enquête qu'il a fait
ire & ce sujet.
LL. 1605 (Carlul. de Montmartre), f" 13 v- (Vidim. do 1236). —
EomoH : Ed. de Barthclcmy. Chartes de Monlmarlre . 155.
Ca. PtrlT-DcTAlLLls. Urgnt de Louis VlII. 30
466 [APP. Vl] ACTES DE LOUIS VIII.
123. — 122^, juin, Paris. (Parisius, a. 1224, m. jun.). — Guillaume
de Maisnières, seigneur de Maintenai, déclare avoir vendu àLouis Vlil
sa forteresse de Monlreuil, i>our 200 1. parisis.
Orig. scellé : J. 231. — JJ. 31. 93 v«.— Eoitioivs : Teulet, n<» Ifôl
— Bulletin de la Soc, des Antiq. de Morinie, IV, 106.
124. — 1224, juin, Saint-Germain-en-Laie. (Ap. S. Germanum in
Laya, a. 1224, m. jun.). — Louis Mil confirme une charte notifiaDtlt
cession que Marie, fille de feu Henri, hôtelier de Saint-Denis, a faite
à Tabbaye de Saint-Denis du douaire que lui avait constitué son pre-
mier mari, moyennant une rente viagère de 50 1. parisis.
LL. 1157 (Cartul. blanc de Saint-Denis), f» 69.
125. — 1224, juin, Saint-Gcrmain-en-Laie. (Ap. S. Germanum in
Laya, a. 1224, m. jun.). — Charte de non-préjudice accordée pir
Louis Vlll aux religieux de Jumièges, qui lui ont fourni des chcTinx
pour son armée.
Arch. de la Seino-Inf., Cartul. de labbaje de Jumièges, f^ 49 (d'aprii
M. Delislo). — Edition : Cartul Norm., n® 1132.
126. — [1224, juin]. — « Recognoissance de Louis, roy de France,
« par laquelle il conste que, lorsque Tabbaye du Bec a foumy des
« chevaux aux rois de France, lors des guerres, que ce n'a esté ptr
« obligation. »
Indication do l'Inventaire des titres du Bec (Cinq-Cents de Colbert,
vol. 190), p. 25, reproduite dans le Cartul. Norm., n® 1133.
127. — 1224, entre le 14 avril et le mois de juin, Paris. (Parisius,
a. 1224, r. 1). — Louis Vlll confirme la commune accordée par Ph.-
Auj,'. en 1182 à Boauvais.
Orig. : J. IG7. — Anal. : Tculet, n" 1683.
128. — 1224, entre le l'i avr. et le mois de juin, Paris. (Parisiu-S
a. r22'i, r. 1). — Louis Mil, à la demande des religieux de Silli, con-
lirnie la cliarte que leur avait accordée Richard Cœur de Lion.
Bibl. de Rouen, Cartul. de Normandie, f'» 14 v*» (d après M. Dclisle)
EuiTio.N : Cartul. Normand, n'^llSj.
129. — 1224, entre le 14 avr. et le mois de juin, Paris. (Parisius.
a. 122'i, r. 1). — Louis Vlll juge un procès entre l'église de Saint-Victor
et celle de Ferrières, à propos des halles édifiées par Fabbé de Forrières
à Puiseaux-en-Gûtinais. L'abbé de Ferrières n'avait pas le droit de les
édifier.
Orig. scelle : L. 905, n«> 6. — LL. 1450a (Cart. de Saint- Victor).
116 V". — S. 2150 (Cart. de Piiiseaux), n® 14. pièce c. — Edition:
Prou, Les Coutumes de Lorris, 160 (d'après le Carl. de Puiscaux).
130. — - 1224, entre le 14 avr. et le mois de juin, Saint-Germain-
en-Laie. (.\p. S. Germanum in Laya, a. 1224, r. 1). — Louis VIII con-
firme un accord conclu entre la comtesse de Nevers et les religieux de
[app. vi] actes de louis viij. 467
la (Jhari té-sur- Loire, à la suite d'une sentence arbitrale rendue par
Guérin, chancelier de France.
130 A. — 122'i, entre le tiavr. et le moisdejuin, Saint-Germalnen-
Laie. (Ap. S. Gerinanuin in Laya, a. 1224, r. 1).— Louis VIII (ronflrine
la vente que Dreu de Saint- Germain el sa feniine Jeanne ont faite à
l'abbaye de Joyeiival du four qu'ils avaient à Poîssi.
Latin 17048. f" 703.
131. — 1224, enlre le 14 avr et le mois de juin, Fontainebleau.
(Ap. Fontcm Blaudi, a. 1224, r. 1). — Louis VIU, à la demande delà
reine Ingebui^e, donne aux frères de t'hdpilal de Corbeil 50 muids de
blé de rente annuelle, à condilion qu'ils établissent 13 prêtres dans
l'hôpital pour la nélébralion du service 'divin.
Orig, 1 Utin5491. ot K. 29. n" 2* (vidimiudoct. 1224). — E. 158;
F. 126. — JJ. 84, t" 93. vldiraus do 1354. — DuoliEsno. LXVl. 98, —
E0ITI0.IS: H. F.. XIX, 324. d'aprb Berum Danicarum atriplores,
Vï, 127. — Cf. Davidiohii. Ph.-Aug. and Ingeiiorg. 325.
132. — 1224, 24 juin. Tours. (A. 1224, r. 1, die [est! soncli Johannis
Baptiste, apud Turonas). — Piotice relatant les conditions auxquelles les
évéques de ('oulanres, d'.Xvranclies et do Lisieux, ont quittË l'année du
roi : ils resteront quittes du ser\ice personnel, si l'enquête établit que
tel est le droit des ôvèques de Normandie ; sinon ils resteront a-ssujettis
à r.elte obligation et de plus paieront une amende. Liste des personnes
présentes & l'assemblée.
E, IG. — Editions^ D'Autcuil. Min. d'Elat. 422. — Marlcne,
Ampi Coll., 1, 1188. — H. F., XXIIl, 637.
133. — 1224, juin. (A. 1224, m. jun.>. — Trêve conclue pour une
année, entre Louis VIII el Aïmeri de Thouars; pendant cette année
Aimeri et ses vassaux seront les hommes du roi de France, à moins
qu'ils ne soient délivré.^ par le roi d'Angleterre.
E. 182 ï»; F. 149. — Fonteneau. XXVn bis. 661 (d'après I« TabU
supplémentaire). — Ëditiodb: Marlèae, Ampl. Coll., l, 1187- — ff.
P..\Vll. 304.
134. — 1224, juin. (A. 1224, m. jun.). — ilugue el Raimond de
Thouars promettent d'observer le traité conclu entre Louis VIII et
Aimeri de Thouars, leur frère.
Orig. KoUé: J. 373. — E, 227; F. 184. — EomoM: Teulel, n"1654.
135. — 1224, [juin.], au camp de Dumpierre, près de la Rochelle.
(.A. 122'é, r. 1, in castris apud Dampelram prope Rupcllam.) — Louis
conlirme un acte de Guillaume, duc d'Aquitaine, prescrivant de ros-
pecler les possessions et les droits qu'avait l'abbaye de Saint-Jean
d'Angéli au temps des rois d'Angleterre Henri et Richard.
Latin 5451 (Garlul. do Soiiii-Jowi-d'Atigfli). f- 99. — Fontoncau.
468 [APP. VI] ACTES DE LOUIS VIII.
XXVII ùisy 387 (d'après la Table supplémentaire). — Editiors :
D'Auteuil, Ministres d'Etat, 423. — Laobe, Alliance chronologique,
II, 606.
136. — 1224, juill., devant la Rochelle. (In obsidione Rupelie, t.
122'i, m. jul.). — Louis VIII confirme un acte par lequel Bouchard de
Marli donne aux religieuses de Port-Royal une terre sise entre Gai-
lardon et Ecrosnes.
Latin 10997 (Carlul. de Port-Royal), fo 2 vo. — Eomoscs : Félibieil,
Uist. de Paris, III, 82. — Gall. Christ., éd. nov., Vil, instr., 98.
137. — 1224, juilL, devant la Rochelle. (In castris prope Rupellam,
a. 1224). -- Charte de non préjudice accordée par Louis VUIàThi-
baud de Champagne, qui lui a juré de rester avec lui durant tout le
temps du siège.
KK. 1064, 17. — CinqConUde Colhert. LVI (Ck>pie da Liber Pria-
cipum), 20. — Collect. de Champagne, GXXXVI, 161. — Baluze, LllX,
214.
138. — 1224, juill., devant la Rochelle. (In castris prope RupeUam,
a. 1224.) — Louis VIII informe le vicomte de Limoges qu'il a reçu le
serment de fidélité des bourgeois de Limoges, sans porter aucune
atteinte aux droits du vicomte.
JJ. 34, 45.
139. — 1224, juill., devant la Rochelle. (In obsidione Rupelle, t.
122'i, m. jul.). — Louis Vlll confirme aux bourgeois de Limoges les
coutuines et libertés dont ils jouissaient au temps des rois Henri et
Richard.
E, 91. — Edition: Ordonnances, XII, 314.
140. — 122'i, août, la Rochelle. (Original : ap. Rupellam, a. 122*.
r. 2; registres : apud Rupellam, a. 122'i, m. aug., r. 2). — Louis Vlll
coiilirine la cliarle de commune de Saint-Jean d'Angéli.
Copies anciennes : J. 190 a et b. — E, 119; F, 92. — Editioxs :
Ordonnances, XU, 315 (d après E el F). — Teulet, n^^ 1663.
141. — 122», i:{ août, la Rochelle. (Ap. Rupellam, 3« feria anle
fesluni Assunipt. h. Marie, m. aug.) — Serment prêté au roi de France
par les bourgeois de la Rochelle.
Orlg. scelle : J. 627. — E. 119: F. 92. — JJ. 31, 115. — Editioxs :
liibl. de l'Ec. des Chartes, '»«• strie. IV, 160, note. — Tculct, n" 1661.
— Arch. hisl. du Poitou, XX, 23'i.
142. — (Même date.) — Liste des l,7'i9 bourgeois de la Rochelle
qui ont prèle sennent.
Orig. : J. 626, n*' 135. — Editio.n : Archivées historiques du Poitou-
X\, 235.
143. — 122't, [du 1" au Ti] août, la Rochelle. (Ap. Rupellam, a. 122i.
m. aug., r. 2). — Louis VIIÏ fait connaître le serment que le comte de
[app. vi] actes de louis VIII. 469
la Marche a fait en sa présence, de faire jouir les habitants de File
d*01éron des privilèges et franchises que possèdent les Rochelais.
E, 119; F, 92. —BrilishMus.. Colton JuliusE 1, f« 4 v». — Moreau,
DCXXXVII, 105. — Edition : Champollion, Lettres de Rois, I, 33.
144. — 1224, août, la Rochelle. (Ap. Rupellam, a. 1224, r. 2). —
Louis Mil confirme les privilèges dont la ville de la Rochelle jouissait
au temps des rois d'Angleterre Henri, Richard et Jean. Il promet de
ne jamais aliéner cette ville, et de ne point démolir ses remparts.
Archives do la ville de Poitiers, carton 70 (d'après V Inventaire') . —
E, 119. — Brienno, CCGXVII, 33. — Editions : Chenu, Privilèges de
Bourges, 193. — Galland, Discours au roi sur la Rochelle, 53. —
Beslj, Hist. des comtes de Poitou, 500. — Ordonnances, XI, 318.
145. — 1224, août, la Rochelle. (Ap. Rupellam, a. 1224, m. aug.).
— Louis VIII fait connaître le serment qu'il a fait prêter en son nom
par Mathieu de Montmorenci jurant sur l'âme du roi, et par d'autres
seigneurs: il s'engage à respecter les conventions qu'il a conclues avec
les bourgeois de la Rochelle.
Archives de la ville de Poitiers, cart. 70 (d'après VInv.). — Brionne,
CCGXVII, 31. — Edition : Galland, Discours au roy, 55.
146. — 1224, août, la Rochelle. (Ap. Rupellam, a. 1223 (sic), m.
aug.). — Sauf-conduit accordé par Louis VllI à tous les marchands qui
auront des relations avec la Rochelle. Si des marchands ennemis du
roi viennent à la Rochelle, ils auront 20 jours pour se retirer, à partir
du moment où on leur aura signifié leur congé.
Bricnne, CCGXVII, 29.
147. — 1224, août, la Rochelle. (Original : ap. Rupellam, a. 1224,
r. 2. Registres : ap. Rupellam, a. 1224, m. aug., r. 2). — Louis VllI
cède à l'église de Cantorbéry l'hommage et le service d'Aimeri de
Chaource, bourgeois de la Rochelle, et do ses héritiers, qui seront
exempta de toute coutume dans les (erres du roi de France.
Copie authent.: J. 190 b (vidimus do 1241). — E, 247 v«>; F, 203 v".
— Editions : Martène, Ampl. Coll., I, 1191. — Tculet, n" 166 'i.
148. — 1224, août, la Rochelle. (Ap. Rupellam, a. 122'i, m. aug.,
r. 2.) — ï^uis VllI confirme une charte de la reine d'Angleterre Alié-
ner, par laquelle elle donnait au monastère de Fontevraud son homme
Pierre Foucher de la Rochelle et ses héritiers, exemptés de toute
taille et de toute coutume.
E, 247 vo ; F, 203 v«. — Fonteneau, XXVII bis, 663 (d'apW» la Table
supplémentaire). — Edition: Martène, Ampl. ColL,\, 1190.
149. — 1 22 'i, août, la Rochelle. ((iOpie authentique: apud Rupel-
lam, a. 122'i, r. 2. Registres : ap. Rochelam, a. 1224, m. aug., r. 2). —
Louis VllI confirme en faveur de llélie Bernard : 1" Une charte de
Richard Cœur de Lion l'exemptant, lui et ses héritiers, de toute cou-
tume, et mettant ses biens sous la protection des officiers royaux :
470 [APP. VI] ACTES DE LOUIS VIH.
2o Une charte de Jean sans Terre, donnant en fîef à Hélie Bernard d
à ses héritiers le minage royal de la Rochelle, moyennant une net-
vance annuelle consistant en une paire d'éperons dorés.
Copie aulhent.: J. 190 b (vidimus de 1241). — - E. 247 y<»; F, 203 1«.
— Indiqué dans Toulet, I, n'>* 487 et 505, à propos des chartes deRicfatid
et do Jean, mais omis dans le tome II.
150. — 1224 [août], la Rochelle. (Ap. Rupellara, a. 1224, r. 2). -
Louis Vin confirme les privilèges accordés par Jean sans Terre à Hélie
Gasquet, bourgeois de la Rochelle.
E, 247 vo; F. 204.
151. — 1224, août, la Rochelle. (Copie authentique : ap. Rupel-
lam, a. 1224, r. 2. Registres : ap. Rupellam, a. 1224, m. aug.) —
Louis Vin confirme les lettres de Richard Coeur de Lion et d'Aliénor
concédant le revenu de la balance publique de la Rochelle à la femme
de Guilkiume Legier et à ses héritiers.
Copie aulhent. : J. 192. — E, 248; F, 204. — Anal.: Tcalrt,
no 1665.
152. — 1224 [août], la Rochelle. (Ap. Rupellam, a. 1224, r. 2). -
Louis VUl confirme aux héritiers de Guillaume et de Gautier Offrai les
privilèges accordés à ces deux derniers par Richard Cœur de Lion.
E, 2'i8; F, 20'i vo.
153. — 1224, août, la Rochelle. (Copies du Tr. des Ch. : ap. Rupd-
lain, a. 122'i, r. 2. Hogistres : apud Rupellam, a. 1224, m. aug.)-"
Louis VlU exempte de toute coutume Girard de la Chambre, bonrj:w
de la Uocholle, et ses héritiei's; en outre ils ne seront justiciables que
du roi ou du bailli principal du Poitou.
Copies : J. 190 B. — E. 248 ; F, 20'* yo. — Analyse : Tculet, n» 1666.
154. — 1224, [août]^ la Rochelle. (Ap. Rupellam, a. 1224, r. 2.).
— Louis VUl concède à Pierre de la Paie, bourgeois de la Rochelle,
moyennant le cens annuel d'un besant, le revenu qui appartenait au
roi sur les poissons de mer de la poissonnerie de la Rochelle, et lui
confirme la pêcherie et la paneterie de la Rochelle.
E, 248 v«; F. 205.
155. — 122'*, août, la Rochelle. (Ap. Rupellam, a. 122'», m. aug).
— Louis VUl reroit l'hommage lige de Dos de Matha, pour une renie
annuelle de 125 livres tournois.
E, 225; F, 181 v».
156. — 1224, août, la Rochelle. (Ap. Rupellam, a. 122*, m. aug.).
— Louis VUl reroit l'hommage lige de GuiUaume de la Motte, pour
une rente de 100 livres tournois.
E. 225; F, 181 v". — Carliilairc des sires de Rays, pièce n« 195(dapri*
la Table analytique de Marchegay. p. 6).
157. — 122'*, août, la Rochelle. (Ap. RupeUam, a. 122i, m. auir)
[app. vi] actes de louis VIII. 471
— Louis Vlll confirme aux bourgeois de Saint-Jiinien les coutumes et
immunités dont ils jouissaient sous les rois d'Angleterre Henri H et
Richard Cœur de Lion. 11 les prend sous sa protection.
E, 91. — Edition : Ordonnances, XII, 314.
158. — 1224, août, la Rochelle. (Ap. Rupellam, a. 1224, m. aug.).
— Louis Vin concède au comte de la Marche les fruits des régales de
révôché de Limoges, moyennant quoi le comte renonce à ses droits
sur Mauzé, que (iuillaume d'Apremont tient en hommage lige du roi.
Orig. : J. 347. — Fontcnoau. XXVII bis, 665 (d'après la Table sup-
plémentaire). — Edition : Teulel, n^ 1667.
159. — 1224, août, la Rochelle. (Ap. Rupellam, a. 1224, m. aug.).
— Acte correspondant du comte de la Marche.
Orig. scellé : J. 374. — E, 185 ; F, 150. — Edition : Martène, AmpL
Collectio, I, 1189.
160. — 1224, août, Niort. (Copie du Trésor des Ch. : ap. Niortum,
a. 1224, r. 2. Registres : apud Nyortum, a. 1224, m. aug., r. 2). —
Louis Vlll confirme aux habitanLs de Niort la commune et les cou-
tumes, libertés et donations dont ils jouissaient au temps des rois
d'Angleterre Henri et Richard.
Copie : J. 329. — E. 119; F, 92 v». — Editions : Ordonnances,
XII, 315 (d'après E et F). — Teulet, n» 1659.
161. — 1224, [août], Saint-Maixent. (Ap. Sanctum îMaxencium,
a. 1224, r. 2). — Louis Vlll confirme en faveur de IVchard Lequcux
les donations faites autrefois à son père Guillaume Lequeux par
Richard Cœur de Lion.
Copie ancienne : J. 190 a. — E, 248 v». — Analyse : Teulet, n*> 1656.
162. — 1224, [août], la Haie-Descartes. (Ap. Uayam in Turonia,
a. 1224, r. 2). — Louis VIII confirme les privilèges accordés parPh.-
Aug. aux habitants de Poitiers en 1222.
Archives de la ville de Poilicrs, carton 1 (d'après Vlnventaire). —
Copie authentique : J. 192 (vidim. de 1241). — Analyse : Teulet,
no 1655.
*
163. — 1224, aoûL (A. 1224, m. aug.). — Les religieux de Saint-
Sauve de Montreuil-sur-Mer prient Louis VIII de ratifier l'élection de
Simon, qu'ils ont choisi pour abbé.
Orig. scellé : J. 346. — Edition : Teulet, no 1669.
165 *. — 1224, sept., Saint-Cermain-en-Laie. (Ap. S. (»ermanum in
Lava, a. 1224, m. sept., r. 2). — Louis VIII confirme les franchises et
coutumes de la Réole et détennine les relations de celte ville avec la
couronne.
E, 119 vo; F, 93. — Editions: Ordonnances, XII, 316. — Compte-
i. Le numéro 164 a été supprimé.
472 [APP. VI] ACTES DE LOUIS VIII.
rendu des trav. de la Commiss. des mon. histor. de la Gironde,
années 1846-1847, p. 70. — Giry, Relat. de la roy. et des villes, 63.
166.-1224, [sept.?] Paris. (Parisius, a. 1224). — Louis VU!
confirme les droits municipaux dont jouissaient les bourgeois de la
Réole.
E, 119 vo; F, 93. — Editions : Ordonnances, XII. 317. — Commiss.
des mon. histor. de la Cir., ann. 1846-1847, p. 71. — Giry, Belat.
de la roy. et des ailles, 64.
167. — 1224, sept. (A. 1224, m. sept.). — Charte de non-préjujiicc
accx)rdée par les chanoines de Sainte-Croix d'Orléans au roi Louis Vlil,
qui leur a permis d'affranchir leurs serfs demeurant en dehors des
terres du chapitre.
Orig. scellés : J. 170. — JJ. 31, 31 v<>. — Editions : Bibl. de l'Ec,
des Ch., 2» série, t. IV, 519. — Teulet. n« 1670.
168. — 1224, oct., Paris. (Parisius, a. 1224, m. oct.). — Louis VIU
donne à son panelier Pierre Baron 30 livres de rente viagère sur la
prévôté de Paris.
E, 250; F, 206 v».
170^— 1224, oct.,Melun.(Melcduni,a. 1224, m. oct.). — Louis Vlll,
sur la demande des deux parties, atteste des conventions conclues
entre Jean de Nesle et la comtesse de Flandre, au sujet de difficultés
survenues pour la vente do la chàtellenie de Bruges. Liste de témoins.
Orig. scellé : Chartes de Colbcrt. pièce 7 (Carton 344 des Mélanges de
Colbcrt). — Arch. dcp. du Nord, B. 1568 (8« Cartul. de Flandre), piècc2.
— Edition : Le Glay. Histoire de Jeanne de Constantinople, 16'i.
171. — 1224, oct., Lorris. (Ap. Lorriacum, a. 1224, m. ocl.). —
Louis VIII déclare que si Issoudun sort jamais du domaine de la
couronne, le détenteur de celte ville devra jurer à l'archevêque de
Bourges la commune et la trêve, comme le font les autres barons du
pays.
Nouv. acquis, latines, n" 1274 (Cartul. de Bourges), f'» 38. — Editio:»:
Rayual, Hist. du /ierry, II, 315.
172. — 1224, [orl.?it Lorris. (Ap. Lorriacum, a. 1224, r. 2). —
Louis Vlll, en réroni|)enso des services de Thibaud de Monlargis son
archer, airraiichil sa femme Odeline, ainsi que ses héritiers à venir;
il leur accorde en outre la possession de tout ce qui a été donné à Ode-
line, à son mariage, par son oncle Baudouin de Villeneuve, serf du roi.
E. 2'i8 v»; F. 205.
173. — i22i, ocl. (A. 1224, m. oct.) — Louis Vlll donne en fief'»
liges il Pierre, comte de Bretagne, Champtoceaux, Montfaucon, et
toute la terre que possédait Thibaud Crespin.
E, 182 V"; F. liO. — Editions : Dom Moricc, Preuves de l'Histoire
1. Le numéro 169 a été supprimé.
[APP. Vl] ACTES DE LOUIS VIII.
17*.— 1224, ocl. (A. 1224, m. ocl.). — L'abbé et les religieux de la
RCour-Dieu reconnaissent qu'ils ne peuvent accueillir les hommes du
rot dam leur maison do Buiscomniun, et qu'ils ne peuvent vendre de
D qu'après le banïin du roi.
Orig, «eelli; J, '.26, — E. 158; F. 126 v" — JJ,31,55. —Edition;
. — 122'., oct. (A. 1224, ni. ocl.)- — Ilichard, abW, et tous les
■religieux de LirC -déclarent céder à Loui!< VIII leui-s droits air la forêt
[de Brelenil, sauf le pasnage, l'herbage et la dlme des revenus de la
(brét ; Louis VIII leur cède en échange 760 arpents de bois sis dans la
|b*ie de Lire.
Orig. tcdlA ; J. 7^1. — Indiqué : JJ. 31, <i^. — Editions : Cariai.
Normand, n" 332. — LePrèïosl, Mélanges, l. 428. — Teulol, a' 1672.
- 122'., nov., Paria. (Parisiu:
3 Montfort déclare qu'il afait la pai
uidonné tous les droits qu'il avait
■e hommage au roi de Krance.
Copie anc. : J, 318. — JJ. 34, '.I
— Edi
1324. m. nov.). — Amauri
:; llélie Rudel,elque, ayant
ui, il lui a donné licence de
; Tmilel, n" 1673.
I
177. — 122'., nov., Paris. (Parisius, a. 1224, m. nov.). — Louis VIU
eoncMe à Kourré, son archer, huit arpents de lerre situés entre Com-
piègne et Choisi -au -Bac, et deux arpents et demi situés h, Vieux-
Moufin, moyennant 12 deniers de cens.
E, 249; F, 205.
17*. — 1224, nov.. Compiégne. (Compendii, a. 1224, m. nov.). —
Louis VIII déclare que, sur la demande de son chancelier Guérin, il
donne au doyen et au chapitre de Coulances l'église de Saint-Martin de
Ilelval prt^s Cx>utances, dont le roi était patron. Le doyen et le chapitre
ont promis de célébrer l'obit de Philippe-Auguste, et celui de Louis et
Guérin, après leur mort.
R^lro n" 1 doB Arcb. do l'évichË de Coulancei. î° 174, ch. i
(d'apri* M. Delîilo) — EomoM ; Cartul. Normand, n" 333.
>290
17». — 1224. nov,, Compiègne. (Compendio, a. 1224. m. nov). —
Louis VIII donne aux religieuses de Morienval le droit de prendre une
_ charretée de bois mort dans son bois de Cuise ; moyennant quoi elles
it abandonné toute prétention sur ce bois.
E, 158 y; F, 127.
- 1224, nov., Reims. (Remis, a. 1224, m. nov.). — iiélie
eigneur de Bergerac, fait hommage lige à Louis VUl.
- Dupuj, I, 59. — Editio.i :
474 [APP. VI] ACTES DE LOUIS VIU.
181. — 1224, nov., Reims. (Remis, a. 1224. m. nov.). — Loujs VIII
déclare qu'il n'aliénera jamais l'hommage lige de HéJie Itudel.
Copie sncionne : J, 318, — JJ, 34. 41 y. — .Vkal. : Tculel, n" 1675.
182. — 1224, [13 ou 14 noï.], Chàlons-sar Marne. (Calhalaiini,
a. 1224, r. 2). — Louis VIII, gur la prière de Guillaump, fv^qne de
(^h& Ions-sur- Marne el comte du Perche, conlinne une donation dudit
Guillaume à l'église de Sainl-ËUenne de Chfilons.
E. 139 V". F. 110 V». — Editio.'. ; Marlène, Ampl- Coll.. I. 1191.
183. — 122'.. noï., CondansC?) (Confluaci (*ic), 6*1224, lo. nov.).
— Louis VIII déclare qu'à partir du 8 courant. Tbibaud do Champagnt
ne pourra retenir les Juifs du roi, à charge de réciprocité-
Cinig-conb de Colhcrt. LV[ (copie du Liber Prïndpum). 19 **>•
183 A. — 1224, nov.. Bruyères. (Apud Bnierias. a. 1224, m. no».).—
Louis Vlll mande Ases prévAts dcLaonetde Saint-Quentin de prendra
sous leur garde les biens de l'abbaye de Foigni sis dans leun prévale.
Latin 18S74 (Cartul. de Ftngni). f* 263.
184,-1224, nov., Catane. (Cathana-, a. 1223 (aie), m. nov.). -
Traili' d'alliance conclu enlre Frédéric II et Louis VIII.
E, 168 v°. — Editiuks : Martine, Ampl. Collectio, I. HB3 et \\%
— H t.. XVII. 307. note.- Moniinunta Germanûr. Legea. Il, IM
— HuiUard-Bréfaoltos. llisU dipl. Fr. II. 1. 11. 1" partie. 462.
185. — 1224, nov. (A. 1224. m. nov.). — Bernard, abbi* de Préaux,
et les religieux dudit lieu déclarent avoir cédé & Louis VIII l'empU-
cement de leurs moulins sis près de Neufchâlet.en échange de 40 sans
de rente annuelle sur la vicomte de Neufchâlel, et d'une demî-acre i*
terre dans les prés du roi sis en face Neuville.
Orig. scom : J. 215. — JJ. 31, 55. — Editions : ffeuttria fia. Slî
— Cariulaire yorm., n° 334.
184. — 1224, déc.. Saint -Germain-en-Laie. (Apud S. Germuium
in Laya, a. 1224, m. dec). — Louis VlII atteste que ltob«rl dr Viti
a reconnu en sa présence n'avoir point de droit héréditaire sur U 1
mairie de Vin; le chapitre de Notre-Dame de Paris lui a afTeriné Ifr I
dite mairie pour une année.
Copie; K. 1214.
187. — 1S24, [déc.]. Saint Germain -en- Laie. (Ap. S. Gennanum il
Laya, a. 1224). — Louis Vlll confirme un jugement arbitral rendu «■
déc. 1224 par Guérin. év. de Senlis, chancelier de France, pour liicfl
les droits respectifs des chanoines et du maire de Sois.«uns dans la villtl
e( dans la banlieue.
s, CXXXIV. 219. — Ax^J
- 1224, déc. (A. I22'i, m, dec),
i
[APP. VI] ACTES DE LOUIS Vltl. 475
[ Meiun, déclare svnir cédé k Louis Vlll tout ce qu'il avail i Bcauforl en
, Anjou, moyennanl 100 livres lournois payables chaque année sur la
\ prêvdtéde Loudun, jusqu'à la majorité des enfants que sa femme a eus
l' de son premier mari, le vicomte de Melun.
Orig. : J. 178. — JJ, 31. 110. — Editiou : Teulol. n- 1678.
ise. — Fin do 1221 î Montargia. (Ap. Montem Argi, a. 1224, r. 2). —
' Louis Vlll confirme : 1° un acte par lequel Louis VII recevait de Robert,
^ fils de Morin, l'alleu nommé Roiscommun, moins quelques maisons
et quelques terres grardées par Robert, el donnait audit Robert la
conciergerie du palais à Bois(^ommlm : 2" la vente de celte concier-
gerie, de ces maisons et de ces terres, faite en présence de !xmia Vlll,
par Emmeline et Ermengarde, héritières de Robert, à Adam « Saliens
I 'n bonum », bourgeois de Boiscommun.
E. 3'i9; F, 205 v.
180. — Fin de 1224 ? Monlargis. (Ap. Montem Argi, a. 1224). —
Louis Vlll accorde à Geoffroi, son fauconnier, 24 livres de rente
annuelle sur la prévdté de Lorris, jusqu'au moment où lui reviendra
une terre que lient la reine (ngeburge, et que Philippe-Auguste avait
. donnée audit Geoffroi.
E. 225; F. 182. — Eoitiok : Daïidsohn. Phil.-Aag. and Ingeborg.
32i,
191. — Fin de 1224 ï Montargis. (Ap. Montem Argi, a. 1224, r. 2). —
I Louis Vlll confirme la commune et les coutumes des bourgeois de
Saint-Ëmilion. 11 leur promet de ne point détruire les remparts de la
ville, el de ne les placer jamain hors sa main. H pourra construire une
forteresse oîi il le voudra dans la ville.
E, 119 V; F. 93. — Editiomb; Ordofin., Xll, 317. — Girj, Rela-
tion!. 65.
19». — Fin de 1224 î Sain Uïormain -en -Laie. (Ap. S. Germanum in
Laya, a. 1224, r. 2). — Louis VIU conlirme à l'abbaye de SainlMainenl
les droits, possessions et privilèges dont elle jouissait au temps des
rois d'Angleterre.
E. 159; F, 127 V. — JJ, 53, n" 278. t- 117 V (vidimiudo 1317),—
Edition : Arch. hUt. du Poitou. XI, 163.
193. — Fin de 1224? Paris. (Parisius, a. 1224).— Louis Vlll concède
à Raoul du Mesnil une grange sise à Alencon, avec la maison et l'enclos
qui en dépendent, moyennant 10 sous tournois de redevance annuelle.
E. 249; F, 205. — Edition : Cari. Tform.. a' J40.
194. — 122'tTL«uis Vlll donne h l'abbaye de Joyenval 60 arpents
du bnis de Cruie.
E, 159; F, 127 v«,
195. — 1224 1 — Luuiï Vlll ciinriniic la venU' faite par llugue
[aPP. Vf] ACTES DE LOUIS VIU.
Plouques à Adam de Miili de plusieurs fiefs que lui avait roncédn
Ph.-Aug., el qu'Adam tiendra en hoimiiage lige <lu roi.
E, 225i F. 182,
IM. — 1225, Il janv.. Sens. (Senonis, a. 1224, m. jan.. in m^nit
sanrii Hylarii.). — Guillaume, abbé, cl tout Ig couvent de S&inl-Jun
de Sens déclarent que ïturleur mandement Gamier des Présa jur^ au
roi Louis VIU de lui livrer à la première réquisition sa forleresw de
Noion, mouvante de ladite abbaye.
Orig 1C0II6 : J. 261- — JJ. 31. 50 ï°. — Eoitioi. : Toulel, n" 168Ï.
197. Même date. — Gautier, archevêque de Sens, ratilic la prété-
dente déclaration.
Orig. KcllÉ ; J. 261. — Abal. : Teulct. n° 1688.
I»8. — 1225, janv.. Sens. (Senonis, s. 1221, m. jan.)- — St'verin,
abbé de fontaine- Jean, et tout le couvent déclarent avoir reçu de
Louis VIU un arpeni de terre h Moun en G&tinais, pour y construire
une granjre.
Orig. scellé : J. 731, — JJ, 31. 57 — As*i., : Tciilcl, n« 1690,
19». — 1225, janv., (A. 1221, m. jan.). — Lebert, doyen, et tout le
chapitre de Sainte-Croix d'Orléans, s'engagent, s'ils s'arraniiY'nl ««v
leurs homme.s de corps de la terre d'Étampes au sujet de leiir affran-
chissement, k payer au roi 200 livres parisis pour obtenir son consen-
tement.
Orig. scellé; J. 170. — JJ. 31. 43. — Editioh ; Teulet, n» 1691.
900. — 1225, janv.. Sens. (Senonis, a. 1324, m. jan.). — Loui« VQI
autorise le doyen el le chapitre de Sainte-Croix d'Orléans à affranchir
leurs hommes de corps de la terre d'Etampcs.
Français 11538. f" 143. —Charte» ol dipiémc, GXXXV, 48. -
aoi. — 1224-1225, [janv.] ? , Sens. (Senonis, a. 1224). — Louis VIA
faisant droit aux réclamations que lui avaient Bdres.sées les Templlen
au sujet d'im moulin qu'il avait fait construire prés de son chiteau de
la Rochelle, décide qu'aucun autre moulin ne pourra être conslmit t
la Rochelle dans les eaux dudit moulin, soit en dessous, soit en
dessus, et que ledit moulin servira seulement pour la garnison rojale.
E, 159; F. 127 y.
909. — 1225, [fév.], Melun. (Meleduni, a. I22ii, r. 2). — Louis VIU
confirme la charte d'affranchissement concédée en février 123S ]wr le
doyen et le ctiapilre de Sainte-Croix d'Orléans à leurs hi^mnns ie
corps de la terre d'I^tampes.
EtiiriaNs : D. Fleurcau. Àalii/iiile: d'Etampes. 39. — Ordonmanta.
XI. 322. — Giiiiot. //,.,(, de la Civil, çn /V.. IV. Preuf».. 3« (TwI-
fr,).
[APP. VI] ACTES DE LOUIS VIU. 477
12Î5, fév., Molun. (Meledunî. a. 122^ m. febr.). — Renaud
de Monlfaucon déclare avoir promis à Louia VIU de ne lui causer
aucun préjudice par le moyen de sa forteresse de Monlron.
Orig- scellé : J- 339, — JJ- 31. 89. — Edition : Teulel, n» 1695.
3M. — 1225, Kv., Saint Germain-en-Laie. (Ap. S. Germanuin in
Loia, a. 122^, m, febr.). — Louis VIU, à la demande de l'abbé ëL du
chapitre de Saint-Denis, vidime et confirme un acte par lequel ils affran-
chissent Pierre Touquin et sa femme Ermengarde.
LL. 1157 (Csrtul. blanc, tomo I). t- 505; LL. 1IQ7 (Cirlul, do
Saint-Dcma, Ruet, xiii' a.], f" 9.
aiS, — 1225, fév., Saint-Germain-en-Laie. (.^p. S. Germanum
in Laya, a. 1224, m. febr.). — Louis VII! c^mfirme un acte par lequel
Guillaume, comte de Glermonl, donne en dot & sa lille Catherine,
Honleil, n Trancoc n, Herment et Montferrand.
E, 1S5; F, 150.— Editiu.n: B»i>ae, flist- de la maison d'Auvergne,
U. 263.
sas. — 1225, fév., Saint-Deniii. (Ap. Sanrtum Dyonisium, a. 1224,
ta. febr,). — Guillaume, archevêque de Reims, neveu de feu te comte
de Deaumont, fait abandon au roi et à Thibaud de Reaumonl de
toul ce que son oncle avoit dans le comté de Beauniont,
Orig, tccllé ; J. 168, — Edition : Douct d'Arcq, Recherches, 110,
, — 1225, fév. (A, 1224, m. febr.). — Jean, abbé de Saint-Victor
de Paris et tout le couvent reconnaissent n'avoir aucun droit d'usage
dans la forêt de Saiut-Gerrnain pour leur maison de Ghanleau, sauf
ce qu'il plall au roi de leur donner,
Orig. loallft ; J, 731, — JJ, 31, 48 V, — Aii*i., ; Toulol, n" 1699.
9«S. — 1225. fév. (A, 1224, m. febr.). — Rapport adressé au roi par
Aleaume d'Amiens sur la manière dont, au temps de Phil.-Aug,, on
'bisail payer les dettes contiactées dans la prévûlé d'Amiens par lex
nobles et les francs.
Û, — Edition : Aug, Tliiorrv,
s-Elat, I, 198,
Même date, — Lettres de même teneur de Hugue des
Fontaines,
Orig. Bcell* ; J. 231. — Grenier, GX, 143. — Edition: Teulol,
n" 1697.
10. — 1225, entre fév, et le 29 mars (A. 1224, r. 2). — Louia VIU,
Kir la demande de Jean de Nesie, confirme l'acte de février 1225 par
'lequel ce seigneur déclore définitivement consommée la vente qu'il e
fcîte & la comtesse de Flandre de la ch&tellenie do Bruges.
Orig. icellé : disrlcs de Colbert.
CotbcrI); exemplaire exposé i la galci
478 [app. vi] actes de louis vin.
E.185; F, 150. — BomoBB: Martine, ^mp/iîj. Col/,. 1. 1196. -
lUtàg, Codex diplont.. Il, 1917.
ail. — Du 14 juiil. 1224 au 29 mars 1225, Pans. (Parisius, a. liîl,
r. 2). — Louis VIII conTirme les coulumes et privilèges accunUs par
Ph.-Aug. auï habilatiU de Bourges et de Duii.
Editions : Jean Chenu, Anliq. et privil. de la ville d« Bourget. 1
— La Thauoiassière. Coût, du Berry, 64. — OrdonnaaceM, W, 3Ï0.
312. — Du 14 juin. 1224 au 29 mars 1225, Paris. (Parisius. a, IMi,
r. 2). — Luiiis VIII confirnie l'aclo de Louis VU portant abolition de
certaines mauvaises coutumes dans la ville el la seplaine de Bombes.
et l'acte de Pli.-Aug. eonfirmanl le précédent et accordant de iiouvell»
réformes.
Editions : Chenu, Privil. de Bourges, 2 et S. — Labbe. Alliaiiti
ehronol., II. 200. — La Thaumu»ière, Coutume du Berry. (7. —
Ordonn.. I. 18.
ai3. — Diil4juili. 1224 au 29 mom 1225. Paris. fParisiits, a. lïïi.
r. 2). — Louis VllI confirme l'abolition de la mainmorte, accordée par
Louis Vtl et Ph.-Aug. aux habitants de Bourges et de Dun.
9 v>; F, 67 *". — Editions : La ThautnaMÎiro. op. cil., 6". —
Ordo«
. XI, 321,
ai«. — Du 14 Juin. 1224 au 29 mars 1225, Paris. (Parisius, a. 1334.
r. 2). — Charte de Louis VIII, de même teneur (ju'un acte de PhiL-
Aug., permettant au\ bourgeois de Bourges de choisir k l'article de la
mort un de leurs amis comme bailliatre de leurs enfants.
E, 89 ï"; F. 68. — Cf. lacle do Ph.-Aug. dam Ordou».. I. 22.
aiB. — Du 14 juin. 1224 au 29 mars 1225, Paris. (Parisius. a. liH,
r. 2). — Louis VlU conlirme les coutumes et privilèges que Ph.-Aug.
avait accordés aux habitants de Dun et de la ch&tellenie.
t Coiilumier général, Ul, 1001. —
218. — Du 14 juill. 1224 au 29 mars 1225, Paris. (Parisius, a. 1»(,
r. 2). — Louis VllI donne à l'église et au chapitre de Silli 60 acres de
terre de la forêt de GoulTern.
E, 158; F, 126 v
- EmTioN ; Cartui. Normand, i
'339.
217. — Du 14 juill. 1224 au 29 mars 1225. Paris. (Pariaitis. a. !«(.
r. 2). — Louis VIII, à la demande du chancelier Guérin, r«nfinn« la
cession faite par Enguerran, chanoine du Laon, â. Tobbayc de Notre-
Dame de la Victoire, de tout ce qui lui avait été donné par Conun d«
Béthunc à RulH et k Chaniici.
Orig, : Supplém, !i dom Grenier. CCCXLVI, 4, piiœ n- 3, — ChwW
AfTortv. 1.- 259, et XIV. 477
eldiptûme>,CXXXlV.217,
Ducbeïno, lUst. de la maison de Bélhi
Hitl, des ministres d'Etat, 424.
- Eoitio» :
[APP. VI] ACTES DE LOUIS Vllt. 479
- Du t'> Bvr. 122'> au 29 mar» 1225, Paris. (Pariaiua, a. 1224).
- Arrât de la cour du roi, rendu à l'occasion d'un débat enlre la com-
« de Flandre et Jean de Nesle.
E. 172 V ; F, 136 V. — P. 2529, ^ 30, daprts le reg. A de la Ch.
âe» ComplM (Trad. franc.}, — Editions ; Outre les nambreusea édîlionï
signaliei dans la Table des Dîptttmes et la TabU chronol. àe Wauters:
Boutario, .IctM da Pari, de Paris, ccciii ; — Langlois, Texits relatifs
1 l'kht. du Parlement. 35.
[ IIB. — Du r< Juin. 1224 au 29 mars 1225, Saint-Germain -en- Laie.
\Ap. S. Gcrinanuni in Laya, a. 1224, r, 2).— L«uis VIII, sur la demande
de Blanche de Casiille, lui confirme son douaire, à savoir : Bapaume,
Lens et Ilesdin, avec leurs dépendances.
Arch. du PaB-da-CBUia, liauo A. 36, piica n" 4 (vidimus de 1291). —
■ E. i;Oi F, 135. — EoiTMN : Morlino, Ampliss. Collectio. 1. 1192.
^Kevi
r
■ 9!
F
i
I
SS*. - Du 14 juill. 1224 au 29 mars 1225, Pont-Levoi. (Ap. Ponlem
ivoy, a. 1224. r. 2). — Louis VIII confirme la charte que Louis VU
it accordée en 1169 à l'abbaye de Mozac.
Copie: K. 184, no 54.
aZl. — Du 14 avr. 1224 nu 29 mars 1225. (A. 1224). — Louis VIB
notifie un arrêt de sa cour, tranchant après enquête un débat entre
l'évèque d'Auxerre et Gaucher, comte de Joigni ; Gaucher n'avait pas
le droit d'élever de forteresse près de Varzi.
V"; F, 111 Y" —Edition: Marlôna, Ampliss. Coll., 1. 1196,
14 avr. 1225 au 29 mars 1225. (A. 1224). — Herbert, abbé,
et le couvent de Sainte-Geneviève de Paris reconnaissent c]ue l'auto-
risalion du roi leur est nécessaire pour qu'ils puissent envoyer des
prisonniers à la prison de Rosni, construite par eux sur la permission
' ï Louis V'IU.
Orig, scellé : J. 152. - JJ, 31, 49 v. — Awaltse : Teulel. n' 1684.
SS3. — 1225, du l"au29 mars, Paris, (Parisius, a. 1224, m. martio).
- Les chanoines do Laon ayant exigé de leurs hommes de Paissi de
l'argent pour le service d'ost du roi, Louis VIII, sur la plainte des
hommes de Paissi, ordonne aux chanoines de restituer ce qu'ils leur
ont pris, et les ajourne & comparaître en sa présence pour fournir des
jBiplications.
I Charles et diplômes, CXXXV, 97.
fM. — 1325, du 1" au 29 mars, Anet. (Aneli, a. 1224, m. niarcio). —
Louis \'lll cède à Simon de Valgontard, en échange du bois attenant
à la forél d'Aincourt, 30 arpents de bois sis près de sa maison de Val-
gontard.
E, 225 V;F, 182.
r 835. — 1225, du 1" au 29 mars (a. 1224, m. marcio). — Hichard,
hbbé do Lire, et tout le couvent de Ure cèdent au roi leur droit d'usage
480 [APP. V!] ACTES DE LOUIS VID.
lions la forêt de Breteuil, toul en faisant certaines réserves : Louis V
leur donne en ëchang(> 88 arpenls de bois dans la haie de lire et di
le bois attenant à ladite haie.
Orig. scellé : J. 731 — Indiijuë . JJ. 31. 41. — Edition -. Carlul.
Noi-m.. oP'i'i^.
33«. — 1225, [du 1" au 29 mars], Breteuil. (Ap. Britolium, a. IM*,
r. 2). — Louis Vlll relate le précédent échange.
E, 159 ¥": F, 127 v". — Editios : Martène.^n./»/iM. Coll., I.IIM.
227. — 1225. du 1" au 29 mars, Breteuil. (BriloLi, a. 122*. n
niarcio). — Louis Vlll accorde h. Aubin Potiu de Nonancourt et à ai
liéritiers la sergenterie telle que Guillaume Potin son père l'a leouBa
E. 249; F, 205 V. — EniTioit : Cartul. Normand, d" 337-
93». ~ 1225, du 1" au 29 mars, Beaumont-le-Roger. (Ap. Bellui
montem, a. 1224, m. marcio). — Mathieu de Montmorencî, conni
de France, déclare que Louis VIII lui a donné son vivier de Ba.
Orig. uxU: i. 731. — JJ. 31. 95. — Edition : Duchcsne. tfiil. 44
la maison de Montmorenc'i. pr.. 88.
229. — 1225, du 1" au 29 mars. (A. 1224, m. marcio), — Loui
donne à Mathieu de Montmorencî tout ce qu'il avait & Maffliers.
E. 225 ï"; F. 1B2. — Ulin 5149. f- 1 t", — Editioh : Docbeawt
HUt. de la maison de Monlmorenei. pr., 87.
330. — 1225, [mars ?], le Vaudreuil. (Ap. Vallem Rodolii, a. IISI.
r. 2). — Louis Vlll confirme la charte donnée par Ph.-Aug. en 1202 m
faveur de l'abbaye de Mortemer.
231. — 1225. [mars î], Ponl-de-l' Arche. (Ap. Ponlem Arche, a. lai.
r. 2). — Loui.t Vlll accorde en fief lige à Jean do Rouvrai la moitié (le
la tille de Bussi. que Philippe-Auguste lui avait donoiïe à l'occuion
du mariage d'une de ses lilles.
E. 225; F, 182,
233. ~ [Avant mars 1225]. — Notice constatant le refus d'Archaiii-
baiid de Bourbon de constituer un douaire à la veuve du comte d'Au-
vergne.
E, 328 v; F. 273. — Editiok : Bduie, Maison d'Aui^rgitt. U.tî.
232 A. — 1225. du 1» au 29 mars, Pontoise. (Ponlisare, a. Illi,
m. niartio). — Louis Vlll noliiie l'accord conclu en sa pnSsen^^ entre
Archambaud de Bourbon et la comtesse d'Auvergne, veuve du rimile
Gui, au sujet du douaire de ladite comtesse.
Copie d André Ducbcsne, Coll. Cliirambault, HXXl, 27. — &BtnoHi
Juilol. Hist. de la mais. d'Auvergne, preuv., 46. — Bthug, ibiiM
d'Auvergne, II. 81.
[APP. Vl] ACTES DE LOUIS VlU. 481
ass. — 122S, du 1" ftu 29 mare, Ponloisc (Ponliaare, m. marLio.)—
Louis VIII mandfî à ses baillis et prévale d'Orléans de s'adresser à lu
s'ils onl h se plaindre des religieux de Sainl-Mesinîn ou de leurs
hommes, qui sonl aoiis sa prolerllon siiéciale.
LaUn 5120 (Copie du Cartul. de SBinl-Meimîii), f" 64 i". — Chartes
otctipl..CXXXV, 95.
23*. — 1225, flu 1" au 29 mars, Sainl-Germain-en-Laie. (Apud S.
Geriitanuin in Laya, e. 1224, m, mBrcio.) — Louis VIII déclare avoir
permis à la reine Ingeburge de donner à Gilbert de Saint-Jacques une
rente viagère de 40 livres parisis sur la prévôté d'Orléans,
E, 225 v; F. 1B2 v". — Editions ; Bduie, MUcellanea. VU. 248.
— ff. F, XIX, 325.
S3S. — 1225 [30 mars ou peu après], Saint -Germain-enLaie. (Ap.
S. Germanuni in Laya, a. 1225, r. 2). — Louis VlU confirme une
sentence d'arbitrage prononcée le 25 mare par Guérin, pour trancher
un débat entre l'abbaye de Notre-Dame de Soissims el Pierre Tristan,
chambellan du roi.
Chartes et diptAïQCB, CXXXUI, 172.
236. — 1225, avr., Sainl-Germain-en-Laie. (Ap. S. Germanum in
Laia, a. 1225, m. apr.)- — Louis VIU donne en IJef Jean, son échanson,
les avoines qu'il a A PIcssis, Authon-la-PIaine et Sarnte-Ëscobitle, en
échange d'une rente de 3 rn^ids de froinenl que Jean percevait sur le
grenier du roi à Paris. >
E. 249 y; F. 205 v.
236 A. — 1225, avr., Saint-Germain-en-Laie. (Ap. S. Germanum in
Ijiya, a. 1 225, m . apr.). — Ix)ui9 VIII donne à Nicolas de Champagne,
son cuisinier, 3 arpents de terre el 5 quartiers de vigne sis à Fouï,
qui avaient échu au roi par lu forfaiture de Pierre, lits d'Lvrard de
Dréligni.
E, 251; F. 207 V".
837, — 1225, avr., Compiègiie. (Gompendii, a. 1225, m. apr., r. 2),
— Louis VIII conlirme une charte de Thierri, c«nite de Flandie, recon-
naissant au couvent de Saint-Pierre de Gand les droits de haute el
basse justice sur la ville de liâmes.
E, 159/°; F,128,— Epitiow; Coll. Christ., éd. nov., V. injii-, 199.
238. — 1225, avr., Cumpiègne. (Gompendii, a, 1225, m. apr.. r. 2),
— Louis VIII donne à Martin Andoile, son sergent, ce qu'il avait à la
Haie-Malhcrhe, en échange du moulin que Philippe- Auguste avait
donné audil Martin Andoile au Vaudreuil.
■ E, 349 Y»: F, 206. — Lnlin 9167 (Cnpio de» THm de RovBumoRt,
H tome U). p. SB9. — Latin 5472, p. 90. — Alforty. XIV, 514. — Edition :
^K Cartul. .Vormand, p. 308.
H SS».
H Cil
SS». — 1225, avr., Paris. (Pnrisius, a. 1225, m. apr., r. 2).
:TAiLi.ia, liigne Je Lotin 17». 31
482
[app. vi] actes de louis Vlll,
LoiiU Vlll donne à Tliiboud de CharLresel à ses héritiers ce qu'il mil
& EngueLul, Criquelol et Villeltes, iiioyennanl 50 livres luurani» df
rente.
E, 249 ï"; F, 206. — Editions' Cnrlul. .Vurmand. p 309. -
Le Préroal, Mélanges. II, 39.
240. — [1225, avril 11] — ArréL de la cour da roi portant i|ue le roi a
la haute justice h Oppi et à Buis- Bernard, el que l'évëque d'Arns ni
pas le droit de menacer le bailli royal d'une excoiiiniunication. à pro-
pos de l'exercice de cette justice.
E, 279; F, 237 v». — Edition: Pièces justifie, n" XI a.
Ml, — Notice relatant le précédent arrél, et liste des témoins.
E, 29'. y-. F, 217 V». — Edition : Pièces Justifie, n" XI».
3<a. — [1225, avril î] — Louis Mil répond à Honorius III, qui sVUil
plaint de la guerre entreprise contre le roi d'Angleterre. Il s'est propose
seuiemeni de saisir \e Poitou, qui, ainsi que les autres llefs moUTanl
du roi (te France, avait élé enlevé à Jean sans Tern> par jugement
ses pairs, avant la naissance du roi Henri.
Moreau, MGLXXXIII. 11 (Trai.«cr, de La Porte du Thoil). — E
TiosB : Baronim cl Rajmidu». Annales. XX, 533. — H. F., XIX, 760-
343 A. — 1225, mai, Paris, (Parisius, a. 1325, m. inaio). — Louis VIII
contiinic une rliarle de Philippe Ilurepet pour lus habitants de Rieut,
lie Brcnouille et du Mesnil de Po nt- Sainte- Max ence.
Orig. : Baliua. CCCXC, Charte n" 487.
343. — 1225, mai, Paris. (Parisius, a. 1225, m. mayo). — Louis VUl
conllrine l'acquisition faite par les religieux de Saint Denis, de ia mairie
de Grand-Puits, pour 1100 livres parisls.
Orig. : K. 29, >i° 3. — LL. 1158 (Cartul. blaiic de Saïnt-Dtnit,
tome 11), Xn. — \vku : Tardif, Carions des Rois, n" 79
344. — 1225. mai, Paris. (Parisius, a. 1225, m. mayo). — Pient,|
évéque de Meaux, déclare qu'il tient sa monnaie du roi et que, pour
satisfaire aux plaintes de Louis \11I, toutes les fois que lui ou ae^suc-
cesseurs feront faire une nouvelle monnaie en interdisant le coufs de
l'ancienne, ils l'annonceront quati'e mois d'avance.
Orig, Bcellc : J. 459. -^ JJ. 3t. 35- — Editions : Bruncl. F> éêi
fiffs, I. 200.— Du Gange, éd. nov., au atol Monela. — Teutct.n* 170i
a«S. — 1225. mai, (A. 1225, m. maio). — Louis VIU relaie les prê-
cédentes conventions.
Cartul. de l'égl- do Meaui : Latin 5528. f° 45. et Ulin 18355. 1^ K
— Copie do GoigniËrcs: Latb 5185 F. f" 53. — Bduze, LXXIV, 311.-
Coll. de Champagne, XIX. 89.
146. — 1225, mai, Paris. (Parisius, a. 1225, m. mayo). — LouM Ml
ronlirme l'exemption de coutumes accordées par Henri, roi d'An ^1*^
terre, ù Raoul Leveau et li ses héritiei's, et confirme la cession qiH
™ I
i
so. I
l
I
i
[APP- vil ACTBS UE LOUIS vrii. 483
en sa présence, île
uillaumc Leveau, liérilicr dudit Raoul, a faile,
ItetLe franchise, & Pierre Gacelin de Barlleur.
î, 249 ï"; F, 206. — Eoitron : Cartul. Norm
" 1136-
«7. — 1225, mai, Paris. (Parisius, a. 1225, m. maio, r. 2). —
Louis VllI donne fL Bahier, son panetier, une renie annuelle de
6 niuids de Tromenl à percevoir sur le grenier royal de Picrrefonda.
E, 250i F. 206»°.
2<S. — 1225, mai, Paris. (Parisius. a. 1225, m. inaio). — Jeanne,
iomtesse de Flandre, promet de rembourser, jusqu'à concurrence do
0,000 livres, les frais de la guerre que Louis VUI souliendra contre le
K Baudouin. Conventions pour le butin et les rançons.
E. 185 V. — Editious ; Baluio. Miscellanta. VD. 263. — Lûnig.
Codex dipl.. II. 1921. — H. F,. XVII. a08.
U9, — 1225, juin, Conipiègne. (E : Compendio, a. 1225, m. junio;
tnuano dans l^. — Louis VIII donne en fief à Robert, comte de Dreux,
H)nneuil ol Ilaute-Fonlaino.
E, 185 ï" ; F, 150. — Eomon : Marlino. Ampl. ColL.l, 1200.
SM. — 1225, juin, Conipifgne. (Compcndii, a. 1225, m. jun.). —
{Robert, comte do Dreux, promet au roi de ne point bâtir, sans sa per-
iniasiun, de forteresse dans tes lerresde Dunneuil et de fiante -Fontaine,
a remues du rui en augmenl de lief.
Orig. .eellé; J. 218. — JJ. 31. 71. — Edetio.-i ; Taulol. n" 1708.
I. — 1225, juin. Paris. CParisiis, a. 1225, m, jun.). — Louis VUI
confirme l'accord par lequel la commune de Scnlis, devant, selon la
volonté de Ph.-Aug., payer chaque année 58 muids de vin aux cha-
noines de Nolrc-Daine de la Victoire, a convenu avec les chanoines de
leur payer 12 sous pour chaque muid. I^n outre, Louis VllI donne aux-
diU chanoines la terre et les bruyères qu'il avait dans les sablons sis
entre Sentis et Ctiaaiis.
Orig. : Supplém, ï dom Grenier, COCXLVI. 5. pièce n" '
1469 (Copio du GartuL da N.-D, • ■ •
Clurlc» el dipWmcB, CXXXV. 184. -
^ 9S1. — 1225, juin, Parts. (Parisius, a. 1225, m. jun.). —
s Vin accense à Adam, son cuisinier, une place située devant les
Misons que ledit Adam [Hissède à ctHé du Pelil-l'hatelel, à Paris.
:, 2'.9ï"; F, 206.
^ 1S3. — 1225, juin. Saint -Germai n-en- Laie. (Xi*. S. Germanum in
^a, a. 1225, m. jun.}. — Louis VIII mande àThibaud Monnayer, son
ailli, de prendre en sa protection les hommes et les biens de l'église
e Chartres.
1469 (Copio du GartuL do N.-D, de la Vicloirc), p.
"■ ■ ■ '■ '* -•"""' •"' ^AObrly. XIV, 494
1-162,-
, 105.
: Lépinc
4S4
[APP. Vl] ACTES DE LOUIS VIII.
r
9M. — 12S5, juin, Melun. (Melediini, a. 1325, m. jun.)- — Idnù» Vm 1
niondy à Retiaud Je Ville- Thierri de fairt' observer la dérisJou arbî- i
lra]i> iiui a iRrniiné le dëhaL survenu entre l'abbé de âaint-Auiiré
Gouflern et Gervais de Joué.
Arcb. du Calvados, CirtuI
(d apria M. Delisle). — Eoitiob
Bib. Ec- Ch.. 4' «ério. 1. V. 270,
355. — l225,juin.{A. 1225, m. jun.). — Teslamenl de Louis \'n!.
Principaux cienipUires ; Original et copia ancienne : J. 403. — Copia
de 155't, J. 975, n" I. — Copies du îvn" ».. J. 792, 8 et 8 his. —
CLariB* 8l dlpl.. CXXXV. 193. — Affortj. XIV. 499. — Britirf. Mu. .
mBB. add. 17312. f- 2Ï -f. et 30525, f" 15. — Editioh» ; W. P.. XVU.
310. — Teulat, n" 1710. — Pour lis aatrei édll.. v la Talte dti
di/ilômrset la Table ie Waulen,
SS6. — 1225, juin, Bapaume. (Ap, Bapaimam. a. 1225, m. jun.).
— Jeanne, comtesse de Flandre, se déclare lenue de ivmbourscr i ,
Louis Vlll 10,000 livres parîsis qu'il a dépensées pour l'aider k ehaascr 1
le faux Baudouin; elle doit également détruire ses forteresâcs. cnln I
autre» colle d'Ypres, selon la promesse failp par elle k Philippe- Auguste, J
sauf le château d'Arnoiil d'Oudcnarde.
Copie anc. : J. 533. — E. 185 v": F, 150. — Editiona : B^un, Jfû-I
celtanea. VII. 265.— Lûnig, Codex diphai., II. 1923.— H. F.. XVD, T
308 («Ole), — Teulet. n" 1707.
257. — Du 30 mars au 14 juillet 1225, Paris. (Parisius, a. 1225, 1
r. 2). — Louis Vlll donne è Jean de la Porle la ville de Qualremarva, j
en échange de la terre de SouIe que lui avait donnée Philippe-Aa- '
gusle.
E, 250; F, 206 v". — Edition ; Cariai Norm., p, 310.
as8. — Du 30 mai-sau 14 juillet 1225, Saint-Germain- en-Laie. (Ap.
S. Cermanum in Laya, a. 1225, r. 2). — Louis Vlll inslilue une châ-
pellenio à N.D. de Paris, iiîi est enseveli Philippe, son premierné, 11
assigne au chapelain 15 livres parisis de renie annuelle el donne i
l'église N.D. 100 sous parisis de revenu annuel pour l'obit diidil Phi-
lippe. Il se réserve la nomination dudit chapelain, nomination qui,
après sa mort et celle de Blanche de Castllle, reviendra au chapitR-
Copio : K. 181, n" 30. — Edition : Duboi«, Hiit, Ecel. ParU., H, |
309.
95». — Du 30 mare au 14 juillet 1225, Sainl-Cermain-en-Laie. (Ap. 1
S. Germanum in Laya, a. 1225, r. 2). — Louis VIII autorise les moiOM |
de Bon-Port à faire venir chaque année cent tonneaux de vin, tno» \
de tout droit, pourvu qu'ils n'excèdent pas chacun la conlvnance d'un
trésel el qu'ils servent evclusivement il l'usage du monastère.
Lnlin 13906 (CaHd. de Bon-Porl), f" 3t.— Eomo» : Caftai.
Normand, w 1139. — .indricux, Carlul. de Bon-Port, a" fil.
(
[APP. VI] ACTES DE LOinS VIII.
485
g. — 1225, juill., Chinon. (Chinone, a. 1225. m. jul.). — Marie,
iCotntcsse de Ponlhieii, n-lale les convention» qu'elle a passées avec le
Toiau siijel de l'htritage de Ouillauino, son pare.
Copie BulhpTit. : J. 235. — JJ. 31, 69 v. ~ Editiob : B17 dota Qer-
gerie. niât, du Perche. 23'.. — Carlul. Normand, n" 343 (Fragm.),
— TouIbI, n" 1713-
(1. — 1225, [juill.], Chinon. (Chinone, a. 1225, r. 2). — Louis Vlll
niale les pré(;édentes conventions.
OHginal ; SappWm, k dom Grenier, CCXCVni. pièce 12. — Un aulra
onKinai faisait perlio. d'B|ir6s M, Rigollal, de II n>lIeclion do M. Traullé,
i Abbeville. — E, 186: F, 150 v«, — Editioks : J. de Jeshu Maria.
Uisl. des comtes de Ponihieu. 152.— MurUtiio, Ampl. coll., 1. 1198.
— HigoUot. arlicla paru daiu la Revue numismatique, IV. 52.
aS9. — 1225, juill., Chinon. (Ap. Chinoncm, a. 1225, m. jul). —
Bernard, évé(|ue do Limoges, décJare avoir promis au roi Louis Vlll de
ne poinl l'inijuiéler, ni lui ni le comle de la Marelie. pour les fruits de
régale de l'évfiohé de Limoges, qu'a perdus ledil comte de la pari du
Orig. scellé: J. 346. — E. 140; F, 111.
: Teuict, n^ITr».
I. — 1Ï25, [juill.], Paris. (Parisins, a. 1225, r. 3). — Dipidme de
Louis Vlll, portant règlement pour l'abhaye de la Victoire. Elle sera
Voumisc A la surveillance de l'ahbé de Sainl-Victor de Paris,
LL, l«Oi(Cart.dB Saint- Victor), f" 206, — Affortj. I. 259. et XIV,
50^. J'aprfm l'original dei .^rchivo de l'obbaje de la Victoire. — Edition:
Gall. Chnst., eà. noy.. X, pr.. 233.
IM. — 1225, juill,, Paris. (Parisius, a. 1225, m. jul.). — Aimeri,
omte de Tliouars, déclare avoir fait hommage lige au roi pour les
jSefs qu'il tient de lui en Poitou et en Anjou,
Orig, iccll£: J,373.— E, ISGr^et 227; F, 151 et 18'i. — Editions;
H. F.. XVil, 309, note. — Toutet. n° 1715.
U. — 1225. juill., Paris. {Parisius, a. 1225, m. jul.). — Louis VIII
Kçoiten hommage lige GeofTroi Buisard pour une rente annuelle de
100 livres tournois.
E, 226; F, 182 v.
a««. — [Juin. 1225], — Louis Vlll reçoit en hommage lige GeofTroi
'Argenton, neveu d'Aimeri de Thonars, pour une rente annuelle de
140 livres tournois.
E, 225 y; F. 1B2 v"-
267. — 1225, juill. Paris. (Pari.sîus, a. 1225, m. jul.). — Louis Vlll
jçoit en hommage lige Hugue de Thouars, frère du vicomte de
houara, pour la terre qu'il a en Annis, et pour 200 hvres de rente
Ile le roi lui a constituées en augment de (ief sur la prévôté de la Ro-
uUe.
E, 225 V".
t
486 [APP. vi] ACTES DE i.oris viir.
9U. — 1225. '» aoûl, Troja. (Dalum Ti-oie, 4 aug-, xm indict), — I
Krf'dérir II prie Louis VIII de ne jioinf donner son appui aim bour^ia J
de Cambrai, qui. s'étanl révollés contre leur évoque, onl été m» m À
ban de l'empire et excommuniés.
Orig. scelle : J, 610. — Ed
Fred. sec. 11. 1" p*rtiB. 515. ■
389. — 1225, août, Senlis. (Ap. Silvanectum, a. 1225, m. aug.)- -
Louis VIII, pi)ur la i-élébralion annuelle de l'obil de Ph.-Aug. et de
Guérin dans régli>'e de Chaaiis, donne ou confirme à celle obbAve des
renies «'élevant a la somme de 19 livres.
- Aflbrlj, XIV. IM. — &,n,-,%
sir.. 232.
270. — 1225, août, Gompiègne. (Compyndii. a. 1225, m. ang.). —
Louis VIII rapporte une sentence d'arbitrage pifinoncée par le rhanra-
lier Guérin entre Philippe, comte de Boulogne cl Miloa, ëvfrque de
Beau vais -
E, 279; F, 237 v.
271. — 1225, aoLll, le Vaudreuil. (Ap. Vallem Rodolii. a. 1!2S.
m. aug.). — Louis VIU mande à Renaud de Ville-Thierri de fijre
exé(;uter sans relard la décision qui a terminé le procès survenu entw
l'abbé de Saint-André et Gervais de Joué.
Arch. du Calvados. Carlul, de Saint-André de Gouffem. piiVc S8
(d'après M Daliste). — Editiok : Ddisle, Fragm. de Ihisl. dt Go-
nesie. Bih. F.e. Ch.. k' .ério. t. V. 271.
272. — 1225, août, le Vaudreuil. (Ap. Vallem Rodolii, a, ISÎâ,
in. aug.). — Louis VIII notilie les conventions qu'il a passées tv«c Is-J
religieux de Préaux (Voy. n" 185).
Bibl. de M. de Blosseville, CaHul. de Préau, r° 32 *« (d'iji
M. Dcliilc). — Editiozi : Carhd. Normand, W 1137.
273. — 1225, auùt, Vincenes, (\'icennis, a. 1225, m. aug.),
Louis VIII accorde aux Astésans la permission de résider pendant I
S années à Paris, et fixe les conditions de leur séjour et leurs privi-
lèges.
E. 327 y". F, 272. — Editiok : Pièces justifie, n" XU.
27*. — 1225, sept., Vincennes. (Vicenis, a. 1325, m. «epu). — 1
Louis VIII mande au maire et aux pairs de Villeneiive-l^-Roi de (iuf*l
rendre aux chaniiines de Saint-Victor la dlme du vin, qu'ils avaient 1
droil de percevoir dons celte ville.
Orig. : K. 29, n" '., — Akaltsb i Tardif, Carlon» dct Roi», a- 792
275. — 1225. scpl,, Lorris. (Lorriaci, a. 1225, m, sept,).— Lout» VUI
confirme un accord conclu en sa présence entre révi>que de Laon r\
le comte de Soiasons au sujet des limites de leurs baroutiies.
Orig, ; .\relû»Bs do l'Aisne. G 14, n- 1. — Chartes et d
G\X\V1, 21. — Gf. I'.' 11^ 1728 ric Teiilel.
[kPP. VIJ ACTES DE LOUIS VIII,
— Noiice relatant l'accord conclu en
l'êqiie lie Laon et le comte de Soissons.
I
I
Ï7«. — [1325, sept.].
Klprésence dii roi entre l'i
E. W9 V".
m. — 1225, sept., Sainl-Benolt-siirLoire. (Apud S. Benedictum,
' h. 1325, m. sept.). — Louis VIII donne à Nicolas de Château landon,
n écuyer, une rente viagère annuelle de 6 niuidï de froment à la
mesure de Paris.
E. 250 ï°; F. 207.
«78.— 1225, sept., Paris. (Parisiua, a. 1225, m.«ep(,). —Louis VIQ
ordonne h son sénéchal d'Anjou et è ses baillis de respecter rétablis-
sement qui règle les rapports des religieuses de Fontevraud avec
leurs sujeU.
E, 252 ï°; F. 20B >"-
«78. — 1225, [oct.], Anel. (Ap. Anetum, a, 1225, r. a). — Louis VIII
concède sous cc^rtaines conditions à l'église et an chapitre de Rello-
sonne le morceau de forêt à eux donné par feu Hugue de Goumai.
E, 160: F, 128. — Editiom ; Cariai. Norm.. n° 348.
SM. — 1225, ocl. (A. 1225, m. octobri). — Durand, abbé, et les reli-
gieux de Bellozanne s'engagent à observer les conditions de la précé-
dente donation.
Orig. scellé: J, 731. — Indiqué; JJ. 31, 14 v» et 52 v". —Edition:
Cartul. Normand, n» 3'i9.
ïSl. — 1225, [oci.].(A. 1225).— Conrad, abbé de Prémoniré.conlirme
la précédRnte charte, et promet au roi de forcer, s'il en est requis, les
religieux de Dplloxanne à en respecter la teneur.
Orig. «o«6 ; J. 731. — An*!.. : Teulot. n° 1727.
Ma. — 1225. oct., Anet. (Ap. Anetum, a. 1225, m. obtori), —
Louis VIII confirme au monastère de Silti la possession de 10 acres de
terre à Pierrelée.
UUd 11059 (Cartul. do Silli), f' 6 (d'sprèt M. Deliilo). — Edition :
Carlul. Normand, n" 316.
M3. — 1225, oct., Gisors, (Gisorcii. a. 1225, m. oct.). — Louis VIII
cède à Onfrui d» Ricarville 60 acres de terre de son domaine de
Ricarville, moyennant 18 livres tournois de rente.
K, 250 V"; F, 207. — Editiom ; Cartul. Normand, p. 310.
»«. - 1225. nov., Melun (Meleduni, a. 1225, m. nov.). — Louis VIII
déclare que d'après un jugement rendu àSaumur, il a dans toute la
lerre de l'abbaye de Cormeri la haute justice, quatre denier* sur
laqueaubain, l'osl et la chevauchée, lesquels droite sont confiés &
garde de Drou de Mello. avoué de ladite abbaye,
Orig- loollo: J- 178. — Copio : K. 21 i. n" 3.— Lalin 11900. f" 146.
FrwiçiiB 11538, ^ 113 v". — EomoN : Teulot. n- 1729.
488
(APP VlJ ACTES DE LOUIS VIII.
16S. — 1325, iiov., MeluD.(Meleduiii, s.. 1225, m. dot.). — Lmiis VDl
charge Tlii lia u(l de Champaji^ie de conduire au concile de Buurg»(t
n-tùreléRuimond, soi-disanLcDtiile de TouIiiuse,«es gem
ne saiif-cotiduil sera valable du 30 nov. au 2â dér.
no. -
,1 de Colbeii. t>VI (oopû! ila
Copiai K. 222. pièc
Libor prîncipuai), 20 \
SBe. — 1225, nov., Melun. Oleledimi, a. 1225. m. nov.). — G- de
Braies, commandeur des Templiers en Aquitaine, déclare avoir, le
9 nov. 1225, à Melun, en pré.'tence du roi Louis VIII, reconnu les ré-
gènes conlenues dans la charte de Phil.-Aug., du 8 sept. 1221, rdi-
live aux droits du Temiilc en Anjou.
E, 160: F. 128 ï". — JJ, 31, 60 v. — Cf. Calai, dea aetet i*
Ph.-Aug.. a- 2089.
287. — 1225, nov., Melun. {Ai>. Meledunum. h. 1225, m. n'
Louis VIII vidime un acte de l 'arche vÈquu de Sens.
Arch. du Char. Carlui. dos sir^s de Sutli. p. 289. M. DtJiili? •
■■). -
1 1851. Le Carlulairo a ^té brùlc dans l'incendie dei Arcliim
du Cher cii 1859 ; on eu a sauve quelques feuilleta cidcinèi. où il u'eA M
pouiblo de faire de« rochercheii. (Notes communiiju£ei par MM DeliA
et Marcel Poate.)
188. — 1225, [nov.?] Melun. (Mcleduni, a. 1225, r. 3). — Louis \111
nGrme la charte accordée par PhiL-Aug., en IIBO, & U ville 4l
9BB. — 1225. nov., Paris. (Parisius, a. 1225, m. nov.). — Louis V»
runlirme un accord conclu entres les maîtres et les ouvriers mon-,
nayers de Paris, établissant iiuels sont les usages, droit.'t et privilégat
des inonnayers de Paris.
E, 8'J 1° -, F. 68. — EoiTiuns : ConaUnl, Cour des Monnaita. prrai.,
24, — Leblanc, Traité des Monnaies. 167. — Ordottn., 11, \W. uuMi
— Mémoires de la Soc. de Ihist. de Paris et de l'Ile -de fr .H,
153, — Do Saulfj, Doeumenlt relat. à l'hist. des monnaies. I, 130.
390. — [Aprfs le
livré la Itéole.
F. 8.
13 n
1225J. ~ Liste des nom» de ceux i)ui uni
291. — 1225, déc, Ilcsdin. (Ap, Hisdinuiïi, a. 1226. m. dir.). -
Louis VIII mande à ses baillis et prévôts de ju'otégcr l'abbé et In dit-
noincs de Sainl-.lossc-au-Bois dans leurs pentonnes et leur« biens.
Archives du Pas -do-C* lais, Cartul. du l'alibaje de Doinnurtiit (M
Sainl-Jossa-au-Bois), f" 59.
292. — 1225, [déc], He>idin. (Âp. Hisdînum, a. 1225, r .■)). —
Louis VIII confirme la commune d'Amiens,
L '>rig. est mcnlioniiû dans l'intenl. dva Arcli, du 1 UAld-de-^lUc
[APP. Vr] ACTES DE LOUIS VtlI.
489
d'Amiens. drei>é en 1551 (Inillc. d'A.ug. Thierry, Monum. ïnéd. du
Tieea-Elat. I. 19y), — Arch. commun. d'Amiens, reg. AA. 1, f"8 y".
cl AA. 5, f^ 7 (d après \' Inventaire). — Arch, dép. de la Somme. Carllil.
du rlwp. de N.-D. d'Amiens, n" 111. f" 5 (d'après Aug. Tliiïrrï). —
M. V, do Beauvillj (_Hfcueil de doc, inéd. concernant la Picardie.
IV, 24) indique aiiuî cet ■nie d'après un registre de l'ëvteiiâ d'Amioiu.
qui était en ta poueuion. — Editions : Dairo. Hïst. d'Amiens. I. 523.
— Ordonn-. XII, 318.
293. — 1225, dëc., Cotnpii^^'iie. (Compendii, a. 1225, m. dcc). —
OuInVlll, k la demando de Cilles, ch&lelain lia Bapauine, cl de sa
UeMarie,confirineiinevenlequ'ilsont faite àl'abbaye de Sainl-Vaaâl
'Arros.
Aroti. départ, du Pss-do-CaUia. U.2 (copie du Cartulairo rouge dol'ob-
bajo do Saint-Vaatl), S- 57. — Charlei et dipl.. CXXXVI, 81.
a»4. — 1225, dw,, Compiègne, (Compendii, a. 1225, m. dec.). —
iDÎttance dunnëe par la cotiiLesse de PonlUieu, de 2,000 livres que
ouïs VIU lui avait promises en lui rendant le romté de Punthieu.
Orig. scellé : J 236. — Copie : K. 1216. Uasio reUl au Ponihieu. —
Editio.x : Teulel, i
' 1733.
195. — 1225, Aie, Paris. (Parisius, a. 1225, m. dec). — Louis Mil
infirme la vente que " Rericus n d'Ozouer-la-Ferrière, chevalier, a
ite aux chanuines de Sainl-Vict»r de Paris, de 10 arpcnls de terre
dans le lerriloire d'Ozouer-la-FerriAre.
Orig. scellé: S- 2147. n" 2.
S96. — 1225, dée., Paris. (Parîaius, a. 1225, m. dec). — LtmJs Vlll
tnflrnie les biens el les droits concédés par Itichard Cœur de Lion
IX UospitalieH de Jérusalem,
Arch. de l'hoipice do Saint-Jean de Pont-.\ud8mcr. série .K. portcf. 1
(d'aprt» Vlm-ent. manuscrit dw Arch. N»t , F. 89027). — Vidimus orIg.:
K. 36, a" 'tl, — Copies : M. I , liasses 32 et 3J. — Editioh : Esclusoaui,
Privil. de l'Ordre de Malle, i.
ae7. — 1225, déc, Paris. (Original: Parisius, a. 1225, m, dec.). —
Louis Vlll ordonne à ses ofliciers de Normandie, d'Anjou, de Maine, de
Touraine, de Poitou et de Berri, d'obse^^'er la conlirmalion faite par
n père d'une cliarte de Richard Canir de Lion, en faveur des Uospila-
iere de Jérusalem.
Orig, 1 R. 29. n"5. — Copio: Latin 9035, pièce 11.~MM- 3 (Copie
du CaKul. do Malte). ("23. — Eniri»» : Cartul. Norm..n« 1138.
198. — 1225. Jéc, Monlargia. (Ap. Montem Argi, a. 1225, m. dec).
^ Louis VIH informe les gens de la commune de Sens que, le maire
t les jurés lui ayant rendu sa prévôté, il a en retour rétabli la com-
■une, et renoncé à punir les coupables.
Utin 9f)9.^ (Carlnl. do larcti, do Sens), f" 129. — EoitioN : Bit.
£e. Ch..
.. IV, W,.
490 [app. vi] actes de lol'is vm.
299. — 1-225 [du 25 au 31] déc., S^ns. (Senonis, s. 1225, m. iw..),
— Louis VII! confirme itea lellre» de Guillaume Ménrer, rhU«liin
d'Elampes, du 25 décembre 1225, notifiant que, selon l'enquélefuleptr
lui sur l'ordre du roi, l'abbé de Sainle-Colombc de Sens peul tailler K
merci »ies hommes de Sermaise.
Edition ; Fleorcaii, Aaliquilfz d'Etnmpet, 598.
300. — [1225, dér.j. — Louis VIII mande aux liabitanls de ScnutiM
de payer la Uille à l'obbi'" de Sainle-Colombe, à sa merci.
Inditfuù ainsi dans le « Catal. des privil. et doiu accorda t Sûntr-
Colombe dp Sens », Utin 12691, f° 2^6 v. Je ne sait si cvl «d* tri
réullciiicnl dislincl du prteidcnt.
301. — 1225, déc, Nemours. (Nemosis, a. 1225, r. 3). — Louis VDl
confirme la charte de comiriune de Sens el y ajoule quelques rlaiiii«s.
ArcVi. commun, de Sens. KK, 1 (d'après Vlifentaire). —
F. 58 y. — EniTums : Ordonnancfs. XII. 318. — Quantin. /bciUi'J
de pièces pour faire suite au Cartui. géit. de l'Yonne, i\t.
Cariai sénonais de Baltknsar Taveau. publ. par G. JulUol. p 1 1 5
(Trad. frani;.).
302. — 1225, déc, Thouars. (Ap. Thoarriiim, a. 1225, m. dw.).
Iliigue de Lusignan, comte de la Marche el d'Angonlâme, Pierre,
l'omle de Itrelagne, Aimeri, vicomte de Thouars, Savari de Mauléon,
llugiie de Tliouars.GeofTroi de Lusignan, Guillaume ^AR■hevôque,Ou^^
laumc Maingot,T. de Blazon, Amauri de Craon, el d'autres barons de
ta région, se plaignent à Louis VIII des vexations que leur font «iibir
les gens d'Église de leurs baronnies, el sulliritenl son intervcnUon.
Orig. »ccUé : J. 350. - Editiou : Teulct. n° 1731.
303. — 1225, déc (A. 1225, m. dec). — Notice eonstaUnl qi
Jean, fils du comie de Soissons. ayant pris par violence un koinnie dé
Valséri, a rendu satisfaction au roi et auï chanoines de Valséri
F. !7'. y.
304. — Déc 1225. — Louis VIII accorde le droit d'usage dans 11
forêt de llalatte aux religieuses de Saint-Rémi.
Indlqiii- : AlTorl;. H. 14. et Grenier. V, ontro le f" R6 ot le P> S7.
30Ï. — [Fin 1225 T]. — Les prélats du diocèse de Périgueux pi
Louis VIII d'envoyer dans le diocèse un sénéchal pour y prot^i^r
l'Ëglise et la foi.
Orig- «cell* ; J. 292. — EDinoN ; Toulel. n° 1737.
30e. — [Vers 1225]. — Louis VIU mande k ses baillis de Xortnandie
d'observer et faire observer les chartes que les reli^^retu de Silti ont
de Robert de Sainl-Léouanl et de Nicolas de Saint-Liiyer.
do Silli). r' 6 V (d'aprèi M. Deliale}. — Eoi
"347.
307. — [Vers 1225?]. — Reqiii''le adres,sée au mi pnr rsrrheih|iit
[APP. Vi] actes de LOUIS VllI. 491
H Sens, dans l&quelle il réclame pour son propre compte certaines
ctirogative», et se plainl Ae certain» acte» cummts au préjudice de
s droits par le maire de Sens.
E, 137 ï°- — EoiTion : Bib. £c- Ch.. 4- série. 1. IV, 45%.
B. —cVei-H 1225».— «Lettres patentes concernant les talmeliera.»
H. 1880', ïtépertoire des règlements relatifs à ta police de Parit,
par Dupr*. commtisaire tu ChAtolel; ïdI. [, f" 10. — Cf. Enqaite*.
309. — 1226, jaiiv., Orléans, (Aureliani, a. 1225, m. jan.). — Hugue
de Luaignan abandonne à Louis VllI tous ses droits sur Mauzë, poui
une rente do 'lOO livres tournois, payable pendant cinq ans.
■ Orlg, wc)W : J, 371. — E. IS6v»; F, 151.— Fonldneaii, XXVII bis.
^B 667 (d Hpri« la Table sappléaipntaire). — Editiohs : Marions. Ampi
^K rnll I l'}l\l\ Tn..lnl ..D tlLn _ MsiRinn HicI A'.liinit II 9f.H
m
- Toulet, n" 1740- — Masslou, Hisl. d'Juain. li, 248,
310. — 1226, janv., Paris. (Parisius, a. 1225, m. jan.). — Louis \lll
te à Rohert, comte de Dreu»:, le droit de moule qu'il avait à Bonneuil,
échange d'une rente de 4 uiuids de blé que Robert avait A
Pondron,
E, 326 V».
311, — 1226, janv., Paris. (Parisius, a, 1225, m. jan,), — Acte de
Rohert, comte de Dreux, relatant la précédente convention.
Orig. scellé i J. 318. — JJ. 31, 71. — Eoltiob : Teulat, n" 1Î41.
Sia. — [1226, janvier?]. — Robert de Dreux se déclare redevable au
roi de 50 mesures de blé, Louis VIII lui ayant cédé une banalité de
moulin à latiuelle étaient soumis les hommes de Bonneuil.
JJ. 31, "0*-.
ai3. — 1226. 2fl janv. — Amauri de Montforlabandunnei Louis VUl
tous ses droib sur le pays d'Albigeois.
Mentionné dans des leltrc* d*.\niauri du Montfort do 1229 (Mlrtèno,
Ampl. Coll.. I, 1225) et dans la Chron. de Tours (//. F.. XVtlI, 312).
814. — Même date. — Acie de m(>me teneur do Gui de Montforl,
ODcie dudit Amauri.
Mentionna dans la Chron. de Tours, p. .112.
31S. — 1226, janv.. Pari». (Parisius. a, I2Ï5, m, jan.). — Vingt-
neuf barons de France déclarent avoir conseillé à Louis VllI d'intervenir
dans l'affaire dWlbigeois, el s'engagent ù l'aider dans son entreprise.
Orig^scoll* I J. 428. n" 1 hts. — E. 327 »" ; F, 272. — Ewtiohb :
^m DuTillBl, Recueil des rois de f-V.. partie II, 30 (Trad. frinçai»). -
^B Hisl. • ■ ■"' "" ■
t
I
Hisl. du Lang.. VIll, 816. — // F-. XVIII, 312, noie.
- Tmilet.
1226, jai
, (Pat
m, jan,). — Le lôgal,
492
[APP. Vl] ACTES DE LOCrS Tilf.
les archevêques de Reims, Bourf^es, Sens, Rnuen, Tours, les iJvêqnp»
de Beauïttia, Lan(;'"*;s, Laon.Tfoyon, Senlis, Térouannp, Chartre». Ptm,
Orléans, Auxerr?, Meaux, déclarent que Louis Vlll et se» héritier»
seront libres de quitter quand ils le voudront la terre d'Albîgeo!)!.
Orig. «eolIÉ: J. 428. — E, 328; F, 272 v. — Ebuiosb: ffirt. J»
Long.. Vin, 818. — Teulel, n« \:\Z.
917. — [1226, janv.]. — Le légat et les évoques de France aoxamh
daiis le précédent acte mettent le roi et le royaume snus la proleclioD
de l'Église pour toute la durée de la croisade, et accordent à Louii Mil
la dline de» revenue ecclésia.stiques.
E. 328; F. 272 v", — Editioh : Hiat. du l.ang.. Vltl. 817.
31S. — [1226], 23 fév., Paris. (In crastino heati Pelri in cathedra.
Parisius). — Notice de la demande de délai faite par la comle«se if
Ponlhieu pour le jugement de son procès avec lu comte de Bouline.
319. — 1226, fév.. Lorris. (Lorriaci, a. 1325, m, fobr). — LonigVHI
annonce aux bourgeois de Montrerrand que s'ils lui jureut fidélité et
s'ils reçoivent dans leur ville une garnison royale, il les prendra soin
sa protection et ne les détachera jamais de la couronne, & la muI«
condition qu'ils lui paieront une rente annuelle d'un marc d'or.
E, 119 v; F, 93. Cet aclo esl Donlenu auui dans l'acte niivant.
330. — 1226, fév., Montferrand, (.Ap. Montemferranduin, a. lïïi.
m. febf.). — Les consuls et les habitants de .Montrerrand répondent 4
Louis VIII qu'ils ont reçu avec joie ses lettres, et qu'ils ont juré d'en
observer la teneur entre tes mains de Pierre de Rouci, hailli te
Bourge.s, et de Philippe de Louveciennes, clerc du roi,
Orig. icellé: J. 421. — E. 120: F, 93 *". — JJ. 3t. 115 t-, -
Ut,
- Baluie. Hin
Juste). HUt. de U
. de la mais. d'Auvergne, 11, 260" — 'Tnittl;^
321.-1226, Ifév. ou tnars], Paris. (Parisius. a. 1225, r. 3).— Louis \Xk
déclare qu'ayant reçu le serment de fidélité de la commune île \
ferrand, il l'a prise sous sa protection aux conditions ci-dessus il
quées (voy. n" 319).
Copia ancienne : J 303, — Copie authentiquo : J. 421, ■
F, 267 v°. — JJ D, 5 v°. — Copie moderne : K. 166 «, liât
— Eoirron : Toulel, n" 1736,
3ia, — 1226, [commencement de mars?], Scnlis, (SilvaneeU». I
1325, r. 3), — Louis Vlll coiilirme un nc!c de mars 1226. \Mt leq
Guérin. son chancelier, nolïlie la sentence d'ai'bitrage qu'il a pronom
entre le chapitre de Saiut-Flieul et la commune de Senlis, au sujet II
la justice du hameau de Villevert et de quelques aulres terres.
Areh. do SenU>, KK. 9 (Cartul. encliatnâ), f' 30 (d apriui H. Fis
monl). — AHorlj, I. 597, — Editioî.» : Gallia chntt-, --" —
'i5i, — Flammornionl, hiitlil iiiiinie. rfp Sfitlh. 176,
[app. vi] actes de louis VII. 493
|«Sas. — 122e, IR mars, » Soni ». (A, 1225, xvii kal. aprit.. ap.
■slrum de Soni). — B. «i'Aliou dédai-e avoir jurt^ anire les mains
! nuillaiiine, abbf* d'Adorel, Je rester tidèle & VÉnlhe el au i-oi
Louis VIll.
Ulin 9988, f" 91. — JJ. 30*. 69 v. — Editioms : ffist. du Long..
\m, 820. — Tculel, n" 1760.
$2t. — 1226, 16 mars, Nftrbonne. psIaiH ilo rarchevéfjue. (A. 1225,
XVII kal. apr ap. Narboiiam, in slari diimini archiepiticopi). —
^^^QumissioD de Raimund de Roquefeuil au légat et au roi.
^■k Orig. : J. 337. — JJ. 30 a, 70. — EoiTruns : Hall, christ., cd. nov..
^B VI, pr., 201. — Teulel, n- 1747.
^" KM. — 1226, mars, Gourdon. (Ap. Crorduniiiiii, m. iiiarcii, a. 1225).
— Berlran de Gonrdon se reconnaît vassal de Louis VIII, et le prie de
le garder en sa mouvance immiMiatc, selon la promesse de Ph.-Aiig.
Il Orig. iccllé: J. 620. — E. 226; F, 183. — JJ. 30*, 72. — Copie du
jH, xvii- siècle : J. 973. — Doal. CLin. 93. ■ " -' " "'
^B m. '•46. — TouUt, n" 1748.
- Editions : Bib. Ee. Ch..
f S18. — 1226, mars, Vincvnnes. (Ap. Vicenas, a. 1225, m. mardo).
- Louis VIII mande uses baillis de laisser voyager par loule sa terre
ses bourgeois de Monlferranil avec leiint morchandiseM, librement el
. en sûreté.
^m Copie ancienne : J. 303. — Vidimua do 12'.7 ; J. 421 . — JJ. d, 6 el
^îui
- 1226, mars, Vincennes. (Vicenin. a. 1225, m. marrio). —
Cuillaume, comte de Montferrand, (ils de Dauphin, déclare lenir de
Louis VIll en hommage lige Montferrand, Itucheforl et Crocq.
Orig.: J- 270. —Copie: J. 27a. — E, 187; F, 151. — JJ. 31, 67.
— Editioh : Teulot, n" 1749.
338. — 1226, mars. (A. 1225, m. murcio). — Henri, évi^que
d'Auxerre, déclare qu'eu raison de su mauvaise sanlé, Louis VIll lui a
fait remise, moyennant 600 livres pnrisis, de son service d'ost cl des
soldats qu'il devait envoyer à la croisade contre les Albigeois, et de la
dline qu'il devait payer pour ladite croisade.
Orig. : J. 260. — JJ. 31, 38 v. — Ediieom : Teulel, 11" 1751.
339. — 1226, mars. (A. 1225, m. martii)'. — Louis VIll, à la suite
d'une contestation entre lesrdigieuses de Longprez el Raoul d'EsIri^es,
chevalier, et sur la demande desdiles religieuses, conlirme plusieurs
Charles faites en leur faveur.
Copie: K. 185. n° 110.
10, — l)u 30 mars 1225 au 18 avr. 1226, Coinpiègne. (Ap, Compen-
. Cet acte pourrait filre du 30 ou du 31 mars 1225. Pour les précé-
Eants, lu date de 1236 n'est pas douteuse.
494 [app. vi] actes de i-ons nii,
(IJum, a. 1225). — Louis Vllt cède à Gui Gaigneur de Sens le IxMdl
MaUi, ntoyennanl un cens annuel de 'lO livres parisîs, el suusceriainci
l'ondi lions.
E, 250: F. 206 v.
331. — Dn -JO mars 1225 an 18 avr. 1226, Sainl-Germainen-Uie.
(Ap. S. GBnnanuni in Laya, a. 1225). — Louis VIU amortit la ï
faite au chancelier Guërin par Pierre de VjUemétrie de tout ce qu^
avail à Senlis el A Villumélrie.
Cbarlw ol dipl.. CXXXVl, 120. — Aflbriy, I, 178, cl XIV, iSîrtSOS.
333. — Du :iO inar» 1225 au IS uvr. 1226, Paris. (Pitri&itLs a. ittSt-
— Loui.s VIII donne à Simon de Poissi Nornianville et diverscsautm
lerrcs, en échange de ce que Simon possédait à Beau fort -en- Vallfe.
E. 225 y; F. 182 v. — Editions : CartuL Normand. n° 352. —
LePrf\08t, Mélanges. Il, 491.
333. — Du li juiU. 1225 au 13 avr. 1226, Paris. (Parisius, «. lïlS,
r. 3). — Louis VIU cnm.ùde i Henri Plastrard le monopole de U fabri-
cation des coins de la monnaie purisia.
E. aSOï": F, 20î.~- EoiTiûsa; Bit. Jîc. CA.. 2'i . .
note 2, — Revue numismali<jue. XV. 123, — Cartul. .\ormaAi,
a" 350. — Mém. de la Soc. de Paris et de V Ile-de-France . Il, 153.
- Do Saulcj, Doc. relal. à Ihist. des monnaits. I, 120. — BuihélcniJ,
Manuel de Numismatique, 78.
33«. — Du Hjuill. 1225 au IB avr. 1226, Paris. (Parisius, a. 1315,
r. 3). — Louis VIU autorise les chanoines de Notre-Dame de Paris 1
lever la taille du pain et du vin dans la terre de Galande et le dolln
Sainl-Benolt, depuix le commencement des moissons et dos vea-
danges jusqu'à la Saint-Martin d'hiver, toutes les fois que U lailte
du pain et du vin sera levée it Paris, c'est-à-dire tous les li-ois ans. Lei
cbanuines devront donner au roi cent sous, cha([uB fois qu'ils ttv»-
ront celte tailte.
Originaux : L. 575, n" 1, ot L. 576, d° 1 (vidimiu de 1334): o
K. 181. n'» 31 l'I 32. — E, l'iû V; F, 111. — Eotrioa : Go^ri
Cariai, de N.-D. de Paris. Il, 398.
335. — Du U juin, 1225 au 18 avr. 1226, Lorris. (Lorriad, a. lîtt.
r. 3). — Louis VIII confirme à Hugue, (ils du comte Jean, son défunt
chambellan, tout ce que ledit Jean avait acheté do Gilles de Melun, i
Neuilli.
E, 250 V"; F, 207. — Eomos : Bit. Et. Ch.. X\X\1. 365.
336. — Du n juillet 1225 au 18 avr. 1226. Auneau. (Ap.Alnoolum,
a. 1225, r. 3). — Louis VIIl concède à Etienne de Bourunvilljers. mb
sergent, les prés situés au-dessous du palais du roi & Puntoise, mojm-
nant 20 sous de cens annuel.
E. 250 *": F. 207. — EomoN : Depoîn, Carlulairt dt lUàUl-H
[app.
ri] ACTES DE LOUIS VIU.
490
L 837. — [1225-1226?], Auneau. (Ap. Auneel). — Louis VIU, en ra-
nnnaissance des fidèles senices d'Elienne de Bouconvilliei's, sun ser-
'genl, el en compensation de la renie de dix livres pamis que lui
avait donnée Philippe- Auguste sur la pcévAté de Pontui.se. lui cède
les prés et le fossé sis au-dessous du palais du roi à Ponloise,
^^nioyennanl 20 sous pa]-isi.s*de cens annuel.
^L E, 2Ï9 V»; p. 206. Cet iclu c^t distinct du prMdoDt.
I
- Du 14 juin. 1Z25
f, 3). — Louis VIII notille 1'
i EusIache de Grainville, i
E, 226; F, 1S2 v
18 avf. 1226, Gisors. (Gysorcii, a. 1225,
ord coiirlu en sa présence entre Itubcrt
lu sujet du l'héritage de Grainville.
ËDiTion : Carlul. Normand, oP 35t.
3». — Du 14 juill. 1225 au ISavr. 1226, Melun.(Meleduno, a. 1225,
r, 3i. — Louis Vlll tonfiime l'achat fait par les religieux de Joycnval
à Dieudonné de Itrai, juif du Roi, du droit qu'il avait surlo tonlieu du
jftin à Paris, et dr soixante sims de ctii'f l'ens.
L Vldim. orig. du 1304 : K. 29, ii= 6. — Anal. ■ Tardif, Carions des
■ RoU. n» 791.
K «t. - 122G, du 1" au 11 avr.. Mciun. (Melcdui
apr.)- — Louis Vlll fait connaître à quelles conditions
comtesse de Flandre la délivrance de son mari.
\n«. :
J. 533. — Edition : Teulot. :
YojM W«ulors, Table chronologique.
a. 1225, m.
a accordé à la
' 1761. Pour le* autros éditions,
kMl. — 1226. dul"aullavril, Melun (Meledum.a 1225, m. apr.).
Le comte et la comtesse de I''landre lelatent les précédentes con-
n lions.
Orig. : J. 533. — E, 187; F. 151 ï* — Editiom // /■., XVIII, 553,
Pour Tm Bulrc» 6dit., my, Wauters. op cil
éc
ut. — 1226. du 1" an 11 avr., Melun (Muleduni, a. 1225, lu. apr.).
Romain, cai-dinal de Saint-Auge, légat, relaie les cundilions du
■cèdent traité.
Orig. Mellé ; Arch. du ?lord, B. 24,
" 408
Mï. — 1226. du l"aull avril, Melun. (Meleduni, a 1225, m. apr.).—
s archevêques de Reims et de Sens, les éiéques de Luon, Reauvais,
Hoyon. Langres et Sentis relatent les conditions du précédent Imité,
Orig. : Arcli. du Nord. B. 24. n" 409 — Editldk Musée des Ar-
chives départemeiitalea, 115 (plsnclie xxjiit).
- 1226, du 1" au II avril, Melun. (Meledimi, a. 1225, m. apr.).
- La comtesse Jeanne déclare avoir promis, en présence du roi de
mce et du légal, d'accepter le comte Ferrand pour époux, au plus
i le prochain dimanche des Rameaux (12 avril).
Orig. «t copie r J. 533. — F. 151 *". — Editiubs : Bnluzn, MiscelL,
"" ~" ■ Lanig. Codex dipl.. II, 1921.
VU. 254. ■
note. — Teulat, U, a
1763.
//. F.. \\m. 316.
[APP. Vl] ACTES DB LOUIS Vin.
l'i uvr., Aspiran. (A. 1226 ap. Aspiraoum...
Orig «celle: J. 305- — JJ. 30a, 64. — Bril. M>is..d». adil.l i;30g,
f" 12. — Eoinoas: IIUl. du Lang . Vlll. 820. — Teulel, n- irai,
3«, — Même liale. — Acte de iiièiiie teneur de Pierre Raimunil de
(kirneilhan.
Orig. ; J. 305. — JJ. 30*, 67. — Akm.. ; Toulut, n" 1T53.
a<7. — Même dale. — Acte de mâme Icneiir de Béninger de Pui-
serguier.
Orig. ; J. 305. — JJ. 30a, 70 ï". — Ahal. : Toulet. W 1754,
3*8. — Même date. — Acte de même teneur de Frolard d'OUrgues,
Orig. scellé ; J. 305, — JJ, 30*. 66 \«. — Anal. : Teulel. n" irS5.
349. — Même dale. — Acte de même teneur Je Guillaume Pierre
de Vinirou.
Orig. accllé ; J. 337. — JJ. 30*, 70 v. — Ak*l. : Toulel, n" \',sA.
S50. — Môme date. — Acte de même teneur de Pons d'Olargiues ;
Pons d'tHargues livre en gage de sa promesse son cli&leau d'Olarpie*
à l'archevôque de Narboiine.
Orig. K*ll*: J. 628. — JJ. 30 a, 68 *-, — Éditiosi Tcuict.
n" 1757 (Fragment).
351. — [1326], 15 avr.. Monlfort. (Ap. Mon tem tort em, xvil kal,
maîi). — 0. Gann et G. Melchin son frère, envoient leurs offres de
services à Louis Vlll pour la croisade et acci-éditent auprès de lui Pons,
abbé de Saint-Gilles.
Orig.; J, 400 — JJ. 30*, 69 ï". — EoiTioas : Hist. du iMng .
Vni. 822. — Tpulct. n» 1759,
353. — 1226,du 1" au 18ftvr.,Melun '.(MeleJuni.a. 1225. m. apr.)-
Philîppe, comte de Boulogne, et Maliaud sa femme, déclarent *ïoir, i
en présence de Louis VIU, cédé à la comtesse Marie de Puntbicu U |
terre située entre la Canche el l'AuUiie. qui était entre eux un objet
de contestation. Marie leur a cédé la vicomié de Monlreiiîl, ei, pour
compléter 100 livres de renies, des teiTes i|ui seront délenniiiécs ptr
trois arbitres, que clHiiairont les deu\ parties el le rui. Pliitippi- |ioum
construire une forteresse dons ses nouvelles possessions.
Orig. : R', 110.
3S3. — 1225, avr., ou 1226, du 1" au IB avr.. Compii^gne, (Gom- '
pendii, a. 1225, m. apr.). — Louis Vlll confirme un accord ronriii sur
l'arbitrage de trois de ses baillis entre l'abbaye de Lnngponl d'm
part, el d'autre port, Mathieu de Vilains, sa femme el ses lils.
Grenier, XXI, 411 V. — Fragra. ; Fr«nçBis 20367, f» 18. — Edit.o
Muldrsc, Chron. abb. Longifionlia, 230.
1. Cette charte est évidemment postérieure à notre n" 260, elte
rapporte par conséquent à l'année 1226.
i
r I
r
[APP. vil ACTES DE LOUIS VIII. 497
354. — 1226, 21 avr., Saint-Germain-en-Laie. (Ap. S. Germanum
in Laya, a. 1226, feria v ante Quasimodo). — Louis VIII écrit au maire
et aux jurés de Saint-Quentin, qu*il a prié les chanoines de Saint-
Quentin de considérer comme non avenue la sentence d'excommu-
nication prononcée par eux contre la commune de Saint-Quentin,
qui avait banni un des chanoines ; il les exhorte à tenir également pour
non avenu ledit bannissement.
Editions: Hemencus. Augusta Virom., pr., 53. — Colliette, Mé^
moires pour VHist. du Vermandois, II, 679.
355. — [1226], 22 avr., Lignan. (A. 1226, ap. Lignanum, x kal.
maii). — Soumission de Pierre de Villeneuve au légat et au roi.
Orig. : J. 318. — • JJ. 30 a. 66. -— Anal. : Teulet, 1766.
356. — [1226], 29 avr. (A. 1226, m kal. nmii). — Soumission de la
commune de Béziei'S au légat et au roi.
Orig. scellé. Béziers. n« 2 : J. 337. — JJ. 30 a. 69 v*». — Doal, LX. 7.
— Editions : Hisi. du Lang., VIII, 843. — Teulet. no 1767.
357. — [1226], 29 avr., Barcelone. (Barchinone, m kal. madii). —
Nuhez Sanche, comte de Roussillon, offre ses services à Louis VIII
pour la croisade en Albigeois.
Orig. : J. 428. — Editions: Hist. du Lang., VIII, 831. — Teulet,
no 1768.
358. — 1226, du 19 au 30 avr. (A. 1226, m. apr.). — Gui de Montfort
cède Saint-Antonin à Louis VIII.
Orig. scellé : J. 295. n° 3. — JJ. 30 a, 28. — JJ. 31. 132 bis. —
Doal. CXLVI, 124. — Editions : Hist. du lang., VIII, 823. —Teulet,
no 1770.
359. — 1226, du 19 au 30 avr., Saint-Germain-en-Laie. (Ap. S. Ger-
manum in Laya, a. 1226, m. apr.). — Louis VIII prend sous sa protec-
tion la ville de Saint-Antonin.
Doat. CXLVI, 125. — Edition : Hist. du Lang., VIII, 823.
360. — 1226, du 19 au 30 avr. (1226, m. apr.). — Hugue, vicomte
de Thouars, déclare avoir fait hommage lige au roi pour les fiefs que
feu Aimeri son frère, vicomte de Thouars, tenait du roi en Anjou et en
Poitou. Liste de témoins.
E. 188 ; F. 152 v». — Fonlene^u, XVII. 53 (d'après la Table de Redel).
— Edition: Martène, Ampl. Coll., I, 1201.
361. — [1226, avr.]. — Acte correspondant de Louis VUl.
E, 188; F, 152 vo.
362. — 1226, du 19 au 30 avr. (1226, m. apr.).— Ordonnance contre
les hérétiques.
Editions: Percin, Monuin. convent. Tolos., Inquisit., Pareil. 9'i,
ex codice ms. inquis. Garcass. — Ordonn., XII. 319. — Dib. Ec. Ch.,
XLI, 596, note 1.
Ch. Pbtit-Dutaillis. Règne de Louis VUL 32
498 [app. vi] actes de louis vm.
363. — [1226, vers la fin d'avr,]. — Bernarrt Olon. seigneur de
LauracuiTre »es services fiLuuis VUI pour la croisade en AlbigMtis.
Orig. scellé: J. 400. — JJ. 30a, 69 v». — EditIohs .Uist.daUtg.
VIII, BI9, — Teulel. n" 1775.
3M. — [1326, vers la fin d'avr.]. — Guillaume de Cer\era offre ta
services & Louis VIII pour la croisade en .albigeois.
Orig. : J. W8. — Edition : Teulel, n" 1776-
36*. — [1226], 8 mai, Sainl-Antonin, (Ap. S. Anloninum. vm ido»
maii). — Serment de fidélité du prieur et de loule la ville de Saint
i
.. 66. — Editions : Hist. du Long.. VIll.
, n" 1766».
366. — 22 mai 1226. — Acte de Louis VIII ordonnant la nîtlsion
d'un procès entre Arcbambaud, comte de Périgord, et le chapitre du
Pu i- Saint- Front, relativement à des droits de juridiction prétendu'
par ledit chapitre.
Mentionné dans VArl de vir. les datet. Comtes de Périgord.
us, a. 1226, m. qiayo). — Louis Vin
é à l'abbaye de Saint-Denis l'amuent
lu terre de Saint-Denis, en di-çi du
367. — 1226, mai, Paris. (P(
atteste que (iui de Chevreuse a
el toute la justice (]u'il avait
bailliage de Beaurains.
LL. 1157 (Cartul. blanc de Seinl-Dcnls. 1), 518.
366. — 1226, mai. Paris. (Parisius, a. 1226, m. mayo).— Acte d1u»
muge lige de Pierre Bcnnond, seigneur de Sauve.
E, 226 V, — JJ. 30 A. 72 v-. — Doal, CLilJ. 95. ~ KomoF
du Lang.WW. 822.
369. — 1226, m.
de Mai'li déclare a
forùl de Cruie.
, Paris. (Pai-isius, a. 1226. m. mayo). — Bnuchanl
oir cédé k Louis VIII la chasse qu'il avait dani' li
Orig. «xU : J. 731 . — E. 280 ; F, ï
», — Amai. : T«al«t. d» 1780
370, — 1226, mai, Paris. (Parisius, a. 1226, m. inajro). — Robert de
Poissi déclare avoir cédé h. Louis VIII le droit de chasse qu'il tenait, dm
la forêt de Cmie, de Bouchard de Marli.
Orig. soellé : J. 731. — JJ. 31. 96, — AnAt. : Teulet. n"
371. — [1226, mai, Paris]. — Bouchard de Marli el Robert it
Poissi donnent k Louis VIII la chasse qu'ils avaient dans la forci d«
\
373. — 1226, [au plus tard en mi
Louis VU! mande H Bcrruier de Don
i], Paris. (Parisius. a. 1î!6)- -
m de pcrniettrc au.\ rcligieiu d
[APP. VI] actes de louis VII
r droit
usage dans la forËL de Breleuil et
de Buri'.
la Trappe de jouir de lei
des di-oiLs qu'ils ont sur
J. 1030. n" 37 (Vidimiiï Je 1280)- — Editioub : Carlul. Normand.
n" 359. — Aug. Le Prévost, Mélai'ges. 1, 428.
973. — 122S,inai, Sainl-Germain-eii-Laie. (Ap. S. Germanum in Laya,
a, 1226. m. maïo). — Au cas où RoberL de CourLenai mourrait avant
la majorili> de son fils aine, Louis VIII s'engage h prendre en garde I&
terre que Robert tient de lui en Normandie, et promel, à la majorité
du jeune homme, de restituer à celui-ci les revenus Louches.
E. 236 v; F, 183 V».— Editions : Du Bouchct. Ginéal. de la maûon
de Ceurtenai, 113, et preuves, '30. — Baluie, Bisl. de la mais. d'Auv.,
U. 491- — Bib. Ec. Ck.. XXîmi, 533, ol XXXVIII. 372.
374, — 1226, mai, Saint-Germain-en-Lale.(Ap. S. Germanum in Loya,
a. 1226, m. inayo), — Louis VIII décharge Raoul Cuiton de toute ûccu-
Balion d'usure ; il lui promet de le laisser marier sa nièce quand elle
en aura l'&ge, pourvu que le mariage soit avenant.
E, 250 ¥", F. 207- — Edition r Cariai. Normand, n° 355.
375. — 1226, [mai?], Saint-Germain-en-Laie. (Ap. S. Germanum in
Laya, die martis proxima.. a. 1226). — lléraele de Monllaur fait
homiiiage à Louis VUl.
Monlionné dans les Scripla de t'eodis : //. ;■■., XXIII, 676.
378. -^ 1226, mai, Lorris. (Lorriaci. a. 1226. m. mayo). — Louis VII],
en échange de deux muids de Tromenl que Maurice, son chambellan,
percevait annuellement à Bapanme, donne audit Miiuricc 40 livres
parisis de rente sur la prévûté de Paris.
E. 251: F. 207 v».
377. — [1226, mai?] —
ment qu'il avait donnés à
paume, lui donne 10 rnui»
Louis VIII,
échange de 10 inuids du Cro-
panetier, Guillaume, à percevo.
! blé de sa grange de Gonessc t
à Ra-
rente
E, 251; F. 207 V".
37S- — 1226, mai, Soissons. (Suessiunc, (
lacques, évèque du Soissons. reconnaît qu'il doit
pour le service d'ost de cette année.
Orig. iCoUé r J. 392. — JJ. 31. 42. — Emu
1226. m, mayo). —
u mi 120 livres pariais
: Teulcl, n" 1783-
37». - 1226, mai. {A. 1226, m. mayo). — Jean d'Oigni cède à
Louis VUl le péage qu'il percevait à Chauni, cl 4 livres parisis qu'il
percevait à Bellencourl, en échange de ce que le roi iwssédait à Seni-
court.
JJ, 31, 93 ï". — Abal. : Teulel, n" 178i, d'aprÈs Vlmenl. do Dupuy.
380. — 1226, mai, Bourges. (Bituricis, a. 122S. m. mayo). —
. , Louis VUl donne b. Philippe, comte de Boulogne, la MorJaic avec ses
500
[APP. VI] ACTBS DE LOUIS TIH.
dépendances, itauf la terre, le cens et la inaisan de Sentis ipe Phil-
Aug. a donnés à l'abbaye de la Victoire.
E. ISS; F. 152 v». — Editiok : Marléne, Ampl. coll.. I. 1202
381. — 1226, 3 juin. (A. 1226, m nonaa jun.). — Soumission de la
commune de Nîmes au légal et au roi.
- EDiTians : Itifl. du /jl*j..
383, — 1226, juin. Valence. (Valencie, a. 1226, m. jun.). — Louis VIU
mande su vicomte d'Aubusson de faire hommage lige au comte àe la
Marche, pour Aulmsaon; en cas de trahison du comle de la Marthe,
le viconile devra prendre le parti du roi; Hugue de Lusignui a
promis au roi d'oublier ses griefs contre le vicomte.
Latin 17191. (•> 137 v, copie tli^ede U Bibl. de Bouhier de Sirigs',
383. — [1226, juin, avant le 8 du mois, Avignon). —Louis VIII promet
aux habitants d'Avignon toute sûrelé pour eux, leurs biens, leurville,
s'ils lui donnent passage dans leurs mura.
Indiqué dans le DiBnifeite lancé le 8 juin par le légal contre les btbi-
lants d Avignon (Taulct. n" 17i<7). cl dam la lellre des prelsbeld»
barons h Fridinc 11 (Touict. n" 1783).
3B<. _ [1226], S juin, Puilaurcnt. (Ap. Podium I.aurenlium, vi id-
- . - -- ^j
- EoiTion : Hitt. dit I-a»g..
885. — [1226, avant le 11 juin, au siège d'Avignon]. — Louis VIU ^
écrit à l'empereur Frédéric II, pour lui expliquer les motifs du s
d'Avignon.
Indiqué dans la lettre dt» baron» & Frédéric II (Teulet, n" 17S9).
386. —1226, Il juin, Trente. (Ap. Tridentiim, a. 1226, m id. jun^S
indict. \iv). — Traité entre Henri, roi des Romains, et Louis VIIL
E. 168 V; F. 133. — EnmoN : Huillard-Bréhollo». //i»I Difl I
Fred. aecundi. II, 2" partio, 875. *
387. — [1226], 12 juin, Casires. (Ap. Castras, n yd. jun.).
mission de la ville de Castres.
Orig. scellé': J. 627. — 13. 30 A. 63 v. — Britîih Muséum. ■
lionne! 17308. t' II, --Ediiio» : Teulet, II. Appendice. n« IJ8Î'.
388. —[1226],K juin, Saint-Paul Cap'dc-Joux.(Ap.SaDClumPauliira,f
xvin kal. jul.). — Soumission de la ville de Saint-Pau l-Cap-deJoux.
Orig. : J. '.00. — JJ. 30 *. 65 >■>. — Dril Mui., mt. addiL 1730*.
(*■ 13 V
- Eu no;
- Tculel. n* trSI
; Hist. du Lang.. VIII. 849. -
388. — [1226), 14 juin, Âlbi. (Ap. Albiam, xviii kal. jul.)-
Guillaume Bernard de ISajac se soumet au roi. L'évËque d'Albise|mi
(iaraiit de ses promesses,
JJ. 30*. 72 V".
[A.PP Vl] ACTES DE LOnS THI, 50
390. — [1226], 16 juin, Carcaesonne. (Carcassonne, xvi kal. jul.). -
Soiimisetinn de ta ville de Carcas.ionne.
Orig. wellé: J. 627. - JJ. 30a.
Vm, 846. — Teulet, U, Appendice
Dïoc, de Carcaisonne. Il, 265.
: Hist. du Lang.,
- Fragm. : Mahul,
391. — 1226, 17 juin. Alais. (Alesli, a. 1226, xv kal. jul.). —
Bernard Pelel accrdditc auprès de Louis Vlll son (ils aîné, qui prêtera
hommage au roi à la placr de »on père.
JJ. 30 *. 71 v". — Doat, CLBI, 101. — Editiob : Hist. du Lang.,
VIU, 8S1.
392. — 1226, juin, au siège d'Avignon. (In obsidione Avinionis, a.
1226, m. jun.). — Louis VIII requiert nen chevaliers demeurant dans
leK arènes de Nîmes, de qiiiltor les maisons qu'ils y ont cl de laisser
entrer ilans le château des arènes la garnison envoyée par le roi.
EoiTio:* : Ménord, Hist. de Nismea. I, pr., 93.
3t3. — 1226, juin, au siège d'Avignon. (In ohsidione Avinionis, a.
122G, m. jun.). ~ Louis Vlll déclare à seschevaliers qui ont quitté les
arènes, qu'il n'entend point les déposséder, cl qu'il veut au contraire
que leur» droits restent intacts.
Eoman : Ménard, Hist. de Niâmes. I. ^r., 93,
3M. — 1226, juin, au siège d'Avignon. (In ohsidione Avinionia, a.
1326, m. jun.). — Louis VIU reçoit la soumission des habitants d'Albl
et les prend sous sa protection ,
JJ. 275. f» 194. — Latin 9996. p. 192. — Do»t, Cm. 13 et 15. —
Edition ; Hist. dulang.. VUI, 845.
1226, j
pellier
- 1226, juin,
jun.). — Loui
lu siège d'Avignon, (tn obsid. Avinionie, a.
. Vlll prend sous sa protection la ville de Mont-
Originil : Arch. miiiiic. d(4 Montpellier. ïrra. A, catB. xviii, n' 1
(d nprèt Germain. Commune de Monipellier, II, 11). ~ Vidîm. de 1270,
ibid.. arm. B, tiroir vi, n" 3 (Id., Commerce de Montpellier, l, 189).'
— Copie d'un ïidimua de 1310 ; J, 340. — Editions : Germain. Com-
merce de Monipellier, 1. 189. —Teulet, n" 1790.
396. — 1226, juin, au siège d'Avignon. (In obsid. Avinionitt, a.
1226, m. jun.). —Ligue entre Louis Vlll et le comte de Provence,
Raimond Bérenger, contre Baimond, comie de Toulouse.
E, 188 ; F, 152 v. — EomoB : Hiit. rfu Lang.. VUI, 842.
397. — 1226, juin, au !<iège d'Avignon. (In obsid. Avinionis, a.
1226, m. jun.). — Louis Vlll concède à Gui, fils de Cholard de Thiers,
les biens donné» à ce dernier par Philippe-Auguste.
E. 226 V"; F. 183.
99S. — 1226, jui
1 siège d'Avignon. (In obsid. Avinionis, a. ,
[APP. VI] ACTES DE L0CI8 TIII.
n.). — Soumission de Raimond Arnaud du Pui, rhilelwi|
: HiÊl. du Lang.. VIIl, 8U.-
399. — 1226, juin, au siège d'Avignon. (In obsid. Avinioni»,
12Î6, m. jun.). ~ Hommage lige de Guigue, seigneur de Toumon.
Orig. ; J, 622. — JJ. 30 A, 72 v". — Doat, CLIU. 97. — Editim,
Hist.du Lang.. VIU. 851.
400. — 1226, juin. BU siège d'Avignon (In obsid. Avinîonis,
1226, m. jun.). — Hommage lige de (toslan de Sabran.
JJ. 30 A, 71 ï". — Editius : Hist. du Lang.. VIU, 851.
401. — 1226, juin, au siège d'Avignon. (In obsid. .^viniunis.
1226, m. jun.). — Hommage lige de Raimond Gocelin, Migneun
Luiiel.
JJ. 30 A, 75 V». — Do«l, CLIU, 99. — Editiou ; ttUl. du Ltuu
VIU, 852.
402. — [Même datu|. — Notice des domaines que le seigneur i
Lunel tient du roi en hommage lige.
E, 280; F. 238 V.
403. — 1226, juin., devant Avignon. (In obsid. Avinionis, a. IS
m. jut.). — Luurs A'ill, en récompense de.s senices de l'abbé de
Crasse, prend tmu* sa protection ce monastère, lui rend les Reh dci
mouvance qu'occupait Âniauri de Montfort. et s'engage à lui abui<
ner les lerres de sa mouvance qui tomberaient en cotnmise pour
d'hérÉsie.
4. — 1226, aoùl, au siège d'Avignon. (In obsid. Avinionis
, m. aug.). — Soumission de Demard. comte de C(>nlming<^s.
JJ. 30a, 76. — JJ. 275. 3i. — Editions -. llitt. du Ltug., ^
852.
-Teulet, 11" 1794.
409. — 1226, aoAt, [au siège d'Aviron]. (A. 1226, m. aug.).
Louis VIU mande à Rarthélemi de Roie et à Mathieu de MonUnorta
de Faire réparer par les bourgeois de Corbie les fossés que l'abbf
Corbie Faisait faire dans son domaine, et qui avaient été détruits |
lesdits bourgeois.
Latin 17758 (Cartid. noir de CorhÎB), 34. — Grenier. CLIIl. 15S.
Edition ; Tlûorry, Mon. tacd. de l'hial. du Tiers-Etal. lU. «b-
408. — 1226, aoitt, au siège d'Avignon. (In obsid. Afinionis.
1226, m. aug.). - Louis VIU mande k son lidèle Ëude Lecoq de mm
tenir le prieuré de Prouille en possession des biens doit il jouissait
temps de Simon de Montibrt.
Dont, LXXXXVIII, 61,
[APP. VI] actes de LOVIS VIII.
503
407. — [1226, (lu 10 juin au commenc. de sept,], au siège d'Aïignon.
I obsid. Avenionis). — Héraclc de Monllaur reçoit de Louie Vlll
LubcDfis, Saint-Laurent -xou9-Coiron el Ussel, et jure de rendre ces
^ftces à grande et petite force.
Mtmtionnf dans les Seripta de Feodis. H. F.. XXIII, 676.
«OS. — 1226, 14 sept. (A. 122G, m. sept., die Exaltalionis sancte
Cnicis). — Soumission de B. de Marestan.
Orig. scellé : J. 399. — JJ. 30 a, 69. — Edition : Teulet, n" 1796.
19. — Même date. — Soumission de Roger d'Aspet.
Orig. scellé: J. 620. — JJ. 30 à, 64. — Brit. Muscum, tas. addit.
lîaOH, t" 12. — Eonwn : Hisl. du Laag., VIU, 853-
*10. — Même date, — Soumission de Bernard de Cotnminges.
Ong. : J. 622. — JJ. 30 a, 65 — Brit. Musoum. nu. addit.. 17308,
13. — EoiTios : llist. du l.ang.. VIU. 85'i.
«11. — 1226, sept. (A. 1226, m.
lurena el d'tlude de Praissac.
Lts de leur fidélité.
sept,). — Soumission de G. de
s se constituent mutuellement
JJ. :
*. 72.
«18. — 1226, sepi,, Avignon. (Ap. Avinionem, n.
Louis VIU relate le parîagc conclu par lui avec
idré d'Avignon, pour la ville de Sainl-Andrê.
Orig. «celle: J. 424. — Editiou : Toulot, n° 1801.
1226, m. sepl.).
l'abbé de Saint-
: de Saint-
«IS. — Même date. — Bermond, abbé, el les relig
André relatent les précédenles convention?!.
;. scellé: J. 295.— JJ. 30 a. 47 ï". — Editions : Uisl. du Lang..
!57. — Atém. de i'Acad. du Gard. ann. 1876, p. 35S.
«1*. — Même date. — Bermond, abhé, el les relifieux de Sainl-
^dré dédareiil i|uc ni le roi Louis Vlll ne prolite pas de la précédente
onvenlion, il ne sera pas tenu de leur payer la rente annuelle de
'es tournois qu'il leur a promise.
Orig. : J. 295.— JJ. 30a. 48. — Editions ; BUl. du Long., VUI,
iS. — Mém. de I'Acad. du Gard, ann, 1876, p. 361.
*1». — 1226, 26 sept., l'isle-en- Jourdain, église St Marlin. (A. 1226,
kal. ocl., in villa de Ynsula, in ecclesia beali Martini). — Soumis-
a de Berlran Jourdain.
k, 67 V", — Editio^vs : Hiat. du Lang..
, n" 1799.
♦18. — Même dale. — Soumission de B. Jourdain, seigneur de
risle.
Orig. scellé: J. 624. — JJ. 30a. 6i. — Brit. Mus., mo add. 17308,
^ 13. — Editions : HUt. du Lang.. Vlll. 854. — Teulst. n° 1800.
504 [APP. Vi] ACTES DE LOUIS VIII.
417. — [1226, aepl., Béziers]. — Ber. de Klori&n, bourii^ois d«
Bézien, prête hommage à Louis VllI pour une mabon que lui avaU
léguÉe Pierre l'Avenlurier.
Indique dans une plainte adressée en 1247 aux Enquïteun : HUl. du
iMiig., VEl, Enquêteur» roj., cqI. 1.
«II. — 1226, 7 oft. (A. 1226. non. ocL). — Bernard, comte de Cotn-
minges, atteste i^ue Guillaume Bernard de Marquefave a fait sa Mn-
inission au roi el au légal.
Orig. : J. 622. ~ JJ. 30*, 64 v. — Bril. Mus., m». iMil. ITSOS,
f" 12 v. — EoiTiuKs : //(»(. du Long.. VDI. B55. — TouUl. n" 180*
«19. ~ 1226, oct. (A. 1226, m. ocL). — Amauri de Monlfort retioniT
au partage de Pamiers en faveur de Louis VIII.
Dont, LXXXXIV. 55. — Ediiiow ; HUi. du Ung . Vlfl, 858.
430. — 1226. oct., Paniierfi.{Appamiia, a. 1226. m. oct.). — Pariâge
entre lea rhanoines de Sainl-Antonin et Louis VIII, pour Pamiers-
Orig. scellé : J. 336. — Edition : Teulet, n« 1809.
*ai. — [1226, oct.). — Romain, cardinal de Saint-Auge, l4^l da
Saint-Siège, déclare qu'Amauri de Montfort ayant renoncé au {Mriagt
de Paniiei-s, les chanoines de Saint-Anlonin l'ont transféré au ni'
Louis VIII.
Doat, LXXXXIV, 55. - EniTron : ffUt. du lang.. Vm. 858.
432. — 1226, Dcl., Pamiers. (Ap. Apamias, a. 122R, m. ocl.). -
Louis VIII donne à l'ëvéque d'ITzès : tout ce que le comte de Toulous
possédait éi MouK.sacVt ses dépendances, h Saint- Bénéiel, i Itoque-'
courbe, À Saint-Théodorit-il'Aindles, Ji Nouvelles, à Tavels; le
de Flaux, la bastide d'Engras et la bastide de Barron ; la villedc Sainl-
Jean-de-Maruèjois ; la bastide qui appartenait à Pons Sariiel ; luiis 1»
manses que possédait le comte de Toulouse au> environs de Thar
la viguerie que Brémond d'Uzés tenait dudit comte, et Inut ce que il
comte pouvait avoir près d'L'zès. ainsi que les villes de SBint-roti8>lir
Calm et de Vers, el enQn la none et la dîme des péages perdus dt»
tout le diocèse. Le roi cMe au préviM et au chapitre dllrte CosUHon-
du-Gard. En échange, l'évèque, le chapitre et le prév>ïl d'Urts rédenl
au roi tout ce que le comte de Toulouse tenait d'eux, et lous 1» fieft
de leur mouvance qui lomberaienl en commise pour fait d'hiiàift
Promesse de la protection royale,
Copie; K. 188, n^ea. — Edition: Gall. ekriiit..tA. nov., VI, inrir;
306,
433. — 1226, oct., Pamier». — Louis VIII ordonne au sénéchal é
BeaucaJre, Pèlerin Lalinier, de prêter serment de lidélité ente* l«
mains de l'évéque d'L'zès.
Indiqué ; Cnll- i^hrist., ad. nov., VI, 627 ; Mcnard, HUt. de .MmM.
1. 297.
[APP. VI] ACTES DE LOUIS VIII. 505
424. — 1226, oct., Pamiers. — Louis VIll confirme à i'évêque de
Nimes la possession de la ville de Milhau, que lui avaient donnée Simon
et Amauri de Montfort.
Indiqué dans un acte d' Amauri du 2 mai 1227 (Hist, du Lang., VIII,
860-861).
425. — 1226, oct., Pamiers. — Ordonnance contre les excommuniés.
Indiqué dans le concile do Narbonno do 1227 (Mansi, Concilia, XXIII,
21).
426. — 1226, oct., au camp devant Belpech. (In castrisapud Bellum-
podium, a. 1226, m. oct.). — Nuflez Sanche, comte de Roussillon,
déclare avoir fait hommage lige à Louis VllI pour la vicomte de
Fenouillet et de Pierrç-Pertuse.
Orig. : J. 622. — E, 207 vo. — JJ. 30 a. 72 vo. — Doat, CLIII, 105.
— Edition : Teulct, n» 1806.
427. — 1226 [oct.], au camp devant Belpech. (Original : in castris
juxta Bellum Podium, a. 1226, m. oct.). — Acte correspondant de
Louis VUI.
Vidimus orig. de 1231 : Baluzo, CCCXCII, charte n» 574. — E, 182 vo;
F, 149 vo. — Latin 11895, f» 147 v». — Editions : Marca, M. Ilispa-
nica, 1411. — Rousset, Suppl. au Corps diplom., II, part, i, 83.
428. — 1226, oct., Albi. (Ap. Albiam, a. 1226, m. oct., r. 4). —
Louis VIII donne à l'église de Notre-Dame de Clteaux 200 livres tour-
nois de rente, à percevoir à Béziers et à Carcassonne.
E, 160 vO; F, 129.
429. — 1226, oct., Albi. (Ap. Albiam, a. 1226, m. oct.). — Pierre,
archevêque de Narbonne, rapporte les conventions conclues entre
Louis Vlll et Agnès, autrefois vicomtesse do Béziers, au sujet de la ces-
sion de son douaire à la royauté.
Orig. scellé : J. 337. — Editions : Hist. du Lang., VIII, 859. —
Teulet, n« 1805.
430. — 1226, ocL, Monestiés. (Ap. Monasterium, a. 1226, m. oct.).
— Louis \1I1 assigne à Tarchevéque de Narbonne 400 livres tournois
de rente, pour le dédommager de la perte des fiefs d'hérétiques mou-
vant de l'église de Narbonne, qui toniberont en commise.
F, 102. — JJ. 275, f«228.
431. — 1226, oct., Monestiés. (Ap. Monasterium, a. 1226, m. oct.).
— Acte de l'archevêque de Narbonne, relatant les précédentes con-
ventions.
Orig. scellé : J. 337. — JJ. 30 a. 28. — JJ. 31, 133 v^. — Editions :
Gall. Christ., cd. nov., I, 383, et V, instr., 59. — Teulet, no 1808.
432. — 1226, oct., Rhodez. (Ruthenis, a. 1226, m. oct.). — Gua-
Ihard, abbé de Figeac, déclare que si la ville de Peirusse lui tombe
506 [APr. V[] ACTES DE LOCIS VIII.
entre les main», il sera tenu dp lu livrer à Loui» VIII à la première
réquisition.
Orig. secUé : J. 399. — JJ. 30 a. 80. — Editios ; Teulel, n" 1810.
*33. — 1226, ocL., EspeiUap ! {Ap. Espeliera, a. 1225, m, oct.). —
Hommage lige de Guillaume de Cauinoiil.
Orig, 1 J. 620. — Copio : ], 973. — JJ. 30 ». 71 »". — DmI. CLID.
103.
- Edit
; Teulcl. i
1807.
4M.— 1226, ocl., Cterrnonl.(Ap. Clarummontem, 1226, m. ort.).
— Louis VIII mande au comte de Nevers et de Forée de prendre sous
sa défense les religieux de Manlieu et leurs biens.
Dtal, CXVII, 363.
(35. — 1226, [3] nov.. Monlpensicr. (Ap. Monlempanrerium. a. I2ÎE,
m. nov.). — Louis VIII, gravement malade, fait jurer à se» barons
que, s'il vient à mourir, \h feront hommage à son fils Louis et |irwe-
deronl le plus loi possible à son couronnement.
Cinq-ccnls do Colbcrt. LVI {Copie du Liber princlpum), 21 . — ChtrtB
el dipi., CXXXVn. 17*. — Bduze. LXXX. 21'é v. — EomoM
Chan[creau-Lefcbvre. Tr. des fiefa. pr., 172. — Lincplot, Piieei con.
cernant 1rs pairs de France, pr.. 33. — DupuT. Major.
éd de 1722. I, 164. — Touasainl-DuplBiwi, ffUl. de Couei,
— BrusBol, Us. des fiefs, L 68.
<38. — 1226, 3nov., Monipenaier. (Ap. Montem Pancerii, die marlk'
pmxima post festum omnium Sanclorum, a. 1226. m. nov.). — Un
rerlain nombre de prêtais et dt^ barons dérlurunt qu'à la demande du.
roi Louis Viil, ils lui ont promis, s'il mourait, de prêter serment d6';
lidèlilé à son fils ainû Louis, et de le faire couronner immédiatemenL
— Eomoss : Dupuï. Major, des roU. I, 167.
I
437.
nov.).
43B. -
— 1226, nov., Monlpensicr. (Ap. Montem Pancerii, a. 1226, m.
— Acte de même teneur de !>imon, archevëiiiic de Bourges.
irig. bcbHc ; J. 863. — EoiTtoB : Tculut, n" 1812.
— [1226]. — Serment de fidélité des habilants de Narbonnr i
m.
idiqu^ dam un loleda vicomte do Fiarbonnede 1243: HUt. da Lang.
de Lodëvri dans II
— Louis VIII maintien! l'évéqi
mtéde Monlbrun.
lui Lodon
*40. — [1226]. — Louis VIII reçoit le sermenl de fidélilf de réTèquJ
de Mende, auquel il a abandonné les régales de son diocèse.
Indiqué d«ns un «etc do 1259 : HUt. da Lanf.. VIII. lîi;.
[app. vi] actes de louis vui. 507
441. — [1226]. — Louis Vlll, sur la prière de Mathieu de Marli, rend
à Agnès, vicomtesse de Lautrec, la terre dont Sicard, son époux, avait
été dépouillé, et lui donne en outre Montredon et Senegats en échange
de la dot que lui avait constituée Simon de Montfort.
Indiqué dans un acte de Math, de Marli, de 1239 : Op, cit., VIII, 1022.
442. — [1226]. — Louis VIII concède à « Baudacus » de Montpellier
le péage de Lattes.
Indiqué dans une lettre de Louis IX : Op. cit., VIII, 1032.
443. — [1226]. — Louis VIII donne Lesbordes au fils d*0. de
« Lyliers ».
Indiqué dans le Traité de Paris de 1229 : Op. cit., VIII, 888.
444. — [1226]. — Louis VIII confîrme à Guillaume Spinula, citoyen
de Gènes, la rente viagère de 10 marcs d'argent que Phil. Aug. lui
avait constituée pour le récompenser de ses services sur terre et sur
mer.
E, 226 Yo; F, 183 vo.
445. — [1226]. — Rodrigo Diaz de los Camberos écrit à Louis VU!
et à Blanche de Castille pour les assurer de son dévouement et les
informer que leur fils, selon les dernières volontés du roi Alfohse, est
actuellement le roi légitime de Castille; il les supplie d^cnvoyer leur
fils en Castille.
Orig. scellé : J. 599. •— Edition : Teulot, n» 1813.
446. — [1226]. — Gonsalve Pierre de Molina informe Louis Vlli et
Blanche de Castille des dernières volontés du roi Alfonsc, et les supplie
d*envoyer leur fils en Castille.
Orig. scellé : J. 599. — Editions : Dominicj, Assertor Gallicus,
part. I, 192. — Teulet, n<» 1814.
447-453. — [1226]. — Lettres de même teneur de : 1° R. Gonsalve
de Orvaneza; 2° S. Pierre de Gavara; 3® A. Gonsalve de Orvaneza;
4» P. Gonsalve de Maranon; 5° P. Diaz; 6° Garcias Ordonex de Roda;
7« G., comte de Ferrera.
Originaux (le l»' et le 5« scellés) : J. 599. — Anal. : Teulet, n»» 1815
k 1821.
454. — 1223-1226. — Louis VIII reconnaît devoir à la ville de Rouen
500 livres tournois.
Acte indiqué dans un compte rendu financier adressé au roi en 1260
(Layettes du Très, des Ch., III, p. 544»»).
455. - 1223-1226. — Charte de Louis VIII en faveur de Noire-Dame
de Vaux-Cernai.
Indiqué dans un mandement de 1259 (Merlet et Moutié. Cartul. de
rabbaye dç N -D, des Vaux- de -Ce niai, I, 2* p., 554).
508 [APP. VI] ACTES DE LOUIS Vni.
456. — 1223-1226. — Louis Vm donne à Gautier de Louppi, maré-
chal de Champagne, 30 h'vres de rente sur la prévôté de Laon.
Indiqué dans une confirm. de saint Louis : Tardif, Cartons des Rois,
no 799.
457. — 1223-1226. — Louis VIII ordonne de laisser les religieux de
Saint- André-en-Gouffem jouir des libertés et des droits qu*ils avaient
au temps des rois d'Angleterre Henri II et Richard Cœur de Lion.
Indiqué dans des lettres de saint Louis : Léchaudé d'Anisj, Chartes
et autres actes normands, I, 476.
458. — 1223-1226? — Notice relatant les conventions faites par le
roi et l'archevêque de Tours avec les forestiers de Tilloi.
E, 278 vo.
459. — 1223-1226? — Le concierge de Paris énumère les droits qu'il
a en raison de sa charge.
E, 280.
460. — 1224-1226? — En présence du légat, du chancelier Guérin,
du chambrier Barthélemi de Roie, du chambellan Ours, du connétable
Mathieu de Montmorenci, et du bouteillier Robert de Gourtenai, le
comte de la Marche, Renaud de Pons et Guillaume l'Archevêque ont
déclaré au roi qu'ils n'ont pas fait hommage au roi d'Angleterre.
F, 8.
APPENDICE r VU
CATALOGUE DES ENQUÊTES*
I. — 1224, fév., Paris. ("Parisius, a. 1223, m. febr.). — Enquête
faite par ordre du roi, sur la manière dont était administré Beaufort-
en-Vallée.
E. 278.
II. — 1224, mars. (A. 1223, m. marcio). — Enquête pour savoir si
la haute justice à Gagni appartient au roi ou au prieur de Gagni.
Boul. orig. : J. 1033, n<> 15. — Edition : Boutaric, Actes du ParL
de Paris t l, cccii.
III. — 1224, à rÉchiquier de Pâques, Caen. (Ap. Cadomum, in
Scaccario Pasche, a. 1224). — Enquête établissant que la Ferté-Macé
est un fîef immédiat du roi.
E, 278 v<>. — Edition : Cartul. Normand, n» 326.
IV. — Vers 1224. — Enquête établissant que tout le fief de Carrouge
est de la mouvance du seigneur d'Annebecq, et non de celle du roi
comme duc de Normandie.
E, 278 vo. — Edition : Cartul. Normand, n" 327.
V. — 1225-1226, avril, Tours. ÇTuronis, a. 1225, m. april.). — En-
quête sur les droits du roi à Azai-Ie-Hideau.
E, 279; F, 237 vo.
VI. — [1223-1226]. — Enquête établissant que Tabbé de la Couture
peut vendre ses bois sans l'autorisation de Tévêque du Mans.
E, 278 vo.
VU. — [1223-1226]. — Enquête établissant que les hommes de
Landifai appartiennent à la juridiction royale de Uibemont, qu'ils sont
1. Afin d*éviter les doubles emplois, nous n'avons placé dans ce
Catalogue que les enquêtes dont nous possédons le texte, et nous avons
laissé de côté celles qui nous sont connues seulement par les mentions
contenues dans les actes de Louis VIII.
510 [aPP. vil] CATALOGUE DES ENQUÊTES.
SOUS la protection du prévôt royal de Ribemont, et ne doivent pas la
taille au seigneur de Landifai.
E, 279 vo.
VIU. — [1223-1226]. — Enquête établissant (m*il n'y a pas de fours
banaux pour les boulangers et les bourgeois de Paris.
E, 279 vo.
IX. — [1223-1226]. — Enquête établissant que le gruyer n'a pas de
droit d'usage dans les bois de Rorthais.
E, 279 vo.
APPENDICE N" Vlll
PIÈCES JUSTIFICATIVES
N« I.
ACTE DE LOUIS DE FRANCE EN FAVEUR DE GUILLAUME
DE HUNTINGFIELD.
(21 nov. 1216.)
Ludovicus domini régis Francie primogenitus. Noverint universi
présentes pariter et futuri , quod nos dedimus et concessimus et hac
présent! carta confirmavinius dilecto et fideli nostro Willelmo de Hun-
tingfeld,pro homagio etservicio suo, viilam de Grimeby cum omnibus
libertaiibus, liberis consuetudinibus, et omnibus aliis pertinentiis, in
viis, in semitis, in pratis et pasturis, tenendam et habendam ipsi et
heredibus suis de nobis et heredibus nostris libère et quiète, donec
eidem alibi assignaverimus centum libratas terre tenendas de nobis
hereditarie per servicium duorum militum, et, cum dicto Willielmo
assignaverimus dictas centum libratas terre, predicta villa de Grimeby
redibit ad nos de dicto Willelmo et heredibus suis. Testibus comité
Wintoniensi, Roberto filio Walteri, Ursione camerario, vicecomite
Meleduni, magistro Simone de Langton, Guidone de Atthciis, Olivero
de Vallibus et Mauricio de Gant et multis aliis. Quod ut ratum sit et
stabile, presentcm paginam sigilli nostri munimine fecimus roborari.
Actum in obsidione Hertfordie, anno Domini M» CC® XV!*», xxio die
novembris.
Brit. Mus., I/arl. Chart, 49. B. 37. Original. — Cet acte
a été édité incorrectement dans VArchxologia^ XXII,
428.
N° II.
QUATRE PIÈGES RELATIVES A L'INDEMNITÉ DE GUERRE
PROMISE PAR HENRI III A LOUIS DE FRANGE.
A. — LETTRE DE HENRI III.
(21 sept. 1217.)
Rex universis ad quos présentes littere pervenerint, salutem. Nove-
ritis quod nos debcmus Florentino Diviti et Willelmo filio ejus de
PIECES JUSTIFICATIVES. II.
512
Sanclo Audomaro, sex milia marcanuii slerlingorum bononiin rt
Icgalium, ita quod nos vendidinius eisdem œnlum lasta
Hibeinia pagabilîa et ceotiim saccos lane de Hîbernia vcl de Hi
hi\ti-i ad pondus de Brislollio, quodlibet lestum corionun pro i
fis, cl qiiemlibel xaccum lane pm v niarci». et haDc inercandisiam
debemua eis Iradere spud Brisloltium; (|ua (radJIa, de predirlis »et
niillibus marcariim cadent duo millia et reinanebunt (juatiK
iiiarcariiin, quas eis reddenius, medielateni ad inslons feslum
Saiicluruni pruximuin, et aliain niedictatetn ad eequenlem Puritica-
lioneni béate Marie apud Londonias. Si vero predictain mercandiaitni
non tradidimus predicto Florenlino et Willelmo lUio ejiis. pro locn)
illius mercandisie dabimus eisdem quingentas iiiareas sterlingonint
bononim et legalium quas cum predictis sex mîllibas niarcaruiii per-
Bolvemus eisdem Florentino et ftlio ejus prefatîs duubus lerniints a|
Londonias. Et bas convenciones fiduc iavinius bona fide et absqiie mala
ingenio Icnendas. Quod si forte defeceriinus de predictis
nibus leneDdis, volumus et creanlamus quod domïnus Ltidoviciis et
ipsi Florenlinus el filiiis ejus capientdenoslroet de rébus regni nostri
absque malefacere, ubicumque ea invenerinl, ad valenciatn prcdicte
pecunie i|ue videlicel remanerct reddenda, Inde eciaiii constiluimus
plegios Itobertum de Brena et Pfelruml comitem Britannie fratretn
ejus, volenles el concedentes quod ipsi capiant de rébus nostris el
regni A nglie, ubicumque eas învenerint, absqiie mesfacere, si dictam
pecuniam non persolverimus terminis conslilutis predii'Us Florenlino
et Willelmo flUo ejus, quousque de predicla pecunia satisfererimus
eisdem et de dampnis que ipse el fllius suus ibi habueriiil pcr le^-
limas probaciones suas. Kt in bujus rei leslîmoniuni, elc, Tesie ipM
comile upud Lamheye, x.\i die seplembris, anno regni noslri primo.
Record Offiee. Paient I Henry lll. mombr, i dorao.
B. — [.ETTRE DB GUILLAUME LE MARRCIIAL A PlIlLiPPE-AUGt'STK.
|Sepi.-Oci. ian-i
Philippe régi Francie, W[illelmus] Mareseallus, cornes Penbrocie,
salutem. Noveril excellentia vestra quod nos, pro domino noslro Hfen-
rico], rcge Anglie, craanlavimus reddere Florentino Divili de SancUt
Audomaro sex millia marcarum slerlingorum bononim el legalium.
videlicel medielatem in feslo omnium Sanctorum et alJam medii-tatein
in festo Purilicacionia beale Marie proxime, unde habet litlenis domini
noslri H[enrici] régis Anglie el noslras et baronum Anglie. Et si coii'
venciones ejusdem non tenerenlur sicul in litteris quas Inde habcl
plenius continelur, volumus et concedimus ut eundeni Florentinum
el fllium ejus ad toLam lerram quam de vobis teoeraus asàgnelis,
quousque de prediclo debilo et de dampnis seciutdum tcnorem car-
larum domini régis Anglie el baronum quas inde habent. eis Tiieril
satisracliun, salvo tamen robis servicio nosiro de predictis lerrÎK. Valele.
Rec. Off., Pat. I Henry Ut, taefnhi. 3 done.
PIECES .irsTinCATIVES. II ET III.
C. — LETTRE DE HENRI III AUX VASSAUX D IRLANDE -
[lOnov. 1317].
Itex etc. dileclis et Meli bus suis boronibus, militibus, qui de eo
ilienl Hyberniam. salulem. Sciolrs quod in maxima peccunie solu-
"cïone tenemur domino Ludovîco. régis Francie primogenilo, et suis,
por paeem iiiler nos et ipsiim reformalam ; unde oporlet nos eis res-
pondcre in lioc inslanti Teste sancti Andrée, vol graves expenaos débita
expectancimn el oneroaas deliitoruni penas suslinere. Unde, cuin
debila prefala non leviler sine auxilio ndeliiini noslrorum ad pre-
sena reililcre valeamiis, universilalem vestram rogamus atlencius qua-
liniis pro ainere nostru talitcr nobis In hoc negocio nostro de pcccunia
vestra faciatis succursum, quod vobis grates referre neenon el vos in
peticionibws veslria et negofiiisexpediendispro loco et tempore beni-
gnins exaadire debeamux. Quum vero etc., ut supra, leste etc., ut
Hupra.
Rfc. Off.. Pal. JI Henry III. part. I. membr. 9.
D. — « DEBITA LODOVICI ».
(29aoftt 1318).
Rex omnibus prCHenlcs litleras insipecturis salulem. Snialis nos de-
bere b'Iorcntio Uiviti de Sancto Audomaro, {(uem doniinus Lodoviirus
altomavil loco suo ad rccipieiiduni sox tniilia marcarum quas ei detie-
boiniis, duo millia el centuin et quinquaginta marcaa quas ddem
Florencio i-eddenius ad Teslum omnium Sanctorum anno regni noslri
tercio, de residuu illorum vi millium marcarum. unde ei salisfecimus
ad feslum sancli l^;idii anno regni no^trt secundo apud Novuin Teni-
pluin Lonitoniarum usque ad illa duo milia et centiim el quinquaginta
marcasi itaquodaiilladuo miliaot centum el quinquaglnla marcas
ei non reddidorimus ad predicluui feslum omnium Sanctorum, conce-
dimus quod caria uoslra quarn domino Lodovico Tecimus de debîlo vi
milium marcarum, quam magislcr Teinpii de Parisiii» habel in custo-
dia, retinealur donec cidem t'iorencio de prediclJ!! duobus milihus et
cenlum el quinquaginla marcis pro predicto domino Lodovico satisfe-
cerimus. Et in hujus rei elc. Teste comité apud Turrem Londonia-
ni, XXIX (lie Augusti, anno etc, secundo.
Ree. Off., Pal. II Henry III. prt. i, mmibr 2, cl pari, il,
FRAGMENT DE LA CHRONIQUE DE MERTON.
(1210-1217).
^ Aimo Domini MCIIXVI. Hoc anno dominus Ludovicus, régis Francie
Stilippi primogenilus, appliciiit fipud Tannllios insulam •subalu post
Ca. PïTiT DuTAiLLis. Kjffne de Luais [/((. 33
514
PIKCES JCSTIFICATIVES. III.
Ascen^ionem Domini, quod fuit eodem &niio tlie vu kttlendas junii. {
Ludovicus castellum Iluveceslrie staliiri obscdiL, et ipsum in die lun
il) ebdomada Pentochoslês, scilicel tu kalf^ndas junii, circa hor
vespertinam, adquîsivil. Item ipae dominus Ludovirus in
fbdoinade feiitechoslea ivit Londonias et ibi cum niai;iia procpsâina
in ccclesia Sancti PbuH receplus est. Et in fcria sexia |)i'oxima r
hoinagia civium et baroDum apud Wesliiionaslerium ; et ipse eadn
die recepit homagia civium Lonitonïcnsium in cimilerio Sancti Pau
Ruberto filio Walleri primo illud faciente, deinde Willelmo llardci^
maiore Londoniarum et mullis aliia. [Lem hoc auDo obiit domiou
Innoceatius tcri^ius apud Pelusam xvu kalendas augusli, aniio yaf»-
tus sui xv[|[ et measibuâ quinque et diebiiït quiiique addîli». Ilem
obiit Johannes rex Anglie apud Nienwerch ultra Stanford xiiit kalundu
noveinbris, sciIir«L in cra.stino sancte Luce. Regnavit aulem in .\ngtia
xvit annis, menaibus quinque et diebus quinqiie additb. Hoc ini»
coronatus est in regein Anglie Henricus, rvtfh Johannis litius prinio-
geni tus, in die apostolorum Simonis et Jude apud Glouceisirïani, in ecfl*-
sis Sancti -Pelri, a domina Syvalone' légal o domitiï pape Httnorii («TCii,
o-tsisltHlibus sibi domino Pelro Wintoniense episcopo. qui cum iimoiil
et coronam iniposuit capiti. ut dicunt, et doniinn Jureliiiu BalhoiiiciiM
episcopo, et domino Willelmo Cesirensî episroiio, et dnutino epi^rupu
de Myde' et Willelmo Marescallo et ..' comité de Feriers et Philijii»
de Albeoi et domina Yisabella regina, matre ejus, et aliis. Fuil aulrtu
puer, die quo coronatus est. elalis novem aiuiorum el xsviu dïeniin.
Hoc anno facta fuit pax ciira fesluin sancti Andrée, que duravit uM|tti-
ad oclal>as sancti ilillarii. inter doininum Lodovicum et Hcnricum_
regein Anglie, propler vu inillia marcaruin quasdedït dominu Lmt»\
Anno Domini MCCXVU, Hoc nnno applicuît ilenim doi)iinu« LMi
eus cum niagnoexerciluapudTanatosinsnlam, in vigilia sancti Geoi^
martiris. Hoc anno destructi sunt barones nptid Liucolniam in cnuUl
»aneli Dunslani, scilicet in vigilia sancle Trinilalis, pur dominnl
Gualonem legalum et per dominum Pelrum Wintonienspm episcopd
et per comités Saresbcrie et Cesirie et per FaJconem ; et cspLi siuil iJ
numéro ex parle baronum de melioribus. et cornes Perlîcc ibi o
est. Iluin hoc anno consecralus est in episcopum Uunelmensetn B
dus de Marisco, Johannts régis quondam cancellarius, a duinind Ww
tero de Gray Eboracense archie[)iscopo in ec^clesia Sancli-Osnaldi apad
Glouceslriam vi nonas Julii iu die sancturutn Proct!>«i et Marciniuii.
Hoc annii Euslachius falsus monacbus ducnlalus e^t in mari ul pru-
ditor, et mulli cum e». Hoc anno facta est pax tirma inter HenririuBj
rcgem Anglie et dominum Lodowicum per dominum Gualonem leg
luni, in quadam insula extra Kingestone, ferialerciaanlc ExaltacionM
sancte Crucis, et in vigilia Exallacionis absolutus est dominus L
1. Corr. Gualone.
2. Sic. Voy. plus haut p. 122, note 2, la liste des évoques présent».
3. Sic. — Suppi. WilMmo.
wicus a domino lej^alo in eadein inaula, et inuiti alii de magnalibus
Proncic. Uem vçiilt dominiis Gualo le^atiis apud Meritonatn dominica
posL Exallacionem sancte Crucis cl ihi, ruceplus cum magna proces-
sione et soUcmpni, fecit moram uaipie ad diem sabali. In die Iudc post
advenlutn domini legofi, veuenml apud Merilonam ferc magnâtes
lofûis Anglie.scilicet doininus Lodowicus et socii sui, cornes Britannie,
cornes de Enevers, Robertus Dnis ot alîi inultî de Francia; de Angliu
epïscopi plures el regina Anglie, ot comités et barones et milites muUi
et finnata est pax intcr dominuni Henricum regem et Lodowicum.
Item indieaanctiHauricîi venildominus Lodowicus apud Meritonam
et injuncta est ei ponilencia a penitenciario dnmint legali; qui, statim
post, reddidit Turrim Lnndoniamm dumîno PcLro Wintonicnsi opiscopo,
et recelait a Londoniis in sabato proximo, et dniiiiniis legalus conduxit
eum usque ad mare. Uominus aulem legatua venit Londonias feria
VI* unie fe^tiim apustolorum Simonis cl Jude, el dominus llenricus
PCX venit Londonias die dominica sequenti.
Cambridge. Corpua-Chrisii collège, ms. 59, {•" 171 y h 172 V.
N" IV.
JUGEMENT DE LA (»UR DE LOUIS EN ARTOIS.
(1319, du 7 avr. au 31 ocl.).
[d nomine aancte et individiie Trinitatis, amen. Ludovicus, domini
régis Froncie primogenitus. Noverint univers! présentes parifer et
fuluri f{iiod ju'Iicatum Tiiit ab hominibus nostris in curia noali-a apud
fiapalmas, ubi Ralduiniis de Itnraali'e inil^s et Maltliildis uxor ejus
vendiderunt Neveloni Maresrallo baillivo nostro et Aelidi uxori sue
omnia que babebant apud Vaus intègre in omnibus profeclibus que
teoebant de nobis, quod dicli Nevelo et A[elis] uxor ejus beneel légi-
time omnia predicta enierant et quod meniorati Baldninus et M|al-
Uiildisl uxor ejuH umnia illa bene et légitime vendiderant. Et idoo fuit
judicatum quia omnia predicta vendebant causa vitande paupertatis.
Nus autem hec omnïa protaxala concedïmus ersdem Neveloni et Aelidi
tutori sue et eorumdem heredibus libère in ligium feodum perpétua
pussidenda; et preterea eisdem damua el concedimus omnia que habe-
mus in predicta villa de Vaus ot maxime ea que liabemtis i» tiospitibus
Sancli Gaugerici in eadeni villa, salvis nobis in omnibus supradictis
multro. raptu et incendio que nobis retinemus. Quod ut perpetuum
robur obtineal, presenlem paginam sigîlli noatri auctoritale et nostri
pnominia karactere inrcrius annotato precepimus confirmari. Actum
0 Domini M- CC° nonodecimo, regnî vero karissimi domini et geni-
B nostri anno quadrsgesïmo, asiantibus in palatin pjusdem domini
e genîtoris nostri quorum nomina supposita sunt et signa: dapifero
Inullo; ïiignum Guidonis buticularii; signum Bartliolomei camerarii;
\ BÏgnum Matliei constabularii. Data vacante cancellaria per manum
■ Vincentii capellani nostri.
Arcli. d^ptrl du Pas-de-Cnlah . liaue A°. picco 2, Original.
PIKCES JUSTIFICATIVES. V, VI, ET Vil,
HEKRI m ACtlRÉDITE SES AMBASSADEURS AUPRES DE
LARCHEVEQUE DE REIMS.
(28 juin. 1333).
Reinensi archiepiscopo el siilTraganeisaui^, H[enricu.'>]. Dei gr&li> etc.,
salulem. MitUmus ad vos venerabiles paires dominuiii ('Aiitiiarien»ein
archicpiscopuin et Londonien sein et Surresbirieiiscrn efibcojios, m-
gantes quatinus eos bénigne aiidire el eis credere velilis super Ulis qne
vnbia dixerint ex parle noslra, cl eadem lirma elstabilia indubiUnl«r
h&berc. Teste Henrico etc. apud Londouias. xxviii die Jiilii. luini
rufoii no^lri vu. Eodein modo scribilur domino Loduvîiu> sub lituln
nui cancellatur.
Mfcord Office. Patent VU Henry Ut. part- i. niemk,
N' VI.
- MANDATUM BL'RGENSIBUS ET CONSL'LIBUS U:M0VTCE.\SIBI
QUOD SINT TURONIS AD CERTAM DIEM. ..
(Mai 1221).
Ludovicus, Dei gratis Pranconim i-ex, dtleclis suis consulibiis et anï^
versis burgensibuH LemoTicensis caslri, salulem el dilemonmi.
universilas vesira qiiod Juliannes, quondam rex Anglie, rommnni
concordi judicio pariuin el aliorum baronuin Franrie fiiil abjiidicat
iinperpeluum {sic) de lola terra quain jpae leiiuil cili'a mare Anglis
de karissimo genitore noslm Pbilippo, quondam r*ge Francurui
priiisquBiii Henricus qui nunc dicitur rex Angtie nnlus esset. el u lu
Iota terra iRa cessil in jus dicU patris nostri. Inde est quod nos, qUi
lanquain reclus hères de novo in unirersum jus patris iiosLrî
simu.^. vobis mandamns el vos requiriinus et submonemus qualtnni
ipsa dit! instantis Nalîvilalis beati Johannis Baptiste sitis ad nos Turonîs,
facluri crga nos quirquid facerc debelis erga dominum ve.slrum ; pn
cerlu habentes quod, ni»i \\w. fecerilis, nos qui ad acquirenduni jua
nostrum arcingimur, id tolis viribu^ curabimus emeodore. et laœ di
rébus quam de peraonis veslris omnibus quod jua curie Dostr«
veril faciemus. Aclum spud Lorriacmn, snno Domini M» GO XS1V%
ineitse mayo.
Calai, des actes de LouU Vil/, i
111.
N» Yll.
LETTRE D'HONORlLiS lU A LOLIS MR.
{Janv. ou Rv. 1235].
s episcopiis, sorvus scrvoi-uin Dei, carissimo in Chriïlo Ûlia
PIECES JUSTIFICATIVES. Vit.
517
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VîBOsI
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Loilnwico r^gi Francomm illuslH, saliitem el aposloliram bene-
dirtionerii.
Illius cui omne cor patel teslimoniiim invocamiia. qund personam
luam sincera carilaLe diligimus et ad tuiim el regni tui honorem el
stalitm ferventi desiderio a.spiramiis, rullnenles memoriter et habeuLes
quasi semper pre oculis illum specialis dilectionis aiïectum, (jiii nos et
clare memorie Ph|ilippum] regem Francie palrem luum inutua can-
tate conjunitjt, et deTotionem sincfifain quain aposlolica sedes semper
Id eo et aliis progenitoribiis luis regtbus Francomm indesinenLer in-
ventt, ac firmam apem ridiiciamqiie gérantes, iguod tu eorumdcm pro-
genitoriiin luorum vesligia imitanda non deseres, s«id eormn exemplo
laudabili in a[H)M(olice sedis devolione semper flrmus atabilisqiie per-
sistes. Celemni liiis temporibiis feci.tti quedam omnino contraria hujus-
modi gpcï nnstre, quia, ciim per lîtleras nostras le inslunter ]ilurie!i
rogaverimus et petieriinus pra mnnere spécial! ul trengas inter te ac
illnslrcm regem Anglie prorogarea, tu, preces et petiliones nostras
proniiis obaudiens ', qtiosdam ipsiiia régis terras por violenliam occu-
pasti, contemptis ei^dem precibus et petitionibus nostris, contempto
etiam * staluto de pace vel saltem treuguis inter christianos onines ac
maxime inter excellentiores principes observandîs, qtiod, siciit tibi
meminimus signifleasse, jamdudiini fecimii» in colloqiiio inter nos el
cariffiimiim in Chris to lUium nostnim Fr[edericnm| Romanorum iin-
peratorem semper augustum et regem Sicilie novissime cctebrato, ac
per conséquent posthabita cura negotii Terra sancle propter qiiod sta-
tutum fecimus aniediclum. Hec fecisti, et tacuimu!i,lue celKitudîni dé-
férentes ac speranles quod ipsa palientia nostra tuam erga nos dcvo-
twnem accenderel. teque ad condescendendum volunlati nostre et
•cibiis procuraret. Licet igitur necdum juxtA spcm et expectalionem
'iû^tram iiobis acquiescere in bac parle curaveris, nos tamen, nec sic
desinentes de tua devolione sperare, sed certam nobis de îtla lliiuciam
promittentes, rum td ipsiim ot innata tibi clementia et ipsa pn>geni-
tnmni tuorum recolenda memoria rapromitlat, serenilalem tuam
lulliplicala prere deposcimus, quanta possumus allentione,
;antes ot exhortantes in domino Jesbu Cbristo, quatinus diclo
rastituas terras ejus, quas invasisse nosceris violenter, et coinpe-
ites traugas ineas cum eodem, ne, si secus duxeris faciendum.
Terre «ancte succursua, qui per progenitores tuos et per regni lui vires
promovei'i poti^simo consuevit. nunc per le videatur e rontrarin im-
pediri, tiieque id famé ac saluli obfic.iat, nosque, quod absit, de tua
,4evotione dil^dere compellomur; de qua licet jom lotions experli,
intranum non poissumus non sperare.
Bib. JVal . coll. Moreau. vol. 1183 (Transcripl. de La Porte
duTlieil), M24, d'après : Areli . du Vatican. lieg. Honor. III.
niino IX, rpîil. J6fl, — Copie fragmenlaîro : Brîl. Mus.,
addit. 15352. fa 268.
1. Corr. : non audiens.
2. La copie du British Mua. porte cl.
i
PIECES JUSTIFICATIVES. \IIl ET IX.
N» VIII.
ALLIANCE DE llKNItl III AVEC LA MAISON D'AUVERGNE,
|I2 ocL. 1325]
salutoni, Scialis rjuod conrctlcralioncm facLaiii per <lilM:lo!! H
fidèles nostroB Rfiflardum] comileni Pictavie fralrem nffsirum. W[illi'J-
luiira] coniilein Sairesbiriensem avimculum iioslruin, P(liili|i|ium] di
Albiniuco ul Gairriduin de Ncvilla inter nos el nostnitti vx uni
parte, (^t\V[i]leImuin] liliiiiii comiliâ Guidoiiis de Alveitiia, 4-t IVIfi-
iium coinilcm Clarimontit;, el Itobertum nepolem cjus, ex allcra parte,
sioul concessa exi et conlirmala per carias et jurameola pi¥dii!tonitn
[Willuliiii co]inil.is Sarresbiriensi:^ avuncuii nosiri, P[hilippi) de AIM-
niai'o, et G[a]fridi] de Nevilla pro parle nosira, el W[Ulelmi] fijii coiniti*
Guidoiiis de Alvemia, et Delliui cutnilis Clarimontb, el Roberti nepolii
ejiis, c|ui juravemnt se quarta manu nosln
ralam habcmiis el gratai» et ram cotise rvabi mus boiia fide. Iii nijitt
etc. l[illcrisj D[oslrisj p(alentibusj sigilluin iioslruni apponî fucimiu.
Teste ut supra, anno nono.
Becord Office. Paient !X Henry III. part, l, menilir l.
N" IX.
ALLL^NCE DE HENRI 111 ET DU COMTE DE TOLLOLSE
CtS251'.
Noverinl univers! presenlempaginaminspecturiquod nos HJenricus],.
Dei gratJa rex An^lie, dominus Hiberiiie, du.\ Normauiiie, AquitauiAi
el romes Andcgavb, prornitlimus vobis R[ainiundoj eadem ^n-atia iltxSl
Narbone, comili Tbolose el inarchioni Provincie, consangiiiiieu iioslraj
quod cuin bonorc Dei et ecdesie pacein veslram et omnium TslilnniOl
vestrorum et sancle Romane ecclesieprocurabiniusprci pusse Dos(i^),fl
sollempnes nunlios mïtlemus ad curiam Romanam, quam citius yoW
rimus, pro paco ïnler vos et eocicsïam reformanda. Promiltimus etiaU
1. Les deux te^ttes qui suivent ont été écrits à la suite l'un de l'aiiin
sur un pelil morceau de parchemin. L'examen des circonstances bit
toriques permet de vuir dans ces actes le traité d'alliance annoncé pt
Henri III dans une lettre adres.sée su comte de Toulouse te Is loà
1325. (Voj. plus haut p. 268-369), L'écriture est bien de cette époque
Le premier teste est l'cipèdilion incomplète de l'acte par lequt
Henri tll promet son alliance au comte de Toulouse. Le scribe s'a
inierrompu au milieu de son travail et, pour ne pai perdre te bout dfl
parchcnnn qui lui restait, il jr a fait la minute de l'acte par lequel IM
agent» de Henri 111 promettent de faire observer ladite alliance; oimiiH
cet acle répète à peu près le premier, muialis mutandit, le scribe (
fait des erreurs presque Joules les fois qu'il j avait des mots change
et les a réparées au moj'en de ratures. Il est donc facile, si on le venl
de reconstituer la fin du premier texte s l'aide du second.
PIÈCES JUSTIFICATIVES. IX- 519
vobis qiiod vos et omnes valilores vestroa et imprisios vestros présentes
et futuros Juvabimus bona lide pro posse no^tro conlra regeni Francie
el elion inimkos veslros ad terras vestras defcndendas et jura veslra
perquirenda: itaquod sine vobis etveslria valitoribus....... .
Saluteiii. Noverit universilas veslra (|uo<i nos, de precqilo rtnmiiii
noslri H[enrici] illustris regi« Anglie, taclis aacrosanclis ewangeiiia,
prumisiinus et juravimus R[ainiiindo] duci Narbone, comîU Tholose
el marcliioni Provincie, quod universa et siiigula conli-nla in convcn-
tionc fada înU^r ipsum H^enricitm] regem Anglie dominiim noslrum
pl predicliim R[aimundum] comilem Tholose faciemus pro legali posse
iiDMiro a predicto domiuo nostro U[enrico] regc Anglie predicio R[ai-
niiimlu] romit) Tholose et suis et ipsius régis domini oostri valitoribus
et îinprisiis, omiti occaaione el excusatione poslpoaita, invjulabiliter
cihservari : videlicet quod predictus dominua nostcr H[enricus] rttx An-
glie, cum honore Dei et ecclesïe, pacem ipsius coinilis el omnium vali-
lornrn suoruin et sancle Romane erciesie procurabil pro poBse suc, et
sollempnps nunlios millet predictus dominus noaler Hfenriciis] rex An-
glie ad curiam Itomanam, quam citius poterit, pro pace reformanda
intcr sanrtain ecrlesiam el predictum R[aimundum] eomîlem Tholose ;
et quod ipsum comitein predictum el omnes valilores buos el imprisios
suos présentes et futures juvabit idem dominus nostcr rex Anglie bona
fide proposée suo conlra regem Prancîe et aliosinimicossuos, ad terras
ipsius ft[aimundi] comitis Tholose derendendas et jura sua perqui-
renda: ita quod diclus dominus noster H|enricus] tvx Anglie sine
ipso It^Himundo] comité Tholose el valitoribus suis nec pacem faciel
nec Ireugas cum dicto rege Francïe vel aliis inimicis suis<; et quod
omnibus imprisiis et valiloribus prudicti domini nostri H[enrici] régis
Anglie el ipsius R[aimundi] comitis Tholose presenlibus et futiiris
omnes conventinnes eiadera a pn'dicto rege comiti Tholose bona fide
factas' idem dominus uoster H[enricus] rex Anglie inviolabililer scr-
vabil bona lide. El ut predictus dominus noster universa prcdicta et
eingula firmiter observet cl conlra nullo lempore venial, aliqua ralione
>l evcusalione. vel eo spccialiter quod terra predirli Rfairunndî]
imitîa Tholose el ipso cornes est excommunicaliunis vinculo innoda-
I, per sollempnem slipulalionem idem dominus noster rex promisil
ÈÎdem' comiti Tholose el laetis aserosanclis ewangeliis juravit' el
sigillorum sui* munimineroboravit'el Tecil anobispromilli et jumri.
1. Mots barrés ; pramisimus et juravimus; el est ajouté en interligne.
2. Mois barrés : bona fide inviotabitiler faeiemux obxervari pro poue
nottro; la fin de la phrase est ajoutée en interligne; elle eht, du reste,
d'une sinRutiëre rédaction. Le texte oue nous publions est évidemment
un brouillon, qui a été ensuite modifié.
3. Ces six derniers mots sont ajoutés en interligne; mots barrés:
—"—'-'"•'* predicto.
n interligne; mot barré: JuravimiiK.
h. Orr. : tuorum. Le motfui est en interligne; mot barré: notlronim.
6. Mot raturé ; il ; avait d'abord roboravîmus.
eini
Bon
520 PIECES JUSTIFICATIVES. X ET XI.
Unde ad uiBJorcin sccuritatem presenlem carUm sigilloriun dc
rum itupressione feciinus niborari.
Britisk Muséum, Ilibl. CoHon. Caligala D, Ut, f" I,
LA GUERRE MARITIME EN 1226.
123 mars 1236].
Rex baranibus de v pot'lubus suliilem. Daluin csl nobis inlelli^
quod Sav&rirua de Mnlo Leone el ijuidaiii alii di' |iarlibu« Irmnsiii»-
rinis, nubis malivoli el iiiiinici, noslris et uliis per nian- nsTÎ^ntibu*
plura cl gravia dainpna iiiffriml tt grsv&n)in&, ila quod proitlcr eoniin
insidias impediunliir quod libère et sine gravi jactiira ad lerr&ni
Irain Anglie venire non possinl. Et ideo vobis inandaniue rogaiilcs
qiiatiniis, in flde qua nobb lenemini. super hoc maturuni ron«Iiuia
inter vos capere veliti». providentes de cnmniuai consilio vcstruqua^
liter libère et sine impedimento lain nostri quain alii ïinmunt^s nb xa-
sidiis tnimicorum noslrorum per mare de celrro Iransilum rarerc pos-
sint. Consiliiini aulem veslnim (^ine dilatione) nobïs indo sine ditalioiif
scire facialis. Teste ut supi-a.
Eecùrd Offiet. Paient X Henry lll, incml
QUERELLE Dli JUKIDIGTION
ENTRE LOUIS Mil ET L'ÉVIÎQUE D'ARR.\S.
11221 T].
A. — Inquiiilio fada inler dominum regem et episcopum Altrebaletuem.
Ciim esset cuntciitiu inter duniinmii regeni ex una parte, r.l cpis-
copuin Atlrcbatensem ex altéra, super eo quod episcopus dicebat re«ti-
tulionem sibi factaui fuisse' super hiis que balli^idominï regîscepemnl
de hominibus de Oupi et de Bosco Bemardi pro illis fiiri-faclis qu»
scabini villarum illamnidebenljudicare. facta ruilaupeihiisab nlraqu»
parte comproniissio in abbateni de Munie Sancii Eligii. et Hvnalrium
de Berunna. qui dillgenler roreiKriml lestes quos ulra(|ue pars duttl
propoiiendos. Quorum auditis attestai ton ibus publiée in ruria du
régis, ul parlibus appodiantibus se ad judioiuin curip domini reg»,
judicatuiii est lani per dicta testiuin quatn per coofessionum episcopv
quod doininus rex habet justiciani rapt) et multri, larronis. du^Ji.
sanguinis, melleye et violentie, in duabus villis predictis; noc ttà( in
sliquo prejudiciuin domino régi quedam conventio quam episcopin
1. Corr. : faciendam etsef.
PIECES JUSTIFICATIVES. XI ET XII.
521
tcanrpssus est facUm Tuisse înler anlecessoreiii siium et dominum vil-
lariim illorinn, du excoiiimuiiirando ipsuni dominum, j^i liomincs vil*
larum illarum vpllel Iradarn PKlra judicium et prêter legt-m scaLino-
riini, (le \\i\a ()ue ud dominum perlini.'banl. Seil dominus rex, de groUa
sua, poteral ' facere in(|uiri, ad ivquisitioncm opiscopi, de quibus maior
et scabiiii villanini illoiuiii sulonl judicarc; el si dominus villarum
illarum trac Larel lioiiiines de ipsis vîlli» extra judicium acabinorum de
illis de rjuibus ricatiiiii suleoL judicare, episuipus Attrcbateiisis polerit
duminum villarum illarum compcllcre jier excrimmunicaLionem ad
lioc qiiod non Iractct bumines villarum illarum extra judicium el
legem scabiiiurum; tiec liabet epi^copu» aliquam Tacere cuhcrtionem
pcr exi'ummunicatioiiem conira ballivum domini refais pro justicia
raptus el mullri, latrtinis, duelli, sanRuinis, niellcye el violentie quam
exercent super hnmines laicoi^ villarum illai-um.
Calai, des ac(ei de louis VIII, iv 240.
^B. — lltc M( recagnitio epUcopi Atlrebateiisit.
L Episcnpns Attrcbalensis recognovit coram domino n'gf et multis
Kliis i|ii»d dominus rex babel uuiuem jiisticiam el omiie domiiiiimi in
villa de Opi et de Bosco Beriiardi, et conjurationem scahinorum.
Teslibu»: epi>M!opu Silvaiieclense, Prande canceltario; Bartbolomeo
de Itoia, Francie camerario; Pliilippu, comité Btdonie: Mallieu de
Moiitemurenciaco : Uui<lon<r de fiaslillione ; SLe|iliiim> de Sacroccsnre ;
Jolianne de Bellonionte; Henrico de Soliaco; et Ouillelmo de Chal-
vigniacD ; Petro de Roceyo ; Gaufredo de t^polla, el multis nliis.
Clal. dis aales de Louis VIII, n" 211.
N° XII.
« CARTA CIVIUM ASTENSIUM. ..
(âoùl 1!Ï51.
Ludovicus etc. NoUim etc. quod nos civibus Astensibus conceasimos
ul in civitale <>l siiburbio Parisius maneanl, ab inslanli festu omnium
Sancturum u»qiie adquinque annoscoinpietus; ilaqniidsi uniiaeurum
' maiieat |wr se tn iina dumo, reddct nobiï annualim t mlidus ; si dno
manuaiit domini capitariei in una doniu, c Milidos reddcnt; si 1res
copitanei in unadomo maiieanl, vti libras et dtmidiam reddent; el si
pluresin eadem domo manerenl, pluaredderentadrationempredictam.
Xec ampliu» reddeiil pro tallia vel demanda. Hec aiilem pecunia
nobis reddelur annualim in Test» omaium Saiicturutn, uaque ad quin-
quienntmn ; et erit primus terminus solutionîs ab instant! festoojii ni um
Sauctonim in unum annum. Kl sdeudum quod dves predicti el res
eorum universe habebunlsalvuin iru el salvum redire per totam lerram
1 . Corr, : poier
522 PIÈCES JUSTIFICATIVES. XIII.
noslrom iisque ad quinquiennium, sicul aliï biir^ii.ses et merfâlor»
niistri. Qtiod si conlin^eret eos vel uliquem eorum aliqiiid furlafu'im
nlicui, dpbitam justiciam possemu* e\ert:ere siiper indeEartnn-m, J
sicul super alios burgenses et merc^toros noslros ; pprpositiis
nosler Parisiensis non capiet eos Dec miUcI in prisonnm cpianiilHtI
parati sint compeLenLem tiare securitatem do stando juri; n^crqtnal
wrum rapiiït nisi pni spccialt négocia domiuî régis. Vadia i
dîclîs civibus invadiabiintur vel jain sunl invadiala. poleninl ips 1
cives vondere i\ votuerint, sine Dccasione, pnst anniim elapmm
teni)H>re tnvadiutionis. dnm tamen per pre[iosilum no^lnim retfui^e- 1
rinl dchJtoreK suos laicos du vadii!< nuis lydimendis, et r.onstili>riI âtm
snno elap-io posi in vadia tionein foclain. Actiiui Vicenis, aono Dnmiall
M''CC'>XXV", mense niipusto.
Calai, des ticU-s dp Louis Vlll. i
RECETTES ET DÉPENSES D'I'N TERME DE 1226.
[I. — Recepla Parisiensis,]
LX I. de boscû de
Mandeken boscx) de Rohot xxxrv I. —
Item di! Herbert de Aincort u I.
Adam de Milli [L]ens txiccxL 1. — De bii(v«"'
sibits Duaci ce 1. — De reddîtibtis Duaci «t Eicltut
Lxxxs\-ni I. XV d. — De explelis batlie. .... uiia kamint
de LenscxL I,
Balliviia Hedini de bnrgcnsibus Hedini ce 1. — De ballivo Hodini dt
veteri lxv I. xn d. — De consergio Hedini de veteri vt I. xni s.
De bo9C« Hedini gclxvi l. xin s. iv d, — De veteri sepe venda Vil L
XV 8.
Johannes de Frican de rachalo Auberi de Alhiis xx 1. — D* rarbaUf
Caiiteri deHanecort xvii 1. — Derachalo OilonisTrossel xxi I. — ûi
burgcn^ihiiN Abbatisrille t: 1. — De procuratione Sancti Iticherïi L
— De boBCo Ponlivi ccccxsxiii I. vi s. vni d. — De rachalo ilugonît
de Auxi et Andrée de Bareslangs xiii 1. — De tilUis Pontivî xxxm 1.
VI s. vin d. — De bosco de Serquemont xii I. — De vivarii» de Ro»
Lxxx I. i.xvi s. vin d. — De redditibus Ponlivi dci.xxx I. vu s. — Dk
explelis bailie cri.xx I. — De vivario Alhiarum vi 1. xiii s. iv 4.
Gnillclmus de Chasleller^ de debilo Pétri Dartdel es. — De pnik
Verhrie c s, — De vivario de Ooiliolii* es. — De fumagio Cnmpentf
c s. — Demariscis Verbrie cxis. — De censu de Cuiereres xilli-xvik.
— De arcbiepiscopo Bemensi m I. — De Guillelmo Fursei pro qirit«ncik
Bororie sue a I. et pro dregorio de Perona cl. — De servîentibol
Brueriarum cl, — De aqua Pcrilalis vi I. sin s. iv d. — De leiW
PIECES JCSTIHCATIVKS. XIll.
523
pi de Monlibus ix I. x s. — De abbate Compendii ce l. — De Johanne
sart CGcxxxitt I. VI s. viti d. — Do comité Blesensi pro laudc fcodi
i de Bernoy lix I. — De gislo de Vi super Esnam c 1. — De
Resto ijcaxc 1, — De bosco Ciiisie dcclxxx I. lxvi s. viii d.
- D« biisri) niuniolium de Coloigtianciis xxsvi 1, — De vinagio et
Ifalliiiis Laudimi lviii 1. v s. ~ De servidis bosconim Calniad lx 1.
VI s. — De morluis maiiibua LaudunI xxviii 1. el ix s. — De mortuLs
nianibii!' de Silvanecto xxvii 1. — De vivariis de Tanahel el de Hex
XL s. — Dp medictale bladorum communie Crisplaci xv 1, x a, — De
medielate bladorum molendinariorum lxiv 1. el x s. — De vinagio
B«ttifiiiici XXVI I, V s. — Item de terra Peiri de Montibus viii 1.
Guillelmuïi de Villa Terrici de terra Pétri de Bercberiin xxxii 1. x s.
— De terra Balduini deLehuii xiii I, vi s. viii d. — De terra polorum
Pariaci es. — De terra magistri Ivonis xxni 1. vi s. viii d. — De ca-
piluio Comotensi ctx: I. — De rachato fratris Pelrî de Marines l I. —
De rarhato domine Gisorcii Lxvr 1, xiii s. iv d. — De herede de Bo-
cunvillers x I. — De sorore Johannis de Poiz xtii I. vi s. viii d. — De
gislo Spedone 1. 1. — De gisto episcopi Carnoteiisia ci I. — De bosro de
Citit Lixx 1. Lxvi s. VIII (i. — De Dianesilva [viii'] vi I. xm a. iv d. —
De paanagio Vernonis xxs I. — De lerra de Guarenceriis iv 1. — De
emenda cujusdam hominis de Arthie xx 1. — De pasnagio Pacïaci xii I.
— De Villers in Dienesilva xiv I.
Tlecelinus de Iferra] eastellani de Gailion cclxxxxiii 1. vi s. vm d.
De Giiilleimo Escuacol de explelis Pissiaci vm I.
Adam lleran de maiorîa de Cliaslellers xx a. — De tribu» juslicii:!
I Béate Marie de Corbolio xxi s. — De bosco Vallis Mauri el de Baaiai
^Hp 1. — De Btagno de Chastellers lx s. — De explelis xx I.
^H^ Guillelmus Menerii de Jaquelino Chanlel xx I. — De abbale l^aneti
^BBenedJcLi pro servienlibiis CXL 1. — De residuo gisli domini régis xx I-
^^ — Du racbalo Ade de Valle Greignosa xxn I. el x s. ^ De servientibua
Stampanim ccc 1. — De bosco Aurclianensi mclxxv I, — De bosco
Curie Dei cxv I. — De vetertbus debitis Judeonim de Lignaiis xx 1.
Stephanus de AltoviDari de Hugone Egert xx I. — De halitt Samcsii
XV I. — De vendesiis Sameaii xxxv [. — De aqua Montis Argi xx 1. —
De bosco Poocerie ccccxxxiii 1. vi s. vin d. — De bosco Bierie viii*
XLvni I. VI a. vni d. — De furesla de Giemu L I. — De bosco de Othe
»CŒX 1. el c s.
Galeranus de Escreniis de Guillelmo milite c I.
PelruB de Roceio de hiirgensibus Bitiiris d 1. — De foresia Bitiiri-
censi CLX 1. et l s, — De terra Guidonis de Corguiili'rai vi I. vin g. —
De gallinis c». — De cxpletis ballie sue L 1.
Gaufridus de llapetla de bosco de Lyons cccxxv I. — De bosco ver-
sato ibidem lI. — De Ridonacccxxx 1,
^L Pctrus Baro de terra Guillelmi Vigilii et aliarurn parrium xxi 1.
^K Tbebodus de Camotis' de burgensibus Sancli Audomari ccc I. —
H 1. Le
. Le texte porte : de Carnotm.
524 PrfeCES JUSTIFICATIVES. XIII.
De Ivone munerio de Hedino lxvii 1. et x s. — De senoscalcia abbatis
Musterolii x I. — De gisto Corbie [c] 1. — De Petro Tosquin pro veleri
cera lv 1. — De abbate Fiscannensi clx 1. — De sigillo glx I. — De
Gamcro de Prato d I. — Item de Galerano de Escreniis. — De avenis
Biirgi Novi vu 1. iv s. — De terra Odonis cainbellani es. — De fore-
faclis boscorum Dordani l s.
Sumina xxviii" ii*" xxxiii 1. xi s. viii d.
Prepositure [xiii"] gggglvi 1. xm s. et iv d.
II. — R[eceplaJ Turonensis.
Guillelmns de Villa Terrici. De terra Gilonis de Plesseio xc I. — De
foresta Ebroicensi ce l. — De ballo terre Alexandri de Vallibus x 1. —
De relcveio hoininis Pelri de Turnella xv I. — De emendis foresle
Ebroicensis c s.
Baldoinus de Danemois de compotis d 1.
Renardus de Villa Terrici de coinjwto dlxxiv 1. viii s.
Bfartholonieus] Droconis de compotis cccxi I. xiv s. — De pessona
Drilolii lxxx I. — De preposilura de Lire, de Rubles et de Gloz cxxxi
1. XIII s. IV d. — De terra Rogeri do Bremecort xx 1. iv s. iv d. — De
prepositura Britolii ci. 1. — De tallii?* de Alencone, Britolii et aliarum
villarum clxxx 1. cxii s. — De bladis ot avenis ballie xlix 1. x s.
Johaniies de Porta de coiiipolis dI. — De bosco do Oixol cclxx 1. —
De foresta Bolliiiiontis lxvii 1. x s. — De foresta de Londa ccl 1
Gaiifridus de Capella de compotis d 1. — De pasnagio foreste de
Gauhiz lxiii 1. vi s. viii d. — De pasnajLrio do Lyons ce. et xiii 1.
XVI f s.
Terriens de Gallardone de compotis x 1.
Smnma iv'"CLXXXXvii I. Valent iii^'cccLvii 1. et dimidia.
Summa Jiidoorum viii'» vflxxx 1. xli s.
Totalis smnma rocrpto lui"" virxxix 1. ol xiv s.
[III. — Kxpensaj.
Itinora xi'"lxxiv 1. ix s.
Doua, hornosia vii"' i>lvi 1. vu s.
Ivjui, roiirini xi* lxxx 1. liv s.
nalistaiii, sorvientos xvi** lxxxmii I. xviii s.
(]omos Campanio iv"' 1.
Marchio tunes nove iv™ix*^[v 1. xiii s.
Cu'^todes forestarum cgxl 1. xxxvi s.
PIÈCES JUSTIFICATIVES. XIII. 525
Expensa prepositorum et ballivorum m" ixclxxviii 1. ix s. et dimi-
dUlum.
Regina xvnicui 1. xin s. iv d.
Cornes Bolonie m 1.
Summa xxxvii™ivclxxx1. Restant xvi'nccxux 1. xiv s.
Restant per totum cxxiii™ix<^ 1. xxiv s. minus.
Bib. Nat., Fonds latin /2» 9017, f«* i et 2.
ADDITIONS ET CORRECTIONS
P. xxxviit, ligne i4, Pre.^sutti. C'est la véritable forme de ce
nom; c'est donc à tort que nous avons écrit dans toutes nos notes:
Pressuti.
P. XLH, ligne t2, The history ond antiquités, lisez: The histovy and
anti(/uities.
P. 7, note 1, ligne iî, Teulet, I, 218, lisez: Teulet, n« 578.
P. 21, note i, ligne IG, Lenain dy Tillemont, Usez: Le Nain de
Tillemont.
P. 23, note. Nous n'avons pas cru devoir citer l'ouvrage de l'abbé
Douais.
I*. 30, ligne 29, comte de Boulogne, lisez: comté de Boulogne.
P. 4;», lignes 30-31, le fameux Bertrand de Boni, Usez: Bertran de
Boni le lils.
P. i7, ligne 28, et p. 48, ligne 3, Vouvent, lisez: Vonvant.
P. .'i5, titre courant, L'A.NiiLETKnRE au début du xii« siècle, lisez:
L Angletehre au début du xin' siècle.
— ligne 33. qu'on a accordé, lisez: qu'on a accordée.
P. 07, note 2, ligne 2, 2« sér. Il, lisez: 2*^ sér., H.
P. 84, note 3, ligne 3, remit la couronne, lisez: ait remis la cou-
ronne.
P. 85, lignes 2-3, au nom de sa f^mme Aliéner, lisez : au nom de
.sa mère Aliéner.
P. 88, lignes 8-9, l'acquiescement des ducs de Bar, de Nevers, de
Brabant, des comtes de Bretagne et de Saint-Pol, Usez: l'acquiesce-
ment des ducs de Bar et de Brabant, des comtes de Nevers, de Bre-
tagne et de Saint-Pol.
P. 90, ligne 21, « Angleterre, ce champ. Usez: Angleterre, « ce
champ.
P. 102, ligne 2. Le comte d'Essex dont il s'agit ici n'est pasGeofTroi
de Mandeville, tué dans un tournoi avaîit l'arrivée de Louis, mais
son frère (iuillaume de Mandeville^qui lui succéda dans son titre.
P. 100, lignes 3-5. Il faut corriger ainsi cette citation, d'après
l'édition que vient de donner M. Paul Mcyer:
Or fait bien isi a saveir,
Quant li reis n'out plus de l'aveir,
Qu'ove lui remist poi de gent.
P. 147, ligne 28, pour la quatrième fois, lisez: pour la troisième
fois.
P. 149, ligne 23, Hertford, lisez: Hereford.
P. loi, ligne 29, lisez: La veïst l'en granz coups ferir.
P. 152, ligne 24, lisez: Qu'il cuidérent que li Duisson.
P. 100, ligne 31, lisez: Donques aidera il as suens.
528 ADDITIONS ET CORRECTIONS
P. ni, ligne 9, lisez: Gara grant peine s'acordérent.
P. 179, ligne 7, quatre sièges, Ihez: trois sièges.
P. 484, ligne 1, lisez: Philippe-Auguste ne dirigea point de croisade
en Albigeois. Son activité, etc..
P. 198, lignes 9-10, CentuUe, liiez: Centule.
P. 1^05, lignes 22 à 28 et nolo 3. Nous aurions dû ajouter que Loui>
de France eut cependant à s occuper tle l'administration de ces six
prévôtés. Nous retrouvons dans nos notes un acte de Louis, qui nous
avail échappé pendant la rédaction de ce chapitre, et qui ne laisse
aucun doute à cel égard: en 1212, Louis mande à « tous les fore>-
tiers » de laisser h^s moines de la ('our-I)ieu jouir des droits d'u>atîe
que leur confèrent les chartes de Phil.-Aug. et des évèrpies d'Orléans.
Au cas où l'on surprendrait les moines oulrepassiint leui-s droite, il
fait au.x tbrestiers la recommandati<)n suivante, qui nous nit»nlre des
ofticiers rendant Justice au mnn dt; Louis de France dans rorléanais:
« Vadimonia eoruin perehenniter capta us(|ue ad assisiam n'credatis
etibi diiMu assigm-tis, quia volumus quod emendatio et justitia quî»*
nunc deheret lieri liât pcr assisores iiosfros, non per foresiaiios, et eis
emenda reddalur (juihus débet n'ddi Lt volumus quod ballivi
nostri et aasisoves hivc fackint teneri. » (Jarry, Hist. tic la Cour-DUa,
p. 192, d'après le (iartuUire de la Cour-Dieu aux Archives ilu Loiret.
Nous empruîitons l'édition plus correcte que donne Du Cange, au mot
Assisor.)
P. 210, note 1, ligne 7, lis^: Vovez plus loin, Deiuième partie.
p. 333.
P. 235, ligne 18, les évèques de Senlis et de Sens, Usez: Tévèque de
Sentis et Tarchevèque de Sens.
P. 236, note 3, lignes 7-8, dans les deux registres E et F, list^z: <lans
le registre K.
P. 240, ligne 10, Mervant, lisez: Mervent.
P. 207, noie 2, ligne ii, Iiif>. Er. TA., LVl, lisrz: H'ih. E. Ch., LIV.
P. 2711, li^'ne 2V, «rmile (bî Tliouars, lisi'z: vicomh' d.» Tlh»n,n<.
P. 27 1, li;:iic 10, b\^ évè(jnes d'Aix «'I de Hazjis, H<tz: !•■> ••\»'iju;'>
(b' Dax f'I (le liazas.
P. 2S3, ligm* 'i:\, li>rz: Les i>()S>('sst;ur> du comté d<' Tniilnu^.*. .1.^
vi«*onih''> (b' n«''/ifrs et <b' ('.irras^oimc
I*. 207, li^'iie i h, (iuillaumt' Pierre cb* Viniron, Hs<z: iinill luii.'^
l*i<Mr«^(b' Vinirou. — Lignes 17-lS, Herlraiid ib* (ioindon, li^rz: \li-
lian «le (ioiirdoii.
P. .Ml, li;.MH'S 0-7, de Uogtir d'Aspet. du seigneur <le Sauve, «le
Herlraii Jourdain, lisez: de lbjf:«*r d'AsjM'l, de P»m nard «le r.Miiiiiiiiij:.-.
de Hcrtraii Joui'dain.
P. XVA, noie 1 <b^ la j). X\2, ligne 1, recouvrira. //se;; r»'cou\rtM;i.
P. :VMK lign»' 12. xii"' siècle, H>rz: xin'" siècle.
P. ;î'i.'1, n<»te 4. lisrz simplrinml : Ass. n" V.
P. 3.7'.», ligiM's 2 cl <uiv. Ce i>assa^'e «"sl mal rédigr. Il rsl «lair qu»-.
selon la (b'Iiiiilion même du domaine royal donnée «lans la paL'»'
prccétb'Mt»', bî «-omir; de la Mardi»' ne liguia point dans le domain»'.
Nous avons voulu dire (junne pailie du Poitou fut annexé'' au
domaine de Louis Mil, et (jne le resttî tomba dans sa niou\an'0
directe.
P. 301, note 2, ligne 1, Jean de Friscamps, lisez: Jcaii de Fricanip-.
P. 300, ligne 24, Pifcrefonl, lisrz: Piei rtdonds.
— ligne 28, et j). 4i0, c»d. 2, ligne .">. lienaud <le Haron. ba
foime laliiKî est iienalihis de Hrnmna. L'identilication que nou«- avi>n>
adopl«''c à la légèie est inadmissible. Uerouna doit s«» tiaduire par
Bronne. Voy. Lon^Mion, hirt. titpuijr. de la Marne.
P. 407, ligne 8, Thérouanne, /ibcz .• Térouanne. — Note 3, lignes
ADDITIONS ET CORRECTIONS 529
2-3, les archevêques de Bourges et de Chartres et l'évêque d'Orléans,
lisez: Varchevêque de Bourges. les évêauesde Chartres et d'Orléans.
P. 426, ligne 23, fiautier, 7isez : Gaucher.
P. 445, col. J, ligne 21, (57, 97, 225), Huez: (57, 97, 235).
P. 4'i6, col. 1, ligne 28, (lUillaumc Fursci, Usez: Guillaume Fursi.
P. 447, col. 1, ligne 10, et p. 448, col. 1, ligue 24. Baoul, vicomte
de Beaumont, et Uaoul, vicomte de Sainte-Suzanne, ne sont qu'un
même personnage.
P. 484, no 256, Ypres, Visez : Ypre.
P. 486, n<» 273, Vincenes. (Vicennis), lisez: Vincennes. (Vicenis).
P. 499, n^ 379, Bellencourt, lisez: Bellancourt.
Ch. Petit-Dl'taillis. Règnr de Louis Vlïl, 34
TABLE DES NOMS*
Abbevillk, 223, 377, 438, 522.
Adam de Beaumont, 120, 146, 239,
4'i7
Adam IIarens. 447.
Adam Héron, 446, 523.
Adam, chambellan de Louis VIII, 445.
Adam, cuisinier de Louis VIII, n° 252.
Adam, vicomte de Melun, 44. 49 note2,
88, 98, 116-118, 146, 191. 511;
no 188.
Adam de Meulan, 447.
Adam de Milli, 318, 348, 365. 446,
522; no 195.
Adam « Salie.ns in bonum », n*> 189.
Adam de Vauguicneuse, 523.
Adémar II DE Poitiers, comte de
Valcnlinois, 195.
Adorel (Abbé d ), 323; n» 323.
AÉLis, femme de Nevclon le Maréchal,
515.
Agathe de Pierrefond8, n^ 39.
Agde (Thédise. évoque d'), 282 ; n<> 60.
Agen, 23, 279, 298, 318.
Agenais, 198.
AcNFis DE Beau JEU. 394.
Agnès, ex -vicomtesse de Béziers, 319 ;
n" 429.
Agnî-is, fille d'Hervé de Donzi, 97, 98
note 1, 394.
Agnî-:s, vicomtesse de Lautrcc, 319 ;
no 441.
Agnès de Méranie, 6, 14, 333.
A1.MKR1 DE Chaource, n" 147.
Aimeri de Clermont, J89 note 1.
Almeri, vicomte de Narbonnc, 192.
A1.MER1, vicomte de Thoiiars, 50, 51,
229, 233, 239 à 241 , 263, 273, 288,
369, 403, 443; n"- 20, 133, 134,
264, 302, 360.
Aincourt (Forêt d*,enSeine-et-0i8e),
n» 224.
Aire, 17 à 21, 40, 44. 210, 211. 213.
— (Chapitre d ), 215.
Aix (Province d), 383.
1. Les chiiïres sont ceux des pages: les numéros sont ceux du Catalogue des Actes,
— On trouvera dans celte Table les noms des personnages et des lieux cites dans le
corps de noire ouvrage et dans les Appendices. Les noms des Pièces justificatives
figurent sous leur forme moderne, sauf quelques-uns que nous n'avons pu traduire.
Ne voulant point donner à cet index déjà long un développement dt^mesuré, nous n'avons
joint aux noms do lieux la d^ignation des régions auxquels ils appartiennent, que si
ces indications nous paraissaient absolument nécessaires, soit pour idonlitier un nom de
lieu difficile ou peu connu, soit pour éviter une confusion. Ainsi, comme on rencontre
dans le Dictionnaire des Postes deux petites localités appelées Annebccq, nous avons
désigné le département où nous croyons située la seigneurie de ce nom dont nous nous
sommes occupé ; mais, quand nous citons Abbeville sans autre mention, il est clair
que nous voulons parler du chef-lieu d'arrondissement de la Somme, et non point du
▼illage du mémo nom, situé en Seine-o(-Oise.
532
TABLE DES NOMS
Alain Martel, 235-236.
Alain de Rougi, n^ 1.
Alain, officiai de Rouen, 447.
Albi,23, 422, 441; n» 394. — (Gml-
laume, évêque d'), 314 et note 7,
322; no 389.
Albigeois, voy. 1>^ partie, chap. i,
p. 22-26, et chap. x; 2" partie, p.
234-235, et chap. iv et v; no^Sl, 82.
103, 313 à 317, 328, 357, 363, 364.
Aldbourne, 120.
Aleaume d'Amiens, 392; no 208.
Alençon , 438, 524 ; n» 193. —
(Comté d ), 220. 238. 361, 362 ;
n» 109. Voy. Robert III, comte d\
Alexandre II, roi d'Ecosse, 64, 90,
102, 105, 109, 112, 153, 159, 161,
171, 172.
Alexandre Offroi, 253.
Alexandre des Vaux, 524.
Alfonse IX, roi de Gastille, 6, 332
note 2, 437 ; n»» 445 à 453.
Alfonse de Poitiers, 327, 331, 359,
362.
Aliénor d'Aquitaine, 6, 437 ; n»' 148,
151.
Aliénor, sœur de Blanche de Gastille,
437.
Alié.nor, reine de Gastille, 6, 76, 8'*,
85, 437.
Aliénor, fille de GcoiTroi, 5, 84, 437.
Aliou (B. d ), no 323.
Alisai, 334.
Alix, reine de Chypre, 394-395.
Alix, veuve de Raoul d Exouduri, 396.
Alix de Vergi, duchesse de Bour-
gogne, 394, 426; n« 4.
Alle.magn£, 17, 28, 36. Voy. Fré-
déric II, Otton de Brunswick.
Amauri de Bi-NE ou DE Chartres,
4-5, 14.
Amauri de Ber.nai, 523.
A.MAURI Copeau, 304, 305.
A.MAURI de Graon, 47. 49. 239, 340.
368. 369. 3«5, 403. 426, 446 ;
no- G, 278. 302.
Amauri, comte de Montfort. 195à 19S,
234, 262, 279 à 282, 284. 286. 290,
291, 295, 320, 321, 337,340,350,
447; no- 60, 82. 176. 313. 403,
419, 421, 424.
Amicie, dame de Breteuil. no 44.
Amiénois, 220, 391.
Amiens, 392, 421; n« 208. 292-
(Bailliage d), 363 note 3. — (Doyen
d), 448. — (Évêques d). 391.
Ancenis, 48.
Anchin (Abbaye d). 215.
Andelis (Les), 6.
André de « Barestangs », 522.
André Galvet, 318.-
André de Ghauvigni, 6.
André Hardi, voy. Hardi.
Andresi, 440.
Anet, 329, 439. 440.
Angers, 48, 51. 368; no 6. — (GuU-
laume, évêque d'). 410 ; n* 32.
Angleterre, voy. surtout 1*^ partie,
chap. I. p. 26-28, et chap. ii à ix;
2" partie, chap. net m. Voy. Guil-
laume le Bâtard , Hen ri I . Etiesjje.
Henri II. Richard Cœur de Lio5.
Jean sans Terre, Henri III. roisd .
Angoumois, 50, 67, 359.
Anjou, 27, 51, 220. 222. 232. 263.
272, 277, 361, 362, 363, 370. 372.
518 ; no»85. 86, 26 'i. 286. 297. 360.
Voy. Guillau.%ie des Roches.
Amauri de Craon.
Annebecq (Seigneurie d', Orne). 509.
Anskau de Bouville, 447.
Ansou de Faiel. no il.
Antilli (Oise), n*» 56.
Aquitaine. 36. 196, 220, 226. 240,
272, 518 ; no 286. — Voy. Aliésor
d', Guillau.me, duc d\
Aragon, voy. Jalme, Pierre, roisd.
Archambaud de Bourbon, 15 note 1,
239, 295, 340, 352. 393, 395.
426.447; no» 3, 232. 232\.
Archambaud I, comte de Périeonl.
45, 226.
TABLE UES NOMS 533 ^M
\i.oii*t«B*i.D n. comte de Périgord.
AvsHi Lesaoe, n°55-
250. 353 ;n" 366.
AuBussoK (Viwmled-). 276, 403 noie
Abdms {SelgneurÎB d), 19-
3; n»382-
AHco.-«t.E(Forftd), 398-
AucB (Garcias, arcl.evêque d'), 199.
AucHi(-LE8-MoiHEs), 209 nolfi 4. —
d ), 16. 288, 299 l 301. 312, 327.
(Abbaye d ), 215.
432.
AuMAOBAC (Comtes d), 23.
AuMALB (Semo-Inf.. c, HeufclUlBl),
Arnaud de Blaxcafubt, 198.
334. 396- Voj, Gdilladhe. comled'.
AuRouL II. comle do Cuines, 21 oL
AuMÛi.E{.yibédel), 398,
nolo 1. 44, 49 noie 2. 97, 146, 197,
AunEAv. 441.
209.
AuKia, 28. 45, 46, 258. 263, 359 :
Abroll de Melvm. 447.
n" 267.
AkSOUI. 00tJDB!<ARDE. 197; o" 26B,
Auti.on-la-Pl*ine, n" 236-
AuQUSs (Pa«-.[e-C«UiO. 40,
Ai^ïEnoNE. 220. 267, 352. 362. 392-
AiiB*B. 17. 44. 95, 206, ÎIO î. 2U,
393, 411, 422. 440- Voj, Guil-
223, 290,438,440. — (\voi.é d').
laume VI, Glillalme VII. Gu.L-
ïoj. Dakiel, — (Cliàlelain d'), B9.
LALJME VIU, GUIMAUUE X. ROBERT
, m, RobebtIV, HobmtV. GuiII.
333, — (Raoul, éytV|uo d), 211.
comtes d Auvergne; PER^EI.LE de
— (Pona, évJquB d), 295, 308,
CnAHBO».
368,520-521; n- 240-
AvxEnns (Henri do ViUeacuvo, évèqu^
Ai.si(Forild). n"117.
d), 352, 379, 448: n" 221. 316,
ARTHiEa, 523.
317,328, — Voj, Pierre, comted-.
Auxo^ï.E (Comle d'), 294. 295.
b 22, 36. 40, 43-44, 97. 142, 146.
AïESSeB.LE-CoHTB, 361-
16'.olnolel,203à216,220,329-
AïiOBo.-., 195, 266, 277, 299 1 326.
330, 371. 443.
359, 440; n" 383. 385.
AjiTvn M BnETAcKE, 5, 10. 77 h 80,
84 note 3, 228 note 2,231,368,
379, 409: nM32, ^_
437.
AZA<-1,B-R[DEAU. ^^^^H
AHunou.. Voj. GuiLLAL'-'4E, comted'.
^^^^^M
AsniÈBEH-sun-OiBE, 41B, 419-420;
^^M
n"92.
^^M
AaTAiiAc. Voj, Centule. oomte d'.
Ami (Commerçanl.d'). 417-418, 521 ;
^^^H
n- 273,
Bauibb. panelier du LouJo VIII, 4't5; ^^^^|
Athies (Somme). 522.
n° ^H
Athies (Famille d), 338,364. Voj,
Bailleul (Nord), 43, ^H
AUBMI, Gui, IkouE o\
Bailleul-sl-b-Lesciie- (Voj. Donot ^H
AuBENAs (Ardfehe), n- 407.
dArcq, Recherelit». p, eiivi). ^H
AUBIGNI EN COTENTIN (Maiiclie, 0.
11" ^1
PéricrO. 361-
Bai-aume- 7 noie t. 17. 22.207,208, ^|
AiEif. PoTi», n"227.
212. 440. 515; a-' 219, 376, 377, ^1
Ausnt D Athies, 522.
Bah. Voj. Hekri IT. dix: de, ^1
AUBBI CLiMlWT. 338-
L
A
534
TABLE DES NOMS
Barcelone (Bérenger de Palou, évèque
de), 187.
BAR-im-Duc. Voy. HenriII, comte de.
Barron (Gard), n» 422.
Bakthélemi d'ARHAs, n<* 52.
Bartiiéi.emi Drouin, 446, 524.
Barthélemi de Roie, 208, 221, 239.
336, 337, 370, 412, 445, 515, 521;
n"^ 405. 460.
Bastide-d'Engras (La), n® 422.
Bath (Jocelin Troteman, cvêque de),
122, 149, 514.
« Baudacus » DE Montpellier, n°442.
Baudouin (Faux), 259, 261, 266-267,
273, 288, 396 à 399, 443; no» 248.
256.
.Baudouin de B.vrastre, 515.
Baudouin V, comte de Hainaut, puis
comte de Flandre, 3, 17, 18.
Baudouin IX, comte do Flandre, puis
empereur de Constantinople, 18,
19, 259, 396.
Baudouin de Beaurevoir, 447.
Baudouin de Gorbeil, 370, 447 ; n*>
87.
Baudouin de Danemois, 446, 524.
Baudouin de Liiius, 523.
Baudouin de Pontoise, n" 18.
Baudouin de Villeneuve, n'^ 172.
Bai GÉ, 368 ; n" 6.
Baviîire. Voy. Louis I, duc do.
Bayonne, 100, 244.
Bazacle (Pont du — , à Toulouse). 200.
BazAs, 250, 260. —(Arnaud de Pins,
cvùque de). 250, 260, 274.
Baziî-ge (Bataille de), 198.
Béarn (Vicomtes de), 23.
Béatrix, comtesse de Ghàlon-sur-
Saôno. 39'i, 408; n^'^ 8, 13, 14.
Béatrix, comtesse do Guinos, 21 note 1 .
Beaucaire, 302, 309, 311, 316, 318.
319, 369.
Beaufort-en- Vallée, 48, 51, 361,
362, 372, 509 ; n^^ 188, 332.
Beaujeu. Voy. ÀGNiis, Guichard.
Humbert, Sibylle de.
Beaulieu (Abbé de), 73 note 6.
Beaumetz (Châtelain de), 90.
Beaumont. Voy. Adam, Guillaume,
Jean, Raoul de.
Beaumont-le-Roger, 439.
Beau.mont-sur-Oise, 204, 420; n<»91.
— (Forêt de). 525. — (Comté de).
204, 220, 362 ; n<» 206. Voy. Jeak,
comte de — , Thibaud de.
Beaurains (Oise), n*» 367.
Beauvais, 330. 378, 422, 438. UO.
no 127. — (Philippe, évêque de).
190. (Milon. évêque de). 239. 266,
340, 345, 398, 407, 428, 448; u^
10, 270, 316. 317, 343.
Bec (Abbaye du), n" 126.
Bedford, 246, 249.
Bellancourt, n» 379.
Bellesme, 360 note 1.
Belloc (Abbé de), 323.
Bellozanne (Abbaye de), n*»» 279.
280, 281.
Belpech (Aude), 315, 440.
Ber. de Florian, n® 417.
Bérenger de Puiserguier. 297 ; n"
347.
BÉRENoiiRE, nièce de Blanche de Ca?-
tillc, 334.
BÉKENGiiRE, reine de Léon, 85, 332
note 2, 360, 437.
Bergerac, 260. 262, 359. Voy. Uelie
RiDEL, seigneur de.
Berkiiampstead, 120. 139.
Bernard de (îomminges, n° 410.
Voy. les Additions et corrections
de la p. 31 1.
Bernard IV, comte de Comrainges.
188. 198. 313.
Bernard V, comte de Commingcs.
313, 314; nos 404, 'il8.
Bernard Oton, seigneur de Laurac.
297 ; no 363.
Bernard Pelet. 313 ; n» 391.
Berri, 6, 370 ; no 297.
Berruier de Borron, 370, 446 : n«
372.
^^^^ TABLE DES NOMS 535 |
^msiiTii*!. j>x Bonn le Rit. 27. 45.
BoucHAEt. BE Mabli. 295, 325. 340.
^nxHTn*N DB GouRDON. 297 ; n- 3Z5.
391, 447; n" 121. 136. 369, 370,
^^ BeHTRAH JouKD*is, 314 ; n" 415.
371.
B[Ei.Tn»t. :■] JouHDW!.. wigncor de
BouLocni. 97— (Mairede), 165, —
n.le-cn-Jourdam.200, 314; n- 416.
(Goralé de), 17. IS, 36,37, 52. 165.
Behtii*m. légal du papo. 200 noie 4.
210. 333. 334, 362, 396. — Vov.
Bebw.ck, 90.
RENAUtl DE DaHMARTIN. PhIUPPE
Bes*7.con (Pro»[nco <le). 383.
HuREPEL. comtes de.
BÉTR.8.-ST-P.ERHE. 523
BouHBUK, Voy. Arcbamhaito. dire de.
■ Bètkuhe. 19, 106: »" 69. — (Avoué
BouRBuino (Abbaye de). 215.
■ de). 97. — Voy. Dap-iei . sei^eur
BoUBcEH. 236, 238, 276,289.290, 292,
■ d.
293, 295, 297. 299. 345,350, 368,
■ SixiiM., 25. 191 , 192. 297. 315, 316,
376, 379. 383, 395, 418, 422. 438
■ 319, 359, 410; n-35fi. 417. 42B, —
à 440, 443.444, 523 ; n<" 15, 211
■ (Vioonito.de), 23. Voj. Abkès. vi-
à 214. 285.— (Bailliage de), 363
■ comteiro de. Voj. le» Additions et
nolo 3. — {.ArchevèchÔ de), n» 171,
conetlions Ae la p. 283, — (Ber-
— (Simon de Sulli. archevêque de).
nard, évèque de). 282, 322; n" 60.
282, 283,407note3,448;n°'3t6,
BL*nCHEDECABTII.LB. 5 à9, 11, 35,
317. 437.
8^. 85, 163. 186. 187. 226, 326,
331, 332 iiolo 2. 362. 395. 402.
BuL-HGOGKE (Durhède). 88, 362, 394,
428 k 430. 437, 525 ; n- 219,
398, 411. Voy. EuDE, Hugue IV,
_ 258, 445. 446.
dues de, Alu de Vinci, duchnsc
^b Blanche de Navarre, comlcue de
de.- (Coralé do). 300.
■ Champagne. 88, 89. 203 i 205,
BoLECLEii. (Indre-et-Loire). 368.
■ 417.
BoovmEfi (Bataille do). 30. 45. 51. 52.
^KBunDi (Seine-et'OiM), 440.
54. 56, 186, 197, 207. 209. 211,
^■Blavoti;*», ract[on flamande. 41.
215, 259, 263, 323, 336, 337, 360,
H^ÀZOK (T. de), no 302.
396, 400.
■ BLCS,VOJ.G*UT.EHD'AvR«NE8,C0n.K.
BoïLET (Abb* de). 247. 249,
■ de.
BRABAi-roNs (Morcenairos), 67, 19S.
■ Bots-BERSARD (Pfls.do-Calais), 368.
305.
■ 443, 520-521 ; n> 240.
BRiHAST, Voy. Uebbi 1. duc de, ^^
BowcosiMUN. 11.205 nolo3; n'»174.
Braies (G. de), n" ^^^^1
189.
^^^^1
Boirtille-ia-St-Pèhe, 440
^BOLOGM. 301.
Bbebouillb, n" 242 a, ^H
^faatinBDiL(-SN- Valois), n"' 249,250,
Bresle (Oi*e), 440. ■
B 310. 312.
Bbitacsb. 10, 45. 47. 238. 270. 323, ■
^non-PuHT (Moines do), ti" 259.
400. 404; n" 85. - Voy, Geoftbqi, H
Gui DE TiiouARS, Pierre Mauqlehi:, ^H
■ 260, 275, 277, - (HÉlie, arobevêque
comtes de, ^H
^B de), 6. — (Guillaume Amaniou, ar-
BRETED.r. (Eure). 422. 439, 52'> ; n"> ■
■ ehevéquede), 141, 275.
86, 175. 225, 372. ^|
■toE ne M^TKA. 252 ; n" 155
Bheteuii. (Oiae). Vov. Aukhe. dame ^|
■Sosnii. 279.
^^^B
536
TABLE DES NOMS
Brienne. Voy. Eràrd de, Jean de.
Brioude, 352.
Bristol, 108. 122, 133, 512.
Bruges, 41. 404; n»« 170, 210.
Bruyères (Aisne, c. Fère-cn-Tarde-
nois ?). 439, 522.
Bu, no 228.
BuRÉ, n» 372.
Burguet(Lc — , Aisne, commune Clas-
tres), n» 39.
Bussi. n" 231.
Cadouin (Abbé de), 408 cl noie 1.
Caiiors (Guillaume de Cardaillac,
évêque et comte de), 408 ; n^ 78.
Calais, 43. 89, 92, 97, 99, 100, 146,
156. 164, 167.
Cambrai, 266 ; n** 268. — (Godefroi
de Fontaine, évêque de), 295, 408.
Cambridge, 109, 120, 139. — (Comté
de), 67. 91. 110.
Cantokbéry, 32, 100, 101, 105, 166,
168. — (Siège archiépiscopal de),
28. 61, 65. (Hubert, archevêque
de), 76. Voy. aussi Etienne de
liANGTON. — (Eglise de), n*^ 147.
Cauaman (Seigneur de). 200.
Cakcassonne, 2i, 25. 192. 280, 315,
316, 318. 322, 359, 4'i0 ; n'^'' 60.
87. 390, 398. 428. — (Gui. évêque
de), 186. 189. 191. —Voy. lUi-
MOND Trencavel II, couitc de.
Carcassonne (Dame), n" 87.
Carmsle. 6'i, 172. — (Gautier Mau-
clerc, évécpic de), 264. — ((Cha-
noines de), 17'i.
Carrouge (Orne, arr. Alençon), 509.
Ca^sel, 43. 399.
Castelnaldahi, 279, 315, jiO. —
(RaUilIc de). 185.
Castiele, n"s ii5, 4i6. Voy. Al-
fonseIX, Henri I. Ferdinand 111,
rois de ; Aliénor. Blanche de.
Castillon-du-Gard, no 422.
Castres, 314. 322. 323 ; o* 387. —
(Abbé de), 194. 323.
Catane (Traité de). 265, 266, 339.
Cathares. Voy. Albigeois.
Catherine, dame de Montferrand,
267 note 2. 393 ; n^ 205.
Caux (Pays de), n° 51.
Centule, comte d'Astarac, 198. 199.
Cercanceau (Abbaye de), 376 ; n»
119.
Chaalis, n^ 251. — (Abbaye de), n»
269.
Chalons-slr-Marme, 31, 439. —
(Guillaume, évêque de — >- et comte
du Perche), 271, 359, 417. 426,
448 ; n° 182.
Chalon-sur-Saône (Comtes de), 300.
Voy. Jean, Béatrix. — (Durand,
évêque de), n" 8.
a Chamberi », n*' 121.
Chamici. n» 217.
Champagne, 88-89, 204-205, 238.324,
394-395. Voy. Henri le Libéral.
Thibaud IH, Thibaud IV. comte>
de, Blanche de Navarre, comte>6i-
de.
(Iha.mptoceaux. 402 ; n" 173.
Chante AL (Loiret), n" 207.
Chapelle (Famille de La), 364. — Voj.
Gautier, Geoffroi, Oi rs de la
Chapelle, Ours de Bréci.
Chappes, 205 note 3.
Charité-sur-Loire (Ahbayc de La).
354; n"- 15, 130.
Charlemagne (Souvenirs et légende
de), 12. 13. 221. 350.
(Charles I\ , ctn[)ereur d Allemagne,
327.
Charles d'Anjou, 327. 332. 36:i
Charles IV, roi de France, 87 note 1.
Chaules de Lorraine. 12.
Charlevanne, n^ 121.
Chartres, 378, 438. — (Comte d«>).
411. Voy. Jean d Oisi, Isabelle
— (Gautier, évêque de). 283. 407
TABLE DES NOMS
537
note 3, 427, 448, 523 ; n^» 316,
317. __ (Notre-Dame de), 523 ; n»»
80. 253.
Ghateaudu?! . Voy. Geoffroi, vicomte
de.
Chateau-Go?(tier (Seigneur de), 360.
Chateau-Landon, 11. 205 note 3.
Ghateauroux, 6, 47. Voy. Guillaume
de Ghauvigni, seigneur de.
Ghatellerault, 407. Voy. Geoffroi
de Lusignan, vicomte de.
Ghatelliers (Les — , Loiret ?), 523.
Ghauni, 222. 438, 523 ; n" 379.
GUERTKEY, 171.
GUERVEUX. 240.
Ghestkr (Gonite de). V'oy. Hewouf
Blondeville. — (Gonnctable de).
Voy. JiîAN de Lassi.
Ghichester, 145. — (Richard le
Pauvre, évoque de), 122. — (Raoul,
évoque de), 270, 294.
Chino.n. 47, 49, 51. 56, 92, 97. 189.
263. 340, 361, 367. 368, 440, 443.
Ghizé. 238.
Ghoisi-au-Bac, n" 177.
Ghotard de Tiiiers, n^ 397.
GiiRÉTiEN (Frère), templier, 445.
GiNQ-PoRTs. 96 et note 1. 107. 113,
125. 137, 138. 141, 166, 168, 170.
175, 232, 235. 259, 275, 276. 520.
GÎTEAUX (Notre-Dame de), n" 428. —
(Abbé de). 25, 137, 140. 157.
Givrai (Vienne), 238.
Glair.marai8 (Abbaye de), 215.
Glairvaux (Gonrad. abbé de). Voy.
Go:(RAD.
Glément. Vov. AuRRi, Henri, Jean,
Robert.
Glérembaud de Solesmes, 306.
Gléri, n" 25.
Glermont, 'i41. — (Gonité de), 392.
— Voy. Dauphin ï, Glillau.me,
comtes de Glermont. Robert de
Glermont. — (Robert d'Auvergne,
évoque de), 407, 448.
Clermont-sur-Oise (Gomté de), 220,
333-334; n*» 44. Voy. Thibaud lb
Lépreux, comte de.
GloÎtre Saint-Benoît, n^ 334.
Glos-Bruneau (Procès du), 204.
(jOlchester, 91, 139.
(]ollinance (Religieuses de), 523.
(Pologne. Voy. Engildert. archevêque
de.
G0.MMINGES (Gomté et comtes de), 23.
185. Voy. Bernard IV, Bernard V,
comtes de.
Go.MPikGNE, 11,71.207.233.329.438
à 440. 522; 11" 177. — (Abbé de St-
Gorneillc de), 383 note 5, 523. —
(Foret de). Voy. Guise.
Goxciii (Pas-de-Galais), 212.
Go N flans, 439.
GoNON DE Béthune, n" 217.
GoNRAD, chancelier de Frédéric II, 31.
GoNRAD. abbé de Glairvaux. puis évoque
de Porto et légat, 137, 140, 157,
264. 281, 282, 284, 286. 287;
no 103.
GoNRAD, abbé de Prémontré. Voy.
Prémontré.
Gonstantin, bourgeois do Londres,
233 note 5.
GONSTANTINOPLE. Voy. BaUDOUIN IX,
Robert de Gourtenai, empereurs
de.
GoRBEiL (Prévôt de), 412; n« 69. —
(Hôpital de), n« 131. — (Notre-
Dame de). 523.
GoRBiE. 223. 337, 366, 378, 412, 421,
440; n"»288. 405. — (Abbé de),
340. 354, 411. 448; 11° 405.
GORBREUSE. n'» 29.
GORFE, 108.
GoRMERi (Abbaye de), 348, 442 ;
II"" 16, 284.
GoRNOUAILLE, 112.
GoTENTiN (Terre de), 333-334.
Gouci. Voy. Enguerran, Robert,
T1IO.MA8 DE.
GouR-DiEu (La), 523. — (Abbaye de),
376, 380; n"» 70, 70 a, 174.
538
TABLE DES NOMS
GouRTEtvA.1. Voy. Philippe, Pierre,
Robert de.
GouRTEKçoN (Aîsiie), n<* 24.
GoURTRAI, 42.
CouTANCEs (Hugue (le Morville, évêque
de), 409; n" 132. — (Doyen et
chapitre de), n» 178.
Couture (Abbc de La). 509.
CoYOLLES, 522.
Craon (Famille de), 861. Voy. Amauri
DE Craon.
Craonne, 439.
Crespi-en-Valois, 421, 523: n«» 56,
93, 94.
Criquetot (Eure), n" 239.
Crocq (Creuse), 393; n» 327.
Croth (Bois de), 523.
Croylamd (Abbaye de), 124.
Cruie (Bois de — , qui dépondait de
la forêt de St-Germain), n»» 194.
369 à 371.
« Guiereres » (Peut-être Cuillère,
dans lOise). 522.
Cuise (Forêtde — , ou de Compiègne).
376, 523; n-^ 179.
Cu.viberland (Comté de), 62.
Dammartin (Comté de — , en Seine-
et-Marne). 333-33'i. Voy. Renaud
de.
Damme, port flamand, 'il, 44, '*6.
Damei., avoué d Arras et seigneur de
Bélhune. 342. 368, 4'i2; n»"^ 88, 89.
Daui»iiin I, comte de Clermonl, 267
note 2. 268. 392, 393, 518.
Daipih.né, 300, 301.
David, comte de Huntingdon. 60, 91 .
Dax (Galard de Salies, évêque de).
274. Voy. les Additions et correct.
de la p. 274.
Denis, vicomte, 4'f7.
Derby. Vov. Guill. de Ferricres. comte
de.
Désœuvré (Forêt de — , dans I Eure).
376, 523.
Devize, 108.
DsvoIfSHIRE, 112.
DiAz(P.). no 451.
Dieppe, 258.
DlEUDOIlNÉ DB BraI, Ti** 339.
Domfront (Comté de — , dans rOmc),
333-334.
DoMPiERRE (Gharente-Inf.). 243. 439.
DORSETSHIRE, 108, 112.
Douai, 20 note 2. 42, 223, 363 note 3,
377, 397. 400-401, 421. 438. 522;
n» 49.
doullens, 361.
Dourdan, 366, 524.
Douvres, 66, 96 note 1, 100. ICI,
105, 107 à 110, 128, 146 à US,
156, 165, 178, 179.
Draveil, n*> 87.
Dreu de Mello, connétable de Phi-
lippe-Auguste, 208, 337.
Dreu de Mello, familier de Louis VIII,
239, 426, 447; n«« 16, 284.
Dreu de St-Ger.main, n^ 130a.
Dreux. Voy. Robert II, Robert III.
comtes de.
Dublin, 63. — (Henri de Londres.
archevêque de), 143.
DuN-LE-Roi, 418, 422; no» 211. 213.
215.
DUNSTAPLE, 148.
DuNwicH, 174.
DuRiiAM (Comté de), 90. — (llujfruc
de Puiset. évêque de). 76. — Vov.
aussi Richard de Marais.
E
Ecluse (L' — . Nord, a. Douai). 363
note 3. 397, 400. 522.
Ecosse. Vov. Alexandre II, Glil-
LAUME, rois d'.
Er.QUETOT. n« 239.
EcRosNEs, n° 136.
TABLE DES NOMS
539
Edouard le Go:*{fesseur, 87 note 1.
Edouard 1, 8'i noie 3.
Edouard lil, 87 note 1, 182.
Elisabeth, comtesse de St-Pol, 209.
Ely. 107, 145. — (Euslache. évêque
d). 30. — (Jean, évéque d), 233.
— (Robert d'York, élu au siège d),
122 et note 3, 134.
E.MANS OU Es.MANS, 439.
Embrun (Province d'), 383.
Emmeline, héritière de Robert, n® 189.
ErtGiLBEKT, archevêque de Cologne.
264 à 266.
Eiir.UERRAN DE Couui, 98, 99, 145.
239, 295, 338, 340. 353. 371. 395.
426. 447; n« 43.
E.NGUERRAN, clianoino de Laon.n"217.
Enguerran du Saucei, 447.
Ei'Ô.NE, 378, 438, 523.
Erard deBrientie, 89, 104, 204, 205,
325.
Erme.naude, veuve d'Aubri Lesage,
n« 55.
Ermengards, femme de Pierre Tou-
quin, no 204.
Erme.ngarde , héritière do Robert.
no 189.
Espagne. 228, 298. — Voy. Aragon,
Gastille , Navarre , Barcelone .
Guillaume de Gervera.
Espacne-en-Ponthieu (Abbaye d'),
n" 31.
EsPEILLAC, 441.
E8SEx(Gomtéd') 90, 91, 107. 110, 113,
116, 128. Voy. Geoffroi et Guil-
LAU.ME de Mandeville, comtes d*.
ETA.MPE8. 379. 419, 523 ; n«» 199, 200.
202.
Etienne, roi d'Angleterre. 62, 68, 149.
Etienne de Bouconvilliers, n**« 336,
337. Gf. p. 523.
Etienne de Hautvilliers, 446, 523.
Etienne de Langton, archevêque de
Gantorbéry. 28. 30, 38, 61. 62. 69,
102, 115, 121, 232, 246, 248 note 1,
516.
Etienne, fils de Louis VIII, 332.
Etienne Lovet. 367.
Etienne de Lucy, 234, 270, 271.
Etienne, comte de Sancerre, 98, 295,
338, 339, 348, 404, 445. 521.
Etienne de Tournai, 4.
Etienne Trabe, 168. Gf. p. 169.
Etrun (Abbaye d'), 215.
Eu. Voy. Raoul d'Exoudun. comte d'.
Eu de. duc de Bourgogne, 88.
Eude le Ghambellan, 524.
EuDE Ferret, n" 98.
Eude Lecoq. 318, 321 ; n" 406.
ËuDE DE Praissac. n" 411.
Eude, seigneur de Tournon, 300.
Eustache de Grainville. n^ 338.
Eustache le Moine, 69, 98-99, 142,
159, 165. 167 à 169, 514.
Eustache de Neuville le Jeune, 348,
447.
Eustache de Vesci, 59, 70.
Eve, fille de Simon do Poissi, n^ 118.
Evrard de Brétigni, n^ 236 a.
Evrard, templier, 298, 339, 387. 447.
EvREux, 6, 361. — (Forêt d), 524.—
(Gomté d), n<>* 85, 86.
Exeter. 107. — (Simon de Pouillo,
évêque d). 122, 149.
P'ai (-aux-Loges), 11, 205 note 3.
Falaise, 379.
Farnham, 106. 145, 147.
Fauquet de Bréauté, 58, 66. 67,
91, 107, 122 à 125, 127, 131. 145,
147. 150. 151, 157, 175, 179. 224,
246. 247, 249, 257, 514.
Fécamp, 247. — (Abbé de), 524.
Fe.mmes converses, 375.
Fenouillet et Pierre-Pertuse (Vi-
comte de — , dans les Pyrénées-
Orientales). 298; n« 426.
Ferdinand III, roi de Gastille, 332
note 2.
540
TABLE DES NOMS
Ferentino (Congrès de), 234, 284.
Ferrand, comto de Flandre, 19 à 22,
36. 40 à 42, 44. 259. 323-324, 363
note 3, 382. 399 à 402; n»» 49.
100. 340 à 344.
Ferrera (G., comte de), no 453.
Ferrières (Abbaye de), 352; n» 129.
Ferté-Macé (La), 509.
Ferté (La — MiLON ?), 522.
Feuillans (Abbé de). 31'f. 322.
FicEAc (Abbé de), 320; n« 432.
Flamands (Mercenaires), 57, 58, 67,
305, 310.
Flandre, 16 à 22, 29, 36. 38, 41 à
43. 46, 47,52, 165, 210, 211,220,
223, 228, 238, 259. 323, 336, 352,
361, 382. 396 à 402. 411. Voy.
Thierri, Philippe d'Alsace, Bau-
douin, Ferrand, comtes, Mathilde
DE Portugal. Jeanne de Constan-
TiNOPi.E, comtesses de, Marguerite
DE, Hellin de Wavrin, sénéchal de.
Flaux, no 422.
Fleuri (-la-Rivikre), n^ 1.
Florent de Ha>gf.st, Vi7.
Florent le Riche. 176. 177, 213.
511-512.
FoiGM (Al)bayc do), n'» 183 a.
Foix. 193, 298. — (Comté cl comtes
do). 23, 185, 321. Voy. IUimond-
HoGKR. Uoc;kr-Bkr.nard 11, comtes
de.
Fontai.nebleai , 6, 207. 329, 376,
'j38. 439, 523.
Fo.ntai.ne-Jean (Abbaye do). tV 198.
Fontenai (-le-Comtk). 240.
Fontevr.vid (Abbaye de), n"^ 148.
278.
Fore/. Voy. Giigue IIl. Giigue V.
comtes do.
Foi:<:alt de Her/i. 199.
Foi(»i Esi:oiRT. 35 I. 35»).
Foi RRÉ, arclier du roi. n" 177.
Foix. n" 23G a.
rRKDLKIC I BviiRriiorssE, 29.
Kkkiu.kii:!!. 29. 31-32. 4'i. 20f. 23i.
248-249, 263 à 266, 284. 287, 299.
302, 312, 327, 517; n»» 184. 268,
385.
Frédéric d'Isembourg, 265.
Frontenai (-Rohan), 238, 242.
Frotard d'Olargues, 297; n® 348.
FURNB, 41.
Gagni, 509.
Gaillon, 6. — (Châtelain de), 523.
G ALAN DE (Seine-ct- Marne, commune
Réau). no 334.
Galeran, routier allemand, 139.
Galeran d'EscRENKEs, 446, 523, 524.
Galeran de « Gabertem », 447 ;
no 57.
Galeran d'Ivri, vicomto de Melun,
361 ; no 188.
Gallardon (Eure-et-Loir), no 136.
Galles (Pays de), Gallois. 32, 33.
63, 66, 110, 113. 121. 171-172.
Galon de Beccaria. cardinal légat.
74. 75. 85. 93 à 95, 97, 101 à lu'i,
113. 121. 123. 132, 133. 135, 140,
142. 144, 154. 160, 161, 172 à 175.
182, 271. 514, 515.
Gand. 41.
Garanciî-res (Eure), 523.
G.VRCIAS Okdonex de Roda, n" 452.
Garin (0), 297; n^ 351.
Garnier di. Pré ou des Prés, 52 i :
no 196.
Gascogne, 23. 67, 244. 250-251. 23^,
258 à 263, 272. 273, 278, 359 . n^
85.
Gatinais, 205.
G AVOUER DE CnATiLLON. comtc de Sl-
Pol. 20. 42, 88, 190. 199. 200 note
4.
209.
' (lAl CHER DE JoiGNI, 352, 404. l26.
447 : no 221.
Gai CHER DE Remilli. 447.
Gaicher i>e Thourotte, no 77
^^^^^^^^^ TABLE DES NOMS 541 H
^Ê GiUTtiK d'Auchi, h" 50.
Gerlach de Budixoek, 266. H
H G^UTiEn e'AvESNEB, comte de BloU,
Gervai^ de Hobruges, 61, 104-105, ^M
■ 239. 303, 395. 426. 417. 523 ; n"
^^^^H
■ 47. 48.
Gerv.ib de Joué, n"' 254, ^^^H
H GAUTIER Blcc, 127.
^^^M
H GlUTIKK DE LA ChAPELLE, 33S.
Gévauda:. (Vicomlé de). 319. ^^
H G»VTieKDBUHAiE,Brohevè<iuadYork.
GiEN (Bol. de), 376, 523.
■ Vo,. V„.oc.
Gilbert de Clare, 152.
■ Gautier de Hasec(ii;ii r, 522.
Gilbert DE Gaut, 64, 107, 128, 148,
H Gautiek, archidiacre de Hcreford. 61.
149, 150, 152.
^Ê Gai;tiekdbLciuppi, maréchal de Ubara-
Gilbert de St-Jacq^sh, n" 234.
W pagne, n' 456.
" Gautier de Nakteu;l. 4'é7 .
293.
Gautier de Nemours, 90 et note 2.
Gilles de Briouse. Voj. Hereford.
Gautjeb Otmoi. 253; n" 162.
(JiLLEB. clerc de Louis VllI, 447.
Gautier de Rinel, 447.
GillebdeMelur, 120 m" 335,
Gautier du Saucei, 447-
Gilles du Plesbi», 524.
Gautier de Vuhmizeele, 145 noie 3.
Gilles Troussel, 522,
GEOrFHoi d'Ahgenton, 341. 263; n"
Girard de la CnAMBHE, 253, .."153,
266.
GWAUD DE Barri, 114-115, 137,181,
404.
Gbofkoi. comte de BreUgne, 5. 84,
GisoRs, 310, 342. 367, 409, 438, 440.
437.
442, — (Bailliage do), 363 note 3,
Geuffroi de Bulli, 250, 262, 369,
366. - (Dame de), 523,
446.
GLANiion (Bois do), 396, 397.
GsOFFRor DE LA CuAPEI.I.e, 34g, 370,
Gl os -LA- Ferrie RE, 524.
446, 621, 523, 524.
Gloucestek, 132, 162,51'..— (Comli
Gboffeoi, vic«mto do Chàteaudun,
de), 108, 112, 138,
447,
GoBEBSE, n° 377,
Geoffroi de Crawcouhe, 234, 270,
Go^sALVE (P.)DB Haranob, D- 450,
271,
GoKSAuïE (A.) deObïaseia, n"449.
Geuffroi de Ferlakd, 113 note 1
G»!.SALÏ£ (H.) DE OllïANEiA, n" 447.
Geoitroi Fils-Pierre, 70,
GuNSALvs Pierre de MoLi.xk, n<' 446,
GaorrRor Haudi. Voy, Hardi,
GoROUE (La), 19.
G..UFFER!. (Forttdc), n- 216.
445 ; n- 190,
GoLi (Forfit de —, Seino- Inférieure),
GeoïrHoi de LuamsAM, vicomle de
^^^H
Chilellernult, 47, 237, 403 ; n-
Goulet (l'aii du), 6, ^^^^H
109, 302.
^^^H
Geoffroi de Maudetilui, comte dEs-
GRAi:.TiLLE(Fainillede), 355 ; n"3a8. ^^^H
sei. 60, 91.
Voj, EusTACBE et Robert de. , V
Geoffroi n de Miudreio «, W 17.
Grakdprié, Vdj. Hehri V, comle de. ^M
Geoffroi de Neïille, 244, 268, 518,
GBAMD-PuiTB(Seino-el-Mamo), n" 243. H
Geoffroi Rossel, 447.
Grasse (,XhU da 1.), 320, 333 ; n< ■
Gérard de Suttedreh, 91, 108.
■
Gërard la Ttt«.E, 98-
Gbavelike., 38, 41, 97, 213. ^^^M
542 TAJiLE DES NOMS ^^^^H
GmOOIRE DS PiHOKNE. 522.
Gi'iLLituHi D ApRKHonT. n" !58
Grwbbi, 120, 511.
GuiLi^DNB. duc d'AquïUine, n° 135.
GUBHET, 3^9.
GtlLLÀUME t. AMBEVtqt». 229. 347,
GuÉBin.âvèquedcSenliaenlZia.chan-
403 ; n- 302. 460.
celieren 1223, p. 43, 197, 208.215.
Guillaume, comle d Amndd, 64. 105.
221. 235. 239. 248. 295. 335-336.
157. 175.
337. 345, 354. 370. 406, 415, 521 ;
GitiLLAUNE. comte d'AuRiale, 64, VA.
n- 11. 130, 178, 18-, 217. 235,
114, 150, 225,
269, 270.316. 317.322.331.343.
460.
do ClorniDnl. 267 note 2.
GuiRip. H*ttDi. Voj. H*BDr,
Gi,iLLAt« VU. comte dAuvergM
GVEHNEBEI. 258.
puia de Ciermont, 267 et note !.
Gui dAthiis, 116,156. 208, 511.
268.
Gui 11. comlo d'AuvergDc, 267 noio
Guillaume VIU le Vieai. comte d'Au-
2. 268, 393.
vergne, 267 et note 2. 268.
Gdi de Chatillum. comle de SUPcd.
Gi-iLi.Au.ME \. romte d'Aumrgno. 267
98 note 1.209, 210,239.295.307.
noie 2. 268, 393. 5!8.
340. 3'.8. 404, 416. 447.521.
Guillaume de Baosiux. 864. J65.
GuidïCheïbiusk, n"367.
339, 354. 447.
Gui. filBdcCLotatddeThim.n-397,
Guillaume des Babrei. 43. 88. 16S.
Gui db Cuvbtguillerm, 523
417; n- 51. 56.
Gui de Dahpiebhe, 392.
GLiLLAtME LB Bâtard. SS. 63. 87 Ml*
Gui GjLionEL-H de Sens, o" 330.
1.88, 96. 101, 115,
Gui de Lévu, 337. 445.
Guillaume kg BBAL^MO^tT. 90. 174.
' ' Gui V. vicomte do Limogei, 227.
Guillaume Bernard ds MAMttB-
250. 359 ; n- 138.
rAVB. 314; n- 418.
Goi BS MÉRKViLW, 239, 348. '.47.
GuiLLAvn Berrahd »e Kaiac. 313 ;
Goi DB MosTroHT. 192. 271. 287.
n- 389.
291, 295, 298. 316; n- 314, 358.
Guillaume de Bhiousb. 77 note 2,
Gui DE Li Roche, 447.
Guillaume lb Brl's. olen: du ni.
Gui oESEBLrs, 208.515.
447-
Gui de Tuouibs. comte de Bretagne,
GUJLLAUHB DE CaBDAILUC. éltqUB it
11. 67.
comte de Cahan. V07. Cahom.
GmIVDEL*TouB.336.
GuiLtAUMB DB Cacmosi, n" 433.
Guillaume dr Cert»* ' . 298. 822 ;
GuicuB m. comle de Forei, 300.
n- 364.
GuiGUE V. comlo de Forei et de Ne-
Guillaume, évèque de CSâlon.-iur-
Ter», 394 ; n° 434.
Marne, comte du Perche Voj, Cha-
Guicue, seigneur de Tournon. 313 ;
Lona-aUR-MABNE.
n" 399.
Gl-JLLAUUE de CKASTELUaRS, 371
, GuiLDrOBT, 106.
note 4. 446. 522.
GUILLAUUE ACAHIN, 370, 447.
Gl-ILLAUMS ChAI-XAV, (fil.
t. M. Aug. Molmiir (HUt. du Long.. VI. 601. n. 7) tnppw qur C^aHa M H
doK pai (c lf»duiro par Corver» en Calalqgne, inlO par Ssrtiei (Aude, nrr. Cire**- ^M
TABLE DES NOMS
I
I
GuiLtAt-ue t>e Ciui;vii:ni, seigneur
deChtleauroui. 45, 426. 447. 521 ;
e. comte de Clermont et de
-rond, 267 note 2. 2G6, 392.
note 5. 443 ; n- 205, 327.
E DE (JOHHEIL, 447.
I PK CODHCBLLES, 447.
■ Ckisfin. 445.
Dahfierre, »95, 436.
Guillaume, lili de Dauphin. Voj.
3lo de Clermont.
GuiLUUMS EscvicoL. 446-447, 533.
Derbf,64. l^JO, 514.
Sliulivus, fils du Florent le Riclir
176, 511-512.
Glil
I FoVGi
, 447.
Guillaume Plhsi, 446. 522. \'oy. les
Additions et correct, de U p. 446.
GuiLLiUMs Habubl, 102, 125. 514,
K GuitL^VM IU«[.., Voj. HaEDI.
^k GtlLLAUnE, Gl» ds Henri II Planlag«-
^f oet. 437.
Guillaume 1, conte do Hollande.
44, D8, 130.
Guillaume dv Uomhet, 447.
Guillaume de HuMti.iCFiBLO, 60,
107, 113, 115, 120. 152,511.
GuiLLAUM . DE JniHViu.R, archevâque
de Ileimi, Voj. Reims.
Guillaume Lecieh (Famille de), 253 :
n" 151.
Guillaume LKqueiix, 254 ; n° 161.
Guillaume Leveau, u" 346.
Guillaume L
lisburj, 41
1136, 144, 145,
260, 268, 514, 51S.
Guillaume, comlede Loos, 9S.
Guillaume, panetier de Louii VllI,
:
LSPÉB, comte de Sa-
, 64, 90, 91, 105,
175, 255,
, 229, 403 ;
Guillaume hr MAïamiiKEB, seignoiir
de Mainlenai, 361: n" 123.
Guillaume de Malires, 213.
dEaiei. 102, 107. 120, 152, 273.
Voj. lea Additions et rorreclioru
de la p. 102.
Guillaume le Maeéchal, comte do
Pembroke. 65-66, 92, 100. 131,
132. 133, 142 note 1, 145, 147.
149. 150. 151. ]62.et noie 3. Ii>4,
166. 167,169, 170.175. 176, 177.
179. Itil, 224,512, 514.
Guillaume le Markciial 1b jeune,
comie de Pambroka on 1219, p. 60.
102, 107, 120, 138,144, 1«, 373.
Guillaume Mésien. 446, 523; n"
299.
fluiLLAUME Mèri, 447.
i; Mo.M
Al. 59, 150.
15:2.
iuiLLAUMK, comtc do Moniremnd.
Voj. Guillaume, comte de Clor-
moDt ot do Monlferrand.
luiLLAVMK OH LA MoTTK, 252 ; n" 156.
Offboi. 353 ; n" 152.
IV, comte d'Orange, 310.'
Guillaume V, comlo d'Onnga. 310.
Guillaume Piirhr »r Vintrou, 297 i
" 349.
»mtedePontliieu,30,
2. 190, 360; n»' 31, 260.
Guillaume Prurelei. 447.
Guillaume des Roche», 47. 4f, 49,
88, 197, 368-369; n»6.
iuiLLAiHE DE Sr-OxER. 177 nolo S.
luiLLAUHE, roi de Sicile, 437.
iuiLLAUME Spikula, 388: n" 444.
luiLLAUHE DE Truhpimuton, «bbé de
Saint-.Uban. Va)r. Saiiit-A,lha.i.
iuiLLAuHi, comte de Varonne, 64.
105. 107, 167, 167. 175.
Guillaume Vioile, 523.
544
TABLE DES NOMS
ViLLI-TlIIERRI. 366,
446. 523, 524 ; ii" 68 i.
GLrlI.I.SH£HT DeCiBTHEB, 316.
GuiM« (coin\6 de), 17, 18, 19, 'l't.
Voy, Arkoul [I, comle do.
GOTI
[, 23.
HiiE-MAt.uiRBi (La), R" 2Z8.
U*ie-h:« TotiR»i.>t. (U) ou Lu lUm-
DESCi.ItTES, 43^.
H*i.*rrm (Forêt doj, a- 30'..
Hài.htuw (Eglise de). 116.
UAMPsniRe. 113.
lIiQL'in, GUdoMuxc-Dicudonnè, d'' 79.
UxHDt (André, GuilUuma, GeofTroi,
GuÉrin et leisroun), 355, 356; n°39.
IUbnes, n" 237.
U^RHI
,. yo.
tlisTiiicg, 96 noie 1. 396-
lUuTEOQHBE (Abbé de), 248.
lUuTE-FoNTAlNI (Oîse, c. Atliclii),
n" 2'.9. 250,
Hawisi,)., 60.
HiTE». 14S.
Uazrbrouce. 43.
Hbcelin. 447. 523.
USDIKGIIAM. 139.
HiLiE Beiisarii, 253; n» 140.
Hklie de Bbai, n" 7U.
Hélib. clerc d Etienne da Lan);t<)M,
161.
UiuE GiSQtiET, 253; n- 150,
HÉLIE ItuuBL, seigneur de Bergerac.
261, 262; fi" 176. 180. 181.
Uellik de Wavrih, linéchiX •■<: Flan-
dre, 205.
UBLLouin DE M«ui.4n, 447.
Urkin, 207.
Ueniii, Wrésianpe, 408 noie 1.
HsHBi I. roi dAnglelcrro. 56, 62. 68.
IÏEHR1 II, roi d'Angleterre, 26. 55,
65. 68. 96 note 1, 253. 437 ; n""
Vib. 139,144. 157, 160, 246. 457,
HiKBi m. roi d Angleterre. 84, 87,
131 k 133. 136 à 139, 141 k »;,
149. 153. 154. 137 & 160, tG2. 1«6.
171, 172. 175 i 177. 180. 18!.
196. 300 noie 4. 224 i 226. SKI
Î37, 244 i 249. 251. 252, 3S6.
257, 259, 260. 263 i 277. m.
288. 430. 437, M2. 511 i S»;
n- 242, 460.
De^ri 11, duc de Bar, 88.
IlE.xBr 11. comle de Bar-lc-Duc. 395
Hexbi oe BEtrroD. 379.
llENiti DE BoiioN, comte de U»efi>r<l
60, 70, !52.
11e:(ri I. duc de Brd>anl el de Ua-
vain, 29, 31, 37, Sti.
Heshi de BhiiBBo-:. 246. 247.
Hemhi 1, roi de Casdilc. 68. 331 mtt
2. 437.
Henri CLÉuinT. 9, 42. 47. 49. 338.
IIe.ihi de CoBNHru., 235.
He^hi IV. roi de France, 435-U6.
He.ihi V, comte de Granilprj. 4S6
ilE-xB! (Le jeunr^ roi), fiU de Henri II.
65, 437,
He!ihi le LiBisAL, comliT de Chiin-
pagno, 204.
Uenhi le Lio^, duc da Saie. 437.
llENHi, frère do Loub Vil, 363
354. 371. 3«1 :
<
" 333,
11em<i
comlo palatin du Hbin. 437.
ah de Robert le Pioiu. 36S.
VII. roi du Romaiiu. 364 h
: SuLLi. 348, 39I-S92, 416.
447, 521.
Henri, comte de Warwick. 64
IIÉBIICLI DE MONTLAUH. 297. n«
375, 407-
Uerbbht d.^ikcovrt, 522.
Uebefohd (Conité de). 66. 112, 113.
Voj. Henri de Ballon, conle à»
(GiUi»di' BriouH, Év^ipio d«). 61,
70, 122. (Huf^ue de n Mipeoon i
évùque de), 123 ot note I. 149. -
Voj. GAUTi¥a. arcbidiacrc de.
TABLE DES NOMS
545
Herment. n" 205.
Hertforh, 120, 139. 511.— (Comté
do), 91. Voy. Richard de Clare,
romlo do.
Hervé de Do.nzi. comto de Novcrs, 88.
97 à 100, 110, 119 note 1.120, 128.
l'il, 147. 162, 175, 20U noto 4.
39'i. '»1G, 515:n"43'i. Voy. A(;nès.
Hesdin, 7 noie 1. 17, 22. 88, 210
et note 3. 212, 213, 366, 377. 440.
522 ; n'»^ 52, 219. — (Bailliage de),
363 noto 3. — (Bois de), 376.
« Hex », 523.
Hollande. 36, 98. Voy. Guillaume 1,
coinlo do.
IIoMBLii RKs (Abbaye de). 362 ; n'^* 74,
75.
IloNORius III, 8. 104. 123, 134 k 137,
l'«0 à U2, 145. 160. 161, 162,
173. 175. 180-181, 192, 195 à 197,
200 note 'i, 202, 214. 224. 234,
236. 248. 249. 264. 265, 270 à 275,
279 k 288, 315, 323, 394. 400.
401, 'lOO. 516; n"» 81, 82. 242.
Hospitaliers de Jérusalem, 177
note 5, 370; n"» 296. 297.
HoTEL-DiEu de Paris. Voy. Paris.
HuUDAI.N, 44.
HuHERT DE Bourg, 65, 66. 108 à
110. 146. 147, 167. 169. 175, 179,
224. 230, 233 note 5, 234, 235. 245,
246, 257 à 259. 266, 273. 285, 430.
Hur.uE D Atiiies. 32, 348, 367, 445,
446.
HuGUE dAuxi, 522.
liuGUE DE Bavçai. 228 noto 2, 447.
Hu(;uE IV. duc do Bourgogne, 220,
393-394, 404.
IlUGVE DE BoVhS. 41, 44.
HuGUE Capet, 12-13.
HuGUE Egert, 523.
Hugue des Fontaines, n*» 209.
HuGUE DE GouRNAi, n»* 85, 86, 279.
Hugue, fils du comte Jean, n" 335.
Hugue I\ de Lusignan, comt« do la
Marche, 47-48.
Hugue X de Lusignan, comte de la
Marche en 1219, p. 48, 228 note 2,
229à23!,233. 236 à 240, 242. 249
à 252.261, 276, 324. 347. 359.362.
403, 447; n»» 21, 104 h 108, 143,
158, 159. 262, 302. 309, 382, 460.
Hu(;uE DL Neuville, 107.
Hugue Plou(2UEs, n** 195.
Hugue de Puiset. Voy. Durham.
Hugue DE Thouars, 229. 241, 263.
278, 443 ; n«* 13i, 267, 302, 360.
Hugue de Vivonne. 251 et note 1. 256.
HuMHERT DE Beaujeu. 295, 316, 317,
393.
Huntingdon (Comté de), 67, 91. Voy.
David, comte de.
lIuoN DE Malannoi. 170.
Hytiie, 96 note 1.
Ide, femme de Renaud de Dammarlin,
21 note 1.
Ingehurge. 14. 26. 93, 331, 333 ; ii«»
12, 25, 131. 190, 234.
Innocent HI, 8, 24, 29, 30, 35, 37,
38, 39, 51, 56. 59, 61, 63. 72 à
75. 79 à 82, 84, 85, 93 à 96. 103,
134 à 137, 181. 185, 187. 190.
192 à 194, 204, 290, 514.
Irlande, 38, 63, 142-143, 225, 246.
512, 513. 518.
Isabelle d'Angoulème, femme de
Jean sans Terre, puis de Hngue de
Lusignan. 80, 175, 230, 236, 237,
514, 515.
Isabelle, comtesse de (Chartres, 360,
395.
Isabelle de Hainaut , mère do
Louis VHl, 3-4, 12, 17, 18, 221,
331,362.
Isabelle, reine de Jénisalem. 204.
Isabelle, fille de Louis VIH, 331.
Isabelle, fille du comte de Pontliieu,
no31.
Cil. Petit-Dutaillis. Bègne de Louis VllL
35
546
TABLE DES NOMS
IsARGRiNS, faction flamande, 41.
ISARII DE SA.i:<T-PAur., 314.
IsLE-EN-JoURDAI?l (L*), n®» 415, 416.
Voy. B[krtraîi] Jourdain, seigneur
de.
IssouDUM (Indre), 6,237,362; n«»171.
Italie, 299. 300, 312. Voy. Asti.
IvE (Maître). 523.
IvE de Hesdin, 524.
Jacquelin Ciiantel, 523.
Jacques, cLerc du roi, 447.
Jaime I, roi d'Aragon, 189, 298.
Ja^vii.le, n** 25.
Jean (Le comte), 445 ; n" 335.
Jean de Beaumont, 262, 275. 340.
348, 369, 447, 521.
Jean, comte de Beaumonl-sur Oise,
420; n« 206.
Jean de Briknne, roi de Jénisalem,
89, 204, 222, 239, 271, 272, 334.
345, 447.
Jean, comte de CliAIon-sur-Saônc,
294. 295.
Jean Clk.mi.nt, 337, 338, 445; n" 5.
Jean de Dueix, 447.
Jean de Frica.mps, 301 note 2. 'i46.
,022.
Je.an de IjAssi. coiiiiélahle ^\c Chesler.
28, 59, 92. 150. 152. 157.
Jean, éclicmson do Louis VIII. 445 ;
n" 2:iG.
Jean, ('cuyer de Louis MIL 227, 339,
445.
Jean. Gis do Louis VIIL .'{31, 362.
Jean le Markciiai.. neveu de Guil-
lauino le Maréchal. 92 noie 1, 150,
151, U\\.
Jean m: .Monciialx. 4i7.
Jean il Mo>iT(;iKi)N. \\7 .
Jean de MoNx.MiîtAii.. Vov. Jean
D OiSI,
Jean IV de Montoire, comte de Ven-
dôme, 426. 4'i7.
Jean Musart, 523.
Jean de Nesle. 295, 340. 349. 351,
355, 404. 447; n»» 117, 170.210,
218.
Jean d'Oicni, n® 379.
Jean d'Oisi, seigneur de Montmirail.
comte de Chartres. 99, 205, 239.
340. 348, 395. 426, 448.
Jean d'Orléans, n» 25.
Jean Pinel, 446.
Jean de Poix, 523.
Jean de la Porte. 446, 524; n<>257.
Jean II, comte de Rouci, 88, 98. 104.
395. 448.
Jean de Routrai. 448; n^ 231.
Jean 8ans Terre, 5. 6. 20 note 1.
25 à 28. 30 à 4t. 44 à 52. 5'i i
73, 75 à 88. 90 a 114. 118 à 125,
127 à 138, lâO, Ifl. 175. 178 i
183. 186. 187, 194.195. 210, 228,
230 à 233, 236, 246. 254. 268, 326,
327. 430. 437. 514. 516; n«^ 111.
144. 149. 150, 242.
Jean Sarrasin, 389.
Jean, lils du comte de Soissou?. iv
303.
Jean de Trajftto, 205.
Jean de Valkri. 4i8.
Jean de Viévi, 426.
Jeanne de Consfantinopie. comlesî^'
de Flamlro, 19. 259, 267, 32:L 3i').
349. 352. 355. 363 nolo 3. 382.
396 à 401, 443; n'>- 170. 210.
218, 2'i8. 25r>. 3'i0 à 3'ii.
Jeanne, femme de Orou de Saint Ger-
main, n" 130 A.
Jeanne, fille <Ie Henri II. i37.
Jeanne, fille de Jean sans Terro. 237
Jérisale.m. Vov. Isabelle, reine de.
Jean de Brienne, roi de.
JoYENVAL (Abhaje de), n^* 99. 130 a.
194. 339.
Juifs, 414 à 417. 426-427, 442. 523,
524 ; no» 26, 27, 28, 54, 55, 65. 73,
79, 183, 339.
JuMiÈGEs (Abbaye de), n^ 125.
TABLE DES NOMS
547
Kent (Comté de), 66, 113. 129, 171.
Kingston, 5 H.
Laffokd ou Sleafoud, 110.
Lambeth, 115, 512. — (Traité de),
171 cisulv.. 224, 233 note 5.
Landifai, 372, 509.
Langeais, 237.
Langor ((îirondc), 250.
Latcgkes (Huguo do Montréal, évéquo
de), 282, 283. 3'i5, 407, 448;
no" 316, 317, 343.
Languedoc. Voy. Albigeois.
Lao.n. 523. —(Prévôt de), n»» 183a,
456. — (Anselme de Maimi, évèque
de), 345. 353, 395. 407. 448 ;
n"* 275. 276, 316. 317, 343.—
(Chanoines de). 412; n» 223.
LasNavas DE ToLOHA (Bataille de), 187.
Latran (Concile de), 72-73, 85, 86,
194. 301.
Lattes (Hérault), n» 442.
Laurac. Voy. Bernard Oton. soi-
gneur de.
Lautueo. Voy. Acnîîs, vicomtesse de.
Lavaur, 279, 441.
Leicester. Voy. Si.\io.n de Montfort,
comte de.
Lennox, 105 et note 2.
Lens. 7 note 1. 17.20.207,213, 522;
n'» 219. — (Châtelain de). 97.
Lento.n (Prieur de), 235.
Lesrdrdes, n» 443.
Lewes, 141.
Lexixgto.n, 92.
Lia.ncourt, 439.
Lichfield (Alexandre, évoque de).
270. 276-277.
Lii;i;r. (nuf,njc II de Pierrcpont. évèque
de), 397.
Ligni-le-Ribault, 523.
Lille, 42, 43, 363 note 3, 398, 400.
LiLLEBONNE. 334, 438.
LiLLERS, 19.
LiMEUiL (Dordognc, c. Sl-Alvère),
261. 359.
Limoges, 45, 79, 232. 238, 250,253,
276. 422. 516; n»* 111, 138. 139.
— (Vicomte de — , Limousin). 50,
198, 226-227. 278, 359. Voy. Ouï
V, vicomte de. — (Evéché do). 407;
n»>* 158. 262. — (Jean de Vcirac,
évoque de), 227. — (Bernard de Sa-
vonnes, évéque de), 227, 231, 295,
407 ; no 262.
LiMOux, 298. 315 et note 4.
Lincoln. 107. 109. 110, 144. 145,
148 à 155. 157, 162, 179, 514. —
(Comté de). 64, 107. 110. fl3,
128. — (Saint Hugue. évêque de),
4,5. 7. — (Uuguc de Wells, évéquo
de). 122, 149, 273.
Lion (-la-Forêt), 376. 523, 524.
Lire (Ahbaye de), n»» 175, 225. —
Voy. Vieille-Lire.
LisiEux(GuillaumedePont-de-rArchc,
évêque de). 409; n« 132.
Llewelyn ap Jowerth. 33, 63, 108,
137. 153. 159, 172. 225. 246.
Lodève (Evêché de). 18'* note. —
(Pierre IV, évéque de). 189 note 1,
320, 322; n" 439. Voy. Montbrun.
Loges (FiOs), 205.
Lombards, voy. Asti.
LoNDE (Forêt de la, — Eure, c. Bourg-
thérouldo), 524.
Londres. 34. 56, 62, 63, 69, 70. 73,
90, 91. 100. 101. 102. 104. 106,
109. 110, 115, 123, 125. 139, 142.
145, 147. 149, 152. 156. 157, 160,
161. 162. 169. 170, 512 à 516. —
(Guillaume do Sainto-Mére-rEgliso,
évêque de). 30, 122. — (Eustache,
évéque de). 232, 273. 516.
LoNGPONT (Abbaye de), n"» 38, 39,
40, 353.
5*18
TABLE DES NOMS
LoNGPREZ (Rcligipuscs dc), no 329.
Lo.N(;uEViLLE (près Vcmon, Euro),
n» 115.
Loos. Voy. Guillaume, comte dc.
LoREi (Le — . Eure, commune Breuil-
jKjiit). 439.
Lorraine, 262, 26'i. Voy. Tiiibaud I,
duc (li>.
LoRRis. Il, 205 note 3, 238. 352
note 4. 438 h 4iO. 516; n" i90.
LouDUN, 51, 368: n'» 188.
Louis I. duc de Bavière, 264.
Louis VI. roi de France. 362.
Louis Vil. 3, 15, 16, 25. 184. 220,
322; n"* 189. 212. 213, 220.
Louis l\. 8, 14, 328, 331. 332 noies
1 et 2. 360. 381. 38'i. 388. 389,
40'i-'i05, 431. 444; n"'» 435-436,
445-453.
Louis XV, 435-436.
LouvAiN (Duc de). Voy. He.nri l, duc
dc Brnbanl etdc Louvain.
LouviERs, 409.
Louvre (à Paris), 388, 389.
LrxEL. Voy. U.vimond (jocf.lin, sci-
pneiir de.
Lusi(;.NAN, 237. 238, 2'40: n" 107. —
(Maison dr). 'i<>. '18 cl noie 1, 278.
Vov. lirGiE. (ii.ori r.oi nu.
« Lvi.ii.Ks » ((). df). Il'» 'i'i3.
Ly.nn. 128, 157. 17i.
Lv«.N. 180. 201<-300, 312. 4iO. —
(Province de). iU7. — (ArchoNtVjno
de). 300. — (l\on;iu(l, archevi%|ue
de). 408; n"' 8, 13-14.
M
Maçon. 2'J\. -- (Comtes de). 300. 'MKl
M.MiLiK.r.s, n" 229.
Maine. 40. 220, ;{62. 370. 371 ;
n'- 85, 8h, 2'.»7.
Mai. AI (-LE-Roi). n" 330.
Ma.ncih; (Ilos de la). 259.
(( Mandekl.n » (Prul-rtrc Maiiinplien-
Winiillc, ra>-de-Calais). r»22.
Maxlieu (Abbaye de). 394 : n'' 43i.
Mans (Maurice, évoque du), 410,509;
n" 34.
Mante, 329.
Marche (Comté de la). 46-47. 239.
359. 52 '1. — Voy. Hugue de Li-
siGNA.N. comte dc.
Marestan (B. de). 31'! ; n^ 'i08.
Marguerite d'Autriche. 265.
.Marguerite de Flandre. 19.
Marguerite de Provence, 331.
Marie, fille du châtelain de Bapaumo.
n" 293.
Marie, fille dc Philippe- Auguste, .'>.
333.
Marie, comtesse dc Ponthieu. 35 i.
360. 361, 396. 443; n"^ 260. 294.
318, 352.
Marie, fille derh^tclier de Saint- Denis.
n« 124.
Marival (Aisne, commune Mortefon-
taine), n« 39.
Marlborough (Château de), 107, 120,
121, ri5. I'i6, l'i?.
Makma.nde. 198-1'.M.». •J02.
Mak«)«:, .36.
MAnsi:iLi.r. 11'5, .300 iiol«» :;
Mahiin A.NDoiLi:. n" 23S.
Mathieu vk Maiîm. 319: n' 441
Mathieu de Md-ntmohlnc :i. PU. 221
239. 336. 337, 391. 412. V2Ù. W^
51.'), 521 : n"> ! 4.'.. 22«. 22'.*. t"V
400.
Ma
THIKU DE >ILVIN*^. Il'» .>0.).
Matmilde (Lrm[)ross), 02. OS. I «S
Mathii.uk. ftMnnio de Haiidouiii «1-
Baraslrc, 515.
Matmii.di; ou Maiiai n. ('r>int«'>^' <!'•
Boulogne. 210. 333; n" 3.'»2.
Matmildi:, s<Piir aîiHM» «le Jt-.in -uM'
Torre. 84. 437.
MATHn.PE. coinlossi» df No%<^r<. ii.'n
394, 420; n- 27, 13U.
Matmilde ns Portu(;ai., cnmtosM^ '!•
Flandre. 18. 19.
Maurens (G. de), n'» 411.
TABLE DES NOMS
549
Maurice, charal)ollan, 4'i5; n» 376.
Maurice de Ga.nt, li6, 511.
Mauzé. 253: n"» 158, 309.
Mate.nce (Siegfried, archevêque de),
26'i.
Meaux, 'i39. — (Pierre do Cuisi,
évèqiie d:-). 239. 380, 448; n"" 244,
316, 317.
Melciii.n((j.). 297; n' 351.
Melle, 238.
Mei.i:n, 74, 75, 77. 81. 83, 85, 86,
94à95, l'iO. 194. 204, 273, 280.
290. 329. 356. 438 à 440, 443;
11" 286. — (Trailé de). 400, 401 :
ii*^» 340 à 344. — Voy. Adam,
(taleran d'Ivri, xicomlcs de.
Me.xde (Etienne do Brioude, évèque
de). 321 ; n<» 440.
Merton. 173, 175. 515.
Mervent, 47, 240.
Mes.ml de Pont-Sainte Maxence,
n« 242 a.
Meulan, 439.
Mei.x-en-Gatinais, n** 198.
Michel de Marnes, 165.
Middlesex (Comte de), 91, 113.
MiLiiAU, 320; n«> 424. — (Vicomte
de), 319.
MiLLi (Famille de), 364. Voy. Adam,
GUILLAU.ME de.
Milon de Croci, 448.
MiLON, fauconnier de Louis Vïll,
445.
Milon, légat du pape, 25.
MiLON, chanoine do Paris, n" 87.
MlREIiKAl'. 5.
Moissac, 279. — (Ahbayc de), ;j22.
Moncontour (Vienne), 48, 51.
MoNEsTiÉs (-svr-Cérou), 320, 441.
MoNTARGis, 438 à 440, 523; ii» 59.
Montauban. 186. 194, 279.
MoNTBRUN(Cointôdo OudcLODF.VE),
320; n" 439.
Montebourg (Ahhayc de), n*"* 115,
116.
Monteil (-au-Vicomte?), n' 205.
Mortélimar, 301.
Montereau-faut-Yonne, 394.
Mautfaucon (-sur-Moine), n^ 173.
Montferrand (Puy-de-Dôme), 339,
368, 377. 382, 393. 422-423 ;
II"* 205, 319 à 321, 326. 327.—
Voy. GuiLLAU.viE, comte de Clcrmont
et de Montferrand.
Montfort (Seigneurs ou comtes de),
395. Voy. A.MAURI et Simon de.
Montmartre (Ahbaye de), n" 122.
Montmorenci. Voy. Mathieu de.
Mont-notre-Dame, 330, 438.
montoi.ieu, 316.
Montpellier. 188, 189 à 191,287,
314-315. 422; n» 395.
Montpensier (Puy-de-Dume, c. Ai-
guepersc), 326, 428. 435, 441, 444.
Mont REDON (Tarn), n" 441.
Montreuil-Bellai, 241, 439.
Montreuil-sur-Mer, 223, 361,438;
n" 123. — (Vicomte de), n'» 352.
— Voy. St- Sauve de.
MoNTRON, n" 203.
Mont-St-Eloi (Abbc de). 520.
Mont St -Quentin (Abbaye de), 215.
Mont-St- Vincent. 408.
MoRET (Prévôt de). 412 ; ii" 69.
Morgan de Carléon, 171.
MoRiEN VAL (Religieuses de), n" 179.
MoRLAiE (La), n" 380.
MoRTAiN (Comté de), 333-334.
MORTEFONTAINE (Aîsnc), H" 39.
MoRTEMER (Seine-Inférieure), 334.
M()KTEMEn(-EN-LiON) (Abbayc dc), n"
230.
Motte (La — . près de Pimelles ; sans
doute dans la Côte d'Or, commune
VertauU), n'» 41.
MouNTsoREL, 146, 147, 148, 156.
MoussAC (Gard), n" 422.
MoXÉ-DiEUDONNÉ, n" 79.
MozAC (Abbaye de), 411 ; n" 220.
MuREAUx (Los —, Soine-ot-Oise), n®
68 a.
Muret (Bataille dc), 188, 298.
550
TABLE DES NOMS
N
Najac, 313. Voy. Guillaume Ber-
nard DK.
Namur. Voy. Philippe I, Philippe H
DE COURTENAI, COmlOS do.
Na:«tes, 'i8, 258.
Naruonne. 188. lill-192, 284, 315,
322 ; n""* 83, 438. — (Duché do).
191-192. — Vov. Aimeri, Wcomte
(le —(Province de). 287, 288, 299,
320. — (Arnaud, archevêque de).
1«:. 191. 192, 280. 282; n" 60.
— (Pierre, archevêque de), 312,
320, 322. 391 ; n"* 350, 429 k 431.
Navarre. Voy. Sanche VIT. roi de.
Nemours. 440.
Neuf(:hatel(-en-Brai). n" 185.
Neuilli(-sur-Sei.\k), n" 335.
Neuilli-en-Thelle, n*^77.
Neuville (Seine-Inférieure, a. Neuf-
cliàlel). n" 185.
Neuville-en-Beine, 361 ; n«» 74.
Nevelon le Maréchal. 206, 207, 214. Northampto.x, 70. 90, 2i6.
21."). 216, 515. 1 Nouthumbeuland (Coinlc de), 62, 6i,
Nevelun lk Turc. iP 2\. \ 90, 107.
Nevkrs. 4iO. — (donité de). 97. 411. Norwich. 139. 174. — (Pandolphc.
NiEUPORT, 43.
Nîmes, 312, 316. 318, 322; no»381.
392, 393. — (Vicomte de). 359. —
(Arnaud, évéque de), 282, 320,
322 ; no» 60. 424.
Niort, 226, 228, 229, 231, 238, 242,
243, 244, 254, 359. 439; n» 160.
NoLON (Yonne, commune Cut), n**l%.
No.NETTE, 393 ; n» 3.
Norfolk (Comté de), 66, 107, 110.
113, 116. 128.
Normandes (Iles), 66 note 3. 233 noie
4, 235, 251. Voy. Guer.nesey.
Normandie, Normands. 6, lU. 27.
45. 55. 129. 220, 222. 223. 232.
233. 238, 247. 252, 272, 277. 337.
344, 356 noie 3, 370. 371. 372,
386, 404. 409. 411. 442. 509. 518;
n"* 30, 66, 73. 85, 86, 132, 297.
306, 373.
Norman VILLE (Eure), n® 332.
Norois (Barons du nord de l'Anglc-
terrc), 56, 58, 59, 71. 90. 109, 112,
148.
\ o\ . lÏERvi'; DE DoN/.i, coinle de.
M.VTHILDIi. COMllcS^e lic. (Gull-
lamiic (le St- Lazare, évèquo de). 207.
— (Renaud de Ne\ers. cvèque de).
23^J. ii8.
Nlwakk. 107. 149. 514.
Nlwiuhy. 120.
Nicolas dl (luAMi'At.NL. ii" 2I»G a
Nn:(M.\S DE ChAFEAI LA.NUO.N. 11.")
IV
277
'-'8.
'1 li
cvèqiie de), 31, .Ti. 37. ;{8, 111.
177 noie 5, 182. 224. 232, -l.Vô.
NOttingham. 107, 148. — (<]omt<"
de), 110. 113.
Nouvelles (Gard, commune Nîmes).
Il" 422.
NovoN, 222. 438. — (Klioniie de >.-
mours. éxèque de). llC — ((n'TarJ
de Basoches, évèquc de). 271, l>08.
345. 353. 355. 407. 448 ; n * îo.
76, 117, .'M 6. 317. 343.
NuM./ Sanche. comte de Bous>ill«»n.
208. 322 ; lu» 357, 426.
NlC^M AS 1)1. (loRIJlE. 301*.
Nicoi A< Lai'ie. 339. 4 4H.
Nicui.vs. clerc de Louis \ [\\
Nu «)i A"-. léi:al du |>ape. 98.
Nicolas, pôiiilencier du pape. 162. Q
Nicolas de Sr-LovLR. n' 306.
Nhdi.k 1)1 lA IIme. 100. 11.'». 148. (.)i)Ei iNE. leiuiiu' «lo TluLaud dc Mi'H-
149. 179. I tarais. 418 ; n- 172.
TABLE DES NOMS
551
OoiiiAM, 107. 145.
Oisi (Pas-de-Calais), 18.
Oissel-sur-Seine, 524.
Oi.ARGUEs, n" 350. Voy. Po«s d".
Oi.ÉRON (Fie d), 237, 252 ; n« 143.
Olivier, frère de Henri 111, 146.
Olivier de la Roche, n" 120.
Olivier de Vaux. 116, 511.
Onfroi de Ricarville, n" 283.
Oppi, 368. 443. 520-521 ; n" 240.
Ora;«ge, 316. — Voy. Guillaume IV,
GuiLLAU.vi£ V. comtes d'.
Okeford, 139.
Orléans. 440. — (Foréld). 376. 523.
— (Bailliage d ). 363 note 3. —
(Prévôté d). 410; n'>« 233, 234. —
(Philippe de Joui, évoque d ). 407.
'i'i8; ir» 316, 317. — (Chapitre
d ), 379.
OSBKRT CîiFFARD, 60.
Otiie (FortM d ), 376. 523.
Orxo?» DE Bbuxswick, 13. 28, 29, 31,
32, 44. 50. 68, 84. 87. 186, 210,
271, 299. 437.
OuDE>ARi)E. 399. Vov. Arnoul d'.
Ours de Bhéci. 445 ; n" 19.
Ours de la Chapelle, 98. 116, 239,
338. 339, 347. 'i45, 511 ; n«» 19,
460.
Olrscamp (Abbaye d). 410 ; n» 42.
Oxford, 70. 139, 162. — (Comte d ),
67. Voy. RdUERT de Ver. comte d'.
Ozouer-la-Ferrière, n<» 295.
Paci(-sur-Eure). 523; n»» 85, 86.
Païen de Rochefout, 48-49.
Paissi. 412; n'^ 223.
Palestine. Voy. Terre-Sainte.
Pamiers, 317,320. 321. UO, 4'i4;n«»
419 à 421.— (Statuts de). 191, 319.
Pamprou. 367 note 5.
Pandolphe, évoque de Norwich. Voy.
NORWICH.
Paris. 4, 6. 45. 47, 207, 219. 222.
233, 251, 263. 273, 286. 288, 291,
292. 322. 329. 3i4, 352 note 4.
380, 387, 388. 396, 397. 399. 417,
423. 438 à 440. 442. 443. 510.
521; II»* 236, 252. 33'i. 339. —
(Traité do). 277. 359. — (Recette
de). 366, 386, 387, 522. — (Pré>ôté
de). 8 note 1 . 363 note 3. 380. 532 ;
ii'>» 56. 69. 95, 118, 168. 376. —
(Concierge de), n" 459. — (Mon-
iiayers de). 354. 381 ; n® 289. —
(Boulangers de). 380, 510; n" 308.
— (Université de), 'i, 289. 329. —
(Barthélemi. é\éque de), 375, 448 ;
n«>* 316. 317. — (Notre-Dame de).
294. .355; ii">^ 29, 186. 258. 334.
— (Hôtel-Dieu de), n" 95.
Pahthenai, 51.
Pau«:()Urt (Bois de). 376. 523.
Peirusse (Aveyron). 320; n» 432.
Pèlerin I^atimer, 318. 328 note 1,
446 ; n» 423.
Pembroke. Vov. Guillaume le Mare-
ciiAL. Guillaume le Maréchal le
jeune, comtes do.
Perche ((ùointé du), 359-360. Voy.
Thomas, comte; Guillau,\ie. évéquo
de Châlons-sur- Marne, comte du
Perche.
Péiugord. 226, 250, 278. 359. 407-
408. Voy. AR(:HA.MiiAUD I, Archam-
BAUD II, comtes de.
Périgueux, 226. 250, 339. — (Rai-
inond, évéque de), 407. — (Ronouf
de Lastoun*. évéque de). 407-408, et
4U8 nr)te 1. — (Prélats du diocèse
dr). 407, 411 ; n» 305.
Pernelle deChambon, veuve du comte
d Auvergne (iui II. 393 ; n«* 232,
232 a.
Péronne. 222. 288. 398, 399, 438,
440, 443. — (Traite de), 18. 19, 20.
Pérouse, 514.
Peterlorouch (Abbaye de), 124.
Petit-Chatelet (à Paris), n« 252,
552
TABLE DES NOMS
Philippe d'Alsace, comte de Flandre,
3, 17-18, 209, 211 , 213. 214 ; n» 49.
Philippe d'Aubigné, 65, 66, 141, 144
note 3, 145, 147. 148, 150, 164,
167, 179, 514.
Philippe d'Aubigné le neveu, 233 et
note 4, 260, 268.
Philippe- Auguste. Toute la Première
partie intéresse le règnedcPhil.-Aug.
Voy. particulièrement p. 3 à 6, 8 à
11, 13, 14. 16àl9, 20note, 21, 22,
24 à 53. 65. 69 à 74. 77, 78, 80 à
82, 84, 87 à 89. 92 à 95, 97. 99.
108 note 3, 135 à 137. 141, 145,
156, 162 à 164. 175, 177. 181.
184, 186 à 190, 194 à 197. 202
à 208, 210, 212. 213. 215. 216.
— Seconde partie, p. 219 à 233,
2'tO. 241. 243, 251 à 255, 263, 268,
269, 279 à 281. 290, 297. 300. 321
à 323, 325, 329, 331, 333 à 338.
341, 343. 347, 348, 350 k 352, 355,
358 à 360, 362, 364 à 366, 368 à
371, 377. 380. 384. 38."). 389. 391,
392. 394, 3%. 398 à 400. 'i03, 406
à 409. 411. 'fl4. 416. 417. 419,
420. 423, 426. 428. 429. 431. 432,
512, 516, 517. — ^"« 7. 11, 2l),
21, 44. 51, 57. 63. 64. 68a. 90.
\Ki, 9G, m. 118. 127, 162. 178,
190. 195, 211 à 215, 230. 231. 238,
251. 256, 257, 269. 286. 288, 325,
337. 380. 397. 'ii4.
Philippe ie Hi;l. 311. 388.
Philippe de Hlthisi, i'i8.
Philippe II dk (li)LurLNAi. coinlc dv
.Nannir. 295. 325. 126.
Philippe ie Haum. ;I88. 431.
Philippe IIi kepkl. coniledo Boulogno,
5, 210. 222. 239, 295. 326. 333-
334, 342. ;;'i8, 35i. 362-363. 374.
416, V26. i29. 'i'i3. \\S, 521, 525;
II"- 18. 'l't, 71 à 73. 2'i2a. 270.
318, 352. 380.
Philippe. prcinler-in'* de Louis ^lIl,
97, 98 iiotu 1, 3:n ; ii" 2.jS.
Philippe ou Dagobert. fils de Louis
Vin. 331; no 258.
Philippe de Louvecienxes, 227. 339,
448; no 320.
Philippe 1, comte de Namur, 19.
Philippe de Nantelil, 448.
Philippe de Nemours, 348, 448; n"
112.
Philippe de Souabe. 29.
Philippine, femme d Erard de Brienno.
204.
Picardie, 49, 330.
Pierre, roi d'Aragon. 186. 187.
Pierre, comte d'Auxerre. 11.
Pierre l'Aventurier, n" 417.
Pierre Baron. 369 note 4. 445. 4*7.
523; irl68.
Pierre des Barres. 448.
Pierre de Bénévent, légat. 188, 19u
à 193.
Pierre de Berchères, 523.
Pierre Ber.mond, seigneur de Sauve.
297 ; n« 368.
Pierre de Castelnav. légat. 24.
PlEUIlE ClIARLOT. 5. 333. 'Ah'2 .
pleuuk dk (](>urte-nai, ii"" 70. 70 a
[*ii:kpe Dauidel, 522.
Pierre de Dkeix. Vov. Pifurl Mu-
CLERC,
Pierre, fils dEvrard do BnHifrnl. n'
236 A.
Pi EURE DE LA Faie, 254 ; n- 15'i
Pierre Fulcher. n" 148.
Pierre de GARARUEr. 250.
Pierre Gacelin, n" 2'iG
PlKHRE (S.) DL GWAIIA. Il" 4l8.
Pierre de Malannoi. ^556 noW 3.
Pierre de Mari.nls. 523.
Pierre Malclerc, comte do Rrolainio.
11. 47. 88. 98. 120. 175. 177. 197.
199. 220. 237, 239. 269-270. 295.
323-32 I, 369.400 à 403, 426. ii8.
512, 515; n"^ 107. 173, 3u2.
Pierre Mauvoisin, 448.
Pierre des Mmnts, 523.
PitRRE dl Ponteiract. 59.
TABLE DES NOMS
553
Pierre RaimomddeGorneilha.?!, 297;
n° 346.
Pierre des Roches, évêquo de Win-
chester, 58. 64, 65, 92, 104, 106,
107. 113, 122, i32. 149 à 151. 172,
179, 22'i. 246, 257, 514, 515.
Pierre de Rougi, 365, 368, 446, 521,
523 ; no 320.
Pierre de Thillai, 446.
Pierre Touquin, n® 204. Cf. p. 524.
Pierre de la Tournelle, 306, 524.
Pierre Tristam, 445 ; n"» 57, 97, 235.
Pierre d'Uri, 448.
Pierre de Villemetrie, n® 331.
Pierre de Villemeuve, 297 ; n® 355.
Pierre de Viri, 448.
Pierrefonds, 366 ; n® 247.
Pierrelés, n» 282.
Pierre-Pertuse. Voy. Fekouillst.
PlEUSSAN, 316.
Pins (FamUle de), 254 note 6, 261.
Plastrard (Famille). 381. Voy. Henri
Plastrard.
Plessis (Seine-et-OIsc, commune Au-
thon-Ia-Plaine), n» 236.
Poissi, 11, 205 note 3, 523 ; no» 99,
130a.
Poitiers, 28, 226. 250, 254, 276,
439; n» 162. — (Guillaume Prévost,
évêque de), 410 ; n® 36.
Poitou, 10, 27-28. 36, 40. 45, 48. 50,
56, 67, 225 à 231. 237 à 256. 258,
263, 271 à 274, 276 à 278, 287,
324, 334, 342 à 344, 358, 362,
369, 370, 371, 375, 406,407, 409.
411, 421; nos 85, 86. 153, 242,
264, 297, 336,337. 360.
PoNDRON, n" 310.
Pons, prédicant cathare, 408 note 1.
Pons d'Olargues. 297 ; n" 350.
Poxs Sarpel. no 422.
Pons de Tiiézan, 297 ; n" 345.
Pont-Audemer. 379. 421, 422 ; n"»
61, 114.
Pont-a-Wendin, 20.
Pont- de-l' Arche. 438, 439.
Pont-de-Sorgles, 302.
PoNTHiEU (Comté de), 220, 360-361,
522; no 294. —(Bois de). 376, 522.
— Voy. Guillaume IIÏ, comte de,
Marie, comtesse de.
PoNTiGNi (Abl)o de), 157.
Pont-Levoi, 439.
PoNToisE. 439; nos 336, 337. —
(Conciergerie de), no 18.
PORCHBSTBR, 120, 145.
PoRT-MoRT, 6, 7.
Porto (Conrad, évoque de). Voy.
Conrad.
Port-Royal (Religieuses de), no 136.
Préaux (Abbaye de), no* 185. 272.
Prémontré (Conrad, abl)é de), no 281.
Prouille (Prieuré de), 321 ; n® 406.
Provence, 23. 299, 300, 310, 327,
383. Voy. Ratmond-Bérenger ,
comte do.
PuiLAURENT (Tarn), 279, 315, 323,
441.
Pui-Saint-Front, 226, 227, 250 ; no
22. — (Chapitre de). 353 ; no 366.
PuisEAux, 352, 356; no 129.
Qlatremares (Eure), no 257.
QuiERzi-suR-OisE, 353 ; no 43.
QuiQUENGROGNE (à AvigHOu). 305.
QuiQUENPARLE (/^iV/.), 305.
Raimond Arnaud du Pui, 314 ; no
398.
Raimond Bérenger, comte de Pro-
vence, 300, 301 ; no 396.
Raimond Gocelin, seigneur de Luncl ,
313; nos 401, 402.
Raimond de Pins. 261.
Raimond-Roger, comte de Foix, 188,
193.
Raimond DE R0QUEFEUIL, 297; no 324.
Raimond VI de Saint-Gilles, comte
Ch. Pktit-Dutaillis. Rèffue de Louis Mil.
35 •
554
TABLE DES NOMS
de Toulouse, 22 à 25, 184 à 186,
188, 192, 194, 195, 268. 279, 301,
408, 437 ; n*» 78.
Raimord VII DE Saint-Gilles, comte
de Toulouse, 68, 87, 194, 195. 198 à
201, 268, 269. 276-277, 279, 282,
283, 285 à 288, 290 à 292, 294,
298 à 302, 306 et note 2. 308 à
310, 312. 314. 350. 359. 392. 395.
437, 518-519; no» 285, 396, 422.
Raimokd de Thouars, 241 ; no 134.
Raimond Trencavel II, comte de
Carcassonne, 279. 283, 298 ; n" 60.
Raimomd IV, vicomte deTurenne, 98,
250.
Raoul, vicomte de Beaumont ou do
Sainte- Suzanne, 426, 447. Cf. p.
448 et Additions et corrections.
Raoul de Chauvigni. n® 17.
Raoul de Clermont-Ailli. 333 ; n^*
44. 45.
Raoul d'Estrées, n<» 329.
Raoul d'Exoudun, comte d'Eu. 47.
48 et note 1. 396. Voy. Alix.
Raoul Gliton, n<* 374.
Raoul Leveau, ii" 246.
Raoul du Messil, n" 193.
Raoul de ISesle (frère de Jean de
Neslc?), 97.
Raoul de Nesle, comte de Soissons,
353, 395 ; n""* 275, 276.
Raoul Ploket, 120.
Raoul de Pom-Ouilli. 378.
Raoul de Rançon, 229.
Raoll. viconile de Sa in le -Suzanne.
Voy. Raoul, vicomte do Beaumont.
Raoi L DE la Touiinelle, 165.
Ré (lie de), 255.
Reading, 1 10,
Redioud. 92.
Redon (Seine-el-Oise), 523.
Reims, 222. 262. 330. 378. 438, 439,
<'i42 ; n" 9. — (Province do). 294.
i07. — ((îuillaume de (]liani|)af,'ne.
archevèijuc do), 18, '129. ((juiilau-
nie de .loinNille. archcvoquc de),
214, 222, 282, 295, 308, 325. 330,
345, 362, 378, 383 note 5, 407,
448, 516, 522 ; n" 9, 37, 206, 316.
317, 343.
Rémigni (Aisne), 361 ; n» 74.
Renaud d'Amiens. 448.
Renaud de Baron. Voj. Renaih) os
Bronne.
Renaud Basset, 157.
Renaud de Briousb, 157.
Renaud de Bronne, 366, 371 note 4.
446, 520. Voy. les Additions et
corrections de la p. 366.
Renaud de Dammartin, comte de Bou-
logne, 11. 21 note 1, 31, 36, 41à44,
99. 186, 210. 333.
Renaud de Montfaucon, 448; n^ 203,
Renaud Païen, 167.
Renaud de Pons, 347 ; n* 460.
Renaud, duc de Spolète, 265.
Renaud de Villb-Thierri, 370, 371
note 4. 446. 524; n»* 254, 271.
Renier de Sains, n® 47.
Renouf Blondeville. comte de Chef*
ter, 64. 105, 107, 124, 131, 133.
145, 147, 150, 175, 224, 246, 257,
514.
RÉoLE(La). 47, 200 note 4. 250, 254.
255, 259 & 261. 273. 375, 422; n^
165. 166, 290. — (Prieur de), 261.
« Rericus » i)*Ozouer-la-Ferrière,
n'^ 295.
Retz (Forét de — . ou de Villcrs-Cot-
lerets), 376, 523 ; n*>» 38. 56.
RiioDEZ. 441.
RiBE-MONT (Aisne). 372, 509-510.
Ricarville, n** 283.
Richard de Clarb, comte de Hcrt-
ford, 60, 102, 150.
Richard Cœur-de-Lion, 5, 6. 26,
55. 65, 68, 76, 225. 227. 253. 271-
272. 437 ; n^* 128. 135, 139. 144.
149. 151. 152, 157, 160, 161. 296.
297, 457.
Richard de Cornouaille, 258. 260 à
263, 268, 272, 274 h 277, 359. 518.
TABLE DBS NOMS
555
Richard ds Harcourt, 448.
Richard Lsqueux, 254 ; n^ 161.
Richard de Marais, évêque de Dur-
ham en 1217, p. 59.514.
Richard de Pbrci, 59, 107.
RicHEBOURG (-l'Avoué), 19.
RicHMOND (Seigneurie de), 98, 270,
402.
Risux (Oise, c. Liancourt), n» 242 a
Rigri-la-Salle (Entrevue àe), 264-
265, 342.
RiOM, 393 ; n» 3.
Robert III, comte d'Alençon et de
Séez, 191, 360.
Robert (d'Artois), fils de Louis VIII.
216. 331. 362.
Robert III, comte d'Auvergne, 267
note 2.
Robert IV, comte d'Auvergne, 267
note 2.
Robert V, comte d'Auvergne, 267
note 2.
Robert Bardolf, 116.
Robert de Boves, 266, 339, 448.
Robert Clément, 338.
Robert de Glermont, plus tard comte
de Glermont, 267 note 2, 268, 392-
393, 518.
Robert de Gouci, 337, 338, 445.
Robert de Gourci, 409.
Robert de Gouroon, légat, 51, 52
note 1, 135. 187-188.
Robert de Gourtenai d'Angleterre.
120 et note 4.
Robert de Courtenai, empereur de
Gonstantinople. 8.
Robert de Gourtenai. bouteillier de
• Louis VIII. 98. 120, 165, 169, 29 5
336, 377. 391, 426, 445; n»* 373,
460.
Robert II. comte de Dreux, 11, 20.
Robert III (Gatebled). comte de
Dreux en 1218, p. 11. 47, 48, 98,
109. 120, 121, 146, 169. 175.177.
239, 340. 395, 426, 448, 512, 515;
no» 249, 250, 310, 311, 312.
Robert Fils-Gautier, 34, 60, 70,
71, 102, 107. 116, 120, 150, 152,
511, 514. — (Ghapelain de). 61.
Robert de Grain ville, iV> 338.
Robert Grosseteste. 180.
Robert de Hangest. 448.
Robert d'Ivri, 448.
Robert, fils de Morin. n» 189.
Robert le Pieux, roi de France, 362.
Robert de Poi8si,448; no« 370, 371.
Robert de St-Germain, 161, 174.
Robert de St- Léonard, n*' 306.
Robert de Thibouville, 448.
Robert Trolez, 367.
Robert de Ver, comte d'Oxford, 60,
92. 102, 105, 120.
Robert de Viri, n° 186.
Robert d'York, élu d'Ely. Voy. Ely.
Robertsbridge (Abbéde), 247, 249-
250.
Roche- au-Moine (La), 30, 48 à 50,
52. 54, 56, 207, 338.
RocHEFORT (-Montagne). 393; n» 327.
Rochelle (La), 44 à 47, 226, 228,
229. 231. 236. 240. 242. 243 à 247.
250, 252 à 255. 258. 263. 275. 277,
278. 359. 395, 406,422, 439,443;
no» 141 à 154, 201,267.
RocHESTER. 70, 90. 101, 145. 169.
514. — (Benoît, évêque de). 273.
Rodrigo Diaz de los Gamberos,
n» 445.
ROGATE. 106, 120.
Roger d'Aspet. 314; n® 409.
Roger Bernard II, comte de Foix,
200, 298, 313, 314. 321; n» 60.
Roger Bigot, comte de SuiTolk et de
Norfolk. 60.
Roger de Breniancourt, 52^.
Roger de Montbegon, 92.
Roger Pesciieveron, 4^8.
« RonoT », 522.
RoLLENCOUKT, 209 Dote 4.
Romain, cardinal do Saint-Ange, légat,
247, 268, 271 à 275, 286. 288 à
295, 298, 301, 304, 305, 309, 334,
556
TABLE DES NOMS
383, iOI. 4'i3. 448; n»» 316. 317.
324, 342, 34 'i à 350. 355, 356, 381,
418. 421, 460.
Rome, 29, 31. — (Gourde), 180, 285
note 1, 375, 518, 519. Voy. Inko-
CENT III, lioifORIUS III.
RoMNEY. 96 noie 1, 103, 142, 148, 166.
RoQUEcouRBE (Gaitl, commune Mar-
gucritles), n" 422.
RoRTHAis (Bois de), 510.
RosNi (-sovs-Bois), n» 222.
RosTAN DE Sabran, 313; n® 400.
RoucT. Voy. Jea?i II, comte do ; Pierre
DE, Alain de.
Rouen. 226, 246, 258, 421, 438:
n"» 62, 64, 113. 454. — (Bailli et
officiai de), 367, 409. — (Province
de), 294. — (Thil»aud d'Amiens,
archevêque de), 367. 409, 442, 448;
no* 66, 67. 316, 317.
Rouercue, 318.
Roumare, 422; n« 113.
Roussii.LON. Voy. NuNEZ Sanche,
comte do.
Rovvkai (Bois (le — , aujourd'hui Bois
de Boulogne), n" 122.
RiK (Somme), 370, 522.
Rl'gi.es. 52'i.
Riij.i (Oise). II" 217.
Rye, 96 noie 1, Ti 1-142.
S'-Alban (Ahhaye do), i;j4. 146. TiB.
— (Glillau.me de TrUMI'INGTO,
ahhé do), 124, 13'!.
S'-Ani)RÉd .\vi(;no.>.309,311 ;no412.
— (Bornioiid de Glausonne, ablK\
etlosrolitrieuxde), 311. :i59; n'"*412
a 41 1. — (Borlran de Laudun.ahhé
do). :ni.
S'-Andiu:-en-(îoufff.kn (.\bhayc de),
„o ',57. _ (Ai,hé do), n"'*25'i. 271.
S^-An(;k. Voy. Ro.maix, cardinal de.
S*-Amoi.ne dk Padiue, 316.
S'-.\.NTOMi.N (Tarn-ct-Garonne), 298,
339; no» 358, 359. 365. — (Ab-
baye de), 298, 321 ; n" 365, 420,
421.
S* -Augustin de Cantorbêrt (.ab-
baye et Abbé de), 75, 101, 123-124,
233.
S«-Bandri, no 24.
S»-Béxézkt, n« 422.
S^Benoit-sur- Loire (Abbaye de).
205 note 3, 378. 523. 438. 440.
S»-Bertin (Abbaye de). 214, 410;
no 53.
S»-Deni8 (Abbé de). 295. 419; n«7.
— (Abbaye de), 219; n^* 77, 121,
124. 204, 243, 367.
S*-Edmond (Abbaye de), 124 note 1.
S«-EaiiLioN, 250, 254. 255: n* 191.
S^-Etibknede Caen (Abbé de), 447.
Si-Etienne de Chalons (Eglise de),
no 182.
S^-Frambourg de Seklis (Cbanoinei
do), 354.
S«-Gelai8, 240.
S*-Georges de IIesdin (Abbaye de),
215
no 52.
S*-Gfri (Ahlme de), 515.
S' Ger.mai.>-en-Laie. 207, 329. 3i2,
:J5'J note 4, 399, 439, 'i40, iii-
(Forct de), n" 207.
S' GER.MAIN-DES-pKÉs(Abl>cdo). |I2.
n" 69.
S' (iiLLES (dU-GaRd), 316. (CoH-
cile do). 185. — (Ahl)é do), 297.
322; no 351.
S*-IliGUE, évoque de Lincoln. Vov.
Lincoln.
S'-Jacques-de-Beuvron, 360 note 1.
S»-Jea>-i) Angéli. 22B. 228. 22'J.
238. 242, 243. 253. 255,359. Vô'J ,
no 140. — (Abbaye de), 255 ; n^ 13,')
Si-Jean de Mariéjoi.s, n" 'i22.
S'-Jean de Se.ns (Ahlwyo de), n'' 196.
S*-Jea.\ de Valencie.nnes (AI)Ih' de).
396.
S*- Jean -DES -Vignes de Soissn'^o
(.Vhbaye de), no* 24, 84.
TAHI.E DES NOMS
557
S'-JossE-AU-Boi8 (Abliayc de), n* 291.
S^-Josse-sur-Mer (A-bbayo do), 215.
S*-JuMEN, 254; n" 157.
S*-Just-e:i-Chau8sée, 330, 438.
S*-LAURE:fT-80U8-GoiRON, H® 407.
S'-Louis. Voy. Louis IX.
S«-Macaire, 250, 260.
S«-Maixekt. 50. 255. 276, 439. —
(Abbaye de). 255,36:nolo 5 ; n« 192.
S*-Martin de Belvai., n" 178.
S*-Martin de Tour8. 223. — (Doyen
de), 3'i0, 448.
S*-Maur-des-Fos8És, 439.
S^-Maurice de Tour8, 223.
S'-Médard de Soisdo?i8 (Abbayc de).
330, 438.
S^-Mesmi.-^ (Abbaye de). 'ilO, 419 ;
n» 233.
S*-NiCAisE DE Meula.n (Abbayc de),
n» 68 a.
S»-Omer, 7 note 1, 17 & 21, 40. 41,
208, 211, 213. 214, 366, 523. —
(Guillaume y. châtelain de). 89, 165,
209 et note 5.
S
S
S
S
S
s
s
s
s
s
s
s
-Paul-Gap-de-Joux, 314; n" 388.
-Paul de Londres, 102, 104, 123,
514.
-Pierre DE G and (Abbayc do). n° 237.
-PoL (Gomtcde). 17. Voy. Gaucher
et Gui DE GiiATiLLON, comtcs, Eli-
sabeth, comtesse de.
-Pok8-la-Calm. n" 422.
-Quentin, 222. 344, 412, 438, 442;
no» 46. 354. —(Prévôt de), n" 183a.
— (Chanoines de), n« 354.
-Rémi-sur-Gkeuse, 367 note 2.
-Rémi de Senlis (Ueligicuses de),
n« 304.
-Rieul de Senlis (Chanoines de),
no» 98. 322.
-RlQUIBR EN PoNTHIEU, 223, 361.
378. 438, 522.
-Sauve de Montreuil-sur-Mer
(Abbaye de), 52'i ; n^ 163.
-Taurin d'Evreux (Abbayc de),
410 note 2; n» 58.
S*-Théodorit d*Airolle8, n" 422.
S*-Vaast d'Arras (Abbaye de), 214-
215, 396; n" 293.
S*-Valéri (Légende do), 12 note 3.
S'-Victor (Chanoines de), 352, 412;
no» 129, 207, 263, 274, 295.
S*-Vul.mer (Abbaye de), 99.
S^-Wandrille (Abbaye de), n" 65.
S^® - Barbe - en - Auge (Abbaye de),
no 30.
S^«-CoLOMBE DE Sens (Abbayc de),
412; no 299. 300.
S*'-Croix d'Orléans (Chapitre do),
419; no* 167, 199, 200, 202.
S^'-EscoBiLLE. n" 236.
S**-Genevi£:ve DE Paris (Abbaye de),
no*» 87, 120, 222.
S^^-Sévère (-sur-Indre), 6.
S*'-SuzANNE. Voy. Raoul, vicomte de
Beaumont ou de.
Saintes, 47, 237, 359. — (Pons, évo-
que de), 198.
Saintonge, 28. 359.
Salisbury. Voy. Guillaume Longes-
pÉE. comte de. — (Richard le Pau-
vre, évoque de). 149, 232, 516.
Samois, 376. 379. 523.
Sancerre. Voy. Etienne, comte de.
Sanche Vil, roi de Navarre, 247 note 2.
Sandwich, 96 note 1, 100, 101, 146.
166, 168.
San-Germano (Traité de). 287.
Santilli (Eure-et-Loir). 440.
Sarlat, 227, 250, 339; no 23.
Saumur, 237, 348. 368, 438, 442 ;
no 284.
Sauve. Voy. Pierre Bermond. sei-
gneur de. Cf. Additions et cor-
rections de la p. 314.
Savari de Mauléon, 35 note 1. 45,
46, 50, 66, 67, 91. 106-107. 124,
131. 230. 231, 242. 244, 245, 255,
257 note, 258, 259, 275, 295, 369,
403, 448. 520; no 302.
Saxe. Voy. IIenri le Lion, duc de.
Sehier de Quinci, comte de Win-
558
TABLE DES NOMS
chester, 59-60, 70-71, 90. 102,
lis, 134. 146, 147, 148. 150. 151,
152. 511.
Sé:<egat8, n'' 441 .
Senicourt. n9 379.
Senlis. 366, 421. 440, 523; no« 90,
251. 322, 331, 380. —(Notre-Dame
de), qo 55. — (Guérin, évéque de).
Voy. Guérin.
Sens, 411, 421, 438 à 440; n»» 298.
301. 307. — (BaUUage de). 363
note 3. — (Gautier Cornut. ar-
chevêque de). 235. 239. 248. 282,
295. 345. 411. 428, 448; n»» 197,
287, 307, 316, 317, 343.
Serls le Mercier, 62. 125.
Sermaises-en-Beauce, 378, 439 ;
peut-être aussi p. 412 ; n»* 299, 300.
« Serquemont », 522.
Shropshire, 112.
Sibylle 'bE Beau JEU, 397.
SicARD, vicomte de Lautrec, n9 441.
SiCARD DE PuiLÂURENT, 313, 314 ;
no 384.
Sicile, 31, 263. 265, 299. 375. Voy.
Guillaume, roi de.
SiLLi (Abbaye de). 0°» 68, 128.216,
282. 306.
Simon de Dammarttn, 360, 361.
Simon de Lancton. 98, 105. 116,
122, 123, 161, 174, 339.4'»8, 511.
Simon de Lévis, 448.
Si.MON DE Maisons. 264, 265, 339.
448.
Simon de Montfort. comte de Leices-
tcr. 25. 3i. 70. 95 note 1, 185,
188 à 196. 279, 280. 290. 300.
318. 319. 321. 'i08 note 1: no* 82.
'i06. 42'i. 4'il.
Simon de Montfort. comte de Leices-
Icr. conseiller do Henri III. 60.
Slmon de Poissi. 120,150. 152,361,
372. 4'i8; n°* 118. 332.
Simon de Pontoise. n*^ 18.
SiMi>N de S.vint-Omek. 177 note 3.
Simon de Valcontard, n® 224.
Soissoifs, 35 à 37, 40. 45, 187. 330.
395, no 187. — (Ck>mté de), 411.
Voy. Raoul de Nbsle. comte de. —
(Jacques de Basoches, évéque de).
239, 353, 379. 448 : no> 43, 378.
— (Notre-Dame de), 330. 438; n«
235.
Somersetshire. 112.
SOUCHEZ, 44.
SouLB (Manche), no 257.
SouB ou Ttr (Archevêque de). 157,
158, 161.
SouTHAMPTON. 120, 146-147.— (Gomté
de), 129, 170.
SouvRE, 439.
Staines, 170.
Stâmford, 514.
Steenvorde. 43.
Stonor, 100.
Strafford (Abbé de). 273.
SuFFOLK (Comté de). 66, 107. .110,
113,116,128.
SuRRST (Comté de), 106, 113. 129,
171.
SussEx (Comté de). 106. 113, 128.
129, 171.
SwiNESHEAD (Abbavc de). 110.
Syrie, 67.
Taillebourg (Bataille de), 278.
Tanahel », 523.
<(
Tarascon, 195, 316.
Tarentaise (Province de), 383.
Ta\'els. n« »22.
Tatin, 4'»8 et note.
Temple. Templiers. 177. 235. 2ii.
387 à 389. 513; no» 11. 201. 286.
— Voy. Evrard. Chrétien, Olivier
de la Roche.
Termes (\ude), 316.
Térouanne, 207. — (\dam. cvêquede).
407. 448; nos 316. 317.
Terre-Sai.nte. 18, 37, 56. 72 à 7i. 76,
85. 88, 135, 136, 145. 173, 187,
TABLE DES NOMS
559
196, 204, 224, 234, 248, 249, 264,
271, 272, 281, 284, 287, 292, 310,
334, 517 ; n» 11.
Thaket (Ile de), 100, 513. 514.
Th4rau8. n^ 4^2.
Thellb (Forêt de la — , dans l'Oise),
n» 10.
Thibaud de Beaumont ou d'Ulli,
362 ; no» 101, 102, 206.
Thibaud III, comte de Champagne,
88, 204. 416.
Thibaud IV, comte de Champagne, 5,
89. 196. 204. 205. 220. 239. 244.
290, 295. 323-326. 355, 375. 380.
383. 394. 395. 417. 425. 427, 448,
524; no* 28. 54, 79. 137. 183,
285.
Thibaud Crespin. 402; no 173.
Thibaud le Lépreux, comte de Cler-
mont-sur-Oisc, 333.
Thibaud I, duc de Lorraine, 204.
Thibaud le Maigre, 339, 348, 448,
Thibaud Monmayer, 365, 446 ; no
253.
Thibaud de Montargis,418 : no 172.
Thibaud d'Ulli. Voy. Thibaud de
Beaumo:«t.
Thiboud de Chartres. 366, 379,
447. 523; n» 239.
Thierri, comte de Flandre, no 237.
Thierri de Galardo?!, 446, 524. Cf.
l'art, suivant.
Thiessé de Galardon, 447.
Thomas, bailli, 446.
Thomas de Couci, 353. 448 ; no 43.
Thomas de Graîidpoxt. 448.
Thomas, comte du Perche, 98, 120,
146, 150 à 152, 514.
Thouars (Maison de), 46, 359. Voy.
AlMERI , HUGUE , RaIMOND DE
Thouars.
Thourottb (G. de), no 77.
Tilloi (Forestiers de). 374; no 458.
Tiois (Mercenaires), 198.
ToDDinGTON, 120.
TouL, 32, 264.
Toulouse, 23. 186, 188, 192 à 195,
199 à 202, 279. 298, 315, 316. 318,
359. — (Comté de), 16, 185, 285,
298 . Voy . Raimond VI , Raimond VU
DE St-Gille8. comtes de. — (Fol-
quet de Marseille, évoque de), 186,
193. 315.
Tour de Londres, 62, 102, 115, 172,
513. 514.
TouRAiNE, 27. 46, 48, 51, 220, 222,
239. 251. 368, 370, 371, 372; n"
6, 297.
Tournai (Gautier, évêque de), 197.
Voy. ETIENNE DE ToURNAI.
ToURNOELLE, 393 ; D® 3.
TouRNON. Voy. ËuDE, GuiGUB, soi-
gneurs de.
Tours, 47. 223. 238,239. 246, 276,
368, 409, 438 à 440, 443, 516; n*
111. — (Recette de). 363 note 3,
366, 386, 387. 524. — (Province
de), 294. — (Jean de Faie, arche-
vêque de). 340. 345, 448; n»* 316,
317. 458.
« Trancoc ». no 205.
Trappe (Abbaye de la), n» 372.
Tréguier (Etienne, évoque de), 295.
Trencavel. Voy. Raimond Trenca-
VEL IL
Tkente (Traité de), 266.
Tristan (Famille des), 338. Voy.
PiERBE Tristan.
Troyes (Robert, cvêque de), 239,
448.
Ti'RE.NNE (Vicomte de), 359. Voy.
Raimond IV, vicomte de.
TuRENNE, maréchal de France, 435-
436.
Urbain III, 37 note 3.
Urraque. sœur de Blanche de Castille,
7 note 1. 437.
UssEL (Ardèclie, c. Aubenas), no 407.
Uziis, no 422. — (Raimond, évoque
d), 282, 320; no« 60, 422, 423.
560
TABLE DES NOMS
Valence, 191, 276. 440.
Vai.e:«cikpines, 396. 398. 399.
Valentinois, 300. Voy. Adémar de
Poitiers, comte do.
Valgonfard (localité disparue?), n°
224.
Valois. 220.
Valséri (Abbaye de), n"» 41. 303.
VARENNE.Voy. GuiLLAu.vE, comte de.
Varzi, 352; n» 221.
Vaucouieurs, 32, 264, 439.
Vaudreuil (Le). 439. 440 ; n" 238.
Vaulx (Pas-de-Calais, c. Auxi), 515.
Vaumort, 523.
Vaux-Cernai (Notre-Dame de), n®
455.
Ve?caissi?ï, 300.
Vendôme. Voy. Jean de Montoire.
Verrerie, 522 ; n» 55.
Vermandois, 220, 363 note 3, 366,
371. 372.
VERNEun.(-suR-AvRE). 422 ; n" 85.
Vernox (Eure). 6. 523 ; n'>'' 86. 115.
116.
Vers (Gard), n» 422.
Vexin Normand, n"** 85. 86.
Vic-sru-AisNE, 378, 523.
Victoire (Abbaye de la), 52, 410: n"»
63.90. 96, 98. 217, 251. 263. 380.
VlEIlLE-LlHE. f)'2\.
Vienne, 191. — (Province do). 38:i.
ViEFE, juif «le (]au(K'lK'c. n" 65.
ViEix-Mon.iN (Oise), n" 177.
Vic.NEix (Soino-rl-Oisc). n' 87.
VlLLEMÉTHIE, n'"' 98, 331.
ViLl.ENEUVL-LE-Roi. «12 ; II" 27'l.
Vll.LENErVE-I.KS-Avi(;NON, 311.
Vn,LlKS-(](>TTERErS (FoH'l (Ic). Vov.
Uetz.
Vili.eus(-sire-Nh:i>i.e). h"' 'i7.
Vii.i.ETTEs (Euro). Il"* 239.
Vil i.KVEUT (Oi^'V n ' 322.
Vll.l lERS-EN-l)l.S(El VKi:. b'2'.\.
ViNCENNEs, 329, 393, 440, 443. 522.
Vincent, chapelain du roi. 208 note 2.
445. 515.
ViRi (-Noureuil), n** 186.
VlTERHE, 270, 271.
ViTRi-Aux-LoGEs, 11, 205 note 3,
440 ; no 70.
VouvANT. 47-48, 237. 240 ; n^ 109.
W
Waast (Prieur du monastère du), 142.
VValcheren (lie de), 42.
Waltham, 90.
Wallincford, 108.
Warham, 108.
Warwick. Voy. Henri, comte de.
Westminster (Palais de). 102. 259.
514. —(Abbaye de), 123-124, 132.
— (Abbé de). 102, 132. 273.
Westmoreland, 62.
Wicford, 152.
WicHT (Ile de), 57.
WiLKiN de Weald, 129 et note 1.
141, 146.
Wiltshire, 108. 112.
WiNCHELSEA, 96 nolo 1. 141.
Wi.NciiESTER. 90, 100. 104. 106. 1U8.
120, 146-147. — (Comté de). 12)^.
Vov. Sehier DE QuiNci. comle Je:
Pierre des Roches, évoque de.
Wi.ndsor, 107, 110, 156, 170.
WissANT, 37, 97.
WoucESTER. 107. 124. — (Silvostiv
d Evoshani. évéque <lc). 122 et nol»'
2, 149.
^^ LRTZBOURti (Honnanii. i''>r»|iio de)
266.
Varmol'th, 174.
Yolande, fille de Pierre Mauclorc. 209.
York (Comté d). 90. 107. — (Cau
tior de Graie. archrvéquo d ). 121.
149. 172.514. — (Chapitre d).î*8
Ypre. 399: n*^ 256.
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES
INTRODUCTION.
Étude sur les sources de la vie de Louis VIII. I. Les documents d'ar^
chives, — Chartes de Louis relatives à l'Artois. Actes de Louis VIII.
Diplomatique de Louis VIII; manière de compter les années du
règne. Actes indûment attribués à ce règne. Enquêtes, comptes,
gîtes royaux, actes officiels divers. — Documents pontificaux. — Do-
cuments allemands. — Documents anglais. Actes émanés des Plan-
tagenets. Les chartes de Louis rédigées en Angleterre ne nous sont
plus guère connues que par le Catalogue d*Ayloffe. — Importance
des documents d'archives pour l'histoire de Louis VIII.
H. Les Chroniqueurs. Rigord et Guillaume le Breton ; r« Historia regum
Francorum ». — Le poème de Nicolas de Brai. — Inauthenticité des
a Gesta Ludovici octavi ». — Le chroniqueur de Tours. — Vincent
de Beauvais. — Chroniques rédigées dans l'est du royaume. — « His-
toire des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre » et Chronique
inédite de l'Anonyme de Béthune. — Fragment inédit d'une Histoire
de Philippe- Auguste. — Chronique de Mousket. — Chroniques mé-
ridionales. — Sources étrangères. Chroniques de Bamwell, de Cog-
geshall et de Saint- Alban. Annales anglaises. Chronique inédite de
Merton. Chroniques écossaises et galloises. — « Histoire de Guillaume
le Maréchal». — Chroniques postérieures.
m. Documents littéraires» Lettres et œuvres diverses. Gilles de Paris.
Giraud de Barri p. ix à xxix
TABLE DES RÉFÉRENCES. I. Chroniques et recueils de documents.
II. Ouvrages p. xxxi à xuv
PREMIÈRE PARTIE.
Louis de France.
CHAP. I. — E.NFANCE ET ÉDUCATION DE LoUlS DE FRANCE. — La MONAR-
CHIE CAPÉTIENNE VERS l'an 1209. — Mariage de Phil.-Aug. et d'Isa-
Ch. Petit-Dotailus. Règne ^e Louis VIII. 36
562 TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES
belle de Hainaut. Naissance de Louis (5 sept. 1 1B7). Son ecftinM et
son éducation : Etienne de Tournai, Amauri de Béne. Ses compa-
gnons d'enfance : Artur de Bretagne. Son mariage avec Blanche de
Castille {23 mai 1200). Apprentissage guerrier de Louis. L'entrée en
ciievaierie (17 mai 1209). Portrait de Louis: ses goûta, ses idées; la
légende carolingienne ; caractère de I.nuis. — La monarchie capé-
tienne vers l'an 1209. La Flandre et la question de l'Artois; prise de
Saint-Omeret d'Aire par Louis; le comte Ferrand. L'arTaire d'Albi-
geois; la catharisme et la croisade; attitude de Phil.-Aug. La lutte
contre les Planlagenets; Jean sans Terre; conquêtes de Phil.-Aug.;
projets sur l'Angleterre. Les Guelfes et les Gibelins. . . p. 3 à Ï9
CIIAP. H. — PREMIEH l'HOJET UE OESIBNTE ES AnGLETEEUIE. — Lons fH
France et l\ Co.alitwn anglo-germanique (1212-1 2J4). —Jean «ans
Terre et la papauté; Louis de France convoite une première fois la
couronne d'Angleterre. Négociations avec les ennemis de Jean. Louis
de France à Vaucouleurs. Assemblée de Boissons (S avril 1313), pré-
paratifs d'une descente. Revirement d'innocent III et soumission de
Jean. Véritables sentiments des Anglais. Phil.-Aug. tourne sesarrae»
contre Ferrand. Louis de France en Flandre : bataille de Damine,
destruction de plusieurs villes flamandes. Pillage de l'Artois par les
ennemis. — La coalition anglo-germanique. Plan des alliés. Jean
sans Terre en Poitou. Attitude de la féodalité poitevine. Courte cam-
pagne de Pbil.-Aug. au sud de la Loire. Louis reste en observation i
Chinon. Jean assiège la Roche-au-Moine; Louis le met en fuite
(2 juillet 1214). Importance de cet événement. ... p. 30453
CIIAP. III. — L'Appel des D.vrons ANouis. — Jean sans Terre et le
peuple anglais. Octroi de la Grande Charte. Jean se brouille avec
les barons et fait casser la charte par le pape. — l.e parti révolu-
tionnaire et ses alliés: les barons norois. Sebier de Quincl, Robert
Fils-Gautier, etc. . . ; le clergé, Etienne de Langlon. Gervaia de Ho-
bruges; les francs tenanciers, les bourgeois de Londres; les Irlan-
dais, les Gallois, lesEcossais. — Le parti du mi: le pape Innocent III;
Guillaume LoMgespée, Renouf Dlondeville; l'évéque Pierre des Ro-
ches ; les AfQciei-s : Guillaume le Maréchal, Hubert de Dourg, Phi-
lippe d'Autiigné ; les routiers étrangers : Fauquet de Bréaulé, Savari
de Mauléon. — Le parti révolutionnaire décide d'offrir la couronne t
Louis de l'rance ; longues négociations; ambassade de Sehier de
Quinci (fin d'octobre ? 1215) p. 54 i 71
CHAP. IV. — Les préparatifs de l'expédition. — Les druits de Locis
UE France a la cocronne d'Angleterre. — Utilitéd'une justification
théorique de l'expédition : attitude d'Innocent III ; excommunication
dos barons rebelles. Arguments de Louis de France et critique de cet
arguments: I. Jean a été déchu du trône dès 1194. II. Il a été con-
damné à mort pour le meurtre d'Artur. IIL II a été justement déposi
par les barons. IV. Louis est l'héritier légitime du trône d'An^i
I
TA.BLE ANALYTIQUE DES MATIKRES 5(i;S
tsrre. V. Le Saint-Siègo n'a pas h intervenir. La vérité sur les droits
da Louis. — Louis réunit des troupes et de l'argent, et se fait pré-
céder en Angleterre de deuit armées. Succès inquiétants de Jean
sans Terre. Les vents contraires retardent le départ de Louis, mais
Phil.-Aug. n'y met pas obstacle ; attitude de ce roi à l'assemblée de
Melun. Situation de l'Angleterre en mai 1215. ... p, 72 à 96
CHAP. V. — L'EXPEniTroN EN Angleterre, depuis l'aruivêe de Louis
DE France iusqd'a la mort de Jean sans Terhe. — L'armée d'inva-
aîon et les compagnons de Louis. Départ de Calais le soir du
30 mai 1216; débari]uement de Louis à Slonor le 21. Fuite de Jean
sans Terre. Réception de Louis à Londres. — Hésitations d'Inno-
cent [II; altitude décidée du légat Galon, qui excommunie Louis et
ses partisans, mais ne peut empêcher de nouvelles désertions. —
Soumission de la plus grande partie de l'Angleterre orientale (juin-
juillet). Vaines tentatives sur Douvres, Lincoln et Windsor. Jean sans
Terre prend l'offensive, mais meurt le 19 octobre 1216. p. 97 â 111
CHAP. VI. — Etat de l'Angleterre a la moiit du hoi Jean, ix gou-
vernement de Louis de Fr.\nce. —Territoires où dominaient les deux
rivaux. Jean sans Terre, acculé dans l'ouest, ne réussissait point à
ramener les rebelles. Giraud de Barri et le parti capélien. Gouver-
nement de Louis de France : il ne porte pas le titre de roi et confirme
la Grande Charte sans pouvoir l'appliquer ni créer d'institutions pré-
cises. Ses rapports avec le peuple anglais. As.sertions inexactes des
chroniqueurs de Saint-Alban sur la politique de Louis. Le baronnage
et la majorité du clergé lui sont fidèles, ainsi que la population de
Londres et des Cinq-Ports. Mais l'irritation causée par les maux
atroces de l'invasion est contraire à ses intérêts. Incertitude de
l'avenir i . . . p. 112 à 130
CHAP. VIL — CrtCRONNEMEST DE Henri IIL Premier betoub ue Louis
EN France, — Conseil de régence nommé par Jean sans Terre. Cou-
ronnement de Henri 111 le 2B oct. I21G. Direction des affaires par-
tagée entre le légat et Guillaume le Maréchal, Assemblée de Bristol;
onze évëques abandonnent Louis; confirmation d'une partie de la
Grande Charte par Henri Hl. Attitude du nouveau pape Honorius III;
sentiments des Anglais de cette génération à l'égard du Saint-Siège.
— Succès militaires de Louis (nov.-déc. 1216). — Conclusion de
deux trêves. Premier retour de Louis en France ; guet-apens de Win-
chelsea. La situation est toujours incertaine (fév. 1217). p. 131 h I'i3
CHAP. VIII. — Lincoln. — Le légat provoque d'importantes défections,
organise une croisade contre les Français, viole !a trêve. Louis
n'obtient rien de son père; son retour en Angleterre le 22 avril. 11
divise son armée en deux parties, essaie vainement avec l'une de
surprendre Henri III et de s'emparer de Douvres, confie l'autre à
Sehier de Quinci, qui sauve Mountsore! et va ensuite presser le
siège du château de Lincoln. L'armée de Henri III profite de cette
504 TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES
division et est victoriense à Lincoln (20 mai 1217). Cette balaîUs,
sans être décisive, a un grand ell'el moral p. 14i b ISS
CHAP. IX. — Échec DÊFiNiTrr de L'EXPÊomoN d'Angleterre. — Nom-
breuses défections. Cependant la majorilè des barons et les Londa-
niens restent encore fidèles à Louis. Conférence pour la paii
(12 juin 1217). Echec des négociations. Blanche de Castille réunit
des secours; mais les barons des Cinq-Ports font défection et la Botle
française est anéantie dans le Pas-de-Calais par la flotte anglane
(2'i août). Louis renonce à la lutte. Conférence du 5 septembre.
Traité de Lambeth (11 sept. 1217). Exécution du traité. Prétendue
f.laase secrète relative à la restitution des provinces coati nentalM.
Indemnité accordée à Louis de France. Départ de Louis (28 sept.).
— Causes véritables de l'échec de Louis. Conaéquence^ de l'expé-
dition p. iM à 183
r CHAf- X. — Louis DE Frakce et la Croisade en Aldigeùis. — Phil.-
--;AÎig. laisse son fils diriger seul deux expéditions en Albigeois. — Si-
tuation du Midi en 121H. Voeu de Louis de France ; Phil.-Aug. le re-
tient auprès de lui pour combattre la coalition anglo-germaniqoe.
Progrès de Simon de Montfort. Louis accomplit son vœu en 1215:
Simon de Montfort se sert de lui pour s'emparer du duché de Nu-
bonne et démanteler Toulouse. — Concile de Latran ; les dépouille*
des hérétiques adjugées au comte de .Montfort. Résistance des Méri-
dionaux et mort de Simon (25 juin 1218). Honorius III décide Phil.-
Aug. à envoyer Loui.s de France secourir Amauri de Montfort. Croi-
sade de 1219. Sac de Mannande. Vaine tentative sur Toulouse; échec
de l'expédition p. 184 à !0!
CHAP. XI. — Rôle administratif de Locis de France a la C«rB m
Philipi'e-Auovste et en Artois. — Louis de France n'est ps^ asaaàè
à la couronne ; mais il réside très souvent aux côtés de son p#TC et
joue un rûle important dans les alTaires du royaume. Son interventioa
dans l'afTaire de Champagne, ^ Prévôtés du Gàtînais et des Legs
livrées à Louis de France. — Situation de Louis en Artois. Il n'est
point prince apanage, mais gouverne avec le bailli Nevelon le Va-
rëchal, nommé par son père. &)umissïon de la noblesse artésienne:
occupation du comté de Boulogne. Politique conciliante de Louis à
l'égard des communes; chartes de Conchi, d'Arras, de Hesdin. H>i^';
ports avec le clergé; conflit entre la commune d'Arras et Saint-
Vaast. — Conclusion p. S03i2t<l
I
DEUXI liHE PAIITIE.
le règne de louis Vlll.
CHAP, I, — L'AvÈNEMEXT DE Loi'is VIII. — Funérailles de PhiL-Aos.!
— Ses dernières volontés. La royauté en 1223. Lonis VIII s'entourt
I
I
TARI.K ANAI.YTIQL^E DKS MATIKKKS ofJ;>
des conseillers de son père et continuera son œuvre. — Sacre de
Louis à Reims (fi août 1223). Voyages dans le domaine royal; aucun
symptôme de réaction ne se manifeste encore, . . p. 2t9 ù 223
CHAP, II. — La Conquête nu I'oitou. — Prochaine expiration de la
trtve avec l'Angleterre. Louis veut profiter des embarras du gouver-
nement anglaiij et de l'anarchie qui régne au sud de la Loire. Le Pé-
rigord depuis 1204; snumission de Pui- Saint- Front et de SarJat en
1223. Intrigues de Phil.-Aag. en Limousin. Situation du Poitou : in-
dépendance des barons, ruine des communes ; mésintelligence entre
Elugue de Luaignan et Henri MI, — Après aroir réclamé vainement
la restitution de la Nonnandie, Hubert de llourg demande la prolon-
gation de la trêve, Intervention du pape. Louis VIII se décide à la
guerre et traite avec Hugue de Lusignan. Réunion des troupes à
Tours (24 juin 1224). Trêve avec le puissant vicomte de Thoiiars.
Occupation de Niort et de Saint-Jean-d'Angéli. Importance de ta Ro-
chelle ; siège et prise de celte ville (3 août). Motir de l'inertie des
Anglais : révolle de Fauquet de Bréauté. .attitude du pape. — Con-
quêtes en Gascogne. Consolidation de la conquête; pensions et
faveurs pour les barons, chartes pour les bourgeois et les monastères.
Travaux de fu ni fi cation s. Insuffisance de ces précautions.
p. 224 à 256
CHAP. 111. — Les R\ppnRTS de la France et de l'Anoletehre en 1225-
1226. — La royauté est raffermie en Angleterre. — Guerre écono-
mique. Chasse aux navires ennemis, — Louis VIII, abborbè par les
affaires de Flandre, laisse Richard de Cornouaille reprendre les places
de Gascogne, et envoie seulement son maréchal faire une courte ex-
pédition. La Rëole livrée à Richard par le parti anglais. Le seigneur
de Bergerac abandonne le rot de France. Mais le vicomte de Thouars
se soumet. — Négociations de Louis VIII avec Frédéric II et
Henri VII; Iraités de Calane et de Trente. Mégocialions de Hubert
de Bourg avec le faux Bautîouin, les comtes de Clermont et d'Au-
vergne, le comte de Toulouse, le comte de Bretagne. Intrigues des
deux rivaux â Rome. Vaines négociations pour la paix. — En 1226,
tentative des Français sur Bardeaux, tentative des Anglais sur la Ro-
chelle. Conclusion p. 25' à 278
CHAP. IV. — Phojets et PnÊPAiL^TiFS o'une Choisade nouvelle es Ai.-
BKiEnis. — Renaissance du catharisme dans le Midi. Honorîus lit
demande l'intervention de Phil.-Aug., puis de Louis Vlll. Louis posa
ses conditions. Hésitations du pape en 1224. Il renouvelle ses offres
en 1235 et envoie le cardinal de Saint-Ange comme légat en France.
Caractère et rôle de ce prélat ; anecdote du sceau de l'Université. —
Concile de Bourges. Assemblée de Paris. La croisade est décidée
(janvier lï26). Précautions prises par le roi. Louis Vlll à Bourges.
La levée des subsides provoque un mécontentement général- Forces
réunies par le roi p. a?9 à 196
me,
; ANALYTIQUE IIES MATlIiRES
CHAP. V. — LACHorsADE DE 1226. MoKT DE Louis VUI. — Epouvuite<l««
Méridionaux; Raimond VII est abandonné. —■ Louis V'III décide de
descendre le Hhène. Situation du royaunie d'Arles; ses relations arm
les Capétiens; exten.sion de l'hérésie dans cette ré^on. Raimcind-
Bérenger fait alliance avec Louis VHI. Avignon craint un pillage et
ferme ses portes. Siège et prise de cette ville (juin-sept. 12S6). Sen-
tence du légat. Occupation de la Provence et partage de Saint-Andrt.
Importance de ces événements. — Nombreux actes de soumisstno.
Voyage de Louis VIII en Languedoc ; ajouinement du siège de Tou-
louse. — Ordonnances contre les héréiiijueB. — Administration dM
pays conquis. Question des sénéchaussées. Relations avec la noblMW
et les villes. Conventions avec le clergé; assemblée de Pamtert- Pt-
riage de Pamiers. Alliance du roi et du clergé méridional. — Mécon-
tentements dans l'entourage du roi ; Thibaud de Ctiampagne et
Pierre Mauclerc. Mort de Louis VIII à ^lonlpenster (8 nov. I2!6).
Bruits d'empoisonnement. — Consêijuences de cette croisade.
p. 297 à 318
CHAP. Vl. — La Coch de Loi;iS Vlil bt le Gouveh-nement ce.vtral, —
Vie nomade du roi. Principales résidences. Importance du droit de
gite. — Entourage de Louis VIII. Sa famille, eea douze enfants; son
frère Philippe seul figure dans les actes officiels. Jean de Brienne.
Les grands offices ; la chancellerie est donnée à Guérin, la bouteil-
lerie à Robert de Courtenai ; rôle des grands officiera. Offices secon-
daires ; principaux titulaires. Autres familiers et conseillers du roi.
— Les assemblées sous le régne de Louis VIII ; désignation, convo-
cation, fréquence, dates, lieux, composition, râle. — Conseil perma-
nent du roi. — La curta régit et la justice. Les jageurs. La cour de»
pairs. Procès d'appel de 1224; procès de première instance; arbi-
trages, conventions à l'amiable, juridiction gracieuse. Progrès de la
procédure; les enquêtes. Conflits de juridiclion. . . p. 339 à 358
CHAP. VII. — Le Domaine et u'Administraticn loc.h.e. — Définition du
domaine royal. — Agrandissements du domaine, Une partie da
Poitou est annexée au domaine, tandis que l'autre tombe dans la
mouvance directe du roî de France. Conquêtes dans le Midi. Annexion
d'une partie du Perche et du Ponthieu. Acquisitions diverses. —
Testament de Louis Vill et constitution d'apanages. — Les bailliages.
Liste des baillis de Louis VIII. Confirmation de l'bypothèse de
M. Luchaire sur l'origine des baillis. C'est en ce temps encore une
institution indécise. Fonctions des baillis ; conflits arec les pouvoir*
rivaux. — Sénéchaussées d'Anjou, de Poitou, de Beaucaire. — Ash-
milation des nouveaux domaines, L'Echiquier de Normandie. Mon-
naies. Enquêtes administratives. Despotisme des agents royaux.
p. 359 à 073 ,
CHAP. VIII. — Les Dépensf-s. i^es Revenus.
ciÈRE. — Dépenses de la maison du roi. Dt
ment des agents, t
I
Dépenses d'ordre politiqm
s locales et paie»!
TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 567
des terres doiuEtniales. Redevances frappant les roturiers, les villes,
les nobles, l'Eglise. Gites de Lodïs VIII. Aide de l'ost. Sceau et pro-
duits de justice. Tonlieu et coutumes ; abolition de la banalité du
tour à Paris. Décadence de la monnaie royale ; charte des mon-
nayer» de Paris; privilège des Plastrard. Revenus extraordinaires,
rançons et butin. — Comparaison avec les budgets seigneuriaux.
Levée de 1226. — Discussion sur le chiffre total des revenus royaux.
Trésor de réserve. — Perception des revenus et comptabilité. Cir-
conscriptions de Paris et de Tours. Les comptes. Il y a deux caisses,
l'une au Temple, l'autre au Louvre p. 374 à 389
CHAP. IX. — Relations de Locis VIII avec la Féodalité. — La Féoda-
lité et les rois de France au .\iil' siècle. — Vassaux Uu domaine. —
Féodalité méridionale. Situation de l'Auvergne. Fiefs de l'est; rap-
ports avec Thibaud de Champagne. Fiefs du centre et du nord.
Rapports avec la Flandre ; afTaire du faux Baudouin et traité de 1225;
projets de mariage entre Pierre Hauclerc et Jeanne; le roi jmposeà
la comtesse de Flandre le traité de Melun pour la délivrance de Fer.
rand (1226). Rapports avec Pierre Mauclerc. Appel des barons de
l'ouest contre le clergé. — Continuation de la politique de Phil.-Aiig.
p. 390 à 405
CHAP. X. — Relations be Louis VIII avec l'Èouse. — Alliance des
Capétiens et de l'Eglise, C'Onaeils de Phil.-Aug. à son fils. — Presque
tous les évé(|ues du royaume se montrent dévoués à Louis VIII;
appel des prélats du Périgord. Démêlés avec l'épiscopat normand.
Conditions imposées aux évoques d'Angers, du Mans et de Poitiers.
— Nombreuses faveurs accordées aux monastères. — Intervention
dans les conflits entre l'Eglise et les autres classes. . p. 406 â 413
CHAP. XL— Relations de Louis VIII avec les classes populaires. —
Situation des Juifs avant le règne de Louis VIII; ordonnance de
1223 ; son caractère fiscal. — Etablissement de banquiers lombards
à Paris. — Affranchissement de serfs et intervention dans les affran-
chissements. — Les villes. Charte de franchise d'Asnières-sur-Oise.
Charte de commune de Beau mont- sur-Oise. Nombreuses confir-
mations de communes. Additions à la charte de Sens; démêlés avec
celle commune au sujet de la prévùlé. — Priviléftes divers. Faveurs
aux commerçants. — Charles accordées aux villes non domaniales.
— C'est la période d'alliance de la royauté et des villes.
p, 414 k 423
CHAP. XII. — Le Pouvoin législatif césèral ne boi. — La théorie
monarchiste au xiii* siècle. — Comparaison entre les actes de
Louis VIII et ceux du comte de Champagne. — Eiamen de l'ordon-
nance sur les Juifs ; c'est un traité avec les barons. . p. 424 à 427
CHAP. XIII, — L\ noTAUTÊ après i,.\ moiit de Lolis VIII. — Conclusion.
Louis VIII a peut-être confié la ri''gonce à Itlancho de Castille. La
réaction féodale; comparaison a
V- la crino aniclaisp. — Louî
p. »S à tj
ArPENDICRS.
APPE\DIl:^: n" l. — Rxlmmatlon du corps de Louis VIII en 17». '
p. 435-
APPEXDICK n» [I. — Droits de Louis de France à la couronne d'Al
gleterrp (Tableau de la descendance do Henri II). , ,
APPENDICE n- 111. — Itinéraire de Louis Vlll. ... p. Ui8 à ifl
APPENDICE n° IV. — Liste des assemblées gulitiques tenues pendtf
le règne de Louis Vlll p. 441 à 4<
APPENDICE n- V. — Liste des officiers de Louis Vill et des i
nages qui ont pris part aux assemblas politiques et judiciaires I
aux conseils du roi de 1223 à 1226 p. 'ii5à44
APPENDICE n" VI. — Catalosue des actes lie Louis \ÎII ]
APPENDICE n" VII. — Catalogue des cnquèlos. , p. 509.3i
APPENDICE O" Vlll. — Pièces juslificatives:
I. Aile de Louis de France eu faveur rie Guillaume de UuiUtngfit
(1216) p. Sfl
II, Qunlre piècrt relalivet à findemnit^ de guerre promise par Henri iT
â Loui» de France. (Lettres de Henri III et de Guillaume le Mor
en 1217) ... p. 511
m. Fragment de la Chronique de Merlon (1216-121:). . p. 513 à Sfl
IV. Jugement de la cour de Loui» en Arlnit (1219) p.
V. Henri III nccrêdite ses ambassadeur» au/iré» de CaTchevt^Hi
fleiffw(l22a) p. 5iïr
VI- ifiindrnicnt de Louii VII! ajtx bourgeois de Limoges (12Î4). p. 516
\n. Lettre d'I/onorius III à Louis VllUinb} p. 5Ifi-517
viir. Alliance de Henri III avec ta maitnn d'Auvergne (1225), p. iltf
IX- Alliance de Henri III et du comte de Toulouse (1Ï25). p. 518 â 520
.X. ia guerre manVime en 1226 (Lettre de Henri III). . . . p. 520
XI, Querelle de juridiction entre Loui» Vlll et F^v^qiifd'ArrasiSoUet
rédigées vers 1225) p. 5S0-5U I
XII. Charte accordée aux banquiers (/".-IkJi (1225), ... p. 52I-5I>J
xm. Recettes et dépenses ifun terme de i226. . . p. 523 à 59
ADDITIONS ET CORRECTIONS p. 527 i 51
TABLE DES NOMS p. 5i3t 1 SCtJ
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES p. 563 à 5»!
1
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